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Mercredi 30 décembre 2009 3 30 /12 /2009 01:43

J’avais à peine descendu mes paupières que je me retrouvais propulsé dans cet univers prismatique aux vapeurs d’argent. Je ne rêvais pas, j’étais de retour dans cette dimension astrale du monde de Naum.

 

Je me réjouissais à l’idée d’avoir la possibilité de contacter Chibirias. Je cherchais sa présence. Comme réponse, j’entendis alors ses cris désespérés. Elle m’appelait à l’aide. Elle était en détresse. Sa voix venait de partout et de nulle part. Je cherchai frénétiquement tout autour de moi. Je me concentrai sur Chibirias et elle m’apparut enfin dans la distance. J’accouru vers elle. Je la serrai contre moi.

Je sentis alors que quelque chose n’allait pas. Elle avait la voix de Chibirias, elle avait son corps mais ce n’était pas elle!

Un piège et je m’étais jeté dedans comme un parfait con!  Je la repoussai. Elle ricanait monstrueusement. Je sentis quelque chose m’encercler les chevilles et monter le long de mes jambes. Je regardai et à ma stupeur vis deux serpents terrifiants qui grimpaient, lovés jusqu’à mes genoux.

Je ne paniquai pas, je ne fus effrayé qu’un moment. Je me concentrai et évoquai l’épée tout comme je l’avais fait auparavant et l'arme apparue dans mes mains. En deux coups vifs, j’avais tranché les reptiles et avais de nouveau mes jambes libres.

 


 

Je me tournai et vis la foudre tomber tout près. L’éclair commença à devenir plus sombre, plus opaque donnant l’impression d’être traversé par une pluie de lumière noire. Il se constitua en une ombre plus sombre. Informe,  d’abord tremblotante, elle se condensa et cessa de trembloter, pris forme une grande pyramide Maya typique.

Du sommet de cette pyramide un homme en descendait, il était titanesque.

Il n’étais qu’à quelques mètres de moi; je reculai et le gardai en respect avec mon épée.

Cela le fit rire, il s’avança jusqu’à ce que ses yeux d’un gris clair laiteux soient à la hauteur des miens. Je le reconnu. Il était le Consul de la sorcière que j’avais entrevu lors du massacre de Xochicalco. Il avait à la fois le visage d’un ange déchu, luciférien, impérieux, cruel et magnifique. Son regard prônait une grande puissance et une singulière arrogance. Il continua vers moi jusqu’au point de s’empaler lui-même sans aucune hésitation sur mon épée. Son visage souriait triomphalement, ne trahissant aucune douleur ou inconfort. Je retirai la lame et du même geste tenta de lui trancher la tête. Il arrêta la lame et la retint entre son pouce et son index. J’essayai de toute mes forces de bouger l’épée mais c’était en vain, elle ne bougeait pas d’un millimètre; elle était immuable. Il avait bien réussit à me démontrer que je pouvais rien contre lui.

Il me faisait peur maintenant.  Pourtant il n’avait rien fait pour m’attaquer et je ne doutais pas qu’il aurait pu facilement me détruire; qui était-il et que voulait-il?

 

Il me parla. Il ne montra aucune hostilité, sa voix était au contraire douce.

-           Je sais comment ton entreprise est sans espoir ! N’ait pas peur de moi! Je te fais peur?

-           Non lui répondis-je avec défi. Non, tu ne me fait pas peur!

-           Bien, je ne veux pas que tu aie peur de moi!

Au ton de ses paroles suaves j’étais étrangement calme je me sentis la proie d’une agréable léthargie tandis que je continuais à écouter son mélodieux murmure.

-           Tu as vu mes gens, mon peuple;  ils sont en décadence. Ils pourrissent. Ils ont régressé, ils sont tombés!

Son peuple? De qui parlait-il? Des Mayas? Qui diable était-il?

Je n’étais plus tout à fait sous son charme, j’étais en passe de recouvrir ma vivacité d’esprit.

Je lui demandai d’un ton accusateur :


L'homme nullement concerné repris  ses trompeuses inflexions suaves et rassurantes.

-           Non, je n’ai rien à voir avec cela et tu en as ma parole. Je n’ai rien à voir avec ces pitoyables ténébreux et ceux qui les servent. C’est toi, seulement toi, qui m’intéresse et je ne te veux aucun mal, au contraire!

 

Il m’avait rassuré. Je sentais qu’il me disait la vérité.

 

Il remonta son escalier en m'invitant à le suivre. Il continua avec ses paroles mielleuses:

 

- Si jadis, ils avaient entendu mon conseil, ils formeraient toujours un grand peuple, fort, plein de vitalité, maître du monde.  Et l’Antique  sagesse n’aurait pas périe;  elle aurait modelé un monde meilleur, meilleur que ce monde malade présentement.

 

Oui, il me parlait bien des Mayas ou des Aztèques. Comme pour me le confirmer, il ajouta :

 

-           Tu as vu ces gens, et je pense que tu les as jaugés. Je sais que tu les aimes.  Je les aurais conduits plus loin sur les chemins de la puissance et de la sagesse. Je les aurais placés sur les hauteurs, je les aurais amenés dominer toute les étoiles! Ils ne seraient pas ainsi conquis, déchus et dispersés aux limites de l’extinction!

 

Je réfléchissais. Il était quelque peu difficile de penser avec cette agréable sensation de paresse que j’éprouvais. Je cessai de réfléchir et me dis alors que oui, que tout ce qu’il avait dit jusque là était vrai. Je n’avais pas à me méfier de lui.

Il me souffla alors :


Le murmure se fit plus doux :


 

J’étais bien d’accord avec lui, j’étais un homme valeureux et diablement courageux!

 

Sa voix devenait un chant éthéré qui s’introduisait en douceur dans mes pensées.


 

Oui! J’étais bien celui qui pouvait tous les sauver, celui qui pouvait améliorer le monde. C’était ma destinée! J’étais prêt à tout faire pour cela.

 

Il pausa un moment avant de continuer:


 

Le murmure se tut.

Je songeai qu’en acceptant, je serais comme un dieu tout puissant! Je n’avais qu’à lui dire oui!

Je montai pas à pas l’escalier de la pyramide. Il m’attendait au sommet, son regard penché sur moi, et il me faisait des signes insistants et impatients, me demandant de le joindre.

Ce qu’il me demandait n’était pas grand-chose après tout. J’avais déjà vécu quelque chose comme cela avant. Le souvenir était très lointain; je cherchais à me rappeler. Le Shaman! Je me rappelais maintenant du Shaman!

Le charme fut rompu.

Je regardai cette chose en haut de la pyramide; elle n’était pas comme le Shaman, elle était au contraire pernicieuse. J’étais à mi-chemin dans l’escalier. Je m’empressai redescendre absolument terrifié.

 

Il me fixait sa tête reposant  sur ses mains. Je le voyais embarrassé et en colère. 

 

Il entama : 

-           Alex! Ne tourne pas le dos à mon peuple. Ils ont désespérément besoin de nous où ils ne survivront pas!

 

Il jouait la carte de la culpabilité et je devais admettre qu’il me connaissait bien car cela me fit hésiter un moment. Il semblait vraiment être concerné pour eux.

De son sommet, il intercéda :


 

Non! Non! Je me haïssais pour avoir éprouvé le désir de me donner à cette chose afin de lui permettre de fondre en moi.

Il insista :


C’était présomptueux de sa part. Pourquoi moi? Il n’avait qu’à en choisir un autre! Le Shaman m’avait déjà dit que j’étais spécial… était-cela qui attirais cette entité trônant sur cette pyramide?

Comme si il avait lu mes pensées, il dit :


Son ton devint menaçant :


 

Je ne voulais que fuir et quitter  cet endroit mais une pensée me retenait; je voulais m'assurer que Chibirias n'était vraiment pas ici. Cette entité me lisait bien. Elle me dit alors:


 

Hébété, je regardai autour de moi. Elles venaient de toutes les directions vers moi, des femmes d’une merveilleuse beauté, des nymphes aux peaux blanches et brunes, des bacchantes au sein opulents, de virginales et mince dryades. Elles tendaient vers moi des bras chargés de désirs, il y avait dans leurs yeux la promesse d’inimaginables délices. Elles vinrent, me touchèrent sensuellement  attisant le feu de mon sang pour m’amener jusqu’à la flamboyante extase du désir. Quelles femmes!  Celle à la couronne de tresse aurait pu être Hélène de Troie alors que sa sœur à la chevelure d’or était le portrait d’Aphrodite elle-même. Une flute chanta et sa musique ne fit qu’attiser le feu dans ses veines. Je me laissai noyer dans cette vague de passion, pourquoi aurais-je du résister? Elles me tiraient vers le haut de la pyramide avec leurs garanties de plaisir ardent et fébrile.

Une cinquième femme sortie du groupe. Elle avait une chevelure de nuit qui lui couvrait le visage, elle pleurait! Pourquoi pleurait-elle alors que toute les autres chantaient et étaient heureuses d'être avec moi? J’avais autrefois connu une fille dont les cheveux étaient tissé dans cette même brume de nuit-qui? Qu’importe qui elle était, il ne fallait pas qu’elle pleure!  Elle ne devait pas pleurer;  comment s’appelait-elle déjà?

Chibirias!

Une vague de honte et de pitié s’empara de tout mon être éteignant le feu fringant de ces enchanteresses.

-           Chibirias hurlais-je. Ne pleure pas! C’est toi que j’aime!

La musique de la flute se tût; le sortilège se dissipa. Je me rendis compte qu’au lieu de quatre magnifiques femmes, j’étais retenu par quatre homme ayant saisi et retenant mes poignets et mollets en m’entraînant dans l’escalier de la pyramide.

L’homme au sommet de se pencha vers moi frémissant d’impatience et murmura :

-           Prête-moi ton corps Alex, tout le monde t’appartiendra, si tu acceptes seulement de me prêter ton corps!

Je me débattais comme désespéré, je voulais fuir ce cauchemar.


L’homme se mit debout. La colère qui l’agitait et qui s’en exhalait me frappa comme un coup de poing. Il parla, son murmure était empreint de méchanceté et d’une froideur étudiée.

-           Ne sait-tu pas qui je suis? Dans ce cas je prendrai ton corps de force, je te le volerai et tu l’occuperas avec moi comme un esclave condamné. Les horreurs que je causerai en étant maître de ton corps; ce que tu verras te torturera tellement que tu m’imploreras de t’exterminer pour abréger ta folie et tes souffrances! Et alors je ne te ferai pas la grâce de te terminer, je te maintiendrai en vie tout aussi longtemps que ta torture m’amusera.

 

-           Il t’a dit non! Je sais que tu n’es pas habitué à ce que l’on ne cède pas à tes caprices ou tes menaces, mais cet homme t’a résisté, il a gagné, et ce, malgré tous tes efforts!

Je reconnus le Shaman. Il me regarda de façon rassurante avec affection.

-           Tu ose me défier, vieux grand-père! Cet homme  m’appartient,  je l’ai choisi et je le veux!

-           Désolé, mais cet homme s’appartient, insista le Shaman, et il a prouvé son mérite!

Le Shaman s'approcha et tout en me touchant, il m'ordonna tout simplement:

-           Réveille-toi!

 

Je me réveillai confus et désorienté, le cœur battant à tout rompre. J’étais tout en sueur et à bout de souffle. Ce cauchemar battait définitivement tout les autres! Est-ce que cela avait été simplement un mauvais rêve? J'avais l'impression de m'être vraiment battu pour la possession de mon âme et de mon esprit contre cette figure luciférienne. Qui était-il? Le pire, qui qu’il soit,  c'est qu'il  avait presque réussit à me séduire si ce n'eut été de . . . Chibirias. Son souvenir m'avait sauvé. N'y avait-il pas eu aussi mon vieux Shaman dans ce rêve? Tout commençait déjà à être floue et à devenir un vague souvenir. Je trouvai Rafaele blottit contre moi. Il avait quitté son lit au courant de la nuit pour me joindre  dans le mien. Je n'en pensai rien, dans son état au coucher cela m'était compréhensible. Le fait de ne pas être seul, sa présence, me confortait. Devais-je lui parler de mon expérience? Je décidai que cela ne serais pas pour l’instant; notre relation commençait tout juste à se développer et je ne voulais pas l’accaparer, surtout pas l’effrayer avec ces bizarreries qui me harcelaient encore.

 

Je me levai doucement en faisant attention de ne pas déranger Rafaele. Je me rendis à la fenêtre et tirai les rideaux. Notre chambre était au niveau supérieur de l'hôtel de trois étages et la fenêtre me donnait une vue spectaculaire de la ville, une mosaïque de tuile rouge de terre cuite imbriquées avec en arrière-plan de majestueuses montagnes verdoyantes dont les cimes crevaient le plafond de nuages ouateux. Il y avait apparence de pluie pour la journée. Je regardai le compas de Chibirias. Il indiquait plein Est ce qui n'était en accord avec le GPS nous positionnait à 14°50’ 21.53’’ Nord par 89°09’21.87’’ ouest, ce qui était  quelque peu éloigné de la longitude que nous avions déterminé de 89°01. Tout celai confirmait que nous étions dans le bon secteur. Les ruines de l'ancienne cité de Copán étaient justement vers l'est de notre hôtel.  Satisfait, je mis de côté le compas et le GPS. 

Je pris ma douche et m'habillai avant de secouer Rafaele pour le réveiller. Je dû insister avant qu'il daigna donner signe de vie et qu'il entrouvrit un œil.

 

Il bailla:

-           Quelle heure est-il?

-           Presque sept heures!

Je ramassai et plaçai dans mon sac à dos tout ce que je pensais nécessaire pour notre visite des ruines.

Voyant Rafaele toujours étendu immobile dans le lit, je n’eus aucune pitié.

D'une geste vif, je soulevai les draps. Il réagit lorsque je menaçai de lui soutirer également son oreiller.

 

-           Ça va j'ai compris! grommela Rafaele et s'étirant et se levant. Tel un zombie aveugle, il déambula lentement vers la salle de bain.

 

Je lui indiquai:

-           Je t'ai laissé de l'aspirine et de l'anti-nausée près du lavabo, tu vois?

 

-           Oui! me répondit Rafaele sur le ton d’un enfant exaspéré.

 

Il suggéra en sortant la tête de la salle de bain, brosse à dent encore dans la bouche:       

-           Tu peux descendre au restaurant, je t'y rejoins dans quelques minutes! Commande moi une grande tasse de café, s'il-te-plaît!

 

-           D'accord, je t'attendrai en bas!M15601941041310926815


 

Par A. Saint
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Vendredi 11 septembre 2009 5 11 /09 /2009 02:42


Le petit aéroport de Chetumal n’avait aucun vol direct qui se rendait au Honduras. J’étais déçu de trouver que le nombre de destination desservi par cet aéroport était très limité. Par contre je trouvai la représentante d’Air Mexicana très accommodante. Elle m’informa qu’il était possible de joindre San Pedro Sula au Honduras depuis la ville de Mexico. Cela pouvais sembler un détour mais si tout allait bien, nous serions à Copán pour la soirée. C’était vraiment notre meilleure option. J’inscris Rafaele et moi-même sur le premier vol matinal vers la capitale fédérale Mexicaine. Une fois rendu là-bas, nous prendrions la correspondance pour le Honduras.

           

Pendant le vol, Rafaele me confia qu’il était excité par le prospect de ce voyage. Il n’avais jamais vu les ruines de Copán auparavant. Il ne serait pas le guide cette fois-ci!

 

Nous arrivâmes en quelques heures à San Pedro Sula Honduras. Le passage à l’immigration fut une simple formalité. La ville de San Pedro Sula était vraiment métropolitaine et moderne, pleinement digne d’être la capitale économique du pays. Nous ne vîmes que brièvement son centre-ville alors qu’une navette nous amena au terminal municipal d’autobus depuis l’aéroport. Notre temps était parfait; nous arrivâmes à temps pour l’autobus menant à Copán. Ce fut un voyage mémorable alors que nous étions tassés pendant plus de 2 heures trente minutes sur les routes du Honduras avec un air conditionné défaillant. 

 

Ce fut un soulagement de nous trouver enfin à notre hôtel le Marina Copán. L'histoire de l'hôtel était elle-même intéressante: son nom faisait honneur à Doña Marina Welchez qui avait fait bâtir ce site en 1945 pour honorer la tradition familiale d'offrir gîte et accommodations aux explorateurs des ruines de Copán. Depuis, elle a continué à développer ce gîte avec tous les conforts et les services associés à un hôtel moderne de première classe.

 

La réception nous accueillit avec une grande courtoisie et affabilité. Nous étions chanceux; il y avait encore une chambre double disponible. Je la pris. Je trouvai notre chambre vaste, scrupuleusement propre et de première classe. Nous déposâmes nos bagages et m’empressai de vérifier le compas. Il réagissait montrant que nous étions proches de notre objectif. Satisfait, Rafaele suggéra une baignade pour se rafraîchir. Cela était parfait après notre petit voyage. Il n’était pas pudique ce Rafaele, il se dévêtit et changea devant moi.

 

— Tu viens? me demanda-t-il avec impatience.

           

Je me déshabillai à mon tour et enfilai mon speedo et l’accompagnai à la piscine. Elle était déserte en ce début de soirée. Rafaele couru et se jeta dans l’eau le premier. Je préférai descendre graduellement par l’escalier. Rafaele me trouva trop timide; il m’éclaboussa et m’arrosa. Je lui rendis la pareille. Je ne pouvais m’empêcher de sourire en voyant Rafaele jubiler comme un gamin espiègle. Il était vraiment dû pour des vacances. Nous passâmes moins d’une heure sans aucun souci avant de décider de se sécher et retourner nos chambres. Une courte douche éclair et nous étions prêt pour le souper.

 

Le restaurant affilié à l’hôtel, le Glifos, était par réputation un des meilleurs restaurants de Copán. Nous commençâmes avec leur Crema Campesina, un riche potage fermier au maïs. J’étais ensuite tenté par leur steak flambé mais j’optai pour un poulet traditionnel avec une sauce assaisonnée d’une variété d’herbes et épices mayas rehaussée de grains de sésame et de courge broyés. Un vrai délice! Je ne m’étais pas attendu à une gastronomie d’aussi grande richesse et qualité dans ce coin du monde perdu dans les jungles du Honduras.  Je déclinai le dessert malgré leur choix alléchant de gâteaux et de flancs. Rafaele ne pu résister à leur banane flambée au rhum. Tout avait été succulent et parfait. C’était agréable d’ainsi apprécier un repas après tout ce qui s’était passé la nuit dernière.

           

Nous croisâmes ensuite le bar achalandé de Jaguar Venado qui était adjacent à la piscine. Rafaele s’arrêta subitement. Il venait d’y voir quelque chose qui venait de capter son attention. Je me tournai vers ce qu’il regardait. Il fixait une femme assise à une table engagée dans une discussion avec ses voisins de table. Elle avait les cheveux foncés courts et bouclés, un visage de gamine avec un petit nez retroussé sous de grands yeux marron; je devinais un héritage italien. Je l’écoutai pendant qu’elle parlait: son accent était définitivement américain. Elle expliquait comment l’imagerie par satellite était pour révolutionner l'archéologie. Dans plusieurs locations les ruines sont envahies et couvertes par la jungle qui pouvait être dense au point de cacher des structures, les rendant invisibles aux yeux de l’homme à peine à quelques mètres de distance. En raison de leur construction calcaire, les monuments des ruines affectent la chimie des sols environnant en se détériorant. Ceci affecte la végétation environnante qui conséquemment est appauvrie, déficiente,  parfois même décolorée ou mourante. C’est quelque chose qui peut-être mis en évidence par  la vision des satellites dans le domaine des spectres infrarouges et visibles. D'innombrables structures archéologiques inconnues commençaient déjà, aux dires de Mercurio, à être répertoriées démontrant que la civilisation Mayas avait été beaucoup plus étendue et développée que ce qu'il avait été crû jusqu'ici.

 

Rafaele s’avança vers elle :   


 

La femme cessa sa conversation, dévisagea Rafaele un moment et se leva pour lui serrer la main avec enthousiasme.  Cette femme présenta Rafaele à ses compagnons:

           


           

Rafaele était embarrassé par le compliment. Il ne savait pas non plus comment me présenter aux autres. Je préférai ne rien inventer et dire la vérité. Je leur dit que j’étais un ingénieur géologue qui s’intéressait à des applications dans le domaine de l’archéologie.

 

Mercurio et les autres nous firent place à leur table alors qu’ils continuèrent à discuter entre eux des technologies navales, de la métallurgie, de la conception d'outil, du travail du bois et de l’ingénierie nécessaires pour construire des bateaux capable de naviguer en pleine mer des Caraïbes et de l’Atlantique. Ce qu’ils trouvaient le plus remarquable de ces mayas du Nord du Yucatan, était leur méthode de navigation sophistiquée pour les voyages en plein océan qui était basée sur leurs avancement des les mathématiques et l'astronomie.  Je regardai Rafaele qui était fort fier, parfaitement confortable dans son élément.

 

Ma voisine de siège, Véronique, était une étudiante française qui travaillait son doctorat en génétique appliqué à l’horticulture. Son sujet de thèse était le maïs qui n’était pas selon elle une plante native d’Amérique mais bien le résultat de cultures transgéniques effectuées par les mayas à partir de la téosinte, un frêle graminée sauvage natif du mexicaine. Ses analyses en biologie moléculaire confirmaient que la téosinte était l’ancêtre direct du maïs moderne. Elle effectuait des recherches en terrain concernant les techniques utilisés par les Mayas pour avoir ainsi réussi des modifications génétiques d’une espèce végétale par domestication. Je songeai qu’il s’agissait d’une autre chose à rajouter aux prodiges des Mayas. 

 

Le bar me semblait de plus en plus être un congrès d'archéologie enthousiaste qu'un havre de touristes. Pendant toutes ces conversations se servaient généreusement une excellente bière pas dispendieuse, appelée Salva Vida  (sauveur de vie), qui ne coûtait que 20 lempiras soit l’équivalent de 1,25 dollars canadien. La docteure Mercurio nous fit aussi connaître le Flor de Caña, un doux et savoureux rhum provenant du Nicaragua vendu à environ deux dollars le flacon.

 

À ces prix, il était difficile de résister et nous profitâmes tous de l'alcool de Copán alors que Pierre un archéologue français naturalisé américain nous parla des mayas Lacandon qu'ils avaient récemment visités et étudiés dans les jungles de l'état Chiapas près de la frontière commune entre le Mexique et le Guatemala. Il nous raconta que pendant longtemps ces mayas avaient été parmi les plus isolés et conservateurs de leur culture qu’ils avaient maintenu jalousement leurs religion et coutumes. Il nous dit avec une pointe de tristesse qu’il avait été témoin lors de sa dernière visite à quel point notre civilisation moderne avait fini par rattraper les Lacandons dans leur jungles isolées. Jusqu'au vingtième siècle les  mayas Lacandon avaient continué d'utiliser des arcs pour leur chasse traditionnelle avec des pointes de flèches fabriquées à partir d’éclats de bois durs trouvé dans la jungle; ces mêmes pointes de flèches étaient aujourd'hui vendues par les Lacandon comme souvenirs aux touristes.   Pierre avait eu le privilège de rencontrer un de leurs derniers Shaman, une  mémoire vivante de ce peuple. Il conclut en nous avertissant sévèrement que cette zone du Mexique était devenue très dangereuse en raison de la rébellion des Zapatistes.

 

Les Zapatistes? Je ne connaissais pas. Rafaele m'expliqua qu'avec sa ratification du NAFTA, l’accord de libre échange de l’Amérique  du Nord impliquant les États-Unis, le Mexique et le Canada,  de nombreux territoires abritant des communautés indigènes du Mexique avaient perdus leur statut protégé. Le gouvernement au lieu de  reconnaître le droit des indigènes sur leur territoire, les arrachaient encore de force de leur maison pour les relocaliser. Les Zapatistes sont des rebelles contre le gouvernement Mexicain et sa politique contre ses propres aborigènes. Cela m’attrista profondément que même en 2005, nous n’étions toujours pas mieux que ces conquistadores espagnols.

 

Mercurio nous expliqua qu’elle était ici afin d’aider à la supervision d’une tombe Maya tout récemment inhumée. Il s'agissait alors d'une extraordinaire découverte par soi car peu de tombes sont trouvés intactes avant le passage de pilleurs. Cela démontra à quel point le travail d'excavation et d'exploration des ruines de la région de Copán étaient loin d’être achevés. En fait, moins de 25% de l’ancienne métropole Maya avait été excavée; Copán réservait donc encore potentiellement encore de nombreuses surprises.

Une fois la chambre funéraire renforcée et quelques restaurations préliminaires terminées,  la tombe serait ré-enterrée d’ici quelques jours pour la protégée contre les pilleurs, sa location étant sans surveillance hors du domaine protégé des ruines de Copán. Elle nous invita à voir cette tombe avant qu’elle soit refermée. Rafaele accepta aussitôt avec joie. Tous autour de la table l'imitèrent. Pour ma part je songeai avec espoir que cette tombe pouvait être l’endroit que nous recherchions.

 

Ce n'était pas à Copán la première découverte du genre; Mercurio relata également la découverte d'une autre tombe royale, il y avait dix ans.  Ce tombeau était rempli par de splendides offrandes de jade et de céramique peinte.  Le tombeau, situé à mi-chemin entre l'Acropole de Copán et la ville moderne de Copán Ruinas, avait été  découvert par hasard pendant les travaux d'excavation, de drainage et reconstruction qu’avaient nécessité les dégâts causés par l'ouragan Mitch, qui avait frappé l'Amérique Centrale au mois d'octobre 1998.

 

Autant j'appréciais toutes ces conversations et essayais de mon mieux d’y porter toute mon attention dans le cas où  s'y trouveraient un indice sur ce que Rafaele et moi devions trouver ici, je combattais de plus en plus la fatigue qui me gagnais. J'appréhendais aussi demain une autre journée tout aussi éreintante alors que nous avions prévu de visiter la fameuse tombe en matinée. J'observai Rafaele qui avait de la difficulté à garder les yeux ouverts. Je consultai ma montre; une heure du matin approchait. Je m'excusai, me levai en souhaitant à tous une bonne nuit. Rafaele hésita un moment et se  dressa à son tour pour m'accompagner non sans difficulté. Sa démarche était chancelante et chaotique; Rafaele était ivre! Il se défendit bien d'admettre qu'il était saoul alors qu'il titubait dans l'escalier et que je supportais de crainte de le voir tomber.

Pendant que je le mettais Rafaele au lit, il me marmonna qu'il m'aimait bien et que j'étais en quelque sorte la seule famille qui lui restait. Il craignait  plus que tout de se retrouver seul, abandonné et oublié lorsque tout sera fini et que je n'aurai plus besoin de lui. L'alcool parlait. J'avais devant moi un petit garçon inquiet et effrayé.

Je lui assurai que je ne l'abandonnerais jamais et qu'il était mon frère de sang et ma seule famille.


Je lui promis:


Il sembla satisfait, laissa tomber sa tête sur son oreiller et s'endormi paisiblement en ronflant presque aussitôt.

 

Ce fut mon tour de me dévêtir et de prendre place dans le second lit mais je ne trouvai pas un sommeil tranquille.

 

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Par A. Saint
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Dimanche 2 août 2009 7 02 /08 /2009 17:20

J’attendais patiemment sur l’autoroute adjacente à l’hôtel accompagné de mes valises. J’avais libéré ma chambre et régler ma note. J’étais vraiment triste de quitter l’Allure. Cet endroit avait été plus qu'un simple hôtel pour moi; je m'y étais vraiment senti chez moi. J’y avais connu une nouvelle vie, lavé de mon ancienne par ce baptême de feu m'ayant empreint d’émotions extrêmes.

 

Deux petits transports communautaires passèrent; je leur signalai poliment de ne pas s’arrêter et de continuer à chaque fois.  La chaleur était torride sous la radiance du  soleil de l’après midi: je sentais la sueur ruisseler sur tout le corps. Je vis enfin Rafaele s’amener.

 

Je déposai mes bagages en arrière et pris place dans la jeep. Je regardai le grillage et l’arche de fer forgé dont le tracé intérieur se lisait Allure. Je saluai une dernière fois le gardien du portail alors que Rafaele reparti et accéléra vers la ville de Tulum. J'appréciai le courant d'air en route dans la décapotable; il était rafraîchissant.

 

Nous traversâmes de nouveau le village de Felipe Carrillo Puerro. La vue des rues et bâtiments de cette petite ville me laissa une impression étrange à la suite des évènements de la nuit dernière. Cela me rappela de parler à Rafaele de mes rêves, question de voir s’il pouvait faire du sens de tout cela.

 

Le nom de Toh Pepem n’évoqua d’abord rien pour lui. Je voulu lui décrire mes rêves où elle était impliquée. Je sortis les notes que j'avais griffonnées à mon réveil; j'avais beau m'efforcer de me relire mais essentiellement je ne pouvais faire aucun sens de mes gribouillis.  Je m’efforçai à raconter à Rafaele tout les détails que j'avais encore en mémoire.

 

Il tourna la tête vers moi et me dévisagea avec ses sourcils levés, front plissés.

Il commenta :

- J'aimerais bien avoir des rêves comme les tiens!

 

Selon lui Toh Pepem, Papillon d’Obsidienne ou Papillon griffu, devait correspondre à la déesse Aztèque Itzpapalotl. Cette terrible déesse était une démone des étoiles qui pouvait apparaître sous la forme d’une belle et séduisante femme ou celle d’une ange noir terrifiant avec une tête squelettique et des ailes de papillons ou parfois d’aigle aux extrémités affutés avec des lames d’obsidiennes. Elle était aussi une magicienne accomplie capable se rendre invisible et de se montrer dans les rêves des hommes.

 

Ce qui intéressa Rafaele est que cette déesse avait plusieurs rapprochements avec la mythologie maya. Par exemple, elle était reine du domaine de Tamoanchan, le Paradis terrestre où dépendant de la mythologie, Itzamna où Quetzalcóatl a recréé les premiers de la race humaine actuelle à partir des os de tous les humains morts dans le grand cataclysme qu'il avait volés des enfers de Mictlan ou de Xibalba. La terre pu ainsi être repeuplée après la fin du monde. Le mot Tamoanchan lui-même ne venait pas de la langue de Nahuatl même si les aztèques utilisaient ce nom qui a en fait ses racines dans l'étymologie maya et qui pourrait être traduit comme "endroit du ciel brumeux ".

 

Sous Itzpapalotl, Tamoanchan était le paradis terrestre réservé aux femmes mortes dans l'accouchement et aux enfants mort-nés. Itzpapalotl était ainsi la divinité patronne des sages-femmes et était associée à d'autres déités femelles telles que Tlaltecuhtli, Coatlicue, Citlalinicue et Cihuacoatl qui ont été adorées par les femmes de parturiente.

 

Je questionnai Rafaele sur les Tzitzimimeh.

 

Les Tzitzimimeh étaient les déités femelles qui étaient tombées du ciel. Elles étaient associées à la beauté et la fertilité. Elles avaient un double rôle dans la religion aztèque : elles étaient les protectrices du féminin et de la progéniture de l'humanité même si elles étaient également puissantes et dangereuses, particulièrement en quelques périodes d'instabilité cosmique.

 

Les Tzitzimimeh étaient intimement associées aux étoiles, particulièrement aux étoiles qui peuvent être vues autour du soleil pendant une éclipse solaire. Ceci a été interprété comme étant les Tzitzimimeh attaquant le soleil et qui profitait de l’obscurité en plein jour pour  descendre sur terre et dévorer des êtres humains.  Les Tzitzimimeh étaient également craintes pendant les cinq jours malheureux appelés Nemontemi qui marquent une période instable du compte aztèque de l'année ainsi que pendant la cérémonie de renouvellement par le feu, qui tout comme pour les mayas, marquait le commencement d'un nouveau cycle du calendrier. J’écoutais Rafaele d’une oreille distraite. Je ne pouvais pas m’empêcher de revenir à cette pensée : est-ce que ma Chibirias était une des Tzitzimimeh ? Était-elle humaine ou une créature immortelle ? Je savais bien que je fabulais mais cela expliquait l’implication de Itzpapalotl et le lien que j’avais senti en la voyant.

Une chose dont Rafaele était certain d’après mes descriptions était de l'identité ville que j’avais vue. Il avait d'abord reconnu le puits de lumière de l’observatoire solaire. Cette ville avait bel et bien existée et portait le nom de Xochicalco. Ses ruines se trouvaient dans la partie ouest de l’état central Mexicain de Morelos.  Ce qui est intéressant de cette ville était qu’elle contenait un amalgame d’influences incluant l’ancienne citée de Teotihuacan, les cultures Mayas ainsi que de Matlatzinca de la vallée de Toluca. La ville a été occupée à partir de 200 ans avant Jésus Christ et a été subitement abandonnée et détruite au dixième siècle.

Selon certaines interprétations de légendes aztèques, la déesse Coatlicue aurait donné naissance aux dieux Quetzalcoatl et Xolotl dans cette ville. Leur père était Mixcoatl, le fils d’Itzpapalotl. La fille de Coatlicue, Coyolxauhqui, a voulu à tout prix empêcher cette naissance et avait assemblé une armée de quatre cents de ses frères pour attaquer et décapiter leur mère. L'instant où elle a été tuée, le dieu Huitzilopochtli qui connaissait les plans de sa sœur,  est soudainement apparu prêt au combat. Il a tué à lui seul un grand nombre des quatre cents, y compris Coyolxauhqui, dont il coupa la tête et la lança dans le ciel pour qu’elle devienne la lune. Dans une variation sur cette légende, Huitzilopochtli lui-même est l'enfant conçu qui nait  juste à temps, pleinement développé et armé pour sauver sa mère à temps. Une histoire de famille qui me semblait compliquée et sanglante.

Nous discutâmes du symbolisme des Bacabs qui devaient être comme Tulum, alias Zama, l’abri du bacab Kan, des emplacements géographiques. Les autres révélations de mon rêve n’étaient pas aussi utiles que je l’aurais espéré.

 

J’avais compris que Mulac était associé à K’una Xaman. Rafaele me demanda si je n’avais pas entendu  plutôt K’una h’men. Le premier signifiait « Temple du Nord », le deuxième « Temple du Guérisseur ». Je n’étais étais plus certain de bien me rappeler la prononciation de ces mots étant semblable.

 

Par contre les mots de Ohk’in peten que m’avait indiqué Toh Pepem, c'est-à-dire « l’île du crépuscule », laissèrent Rafaele songeur bien qu’il n’était certain de rien.

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Cuac avait été mentionné avec les mots de Xuk Nohol que Rafaele traduisait littéralement comme « Coin du sud ».  Je pensais que cela ne voudrais également rien dire mais Rafaele connaissais une ville qui anciennement se nommait Xukpi, une combinaison des mots coin et paquet qui pourrais correspondre à l’endroit mentionné par Toh Pepem. Les ruines de cette ville étaient connus sous le nom de Copán maintenant et ils étaient localisé la jungle du Honduras. Avant de partir pour une contrée lointaine basée uniquement sur une consonance qui était partiellement semblable à un nom mentionné dans un rêve, nous préférâmes continuer notre exploration au Mexique ne serait-ce que pour éliminer tout autre possibilité.

 

Nous étions d’accord que le calendrier long était aussi un indice important. Le dernier monde maya s’est terminé le jour correspondant au compte long de  

12.19.19.17.19. Une autre journée correspondant à 12.19.19.17.19 se produira la veille de l’équinoxe de décembre 2012, suivit par le commencement d’un nouveau b'ak'tun, soit la date de 13.0.0.0.0, le 21décembre 2012. Cela se produirait dans sept ans à peine et semblait crucial à cette quête.

 

Tout au long du chemin, nous surveillâmes notre compas. Nous arrivâmes à Bacalar. Tout penaud, nous constations que le disque de Chibirias n’avait aucunement changé d’orientation.

 

Nous étions fatigués et affamés et le crépuscule s’amenait. Rafaele nous conduisit à un des restaurants qu’il connaissait bien, nommé Orizaba. Il s’agissait d’un simple bâtiment au toit de chaume sur la septième avenue de Bacalar. Un simple et humble restaurant vocation populaire rattaché à la maison du propriétaire. Ses tables et chaises étaient des fournitures de patio de résine synthétique moulé de couleur rouge-orangé ou blanc. Rafaele m’y promit de la nourriture authentique. Sa cuisine bruyante et grouillante d’activité  était ouverte à la vue de tous. Autour de nous, les clients étaient des locaux venant de finir leur journée de travail.

 

Une femme vint nous accueillir à notre table.

 

- ?Que es preparada? lui demanda Rafaele.

 

Elle énuméra les plats qu’elle avait préparés.

Rafaele choisi une cicinita pibil, un plat Maya typique. J’optai une poitrine de poulet à la sauce chilamole. 

 

Je lui demandai également:

-  ¡Y dos cervezas por favor, Señora!

 

En attendant le plat principal, elle nous laissa avec nos bières un panier de tortillas avec un choix de salsa rouge et vert. Rafaele m’avertit que la salsa verte était très forte. J’ignorai son avertissement et essayai quand même.

 

C'était fort, très, très fort ! Ma bouche était en feu. Je m'efforçai par fierté ne pas montrer aucun inconfort. J'avalai une gorgée de bière froide. Cela ne me procurait aucun soulagement, la brulure subsistait tout aussi intense. Je sentais ma langue et mon palais marqué au fer rouge. J'en pleurais et calai le reste de ma bière d'un trait devant Rafaele qui s’esclaffait et se moquait de moi.

 

Tout en essuyant mes larmes, je regardai Rafaele avec défi. Il cessa de rire. Il prit une croustille de maïs qu'il trempa dans la salsa verte et qu'il me montra avec une petite insolence avant qu'il l'amène à sa bouche. Il avala et afficha un sourire forcé. Il semblait impassible. Je ne le lâchai pas des yeux. Je remarquai la sueur cumulant sur son front et son regard qui s'embuaient. Il céda et avala toute sa bière presque en s'étouffant.

La serveuse arriva ce moment et déposa nos plats.

 J’ajoutai avec empressement:

-  ¡Señorita, dos otras  cervezas, muy frías, por favor!

 

Elle m’avait compris et souri:

-  ¡La verde es muy, muy piquante!

 

- ¡Si! je répondit avec une voix encore étranglée et rauque.

 

Elle nous regarda avec sympathie et revint avec deux petits verres de lait crémeux.

- ¡Esto ayudará! (Ceci vas aider!)

 

Je la remerciai.

Dès ma première gorgée de lait, je sentis la douleur s'atténuer et commencer à s'effacer.

La redoutable salsa verte avait donc son antidote!

 

Je pu ainsi apprécier mon plat, une simple poitrine de poulet dans une riche sauce de cacao, poivres et épices. Rafaele mangeait du porc mariné dans une sauce d’ « axiote » et d’orange amère qui avait été emballé dans une feuille de plantain et cuite au four. 

 

Tout en mangeant j’en profitai pour mettre quelque chose au clair avec Rafaele : je finançais toute notre expédition. J'avais d'ailleurs contacté mon ami longue date et comptable personnel, Yves, afin d'encaisser une partie de mes épargnes retraite. Je l’avait également avertis que je refilerais mes dépenses à ma petite compagnie de consultant GEODES (GEOlogical Development Exploration and Survey) pour laquelle j’avais une carte de crédit corporative.

 

Rafaele et moi discutâmes de ce que nous devions faire. Nous étions aux limites du Yucatan et du Mexique. Devions-nous traverser la frontière du Belize? Rafaele confirma qu’en plus de Copán, il se trouvait de nombreuses ruines mayas dispersées dans l'Amérique Centrale au Nicaragua, San Salvador et Honduras. Combien d’entre elle avait pu porter en partie le nom de Xuk ? Je craignais que le coin du Sud puisse tout aussi bien être au Cap Horn à l'extrémité de l'Amérique du Sud ou en Antarctique. Je désirais quelque chose de tangible. Je soupirai; tout reposait sur le compas de Chibirias. Quelque chose nous échappait peut-être. Il fallait y repenser mais ce n’était pas le bon endroit pour cela.

 

Je réglai la note de 100 pesos en tout pour notre repas et le pourboire avant de regagner la jeep avec Rafaele. Nous traversâmes le reste de la ville jusqu’à la bifurcation de l’autoroute qui allait vers Chetumal et son aéroport à l’est ou  vers l’ouest via la route 186. Nous ne pouvions plus continuer vers le sud. Nous étions au bout du chemin; il fallait prendre une décision.

 

J’ouvris le petit bocal qui nous servait de compas. Le disque de Chibirias y flottait librement, il n’était pas coincé. Je ne pouvais penser à rien qui aurait pu influencer et confondre le disque qui s’obstinait toujours à nous montrer la même direction vers le sud. Mais était-ce exact, était-ce exactement la même direction? Je retrouvai ma boussole et sortit ma carte.  Je voulais de nouveau mesurer l’écart entre l’orientation du disque et le vrai sud géographique tout comme je l’avais fait à l’allure.

Rafaele me regarda d’abord perplexe. Il sourit quand je lui confiai le compas de Chibirias et lui demandai de s’éloigner pour que je retrouve le Nord magnétique.

Je pensais qu’il ne m’avait pas entendu lorsqu’il alla plutôt dans son sac à dos y récupéra un étui rectangulaire qu’il me tendit en me demandant malicieusement :

-         Ne préférais-tu pas utiliser ceci?

 

J’ouvris l’étui qui contenait un petit appareil électronique. Rafaele comprenais très bien ce que j’essayais de faire, il m’avait fournit un Magellan! C’était pour moi quelque chose d’inespéré.

 

-         C’est un G.P.S. expliqua moqueusement Rafaele. Tu sais ce que c’est? Je n’ai aucune idée de l’avancement technologique de ton pays des neiges!

 

-         Un Global Positioning System. Je sais ce que c’est répliquais-je sèchement. J’en utilise un pour mon travail.

 

Le GPS utilisait des satellites en orbites pour déterminer exactement une  position. Il n’était pas influencé par le magnétisme local. Je déduis qu’effectivement la proximité  l’artefact de Chibirias ne l’affectait pas.

 

Je lu notre position actuelle sur l’écran a cristaux liquides:

18° 31’ 36.81” Nord par 88° 27’ 55.39” Ouest.

 

-         Il m’a été prêté afin de baliser les nouvelles ruines que nous pourrions découvrir! expliqua Rafaele.

 

J’étais absolument  ravi. J’orientai ma carte correctement et plaçai le compas de Chibirias et mesurai la déclinaison par rapport au vrai Sud. À première vue, la déclinaison avait diminué depuis Tulum par presque 67 %, les deux tiers! Je vérifiai fébrilement mes mesures.

 

-         Rafaele tu connais la position de Tulum?

Il emprunta le GPS et me montra les coordonnées déjà sauvegardées des ruines de Tulum : 20° 12’ 53.81” Nord par 88° 25’ 44” Ouest.

Il y avait un degré de longitude de différence entre ces deux positions et cela avait affecté le compas.

 

-         Nous allons encore plus vers l’ouest? devina Rafaele.

 

-         Oui!  répliquais-je avec enthousiasme.

 

L’idée était simple : lorsque la déclinaison serait nulle et que le compas de Chibirias pointerait vers le vrai Sud géographique nous aurons la longitude du second artefact et il s’agira de simple trigonométrie pour calculer sa distance. Mais il fallait avant trouver cette longitude car mes mesures à l’Allure étaient grossières et peu fiable avec la boussole.

 

Je vis Rafaele bailler. Je lui offris de conduire. Il accepta volontiers. Je plaçai au siège de conducteur et me familiarisai avec les commandes de la jeep. Elle devait être antique. Le pommeau du bras de vitesse était complètement usé. Je fus tout de même surpris de trouver le bras de vitesse fluide et l’embrayage facile et démarrai.  Je souris. Finalement la mise au point dans le garage à Tulum avait bien value l’investissement.

 

Alors que nous traversions la petite la petite municipalité tout proche de Jesus Gonzáles Ortega,  je me tournai vers Rafaele qui ronflait. Je réalisai que je devais m’être parlé tout seul depuis plusieurs minutes. Cela était compréhensible, Rafaele n’avait pratiquement pas dormit depuis deux nuits.

 

En silence, je passai le petit quadrillé de trois rues du village de Nachicocum avant d’approcher la village plus important de Francisco Villa tout juste avant ma destination, la ville de Nicolás Bravo. Je n’y arrêtai pas tout de suite.

J’attendis d’être de l’autre coté de la ville avant de  consulter le GPS :

Latitude 18° 27’ 30.94” Nord par longitude 88° 56’ 06.75” Ouest. Je vérifiai la déclinaison : elle était minime, presque nulle. J’étais presque au but. J’hésitai et décidai de ne pas réveiller Rafaele encore.

Je fis encore quelques kilomètres, tout au plus sept, jusqu’à une jonction allant vers le sud et repris mes mesures :

Latitude 18° 24’ 24.73” Nord par longitude 89° 00’ 02.78” Ouest. Il n’y avait pas de déclinaison, le compas de Chibirias indiquait alors le vrai sud.

Nous avions enfin trouvé !

 

Je réveillai doucement Rafaele et lui montrai le compas et la lecture du GPS. Je n'eus rien à lui expliquer. Il me sourit et s’étira en prenant une grande respiration avant de se mettre au travail.

 

A la lumière d’une lampe de poche, il s’affaira à localiser sur la carte les ruines Mayas répertoriées le long de la longitude que j’avais sauvegardée sur l'écran du GPS.  Je continuais à rouler encore une vingtaine de kilomètre vers l’ouest pour une dernière vérification. Tout comme j'avais espéré, l'inclination du compas s'était bel et bien inversée par rapport à ce qu'elle était auparavant. Cela confirmait notre déduction que le disque de Chibirias pointait bel et bien sur un endroit très précis au sud entre les longitudes 89.0'-89.01'. Vraiment, ce disque était fantastique !

 

J’estimais la distance entre Tulum et la longitude que nous avions trouvée.  En utilisant l'angle du compas que j'avais noté à Tulum et cette distance,  je calculai approximativement la position indiquée par le disque de Chibirias.

Je demandai à Rafaele s’il connaissait des structures mayas plein sud, à environ quatre cent kilomètres d'ici. C'était bien au-delà des frontières de Belize. Est-ce que cela confirmait la location de Copán ?

 

Il ne me répondit pas : quelque chose d'autre le préoccupait. Il attira mon attention vers la lueur blanchâtre qui était apparue à l'horizon derrière nous. Cette lumière se matérialisa en un chapelet de phare. Il s'agissait d'un convoi de plusieurs véhicules. J'en comptais huit. Ils étaient pressés et s'amenaient à toute vitesse.

 

Rafaele était nerveux. Cela n'était pas normal. Cette route aurait dû être déserte en pleine nuit. Il proposa de continuer et de sortir de l'autoroute à la première occasion, juste pour être prudent. J'étais bien d'accord avec lui et m'empressai de reprendre le chemin.

 

Je regardai dans le rétroviseur. Ils nous rattrapaient. Ils occupaient en bloc toute la route d'un côté à l'autre.

 

Bon sang ! À quelle vitesse allaient-ils ?

 

J'appuyai sur la pédale d'embrayage, poussai le bras de vitesse et gardai la pédale l'accélérateur à fond. Par précaution, j'éteignis nos phares et feux de position.  Je roulais aveugle à pleine régime sur une route que je ne connaissais pas. Cela était suicidaire mais je craignais encore plus la menace qui se rapprochait derrière nous. C'était Lilith, Alan et leur gens qui nous avait suivis depuis Tulum; j'en étais certain ! Rafaele était aussi inquiet que moi. 

 

 - Ce sont des fourgons; ils sont noirs, je crois ! Choses certaine, ils ne sont ni de la police ou des militaires ! observa Rafaele.

Il s'empressa d’ajouter :

- Plus vite, va plus vite ! Ils sont presque sur nous !

 

Il n'avait pas besoin de me le dire, j'étais aveuglé par la lumière proche de leurs phares réfléchie sur le miroir du rétroviseur. Cette bagnole me donnait tout ce qu'elle avait, je ne pouvais faire plus.

 

Il y eu une détonation : avais-je bien entendu ?

Rafaele se pencha, se recroquevilla dan son siège. Il m’indiqua, Dieu merci, qu'il n'avait pas été touché mais que cela avait été proche.

 

Ils tirèrent un autre coup de feu et d’autres à répétition. La situation me sembla complètement irréelle. Je baissai aussitôt ma tête en m'efforçant de maintenir ma concentration sur la conduite.

 

Ils cessèrent de tirer lorsqu'un de leur véhicule tentait de me doubler. Je vis que leurs phares éclairaient une petite borne par terre sur l’autoroute qui s’amenait rapidement sur notre droite. J'avertis Rafaele de bien s'agripper alors que j'effectuai brutalement un virage de quatre vingt dix degrés et m'engageai sur un petit chemin de terre.  La fourgonnette qui nous talonnait appliqua soudainement ses freins en tentant de nous poursuivre ; le conducteur derrière lui ne réagit pas assez rapidement et l'emboutit violemment dans un fracas de métal broyé alors que le véhicule suivant dérapa afin d'éviter la collision. Nous les avions perdus pour quelques secondes. J’accélérai sur ce petit sentier de terre creusé sans la forêt. Je savais qu'ils n'abandonneraient pas pour autant mais je nous avais fait gagner un peu de temps.

 

Rafaele m'avertit que ce petit chemin ne figurait sur aucune carte et qu'il finissait probablement un cul-de-sac. Nous étions donc pris au piège ! Je regardai en arrière, ils ne venaient pas encore.

Rafaele me demanda de ralentir et de tourner à gauche pour quitter le chemin et m'enfoncer dans la forêt. Je ne pu aller loin arrêté par des arbres. Nous étions dans une petit clairière qui avait été récemment dégagé par des coupes d’abres.  Je ne voyais aucune autre possibilité que d'abandonner la jeep en pleine jungle et fuir à pied.

 

Rafaele m'inquiéta en sortant une longue machette. Voulait-il les confronter ? Il bondit hors de la jeep et s'attaqua aussitôt au coupage et défrichage de la végétation autour de nous. Je compris ce qu'il faisait et je ramassai fébrilement les branches qu'il découpait et commençai à couvrir notre véhicule. Je vis le faisceau de phares se rapprocher. Nous étions à court de temps et nous empressâmes de nous cacher.

 

Un, deux, trois, quatre véhicules passèrent sur le sentier à toute vitesse. Nous relevâmes la tête et remarquai un cinquième fourgon s’amenant au loin. Il parcourait le chemin plus lentement et surveillait les abords du boisé. Il n'y avait que peu de chance qu'ils soient eux aussi bernés par notre camouflage improvisé.

 

Rafaele me pressa de regagner la jeep alors qu'il reprenait le siège du conducteur. Il me surprit en hurlant un cri, un grand cri de guerre comme j'avais entendu de la part des Mayas qui étaient venus libérer Tulum de Lilith et de ses gens. Nous surgîmes de jungle en Kamikazes et nous nous engageâmes à plein gaz sur le sentier face au véhicule qui patrouillait et nous bloquait le chemin. Deux des hommes qui l'occupaient s'empressèrent de sortir armes au poing, afin de ne confronter. Rafaele ne ralentit pas, il fonçait sur eux à pleine vitesse. Les hommes n’eurent que le temps de s'écarter de notre chemin. Au tout dernier moment, Rafaele dévia de son face à face et les contourna en rasant le boisé et la végétation bordant le chemin. Nous écorchâmes au passage la portière entrouverte et la carrosserie de leur véhicule noir.  Nous étions très vite hors de leur atteinte.

 

Nous débouchâmes sur l’autoroute. Il s’y trouvait encore trois véhicules, incluant les deux qui avaient été accidentés. Leurs occupants étaient hors de leur fourgon sur la route. À notre vue, ils dégainèrent sans hésitation, déterminés à nous cribler de balles. J'entendis les projectiles frapper et pénétrer notre Jeep blindée mais cette dernière continua de rouler et nous permis de fuir sur la route.

 

Un monstre descendit du ciel devant nous, un monstre mécanique de métal noir. Un hélicoptère! Chose inusitée, il était presque complètement silencieux. Je pensai que ces gens devaient avoir des ressources incommensurables. Que pouvions-nous faire contre eux maintenant? Si seulement nous avions une arme!

 

Je regardai Rafaele qui n'hésita pas un instant. Je me retenu du mieux que je pouvais alors il effectua un dérapage contrôlé et qu'à la fin du demi-tour il accéléra dans la direction opposée. Cela nous ramenait en arrière vers les fourgonnettes. Ils nous attendraient sûrement de pied ferme cette fois ci. Par contre, j’espérais que les gens de l'hélicoptère hésiteraient à nous tirer dessus s’ils risquaient d’atteindre les leurs.

 

L’hélicoptère commença à nous suivre. Nous nous rapprochions des fourgonnettes.

Il n’y avait qu’une seule silhouette debout au milieu de la route. Cette personne avait le canon de son arme pointée sur nous, une artillerie lourde, une espèce de grande mitraillette.

 

Il tira.

 

Je fermai les yeux.

 

J’entendis les coups de feu saccadés mais ne ressentit rien. Je compris qu’il vidait son magasin d’arme sur l’hélicoptère derrière nous. L’engin aérien endommagé pris de l’altitude pour s’éloigner de la portée de l’arme. Rafaele alluma les phares et s’arrêta.

 

Je le reconnu enfin, Ah Hulneb, le Vigil !  Ici et maintenant ? Comment avait-il fait ?

 

Il nous signala de continuer et fuir. Mais pour Rafaele et moi,  il n’en était pas question. Devant notre insistance, il céda. Il y avait aussi le fait que les quatre véhicules du sentier s’en venaient. Il jeta par terre son arme vide et embarqua en arrière. 

 

-         Vous êtes beaucoup trop facile à tracer ! critiqua le Vigil en prenant place.

 

Son reproche me laissa une impression aussi cinglante qu'une insulte.

 

Je remarquai alors avec dépit les corps gisant dans une mare grandissante de sang qu’avait laissé le guerrier. Je voyais au moins quatre victimes !  Il les avait à lui seul massacrés. J’étais écœuré.

 

Le Vigil savait ce que j’éprouvais et affirma durement:

-         J’ai fait ce qui était à faire et dont vous étiez incapable! C’étaient eux ou vous !

 

Je ne savais quoi lui répondre. Il n’était peut-être pas si différent après tout que Lilith et de ses gens. Cette pensée me fit honte; elle était injuste. Je réalisai que n'était pas autant le vigil ou ses actions qui me dérangeaient mais bien le fait qu'il avait raison. Cette quête dans laquelle je m'étais engagée n'était pas aussi noble et idyllique que je l'avais naïvement cru. Il ne s'agissait pas d'une grande aventure mais bien d'une guerre sans merci. La mort imprégnait intimement tout dans ce conflit et je devais me rendre à l'évidence que j'étais pour revoir encore plus de ses œuvres.

 

-         Pas le temps de discuter ! pressa Rafaele en accélérant.

 

L’hélicoptère  ne tarda pas à charger alors que les camionnettes qui s’étaient engagés dans le sentier regagnaient la route.

 

-          Vos chances auraient été meilleures sans moi! clama le vigil.

 

Je ne le croyais pas. Je le regardai directement depuis qu'il était embarqué et  lui répliquai:

-         Tu es la raison pourquoi Rafaele et moi sommes encore vivants!

 

Il fronça ses sourcils et détourna son regard vers nos poursuivants.

 

Je savais que j’avais raison. Je songeai que cet hélicoptère aurait pu à n'importe quel moment nous pulvériser depuis les airs mais il n'en faisait rien. Nos poursuivants n'osaient tirer. Pourtant, lorsque  Rafaele et moi étions seuls, ils ne s'étaient pas gênés pour tenter de nous abattre.  Pourquoi se retenaient-ils ainsi ? J’étais certain que la présence du Vigil en était responsable.

 

J’étais convaincu que Rafaele et moi n'avions que peu d'importance aux yeux de nous poursuivants ; ils désiraient uniquement le Vigil. En quoi était-il si important, si unique?

Ils gardaient Chibirias vivante parce qu’elle leurs était très spéciale. Son vigil était de la même race. Ils le voulaient pour les mêmes raisons. Chibirias et  Ah Hulneb étaient plus que des êtres d’exception. Je croyais que Lilith m’avait dit la vérité sur au moins un point : ils n’étaient pas des êtres humains de cette Terre.

 

Je tournai la tête en arrière vers le Vigil qui surveillait les fourgons dont la distance s’amenuisait à chaque seconde. Ils n'avaient pas abandonné leur poursuite infernale.

 

Rafaele ne pouvait rien faire de plus. Le moteur surchauffait et commençait à avoir des ratés.

Je soupirai. Les gens qui nous chassaient n’étaient pas stupides, ils patientaient car ils savaient que notre véhicule finirait par défaillir d'un moment à l'autre.

 

-          Nicolas Bravo n’est pas loin, si nous l’atteindront nous serons saufs ! encouragea Rafaele.

 

Ils avaient fini par manquer de patience : du ciel tomba une pluie de projectiles qui brisa le bitume tout juste devant nous. Rafaele freina brusquement et dérapa. Par inertie je fus projeté par l’avant et évitai tout juste de m’écraser contre le pare-brise ; c’est le Vigil qui m’a retenu.

 

L’hélicoptère redescendit en nous coupant la route et nous gardant en joue. Les fourgons de derrières nous avaient rattrapés. Il n’y avait nulle part où aller. Je priai pour un miracle mais depuis la Croix parlante, je ne ressentais plus mon Shaman.

 

L’occupant de l’hélicoptère beugla de sortir les bras en l’air. Le Vigil était comme une bête sauvage nerveuse pris au piège et prête à fuir. Je savais ce qu’il pensait, je le pris par le bras et lui dit :

-         Tu reste avec nous ou nous sommes tous mort !

 

Je demandai à Rafaele d’obéir et de se placer auprès du Vigil.

 

Je vis une faible étoile au loin, vers l’est. Elle me redonna espoir, l’espoir que  nous étions pour nous en sortir. Les gens de l’hélicoptère ne dirent rien pendant un long moment, un étrange silence. L’engin d’éleva et se tourna vers  cette étoile dont l’intensité augmentait. En fait cette lumière se rapprochait très rapidement. L’hélicoptère hésita un moment et pris son envol à toute vitesse dans la direction opposée. Les fourgons eux-aussi firent demi-tour.

 

Je pouvais maintenant distinguer des feux de position à la lumière. Il s’agissait d’un jet !

 

-         L’armée ! clama Rafaele avec joie.

 

J’adorais aussi maintenant la défense nationale du Mexique ! Rafaele  m’avais mentionné que l’armée faisait couramment de la surveillance et des patrouilles aux frontières du Mexique contre le trafic des stupéfiants et ces gens qui incluaient Lilith et Alan Morris,  avaient toute l’apparence de bandits. Mais je doutais que cela sois le cas. Je pensais plutôt que les forces de la défense nationale avaient probablement détecté par radar cet hélicoptère comme un objet volant  intrus sur leur territoire et qu’ils étaient venus investiguer.

 

Je jetai un regard avec satisfaction sur le ciel constellé d'étoiles traversé par la fantomatique voie lactée. Je songeai qu’un des dieux là-haut devait nous aimer! Comment avais-je su qu’ils venaient ? Je n’en avais aucune idée à moins que mon Shaman ne soit pas aussi loin que je le pensais.

 

Le Vigil dit gravement:

- Vous ne pouvez pas rester ici!

 

J'acquiesçai. Je demandai à Rafaele:

 

- Tu crois que ta bagnole peut encore nous ramener à Bacalar ou Chetumal?

 

Rafaele  reprit vie. D'une voix encore ébranlée mais infiniment soulagée, il me répondit:

 

-          Bagnole? Je vais te montrer! Tu vas voir!

 

Pendant que Rafaele essayait en vain redémarrer sa jeep, le Vigil me demanda:

 

-          Vous avez trouvé?

 

-           Nous avons pu déterminer la position du second site indiqué par le disque de Chibirias.  Il est au sud, à une bonne distance d'ici.

 

-          Excellent!

 

Le moteur de la jeep toussa, cracha faillit s'étouffer mais finalement rugit. Rafaele leva les bras et émit un grand cri de triomphe.

 

Le Vigil m'annonça ensuite:

-          Je n’irai pas avec vous!

 

Je ne lui dis rien, je l'avais déjà deviné.

 

Il ajouta:

-           Ne soit pas inquiet, tu n'auras jamais à guetter tes arrières car même si tu te retourne et que tu ne me vois pas, tu peux être certain que je suis là à te surveiller!

 

-          Je le sais! lui répondis-je  cordialement. Et toi aussi tu peux compter sur nous!

 

Il changea de propos:

-          Je n'aime pas comment ils vous suivent à la trace; cela met votre mission en péril!

 

-          Crois-moi, je n'aime pas cela non plus. J'aimerais bien savoir comment ils font!

 

Je lui demandai :

 

-           Ah Ahulane,  que peux-tu me dire de plus sur cette mission? En quoi est-elle importante au point que Chibirias et toi soyez prêts à sacrifier vos vies?

 

-           Je crois que cette quête doit amener la réconciliation entre le passé et l’avenir et si je dois donner ma vie pour cela, je le ferai! Tu comprends?

 

Je ne comprenais pas tout ce qu’il disait.

 

-          Si nous réussissons, je pourrai dire aux miens que la terre est de nouveau un endroit sûr. Je désire plus que tout de voir les miens marcher sur une terre libre sous un ciel bleue, qu’ils puissent choisir qui aimer et honorer.

 

Je ne comprenais pas plus mais ses mots me touchaient. Ils portaient tant d’espoirs. Celui que j’avais considéré presque comme un dieu, désirait fondamentalement des choses que j’ai toujours prise pour acquise dans mon petit monde à moi. Qui étaient ceux du peuple d’Ah Hulneb? Comment pouvaient-ils être ainsi subjugués?  Je réalisai pour la première fois à quel point  le Vigil était ... humain.

 

Je lui assurai avec conviction :

-          Nous allons réussir, je te le promets!

 

Rafaele était là, il l’avait entendu. Il attendit un moment avant d’annoncer :

-           La Jeep est prête!

 

Je pris Rafale par l’épaule et l’accompagnai vers son véhicule

-           Allons-y !

 

Il regarda le Vigil laissé derrière.

 

-           Et lui? demanda Rafaele concerné.

 

-           Il garde nos arrières!

 

Rafaele secoua la tête. Je saluai le Vigil alors que nous reprenions la route.

 

Nous atteignîmes après quelques minutes la ville de Nicolas Bravo. En chemin, nous avons vu un second jet passer bruyamment à basse altitude.

Prés de la sortie de la ville, nous distinguâmes de nombreux gyrophares qui venaient dans notre direction. J’indiquai à Rafaele de se stationner sur le bord de la rue principale. Les voitures de polices défilèrent près de nous sans même nous prêter attention. Des lumières de porche s’allumèrent le long de la rue; la petite ville se réveillait;  des gens curieux observaient le cortège depuis leur balcon ou de leur porte entrouverte.  Je suggérai à Rafaele de repartir avant que nous attirions leur attention sur nous.

 

Je vis alors que Rafaele tremblotait; je compris que ses nerfs se relâchaient. Nous       avions été après tout durement éprouvés. Pour ma part, je puisais dans une force tranquille que je ne me connaissais pas.  J'offris à Rafaele de reprendre la roue. Il en était soulagé.

 

Je lui demandai gentiment:

-          Où as-tu appris à conduire? Tes manœuvres étaient vraiment spectaculaires; elles        nous ont sauvées la vie!

 

-          Los Angeles! répondit Rafaele de façon distraite.

 

-          Je comprends!

 

-          Tu comprends quoi? finit-il par me demander.

Je lui répondis facétieusement:

-           Je comprends ton style de conduite maintenant! Ils conduisent tous comme des malades là-bas!

 

Rafaele ne tarda pas à me rétorquer :

-          Pas autant que ceux de Montréal d'après ce que j'ai vu!

 

Il était visiblement plus détendu.

 

Je lui demandai:

-          Ça va?

 

Il m'assura que oui.

 

Il me demanda sérieusement :

-          Est-ce moi ou cette quête risque d'être de plus en plus difficile et dangereuse?

 

Je lui admis :

-          C'est ce que je pense aussi!

 

-           Je comprends maintenant pourquoi personne n’étais volontaire pour t'accompagner commenta Rafaele avec ironie.

 

J'étais inquiet; est-ce que cela voulais dire qu'il reconsidérait son engagement? Cela était compréhensible après tout ce que nous avions subi. Il ne fallait pas qu’il m'abandonne, je ne pouvais pas m'imaginer continuer sans lui.

 

Je regardai Rafaele concerné. Son visage sévère craqua et il se mit à rire.

 

-          Tu en fais tout une tête! se moqua t'il.

 

Je relâchai un soupir de soulagement. Au moins il allait mieux!

 

Il changea pour un ton plus sérieux.

 

-           Je voulais te dire que d’après ce que tu m’as dit, Copán corresponds bien à l’endroit que pointe le disque!

 

Donc c’était bien Copán. Nous savions où aller, mais comment nous y rendre?

 

Cela ne se ferait pas en jeep en tout cas;  Rafaele montra qu'il n'y avait pas de route directe pour Copán. La meilleure façon d’y parvenir était de se rendre au centre-sud du Mexique, traverser le Guatemala avant d'atteindre la frontière du Honduras.  Nous rejetâmes d’un commun accord ce périple long et dangereux,  surtout que le temps comptait pour nous. Chetumal avait un aéroport international et représentait peut-être la meilleure option. C'était à vérifier en tout cas. Nous y étions presque.

 

Rafaele insista de laisser sa jeep chez une de ses connaissances à Bacalar, pas loin du restaurant où nous avions soupé. Nous réveillâmes l’homme et sa famille qui étaient mayas eux aussi. Malgré notre dérangement nocturne, ils ne nous laissèrent jamais l’impression que nous les incommodions. Je soupçonnais le patriarche d'être dévoué à l'Ordre de la Croix Parlante. Les échanges étaient tous en Yucathèque et ils furent polis et courts, le temps qu'arrive le taxi devant nous mener à l'aéroport.

 

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Par A. Saint
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Dimanche 12 juillet 2009 7 12 /07 /2009 01:04

  Je me retrouvai dans une grotte. Je réalisai alors que mes sens s’ajustaient que j’étais plutôt dans un sous-sol. Une colonne de lumière illuminait les lieux. Je réalisai qu’elle provenait simplement de rayons de soleil acheminés depuis la surface par un puits hexagonal de lumière. Nous étions le jour.  Je m’efforçai de ne pas raisonner mais de me détendre et me laisser complètement intégrer à la scène. Je n’étais pas seul. Un cercle de neuf hommes et de trois femmes, tous mayas, étaient assis autour de moi.   Ils étaient habillés de façon élaborée ce qui démontrait un statut important. Certains d’entre eux étaient entourés de codex et parchemins. La dame noir y était, tout à fait identique qu'à son apparition chez les Cruzobs.

 

Je réalisai que je n’avais aucun contrôle sur ce qui se passait ; j’avais beau essayer de parler ou de bouger mais rien à faire. Il m’était évident qu’ils ne me voyaient pas et qu’ils ne m’entendaient pas non plus. Je n’existais pas pour eux. Je réalisais que cette réalité virtuelle n’était que le défilement d’un film en cours que je voyais au travers des yeux d’un personnage.


La dame en noir disait qu'ils étaient toujours venu ici en paix, hôtes de cette ville, en rappel du « popol na », dans l’esprit de la consolidation de leurs alliances. Ils avaient été toujours présents pour les rencontres à la fin des cycles de 52 années solaires, lorsque le cycle rituel de 260 jours coïncide avec le calendrier solaire de 365 jours, ainsi que pour les évènements spéciaux.  Ils étaient les représentants des différentes cités états royaux mayas réunis avec les prêtres, sages et astronomes des autres peuples, tels que les anciens de Teotihuacan, la Grande cité des Roseaux, les Nahuas, Zapothèques, Mixtèques, Toltèques et autres peuples connus, afin de discuter et ajuster si il y avait nécessité leurs calendriers, de parler du ciel et de ses astres, des arts et des dieux. Ils avaient toujours fait ainsi pour aider les échanges, commerces, influences, politiques et connaissances de leurs peuples. Cette tradition perdurait depuis trois Baktuns. Pendant longtemps ceux de la Grande cité des Roseaux avaient dirigé le peuple du Maïs. Avec la chute de Teotihuacan se termina leur influence et pendant plusieurs générations les Mayas assumèrent seuls leur destin et prospérèrent. Un autre peuple de chichimèques sanguinaires se donnant le nom "d'Artisans" tentaient maintenant de s'imposer sur tous les peuples connus de la terre. Ils rejetaient les valeurs et l'héritage des peuples du sud. C'est ainsi que fût d'abandonné le Compte Long pour complaire aux conquérants.

 

Je saisissais mieux le contexte du long calendrier qui avait été perdu pour accommoder les autres cultures tel que mentionné par la dame en noir.

Je me rappelais alors de son nom de son nom : Toh Pepem (Papillon d’Obsidienne). Je n'avais aucune idée de comment je pouvais savoir cela.

 

Un vieillard lança ensuite une roche en l’air qu’il regarda retomber devant eux sur le plancher de dalles de pierres. J'examinai ce très vieil homme au petit corps courbatu et âgé couvert d’une simple robe blanche de coton, ses mains brunes complètement ridées.

Il s’appelait pour ceux qui l’entourait “Mahucatah Uac-metun-ahau Yax-coc-ahmut” ce qui signifie "Nom Distingué du Seigneur de la Roue des Mois et Premier à Savoir ou à Entendre les Évènements".

Il commenta à la suite de sa démonstration :

- Tout ce qui monte, doit redescendre ! Ce qui a été élevé par l’homme devra tomber. Je vous répète ici que la fin de notre monde est proche. Le grand cycle universel se répètera et ce qui a été, sera de nouveau. Nous ne pouvons rien y changer, c’est la nature des choses tels qu’élaborée par Hunab Ku, le père d’Itzamna : le vieux monde devra être détruit pour laisser place au nouveau. Il a été toujours ainsi, bien avant que se soit ouvert le premier regard de l’homme.

Il y eu des chuchotements dans le groupe.

 

Mahucatah continua :

- Vous devez vous demander : Si tout doit tomber, à quoi sert de se sacrifier ? Car si tout doit être effacé par le temps éventuellement, même un miracle ne saura persister. Je vous réponds qu’il faut faire cela pour qu’il y ait un futur, une nouvelle création. Autrement tout ce qui risque de survivre de nos peuples ne sera que des inscriptions dans la pierre des stèles ! Vous comprendrez alors que nous devons empêcher l’héritage le plus sacré d’Itzamna de tomber entre des mains indignes ! C’est notre devoir ! Vous retournerez tous à la première occasion à chacune de vos villes d’origine. De là, vous devrez vous en remettre entre les mains des Itzamna, Ix Chel et de leurs fils respectifs sur qui repose le poids des cieux eux-mêmes depuis les quatre coins de notre monde.

 

Il leva son bâton serpentin et sa pointe d'un bâton une impression, encore, encore et encore une fois sur le sol. Quatre points étaient ainsi formés, symétriques mais non équidistants. Ils représentaient les quatre baccabs placés par Itzamna et délimitant son monde ; Kan, Cauac, Ix et Mulzac. Sa main chétive et tremblante était supportée par Toh Pepem. A chacun des points, ils nommèrent de nouveau dans leur rituel les baccabs un à un.

Mahucatah et de Toh Pepem présentèrent encore les points dessinés sur le sol. Ils les nommèrent successivement Zamá, Xuk Nohol, Ohk’in peten et K’una Xaman. Seul le nom de Zamá m'était familier, il correspondait à Tulum. Je compris qu'il s'agissait de localités, des lieux assignés à chacun les baccabs. 

L’audience fléchissait la tête. Ils avaient bien compris.

À partir de ces quatre points, Mahucatah et Toh Pepem dessinèrent deux lignes perpendiculaires formant la croix des Mayas. En pointant l'intersection des lignes ils mentionnèrent: Wahahchan’Bal, la maison de l’arbre de vie, l’endroit où les baccabs redressèrent le ciel après le dernier grand cataclysme.

 

- Je savais que ce jour viendrais dit tristement Toh Pepem. Je vais redonner ceci. Il est temps qu’il soit passé à une autre génération ! 

 

Elle détacha une petite chaîne autour de son cou et mis dans la main de Mahucatah un médaillon qui y était attaché, un médaillon de terre cuite et peint avec un Iguane à la gueule ouverte et un soleil, un des icônes d’Itzamna, le médaillon confié par Chbirias. 

Le vieil homme appela à lui le plus jeune des mayas.

Il dit le souffle rauque :

- À toi Chich iik’ Paal, je confie ceci que tu passeras à ton fils lorsqu’il en aura l’âge et qu’il donnera lorsqu’il en sera temps à son propre fils. Il en sera fait ainsi entre générations jusqu’au temps du retour d’Itzamna et des hommes véritables dignes de son héritage. Quiconque qui voudra retrouver l’héritage des hommes véritables devra être confronté au baccabs. Il devra mériter l’approbation de chacun d’entre eux avant de posséder la clé et de pourvoir accéder à cet endroit sacré.

 

Le jeune disciple maya se prosterna de façon révérencielle tout en prenant le médaillon qui lui était présenté, un médaillon en terre cuite, le même qui m’avais été confié par Chibirias.

- Il en sera fait selon votre volonté Mahucatah Yax-coc-ahmut!

- Je suis fier de toi, mon petit-fils ! Tu as toujours honoré ton grand-père. Je voulais te le dire car parfois il est trop tard pour dire ce que nous gardons dans notre cœur.

Il l’embrassa sur le front.

J’avais un pincement au cœur en sachant déjà que le fils de ce jeune homme se nommerait Dzacab et qu’il paierait de sa vie la préservation du secret du médaillon au puits sacré de Chichen Itza.

 

Une jeune femme descendit annonçant toute excitée "Beora ! Beora !" ce qui voulait dire « maintenant ! ».

 

Toh Pepem se redressa, accompagné par l’autre femme et fut solennellement saluée par l’audience. Elle retourna le salut poliment en se prosternant légèrement devant les autres avant de procéder dans l’escalier. L’honorable audience se leva à son tour.  L’ancien prêtre se mit debout avec effort en s’appuyant sur son bâton de bois, secouant ensuite sa tunique pour la débarrasser de la poussière et du sable. Il reçut de l’aide et du support de ses disciples pour monter l’escalier.  Je n’avais pas d’autre option que de monter l’escalier avec eux. 

 

Le soleil m’aveugla à la sortie des catacombes et il me sembla bizarre. Je réalisai que son disque n’était plus parfaitement circulaire, il était entamé par un croissant sombre. Je compris que l'excitation concernait l’éclipse solaire annoncée qui était effectivement en cours.

 

Une fois mes yeux adaptés à la clarté, je réalisai que j’avais émergé tout près d’une série d’entrées souterraines dans la colline et qu’il y avait des murs fortifiés extérieurs. Je remarquai une série de grandes structures, prenant appui sur un grand mur adjacent de soutènement de 15 mètres de haut. J’apercevais le terrain de balle adjacent d’une longueur de 90 mètres qui était vraiment exceptionnels par rapport à tout ce que j’avais vu jusqu’ici en ce que l’un de ses côtés présentait la pente coutumière, tandis que l’autre consistait en un mur massif, de 9 mètres de haut, faisant office de mur de soutènement pour la plateforme qui le surplombait. Le terrain était superbe, mais on n’y jouait pas, quelques enfants et adolescents y étaient debout, regardant le ciel les yeux partiellement masqués par leur main devant le disque solaire presque à moitié couvert par la lune.

 

Par la position relative du soleil, je m’orientai. J’estimai que je devais être à l’extrémité Nord de la ville. Nous montions vers la ville accessible uniquement via deux portiques fortifiés et la vision autour de nous était éblouissante, époustouflante. De mon point de vue je pouvais constater que la ville était perchée sur une série de collines naturelles bâtie sur différentes plateformes artificielles dont la plus haute constituait le cœur de la ville. 

Il ne s’agissait pas d’une cité en ruine mais d’une ville vibrante avec ses couleurs fraîches, son architecture magnifique. Le stuc était intact d’un blanc éclatant, les murs étaient parfois également peints rouges ou noirs avec des touches çà et là de couleurs orange, vert, ocre, indigo et turquoise.  Je devinais la présence de calcite comme base pour la peinture et pour la couleur blanche, d’hématite dans les rouges, de carbone pour les noirs ainsi que de d’autres pigments naturels.

 

Je grimpai jusqu’à une enceinte emmurant les plus hauts quartiers de la ville. Pour atteindre ce quartier, il était nécessaire d’utiliser une échelle ou de recourir comme Toh Pepem à un monte charge primitif formé d’une simple plateforme reliée à des câbles supportée par une potence et poulie et tiré par un treuil.  Il n’y avait aucune route, rue ou escalier qui menait autrement à cette plateforme.  Cela confirmait la nature spéciale et privée de cet endroit qui était un énorme tertre artificiel.  À l'intérieur de cette cour murée deux structures pyramidales s’élevaient au milieu de la place centrale.

Il y avait un quartier à l’est de luxueux de patios et de résidences interconnectés. Il s’agissait sûrement de résidences pour la classe élite des dirigeants de la ville. Une acropole plus importante était pour sa part érigée sur une plate-forme de six mètres de hauteur à l’ouest de la place principale. Elle se composait d’une série d’édifices disposés autour d’un patio central entouré de pièces latérales. Je pouvais également voir des jardins fleuris et arbres fruités dans les patios, décrépis par le manque évident d’eau.

Je remarquai un groupe de femmes observant l’éclipse en regardant la projection de la lumière du soleil depuis une feuille d’écorce percée. Certaines d’entre elles notaient les soigneusement les différentes phases du phénomène et l’inclinaison du soleil par rapport à l’horizon.

 

L’éclipse recédait. Elle avait été partielle, le soleil avait été occulté par plus de la moitié, mais moins que les deux tiers de son disque.

 

 

La vision changea de nouveau. Nous avancions dans la place centrale de la ville, passant la première pyramide décorée par de grandes peintures murales et incluant des représentations de prêtres, souverains et astronomes certains étant typiquement mayas alors que d’autres figures plus récentes ne l’étaient visiblement pas. Une vingtaine de guerriers mayas se présentèrent à Toh Pepem en ayant leurs grandes épées dentées d’obsidienne sorties et leurs lances dressées. Sept d’entre eux étaient à moitié nus et semblaient effectivement être des barbares vils et aguerries. Malgré leurs airs d’intraitables, ils ne pouvaient difficilement masquer leur nervosité. Un homme fier, à la stature élancée et puissante se détacha de leur groupe. Il était habillé simplement d’une peau de jaguar autour de la taille. Un masque noir était peint autour de ses yeux et des lignes blanches et rouges distinctes étaient apposées sur son corps le rendant encore plus intimidant. Il me rappelait immanquablement le Vigil de Chibirias. Il était Camaxtli Kan Munyal (Camaxtli le Serpent des Nuages), héros des Nonoalcas, né à Huaxteca et libérateur de Cholula. Près de lui, il y avait un tout jeune homme anxieux et fier. Il n'était pas encore né guerrier tout comme son père, car il n'avait jamais encore fait couler le sang de l'ennemi. Je connaissais aussi son nom : Ts’unun Noho ce qui voulait dire "le Colibri du Sud".

 

Dès qu'ils reçurent la bénédiction de Toh Pepem, les guerriers s'empressèrent de partir. Je les suivis. Ils se dissimulèrent dans les remparts de la haute plate-forme sans faire de bruit. Je remarquai les femmes également armées à l'affût, cachées derrière les fortifications. Ils ouvrirent le grand portail donnant accès à leur cité et attendirent.  Leur tension était forte ; j'empathisais avec leur anxiété.

 

Je vis alors l'ennemi pénétrer dans la Basse-Ville fortifiée. Ces barbares entrèrent dans un grand fracas avec leurs cris de guerre.  Ils ne trouvèrent personne ; ils ne rencontrèrent aucune résistance. Seul un grand silence les accueillit. De leur point vue, la ville assiégée avait finalement capitulée et été abandonnée. Ils hurlèrent des injures et provocations tout autour d’eux mais ne suscitèrent aucune réaction.

 

Une autre vague de barbares entra d'abord méfiante ensuite triomphante. Une jeune femme les joignit et leur ordonna de calmer leur célébration. Une très belle femme, son visage peint avec un motif rappelant celui de cloches sur ses joues. Elle avait un air de famille avec le jeune guerrier que j'avais vu auparavant. Ich Bon Chu Tsab était son nom. La reine sorcière était accompagnée par un jeune sorcier : il était son conseiller et son amant. Telle une ombre belliqueuse, il était toujours à ses côté. Il soufflait quelque chose à l'oreille de sa reine.  Elle était d’accord ; elle aussi devinait un subterfuge. Mais il était trop tard, les portes de la ville se refermèrent derrière eux, les prenant tous au piège. 

Les propulseurs, les atlatls de la ville lancèrent leurs projectiles telle une nuée mortelle obscurcissant le ciel. Les lances tombèrent sur les envahisseurs, foudroyant plusieurs d'entre eux sur place. Les guerriers de la ville répétèrent leur attaque de missile plusieurs fois, jusqu'à ce que le nombre des centaines de l'armée hostile fut considérablement réduit. Les hommes et les femmes descendirent alors et se jetèrent sur l'ennemi pour combattre au corps à corps en les chargeant, frappant, transperçant et écrasant leurs ennemis avec leurs armes d'obsidienne, de bois et de pierres. Les femmes me surprirent par leurs prouesses et férocité ; elles faisaient des guerrières absolument redoutables.

Le reste du combat fut bref. La stratégie élaborée par Toh Pepem et les siens fonctionna parfaitement.

J'observai alors le jeune Ts’unun Noho tout couvert de sang, hurlant un cri de victoire en brandissant à bout de bras son trophée, la tête fraîchement décapité de la reine-sorcière, sa propre sœur.

Toh Pepem grimaça et détourna son regard, tout à fait dégouttée.

Camaxtli Kan Munyal ne montra aucune fierté pour son fils ; il désapprouvait au contraire d'un regard triste et dur.

Cela ne déconcerta nullement le jeune guerrier qui alla rejoindre les autres guerriers occupés à achever leurs ennemis.

Je vis également le consul de la sorcière, terré dans l'ombre. Il avait donc réussi à échapper au massacre des siens. Il sembla curieusement ravi de la situation. Je croisai son regard, il n'était pas humain. Ses yeux étaient ceux d'un serpent ! Ils se fixèrent sur moi d'abord surpris, curieux et de plus courroucé.

Avant même que je puisse vérifier qu'il était vraiment conscient de ma présence, je me retrouvai à une autre pyramide dont la décoration était des plus élaborée. Il n’y avait aucun doute concernant l’entité à laquelle cette structure était dédiée. Les quatre façades étaient sculptées en haut-relief et sur chacune d’elles se trouvaient deux serpents géants lovés ondulant avec un glyphe leur sortant de leur gueule. Des personnages assis y étaient aussi découpés associés à des prêtres ou de grands chefs de clan. Certaines de ces figures étaient accompagnées de symboles. Sur la partie supérieure de la structure se trouvaient d’autres représentations identifiables à des guerriers par leur casque et couvre-chefs militaires et leurs armes incluant le propulseur, l’atlatl. Il y avait aussi une variété d’autres décorations incluant une frise de coquillage à chacune des corniches. La pyramide était couronnée par une corniche évasée où se trouvait une autre structure, que je présumai un temple.  Je pouvais apercevoir du sommet de la pyramide de vastes quartiers plus bas en direction du Sud ainsi qu’une autre structure pyramidale dans les niveaux inférieurs.

 

J'aperçu Camaxtli Kan Munyal qui supportait une femme monstrueusement enceinte qui peinait à monter l'escalier, une marche à la fois. Son visage dégoulinait de sueur et était déformé par la douleur.

 

Camaxtli Kan Munyal quêta urgemment Toh Pepem qui était assise sur un trône de Jaguar avec un entourage de prêtres blancs. Toh Pepem fit alors signe à l’homme de se rapprocher et d’amener la femme avec lui. Elle se leva et se dirigea vers la femme enceinte à peine consciente en palpant son ventre. Elle était alarmée ; quelque chose visiblement n'aillait pas.           

 

Je vis une profonde inquiétude dans les yeux de Camaxtli. Espérait-il que celle qui pouvait accomplir de tels prodiges que de prévoir les temps où le soleil cacherait son radieux visage puisse aussi sauver la vie de sa femme et de son enfant ?

 

Toh Pepem se mordit la lèvre, soupira et ordonna sans hésitation qu’il place la femme enceinte sur son trône et commanda des draps. Elle tâta de nouveau le ventre énorme, prêt à éclater. La femme qui ne semblait pas Chichimèques par ses traits, réagissait à peine à bout de force.  Du sang s’écoulait à profusion du vagin, beaucoup de sang. Papillon d’Obsidienne lui donna quelque chose à mâcher qu’elle sortie d’un petit sac médicinal qui je présumai avait des effets narcotiques car le masque de souffrance de la femme s’estompa et ses trait devinrent moins crispés.

 

Toh Pepem s’adressa à Camaxtli, je compris quelle disait le nombre deux avec ses doigts. La femme attendait donc des jumeaux ce qui causait des complications. Toh Pepem ajouta gravement quelque chose qui bouleversa le grand guerrier; je devinais que Toh Pepem lui avait expliqué la gravité de la situation. Sa compagne était trop proche des portes de la mort pour qu'elle puisse faire quoi que ce soit. Elle ne pouvait qu’aider à réduire ses souffrances. Elle pouvait par contre peut-être sauver ses bébés.

Elle invita le guerrier à s’approcher pour qu’il puisse constater par lui-même.

Toh Pepem lui réitéra que sa femme ne survivrait pas la mise au monde de ses enfants.

L’homme ne dit pas un mot. Il la comprenait.

 

Il se plaça tout prêt d’elle en lui serrant fermement la main de sa compagne en caressant doucement son visage. Il la regarda tendrement dans les yeux remplis de tristesse.  Il lui dit en forçant un sourire qu'elle ne lui avait pas fait un mais deux enfants qui vont venir au monde et que si elles étaient des filles qu’elles seraient certainement aussi belles que leur mère.

 

La femme força péniblement un sourire. Son visage s’éteignit peu de temps après. Sa main devint molle et lâcha prise. L’homme ferma les yeux et se crispa.

 

Toh Pepem entra en action assistée par deux autres femmes. Elle n'avait que peu de temps afin d’empêcher que les enfants soient entraînés à la suite de leur mère dans la mort.

 

Elle prit un fin couteau d’obsidienne qu’elle planta d’abord tout doucement dans l’abdomen de la femme et ensuite plus profondément en s’assurant qu’elle ne risquait pas de blesser un des enfants non nés. Elle pratiqua ainsi une incision horizontale juste au dessus poil pubien de plus de vingt centimètres de long. Sans hésitation, Papillon d’Obsidienne plongea sa main directement dans les entrailles exposées, tassant les organes obstruant l’ouverture. Elle saisit de nouveau le couteau d’obsidienne pour inciser soigneusement l'utérus et son feuillet péritonéal et élargit l’ouverture avec ses doigts. Elle extrait un premier enfant exerçant avec une main une pression sur le fond utérin tout en guidant avec son autre main le nouveau-né lors de sa sortie. Elle coupa promptement le cordon ombilical et induit la respiration du nouveau-né avant de confier l’enfant à son père. Elle s’empressa ensuite de sortir le deuxième nouveau né, mais ce fut qu'au bout de laborieux efforts qu'elle pu extirper le deuxième enfant des entrailles du cadavre de sa mère. Tout n'avait pris que quelques minutes. Ce n’était sûrement pas le premier accouchement par césarienne qu'avait fait Toh Pepem.  Elle devait être une sage-femme et guérisseuse. Elle avait produit deux garçons en santé, vigoureux tout à l’image de leur père.

 

Papillon d’Obsidienne présenta ses mains sanglantes que l’on s’empressa de lui laver et essuyer. Elle s’écrasa sur un siège visiblement drainé par son intervention.

Je songeai au symbole de ces deux enfants nés au temple du serpent à plume, le couteau d’obsidienne n’ayant pas pris la vie comme les rites sacrificiels dont j’avais entendu parler, mais ayant au contraire donné la vie.

 

Camaxtli regardait, les yeux mouillés et le souffle court, la dépouille de la mère de ses nouveaux enfants. Papillon d’obsidienne s'approcha de lui, mis une main sur son épaule et offrit de nouveau ses condoléances. Le guerrier se retourna, il pleurait. Toh Pepem le serra doucement dans ses bras et le réconforta avec toute tendresse qu'une mère était capable pour son fils.

 

Toh Pepem remarqua ensuite une jeune disciple qui s'occupait des nouveaux nés.

Elle était belle comme une fleur fraîche et charmante par son innocence.  Elle calmait les pleurs d'un des bébés jumeaux en le berçant doucement dans ses bras.

Toh Pepem lui signala de s'approcher et lui demanda d'être mère pour ses petit-fils.  

Elle accepta gracieusement l'honneur qui lui avait été fait. Elle s’appelait Lol K’uk’um (Fleur de Plumes précieuses) et fut présentée au roi guerrier.

 

Je me réveillai que vers treize heures. Je me levai de mon lit et immédiatement ramassai du papier et un stylo et notai tout ce dont je pouvais me rappeler de mon rêve.  Il y avait encore été question de destruction du monde et de recréation. Je savais qu’il s’agissait de thèmes intimement imbriquée dans la mythologie Maya mais devais-je comprendre tout cela dans son sens littéral?  Toutes ces personnes que j’avais vues en rêve m’étaient familières, c’était comme revoir de vieux amis. Il y avait aussi cette Toh Pepem, je voulais en savoir plus sur elle. Elle était reliée d’une façon ou d’un autre à Chibirias. Il y avait un lien, je le sentais.  Je n’oubliais pas que tout cela impliquait mon Shaman.

 

Mon estomac criait famine. Je décidai de ne plus rabrouer toute ces questions jusqu’à ce que j’aie l’occasion d’en discuter avec Rafaele.

 

Je dînai et décidai de passer le reste de l'après-midi tranquille à la plage en attendant la soirée. Le soleil miroitait sur l’océan. Le balancement du bruit des vagues et la chaude étreinte du soleil me réconfortait. Je te tentai de me reposer, mon esprit constamment préoccupé par des milliers de questions restées sans réponse qui me ramenaient toujours et encore à Chibirias. Où était-elle? Comment allait-elle? Je pensais toujours à elle jusqu’à l’obsession.

 

-         Salut toi!

 

Rafaele me sortit de mes réflexions. Il m’étonna en s’assoyant et en s’étendant sur la chaise longue à côté de moi. Il émit un long soupir et se laissa relaxer.

Quelque chose n’allait pas. Je le regardai perplexe. Ne risquait-il pas d’attirer l’attention des ses superviseurs de l’hôtel et de se créer des problèmes à son emploi?

Il m’annonça nonchalamment :

-         Je suis prêt à y aller dès que tu l’est!

-         Tu as déjà fini de travailler? demandais-je surpris.

-         Oui!  

Il ajouta ensuite tout bas :

-         En quelque sorte... 

 

Je n’aimais pas du tout le ton de ce qu’il venait de dire.

-         Que veux-tu dire par « en quelque sorte »?

 

-         Je ne travaille plus ici! admit-il enfin.  À la suite de la cérémonie de la Croix Parlante, je me suis engagé devant mes pairs. J’y ai bien pensé : ce n’est pas quelque chose que je peux faire à temps partiel; je dois m’y dédier complètement. C’est un devoir!  

 

Je comprenais bien et j’étais en principe d’accord avec lui. La quête que m’avait confiée Chibirias ne serait pas résolue en y consacrant quelques heures perdues par nuit. Nos ennemis, incluant Lilith et son frère,  y travaillaient sans doute à plein temps sans relâche. Je trouvais injuste par contre que Rafaele ait à sacrifier son emploi pour cela.

 

Devinant sans doute ce qui me tracassait, ce dernier tenta de me rassurer avec complaisance :

 

-         Rassure-toi, je n’ai pas démissionné; j’ai juste pris une sabbatique! Ils étaient déjà prévenus qu’il me serait peut-être nécessaire de suspendre mon emploi pendant un certain temps pour me concentrer sur ma thèse.  Cela m’a été accordé comme une de mes conditions lors de mon embauche.  

 

Je trouvais cela gracieux de la part des administrateurs de l’Allure et je devais admettre que cela me convenais bien. Mais je comptais bien en retour compenser Rafaele pour ses pertes de revenus.

 

Je lui demandé préoccupé :

-         Tu es certain de cela?

Il me fit signe que oui et ajouta après un moment :

-         Plus que tout! Quel est notre plan?

Je lui montrai le compas de Chibirias que je gardais avec moi et répondit :

-         Le Sud, nous allons vers le Sud!

Rafaele sourit et hocha la tête. Il était parfaitement en accord avec moi.

Par A. Saint
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Lundi 29 juin 2009 1 29 /06 /2009 03:06

Ce n’était pas fini. Je vis les artefacts s’élever depuis les mains de Tunkuruchu Iki. La roue du Tzolkin, le calendrier sacrée que nous avions trouvé à Tulum, commença à tournoyer sur elle-même.

 

Une nouvelle voix s’éleva, puissante, enterrant toutes leurs discordes. C'était la voix d’une femme. Tel un ange noir elle sembla émerger du Ceiba. Chacune de ses paroles faisait vibrer tout mon être. Je la comprenais parfaitement, sans interprète, comme si elle s'adressait directement à moi :

- Dans le commencement, il existait le nombre 13, le symbole du temps et des cieux. Le temps de la gestation d’un homme est l'union des nombres 13 et 20, soit 260 comme les jours du Cholq'ij, aussi appelé Tzolkin, notre calendrier cyclique sacré. Le temps de la vie active de l'homme est de cinq cycles du soleil soit le temps que prennent le calendrier sacré et celui du temps solaire pour se retrouver, c'est-à-dire 52 ans. À cette période de 52 ans nous éteignons tous les feux et les flammes dans nos ménages et jetons tous nos ustensiles d'argile. Nous délaissons alors nos vielles vies et les remplaçons par des nouvelles en introduisant un nouveau feu, symbole d’une nouvelle vie, depuis un endroit central dans tous les villages et villes. La vie d’un soleil est de 13 baktuns. Le temps de vie de ce monde est de 5 soleils, 65 baktuns, soit près de 25 627 années solaires.

Vous êtes au quatrième soleil d’existence et à la fin de son dernier Baktun et un homme sage comprendra qu’il est en fait déjà à la fin du cinquième soleil.

 

Je contemplai cette femme, une Grande Dame de la noblesse. Elle semblait plus que centenaire mais dégageait une présence incroyable. Elle était assise de façon raide et distinguée contre le Ceiba et malgré son age avancé. Elle était grande et maigre au point d’en être quasi squelettique et portait une grande robe de coton noire aux manches exagérément longues et larges. Sa robe foncée contrastait avec son visage dur et sévère qui était délicatement poudré de blanc. Ses yeux vifs étaient relevés par un fard à paupière et ses joues et lèvres étaient savamment maquillées. Elle était adornée de plumes et de bijoux de jade délicats sans pour autant être exorbitants. Ses longs doigts effilés étaient parfaitement manucurés. Sa présence suggérait un haut degré de raffinement et d’autorité, je constatais à quel point elle était à la fois respectée et crainte par l’audience.

 

- N’est-elle pas magnifique ? me demanda le Shaman qui s’était pointé à mes côtés.

 

Elle se leva avec difficulté et marcha parmi les prêtres à la fois épouvantés et en adoration devant elle. Mon Shaman avait raison elle était une femme magnifique et magistrale! Je me levai, je voulais aller la joindre. Rafaele me pris par le bras et me pria de ne pas bouger. Je réalisai que cette impulsion n’était pas venue de moi mais bien de mon Shaman. Je ressentait de lui un tourment d’émotions intenses : amour, passion, joies, peines, désespoir, regrets, beaucoup de regrets.

 

Elle continua son discours tout à fait imperturbable. En l’observant, je compris qu’elle n’était pas réelle, juste une image, un autre fantôme d'un passé lointain.

 

- Dois-je vous rappeler que le calendrier est l’enseignement sacré d’Itzamna; il est un des plus grand héritage qu’il nous a laissé ? Vos pères ont accepté d’abandonner le rapport de notre calendrier au compte long; pourquoi ? Pour favoriser des échanges, le commerce, forger des influences politiques avec ces chiens de barbares qui se donnaient le nom de « grands artisans » et qui ne comprenaient pas les subtilités de notre compte long. C’est pourquoi ils avaient rejeté son utilisation. Après tout, ils saisissaient à peine les bases de nos mathématiques les plus fondamentales.  Il n’avait jamais été question auparavant de faire des compromis qui nous demandaient de trahir nos plus grands principes en tant que peuple mais nous l’avons fait. Nous nous sommes abaissé à leur niveau en oubliant que sans les enseignements originaux d’Itzamna nous n’étions pas mieux que ces chichimèques, ces chiens de barbares.

 

Notre date d’origine est essentielle; renier cette date va à l’encontre de nos coutumes, nos traditions, notre identité. C’est à l’encontre de ce que nous sommes; c’est renier nos origines et tout notre passé écrit.  Notre peuple en renonçant au compte long a vendu son âme ! Si vous avez des craintes face à la terminaison prochaine de notre monde et pensiez que d’arrêter le compte long évitera la catastrophe annoncée, détrompez vous. Il est ridicule de penser que l’on peux arrêter le cours du temps et du destin pas plus que le cours du soleil. Le calendrier ne causera pas le malheur prochain; il ne fait que l’annoncer. Il doit être retrouvé pour que vous puissiez comprendre votre passé, votre présent et votre avenir!»

 

- Elle est revenue pour moi ! Je ne serais jamais parti si j'avais su ! commenta aimablement mon vieil homme ému.

 

L’audience des Mayas resta silencieuse. La vieille femme les sermonna alors tous avec reproche :

« La fin de ce monde est proche et tout comme dans la dernière création, seul Itzamna et ses enfants peuvent recréer le monde et amener le cinquième soleil. Rappelez- vous qu'a la fin, tout s'écroulera, tous tomberont, qu'ils soient Mayas ou pas. Tous les hommes seront égaux au Dominion de Xibalba ! Seuls ceux de vertu et qui le mérite aux yeux d'Itzamna pourrons se relever dans le nouveau monde.»

 

Cette annonce de l'Armageddon prochain nous ébranla tous. Elle repris son dialogue de façon plus conciliante :

 

« Vous avez peut-être renié ou oublié Itzamna; sachez que vous avez tous le respect d’Itzamna malgré cela. Il a promis qu'il reviendrais et son temps approche maintenant que nous sommes si près de la fin !

Dans les temps qui viennent rappelez vous qu’Itzamna est le véritable protecteur de notre peuple. Méfiez vous de l'autre serpent à plume et de ses paroles douces et trompeuses car même si il promet la gloire et fortune, il ne peut que rendre décadence et pourriture. Il peut être vêtu de blanc mais son cœur est d'obsidienne. Il se terre dans la nuit noire et danse dans l’orage. Il attise la haine et la discorde et se nourrit des fruits amers de la guerre car il a faim du cœur des hommes et soif de leur sang.

 

Vous doutez peut-être qu’Itzamna ne soit aussi puissant que l’incarnation sombre du grand serpent à plumes avec ceux qui se cachent derrière lui, mais détrompez-vous car il n’a pas besoin de l’être ! Rappelez-vous que Itzamna a vécu comme nous, il était de notre peuple.  Il donne sa force dans le cœur de ceux qui lui sont restés fidèles et devant sa grande sagesse, les terreurs et les illusions du sombre serpent à plumes n’ont pas de pouvoir. »

 

Mon Shaman était anxieux et n’en pouvait plus, il se leva et spontanément s’élança dans le cenote. Il ne tomba pas. Il marcha dans les airs et il semblait rajeunir avec chacun de ses pas. De l’autre côté, il avait l’apparence d’un jeune homme s'étant à peine affranchit de l'adolescence avançant de façon à la fois désinvolte, maladroite et craintive vers elle. Il avait un tambour dans le dos, retenue à son épaule par une sangle. Toh Pepem changea aussi. Elle était devenu une toute jeune femme séduisante, d’une effarante beauté aux longs cheveux d’obsidienne. Je voyais en elle Chibirias, ses yeux, son visage. Il y avait un lien.  Le jeune homme au tambour s’approcha timidement et la femme lui échangea un sourire espiègle. Il posa doucement, timidement ses lèvres sur les siennes. Elle lui rendit son baiser, un baiser long et langoureux. Dans un éclair de lumière bleue, tout les deux disparurent. Les disques jonchaient le sol.

 

Il y eu un silence complet. Je n’entendais que le bruit des feuilles de la forêt gentiment agitées par le souffle d'un doux vent léger.

Rafaele était comme tout les autres mayas, complètement stupéfait par ce qu’il avait vu. Je lui serrai la main et lui indiquai que tout était pour être correct.

Beaucoup de temps passa avant que quelqu’un n'ose bouger ou parler.

Le silence fut brisé par le chaos de la confusion bruyante des religieux mayas.  J’imaginais que les "Novenas" procèdent habituellement de façon différente. Le discours de cette femme me fit comprendre que le temps perdu qu'avait mentionné Chibirias devait être en fait le compte long des mayas. Chose certaine, la nécessité et l’importance de la quête qui m’avait été confiée avait été professée de nouveau.

Je voulais me relever et indiquai à Rafaele de me suivre mais ce dernier insista que je reste tranquille et attende encore.

Je vis des prêtres hochant toujours la tête visiblement encore bouleversés de ce qu’ils avaient vu et entendus.

Rafaele interpréta pour moi ce qui se disait :

- Est-il possible que cet étranger soit vraiment l’émissaire de Yumil Kaan, "le Père du ciel" ? clama un prêtre. Cela expliquerait beaucoup ! »

- Cela n’explique rien. L’étranger n’a jamais été mentionné explicitement dans aucunes de nos visions répliqua sèchement Tunkuruchu Iki.

- Nous avons besoin de temps pour méditer et de réfléchir à tout cela ! dit un autre prêtre.

- Il n’y a rien à réfléchir. Nous n’avons rien appris que nous ne savions pas déjà ! dit sévèrement Tunkuruchu Iki.

 

- Mais vous avez tous vu et entendu la « Kiichpam Kolel », la Belle Grand-mère ! rappela un prêtre encore ébranlé.

 

- Oui, j’ai aussi entendu la « U Kolel Cab », la Grand-mère la Terre et elle n’était pas heureuse avec nous répliqua une jeune prêtre.

 

- Le jeune homme au tambour était-il Voltan ?  Dans ce cas nous avons vu aussi la jeune Ix Chel !

 

Tunkuruchu Iki s’adressa fermement, avec autorité, à l’ensemble des prêtres :

- Vous ne pouvez pas croire tous les délires de cet étranger ! Il a tout fait comme Hollywood, des trucages et des acteurs comme dans les films d’Hollywood, je vous le dis !

 

Il ne semblait ne pas avoir convaincu personne dans son dernier essai pour me discréditer. Tous avaient comme moi ressentis intimement tout ce qui c’était passé.

- Une chose est vraie, notre ère achève bientôt admit gravement le gardien de Muyil, Piero Hunkuk Tancah.

 

Un prêtre qui était resté silencieux jusque là commenta :

- Avant de pouvoir juger et de me faire une opinion de ce que j’ai vu ici en cette nuit, j’aimerais que cet homme ne soit plus un étranger. Nous ne lui avons même pas laissé l’occasion de se présenter à nous !

 

Il y eu des chuchotements dans le groupe des prêtres, quelques uns hochant la tête en approbation avec ce qui venait de se dire.

 

- Sa voix n'a pas de portée ici, il n’est pas de notre peuple ! rétorqua sèchement Tunkuruchu Iki.

 

Vraiment, il ne m'aimait pas du tout celui là !

 

 - C’est vrai que seule la croix a une voix ici, admit Piero, et elle l’a défendu !  De plus il est indéniable que la Grand-Mère est venue parce qu’il était ici !  Elle ne c'était jamais manifestée ainsi auparavant, vue et entendue par tous.

 

Piero et Tunkuruchu Iki parlaient d’égal à égal me laissant croire que le gardien de Muyil était aussi un Kan Ek', un cardinal du Culte de Croix. Maintenant que j'y avais pensé, je réalisai que leur accoutrement et ornements qui devaient désigner leur statut étaient comparables. Leur influence respective polarisait les autres prêtres en deux groupes distincts d'opinions irréconciliables.

 

Le prêtre qui voulait m'entendre s'adressa à moi :

- Toi ! Viens à nous ! Dis-nous qui tu es et ce que tu est venu faire ici ?

Je m'avançai vers eux avec Rafaele mes côtés qui traduisit mes paroles.

- Mon nom est Alexandre Michel, je suis né au Canada dans une ville appelée Trois-Rivières. Je ne suis qu'un homme et je n'ai aucune autre prétention me concernant. J'ai demandé à vous rencontrer pour vous informer de la quête qui m'avait été confiée et consulter votre sagesse concernant les choses étranges qui me sont arrivées.

Le prêtre me questionna :

- De quelles choses étranges parles-tu ? Tu es venu pour nous parler, alors parles sans crainte !

 

Je leur racontai ma première rencontre avec le Shaman, comment il m'avait ramené des portes de la mort. Je décris ensuite ma rencontre avec Chibirias et comment elle m'avait refilé le disque avant d'être enlevée.  Je mentionnai mon expérience à Chichen Itza et les visites nocturnes des Wayobs et des Dzolobs. Je leur parlai aussi de Lilith et de son frère, de notre nuit à Cobá, de celle de Tulum et enfin de ce que j'avais vécu dans le monde de Naum. Mon récit causa de nombreuses réactions et discussions.

Le prêtre se tourna vers Rafaele et lui demanda :

- Toi, jeune Kin Balam, tu le crois ?

Je vis le regard rassurant de Piero dirigé sur son neveu. Il me traduisit la réponse de Rafaele :

- Oui, je le crois !  J'ai par moi-même été témoin de certaines des choses qui vous a raconté. Je dois également admettre qu'il est celui qui a demandé à vous rencontrer bien que je le lui aie déconseillé.

- Je vois ! dit le prêtre gravement.

- Vous n'allez pas tout de même croire ces histoires pour épouvanter de jeunes enfants ! railla Tunkuruchu Iki agacé.

Le prêtre qui m’avait questionné s'approcha de moi. Il examina mes mains, mis les siennes sur les miennes.

 

- Pourquoi pas ? Il vient de l'extrême Nord, il a vécu tout juste en dessous du siège de Xaman Elk. Il a certainement été plus proche du dieu que nous !  De plus, je ne crois pas un homme capable d'inventer de telles histoires; cela ne lui profiterait en rien.

 

- Un grand sage comme vous ne peux croire en de telles balivernes.  Les dieux mayas appartiennent au peuple mayas ! siffla fanatiquement Tunkuruchu Iki.

 

- Les dieux n'appartiennent à personne, surtout pas aux hommes ! sermonna sévèrement le prêtre. C'est leur attribut divin de faire ce qu'ils veulent, et seul au Dieu suprême Hunnab Ku, ils sont tenus imputables. Ils favorisent, si tel est leur bon désir, ceux qui leur sont fidèles et leur font honneur.

 

- Nous ne pouvons pas prendre le risque de confier à un étranger ce qui pourr       ait être un précieux héritage de notre peuple s'offensaTunkuruchu Iki.

 

Piero lui demanda abruptement :

- De quel risque parles-tu ? Ce que cet homme désire ne diffère pas des autres étrangers qui recherchent et dégagent dans la forêt les anciennes cités de nos ancêtres et que nous laissons travailler en paix ! 

 

- Ce sont tes bons amis ! argumenta vicieusement Tunkuruchu Iki. Tu leur dois toute ta richesse !

 

- Ils connaissent notre passé souvent mieux que nous même ! contre-attaqua Piero.

 

J'observais depuis un moment Tunkuruchu Iki, je tentais de saisir l'homme derrière sa façade d'obstination. Il essayait désespérément de montrer qu'il était en contrôle. Il tentait ainsi de dissimuler la terreur que je devinais dans ses yeux.

Je demandai à Rafaele de traduire mes propos. Je m'adressai au vieux prêtre :

 

- De quoi as-tu peur Tunkuruchu Iki ? As-tu peur de moi ?

 

J'avais vu juste. Ma question foudroya le prêtre sur place. Son regard me fustigea. Je cru pendant un instant qu'il était pour me sauter dessus et tenter de me tuer.

Il me surpris en me répondant au contraire d'une voix douce et pausée :

- Je crois que certaines choses du passé sont mieux oubliées afin que les morts continuent de reposer en paix et qu’ils ne tourmentent pas les vivants ! Et oui, j’ai peur de celui qui amènera la fin de ce monde !

 

Ce qu'il dit me laissa bouche bée; cela résonnait avec les paroles du jeune guerrier de Cobá.

 

Sur ce, Tunkuruchu Iki me tourna le dos et nous quitta en entraînant d’autres prêtres avec lui. C'est curieux j'avais de la peine pour lui en le voyant aller. Il y avait eu une fatalité et de la douleur dans ses propos; j’étais convaincu qu’il savait quelque chose, un secret qu’il ramenait et désormais gardait avec lui.

 

Le prêtre qui m'avait été sympathique conclut :

- J’admets qu'il y a un risque à laisser aller cet homme mais je vois un plus grand risque encore si il nous a dit la vérité et que nous l'empêchons d'effectuer sa quête.

 

Le groupe de Cruzobs réagit fortement. Cela ne faisait pas l'unanimité. Le prêtre leva sa main avec autorité et les laissa se calmer avant de reprendre son discours :

 - Ceci ne sera pas que sa quête personnelle; c'est aussi la quête de notre peuple car les dieux nous ont aussi parlé. Il ne sera pas laissé seul car un de nous restera avec lui.

 

Son regard se posa sur Rafaele toujours concentré à me traduire ses mots et qui n’avait pas saisit le propos implicite du prêtre. Rafaele regardait sans comprendre autour de lui semblant attendre tout bonnement qu’un volontaire se manifeste. 

Piero lui souffla : Kin Balam!!!

-Quoi ? Moi ? s’exclama Rafaele incrédule.

Le prêtre dit oui en hochant la tête et lui dit gentiment :

- Oui, si tel est ton désir Kin Balam, fils de Papah et qu’aucun ne s’y oppose ! Il me semble que tu a été déjà été tout désigné par les dieux à cette tâche !

 

L’audience resta silencieuse.

Je regardai à mon tour Rafaele avec insistance en espérant qu'il finisse par répondre.

Le jeune maya finit par balbutier :

- Oui, je le veux ! He’le’ (Qu’il soit ainsi !)

-He’le’ dit le prêtre avec allégresse.

- He’le’ répétèrent plusieurs des prêtres.

Je compris qu’a cet instant solennel, Rafaele avait été confirmé dans le cercle restreint des initiés de la Croix.

Le prêtre nous rendit les artefacts en disant :

- Pa’tak tech ! (Ceci devrais rester avec vous !)  Xiik tech utsil! (Bonne chance !)

J'avais reconnu en cet homme son charisme, sa diplomatie, son sens de justice et les qualités d'un grand dirigeant; il inspirait le plus grand respect.

Je le saluai en disant :

- Dyos Bootik, Ahau Kan, Nohoch Tata!

J’espérais avoir dis quelque chose comme "Merci, que dieu te bénisses Seigneur Sage, Grand Père pontife !".

Le prêtre sourcilla semblant surpris de ma réplique, sourit à demi amusé et répondit simplement :

- Mixbaal ! De nada !

 

Il cria ensuite aux derniers prêtres :

- Kó’one’ex ! (Allons-y tous !)

L'audience des prêtres se dispersa ne laissant derrière eux que les gardiens et ceux chargés de prendre soin de la Sainte Croix.

Je restai derrière alors Piero et Rafaele firent leurs adieux respectifs. Je saluai Piero une dernière fois.

 

Nous retrouvâmes le village et la voiture. Je tremblais encore, j'avais le sanglot à la gorge. Rafaele lui semblait au contraire déborder d'énergie. Il était surexcité.

-Tu as tout entendu et vu la même chose que nous? L'arbre, la belle grand-mère?

- Oui! parvins-je à dire tout simplement.

Je devais admettre que cela avait été fantastique; un véritabe miracle mais j'étais complètement draîné de toute ma vitalité. Je ne voulais même plus penser à rien!

- Papah avait raison: les anciens dieux n'ont pas oublié les mayas. Il sont venus nous parler! s'exclama Rafaele toujours sous l'émotion.

 

Une question demeurait d      ans mon esprit.

-La dame en noir, qui était-elle? demandais-je.

 

- Nous l'appellons la belle grand-mère ou la grand-mère de la Terre.           Je crois personnellement qu'elle était une manifestation d'Ix Chel. C'est la première fois à ma connaissance qu'elle se manifeste ainsi!

 

- C'est drôle, j'avais un autre nom nom en tête, mais j'ai oublié maintenant!

 

Je laissai Rafaele conduire. Je me sentais alors en quelque sorte soulagé, subitement allégé mais en même temps extrêmement épuisé.

Je me calai dans mon siège. Encore une fois, une autre nuit était passée et le matin était tout proche.

 

- Merci d’être resté avec moi au travers de tout cela ! dis-je au jeune Maya tout simplement.

 

- Tu es pris avec moi que tu le veuille ou non ! plaisanta Rafaele.

 

Alors que nous nous approchions de nouveau de la localité de Felipe Carrillo Puerto, une idée me trotta dans la tête. Je pris une carte et localisai les communauté des Cruzobs. Le village que nous venions de quitter ne figurait même pas sur la carte. J'approximai sa position. Comme je l'avais supposé ce village perdu, Chan Santa Cruz et Tixcacal Guardia formaient une ligne interceptée par l'axe de l'alignement de Tulum et Chunyaxche formant un "T", une représentation de la croix des Mayas. Ce n'étais pas une coincidence, je comprenait maintennt pourquoi Rafaele nous avait amené explorer ce lieux avec le compas. Mis à part à Tulum, nous n'avions rien trouvé; pourquoi? Était-ce parce-que les autres artefacts avaient déja été récupérés? J'en doutais fortement car le compas indiquait toujour une direction précise vers le sud. Je considérai que la position des artefacts était intimement liée au baccabs, les fils d'Itzamna placés au quatre coin du monde. Les Cruzobs avaient été acculés et contraints dans une région sauvage, éloignée et restrainte du Yucatan par les conquérants espagnols et les        autorités mexicaines. Le monde Maya n'était pas pas limité qu'aux Cruzobs: il était beaucoup plus vaste. Les baccabs devaient donc être étendu sur un grand territoire. J'en discutai avec Rafaele; il avait eu déja la même intuition. Il    ajouta avec excitation qu'il croyait que les baccabs bornaient plus précisément le monde d'Itzamna.

 

Je ramenai l'attention de Rafaele sur la route lors qu'il dérivait sur la voie de service en construction.

Je sympathisait avec son enthousiasme. Ce qui c'était produit cette nuit était tout à fait extraordinaire. Il y avait tellement de chose que je ne comprenais pas de toute cette expérience. Qu’est ce que tout cela voulait tout dire ? J’avais une tonne de questions que j'aurais voulu poser à  Rafaele mais j’étais complètement naze et n’avait pas la force de lui demander.

 

Le soleil était bien élevé dans le ciel lorsque nous finîmes par retrouver le portail de l’Allure. Le gardien nous reconnus et nous laissa passer tout en nous saluant. Nous rendîmes les clés de la voiture au centre de location du lobby. Rafaele s'attaqua alors aussitôt à son boulot alors que je retournai à ma chambre en me traînant les pieds. Je croisai sur mon chemin les autres résidents de l'hôtel allant au buffet du petit déjeuner ou déambulant déjà vers la plage et les piscines.

Par pur automatisme, je retrouvai mon lit et m’écroulai sur le matelas tout habillé. Ma dernière pensée fut pour cette femme en noir. Qui était-elle? Quel rapport avait-elle avec cette quête et avec Chibirias ?

 

 

Fernando Castro Pacheco (Mérida, Yuc. 1918 - ). Mural en el Palacio de Gobieno, Mérida, Yucatán, México.
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/ab/Itzamna-Lawrie-Highsmith.jpeghttp://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/35/Estela_de_Madrid_%28Museo_de_Am%C3%A9rica%29_01.jpg
Un des fils d'Itzamna, un des quatre bacabs.

Mayan and Sacred tree par Bill Liao

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/47/Chan_Santa_Cruz_Maya.gif

 


Par A. Saint
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