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Dimanche 17 janvier 2010 7 17 /01 /2010 22:52

Nous fuîmes dans les profondeurs de la forêt. Après une course folle dans la noirceur totale, nous nous arrêtâmes un instant pour reprendre notre souffle. Le Vigil prit le temps d'enfiler son pantalon. Jillian et Rafaele en profitèrent pour se débarrasser de ce qui leur restait de leur combinaison. D’ailleurs cette dernière était sans mot depuis notre départ du dôme contrairement à son habitude. Il m’était évident qu’Ah Hulneb la fascinait. Rafaele aussi semblait encore quelque peu intimidé par lui. 

 

Le Vigil était tendu et inquiet: il savait comme moi que nous étions loin d'être saufs. Il était précoce et imprudent de clamer que nous leur avions échappés. J'étais certain qu'ils ne nous avaient pas abandonné et que si par malheur ils nous retrouvaient, nous serions victimes de terribles représailles de leur part.

 

J'entendis un battement d'aile. Je ne pouvais rien voir dans cette obscurité. Je n'aperçu Mo’k’ak que lorsqu'il se posa sur le bras du Vigil.  Le brave ara avait donc retrouvé son véritable "hombre". Le visage habituellement austère d'Ah Hulneb s'adoucie. Il était visiblement ravi et soulagé.

 

Une deuxième déflagration tonna me rappelant encore une fois du danger d'Alan Morris et des siens. Le Vigil nous empressa de repartir.

 

Peu de temps après, nous aperçûmes devant nous une colonne de lumière aveuglante qui sillonnait silencieusement la jungle à notre recherche. Le Vigil nous ordonna aussitôt de se baisser et de se cacher. A ce moment une pluie de projectiles tomba du ciel. Je trouvai  refuge auprès des racines d'un grand arbre en protégeant Jillian à mes côté. De là-haut, au-dessus du couvert de la forêt, ils nous mitraillèrent sans relâche arrachant des copaux de bois et réduisant le tronc des arbres qui nous protégeaient jusqu’à leur pulpe. Jillian hurlait de terreur (A bien y repenser, c’était plutôt moi qui s’époumonais!). Je vis le Vigil imperturbable qui remonta son arbalète et l’installa sur son avant-bras.  Il  sélectionna une sphère vitreuse qu’il manipula jusqu’à ce qu’elle brille d’une luminescence violette. Satisfait, il plaça soigneusement la sphère au bout de sa flèche ou elle sembla s’imbriquée parfaitement. Il se leva et défia nos attaquants et leurs balles. Il attendit que leur lumière soit braquée directement sur lui. Il leva son bras et tira.

Il y eu une grande détonation dont l’onde de choc nous plaqua contre terre. Elle fut suivie d’une pluie de débris et de cendres incandescentes.  Il ne restait rien de leur hélicoptère; le vigil l’avait complètement détruit !

 

Je m’assurai que tous allait bien. Jillian restait muette, complètement ébranlée,  mais indemne. Rafaele me fit signe qu’il allait bien. Nous ne tardâmes pas à repartir. Nous reprîmes la direction du sud. Le Vigil ne tarda ma à nous arrêter de nouveau. Il était complètement à l’affût, aux aguets.   Il nous assura que personne ne nous suivait mais qu’il y avait une ou deux personnes devant. Il sentait du sang frais.

Je ne sais pas trop comment il pouvait savoir cela et encore moins avoir un odorat aussi sensible, mais je le croyais. Je sentais quelque chose aussi, quelque chose de familier.

Malgré l’avertissement du Vigil j’avançai.

 

Je trouvai Kayun agenouillé par terre tout prêt penché sur le jaguar étendu par terre immobile. Le félin était sérieusement blessé et il était couvert de sang, son propre sang. Je parti le voir de plus près. La bête réagit à peine. Je percevais sa respiration faible et irrégulière mêlée à un long murmure creux qui me sembla être une plainte.

J’étais responsable de ce qui lui était arrivé : c’est moi qui l’avais envoyé seul au front contre tous ces hommes. Je n’avais même pas alors considéré les risques encourus par le grand félin. J’étais honteux et coupable de pire encore : j’avais complètement oublié le jaguar et je l’avais abandonné alors que j’avais été complètement absorbé par le sauvetage du Vigil et notre fuite. 

 

Je regardai les yeux azur et phosphorescent du fauve, serait-il capable de me pardonner ce que je lui avais fait ? Je voyais bien comment il souffrait. Je sentais qu’il s’éteignait à petit feu. J’aurais voulu lui répéter à quel point j’étais désolé mais cela ne l’aurait aidé en rien. Je devais faire quelque chose et tout ce qui me revenait à l’esprit est que je devais le libérer ! Je compris enfin qu’il avait été contraint de nous suivre parce que je n’avais pas encore complété ma tâche.  J’avais bien sûr récupéré le disque mais j’avais triché, il me restait encore quelque chose à faire. Je ne savais pas  vraiment si cela était pour accomplir quelque chose mais je devais essayer.

 

Je demandai à Rafaele le compas. Il me le donna aussitôt même si je le sentais incertain de ce que je voulais réaliser. Je remarquai que le disque du compas était fou et tournoyait sur lui-même. Cela m’était logique et me confirma ce que je pensais.  Je déposai près du fauve le disque d’or trouvé dans la muraille. Je m’empressai de  retirer disque de Chibirias de son récipient et le laissai se déposer sur la roue. Tout comme à Tulum, la réaction fut immédiate au contact. La grande roue métallique jaune devint bleue et le disque rouge de Chibirias pris la couleur de l’or.    

 

Il n'y avait plus de jaguar : il avait été remplacé par un puissant guerrier maya habillé des attributs du léopard. Ce jeune gaillard était blessé tout comme le jaguar l’avait été.  

Il me tendit les mains. Je lui ouvris mes bras et le serrai contre moi. C’est ce qui me vint naturellement. Je savais enfin ce que qu’était ma tâche. Je repensai au Shaman dans sa tente au Nanuvik et comment il m’avait arraché à la mort en me joignant à son âme. C’était ce que je devais faire ; c’est à cela que le Shaman m’avait préparé depuis le début.   J’acceptai avec amour l’esprit du  Bacab qui fondait en moi.

 

Ce moment avait été pour moi éprouvant. Je restai un bon moment mes bras tendus serrant le vide. Pourtant, je ne me sentais pas différent. Pour moi, rien n’avait changé sauf que j’avais la conviction que le deuxième bacab était maintenant libre sur cette terre.

 

-What happened? Where did the jaguar go? murmura Jillian qui n’en croyait pas ses yeux.

Le Vigil lui-même semblait perturbé. Il ne me regardait plus du tout comme avant. Je le sentais distant, je dirais même inquiet. Kayun qui était resté tout près hochait la tête et semblait exaucé. 

 

Rafaele s’amena et m’aida à me relever. À son toucher, un soupçon devint pour moi une certitude : Rafaele avait déjà connu cette même expérience. C’était arrivé à Tulum; le premier bacab s’était manifesté à lui.

 

- Pourquoi ne m’as-tu rien dit ? reprochais-je à mon jeune ami pendant qu’il ramassait les disques.  

 

- Parce que je pensais que tout cela avait été dans ma tête jusqu’à ce que je voie la même chose se reproduire avec toi!

 

Alors que nous avions repris notre chemin, Rafaele me raconta pour la première fois de ce qui c’était vraiment passé lors de notre découverte du premier artefact :

 

 -Lorsque les disques se touchèrent, pour moi le temps a semblé s’arrêter. Je vis Papah  émerger du soleil de l’aube. Il vint me joindre ; il semblait descendre du ciel. Je ne le craignais pas, au contraire je le trouvais tout à fait magnifique ainsi illuminé.

Je ne comprenais pas comment cela était possible et je m'en fichais bien; je ne questionnais pas le miracle. Je savais rationnellement qu'il ne pouvait pas s'agir de mon père adoptif mais pourtant je voyais bien son image, j'entendais bien sa voix et je ressentais bien sa présence. J'étais plus que tout heureux de le revoir; le reste m'était sans importance. J'étais reconnaissant de ce chaleureux moment privilégié qui m'était donné et qui me permettait de lui dire convenablement adieu. Il m’embrassa sur le front comme il l’avait fait si souvent quand j’étais garçon. Il me dit qu'il avait toujours été très fier de moi et l’homme valeureux que j’étais devenu. Il était content de voir à quel point battait en moi un cœur noble et brave. Il a ajouté, ce que j'ai trouvé bizarre, que j'avais bien confirmé que j’étais celui qui lui était destiné, celui qu'il attendait depuis bien longtemps. Il m'a ensuite demandé de ne pas l'oublier.

J’ai cru qu’il devait déjà repartir. Mes yeux se sont embués. Je ne voulais pas qu’il m’abandonne aussi vite.

Il m’a dit que si je le voulais, je pouvais lui ouvrir mon cœur et qu’il il resterait avec moi.

 

J'étais bien d'accord, c'est ce que je désirais. J’ai voulu à ce moment prendre Papah dans mes bras, le sentir contre moi, mais soudainement il n’y eut plus rien sauf un cruel retour à la réalité.

 

J’étais revenu avec toi, devant la stèle que nous avions profanée et détruite. Papah n'y était plus. Je me sentais trahi, je pensais que l’on m'avait menti.  J'ai alors raisonné que je m’étais menti à moi-même et que mon esprit avait fabriqué toute cette illusion et ce fantasme. Cela m'était très déstabilisant; je ressentais soudainement la blessure ouverte du deuil que je n'avais vraiment encore fait.

 

Je tapai gentiment Rafaele sur l’épaule. Je sympathisais avec lui.

 

Je comprenais mieux sa réaction bizarre et son curieux détachement lors de notre découverte du premier artefact. A y repenser, je trouvais des similitudes entre son expérience et ma première rencontre avec le Shaman. Tout comme le Shaman, l'entité derrière l'apparence de Papah avait fait la même requête d'être amené. Ici, le bacab n'avait même pas à me le demander; il savait déjà que j'étais prêt à le faire. Ceci me portait à croire que ce que nous considérions comme des bacabs étaient des entités qui avaient leur essence rattachée à une location spécifique, une location qu'indiquait le disque de Chibirias. Ces êtres avaient besoin d'un réceptacle humain, un avatar, pour se déplacer et pouvoir quitter ce lieu. Mais où voulaient-ils aller? Que voulaient-ils accomplir après ces millénaires dans l’oubli?

 

Nous reprîmes notre marche.

 

Je demandai à Rafaele :

- Tu t’es senti différent par après?

 

- A Tulum, je ne me suis pas senti différent. Mais depuis, je semble voir de plus en plus de chose, des choses disons paranormales. J’ai vu le vieil homme qui était avec toi lors de la cérémonie Maya avec les Cruzobs. Je l’ai vu redevenir jeune pour aller retrouver cette femme. J’ai comme tous les autres la Grand-Mère. Je viens de voir ce guerrier jaguar et comment tu l’as pris en toi. Je l’avais reconnu pour ce qu’il était depuis que je l’avais aperçu pour la toute première fois mais encore, je ne croyais pas en ce que mes instincts me disaient.

 

- Moi j’ai juste vu le jaguar ! dit Jillian qui écoutait notre conversation. Je l’ai vu se volatiliser dans tes bras. Je n’ai rien vu d’autre.

 

Elle semblait désolée. Je sentais à quel point elle aurait voulue croire.

 

- Et toi Ah Hulneb, que penses-tu de tout cela ? demandais-je. J’étais curieux d’avoir sa perspective sur tout cela.

 

- Tout ce que je sais, c’est que je vous craints désormais ! Je ne sais pas si vous personnifiez l’ultime destruction de tout ce qui m’est cher ou si vous être au contraire mon salut!

 

Sa réponse était tout aussi brutale que directe ; elle nous laissa tous sans voix.

 

Ah Hulneb annonça ensuite raidement qu’il était pour patrouiller nos arrières et nous assurer que nous étions sauf.

 

- Il ne vous montre aucune reconnaissance pour que ce que vous avez fait pour lui ! commenta Jillian profondément offusquée. Il est bizarre celui-là; beau comme un dieu, mais quelle ingratitude !

 

- Et comme un dieu, il est trop fier d’admettre qu’il a eu besoin de l’aide de pauvres et simple mortels comme nous ! ironisa Rafaele.

 

Je ne croyais pas qu’il s’agissait seulement d’orgueil de la part. J’interprétais au contraire ses propos comme un respect de sa part. Nous craindre impliquait pour lui une  reconnaissance de ce que nous étions capables de faire.  Je savais qu’il n’était pas humain, pas humain comme nous en tout cas. Le fait qu’il avait été traité comme un spécimen de laboratoire de la part d’Alan Morris et de son groupe le confirmait. Il pensait d’une façon différente de nous et certainement de toutes personnes que je n’ai jamais connues. Il avait des valeurs profondément guerrières comme si être un soldat définissait tout son être. Pourtant,  j’ai vu tout en contraste ses émotions avec Mo’k’ak qui était profondément humaines et presque enfantine.  Était-il un Dzolob comme Lilith me l’avait suggéré ? Si les légendes des Chilam Balames disaient vrai, lui et les siens avaient bien raison de craindre les baccabs qui les avaient chassés du Ciel et de la terre. Pourtant, lui et Chibirias avaient tout risqué pour trouver le compas et je crois que si cela n’aurait pas été de la capture de celle-ci, ils auraient tout deux été quêtés les baccabs. Était-ce pour les détruire ou bien les sauvegarder ? Ils avaient sous-entendu que leur mission était cruciale pour la perpétuation des leurs. Je devais confronter Ah Hulneb et avoir des réponses de sa part.

 

Kayun nous interpella avec joie. Nous étions revenus en territoire familier pour lui.

 

Le Vigil nous rejoignit peu de temps après. Il affirma que nous avions définitivement perdus Alan et les siens et que nous étions sauf. Il recommanda de ne pas rentrer immédiatement à Copán, au cas où ils nous attendraient là-bas. Je le croyais et m’écrasai au sol. J’étais épuisé physiquement et mentalement. J’étais fatigué de marcher et même de penser. Kayun nous demanda encore un petit effort, nous étions proche de sa résidence.

 

Les sons lugubres d’une trompe s’élevèrent dans l’aube naissante.  Encore plein de sommeil, je me levai hâtivement pris de panique. Avions nous été retrouvés, étions nous attaqués? Non rien de cela. Tout était tranquille. De nouveau la plainte de la trompe. Je partis investiguer.

 

Je trouvai Kayun en train de souffler dans une corne en direction des quatre points cardinaux. Il appelait les dieux à ces quatre coins du ciel. Ah Hulneb était déjà auprès de lui ainsi que ses trois femmes, sa fille et ses garçons. Il était absolument curieux et fasciné  du rituel qui commençait. Rafaele arriva suivi par Jillian J’ai voulu discrètement rester à l’écart mais Kayun me pris par le bras, je devais participer. Il alla chercher Rafaele qui plaça auprès de moi. Il plaça Jillian juste en face de moi et insista pour qu’Ah Hulneb complète le cercle, plutôt notre carré. Kayun ramassa par terre une calebasse remplie d’un liquide qui ressemblait à une soupe de mais. C’était le brouet des dieux qu’il nous présenta un à un avant de le jeter dans les quatre directions du monde.  Je comprenais qu’il s’agissait d’un présent aux puissances divines qui ont entendues et répondues à l’appel de la trompe. Tout était empreint d’une grande solennité.

Kayun  prit ensuite un encensoir de terre cuite blanche, ventrue et surmontée d’un petit visage d’homme grimaçant, avec des yeux plats disproportionnés. Il y déposa des rondelles de copal et les embrasa avec des fanes de maïs. L’encens commença à brûler, dégageant bien vite une fumée épaisse et odorante : c’était l’arôme des dieux. Avec un petit éventail de feuilles de palme, en rythmant bien des gestes rituels précis Kayun, rependit alors le nuage de copal dans l’air environnant. Toutes les divinités devaient recevoir leur part. Je ne comprenais rien de la longue mélopée que Kayun adresse à son encensoir. Seul Rafaele savait répondre à ses prières.

Kayun nous bénit tous et nous invita à déjeuner avec lui. J’en profitai pour le remercier de tout ce qu’il avait fait pour nous. Il nous remercia à notre tour de lui avoir montré que les anciens dieux avaient répondus à ses prières et qu’ils étaient bien vivants de retour sur terre. Je comprenais son interprétation après tout ce qu’il avait vu. Je remarquai que cette pensée attrista particulièrement Rafaele. Elle devait lui rappeler Papah.

 

Quand arriva l’heure de notre départ, Kayun nous demanda de nous rappeler de lui et de sa famille lorsque viendra la fin et le dernier jugement.  Ce qu’il dit me sembla particulièrement morbide et fataliste. Je lui assurai fermement que je ne l’oublierais jamais et que je ne croyais pas en une fin prochaine. J’étais certain qu’il aurait amplement le temps de bien connaître tout ses nombreux petits-enfants à venir.  

Ma réponse le réjouie au plus au point. Nous fîmes nos derniers adieux et empruntâmes la route qui nous ramerait à la ville de Copán.  

Alors que nous marchions, le Vigil, Jillian et Rafaele continuaient à me regarder bizarrement. Ils étaient ainsi depuis que j’avais répondu à Kayun.  

 

- Quoi? demandais-je finalement en levant les mains et haussant les épaules. J’ai dit ce qui me venait à l’esprit. Ce n’était pas correct?

 

Rafaele fut celui qui me répondit tout bas :

-  C’était très correct, tu leur a rendu l’espoir. Mais depuis quand parles-tu le Chol?

Par A. Saint
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Dimanche 17 janvier 2010 7 17 /01 /2010 22:49

Je devais agir maintenant. Je regardai Jillian et lui demandai si elle possédait une arme.

Elle me montra son pistolet, une petite arme semi-automatique. C'était mieux que rien mais bien insignifiant dans les circonstances. J'aurai bien aimé autre chose, quelque chose d'un meilleur calibre. Je me rappelai d’avoir souhaité la même chose dans mon rêve avec les harpies. Je les avais finalement vaincus avec ma foi. Je fis une prière implorant l'aide de Xaman Elk, Itzamna ou de mon shaman, quel que soit son nom véritable.

 

Je remarquai que Jillian tremblotait. Elle étouffa un sanglota tout en fixant de son regard sur son revolver de métal chromé qu'elle serrait nerveusement dans ses mains.

- Je l'ai uniquement pour me défendre. Je ne m'en suis jamais servi ! admit-elle. Je ne me crois pas capable de tuer quelqu'un.

 

Je lui mis gentiment  mes mains sur ses épaules. Je tentai doucement de la rassurer:

- Il n'est pas question de tuer qui que ce soit. C'est pour son effet dissuasif que je désire une arme; je souhaite nous puissions nous en sortir sans avoir à tirer un  coup de feu.

 Je la soulageai du pistolet que je confiai à Rafaele. Il me confirma qu'il pouvait s'en occuper.

Je demandai à Jillian:

- Ça va ? Tu peux rester ici et surveiller le camp.

 

-  No way! Tous ensemble ou pas du tout! clama-t-elle en se redressant.

 

Je souris à la mention de ce qui était devenu notre cri de ralliement.

Jillian avait retrouvé tout son courage. Elle demanda avec détermination :

-Lets go! What's the plan?

 

Je fixai mon regard sur les yeux du fauve. Je savais qu'il nous avait suivis pour nous aider et je comptais bien sur lui.

 

Je leur exposai ma stratégie. Elle n'avait rien d'originale. Le jaguar ferait diversion pendant que nous pénétrerions furtivement dans leur campement. J'y voyais l'avantage que cela leur semblerait anodin et d'origine naturelle; ils ne soupçonneraient pas notre infraction par derrière.

 

Je me penchai sur le fauve et lui expliquai ce que j'espérais de lui.

Il m’écoutait attentivement et lorsque j'eu terminé, il leva la tête et rugit avant de se lever et disparaître.

- Tu crois qu'il t’a bien compris? me demanda craintivement Jillian.

Je lui répondis bonnement:

- Il m'a confirmé que oui!

Ma réponse ne la rassura pas. 

Elle murmura en hochant la tête:

-Ce n'est qu'un animal sauvage!

Rafaele l'avait aussi entendu. 

 

- Il est beaucoup plus que cela! corrigea-t-il.

 

Je réalisai qu'il avait enfin commencé lui aussi à croire.

Jillian restait perplexe mais nous suivie tout de même.

 

Tout en restant bien cachés dans les ombres nocturnes, nous nous rapprochâmes le plus possible de la tente indiquée par Mo’k’ak. Nous réalisâmes que cette tente se distinguait de tous les autres abris de simple toile par sa forme circulaire. On y entrait en empruntant un tunnel en annexe long de quatre ou cinq mètres. La tente était connectée à un bruyant compresseur d'air qui y était constamment en opération.

 

- Que faisons-nous maintenant? me souffla Jillian tout bas.

- Nous attendons! lui répondis-je.

- Nous attendons quoi?

Je n'osais lui répondre. J'en étais moi-même incertain. Je n'avais aucune assurance que mon plan de lunatique pouvait fonctionner. Mes doutes ne persistèrent qu'une minute. Nous entendîmes de l'autre côté du camp un long cri d'alarme suivi par un coup de feu, d'autres cris, horrifiés cette fois-ci, et d'autres coups de feu en rafale. Le jaguar était à l'œuvre!

 

Voilà ce que nous attendions! affirmais-je avec satisfaction.

Le  chaos engendré par le félin avait monopolisé l'attention des occupants du campement. Rafaele qui guettait la scène nous indiqua que les surveillants convergeaient effectivement de l'autre côté de leur camp. À découvert, nous nous empressâmes de nous rendre à la périphérie de leur installation pendant que le champ était libre. Nous avançâmes prudemment en nous faufilant entre les tentes.

 

À notre surprise, sans aucun avertissement, un patrouilleur se trouva devant nous. Il braqua instantanément son arme. J'entendis le déclic métallique du pistolet que Rafaele venait de charger. Son canon était pointé sur l’homme. Je pensais à ce moment que nous avions lamentablement échoué et étions pour tout perdre. Si nous survivions les prochaines minutes, nous serions surement faits prisonniers lorsque le camp en entier se retournerait contre nous. Je réalisai alors que cet homme n'avait ni crié l'alarme ou tiré sur nous alors qu’il en avait eu l’opportunité. Je le dévisageai et le reconnu. Sa jambe raide, supportée par une prothèse me rappela qui il était: l'homme de la falaise à Tulum.

Je fis baisser l'arme de Rafaele en gardant mon regard franc dans ses yeux de cet homme. Il resta sans expression et tourna la tête. Il regarda ailleurs et continua sa marche.

Ce fut un moment intense. Je calmai Rafaele encore crispé mais soulagé de ne pas avoir eu à tirer.

 

- Que c'est-il passé? Pourquoi ne nous a-t-il pas dénoncés? demanda Jillian tout bas.

 

- Continuons ! pressais-je encore surpris de cet acte de reconnaissance. Il y avait donc au moins une âme honorable dans ce camp.

 

Nous n'étions qu'à quelques mètres du dôme lorsque son accès s'ouvrit.

Je  reconnu Alan Morris qui en émergeait. S’il me voyait nous étions tous foutus !

Je ne pouvais pas non plus l'agresser sans risquer d'attirer l'attention de tous ses compères.

 

Un rugissement et un cri strident se firent entendre. Alan dégaina aussitôt et tourna son regard vers le sommet de la tente où un perroquet ricanait et sifflait. Il ramassa une pierre qu'il lança avec force et frustration sur l'oiseau. L'ara s'envola à temps et le projectile le manqua de justesse. Alan blasphéma une obscénité avant de retourner son attention sur l'autre moitié du camp qui était toujours agitée.

 

J'en devais toute une à Mo’k’ak: il nous avait donné le temps nécessaire pour nous retirer de la vue et du chemin d'Alan Morris. C’est avec précaution que j’entrai le premier dans la tente. Il n’y avait personne. Il s’agissait d’une salle d’habillage séparé du plus grand l’abri hémisphérique par un sas. Il y avait des espèces de scaphandre autonome comme ceux utilisé comme protection dans les zones de dangers biologiques. Jillian et Rafaele me suivirent. Tout comme moi, ils étaient intrigués par ce que tout cela pouvait signifier. Nous enfilâmes ces habits qui nous donnaient l’avantage d’être incognito. Je repris les devant suivi par Jillian alors que Rafaele garderait nos arrières. Je pénétrai dans le sas. L’atmosphère y était contrôlée, je ressentais un différentiel de pression. L’intérieur du dôme avait un éclairage tamisé. Deux personnes y étaient présentes affairées à refermer et préparer un grand caisson de trois mètres. D’après ce que je devinais, il s’agissait d’un homme et d’une femme. Je réalisai que tout le dôme était un laboratoire scientifique ou médical extrêmement sophistiqué. Il y avait différents équipement ultramodernes ;  je ne pouvais même imaginer la fonction de certains d’entre eux. Je reconnu des moniteurs physiologiques, une réserve de médicaments et de solutés, des bombonnes de gaz comprimés. Dans un coin se trouvait une table chirurgicale particulièrement lugubre et sinistre avec ses attaches. Je songeai qu’il s’agissait d’un joujou pour ce sadique d’Alan.

 

Il n’y avait aucune trace apparente du Vigil ou de Chibirias. Arrivais-je trop tard ?

 

- Did you find out what the commotion is about? You can tell Alan that it is ready for transport!

L’homme s’était adressé à moi.

Je lui répondis « Yes Sir! » après une certaine hésitation.

L’homme me regarda avec plus attention. Il me dévisagea de ses yeux gris acier et froid.  - What the hell?! Who are you? questionna l’homme de façon suspicieuse.

La femme cessa de sceller le caisson et m’observa à son tour.

 

L’homme chargea sans hésiter en brandissant un scalpel. La femme ramassait ce qui me sembla être un pistolet. D’un geste l’homme m’effleura avec sa lame, tranchant l’extérieur de ma protection. Rien ne ce produit malgré mon appréhension, bien que l’air me sembla subitement bien mince et difficile à respirer.

A ce moment Jillian entrait dans le dôme à son tour. Elle évalua rapidement la situation et se rua sur la femme en lui saisissant le pistolet alors qu’elle s’était dangereusement rapprochée de moi.

 

L’homme me flanqua un coup de jambe vicieux qui me projeta en arrière. Il m’en administra un autre et un autre en me repoussant entre la paroi du dôme et la table chirurgicale. Il plongea ensuite sur moi avec son scalpel. Je réussis tout juste à l’esquiver.

J’entrevis Jillian qui combattait l’autre femme dans un corps à corps.

 

L’homme réessaya de me redonner un autre coup de jambe. Je lui saisis le pied au vol et d’un élan le lançai derrière contre terre. Il se releva d’un bond et sauta sur moi. Je parvins à grand peine à arrêter la main qui tenait le couteau chirurgical. Il poussait dessus avec toutes ses forces et le poids de son corps.  J’étais en difficulté. L’air me manquait. Je n’avais pas la force de le retenir plus longtemps. J’étais sur le point de défaillir lorsque j’entendis un bruit strident comme celui d’un gaz comprimé subitement relâché. Mon agresseur s’écrasa aussitôt foudroyé, comme mort.

 

Je tassai son corps et trouvai Jillian soulagée de me voir. Elle avait l’étrange pistolet dans ses mains qu’elle contemplait avec satisfaction. L’autre femme gisait par terre tout aussi inerte que son associée.

 

- Ils sont morts ? demandais-je faiblement en reprenant difficilement mon souffle.

 

- Non,  ils respirent et ont un pouls! rassura Jillian. Je crois que je les ai injectés avec un calmant ou ce qu’ils auraient bien voulu utiliser sur toi! 

 

Elle me donna le pistolet. Je réalisai qu’il s’agissait effectivement d’une seringue hypodermique pneumatique. J’observai qu’il y restait quelques doses d’un liquide légèrement ambré; certainement une drogue surpuissante et terriblement efficace d’après ses effets.

 

- Merci! dis-je simplement Jillian. Je ne savais pas que tu savais ainsi te battre!

 

- Ceinture noire, troisième dan, une fille doit savoir se défendre!  m’annonça-t-elle absolument fière et ravie.

 

Elle continuait à me surprendre cette femme là!

 

Je me débarrassai de ma combinaison aussi encombrante qu’inutile mais indiquai à Jillian de la conserver.

 

- Allons voir ce trésor qu’ils préparaient pour le transport! suggéra-t-elle.

 

Je l’accompagnai non sans difficulté. L’air de cet environnement contrôlé me rappelait celui des sommets à de hautes altitudes. Il était pauvre en oxygène.

 

Nous commençâmes à forcer  le couvercle du caisson et fîmes par le glisser et le faire tomber par terre.  

 

A la vue de son contenue Jillian fût horrifiée. Le caisson contenait un homme inconscient, frigorifié, retenus par des armatures et des sangles en acier trempé cadenassés. Il avait des intraveineuses délivrant goutte à goutte différent différents solutés dans ses bras. Sa respiration était contrôlée artificiellement.

 

Il s’agissait d’Ah Hulneb. Que lui avaient-ils fait? Ils l’avaient neutralisé et apprêté pour l’expédition comme une vulgaire marchandise.  Je voulais le libérer. Il me fallait des clés! Je foulai frénétiquement  l’homme tout d’abord. Je trouvai son  portefeuille et différents documents que je ramassai, mais aucune clé.

 

Jillian trouva un trousseau sur la femme. Elle s’occupa de débarrer l’armature pendant que je m’occupais d’Ah Hulneb. Son corps et son crâne étaient couverts d’électrodes. Les moniteurs qui y étaient interreliés indiquaient qu’il était vivant, mais ses signes vitaux étaient faibles. Son pouls était filant et son activité cérébrales presque inexistante. Je n’étais pas médecin, mais d’après ce que je voyais il était dans un état comateux, un état induit probablement artificiellement.  Il fallait qu’il se réveille. Jamais nous ne pourrions fuir avec ce grand colosse s’il restait ainsi inconscient Je m’empressai à déconnecter des drogues intraveineuses et le déconnecter du système de respiration mécanique. Je fus rassuré de voir qu’il pouvait respirer par lui-même.

 

Le sas s’ouvrit. Rafaele entra avec empressement. Il nous annonça avec alarme que des gens venaient. Il faillait partir!

 

Nous ne pouvions pas quitter sans Ah Hulneb! Je refusais de le faire. C’est avec détermination que me penchai sur le corps inanimé du Vigil.

 

- Réveille-toi! Bon sang, Ah Hulneb, réveille-toi !

Je le giflai. Aucune réaction sur les moniteurs. Il ne réagissait ni à ma voix ou à mon toucher. 

 

Un homme ouvrit le sas et entra tout bonnement.  

-  Who the fuck are you? demanda-t-il avec surprise en voyant ce que nous faisions et les corps de ses comparses jonchant le sol. Selon toute évidence, nous n’avions pas encore été détectés.  

L’homme tenta de fuir et rebrousser chemin mais il se trouva confronté à Rafaele qui le gardait en joue avec son pistolet.  Il nous menaça :

- Others are coming! You are all mad if you believe you can get away with this!

 

Avant qu’il puisse ajouter une seule parole,  Jillian le neutralisa avec sa seringue automatique comme elle l’avait fait avec les autres.

 

J’étais désespéré. Un de mes rêves récent me revint. Le Shaman s’était approché de moi et il m’avait touché en m’ordonnant impérativement de me réveiller et il cela m’avait effectivement sortit de mon rêve et de mon sommeil. Est-ce qu’une telle chose pouvait fonctionner ici ? Chose certaine je ne pouvais réussir cela par moi-même sans aide.  

Je priai le Shaman et tentai de reproduire ce qu’il m’avait fait.

Au contact de mes mains sur la peau du vigil je ressentis comme une puissante décharge électrique. Les moniteurs physiologiques sursautèrent. Leurs signaux s’amplifièrent se rapprochant de nivaux plus normaux. Cela marchait !  Je recommençai. Ma voix se mêla à celle de mon Shaman alors que je lui ordonnai :

-           Réveille-toi!

 

Ah Hulneb sursauta. Il ouvrit les yeux et, il leva la tête et me regarda.

- Toi ? Il ne semblait pas comprendre. Il scruta intensément la pièce. Il vit les hommes en combinaisons jonchant le sol. Malgré son uniforme il pointa Rafaele et le nomma :

Toi ! Tu es le jeune Maya de  Tulum. Il se tourna vers Jillian.

- Elle, je ne la connaît pas !

 

Je l’aidai à se relever.

 

Nous devons partir pressa Rafaele inquiet en gardant son arme pointé vers le sas.

Je m’adressai à Mercurio :

- Jillian ! Nous avons besoin d’une sortie d’urgence !

 

Elle m’avait bien compris. Elle alla ramasser le scalpel.

 

- Attendez ! demanda le Vigil.

 

Il trouva près du caisson des boîtes soigneusement identifiée et scellée qu’il ouvra. Soulagé il  retrouva ses effet personnels qu’il récupéra avec empressement.

 

- Chibirias est ici? lui demandais-je.

 

- Non ! affirma Ah Hulneb. Ils la gardent ailleurs, elle est avec ceux qu’ils appellent les anciens !

Cela me désola quelque peu mais je réalisai que même si elle avait été dans le camp nous n’aurions pu rien faire pour elle. Je nous considérerais miraculés si nous réussissions à tous quitter cet endroit vivant.

Le vigil prit un tube métallique d’une vingtaine de centimètre qui à son toucher se déploya comme une longue lance.

Il commença à détruire différent appareils, échantillons et spécimens comme un dément. Nous le regardions sans comprendre.

 

- Il ne doit rien rester de cet endroit ! Ils ne doivent rien savoir sur moi ! expliqua le Vigil.

 

Je compris. Je lui regardai les bonbonnes de gaz. Il y avait différents  anesthétiques dont l’isofluorane ininflammable mais aussi des éthers et halo éthers et autre gaz inflammables juxtaposés à une bombonne d’oxygène et une autre de protoxyde d’azote. Je les indiquai au Vigil qui au passage du tranchant de sa lance coupa leur régulateur comme si cela aurait été du beurre.

 

Les gaz inflammables comprimés se vidaient dans  l’espace du dôme. Jillian trancha la toile derrière nous d’un trait et nous créa une sortie. Lorsque la pression atmosphérique finit de s’engouffrer et s’équilibra avec celle du dôme, le sas s’ouvrit de nouveau  révélant Alan Morris et ses hommes. 

Alan avait les yeux grand ouverts, tels deux petits éclairs verts vicieux, lorsqu’il me reconnu. Il  était évidemment furieux de me voir alors que derrière moi, le Vigil ainsi que Rafaele et Jillian, toujours en combinaison, traînaient dehors les deux hommes et la femme de son groupe. Avant qu’il ne puisse beugler une seule syllabe ou même faire un pas vers moi,  je le saluai d’une main et frottai une allumette de l’autre que je jetai devant moi. L’effet fut instantané. Une onde de feu se propagea dans le dôme et des flammes jaillirent de toute part. Il y eu une première explosion qui souffla le toit du dôme.

Par A. Saint
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Mercredi 30 décembre 2009 3 30 /12 /2009 03:07

Le retour du félin causa toute une commotion. Effrayés, Mercurio et Rafaele reculèrent jusqu'au fond de la pièce. Je leur indiquai de rester tranquille alors que je m'interposai devant le fauve qui était nerveux devant ces nouveaux intrus.

Je tentai de calmer la bête.

-           Ils sont avec moi, lui dis-je tout doucement, ce sont mes amis !

 

Je fis signe à Mercurio et Rafaele d'avancer. Je dû  insister avant qu'ils viennent craintivement.  Je devais paraître comme quelqu’un qui n’avait plus toute sa raison alors que j'expliquai au grand félin que mes amis ne voulaient aucun et qu’ils étaient de bonnes gens respectueuses.. J'étais certain que ce jaguar personnifiait une intelligence qui me comprenait. Je lui présentai Jillian et lui indiquai qu’elle pouvait, s'il le permettait, restaurer cet endroit à sa splendeur d’antan pour rappeler au reste du monde ce passé oublié.

Le fauve sembla acquiescer en tournant son attention vers Rafaele pour lequel il eut une réaction  imprévisible et singulière. Il le renifla longuement avec insistance avant de lui sauter dessus. Je paniquai un instant. Rafaele se trouva plaqué contre terre entre les pattes du jaguar qui abaissa son museau et commença à le lécher affectueusement. Tout en cajolant Rafaele, le félin ronronnait, il était heureux. Je pensai initialement que la raison était du fait que Rafaele était Maya. Je réalisai que c'était beaucoup plus que cela; sa réaction m'inspirait un sens de retrouvaille. Rafael avait passé une bonne partie de son existence dans la cité du bacab de l'est; il avait aussi libéré le premier artefact. Peut-être qu'une parti de l'essence du premier bacab avait touché Rafaele et que ce jaguar, cet avatar, avait reconnu "l'odeur" de son frère imprégnant Rafaele.

Je décidai de m'occuper de mon du "gros chat" pour laisser à Rafaele et Mercurio travailler tranquille et leur donner l'occasion de compléter leurs photographies et leurs notes. Jillian se montra sévère et scrupuleuse à ma suggestion de dégager le reste de la murale pour en révéler son contenu. Elle insista qu’une  telle excavation devait se faire de façon délicate avec de bons outils et une bonne technique. Elle expliqua que jusqu’ici, les fresques avaient été remarquablement préservées de toute dégradation en raison de la boue qui les couvraient et que la pièce qui les contenaient avait bien été scellée.  Nettoyer les murs leur enlèverait toute protection.  Je respectais son opinion, c’était le domaine de son expertise. Je me sentais maintenant vandale et maladroit d’avoir ainsi risqué de gâché une ouvre d’art aussi unique. Malgré cela, Mercurio n’y fit jamais d’allusion. Je profitai de l'occasion pour me rendre utile, pour casser et enfouir ce qui restait des billes d'acide à l'extérieur pour neutraliser le  ne risquent qu’elles représentaient.

 

J'aurais dû être parfaitement heureux, nous étions tous en vie et sauf, j'avais en poche le deuxième des artefacts et un sens à notre mission. Pourtant, j'avais le cœur lourd et je ne pouvais pas m'expliquer pourquoi. Je me rappelai douloureusement qu'ils avaient toujours Chibirias. Où était-elle? Lilith hier en me parlant de Chibirias m'avait parue désinvolte et  me laissa l'impression qu'elle l'avait vue tout récemment. Était-ce parce que Chibirias était prisonnière dans leur campement?  Il était  possible que les gens de Lilith gardent Chibirias auprès d'eux comme informatrice ou comme otage. Si j'avais raison, il s'offrait à moi l'opportunité de la secourir.

 

Je me trouvai une carte dans le sac de Rafaele. L'ensemble des coordonnés fixes que j'avais remarqué sur le localisateur de mes poursuivants correspondait à rien d’évident sur la carte. Il n’y passait aucune route ou sentier indiqué. Il était adjacent d’un lieu marqué comme étant « Palacios » sur la carte.

 

Je demandai à Mercurio si elle connaissait quelque chose de cet endroit. Elle me répondit que Palacios a déjà été un petit aéroport local mais qu'il avait été déserté lorsque l’ouragan Mitch avait frappé en 1998. L’endroit était essentiellement abandonné, personne au gouvernement ou dans l’aviation locale ne voulant assumer la réparation de l’aéroport et y maintenir ses opérations. Elle savait que depuis toutes les structures et édifices de l’aéroport avaient disparues alors qu’elles avaient été dérobées de leur métal et  de leurs matériaux. L’endroit était encore parfois utilisé par des avions légers. Il y avait d’ailleurs la rumeur que cet endroit servait de plateforme au trafic de drogue.

 

J'étais prêt à parier que l'endroit n'était pas aussi abandonné que cela. Je voulais y aller. Alan devait y être et cette fois, il ne me verrait pas venir.  L'après-midi achevait, si je partais maintenant je pourrais y être pour la nuit. J’interrompis les travaux de Mercurio et de Rafaele leur temps de leur faire part de mes plans.

 

-           Je désire aller à Palacios pour vérifier que ces gens sont bien là-bas élaborai-je. Peut-être en même temps nous en apprendrons plus sur qui sont ces gens et qu'est-ce qui se cache derrière eux!

 

Rafaele me regarda bizarrement. Je reconnaissais ce regard. C'était celui qui silencieusement m'accusait de folle témérité. Quand je parlai de mes soupçons concernant Chibirias, il sympathisa. Sans dire un  mot, il commença à ramasser ses choses. J'étais heureux qu'il ait décidé de m'accompagner.

 

Je n'avais que peu de doute qu'il s'agissait de la bonne chose à faire. Pour eux j'étais mort et qu'ils ne s’attendraient pas à une visite. Depuis mes premiers jours au Mexique, Lilith et les siens  m'avaient pourchassé et j'avais enfin l'occasion d'intervertir les rôles. Ils détenaient peut-être Chibirias là-bas. C'était ma chance de l'arracher de leurs griffes. Je devais prendre cette chance; une telle opportunité ne se représenterait probablement jamais.

 

-           Cela me semble une entreprise suicidaire.  Je ne suis pas certaine de ce que vous pourriez accomplir. J'ai vu ce dont ces gens sont capables; cela prendrait une armée entière pour les confronter! commenta sévèrement Jillian.

 

-           Nous sommes parvenus jusqu’à maintenant à les arrêter par nous même! répliquais-je convaincu.

 

Rafaele fronça des sourcils en enfilant son sac à dos. Il mentionna le nom d’Ah Hulneb. J’acquiesçai. C’est vrai, le Vigil nous avait aidés.

 

En nous voyant prêt à partir, Jillian intervint :

-           Quoi? Maintenant? Il ne reste que quelques heures de clarté. Il y a près de quinze kilomètres à marcher en pleine jungle pour atteindre cet endroit. Il serait plus facile de récupérer notre véhicule à Mirasol. J'aurais pensé que l'on aurais passé la nuit ici. Nous ne pouvons pas laisser ce trésor sans surveillance.

 

Elle n’avait pas tort. Il s’agissait d’une marche de trois ou même quatre heures. Je regardai Mercurio. Cela n’était pas son combat ; elle n’avait pas à venir avec nous.

 

-           Tu as bien raison; c'est pourquoi tu  devrais rester ici! suggérais-je à Jillian.

 

Son visage se crispa et devint sévère. Elle n'avait pas besoin de rien dire; je voyais bien son désaccord.

 

Rafaele insista à son tour:

-Jill, ces gens sont dangereux! Je ne veux pas que toi aussi tu deviennes leur cible. Je me sentirais mieux de te savoir ici !

 

- Écoutez, je suis flattée que vous soyez autant concernée par mon bien-être mais je ne vous ai pas accompagnée jusqu'ici pour être larguée au premier signe de danger potentiel. Je reste avec vous jusqu'au bout! Je pensais que vous me connaissiez mieux que cela nous reprocha-t-elle.

 

Nous l'avions vexée. Je tentai de me reprendre:

 

- Je connais ta valeur et ton courage; tu es en fait la personne la plus dévouée et brave que je connaisse. Tu t'es engagée complètement, tu nous as aidé même quand les choses étaient périlleuses ou défiait la rationalité. Rafaele et moi devons confronter ces gens afin d'honorer des promesses solennelles que nous avons faites. C'est notre devoir, nous devons en assumer les risques mais pas toi!

 

- Dans ce cas je choisis volontairement de partager ces risques! annonça-t-elle sèchement.

 

Elle restait intraitable. Je regardai Rafaele pour du support. Il n'osait rien dire.

- Je vais tout de suite aviser Maca de cette découverte pour qu'il envoie des gens ici afin de surveiller cette nouvelle découverte.

 

Je n’étais pas certain de l’avoir bien comprise. Je la regardais bouche bée lorsqu'elle sortit un téléphone satellite de son sac. Cette femme était sacrement bien équipée et prête à toute éventualité.

 

Réalisant mon étonnement, elle commenta:

- Tu penses qu'une fille sortirait sans son cellulaire?

 

Elle réussit à établir une connexion et à rejoindre son collègue archéologue.

 

 

À notre sortie le fauve se leva. Il nous attendait. Il était prêt à nous accompagner.

Je lui ordonnai de rester, je lui fis signe de ne pas nous suivre.

Le félin me foudroya d’un regard complètement insulté et méprisant.

-           Tu l’as vexé me souffla Rafaele. Rappelle-toi, ce n’est pas un chien !

 

Ce félin comprenait en effet mieux qu’un chien. Malgré le ridicule, je m’approchai pour lui expliquer que nous allions au repère de ces mauvais hommes et que je ne voulais pas qu’il soit la cible de leur fusils et qu’il soit blessé ou même tué. Le jaguar conserva son expression dure et décidée. Il était obstiné ce gros chat. Il s’imposa et pris les devant. Rafaele ne put s’empêcher de sourire alors que nous le suivions.

 

Après une longue marche, nous arrivâmes à la rivière. En longeant vers l’est nous trouvâmes un balsa, un radeau précaire de blanches et de bidons vides. Il reliait un sentier sur les deux rives opposées.  Je supposai qu’il était abandonné ou que son passeur avait fini sa journée de travail. Peut-être aussi qu’il nous avait-il vu venir qu’il avait fuit à la vue du jaguar. J'aurais pensé que le grand félin refuserait de se mouiller,  mais il ne se découragea pas et n'hésita pas à nous suivre. Qu’importe, nous avons pu facilement traverser à la rive nord sans trop s’écarter du chemin direct vers Palacios.

 

La brume épaisse du crépuscule commençait à descendre sur  la forêt montagneuse. Le ciel s’embrasait de rose et de pourpres. Le soir arrivait et nous étions encore loin d’être arrivés. Je commençais à comprendre que l'entité incarnée dans le jaguar n'avait pas encore accomplie toute sa tâche; je lui étais en fin de compte reconnaissant d'encore nous aider. La bête devint subitement nerveuse, même pour moi et Rafaele l'odeur de brulé devint vite évidente. Nous découvrîmes tout prêt quelques hectares de jungle brûlés tout récemment. Un peu plus loin, la terre était en voie d'être défrichée. Le félin exprima un dégoût évident; il contourna cette clairière artificielle. Plus loin, se trouvait un pauvre champ chétif de maïs. Je remarquai qu'il était bordé par des plants de tabac qui vagabondaient sans ordre dans le voisinage des plants de maïs entremêlés avec des liserons mauves.

 

L'horrible cri d'une femme déchira le silence. J'avais perdu de vu le jaguar; je réalisai tout à fait inquiet qu’il devait avoir été aperçu par une des occupantes des lieux.  Rafaele et moi nous précipitâmes vers l'endroit d’où émanait le cri. Nous arrivâmes dans un potager. Une jeune fille maya s'y trouvait, elle ne devait pas avoir plus que dix ans. Elle restait calme et fascinée devant la bête et tentait amicalement de lui parler. Ce n’était pas elle qui avait criée mais une femme adulte totalement hystérique qui paniquait aux larmes.

 

Je m'occupai du félin et l’éloignai. Jillian prit soin de la fillette. Rafaele avança vers la femme et tenta de la calmer. Trois hommes, un adulte flanqué par deux adolescents,  arrivèrent promptement. Ils avaient le canon de leurs carabines levés sur le jaguar. Ils regardèrent successivement le félin, Jillian, Rafaele et moi et semblaient complètement désemparés, en proie à un complet désarroi. Je tentai de calmer le jaguar énervé devant ces hommes armés pendant que Rafaele essaya de leur parler. Le dialecte qu’il utilisait  avait quelques consonances de la langue Maya du Yucatan mais était différent. L’homme le comprit ; il baissa son arme et indiqua aux autres de faire autant.

 

Je le regardais intrigué. Cet homme semblait sortir directement d’une stèle gravée à Copán  il y a mille ans! Jillian m’indiqua qu’il s’agissait de Mayas Chortis, les descendants des habitants de Copán. Ils parlaient le Chol et un peu d’espagnol.

 

Je les saluai respectueusement. Le jaguar dissipa son agressivité ne sentant plus de menace.L’homme nous invita à sa résidence toute proche,  un simple toit de palme hissé sur une série de larges poteaux. Un autre édifice tout à fait semblable semblait servir lui aussi de résidence mais également de grenier, poulailler et de  remise. Rafaele m’expliqua que ces mayas avaient choisis de ne pas vivre en tribus mais en cellules familiales dispersées. 

Précédé par deux jeunes filles, l’homme maya passe près de moi, et m’ignorait.  Dans son ample tunique blanche de coton sauvage tombant sur ses chevilles, son  allure se parait d’une majesté que n’avaient pas ses compagnes alors qu’elles étaient  habillées et coiffées de la même façon que lui et qu’elles portaient leur cheveux long flottant librement sur leurs épaules. Il s’approcha tranquillement du jaguar et lui accorda toute sa dévotion.  

Il offrit au félin une large calebasse remplit d’un brouet à base de pate de maïs dilué dans de l’eau. La bête renifla et accepta l’offrande et commença à vider le contenu du bol.

Le Maya était tout à fait emballé. Jillian me traduisit tout au fur et a mesure de son dialogue avec Rafaele pour qui il semblait particulièrement familier en raison de sa race. L’homme vénérait le jaguar qui était pour lui l’incarnation du dieu protecteur de la forêt. Selon lui, sa fille venait de faire la découverte de son animal totem, le « yonen » ou « nahuales », c'est-à-dire l’incarnation de l’esprit protecteur qui lui avait été donné à sa naissance. Il s’agissait de l’animal le plus puissant de la forêt; elle était donc bénie des dieux!

 

L’homme se présenta ensuite comme étant Kayun, c'est-à-dire « dieu chantant » et il se référait à nous comme étant des chuchkahaus, c'est-à-dire des sorciers, messager divin pour pouvoir marcher ainsi aux côtés le grand jaguar.  

 

Rafaele lui expliqua qui nous étions et ce que nous étions venus faire. Pendant ce temps deux  jeunes femmes, toute deux de  moins de 20 ans, nous regardaient intensément avec la petite fille.

Kayun mentionna que des hommes mauvais étaient effectivement venus par ici et qu’ils étaient repartis, il y avait moins d’une heure. Il avait crû sage de leur cacher les femmes.

Je voulu faire un compliment : je lui dis en espagnol que je comprenais pourquoi il dû les enlever du regard de ces hommes; ses filles étaient effectivement très belles. Il pouffa de rire. Il traduisit dans sa langue aux jeunes femmes qui rigolèrent ensuite. Jillian er Rafaele tout deux amusés, se retenaient pour ne pas rire. Kayun me précisa dans un espagnol sommaire qu’il ne s’agissait pas de ses filles, mais bien de deux de ses trois épouses. Je regardai ses femmes dont la somme de leur âge ne totalisait pas même la moitié de leur mari patriarche. Les femmes rougirent et sourirent lorsqu’elles croisèrent mon regard, me laissant comprendre que mon compliment avait été quand même apprécié.

 

À l’opposé de mon pas pesant et bruyant, la démarche feutrée et légère de Kayun s’accordait  parfaitement avec cette forêt qui venait  à nouveau de nous engloutir. J’admirais son aisance à se faufiler dans l’enchevêtrement des arbres, à détourner les obstacles. Même dans ce boisé obscur, il en reconnaissait toutes les allées et ses racoins, il en connaissait toutes les essences, Nous le suivons pas à pas.

 

Nous étions proches. Nous pouvions voir des lumières blanches incandescente perfuser au travers du rideau brumeux de la jungle obscure.

Nous remerciâmes et renvoyâmes Kaytun; il n'était pas question de lui faire assumer  encore plus de risques. Sous le couvert de la nuit, nous surveillons un petit agrégat de tentes de toile établie dans une petite clairière, bien dissimulés derrière les arbres et la végétation en périphérie de l'aéroport. L'activité y semblait fébrile. Derrière le campement nous pouvions distinguer la queue d'un avion cargo et un hélicoptère, tous deux noirs. Cet hélicoptère était identique à celui qui nous avait attaqué dans le sud du Yucatan; c'était peut-être le même. Il n'y avait aucun doute, il s'agissait bien du groupe d'Alan Morris et de ses pilleurs de ruines.

 

Nous n'apercevions aucune patrouille ou surveillance. Nous  en comprîmes la raison: ils étaient essentiellement tous occupés à plier bagage. Nous discutâmes silencieusement en faisant des signes de ce que nous étions pour faire. Nous décidâmes de rester ensemble et de contourner leur campement par le nord-est.

Nous pouvions constater qu'il ne restait rien de l'ancien aérodrome. Par contre la piste d'atterrissage était en bon état. Elle devait faire trois milles pieds et devait avoir été récemment défrichée et remise en bonne condition par le groupe de Morris. Nous avions une meilleure vue du camp et pouvions y distinguer ses occupants. Nous nous étions trompés dans notre première impression : le campement était sous haute surveillance, il y avait des hommes armés partout. S'infiltrer discrètement serait une mission pratiquement impossible. Je refusais obstinément d'abandonner, ainsi si proche du but. J'empruntai les jumelles de Mercurio et commençai à scruter leur positions et avenues à la recherche d'une faiblesse, d’un point d'entrée. Je réalisai enfin que même si je réussissais à pénétrer dans leur campement, je n'en étais pas plus avancé. Je n'avais aucun autre plan que d’improviser, ce qui était franchement stupide. Étais-je pour rechercher Chibirias dans chacune de ces tentes? Qu'étais-je pour faire après l'avoir retrouvée et libérée ? Comment étions-nous pour tous fuir? Je tentais désespérément de trouver des réponses à tout cela et je voyais bien que Rafaele et Jillian anticipaient mes décisions. Je ne savais que leur dire. Seul j'aurais été facilement téméraire mais avec eux, pas question de prendre de risques.

Nous sursautâmes au bruissement de feuilles tassés dans un arbre. Le jaguar se raidit, hissa en sortant ses crocs. Il relaxa, en réalisant tout comme nous, qu'un ara était responsable de ce boucan.  À ma surprise, après nous avoir dévisagés un moment, le perroquet s'envola et se posa sur mon épaule.

 

Non! Ce n'était pas possible  mais je connaissais cet oiseau!

 

Comme pour le confirmer, il croassa morose et sans entrain:

- Alex! Alex es mi hombre!

 

Mo’k’ak!

 

- Un autre ami à vous? commenta Mercurio à la fois surprise et intriguée.

 

- Ah Hulneb doit être ici lui aussi! déduit Rafaele en reconnaissant l'ara.

 

C'est ce que je pensais également. La présence de cet oiseau impliquait que le Vigil nous avait suivis à Copán. Où était-il? Qu'attendait-il pour se manifester? Nous pourrions bien utiliser son aide ici. En fait depuis notre arrivée, il y avait eu plusieurs autres occasions où l'intervention du Vigil aurait été bien appréciée.  Dans les dernières vingt-quatre heures, Rafaele et moi avions tout juste échappé à la mort.

Le Vigil avait promis de surveiller nos arrières; j'avais l'impression qu'il nous avait laissée tombé à la poursuite de son agenda bien à lui. Pourtant, je ne lui en voulais pas. S’il était ici, c'était pour les mêmes raisons que moi : Chibirias. Mais quelque chose n'allait pas dans tout cela. Je regardai Mo’k’ak qui me sembla particulièrement sans entrain et angoissé. Je commençai à sérieusement m'inquiéter. Je demandai à l'oiseau:

 

- Où est le Vigil? Où est Ah Hulneb?

 

L'oiseau jacassa quelque chose d'intelligible tout en hérissant ses plumes et battant des ailes. Il était agité et incohérent. Il était hystérique.

 

Je le pris doucement et le posai sur mon poignet et le flattant doucement pour le rassurer et le calmer.

 

-Nous allons l'aider! lui assurais-je.

 

Je lui redemandai:

- Où est Ah Hulneb? Montre-moi!

 

Mo’k’ak m'écouta attentivement son bec grand ouvert tout en hochant sa tête avec chacun des mots que je lui disais.

Il ouvrit ses ailes en criant:

- ¡Ah Hulneb es me hombre!

Il prit ensuite son envol. Je le surveillais alors qu'il survolait le campement et accomplit des cercles autour d'une grande tente hémisphérique blanche qui était adjacente à leur avion. Il atterrit sur la couverture de toile et sembla nous y attendre.

 

C'était donc là ! Je m'en voulais. J'aurais dû savoir.  Lilith m'avait bien dit à quel point le Vigil était pour eux de la plus grande importance. Lorsqu’ils ont abandonné leur poursuite, lorsqu’ils m’ont dit que vivant je n’étais plus d’aucun intérêt pour eux, j’aurais dû deviner ce qui ce tramait. Je n’aurais jamais du douter de Ah Hulneb, il nous aurait bien aidé si il en était capable. Il semblait que cette fois, c’était lui qui avait besoin de notre aide et je ne le laisserais pas tomber.
Par A. Saint
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Mercredi 30 décembre 2009 3 30 /12 /2009 02:59

J'étais incertain concernant une voix, je l'entendais à peine. Cette voix, était-elle féminine? Elle était amèrement déçue.

 

-           You are sure it is here? Damn! This has just been opened recently! That is a bad omen.

 

-           Wait! Look at this! Fresh footprints here and paw prints side by side! A jaguar! It must be huge!

 

Je souris et pleurais presque de joie aux intonations de cette deuxième voix. Je reconnu la voix mystifiée de Rafaele. Je m'efforçai de me calmer et d'avancer de façon désinvolte vers l'entrée et parvint à leur dire sur un ton moqueur et baveux:

 

-           Hé bien! Vous en avez mis du temps !

 

De voir leur gueules d'abrutie complètement abasourdie en avait valu la peine mais cela ne dura qu'une fraction de seconde. Rafaele se rua sur moi et me serra en hurlant de joie.

Il réalisa mon inconfort et remarqua inquiet la tache de sang sur mon ventre. Je lui assurai que ce n'étais qu'une égratignure.

 

-           Nous nous sommes assuré que nous n'étions pas suivis! Ils ont subitement abandonné la poursuite mais nous en voulions en être certain! expliqua Mercurio qui était elle aussi contente de me voir.

 

Ils avaient abandonné leur poursuite ? Je me demandai pourquoi ? Est-ce que cela avait un rapport avec les trois morts ou la perte de mon signal de mouchard? Qu’importe, cela ne présageait rien de bon !

 

-           Comment as-tu trouvé cet endroit? me demanda Rafaele intrigué. Nous avions le compas pour nous diriger mais toi? Comment as-tu su où aller?

 

-           J’ai un nouvel ami m'a aidé! C'est la chose plus extraordinaire qui m'est arrivé jusqu'ici ! répondis-je avec enthousiasme. Mais avant que je raconte, allez à   l’intérieur. Vous n’avez encore rien vu !

 

Mercurio fut le premier à pénétrer. Nous l’entendîmes crier : « Sweet Jesus! »

 

Elle en avait le souffle coupée pendant plusieurs minutes alors qu’elle examinait les fresques que j’avais nettoyées. Elle commença par dire qu’il n’y avait qu’un endroit au monde où elle avait vu quelque-chose de semblable : sur les lieux d'une ancienne cité Maya à San Bartolo dans les basses terres du Nord-est du Guatemala qui avait été découverte  en 2001. Elle y avait travaillé au projet d’excavation.

-           Le tout est d’une beauté à vous couper le souffle ! commenta Rafaele.

 

Mercurio continua de son côté son évaluation, absolument extatique. Selon elle la peinture murale semblait contemporaine à celle San Bartolo. Elle en avait le même style. Cela voulait dire que ces fresques étaient vieille de plus de 2100 ans, ce qui prouve que les histoires de création et du règne des rois — de même que l’usage d’une forme d’art élaborée pour les raconter — étaient bien établies chez les mayas il y a plus de deux millénaire, précédant de plusieurs siècles ce qui avait été trouvé cru à ce jour. Pour elle cette trouvaille jetait une nouvelle lumière sur tout ce qui était connu des origines, de l’art, de l’écriture de la civilisation maya. Cela confirmait pour elle que San Bartolo n’était pas une exception.  Il existait bien sûr des traces de d’autres peintures murales notamment à Tikal et à Uaxactûn tout deux au Guatemala mais en comparaison, la murale de San Bartolo et celle que nous venions de découvrir est bien mieux préservée et plus finement exécutée et travaillée.

-           On y voit des dieux et toute une grande saga, et manifestement, les Mayas de cet époque maîtrisaient une forme d’art et d’écriture avancée, expliqua-t-elle en  pointant les glyphes stylisés. Toutes ces choses étaient auparavant attribuées à la période classique de l’histoire Maya, alors qu’il est maintenant évident qu’elles étaient déjà établies au cours de la période préclassique.

Elle ironisa :

-           Si l’on veut parler d’origines pour les Mayas,  il faudra désormais reculer encore plus loin dans le temps !

Je me rappelais de mes lectures que la période classique des mayas a été fixée entre 250 et 1000 de notre ère. Le préclassique se situe entre 2000 avant J.-C. et 250 de notre ère.

En reprenant une profonde respiration, Jillian réitéra qu’avant la découverte de San Bartolo, les chercheurs croyaient que la peinture et l’écriture sophistiquées des Mayas n’avaient pas été établies avant le septième siècle, une époque contemporaine de la muraille de Bonampak. Trouver d’autre fresques ici prouve que ces formes d’expression existaient depuis bien plus longtemps que nous le croyions chez les mayas et qu’elles font preuve d’une sophistication absolument impressionnante de la part des anciens Mayas! 

Elle commença à prendre plusieurs clichés sur sa caméra digitale.

Pendant ce temps, Rafaele méditait intensément sur les peintures. Il semblait obsédé par l’une d’elle, celle où Itzamna était montrée dans l’arbre de la vie central et qu’il offrait le  sacrifice de son sang alors que ses fils faisaient  une offrande unique sous chacun de leurs arbres. Je connaissais Rafaele, pour deviner qu’il était émotionnel et particulièrement tourmenté par cette image.

Je lui pris la main et lui demandai :

 

-           Qu'est ce qu'il y a?

 

-           Cette image me rappelle un rêve. Ils y étaient quatre, le rouge, le jaune, le noir et  le blanc entourant un puits sans fond qui devint un arbre. Ces baccabs, c’étaient  nous : tu étais là, Ah Hulneb ainsi que cette femme et moi. Je n'y avais pas repensé depuis, mais cette image m'a rappelé cette vision. Je vous ai tous vus, avant même que nous nous soyons rencontrés. C’était en juillet la journée de la mort de Papah avant même que l’on se voit !  

 

            Il me décrit exactement Chibirias dans les moindres détails. Il n'y avait aucun doute, c'est bien elle qu'il avait vu.

 

-           Qu'est ce que cela veux dire?

 

-           Que Papah serait fier, tu es effectivement un grand Chilam Balam.

 

-           Papah !

 

Les yeux de Rafaele s’ouvrirent tout grand dans un éclair de compréhension. Il mentionna à Mercurio et à moi tout excité :

 

-           Regardez ! La première partie de la murale montre l’établissement de l’ordre dans notre Monde. Ces murailles sont en fait  un livre illustrée d'histoire. C’est un Codex qui a été transposé sur les murs de ce temple. Il y a des éléments classiques au Popol Vuh concernant les genèses et destruction du monde et du Chilam Balames concernant la dernière création. Je connais bien cette histoire. Papah me l’a racontée plusieurs fois.

 

Il sortit un livre de son sac. Il entama sa lecture avec grandiloquence :

« Hunab Ku, le père d’Itzamna, était le Grand dieu créateur qui reconstruit le monde après les trois grands cataclysmes. Au commencement de toutes choses, à la première aube, les pensées et le verbe Hunab Ku prirent substance en de grands serpents précieux. Gucamatz Tepeu et Gucamatz Huracan par seulement une de leur parole créèrent la terre. Les montagnes s’élevèrent et les eaux se partagèrent et ils donnèrent toute vie et fécondèrent toutes les plantes et les animaux de la terre, du ciel et de la mer. Ils étaient heureux de leur œuvre mais restaient partiellement insatisfait. Gucamatz Tepeu et Gucamatz Huracan demandèrent au plantes les plantes et les animaux de leur  parler et de leur rendre hommage à leurs créateurs, mais ils entendirent seulement les cris sauvages que font les bêtes. Ils étaient sans intelligence et ne pouvaient parler. Il leur était clair que cette création n'était pas suffisante et qu’une nouvelle était nécessaire.

 
Dans la création suivante, ils ont été rejoints par d'autres dieux qui  modelèrent l’humanité à partir d'argile et de boue, mais ces premiers essais spécifiques à créer des êtres sensibles ont échoués. Bien que ces créatures ont bâties des villes dans l'obscurité (il n’y avait ni soleil ni lune encore, pour éclairer la terre), ils ne pouvaient parler (même si ils essayaient. Ces hommes d’argiles se dissolvaient dans l'eau ou se brisaient d’eux-mêmes lorsque leurs corps s’immobilisaient et séchaient. Les Mayas nomment ces entités les Saiyamkoob.


Une autre tentative de création a été tentée  lorsque plus de divinités ont été appelées à la tâche. Alom, Bitol, et Tzacol étaient parmi eux. Ils sculptèrent des figurines de bois et leur ont  infusée avec la vie. Ils ne se dissolvaient dans l’eau et ils pouvaient parler. Mais ils ne faisaient que errer sur la terre, sans autre préoccupation que leur existence individuelle et leurs paroles étaient absurdes et sans louange. Les dieux étaient irrités par cela et détruisirent la plupart de ces gens, que les Mayas appellent Tsolob. Certains ont survécu à la destruction par Alom et ses démons et ces survivants peuvent être vus aujourd'hui dans la forêt, ce sont des singes.


Une création finale a eu lieu au cours de laquelle plusieurs divinités se scindèrent  en plusieurs autres dieux pour augmenter leur nombre. Alom se divisa engendrant, en plus de lui-même, Hunahpu-Guch. De Tzacol émergea Ixpiyacoc. Bitol dona naissance à Ixmacane. »

Je considérai ce passage particulièrement intéressant : il confirmait que les dieux anciens n’étaient pas sexués et se reproduisaient par une espèce de mitose. L’idée de la procréation et de la sexualité devait donc venir plus tard dans la mythologie Maya avec Itzamna et Ixchel.  

Rafaele continuait sa mélopée avec encore plus d’intensité et d’émotion :

« Dans cette dernière création, les créatures sensibles et capables de raison avaient été formées et faites à partir du maïs et elles ont été perfusé avec la vie comme avant. Les dieux réussirent leur œuvre et ils l’avaient trop bien réalisée en fait : la race d'humaine ainsi crée étaient presque aussi connaissant et  puissante que les dieux eux-mêmes. Certains d’eux, que les mayas appètent les Dzolobs, étaient  les profanateurs et des malhonnêtes. Ils convoitaient et désiraient la place des dieux eux-mêmes. C’est ainsi que les dieux furent trompés par les ceux aux yeux de coléoptères, les malhonnêtes, les Dzolobs qui sont venus et ceux qui ont mis le mal parmi les autres hommes. Quand ils sont venus "le Katún maudit" finissait. Pour ces  Ix-Tziu-nene les autres hommes de la terre sont des esclaves. Ils  causèrent la grande catastrophe cosmique ceux-là qui venaient de Xibalba qui vainquirent les 13 dieux du Ciel et ils firent tomber depuis le ciel le serpent céleste. Le visage du soleil fut cassé. Il tomba, se cassant depuis le haut des cieux et causant l’embrasement du ciel et de la terre. Il n'y avait plus aucun soleil, uniquement la nuit sans aucune lune. Et il a plu le feu et la cendre et les arbres et les roches sont tombés, fracassés les uns contre les autres et l’eau arriva. Des terres furent englouties causant la fin du monde et la mort des hommes et  faisant des orphelins et des veuves faibles.

Et les treize dieux ont été ainsi pris par les malhonnêtes et chacun de leurs visages fut giflés et chacune de leurs têtes coupées et cassées par leur ennemis. Leur corps sans tête furent jetés dans le trou noir sans fond de leur royaume de Xibalba.  Alors les malhonnêtes ont cru qu'ils étaient aussi maintenant des dieux ; mais ils ne l'étaient pas. Ils n'ont pas dispersé des graines, ils n’étaient pas capables de faire la pluie. Ils étaient stériles, incapables d’engendrer la vie. Ils n’étaient capables que d’amener la mort.

Ils étaient puissants mais n’amenèrent avec eux que des périodes difficiles et la misère.

Quand le Katún des malhonnêtes a été fini et que la période du prochain Katún a débuté Hunab Ku, qui est l’éternel, le dieu créateur a rétabli le feu du soleil. Son visage se tourna vers la terre à laquelle il redonna fertilité et vie. Ils obscurcirent la vision de tous les hommes et les rendit mortels. Il tua la multitude des guerriers des malhonnêtes qui furent surpris de voir leur guerre ainsi finie.  Il laissa au monde son incarnation, son fils Itzam Na qui est venu tandis que la terre et le ciel étaient nettoyés. Ses fils secouèrent la création depuis ses fondations et firent tomber les cieux sur terre pour y faire descendre les violateurs impurs. Certains de ces profanateurs se réfugièrent sous terre, se cachant du regard divin de celui qu'ils avaient trahi, d'autres t restèrent perchés et disparurent dans le néant du non-créé.  Les quatre dieux, fils d’Itzam Na, les quatre Bacabs ont nivelé toute la terre. Au moment où la mise à niveau a été finie, ils érigèrent  les grands arbres rouge, jaune, noir et  blanc avec lesquels ils relevèrent et soutirent le ciel des quatre coins du monde. Et le grand arbre de Ceiba vert a été érigé au milieu d’entre eux pour garder la mémoire de cette destruction de la terre.

Itzamna était juste, il descendit dans les profondeurs du Xibalba, au royaume des morts.  Il y chercha et y reconnu ceux qui étaient restés fidèles aux dieux. Par le sacrifice de son sang, ils les ramenèrent à la vie. Ce fut un jour magnifique de puissance et de beauté, le jour où, la moisson est devenue abondante, un jour de grandes récoltes et ce fut la cause de grandes lamentations de la part des Dzolobs qui avaient survécus, car Itzamna leur prit la terre et la redonna aux hommes. Ainsi les  hommes de Maïs sont réapparus, les hommes des temps présenté mais avec eux l’animal mauvais est encore présent, caché dans l’ombre, et il prospère toujours.

Itzam Na qui était l’incarnation du serpent qui donne la vie représenté le grand Dragon à deux têtes s’est incarné sur terre comme un homme afin qu’il enseigne et que fut comprise par le peuple des  hommes la sagesse des dieux. Le monde actuel est titulaire d'un mélange de tous les êtres créés précédemment mais tous ne survivront pas au prochain Katún, si Hunab Ku qui est le créateur suprême ne sanctifie pas une nouvelle création et qu’il le veux ainsi!»

 

J’étais tout comme Jillian émue et silencieux. L’histoire de Rafaele décrivait exactement le contenu images de murales. Comment Papah pouvait-il savoir cela sans être jamais venu ici? Je frissonnais encore à la  mention du nom des Dzolobs qui évoquait pour moi un mauvais rêve, les esprits obscurs de la nuit. Selon cette histoire, ils étaient de l’espèce des hommes. Ils avaient défiés les dieux et avaient perdus !

Il ne m’était pas clair si nous vivions dans les troisième, quatrième ou cinquième Age selon ce qu’avait dit Rafaele.  Est-ce que les Saiyamkoobs avaient été créés dans ce qui avait été le premier âge, ou devaient-ils  être considéré comme le deuxième âge? Est-ce que les Mayas avaient leur propre âge?  Vivaient-ils maintenant comme des vestiges dans un âge ultérieur, ou est ce que ce soleil était celui de l'ère des maya? Ce qui semblait plus certain était que ces époques de la création semblent correspondre au Grand Cycle de treize Baktuns. Si nous étions bien au cinquième Baktuns, nous étions vraiment aux derniers jours de la création.  Je comprenais l’appréhension des Mayas. Il n’y aurait qu’une continuation de la vie que si les dieux engendraient  une nouvelle création mais avant, ils devront peut-être encore raser ce qui reste de l’ancienne. Déjà la fin du présent cycle était enclenchée. Rafaele et moi avions trouvé les deux premiers baccabs. Il nous restait  à aller chercher les deux autres. Que feraient-ils ces quatre frères, ces dieux de la Terre, une fois qu’ils seraient retrouvés? Devront-ils de nouveau purifier cette Terre en la nettoyant par un cataclysme? L’alternative du monde continuant en ayant à sa tête des gens comme les Morris et les autres Dzolobs de ce monde ne pouvaient pas continuer, je comprenais cela. J’avais portant foi qu’il y avait tant de choses dans ce monde qui valaient la peine d’être préservée. C’est pourquoi j’avais choisi de vivre dans cette tente au Nunavik.  Je comprenais que c’était peut-être pourquoi ce Shaman m’avait choisi. Il fallait briser ce cycle de création et de destruction car  à force de constamment tout effacer et recommencer, le monde était condamné à répéter à chaque fois son passé et  il n’y avait aucune résolution ou évolution. Je confiai mes impressions à Rafaele qui abondait lui aussi dans le même sens.

Par A. Saint
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Mercredi 30 décembre 2009 3 30 /12 /2009 02:57

Je luttai contre l’ensemble de mes instincts et peurs. Je me rassurais que ce n’était qu’un chat, un gros minou après tout. Il ne m’attaquerait pas si je ne le provoquais pas. J’avançai doucement, sans aucun geste brusque. La bête me fixa de son regard, leva la tête et ses oreilles mais ne prit aucune posture agressive. Elle me laissa approcher.

J’arrivai au corps et m’agenouillai. Je ne touchai à aucune arme, je craignais de provoquer la bête. Je ramassai leurs sacs et c’est avec révulsion que je commençai à fouiller les carcasses. Je surveillais le jaguar. Il restait toujours aussi immobile et impassible que le Sphinx à quelques mètres de moi. Il était difficile de croire qu’il avait tué trois hommes en quelques secondes. Leur sac contenait munitions, provision et trousse de  premiers soins.  Je trouvai sur l’un d’eux un petit appareil électronique. Cela me rappela un GPS même si il était beaucoup  petit et mince. Il n’y avait aucuns boutons ou contrôles visible sur son boitier. Il s’activa dès que je touchai à son écran. Je l’examinai. Il indiquait deux séries de coordonnée. J’appuyai sur une des séries de chiffre et l’écran devint vivant avec une carte géographique. Il faisait référence à un point au Nord-Ouest à environ 18 kilomètres aux coordonnées 15° 00’ 00’’ 89°00’ 00’’. C’était facile à retenir. Je devinai qu’il devait s’agir d’un lieu de rencontre ou peut-être même de leur campement. L’autre plus était évident : il était à une distance oscillant entre cinq et vingt-cinq centimètres. La trousse de premiers soins me donnait une idée. Je devais essayer de me débarrasser de ce mouchard et vite; mais ce n’était ni le temps ou l’endroit pour le faire. Pas avec cette bête meurtrière à proximité en tout cas. Je réalisai à ce moment que le jaguar n’était plus là. Je ne le voyais nulle part.

 

Je ramassai tout ce que je pouvais et continuai à marcher. Je trouvai éventuellement une petite crique.  J’observai autour : il n’y a avait rien ou personne. Seul le murmure de l’eau coulant le long des rochers hantait cet endroit. Je sortis le localisateur et parcouru mon corps. Je localisai l’émetteur dans ma cavité abdominale à quelques millimètres ou tout au plus un centimètre sous la peau. Je parcouru la trousse de premier soin. J’y trouvai ce que je recherchais : une solution d’iode, des serviettes imbibées de chlorure de benzalkonium et des pansements. J’enfilai les gants de latex de la trousse. Je commençai par stériliser la surface de la peau à l’endroit que j’avais déterminé sur le ventre ainsi que la lame du couteau de chasse la plus effilée que j’avais pu trouver. J’essayai en vain de faire pénétrer la lame une fois à l’endroit où j’avais repéré le mouchard. Je n’avais pas le courage ou la détermination d’ainsi m’automutilé. Tout serait plus facile si j’avais quelqu’un avec moi, mais je devais le faire. Je ne devais pas être un trouillard. Je m’étendis par terre. Résolu, je pris la lame et la replaçai sur mon abdomen.  Je pris de profondes respiration, fermai les yeux et d’un coup sec poussai sur la lame. Je sentis la peau se couper et le métal pénétrer dans la chair.  Ce n’était pas aussi douloureux que je l’aurais pensé.  Je retirai la lame. Je saignais profusément. D’un doigt je cherchai dans la cavité que j’avais creusée. Cela était particulièrement souffrant.  Je me retenu pour ne pas hurler de douleur. Je ne sentais rien de particulier mais lorsque je retirai mon doigt, un petit carré sombre de moins de deux  millimètres s’était accolé au gant. Le détecteur confirma que c’était bien le mouchard. J’examinai le mouchard de près. Il ne s’agissait pas d’électronique conventionnelle, le carré était flexible comme une mince feuille de plastique. Cette chose commença à bouger. Elle tentait de s’échapper pour retourner comme un parasite vers mon corps. Horrifié, je réussis tout juste à la le reprendre entre mes doigts et la lançai loin de moi dans l’eau courante de la crique. Cette chose flotta un instant et disparue. Ce mouchard  avait dû constamment bouger dans mon corps changeant sans cesse de location ou d’organe.  Sans le localisateur de mes poursuivants, personne n’aurais pu jamais le trouver.

 

Je fis couler l’iode directement dans la plaie béante que j’avais creusée dans mon abdomen en serrant les dents. C’était un véritable supplice. La brulure atroce de la teinture d’iode devint éventuellement moins vive. Le sang avait cessé de couler. J’appliquai les serviettes de biocide que je couvris d’un pansement. Je vérifiai de nouveau avec leur détecteur.  Il n’y avait plus aucun repère proche détecté. J’avais donc réussi. Je me relevai péniblement en maintenant la pression sur les bandages de mon abdomen. Je ne voulais pas que cette blessure s’ouvre de nouveau.

 

Je tombai de nouveau face à face au jaguar. Il était à moins d’un demi-mètre. Toujours aussi calme.  Il ne m’avait jamais vraiment abandonné. Qu’étais cette bête?  Il n’était pas un jaguar ordinaire. Rafaele racontait que les dieux Mayas se manifestaient parfois par le jaguar; était-ce le cas? Je remarquai que ses yeux bleus attendaient quelque chose de moi.  Le fauve avança son  museau et renifla ma main et me fixa de façon intense. Je compris que venais de me faire un nouvel ami.

 

Il était temps d’y aller. Je pris aussi la précaution d’abandonner le localisateur même si cet appareil m’intriguait.

Je m’adressai au jaguar en utilisant un nom mentionné par Rafaele. Celui du second bacab au sud.

 

-  Ne serais-tu pas Cuac par hasard ?

 

À la mention du nom, le félin dressa ses oreilles et se dressa d’un bond.

Il se tourna et me regarda. Il me donna l’impression qu’il m’attendait, qu’il voulait que je le suive. Je le suivis.

 

Nous parcourûmes la forêt pendant plusieurs kilomètres. Nous avons gravi des collines. Nous nous arrêtâmes sur le versant au sommet d’une montagne. Nous avions une vue panoramique des environs mais ce n’était pas pour le paysage qu’il m’avait amené ici. Il essaya d’attirer mon attention. Il cherchait à me montrer quelque chose mais  je ne voyais rien, je ne le comprenais pas. Avec ses pattes, le félin commença à gratter la paroi de la montagne au travers de la végétation. J’examinai le mur. Sous les la végétation et les détritus cumulés depuis le temps, il avait une structure artificielle.  Il s’agissait d’une paroi de pierre empilées et cimentées. Avec un peu de travail et en utilisant le couteau pour desceller les pierres et,  je parvins à dégager l’entrée d’une grotte. J’avais fait trop d’efforts du sang recommença à couler de ma plaie à l’abdomen. J’y mis la main et appliquai de la pression afin de contrer le saignement.

 

Le jaguar entra et je passai après lui. Dans le tunnel, l’air était vicié, il n’avait surement pas été  respiré depuis des centaines d’années. Il s’ouvrit sur un plus grand espace, parfaitement carré. J’allumai une lampe de poche. Il ne s'agissait pas d'une grotte mais d'un temple. Ce qui m'avait paru comme étant le sommet de cette montagne devait être en fait un monument dissimulé, une pyramide peut-être. Chose curieuse, les murs étaient uniformément couverts de terre. Je pouvais observer çà et là des couleurs vives qui perfusaient par des craques et des écaillements. Je pris un mouchoir et délicatement commençai à enlever cette gale sèche qui tombait dans un nuage de fines poussières. Peu à peu,  je révélai ainsi la magnifique fresque cachée derrière. 

 

Il y avait ce grand serpent noir et d’un blanc brillant : il était long sinueux. Il avait deux têtes. Il était seul, unique, sans contexte, rien d’autre ne l’accompagnait. Deux magnifiques serpents à plume dominaient la fresque suivante, tout deux sur un fond bleu de deux teintes différentes séparées par une simple ligne horizontale: ils étaient les dieux Gukumatz et Huracane flottant dans l'air et l'eau primordiale. Il regardait leur création, des montagnes et forêts et les animaux sur le dos d’un autre reptile, une espèce de tortue ou un autre dragon. Je nettoyai au hasard et trouvai une représentation de la saga des jumeaux héroïques depuis la chute du prétentieux Vukub-Cakix au sommet de l’arbre de la vie jusqu'à leurs épreuves dans l’enfer de Xibalba. L’image suivante montrait leur père, le dieu du Maïs, ressuscité.

 

Je trouvai une autre peinture lugubre, un maya pagayait dans des eaux agitées par un Tsunami et un volcan, une guerre rageait dans le ciel et des figures y tombaient vers la terre. Le soleil lui-même et la lune semblait pleurer.

 

Cette image était suivie par une autre où cinq arbres étaient disposés dans un carré. Les quatre arbres en coins étaient accompagnés par des guerriers aux attributs de la tortue, du jaguar, du hibou et de l’aigle avec des couleurs rouge, jaune, noir et blanc. Ils offraient chacun des sacrifices tout en gardant leur arme sur le monstre sous l’arbre principal marquant l’entrée de Xibalba. Des démons débordaient de sa gueule mais ils étaient réprimés par les bacabs. Au sommet de l’arbre de la vie qui était central à la fresque,  il y avait un autre personnage. Il  avait percé son pénis et en rependait son sang et où son essence vitale tombait, la vie renaissait, incluant les hommes et les femmes qui levaient les mains au ciel en reconnaissance.

J’identifiai et nommai les bacabs Kan, Cauac, Ik et Muluc et Thup.

Je pointai Cauac, l’homme-jaguar vêtu de jaune.

- C’est toi?

Le jaguar émit un rugissement qui me sembla approbatif.  Je m’apprêtais à voir d’autres fresques mais le félin s’interposa et émit un grognement bizarre. Il me regardait et fixait ensuite les bacabs. Il semblait insister. Je n’étais pas pour le contrarier. J’examinai la peinture murale en détail. Elle était vraiment un chef-d’œuvre et avait été peinte par un grand maître avec ses lignes fines, couleur fluides et merveilleux rendu des moindres détails. L’œuvre avait toute la splendeur et mérite de la voûte de la chapelle Sixtine peint par Michel-Ange.  Je remarquai des lignes d’égouttement seulement sous le bacab jaune, comme si cette partie avait été peinte par un autre artiste qui n’avait pu maîtriser parfaitement son débit de peinture. La couleur même n’avait pas exactement le même ton et texture que celle du reste de la fresque. Je regardai le félin. Il me fixait attentivement. Je cognai la surface. Il semblait y avoir une différence. Je vérifiai avec le manche de mon couteau. La surface en dessous du  bacab sonnait creuse.

Je poussai la lame contre la paroi. Je me sentais inconfortable, j'étais un blasphémateur commettant le pire des sacrilèges mais avais-je le choix? Après y avoir appliqué une certaine force, la lame pénétra. Je fis tourner la lame et la paroi de plâtre se brisa. La bête me regardait toujours aussi calmement.

 

Je défrichai ainsi un petit trou dans la paroi, révélant une cavité de moins trois centimètres de profondeur. Lorsque je retirai ma lame, une petite bille cristalline s'échappa du trou. Elle tomba sur le plancher et sous l'impact sa coquille se brisa et éclata. Son liquide se rependit et réagit avec effervescence au contact du plancher. Il émanait de la réaction des vapeurs montantes avec une odeur irritante de soufre et de chlore.

De l'acide! C'était tout comme pour la stèle de Tulum. Était-ce la cachette du second artefact? Je n'aurais jamais osé espérer le trouver sans compas. Je regardai le félin et compris qu’en fait c'était bien le deuxième artefact qui m'avait trouvé.  Tout fébrile, j’élargis avec précaution le trou en récupérant les billes d'acide dans mon chapeau et les transférai délicatement dans mon mouchoir. Le volume de la cavité avait été complètement rempli par ces sphères aux coquilles fragiles mais résistante à l'acide qu'elles contenaient. Si j'avais eu le compas de Chibirias, il aurait attiré le disque avec assez de force contre la paroi qu'il aurait écrasé les billes.  L'acide relâché aurait à son tour dissous la paroi calcaire pour ainsi révéler l'artefact. C’était vraiment ingénieux! Au fond de la cavité se trouvait un disque de la couleur jaune de l'or pur. J'avais le goût d'émettre un cri de joie et de serrer mon gros chat mais j'étais de nouveau seul et n'y avait personne avec qui partager mon triomphe.

 

J'examinai mon trésor. Tout comme à Tulum le disque était denté et son diamètre partagé en vingt sections associés à des glyphes.

 

J’entendis du bruit dehors. Je me cachai dans un coin sombre le couteau sorti. Je comptais bien aussi utiliser les sphères que j'avais récupérées; elles feraient de redoutables projectiles.

Par A. Saint
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