J’attendais patiemment sur l’autoroute
adjacente à l’hôtel accompagné de mes valises. J’avais libéré ma chambre et régler ma note. J’étais vraiment triste de quitter l’Allure. Cet endroit avait été plus qu'un simple hôtel pour moi; je
m'y étais vraiment senti chez moi. J’y avais connu une nouvelle vie, lavé de mon ancienne par ce baptême de feu m'ayant empreint d’émotions extrêmes.
Deux petits transports communautaires
passèrent; je leur signalai poliment de ne pas s’arrêter et de continuer à chaque fois. La chaleur était torride sous la radiance du soleil de l’après midi: je sentais la sueur
ruisseler sur tout le corps. Je vis enfin Rafaele s’amener.
Je déposai mes bagages en arrière et pris
place dans la jeep. Je regardai le grillage et l’arche de fer forgé dont le tracé intérieur se lisait Allure. Je saluai une dernière fois le gardien du portail alors que Rafaele reparti et
accéléra vers la ville de Tulum. J'appréciai le courant d'air en route dans la décapotable; il était rafraîchissant.
Nous traversâmes de nouveau le village de
Felipe Carrillo Puerro. La vue des rues et bâtiments de cette petite ville me laissa une impression étrange à la suite des évènements de la nuit dernière. Cela me rappela de parler à Rafaele de
mes rêves, question de voir s’il pouvait faire du sens de tout cela.
Le nom de Toh Pepem n’évoqua d’abord rien
pour lui. Je voulu lui décrire mes rêves où elle était impliquée. Je sortis les notes que j'avais griffonnées à mon réveil; j'avais beau m'efforcer de me relire mais essentiellement je ne pouvais
faire aucun sens de mes gribouillis. Je m’efforçai à raconter à Rafaele tout les détails que j'avais encore en mémoire.
Il tourna la tête vers moi et me dévisagea
avec ses sourcils levés, front plissés.
Il
commenta :
- J'aimerais bien avoir des rêves comme les
tiens!
Selon lui Toh Pepem, Papillon d’Obsidienne
ou Papillon griffu, devait correspondre à la déesse Aztèque Itzpapalotl. Cette terrible déesse était une démone des étoiles qui pouvait apparaître sous la forme d’une belle et séduisante femme ou
celle d’une ange noir terrifiant avec une tête squelettique et des ailes de papillons ou parfois d’aigle aux extrémités affutés avec des lames d’obsidiennes. Elle était aussi une magicienne
accomplie capable se rendre invisible et de se montrer dans les rêves des hommes.
Ce qui intéressa Rafaele est que cette
déesse avait plusieurs rapprochements avec la mythologie maya. Par exemple, elle était reine du domaine de Tamoanchan, le Paradis terrestre où dépendant de la mythologie, Itzamna où Quetzalcóatl
a recréé les premiers de la race humaine actuelle à partir des os de tous les humains morts dans le grand cataclysme qu'il avait volés des enfers de Mictlan ou de Xibalba. La terre pu ainsi être
repeuplée après la fin du monde. Le mot Tamoanchan lui-même ne venait pas de la langue de Nahuatl même si les aztèques utilisaient ce nom qui a en fait ses racines dans l'étymologie maya et qui
pourrait être traduit comme "endroit du ciel brumeux ".
Sous Itzpapalotl, Tamoanchan était le
paradis terrestre réservé aux femmes mortes dans l'accouchement et aux enfants mort-nés. Itzpapalotl était ainsi la divinité patronne des sages-femmes et était associée à d'autres déités femelles
telles que Tlaltecuhtli, Coatlicue, Citlalinicue et Cihuacoatl qui ont été adorées par les femmes de parturiente.
Je questionnai Rafaele sur les
Tzitzimimeh.
Les Tzitzimimeh étaient les déités femelles
qui étaient tombées du ciel. Elles étaient associées à la beauté et la fertilité. Elles avaient un double rôle dans la religion aztèque : elles étaient les protectrices du féminin et de la
progéniture de l'humanité même si elles étaient également puissantes et dangereuses, particulièrement en quelques périodes d'instabilité cosmique.
Les Tzitzimimeh étaient intimement
associées aux étoiles, particulièrement aux étoiles qui peuvent être vues autour du soleil pendant une éclipse solaire. Ceci a été interprété comme étant les Tzitzimimeh attaquant le soleil et
qui profitait de l’obscurité en plein jour pour descendre sur terre et dévorer des êtres humains. Les Tzitzimimeh étaient également craintes pendant les cinq jours malheureux appelés
Nemontemi qui marquent une période instable du compte aztèque de l'année ainsi que pendant la cérémonie de renouvellement par le feu, qui tout comme pour les mayas, marquait le commencement d'un
nouveau cycle du calendrier. J’écoutais Rafaele d’une oreille distraite. Je ne pouvais pas m’empêcher de revenir à cette pensée : est-ce que ma Chibirias était une des Tzitzimimeh ?
Était-elle humaine ou une créature immortelle ? Je savais bien que je fabulais mais cela expliquait l’implication de Itzpapalotl et le lien que j’avais senti en la
voyant.
Une chose dont Rafaele était certain
d’après mes descriptions était de l'identité ville que j’avais vue. Il avait d'abord reconnu le puits de lumière de l’observatoire solaire. Cette ville avait bel et bien existée et portait le nom
de Xochicalco. Ses ruines se trouvaient dans la partie ouest de l’état central Mexicain de Morelos. Ce qui est intéressant de cette ville était qu’elle contenait un amalgame d’influences
incluant l’ancienne citée de Teotihuacan, les cultures Mayas ainsi que de Matlatzinca de la vallée de Toluca. La ville a été occupée à partir de 200 ans avant Jésus Christ et a été subitement
abandonnée et détruite au dixième siècle.
Selon certaines interprétations de légendes
aztèques, la déesse Coatlicue aurait donné naissance aux dieux Quetzalcoatl et Xolotl dans cette ville. Leur père était Mixcoatl, le fils d’Itzpapalotl. La fille de Coatlicue, Coyolxauhqui, a
voulu à tout prix empêcher cette naissance et avait assemblé une armée de quatre cents de ses frères pour attaquer et décapiter leur mère. L'instant où elle a été tuée, le dieu Huitzilopochtli
qui connaissait les plans de sa sœur, est soudainement apparu prêt au combat. Il a tué à lui seul un grand nombre des quatre cents, y compris Coyolxauhqui, dont il coupa la tête et la lança
dans le ciel pour qu’elle devienne la lune. Dans une variation sur cette légende, Huitzilopochtli lui-même est l'enfant conçu qui nait juste à temps, pleinement développé et armé pour
sauver sa mère à temps. Une histoire de famille qui me semblait compliquée et sanglante.
Nous discutâmes du symbolisme des Bacabs
qui devaient être comme Tulum, alias Zama, l’abri du bacab Kan, des emplacements géographiques. Les autres révélations de mon rêve n’étaient pas aussi utiles que je l’aurais
espéré.
J’avais compris que Mulac était associé à
K’una Xaman. Rafaele me demanda si je n’avais pas entendu plutôt K’una h’men. Le premier signifiait « Temple du Nord », le deuxième « Temple du Guérisseur ». Je n’étais
étais plus certain de bien me rappeler la prononciation de ces mots étant semblable.
Par contre les mots de Ohk’in peten que
m’avait indiqué Toh Pepem, c'est-à-dire « l’île du crépuscule », laissèrent Rafaele songeur bien qu’il n’était certain de rien.
.
Cuac avait été mentionné avec les mots de
Xuk Nohol que Rafaele traduisait littéralement comme « Coin du sud ». Je pensais que cela ne voudrais également rien dire mais Rafaele connaissais une ville qui anciennement se
nommait Xukpi, une combinaison des mots coin et paquet qui pourrais correspondre à l’endroit mentionné par Toh Pepem. Les ruines de cette ville étaient connus sous le nom de Copán maintenant et
ils étaient localisé la jungle du Honduras. Avant de partir pour une contrée lointaine basée uniquement sur une consonance qui était partiellement semblable à un nom mentionné dans un rêve, nous
préférâmes continuer notre exploration au Mexique ne serait-ce que pour éliminer tout autre possibilité.
Nous étions d’accord que le calendrier long
était aussi un indice important. Le dernier monde maya s’est terminé le jour correspondant au compte long de
12.19.19.17.19. Une autre journée
correspondant à 12.19.19.17.19 se produira la veille de l’équinoxe de décembre 2012, suivit par le commencement d’un nouveau b'ak'tun, soit la date de 13.0.0.0.0, le 21décembre 2012. Cela se
produirait dans sept ans à peine et semblait crucial à cette quête.
Tout au long du chemin, nous surveillâmes
notre compas. Nous arrivâmes à Bacalar. Tout penaud, nous constations que le disque de Chibirias n’avait aucunement changé d’orientation.
Nous étions fatigués et affamés et le
crépuscule s’amenait. Rafaele nous conduisit à un des restaurants qu’il connaissait bien, nommé Orizaba. Il s’agissait d’un simple bâtiment au toit de chaume sur la septième avenue de Bacalar. Un
simple et humble restaurant vocation populaire rattaché à la maison du propriétaire. Ses tables et chaises étaient des fournitures de patio de résine synthétique moulé de couleur rouge-orangé ou
blanc. Rafaele m’y promit de la nourriture authentique. Sa cuisine bruyante et grouillante d’activité était ouverte à la vue de tous. Autour de nous, les clients étaient des locaux venant
de finir leur journée de travail.
Une femme vint nous accueillir à notre
table.
- ?Que es preparada? lui demanda
Rafaele.
Elle énuméra les plats qu’elle avait
préparés.
Rafaele choisi une cicinita pibil, un plat
Maya typique. J’optai une poitrine de poulet à la sauce chilamole.
Je lui demandai
également:
- ¡Y dos cervezas por favor,
Señora!
En attendant le plat principal, elle nous
laissa avec nos bières un panier de tortillas avec un choix de salsa rouge et vert. Rafaele m’avertit que la salsa verte était très forte. J’ignorai son avertissement et essayai quand
même.
C'était fort, très, très fort ! Ma
bouche était en feu. Je m'efforçai par fierté ne pas montrer aucun inconfort. J'avalai une gorgée de bière froide. Cela ne me procurait aucun soulagement, la brulure subsistait tout aussi
intense. Je sentais ma langue et mon palais marqué au fer rouge. J'en pleurais et calai le reste de ma bière d'un trait devant Rafaele qui s’esclaffait et se moquait de
moi.
Tout en essuyant mes larmes, je regardai
Rafaele avec défi. Il cessa de rire. Il prit une croustille de maïs qu'il trempa dans la salsa verte et qu'il me montra avec une petite insolence avant qu'il l'amène à sa bouche. Il avala et
afficha un sourire forcé. Il semblait impassible. Je ne le lâchai pas des yeux. Je remarquai la sueur cumulant sur son front et son regard qui s'embuaient. Il céda et avala toute sa bière presque
en s'étouffant.
La serveuse arriva ce moment et déposa nos
plats.
J’ajoutai avec
empressement:
- ¡Señorita, dos otras
cervezas, muy frías, por favor!
Elle m’avait compris et
souri:
- ¡La verde es muy, muy
piquante!
- ¡Si! je répondit avec une voix encore
étranglée et rauque.
Elle nous regarda avec sympathie et revint
avec deux petits verres de lait crémeux.
- ¡Esto ayudará! (Ceci vas
aider!)
Je la
remerciai.
Dès ma première gorgée de lait, je sentis
la douleur s'atténuer et commencer à s'effacer.
La redoutable salsa verte avait donc son
antidote!
Je pu ainsi apprécier mon plat, une simple
poitrine de poulet dans une riche sauce de cacao, poivres et épices. Rafaele mangeait du porc mariné dans une sauce d’ « axiote » et d’orange amère qui avait été emballé dans une
feuille de plantain et cuite au four.
Tout en mangeant j’en profitai pour mettre
quelque chose au clair avec Rafaele : je finançais toute notre expédition. J'avais d'ailleurs contacté mon ami longue date et comptable personnel, Yves, afin d'encaisser une partie de mes
épargnes retraite. Je l’avait également avertis que je refilerais mes dépenses à ma petite compagnie de consultant GEODES (GEOlogical Development Exploration and Survey) pour laquelle j’avais une
carte de crédit corporative.
Rafaele et moi discutâmes de ce que nous
devions faire. Nous étions aux limites du Yucatan et du Mexique. Devions-nous traverser la frontière du Belize? Rafaele confirma qu’en plus de Copán, il se trouvait de nombreuses ruines mayas
dispersées dans l'Amérique Centrale au Nicaragua, San Salvador et Honduras. Combien d’entre elle avait pu porter en partie le nom de Xuk ? Je craignais que le coin du Sud puisse tout aussi
bien être au Cap Horn à l'extrémité de l'Amérique du Sud ou en Antarctique. Je désirais quelque chose de tangible. Je soupirai; tout reposait sur le compas de Chibirias. Quelque chose nous
échappait peut-être. Il fallait y repenser mais ce n’était pas le bon endroit pour cela.
Je réglai la note de 100 pesos en tout pour
notre repas et le pourboire avant de regagner la jeep avec Rafaele. Nous traversâmes le reste de la ville jusqu’à la bifurcation de l’autoroute qui allait vers Chetumal et son aéroport à l’est ou
vers l’ouest via la route 186. Nous ne pouvions plus continuer vers le sud. Nous étions au bout du chemin; il fallait prendre une décision.
J’ouvris le petit bocal qui nous servait de
compas. Le disque de Chibirias y flottait librement, il n’était pas coincé. Je ne pouvais penser à rien qui aurait pu influencer et confondre le disque qui s’obstinait toujours à nous montrer la
même direction vers le sud. Mais était-ce exact, était-ce exactement la même direction? Je retrouvai ma boussole et sortit ma carte. Je voulais de nouveau mesurer l’écart entre
l’orientation du disque et le vrai sud géographique tout comme je l’avais fait à l’allure.
Rafaele me regarda d’abord perplexe. Il
sourit quand je lui confiai le compas de Chibirias et lui demandai de s’éloigner pour que je retrouve le Nord magnétique.
Je pensais qu’il ne m’avait pas entendu
lorsqu’il alla plutôt dans son sac à dos y récupéra un étui rectangulaire qu’il me tendit en me demandant malicieusement :
- Ne préférais-tu pas utiliser ceci?
J’ouvris l’étui qui contenait un petit
appareil électronique. Rafaele comprenais très bien ce que j’essayais de faire, il m’avait fournit un Magellan! C’était pour moi quelque chose d’inespéré.
- C’est un G.P.S. expliqua moqueusement Rafaele. Tu sais ce que c’est? Je n’ai aucune idée de l’avancement
technologique de ton pays des neiges!
- Un Global Positioning System. Je sais ce que c’est répliquais-je sèchement. J’en utilise un pour mon
travail.
Le GPS utilisait des satellites en orbites
pour déterminer exactement une position. Il n’était pas influencé par le magnétisme local. Je déduis qu’effectivement la proximité l’artefact de Chibirias ne l’affectait
pas.
Je lu notre position actuelle sur l’écran a
cristaux liquides:
18° 31’ 36.81” Nord par 88° 27’ 55.39”
Ouest.
- Il m’a été prêté afin de baliser les nouvelles ruines que nous pourrions découvrir! expliqua
Rafaele.
J’étais absolument ravi. J’orientai
ma carte correctement et plaçai le compas de Chibirias et mesurai la déclinaison par rapport au vrai Sud. À première vue, la déclinaison avait diminué depuis Tulum par presque 67 %, les deux
tiers! Je vérifiai fébrilement mes mesures.
- Rafaele tu connais la position de Tulum?
Il emprunta le GPS et me montra les
coordonnées déjà sauvegardées des ruines de Tulum : 20° 12’ 53.81” Nord par 88° 25’ 44” Ouest.
Il y avait un degré de longitude de
différence entre ces deux positions et cela avait affecté le compas.
- Nous allons encore plus vers l’ouest? devina Rafaele.
- Oui! répliquais-je avec enthousiasme.
L’idée était simple : lorsque la
déclinaison serait nulle et que le compas de Chibirias pointerait vers le vrai Sud géographique nous aurons la longitude du second artefact et il s’agira de simple trigonométrie pour calculer sa
distance. Mais il fallait avant trouver cette longitude car mes mesures à l’Allure étaient grossières et peu fiable avec la boussole.
Je vis Rafaele bailler. Je lui offris de
conduire. Il accepta volontiers. Je plaçai au siège de conducteur et me familiarisai avec les commandes de la jeep. Elle devait être antique. Le pommeau du bras de vitesse était complètement usé.
Je fus tout de même surpris de trouver le bras de vitesse fluide et l’embrayage facile et démarrai. Je souris. Finalement la mise au point dans le garage à Tulum avait bien value
l’investissement.
Alors que nous traversions la petite la
petite municipalité tout proche de Jesus Gonzáles Ortega, je me tournai vers Rafaele qui ronflait. Je réalisai que je devais m’être parlé tout seul depuis plusieurs minutes. Cela était
compréhensible, Rafaele n’avait pratiquement pas dormit depuis deux nuits.
En silence, je passai le petit quadrillé de
trois rues du village de Nachicocum avant d’approcher la village plus important de Francisco Villa tout juste avant ma destination, la ville de Nicolás Bravo. Je n’y arrêtai pas tout de
suite.
J’attendis d’être de l’autre coté de la
ville avant de consulter le GPS :
Latitude 18° 27’ 30.94” Nord par longitude
88° 56’ 06.75” Ouest. Je vérifiai la déclinaison : elle était minime, presque nulle. J’étais presque au but. J’hésitai et décidai de ne pas réveiller Rafaele
encore.
Je fis encore quelques kilomètres, tout au
plus sept, jusqu’à une jonction allant vers le sud et repris mes mesures :
Latitude 18° 24’ 24.73” Nord par longitude
89° 00’ 02.78” Ouest. Il n’y avait pas de déclinaison, le compas de Chibirias indiquait alors le vrai sud.
Nous avions enfin
trouvé !
Je réveillai doucement Rafaele et lui
montrai le compas et la lecture du GPS. Je n'eus rien à lui expliquer. Il me sourit et s’étira en prenant une grande respiration avant de se mettre au travail.
A la lumière d’une lampe de poche, il
s’affaira à localiser sur la carte les ruines Mayas répertoriées le long de la longitude que j’avais sauvegardée sur l'écran du GPS. Je continuais à rouler encore une vingtaine de kilomètre
vers l’ouest pour une dernière vérification. Tout comme j'avais espéré, l'inclination du compas s'était bel et bien inversée par rapport à ce qu'elle était auparavant. Cela confirmait notre
déduction que le disque de Chibirias pointait bel et bien sur un endroit très précis au sud entre les longitudes 89.0'-89.01'. Vraiment, ce disque était
fantastique !
J’estimais la distance entre Tulum et la
longitude que nous avions trouvée. En utilisant l'angle du compas que j'avais noté à Tulum et cette distance, je calculai approximativement la position indiquée par le disque de
Chibirias.
Je demandai à Rafaele s’il connaissait des
structures mayas plein sud, à environ quatre cent kilomètres d'ici. C'était bien au-delà des frontières de Belize. Est-ce que cela confirmait la location de
Copán ?
Il ne me répondit pas : quelque chose
d'autre le préoccupait. Il attira mon attention vers la lueur blanchâtre qui était apparue à l'horizon derrière nous. Cette lumière se matérialisa en un chapelet de phare. Il s'agissait d'un
convoi de plusieurs véhicules. J'en comptais huit. Ils étaient pressés et s'amenaient à toute vitesse.
Rafaele était nerveux. Cela n'était pas
normal. Cette route aurait dû être déserte en pleine nuit. Il proposa de continuer et de sortir de l'autoroute à la première occasion, juste pour être prudent. J'étais bien d'accord avec lui et
m'empressai de reprendre le chemin.
Je regardai dans le rétroviseur. Ils nous
rattrapaient. Ils occupaient en bloc toute la route d'un côté à l'autre.
Bon sang ! À quelle vitesse
allaient-ils ?
J'appuyai sur la pédale d'embrayage,
poussai le bras de vitesse et gardai la pédale l'accélérateur à fond. Par précaution, j'éteignis nos phares et feux de position. Je roulais aveugle à pleine régime sur une route que je ne
connaissais pas. Cela était suicidaire mais je craignais encore plus la menace qui se rapprochait derrière nous. C'était Lilith, Alan et leur gens qui nous avait suivis depuis Tulum; j'en étais
certain ! Rafaele était aussi inquiet que moi.
- Ce sont des fourgons; ils sont
noirs, je crois ! Choses certaine, ils ne sont ni de la police ou des militaires ! observa Rafaele.
Il s'empressa
d’ajouter :
- Plus vite, va plus vite ! Ils sont
presque sur nous !
Il n'avait pas besoin de me le dire,
j'étais aveuglé par la lumière proche de leurs phares réfléchie sur le miroir du rétroviseur. Cette bagnole me donnait tout ce qu'elle avait, je ne pouvais faire plus.
Il y eu une détonation : avais-je bien
entendu ?
Rafaele se pencha, se recroquevilla dan son
siège. Il m’indiqua, Dieu merci, qu'il n'avait pas été touché mais que cela avait été proche.
Ils tirèrent un autre coup de feu et
d’autres à répétition. La situation me sembla complètement irréelle. Je baissai aussitôt ma tête en m'efforçant de maintenir ma concentration sur la conduite.
Ils cessèrent de tirer lorsqu'un de leur
véhicule tentait de me doubler. Je vis que leurs phares éclairaient une petite borne par terre sur l’autoroute qui s’amenait rapidement sur notre droite. J'avertis Rafaele de bien s'agripper
alors que j'effectuai brutalement un virage de quatre vingt dix degrés et m'engageai sur un petit chemin de terre. La fourgonnette qui nous talonnait appliqua soudainement ses freins en
tentant de nous poursuivre ; le conducteur derrière lui ne réagit pas assez rapidement et l'emboutit violemment dans un fracas de métal broyé alors que le véhicule suivant dérapa afin
d'éviter la collision. Nous les avions perdus pour quelques secondes. J’accélérai sur ce petit sentier de terre creusé sans la forêt. Je savais qu'ils n'abandonneraient pas pour autant mais je
nous avais fait gagner un peu de temps.
Rafaele m'avertit que ce petit chemin ne
figurait sur aucune carte et qu'il finissait probablement un cul-de-sac. Nous étions donc pris au piège ! Je regardai en arrière, ils ne venaient pas encore.
Rafaele me demanda de ralentir et de
tourner à gauche pour quitter le chemin et m'enfoncer dans la forêt. Je ne pu aller loin arrêté par des arbres. Nous étions dans une petit clairière qui avait été récemment dégagé par des coupes
d’abres. Je ne voyais aucune autre possibilité que d'abandonner la jeep en pleine jungle et fuir à pied.
Rafaele m'inquiéta en sortant une longue
machette. Voulait-il les confronter ? Il bondit hors de la jeep et s'attaqua aussitôt au coupage et défrichage de la végétation autour de nous. Je compris ce qu'il faisait et je ramassai
fébrilement les branches qu'il découpait et commençai à couvrir notre véhicule. Je vis le faisceau de phares se rapprocher. Nous étions à court de temps et nous empressâmes de nous
cacher.
Un, deux, trois, quatre véhicules passèrent
sur le sentier à toute vitesse. Nous relevâmes la tête et remarquai un cinquième fourgon s’amenant au loin. Il parcourait le chemin plus lentement et surveillait les abords du boisé. Il n'y avait
que peu de chance qu'ils soient eux aussi bernés par notre camouflage improvisé.
Rafaele me pressa de regagner la jeep alors
qu'il reprenait le siège du conducteur. Il me surprit en hurlant un cri, un grand cri de guerre comme j'avais entendu de la part des Mayas qui étaient venus libérer Tulum de Lilith et de ses
gens. Nous surgîmes de jungle en Kamikazes et nous nous engageâmes à plein gaz sur le sentier face au véhicule qui patrouillait et nous bloquait le chemin. Deux des hommes qui l'occupaient
s'empressèrent de sortir armes au poing, afin de ne confronter. Rafaele ne ralentit pas, il fonçait sur eux à pleine vitesse. Les hommes n’eurent que le temps de s'écarter de notre chemin. Au
tout dernier moment, Rafaele dévia de son face à face et les contourna en rasant le boisé et la végétation bordant le chemin. Nous écorchâmes au passage la portière entrouverte et la carrosserie
de leur véhicule noir. Nous étions très vite hors de leur atteinte.
Nous débouchâmes sur l’autoroute. Il s’y
trouvait encore trois véhicules, incluant les deux qui avaient été accidentés. Leurs occupants étaient hors de leur fourgon sur la route. À notre vue, ils dégainèrent sans hésitation, déterminés
à nous cribler de balles. J'entendis les projectiles frapper et pénétrer notre Jeep blindée mais cette dernière continua de rouler et nous permis de fuir sur la route.
Un monstre descendit du ciel devant nous,
un monstre mécanique de métal noir. Un hélicoptère! Chose inusitée, il était presque complètement silencieux. Je pensai que ces gens devaient avoir des ressources incommensurables. Que
pouvions-nous faire contre eux maintenant? Si seulement nous avions une arme!
Je regardai Rafaele qui n'hésita pas un
instant. Je me retenu du mieux que je pouvais alors il effectua un dérapage contrôlé et qu'à la fin du demi-tour il accéléra dans la direction opposée. Cela nous ramenait en arrière vers les
fourgonnettes. Ils nous attendraient sûrement de pied ferme cette fois ci. Par contre, j’espérais que les gens de l'hélicoptère hésiteraient à nous tirer dessus s’ils risquaient d’atteindre les
leurs.
L’hélicoptère commença à nous suivre. Nous
nous rapprochions des fourgonnettes.
Il n’y avait qu’une seule silhouette debout
au milieu de la route. Cette personne avait le canon de son arme pointée sur nous, une artillerie lourde, une espèce de grande mitraillette.
Il tira.
Je fermai les
yeux.
J’entendis les coups de feu saccadés mais
ne ressentit rien. Je compris qu’il vidait son magasin d’arme sur l’hélicoptère derrière nous. L’engin aérien endommagé pris de l’altitude pour s’éloigner de la portée de l’arme. Rafaele alluma
les phares et s’arrêta.
Je le reconnu enfin, Ah Hulneb, le
Vigil ! Ici et maintenant ? Comment avait-il fait ?
Il nous signala de continuer et fuir. Mais
pour Rafaele et moi, il n’en était pas question. Devant notre insistance, il céda. Il y avait aussi le fait que les quatre véhicules du sentier s’en venaient. Il jeta par terre son arme
vide et embarqua en arrière.
- Vous êtes beaucoup trop facile à tracer ! critiqua le Vigil en prenant
place.
Son reproche me laissa une impression aussi
cinglante qu'une insulte.
Je remarquai alors avec dépit les corps
gisant dans une mare grandissante de sang qu’avait laissé le guerrier. Je voyais au moins quatre victimes ! Il les avait à lui seul massacrés. J’étais écœuré.
Le Vigil savait ce que j’éprouvais et
affirma durement:
- J’ai fait ce qui était à faire et dont vous étiez incapable! C’étaient eux ou
vous !
Je ne savais quoi lui répondre. Il n’était
peut-être pas si différent après tout que Lilith et de ses gens. Cette pensée me fit honte; elle était injuste. Je réalisai que n'était pas autant le vigil ou ses actions qui me dérangeaient mais
bien le fait qu'il avait raison. Cette quête dans laquelle je m'étais engagée n'était pas aussi noble et idyllique que je l'avais naïvement cru. Il ne s'agissait pas d'une grande aventure mais
bien d'une guerre sans merci. La mort imprégnait intimement tout dans ce conflit et je devais me rendre à l'évidence que j'étais pour revoir encore plus de ses œuvres.
- Pas le temps de discuter ! pressa Rafaele en accélérant.
L’hélicoptère ne tarda pas à charger
alors que les camionnettes qui s’étaient engagés dans le sentier regagnaient la route.
-
Vos chances auraient été meilleures sans moi! clama le vigil.
Je ne le croyais pas. Je le regardai
directement depuis qu'il était embarqué et lui répliquai:
- Tu es la raison pourquoi Rafaele et moi sommes encore vivants!
Il fronça ses sourcils et détourna son
regard vers nos poursuivants.
Je savais que j’avais raison. Je songeai
que cet hélicoptère aurait pu à n'importe quel moment nous pulvériser depuis les airs mais il n'en faisait rien. Nos poursuivants n'osaient tirer. Pourtant, lorsque Rafaele et moi étions
seuls, ils ne s'étaient pas gênés pour tenter de nous abattre. Pourquoi se retenaient-ils ainsi ? J’étais certain que la présence du Vigil en était
responsable.
J’étais convaincu que Rafaele et moi
n'avions que peu d'importance aux yeux de nous poursuivants ; ils désiraient uniquement le Vigil. En quoi était-il si important, si unique?
Ils gardaient Chibirias vivante parce
qu’elle leurs était très spéciale. Son vigil était de la même race. Ils le voulaient pour les mêmes raisons. Chibirias et Ah Hulneb étaient plus que des êtres d’exception. Je croyais que
Lilith m’avait dit la vérité sur au moins un point : ils n’étaient pas des êtres humains de cette Terre.
Je tournai la tête en arrière vers le Vigil
qui surveillait les fourgons dont la distance s’amenuisait à chaque seconde. Ils n'avaient pas abandonné leur poursuite infernale.
Rafaele ne pouvait rien faire de plus. Le
moteur surchauffait et commençait à avoir des ratés.
Je soupirai. Les gens qui nous chassaient
n’étaient pas stupides, ils patientaient car ils savaient que notre véhicule finirait par défaillir d'un moment à l'autre.
- Nicolas Bravo n’est pas loin, si nous l’atteindront nous serons saufs ! encouragea
Rafaele.
Ils avaient fini par manquer de
patience : du ciel tomba une pluie de projectiles qui brisa le bitume tout juste devant nous. Rafaele freina brusquement et dérapa. Par inertie je fus projeté par l’avant et évitai tout
juste de m’écraser contre le pare-brise ; c’est le Vigil qui m’a retenu.
L’hélicoptère redescendit en nous coupant
la route et nous gardant en joue. Les fourgons de derrières nous avaient rattrapés. Il n’y avait nulle part où aller. Je priai pour un miracle mais depuis la Croix parlante, je ne ressentais plus
mon Shaman.
L’occupant de l’hélicoptère beugla de
sortir les bras en l’air. Le Vigil était comme une bête sauvage nerveuse pris au piège et prête à fuir. Je savais ce qu’il pensait, je le pris par le bras et lui
dit :
- Tu reste avec nous ou nous sommes tous mort !
Je demandai à Rafaele d’obéir et de se
placer auprès du Vigil.
Je vis une faible étoile au loin, vers
l’est. Elle me redonna espoir, l’espoir que nous étions pour nous en sortir. Les gens de l’hélicoptère ne dirent rien pendant un long moment, un étrange silence. L’engin d’éleva et se
tourna vers cette étoile dont l’intensité augmentait. En fait cette lumière se rapprochait très rapidement. L’hélicoptère hésita un moment et pris son envol à toute vitesse dans la
direction opposée. Les fourgons eux-aussi firent demi-tour.
Je pouvais maintenant distinguer des feux
de position à la lumière. Il s’agissait d’un jet !
- L’armée ! clama Rafaele avec joie.
J’adorais aussi maintenant la défense
nationale du Mexique ! Rafaele m’avais mentionné que l’armée faisait couramment de la surveillance et des patrouilles aux frontières du Mexique contre le trafic des stupéfiants et ces
gens qui incluaient Lilith et Alan Morris, avaient toute l’apparence de bandits. Mais je doutais que cela sois le cas. Je pensais plutôt que les forces de la défense nationale avaient
probablement détecté par radar cet hélicoptère comme un objet volant intrus sur leur territoire et qu’ils étaient venus investiguer.
Je jetai un regard avec satisfaction sur le
ciel constellé d'étoiles traversé par la fantomatique voie lactée. Je songeai qu’un des dieux là-haut devait nous aimer! Comment avais-je su qu’ils venaient ? Je n’en avais aucune idée à
moins que mon Shaman ne soit pas aussi loin que je le pensais.
Le Vigil dit
gravement:
- Vous ne pouvez pas rester
ici!
J'acquiesçai. Je demandai à
Rafaele:
- Tu crois que ta bagnole peut encore nous
ramener à Bacalar ou Chetumal?
Rafaele reprit vie. D'une voix encore
ébranlée mais infiniment soulagée, il me répondit:
-
Bagnole? Je vais te montrer! Tu vas voir!
Pendant que Rafaele essayait en vain
redémarrer sa jeep, le Vigil me demanda:
-
Vous avez trouvé?
-
Nous avons pu déterminer la position du second site indiqué par le disque de Chibirias. Il est au sud, à une bonne distance
d'ici.
-
Excellent!
Le moteur de la jeep toussa, cracha faillit
s'étouffer mais finalement rugit. Rafaele leva les bras et émit un grand cri de triomphe.
Le Vigil m'annonça
ensuite:
-
Je n’irai pas avec vous!
Je ne lui dis rien, je l'avais déjà
deviné.
Il ajouta:
-
Ne soit pas inquiet, tu n'auras jamais à guetter tes arrières car même si tu te retourne et que tu ne me vois pas, tu peux être certain que
je suis là à te surveiller!
-
Je le sais! lui répondis-je cordialement. Et toi aussi tu peux compter sur nous!
Il changea de
propos:
-
Je n'aime pas comment ils vous suivent à la trace; cela met votre mission en péril!
-
Crois-moi, je n'aime pas cela non plus. J'aimerais bien savoir comment ils font!
Je lui
demandai :
- Ah Ahulane, que peux-tu me dire de plus sur cette mission? En quoi est-elle importante au
point que Chibirias et toi soyez prêts à sacrifier vos vies?
- Je crois que cette quête doit amener la réconciliation entre le passé et l’avenir et si je dois
donner ma vie pour cela, je le ferai! Tu comprends?
Je ne comprenais pas tout ce qu’il
disait.
- Si nous réussissons, je pourrai dire aux miens que la terre est de nouveau un endroit sûr. Je désire
plus que tout de voir les miens marcher sur une terre libre sous un ciel bleue, qu’ils puissent choisir qui aimer et honorer.
Je ne comprenais pas plus mais ses mots me
touchaient. Ils portaient tant d’espoirs. Celui que j’avais considéré presque comme un dieu, désirait fondamentalement des choses que j’ai toujours prise pour acquise dans mon petit monde à moi.
Qui étaient ceux du peuple d’Ah Hulneb? Comment pouvaient-ils être ainsi subjugués? Je réalisai pour la première fois à quel point le Vigil était ...
humain.
Je lui assurai avec
conviction :
- Nous allons réussir, je te le promets!
Rafaele était là, il l’avait entendu. Il
attendit un moment avant d’annoncer :
- La Jeep est prête!
Je pris Rafale par l’épaule et
l’accompagnai vers son véhicule
-
Allons-y !
Il regarda le Vigil laissé
derrière.
-
Et lui? demanda Rafaele concerné.
- Il garde nos arrières!
Rafaele secoua la tête. Je saluai le Vigil
alors que nous reprenions la route.
Nous atteignîmes après quelques minutes la
ville de Nicolas Bravo. En chemin, nous avons vu un second jet passer bruyamment à basse altitude.
Prés de la sortie de la ville, nous
distinguâmes de nombreux gyrophares qui venaient dans notre direction. J’indiquai à Rafaele de se stationner sur le bord de la rue principale. Les voitures de polices défilèrent près de nous sans
même nous prêter attention. Des lumières de porche s’allumèrent le long de la rue; la petite ville se réveillait; des gens curieux observaient le cortège depuis leur balcon ou de leur porte
entrouverte. Je suggérai à Rafaele de repartir avant que nous attirions leur attention sur nous.
Je vis alors que Rafaele tremblotait; je
compris que ses nerfs se relâchaient. Nous avions été après tout durement éprouvés. Pour ma part, je puisais dans une force tranquille que je ne me connaissais
pas. J'offris à Rafaele de reprendre la roue. Il en était soulagé.
Je lui demandai
gentiment:
- Où as-tu appris à conduire? Tes manœuvres étaient vraiment spectaculaires; elles
nous ont sauvées la vie!
- Los Angeles! répondit Rafaele de façon distraite.
- Je comprends!
-
Tu comprends quoi? finit-il par me demander.
Je lui répondis
facétieusement:
- Je comprends ton style de conduite maintenant! Ils conduisent tous comme des malades
là-bas!
Rafaele ne tarda pas à me
rétorquer :
-
Pas autant que ceux de Montréal d'après ce que j'ai vu!
Il était visiblement plus
détendu.
Je lui
demandai:
- Ça va?
Il m'assura que
oui.
Il me demanda
sérieusement :
-
Est-ce moi ou cette quête risque d'être de plus en plus difficile et dangereuse?
Je lui
admis :
- C'est ce que je pense aussi!
-
Je comprends maintenant pourquoi personne n’étais volontaire pour t'accompagner commenta Rafaele avec ironie.
J'étais inquiet; est-ce que cela voulais
dire qu'il reconsidérait son engagement? Cela était compréhensible après tout ce que nous avions subi. Il ne fallait pas qu’il m'abandonne, je ne pouvais pas m'imaginer continuer sans
lui.
Je regardai Rafaele concerné. Son visage
sévère craqua et il se mit à rire.
-
Tu en fais tout une tête! se moqua t'il.
Je relâchai un soupir de soulagement. Au
moins il allait mieux!
Il changea pour un ton plus
sérieux.
-
Je voulais te dire que d’après ce que tu m’as dit, Copán corresponds bien à l’endroit que pointe le disque!
Donc c’était bien Copán. Nous savions où
aller, mais comment nous y rendre?
Cela ne se ferait pas en jeep en tout cas;
Rafaele montra qu'il n'y avait pas de route directe pour Copán. La meilleure façon d’y parvenir était de se rendre au centre-sud du Mexique, traverser le Guatemala avant d'atteindre la
frontière du Honduras. Nous rejetâmes d’un commun accord ce périple long et dangereux, surtout que le temps comptait pour nous. Chetumal avait un aéroport international et
représentait peut-être la meilleure option. C'était à vérifier en tout cas. Nous y étions presque.
Rafaele insista de laisser sa jeep chez une
de ses connaissances à Bacalar, pas loin du restaurant où nous avions soupé. Nous réveillâmes l’homme et sa famille qui étaient mayas eux aussi. Malgré notre dérangement nocturne, ils ne nous
laissèrent jamais l’impression que nous les incommodions. Je soupçonnais le patriarche d'être dévoué à l'Ordre de la Croix Parlante. Les échanges étaient tous en Yucathèque et ils furent polis et
courts, le temps qu'arrive le taxi devant nous mener à l'aéroport.
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