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Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 14:48

Je me versai un café, pris mon sac à dos et mis le compas dans la pochette de ma ceinture de voyageur. J’allai à la plage ne pouvant simplement rester dans ma chambre et simplement attendre à rien faire. Je fixais tout simplement la ligne ou océan et ciel se découpent. Je pensai à Chibirias, au Vigil, à Saul et à Tulum et ma tête tournait. Je songeai aussi à Itzamna; tout semblait me ramener à lui. Même ce mystérieux shaman qui m'avait sauvé la vie semblait avoir une association avec ce dieu. Je désirais aussi retourner dans l'univers de Naum et y retrouver Chibirias ne serait-ce qu'en rêve.

Je vidai ma tasse, secouai le sable et commençai à me diriger vers le gymnase.

Saul y était déjà avec un petit groupe de résidents de l'Allure, certains d'entre eux arrivés tout récemment au Mexique comme le témoignait leur teint blême. Je les saluai tous.

Saul m’amena choisir une bicyclette. J’avais de l’eau, mon compas j’étais prêt et impatient de partir.

Il s’agissait que d’une distance d'une dizaine de kilomètres; une randonnée courte mais quand même difficile en raison de la chaleur ambiante même sous le soleil du matin.

Nous partîmes dans le quart d'heure suivant. A peine à un kilomètre de l'hôtel, Saul stoppa et nous montra nos premières ruines mayas de la journée. Directement sur le bord de l'autoroute se trouvait un monument ancien qui était dans un état remarquable. Plus profondément dans le boisé, des monticules de végétation et de pierre étaient visibles; il s'agissait de d'autres ruines attendant leur excavation. Saul expliqua que l’on retrouve ainsi des ruines partout au Yucatan.   Ces vestiges constituaient une banlieue de l'ancienne ville Maya de Tankah sur lequel notre hôtel avait été bâti d'après les explications de Saul. Il commenta que ces ruines essentiellement intouchées causaient un problème au gouvernement mexicain qui planifiait d'élargir son autoroute. Je songeai que malheureusement ce ne serait pas la première fois que l'on détruirait un trésor historique pour y faire passer un chemin. Nous recommençâmes à pédaler. Deux jeunes hommes commencèrent à sprinter semblant penser qu'ils étaient au tour de France. Saul me regarda. Je lui signalai que je m’en occupais et accélérai à mon tour. La randonnée dégénéra ainsi dans une course de vitesse. Saul cria, semblant vouloir nous donner une indication mais nos deux cyclistes ne faisait que redoubler d’efforts. Je fini par les rattraper alors qu'ils avaient dû s'arrêter à un feu rouge à un carrefour aux limites de la ville moderne Tulum. Je les retrouvai et leur pointai le groupe loin en arrière qui nous attendait devant le chemin des ruines que nous avion dépassé. Il s’agissait de deux jeunes collégiens italiens qui s’étaient engagés dans une compétition amicale. Ils rirent de bon cœur alors qu’ils reprirent la route en direction opposée, à une vitesse plus modérée. Je regardai mon compas : par rapport aux points cardinaux la position des symboles du disque avait changé, elle s'était presque inversée depuis que j'avais été au delà des ruines de Tulum. Tout en revenant en arrière, je vis la position relative des flèches associée au bacab changer pour maintenir leur orientation constante vers les ruines. C'était absolument remarquable. A l'entrée du site archéologique, le même bacab était irrésistiblement dirigé vers l'océan, vers un point très précis.

Je n'avais jamais vu un compas aussi stable. Je doutais aussi qu'il s'agisse de simple magnétisme. Pour affecter un compas d'une telle façon, cela prendrait un champ magnétique local d'une intensité incroyable qui ne pouvait pas provenir à ma connaissance d'aucun phénomène naturel. J'étais à la fois curieux et excité à l'idée de trouver l'origine de ce phénomène insolite; cela promettait d'être une découverte majeure.

 

Je fus quelque peu désenchanté en constatant que l’endroit était fortement commercialisé, tout comme Chichén Itza. Il y avait un transport, un tracteur tirant des modules de passagers depuis le stationnement comme un petit train, un grand marché central complet avec ses souvenirs, artisans de métier ainsi que ses vendeurs de « fast food » et de breuvages hors prix.

 

 - Prêts à votre visite de Tulum ? demanda Saul.

 

Il y eu quelques "oui" timide de la part de l'audience; je hochai positivement la tête. Nous attachâmes et sécurisèrent les bicyclettes ensemble. Saul régla les 37 pesos demandés à l’entrée du site pour chacun de nous et nous le suivîmes sur le trottoir de pierre. Nous montâmes quelque marche en longeant une ancienne muraille et nous retrouvèrent à une intersection où était planté une large carte du site sur une pancarte. L’escalier continuait tout droit mais Saul nous invita à prendre le portail sur notre droite qui s’ouvrait dans le mur. À la sortie du court tunnel nous attendait une vue fantastique : j’apercevais un arrangement de structures complexes et parfaitement organisé, juché entre les bleus du ciel et de la mer. Le mystère du disque de Chibirias m’attendait dans ces ruines blanches noyées dans le soleil et exposées aux vents de la mer des Caraïbes. Malgré l’heure matinale, les ruines grouillaient déjà de touristes. Je me retranchai du groupe et me plaçai en arrière et jetai un coup d’œil discret sur mon compas qui indiquait les ruines sur le bord de l'océan.

 

Saul attendit patiemment que tous furent de nouveau regroupés commença à dire que chaque année plus de deux millions de touristes foulent le sol de Tulum. Il expliqua que le nom Tulum signifiait « mur » dans le langage maya du Yucatan, un nom qui lui a été attribué au début du vingtième siècle par les explorateurs qui redécouvrirent la ville complètement abandonnée. Ce nom provenait du mur de 3600 pieds de long qui entoure l'emplacement. Il montra la muraille tout autour de la ville à l’exception de son coté est ouvert à l’océan. Il pointa aussi les deux postes de surveillance du côté ouest. 

 

Saul continua en nous disant que quand les premiers espagnols avaient posés leurs yeux sur cet endroit pour la première fois en 1518, il considérèrent cet endroit aussi majestueux et grand que la citée de Séville dans leur pays natifs. Sans doutes les espagnols avaient exagérés dans leur soif d’El Dorado car Tulum n’as nullement la grandeur des grandes villes du monde occidental mais la ville me semblait effectivement magique ainsi perchée sur un falaise de quinze mètres au dessus de la plage avec le vent du large et le bruits des vagues qui se cassaient sur la berge. 

 

Lorsque John Lloyd Stephens a traversé la jungle en 1842 et retrouvé Tulum, il a réalisé que la ville qui avait été abandonnée pendant plusieurs centaines d'années. Il a aussi constaté que l'intérieur et l'extérieur des temples ont été couverts de belles peintures murales. À l'origine les temples étaient peints avec la peinture bleue, rouge, jaune et blanche lumineuse. De nos jours, ces fresques sont devenues fades si bien que peu d’entre elles restent encore évidentes.

 

La cité de Tulum avait été très prospère avec un commerce maritime avec des canoës géants vers le dixième siècle qui s’étendait au centre du continent Mexicain via les rivières et les lacs, tout le long du Golfe du Mexique et aussi loin que le Honduras.

Tulum était plus ancien que le dixième siècle. Une stèle datée de 564 après Jésus Christ a été découverte dans la ville et il y avait évidence d'occupation trois cent ans avant Jésus Christ. Tulum est d’ailleurs le seul site maya construit ainsi directement sur la mer des caraïbes.

 

D’où nous étions, une structure imposante dominait le site plus que toute les autres, le Castillo, le château. Le disque pointait dans sa direction générale. Je voulais me diriger vers l’édifice mais Saul nous détourna pour me montrer une plateforme qui avait servie de fondation à une maison.

 

Saul nous mena ensuite vers la maison de Halach Uinic un bâtiment érigé sur une plateforme, remarquable par ses quatre colonnes. Il était facile d’imaginer qu’en ces lieux s’était dressé une résidence somptueuse il y a plusieurs siècles.

Notre groupe passa ensuite à une structure de plusieurs colonnes auquel il ne restait qu’une pièce encore couverte à l’arrière des ruines. L’architecture de l’endroit était étonnement sophistiqué et valait la peine d’être examinée. Sa structure était digne d’un petit palais moderne dont les quatre chambres avaient leur entrée principale face au sud.  On y trouvait encore les anneaux originaux qui avaient autrefois tenu les rideaux aux fenêtres. Six colonnes avaient par le passé soutenu le toit de la pièce principale. 

 

Le Templo de los Frescos (temple des Fresques) était sûrement un bâtiment d’une grande importance religieuse pour la ville. Chacun des coins de la façade du temple affichait le masque qui pouvait représenter Chac ou Itzamna.

Plus remarquable encore étaient les trois empreintes de main rouges, dont deux partiellement superposées près de l'entrée du temple des fresques. Ces mains étaient récurrentes dans les structures mayas que j'avais vues jusqu'ici. Elles me donnaient toujours le frisson en raison de la connexion avec ce guérisseur Inuit et me rappelait aussi ma mortalité.    

Ces marques étaient ici l'évidence physique d'une intervention divine. Tout comme l'aurais fait n'importe quel humain, Itzamna avait laissé sa marque pour indiquer à tous qu'il avait été ici.  C'est ce que je crû un instant exposé au ardent soleil et à la brise océanique entouré par des touristes tout de sueurs tout aussi intrigués par ces empreintes. Je croyais au mythe. Ces mains : leur seule vue m'immergeait complètement dans l'univers mystique maya, me donnant le vertige en me connectant instantanément dans leur lointain passé. Les empreintes étaient très hautes suggérant que l'être qui les avait posées avait une grandeur surnaturelle. C'est l'impression que j'avais eu aussi en gravant les pas de marches démesurés des temple et pyramides Mayas. Peut-être que le soleil me tapait trop fort, en y repensant logiquement je repensai que ces empreintes avaient été faites sans doute par un être humain normal utilisant une simple échelle, un prêtre voulant marquer ces lieux comme sacrés. Peut-être s'agissait-il aussi du symbole d'une élite cupide et corrompue tentant de manipuler leur congrégation et les masses à leur fournir par leur voeux pieux le jade et autres biens précieux et des volontaires pour leurs sacrifices humains. Après tout, est-ce que la religion Maya était exempte du cynisme de nos grandes organisations religieuses modernes ? La nature humaine étant ce quelle était, je ne pouvais pas m'empêcher de le douter. Je ne connaissais que peu de chose sur les Mayas, mais j'étais certain d'une chose : la religion était le coeur et l'âme de leur civilisation. Encore aujourd’hui les mayas que j'avais rencontrés comme Saul étaient profondément superstitieux et pratiquaient encore d'anciens rites religieux.

Ici, je me sentais, je ne sais comment le dire moi aussi profondément connecté à tout cela. J'avais également de nouveau cette curieuse certitude, celle d'être au bon endroit au bon moment.

 

Dans ce temple se trouvaient originellement plusieurs sculptures et peintures pour la plus part endommagées ou complètement effacées par les éléments. L’intérieur du bâtiment n’était malheureusement pas accessible. Saul nous décrit que les murailles en partie reconstituées de ce temple dépeignent les dieux mayas ainsi que des symboles de la fertilité de la nature, la pluie, le maïs et les poissons. Il mentionna en particulier une façade peinte en bleue et vert sur un fond noir incluant Chac et déesse Ixchel célébrant des rites dans des décorations florales. J'aurais vraiment aimé voir cette image.

Il y avait aussi au dessus de la porte du temple une figure humaine avec la tête baissée, en signe de révérence peut-être. Pendant que le groupe alla de l’autre côté de la ruelle visiter les ruines de la Maison de Chultun, je pouvais observer encore librement les masques représentant le masque d’un dieu fier, puissant au nez aquilin et menton proéminent découpés dans la pierre sur chacun des coins de la galerie. Ils étaient absolument magnifiques. Je consultai mon compas: son disque était plus stable que jamais. Je me rapprochais donc de la source qui l'influençait.

 

Nous suivîmes ensuite un petit sentier longeant le mur sud qui montait vers le large.

Nous y avons vu ce qui restait du Temple de la mer. Le temple avait son gardien, un gigantesque iguane qui régnait suprême dans les ruines de Tulum et qui fit le bonheur des photographes. Nous poursuivîmes en suivant un sentier surplombant la mer des Caraïbes sur le bord d’une falaise.

 

La visite procéda vers le Castillo, le château. J’étais presque au but, je le sentais. Ce château a été construit en plusieurs étapes, à différentes époques sur le bord de la falaise. Hormis son rôle de temple, cette structure avait dû servir de balise ou de phare. Il consistait en une partie centrale ainsi que de deux parties plus veilles consistant en deux plateformes supportant deux galeries avec des toits plats que l’on pouvait rejoindre par un escalier central. Je remarquai des colonnes serpentines dont la tête du serpent servait de base au sol et dont la queue dirigée en l’air et les motifs de serpents à plume qui ne manquait pas de me rappeler Chichén Itza. Nous avons monté à une petite galerie, sur laquelle était centrée un autel, avant de grimper le large escalier jusqu'au dessus du château lui-même. Au sommet du la structure nous attendait une vue à couper le souffle dans toutes les directions.

De l'observatoire, je remarquais trois petits autels pour les offrandes un coin au Nord-ouest.  Un de ces autels était garni par des offrandes de fleurs et de fruits.

 

J’étais nerveux et impatient, je laissai mon compas me guider vers une petite structure. Saul me suivait derrière. J’émis un juron, l’entrée de cette structure était fermée au public. Saul nous présenta  le Templo de Las Series Iniciales (temple de la série initiale) un nom donné à ce temple en raison d’un stèle qui y a été trouvée dont la date était 564 selon son épithète gravée dessus. La stèle originale qui avait value le nom à la structure reposait maintenant dans British Museum, à Londres. Tout récemment, une seconde stèle avait été retrouvée et avait été placé dans ce temple. Peu de chose était connu de cette stèle sauf que les experts présumaient qu’elle avait été vraisemblablement amenée à Tulum d’une autre location. Je vis le compas s’agiter à mon approche de ce temple, le disque oscillait. Quelque chose dans ce temple le faisait réagir. J’avais l’impulsion d’y forcer mon entrée. Mais avec Saul et tous ces gens aux alentour cela ne serait pas téméraire mais stupide. Dans ce temple se trouvait la clé du mystère du disque de Chibirias mais il faudra attendre plus tard pour le résoudre.

 

Je planifiais déjà de revenir au courant de la nuit avec Saul lorsque le site sera fermé et avec de la chance, déserté.

Je sursautai au son de la voix féminine anglophone subitement tout juste à côté de moi.

Je relevai la tête.

- Lilith ! Je ne t'avais pas vu ! Tu fais parti du groupe ?

- Non, je ne suis pas, comment dire, assez une lève-tôt pour cela. J'ai décidé de venir voir les ruines par moi-même et j'ai pris un taxi. Elle ajouta, curieuse :

- Que faisais-tu ? Cet endroit semble t’intriguer ?

La dernière chose que je voulais étais d'attirer ainsi de l'attention sur moi.

Je repoussai le compas plus profondément d            ans ma poche et sorti ma caméra.

J’improvisai :

- Je changeais les piles de ma caméra digitale. Elles étaient à plat après une heure. Cette chose mange les batteries à un rythme fou !

Je souriais gauchement comme un imbécile.

Lilith restait impassible. Je tentai une autre approche :

- Le point de vue ici est d'une beauté extraordinaire, je voulais m'en faire un souvenir. Tant qu’à y être, accepterais-tu d’être sur la photo ?

Elle se prêta à l'exercice avec le plus grand des plaisirs en imitant les poses de divas top modèles. Elle n’était vraiment pas modeste cette Lilith. Je la photographiai avec les ruines du Castillo et de l'océan comme arrière-scène.

 

Je l’invitai ensuite à se joindre au groupe alors qu'il procédait à gauche vers le Templo del Dios Descendente, le temple du dieu descendant. L’effigie de ce dieu inconnu se retrouvait au dessus de la porte de son temple. J’avais d’ailleurs observé la même effigie sur d’autres structures de Tulum.

Il s’agissait d’un être humanoïde ailé, inversé; j’avais tout d’abord l’impression de me retrouver devant l’illustration d’un ange Maya. En regardant de près la position des jambes et ses mains jointes, la tête par le bas, je n’y voyais rien d’autre de quelqu’un qui plongeait. Il était pour moi compréhensible que même un dieu ne pouvait pas résister à l’appel des eaux de saphirs des Caraïbes plus bas.   Je regardais le dieu encore une fois en pensant à tout ce que Saul avait dit d’Itzamna. Je regardai discrètement mon compas pendant que Lilith regardais ailleurs. Cette structure était à l’opposé de celle qu’indiquait le bacab du disque. Un seul escalier pénétrait dans le temple qui ne possédait que deux bancs sur les cotés et une petite fenêtre sur le mur arrière.

 

Le temple possédait selon les descriptions de Rafale une muraille peinte en bon état montrant différentes divinités faisant des offrandes dans un ensemble représentant le ciel de la nuit, vénus, le soleil combinés à des serpents entrelacés. D’autres murailles originales étaient abîmées mais on pouvait encore distinguer les pigments de couleur originaux. Je présumais que ces murs devaient avoir représenté d’autres scènes impliquant des divinités.

 

La visite se poursuivie à la maison du cenote et Saul nous emmena finalement  au temple du vent qui m’éloignait encore plus du point aligné avec le compas. La voix de Saul était éprouvée. Parler de cet endroit lui était difficile et je savais pourquoi. Je le regardai avec empathie. Il m’avait remarqué. Ce monument se trouve érigé sur une plateforme circulaire, elle-même construite sur une élévation naturelle de la falaise de Tulum. Il était supposé que ce temple était dédié possiblement au dieu Chac, celui qui amenait la pluie, Itzamna le roi du ciel ou Kulkucan le dieu du vent.

 

Saul conclut son exposé en annonçant qu’un projet important venait d'être lancé pour embellir et restaurer Tulum et qu’il y était lui-même personnellement impliqué. Il nous invita ensuite à descendre à la plage et aller se rafraîchir dans l'océan.

J’ouvrai grandement la main et offrit de serrer celle de Saul en le remerciant de cette excellente visite. J'en profitai pour lui refiler ainsi le compas hors de la vue de tous.

- Vous êtes bienvenue Monsieur Michel! répondu formellement mon complice.

 

Je devinai qu'il était intensément curieux de ce que j'avais découvert ici.

J'aurais voulu ajouter un commentaire mais je jugeai plus sage de ne rien dire. Lilith me talonnait de près. J'empruntai les escaliers et descendit à la plage. Je marchai dans le fin sable chaud et déposai par terre mon sac à dos. Deux maîtres nageurs maintenaient la garde. C'était ici que les Mayas d'autrefois amarraient leurs embarcations pour charger et décharger leurs marchandises avant de repartir vers d'autres eaux et territoires lointains.

Un pélican approcha avec ses ailes déployées rasant les eaux sans effort avant de reprendre de l'altitude.  J'enlevai mes vêtements et seulement vêtu de mon speedo, je me lançai dans l'océan. Lilith m'imita et vint me joindre. les vagues y étaient hautes et forte. Je nageai avec elle ce qui sembla lui faire plaisir. Mes deux jeunes italiens s'arrosaient mutuellement et luttaient dans l'eau. Les surveillants sifflèrent pour calmer leurs ardeurs.  Je croisai le regard de Saul qui m'observait songeur depuis la plateforme de l'escalier.  Après la baignade notre guide nous attendait avec une boisson glacée pour chacun d’entre nous et ainsi tous rafraîchis, nous enfourchâmes nos vélos et reprirent la direction de l'hôtel. Lilith pour sa avait prévu d'emprunter un taxi pour rentrer mais Saul lui avait déjà gracieusement organisé un transport pour retourner à l'hôtel. Nous croisâmes un petit groupe de touriste fraîchement débarqué de leur autobus et qui commençait leur visite.  Leur guide salua Saul qui lui rendit le geste tout en souriant chaleureusement. Je n'avais aucun doute que ces gens ressortaient tous absolument émerveillé de ce lieu enchanteur.

Lilith arriva bien avant nous à l'Allure. Elle nous attendait tout près du gymnase ou en fait, plus précisément à vrai dire, c'était moi qu'elle attendait. Je rangeai mon vélo et saluai tout le monde avant de partir.

           

J'accompagnai Lilith jusqu'à sa chambre qui était sur le chemin de la mienne. Elle m'invita à y rentrer.   À ce moment, une femme de chambre l'interpella en lui demandant gentiment si elle avait besoin de service. Elle répondit sèchement "NON" avec une grande irritation ce qui me surprit complètement.  Je remarquai le carton "PLEASE DO NOT DISTURB" accroché à la poignée de la porte d'entrée de sa chambre. Je déclinai poliment son invitation en prétextant que nous étions pour nous revoir de toute façon aux abords de la piscine pour un verre ou deux. Je vis de nouveau son air aimable et composé s'effacer et se remplacer par un masque hideux de frustration. Cela me confirma l'impression que j'avais d'elle depuis que je l'avais rencontré pour la première fois : cette femme était bizarre, très bizarre!

Early morning in Tulum par Tony Cyphert
Mexico first morning par KiBe the Walrus

 

Par A. Saint - Publié dans : récits
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Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 14:45

Je me réveillai en sursaut. Je m'étais assoupi. Je regardai ma montre. Elle indiquait cinq heures quarante. Saul dormais paisiblement étendu sur mes genoux. Je commençai à bouger doucement mes membres ankylosés pour les réveiller.

Je secouai le jeune maya :

- Je crois que nous devrions tenter sortir et s'assurer que nous sommes sauf.

Saul approuva dans un grand bâillement. Je percevais qu'il s'étirait tout près de moi.

J'appréhendais de retourner dans l'eau froide, surtout que j'étais enfin complètement séché et que le contact avec le corps de Saul m’avait gardé au chaud.

- Je vais aller voir si tout est correct et revenir!, annonça Saul.

Son idée ne me plaisait pas. Je lui répliquai fermement :

- Ensemble, tous les deux ou pas du tout !

- D’accord ! répondit Saul quelque peu amusé. Il devait se rappeler d'avoir  utilisé les mêmes mots lorsqu'il avait refusé que l'on sépare dans le temple.

Nous regagnâmes le petit tunnel à contre-courant pour nous retrouver à ciel découvert dans le cenote. Nous écoutions attentivement : pas un seul bruit, pas la seule évidence d'une occupation quelconque. Nous restâmes ainsi jusqu'à ce que le firmament noir prenne une teinte bleue foncée qui s'éclaircissait doucement minute par minute.

Les oiseaux chantaient, la jungle s'éveillait doucement avec l'aurore qui s'annonçait. C'était le signal que Saul semblait attendre. La nature en haut était en paix et nul intrus ne semblait la perturber.

J'aidai Saul à commencer son ascension. Il sortit prudemment la tête du puits et regarda tout autour et me signala que tout lui semblait correct. Je commençai mon escalade. Les surfaces calcaires étaient glissantes lorsqu’elles étaient mouillées mais les irrégularités de la façade offraient de nombreuses prises pour les mains et de support pour les pieds rendant la montée facile.

Il n’y avait évidence de personne, aucun corps; c’était tout comme si rien ne s’était passé. Je fus inquiet pour le Vigil. Je me rassurai en raisonnant qu'un guerrier aussi accomplis avait sûrement lui aussi échappé aux griffes de l'ennemi. Nous regagnâmes le temple. Tout y avait été profané. Je vis Saul aux larmes devant son couvre-chef de guépard qui avait été saccagé et réduit en pièce. Par contre, le jeune Maya retrouva son bâton cérémoniel intact ce qui le consola quelque peu. Nous ramassâmes tout ce qui traînait et regagnâmes le stationnement dans le clair-obscur.

C’était désespérant et attristant de voir la jeep vandalisée, ses pneus éventrés et son contenu répandu partout par terre. Saul était là, il avait les bras baissé et la gorge nouée. Je le sentais dévasté. Je devinais que cette Jeep et ces objets mayas devaient être en grande part ce qu’il possédait de plus précieux.

Je m’approchai de lui et mis mes mains sur ses épaules et tentai de le réconforter.

- Ce ne sont que des choses et les choses se remplacent!

Je sais que c’était une réplique stéréotypée, mais c’étaient les seules paroles auxquelles je pouvais penser.

Il étouffa un sanglot :

- C’est tout ce qui me restait de lui; mon seul héritage de lui!

- Dans ce cas, il faut tout réparer. Fais remorquer ta jeep à un garage, fait-la remettre complètement à neuf. Ne te préoccupe pas des dépenses, je les assumerai.

- Bien non, tu ne peux pas faire cela ! refusa Saul abasourdi.

- Mais oui je peux ! rétorquai-je gravement. Je suis responsable de tout ce qui est arrivé. Je comprendrais aussi que tu veuille abandonner!

Saul assura:

- Absolument pas. Je n’ai pas peur. Je pense que c’est mon devoir, je dois l’assumer. C’est quelque chose que Papah à chercher me dire lorsque je l’ai vu pour une dernière fois.

Il pausa un moment pour éclaircir sa gorge avant d’ajouter :

- Enfin, je veux aussi savoir où tout cela va nous amener.

- Nous ? Tu nous considères maintenant enfin associés ?

- C’est bien ce que je viens de dire.

Je lui serrai la main.

Je pensais qu’une bonne chose est donc venue de tout ce gâchis et quelque chose en moi disais que j’avais raison.

- Parfait dans ce cas laisse-moi m’occuper de ton véhicule. Nous retournerons à l’Allure et de là . . .

 - Oh non !  Le jeune Maya blêmit presque. Quelque chose de nouveau le troublait. 

- Quoi ? lui demandais-je préoccupé.

- L’ALLURE! Je travaille ce matin; je ne peux pas me présenter comme cela.

En effet, tout ce qu'il portait n'était qu'un pagne de coton.

J’étais amusé devant le comique de la situation. Après cette nuit, c'était maintenant tout ce qui le préoccupait; je ne le savais pas aussi fier. Je le rassurai:

- Mais non ce n’est rien ! Nous allons rentrer discrètement, tu prendra une douche et te changeras dans ma chambre.

- Discrètement ? répliqua Saul tout en s'exhibant.

Je devais admettre qu'il avait un point.  

Je parcouru tout ce qui restait, il n'y avait rien pour aider notre situation.

J'enlevai mes sandales, retirai ma camisole que je tendis à Saul.

- Que fais-tu ?  demanda Saul exaspéré et gêné.

- Tu as raison ! Tu ne peux te promener ainsi. Je t’habille ! En tant que touriste personne ne jettera un second coup d'oeil sur moi !

Je lui donnai mon short kaki.

Tout était ample sur Saul mais je devais admettre que cela lui allait quand même. Pour moi c'était tout comme si j'étais en costume de bain; du moins c'est je que j'essayais de me faire croire alors que je savais trop bien qu'un slip reste un slip.

Nous empruntâmes un taxi qui passait et à la suggestion de Saul avons fait une entrée discrète au complexe hôtelier en empruntant la plage. L'horizon est était illuminé, attendant que le soleil fasse son apparition. Fort heureusement, l’Allure était encore endormie et ma chambre était toute proche. Nous empressâmes de pénétrer à l'intérieur. J'invitai Rafale à prendre sa douche et d’utiliser sans gêne tout ce dont il avait besoin. Je le laissai à la salle de bain et en profitai pour commander un déjeuner copieux pour deux. Je ne savais pas pour Saul, mais moi j'avais très faim!

Je lui sélectionnai quelques vêtements propres dans mes affaires, des choses qui étaient trop juste pour moi de toute façon.

Saul m'avais confié le compas maya de Chibirias. C'était bon de retrouver l'artefact ancien de nouveau entre mes mains. J'admirais l'item qui demeurait plus mystérieux que jamais. Ce disque devais me guider vers une mystérieuse citée perdue, mais comment ? C'est vrai qu'il s'agissait d'un compas, mais un compas sans carte n'était pas très utile, à moins que la carte soit sur le disque.  J'étais certain que la clé de l'énigme était dans ces écritures mayas. J'avais la malheureuse impression que Saul ne me disait pas tout ce qu'il savait et qu'il retenait des informations. Je lui faisais tout de même confiance; il me révèlera ses secrets en temps voulu.

J'eu l'idée d'improviser un compas fonctionnel en utilisant le petit pot de verre d'une des pommades de Dominique que je remplis d'eau. Le disque flotta, se réorienta et se stabilisa comme je l'avais vu faire auparavant. Sauf que je remarquai cette fois quelque chose de particulier, un détail qui m’avait échappé jusque là. Je sortis sur mon balcon pour vérifier.

L'astre du jour commençait à se pointer au-delà de l'horizon sur ma droite. Aucune des grandes flèches du disque flottant ne pointait vers lui. En fait, aucune des branches de ce compas ne pointait vers l'est. Un des symboles correspondant aux baccabs pointait exactement à une péninsule à quelque distance au sud de l'hôtel et je savais ce qui s’y trouvait.

Saul sortait de la salle de bain avec une serviette à la taille. Je remarquai pour la première fois la croix tatouée sur son bras gauche au niveau de la manche; une croix qui n'était ni chrétienne ou celtique, une croix Maya dans un style différent de celui du compas.

Je lui demandai :

- Tu fais ta visite guidée de Tulum ce matin ?

- Oui, à dix heures trente comme d'habitude. Pourquoi ?

Je lui montrai le soleil levé, le compas. Je lui montrai le bacab et pointai dans sa direction, tout droit sur les ruines de Tulum. Il compris immédiatement.

Les yeux de Saul s'écarquillèrent, incrédule. Il ne pouvait le cacher, cette révélation était pour lui fondamentale.

Le déjeuner arriva. Tout en brisant la croûte, Saul raconta avec enthousiasme que Tulum est un des sites les plus sacrée pour les mayas.

Les vraies origines, la nature et l'antiquité de Tulum demeurent enveloppées dans le mystère. La fondation originale de Tulum remontait à au moins trois cent ans avant Jésus Christ. Les mayas croyaient que Tulum a été relié à Cobá, Uxmal, Chichen Itza et avec d’autres cités Mayas par une route céleste appelée « san cuxan » c'est-à-dire « corde vivante ».

Aujourd'hui, en raison de la nature sacrée de l'emplacement au Mayas, il n'y a aucune nouvelle excavation permise sur le site bien qu'une découverte accidentelle y ait été faite il y avait quelques mois, l'été dernier. 

Saul me confia que Papah y avait dédié toute sa vie. Comme d'autres Mayas qui sont de plus en plus rare il s'y adonnait à différentes cérémonies et prières. Je compris que Tulum était comme les autres sites Mayas que j'avais visités; il ne s'agissait pas d'une ville d'habitants mais d'un grand complexe religieux. 

D'après ce que Saul racontait, Tulum semblait avoir été établie pour honorer le grand Dieu descendant et pour servir de centre de formation d'instruction à la croyance et au culte de ce Dieu. Il y avait des évidences pour suggérer que le Dieu descendant puisse être associé à, ou soit le Dieu Itzamna lui-même.

Par exemple, Saul cita un l'historien du XVIIème siècle nommé Lizana qui avait écrit : « le roi ou le faux Dieu Itzamna, a été représenté par les Indiens sous forme de main et ils disent que les malades et les morts lui ont été apportés et que Dieu les a guéris en les touchant avec sa main. ». 

Saul avait eu la chance d’avoir vu par lui-même des fresques associées au culte divin dans le temple des inscriptions. Il lui était clair que si Dieu descendant est Itzamna, le complexe de temple a été employé pour instruire que ce dieu était le dieu de tous les dieux et de l'être suprême de la création.

Tulum est toujours resté au coeur du monde maya selon Saul. Tulum avait été le dernier avant-poste Maya du Yucatan. Les Mayas l'avaient cédé à contrecœur au gouvernement mexicain en 1935. La ville avait été aussi occupé par les dirigeants du rébellion maya de la guerre des Castes et du culte de la "Croix parlante" vers la fin du dix-neuvième et le début du vingtième siècle. Je me rappelais que Saul avait brièvement mentionné cette guerre lors de notre voyage à Cobá.

Il était encore trop tôt pour aller aux ruines de Tulum. Saul s'habilla et me laissa car il devait se rapporter à l'hôtel et commencer à réunir les gens intéressé à visiter les ruines. Je devais donc patienter. Nous avions convenus de nous retrouver à ma chambre ce soir, lorsque Saul aurait terminé son travail d'animateur.

 

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Par A. Saint - Publié dans : récits
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Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 14:37

Je me rendis à l’autoroute discrètement et commençai à marcher en direction de Xel-Ha. J’attrapai un taxi communautaire au passage. Il me déposa quelques kilomètres au Nord du parc. Je continuai à pied la distance restante en m'assurant de ne pas avoir été suivi. Le disque solaire écarlate était bas et bientôt s'effacerait sous les arbres de la forêt  pour laisser place à la nuit. Je remarquai la jeep de Saul stationnée à l'entrée du parc archéologique déserté. Je me rendit au véhicule et regardai les environs. Saul devait être dans le parc quelque part dans ces ruines. Je m'avançai au-delà de la billetterie déserte.

Une voix sévère me fit sursauter:

- Je suis désolé Monsieur mais le parc est fermé: Si vous voulez visiter, vous devrez revenir demain aux heures d'ouvertures. Le site archéologique est ouvert tous les jours de huit heures le matin à cinq heures de l'après-midi.

Jeme retournai pour me retrouver devant l'intendant des lieux, un maya lui aussi, aux cheveux poivre et sel. Je devais incliner ma tête pour le regarder dans les yeux car il rejoignait à peine mes épaules.

- Je ne suis pas ici pour visiter lui expliquais-je. Je suis ici pour rencontrer Saul, c'est sa jeep dans le stationnement.

L'homme changea d'expression et me sourit:

- Ah! Suivez-moi, Ahulane Kin Balam vous attend.

Ahulane Kin Balam? Ce nom me semblais Maya; s'agissait-il de Saul?

Le préposé me tendit la main:

- Il y a un frais d'entrée de 28 pesos, Monsieur.

Le parc était fermé pourtant il demandait sans doute la somme par routine et formalité. Je lui donnai son argent, soit l'équivalent de trois dollars qu’il mit directement dans sa poche.

- Je me nomme Reyes Monsieur.

- Je m'appelle Marc-Antoine.

Je lui offris ma main. Il me la serrant me permettant de remarquer une croix tatouée sur son dessous d’avant bras gauche.

- Vous avez déjà visité Xel-Ha? me demanda- t'il.

Je lui admis que non, mais que j'avais déjà parcouru les ruines de Cobá et Chichen Itza.

- Dans ce cas, je vais vous guider assura le préposé.

 Tout en marchant, il m'expliqua que Xel-Ha, qui se prononçait « kchel-ha », ce qui signifie «là où naît l’eau». Il s’agissait du plus grand lagon de la côte Est de la péninsule du Yucatan, Dans la civilisation maya, ces lagons étaient considérés comme sacrés en raison de leurs grottes et cenotes donnant accès à des rivières souterraines d’eau douce.

«La légende raconte qu’après le grand Déluge, les dieux mayas mirent en commun leurs talents pour créer en pleine jungle un endroit qui rassemblerait toutes les merveilles des Caraïbes. Pour prendre soin de ce paradis terrestre, les dieux désignèrent un iguane (gardien de la terre), un poisson (gardien des eaux) et un perroquet (gardien du ciel)».

L'intendant du parc me raconta aussi que Xel-Ha était considéré à tort comme un site archéologique mineur. La ville contenait un cenote, des murales, un sacbe, un temple. Malgré le petit nombre de ruines accessibles, il m'expliqua que le site de Xel-Ha est important pour plusieurs raisons.

Par exemple Xel-Ha  avait un âge vénérable. La citée a été fondée au environ du premier siècle et avait été continuellement occupée jusqu'à la venue des Espagnols. Elle s’est développé entre les années 400 et 700 et devint un port de première importance entre le septième et douzième siècle en raison de son grand lagon naturel qui en faisait un excellent site d’accostage. Dans le port maya du lagon de Xel-Ha transitaient des bateaux remplis de marchandises convoitées tel que le miel, l’obsidienne, le jade, la noix de coco, les textiles, les plumes, le coton, le cacao et les épices. Avant de reprendre la route, les navigateurs mayas se rendaient dans une cenote afin de faire une offrande à la déesse Ixchel, la déesse de la lune et des marées, pour qu’elle puisse guider et protéger leurs embarcations durant leur périple en mer.

La mention du nom de la déesse renouvela mon courage. Je voulais tellement la retrouver, ma « Ishell ».

Reyes continuait sa présentation :

La ville était un centre régional d'importance lorsque Tulum était habité par les flottes marchandes en raison de sa proximité du centre politique et économique de Cobá. Le site de Xel-Ha a été bouleversé lors de tracé de l’autoroute et son magnifique lagon bleu s’est transformé en un parc nautique naturel en 1994.

Ces propos m’intriguèrent. Les mayas possédaient une flotte marchande? Des Mayas qui étaient des marins? Saul avait mentionné quelque chose dans ce sens sur le chemin menant à Cobá.

Je commençai à apercevoir les ruines de pierres ensevelies dans la sombre jungle luxuriante.

Reyes en profita pour m’expliquer que les édifices de Xel-Ha étaient répartis entre trois groupes.

Le groupe de Lothrop a été construit tardivement dans l’histoire de la ville aux environs des années 1200 à 1500. Il a été nommé ainsi en honneur du chercheur qui a été le premier à étudier le modèle architectural de postclassique maya de la côte est du Yucatan. Il est constitué de structures variées identifiées comme étant des résidences et des tombeaux en pierre. Une de ces structures est remarquable par ses formes arrondies uniques dans toute la ville.

Le groupe de Pajaros, c’est à dire des oiseaux, inclut les édifices les plus élevés du site qui sont visible depuis l’autoroute. La structure principale est un palais qui bien que partiellement détruit par la construction de l’autoroute pendant les années 1970, contient toujours de beaux muraux montrant une variété d'oiseaux et l’illustration d’un dieu rappelant Tlaloc célébré au Teotihuacan. Il y a un échiquier de couleur sur un mur aux carrés de couleur rouge, gris et jaune. Il y a aussi l’image peinte d’un personnage datant  des années 300 à 600 démontrant bien d’autres aspect de l’influence de la cite de Teotihuacan au nord du Mexique.

Le groupe des jaguars, où Ahulane Kin Balam nous attendait, comporte cinq structures dont le style architectural ressemble à celui de Tulum. L’édifice le plus important du groupe des jaguars a été baptisé la Casa del Jaguar (la maison du Jaguar) qui était utilisé pour des activités cérémonieuses. Le bâtiment doit son nom à la peinture d'un jaguar descendant qui représente le dieu du maïs ainsi descendu du ciel sous la forme d’un félin sacré. Reyes m’avertit que cette section de la ville avait quelques trous profonds causés par l’effondrement de la couverture d’un vaste système de cavernes et de rivières souterraines qui se déversaient dans l’océan, formant effectivement de minis cenotes.

Par sa forêt, Xel-Ha me laissait la même impression que celle de Cobá, celle de marcher dans le monde Maya vierge avant la venue des espagnols. La lumière du crépuscule s'éteignait en laissant place aux ténèbres. Il me laissa au pied d’un petit bâtiment rectangulaire dont l’entrée était supportée par larges colonnes de pierres et qui était entouré d’arbres et de ruines de pierres ravagées. Le bâtiment était éclairé de l’intérieur par la douce lumière orangée de torches ou de bougies.

- Il vous attend! me dit Rayes tout en m’abandonnant.

Je montai, les quelques marches au la maison du jaguar et pénétrai dans le temple. J’eu l’impression de me retrouver devant une autre vision. Saul était méconnaissable. Il portait un costume cérémoniel maya. Il était habillé d’un pagne de coton ajusté à sa taille, de colliers contenant de la jadéite, de l’obsidienne, de la turquoise ainsi que des perles et coquillages. Ses boucles d’oreilles et ses bracelets étaient splendides et impressionnants. Il avait une fourrure de jaguar à ses pieds. Les protège chevilles couvrant ses pieds étaient également taillé dans la peau d’un jaguar. Son couvre-chef était de plus impressionnant : il avait la forme de la tête du jaguar élaboré dont les yeux brillants étaient des pierres turquoises, le tout surmonté par un éventail longues plumes vertes iridescentes. Il portait dans sa main droite un sceptre. Tout ce qu’il portait me semblait très ancien, des antiquités.  C’est ce que je vis derrière lui qui me bouleversa complètement.  J’oubliai presque Saul et étendit ma main derrière lui, vers des empreintes sur le mur, trois empreintes de mains rouges. Des mains rouges ici tout comme celles que j'avais vu à Chichen Itza.             Il n’y avait pas de hasard. C’était une pour moi à la fois une révélation et une confirmation.

Ma réaction désempara Saul. J’essuyai des larmes qui coulaient sur mes joues et réprimais un profond sanglot. La vue de ces mains rouges m’avais surpris et complètement déstabilisé émotionnellement.

Saul ne savait comment réagir. J’avais la distincte impression que je venais de bousiller tous ses plans. Je commençai par lui expliquer ce qui m’était arrivé l’an dernier.

Je vis son visage s’adoucir et montrer une grande compassion. Il  devint triste. Il me confia que lui aussi avait perdu un être cher, il y avait deux mois de cela seulement. Il s’agissait de celui qu’il avait considéré comme son père adoptif, un prêtre Maya surnommé « Papah » ce qui voulait dire « Pape » en langue Maya du Yucatan. Il était décédé dans un récent ouragan.

Tout esprit de confrontation s’était ainsi sublimé, il ne restait que de la sympathie entre nous.

J’entamai la conversation :

- Ahulane Kin Balam est ton nom Maya?

- Oui, c’est le nom que Papah m’avait choisi. « K’iin » signifie « soleil ou jour », « B’Alam » se traduit par « jaguar ou protecteur » et Ahulane est le nom d’un guerrier et héro Maya de Cozumel. Lorsque j’ai été baptisé en tant que chrétien, le Curé a choisit le nom de Saul puisque l’on ne connaissait pas mon nom indigène. J’étais alors un bébé amené en tant que réfugié à la suite du massacre de ma famille au Petén. J’étais un survivant parmi quelques autres des répressions du gouvernement guatémaltèque contre les indigènes de son territoire. J’ai eu la chance d’être adopté par une famille aisée et de recevoir une éducation en Californie. C’est à la suite de ma rencontre avec une femme maya extraordinaire, Rigoberta Menchú Tum, que j’ai décidé de revenir ici et assumer mon héritage en tant que Maya et d’aider mon peuple.

Je reconnaissais le nom de Rigoberta Menchú Tum qui m’avait déjà été mentionné en association avec la communauté inuit, notamment pour la défense de leurs droits et la promotion de leur culture. La révélation de Saul sur son passé me toucha.

Je lui commentai :

-  Ton nom Maya te décrit bien, il est très approprié, surtout dans ton costume et dans cet endroit.

Cela visiblement l’embarrassa un peu.

- C'est ainsi que Papah m'a nommé.

Il s'éclaircie la voix et prit un ton plus solennel.

- Je t’ai demander ici pour une raison. Je voulais t’expliquer un peu pour la pièce que tu m’avais montré. Elle est intiment liée l’histoire des mayas, c’est un des derniers véritables héritages sacrés qui leur reste car tout le reste a déjà été pillé et volé ....

Je le rassurai :

- Je sais et je le comprends. Je ne suis pas intéressé par aucun gain, seule la sécurité d’une femme, Ishell importe pour moi. Et je ne crois pas non plus qu’il s’agisse de profit pour elle,  je sais que cela est quelque chose pour laquelle elle a risquée sa vie et c'est quelque chose que je dois continuer et accomplir pour elle.

- Je te crois. J'aimerais te répondre et tout t’expliquer. J’aimerais te révéler des secrets mais ce sont des secrets que j'ai solennellement juré de protéger et de ne pas révéler à personne d’autre qu’un autre maya et cela sur ma vie et mon âme. Tu as démontré une âme vaillante et généreuse mais tu n’es pas maya. Je devrais te dire que tu as fait tout ce que tu pouvais faire et que ton implication doit s’arrêter ici.  Mais ce n’est pas à moi à décider de cela.

J’étais nerveux et anxieux de ce que Saul avait dit jusqu’ici. Qu’importe ce qu’il me voulait, jamais je n’abandonnerais Ishell !

- Que veux-tu dire ?

- Ce curieux perroquet, longtemps considéré comme un symbole d'Itzamna par mon peuple, m'a dit que "tu était son homme et qu'il se préoccupait de cet homme". Il a même ajouté que "c'était bien, qu'il était heureux" lorsque j'ai accepté de te rencontrer. Je ne sais pas pour toi, mais il est rare qu'un perroquet s'adresse à moi de façon intelligente en langue maya Yucathèque.

Cela me fit sourire. Ce perroquet s'ajoutait aux nombreux mystères qui me confrontaient depuis ma rencontre d'Ishel.

Saul repris:

- Tu désires des réponses et moi aussi. Je propose que nous fassions une cérémonie maya dans laquelle toi et moi  adresserions nos questions. Il est traditionnel pour les mayas de demander la permission aux dieux avant de s’engager sans une certaine activité afin de vérifier de s’assurer qu’ils leur soient favorables et charitables et de leur demander aussi leur protection afin qu’aucun malheur ne soit fait à ceux qui nous importent.

- Les Inuits font des rituels pour les mêmes raisons. Je suis d’accord, je te fais confiance !

- J’ai préparé tout ce qu’il faut pour le rituel et j’ai spécialement choisi ce lieu.

Il étendit tous ses objets pour le rituel, incluant des bougies, des fèves de cacao, des gourdes, de l’encens, des petites pierres de quartz et de turquoise, du charbon, des plans de maïs feuillus, une croix et un poignard. Ce dernier item m’inquiéta particulièrement.

Il avait déjà érigé au centre du temple une petite plateforme de bois devant lui servir d’autel. Cette petite table incorporait des plans de maïs ainsi qu’une croix de bois parfaitement orientée avec les points cardinaux. Il avait attaché les longues feuilles des plans de maïs qui se joignaient au sommet de la croix  au dessus de l’autel et sur lequel où il plaça ses treize petites pierres avec soin.

Je vis le jeune maya pratiquer des activités spirituelles solennelles vieilles de deux millénaires ou peut-être plus.  Saul alluma une pièce de charbon et plaça l’encens de Copal dessus. La fumée irritante s'éleva dans la caverne pour la première fois depuis peut-être mille ans. Je reconnu son odeur; le shaman qui m'            avais soigné avait fait brûlé le même encens.  Ahulane Kin Balm installa les bougies dans les quatre coins du temple et sur l’autel.

Il plaça des récipients à chacun des coins du temple et en son centre qu’il rempli de sacrifices incluant un épi de maïs, une fève de cacao, du pain, des encens, une turquoise, de l’eau du cenote et un verre de vin de miel. Je compris que tout ces sacrifices étaient dédiés à chaque pawahtuns/bacabs cardinaux dont il m'avait parlé.

Saul m’expliqua que l’autel qu’il avait monté était connu sous le nom de ka'an te' ou "ciel en bois" et qu’il représentait le cosmos. Les feuilles attachées ensemble symbolisent l’arche voix lactée dans le ciel nocturne et les 13 cristaux qui y sont suspendus représentent chacune des constellations du zodiaque Maya ou encore chacun des cieux mythologiques.

Il m’offrit à boire après avoir pris lui-même quelques gorgées de sa gourde.

Il m’indiqua qu’il s’agissait de la boisson rituelle du balché. C’était absolument écoeurant, on aurait dit un sirop de réglisse noire concentré et alcoolisé. Il m’offrit de laver le mauvais goût avec un grand verre de aguardiente, une eau-de-vie de canne à sucre qui me rappela le rhum que je calai d’un coup.

Il commença ensuite sa prière qu’il m’invita à répéter après lui :

- Tiox, Saint Monde, Mère du Monde.

Protège ceux qui sont ici, purifie ces lieux et relâche les âmes qui résident ici et qui veulent partir!

Itzamna, Ix Chel, Kukulkan, Chaac entendez nos appels, accepter nos offrandes et nos mains ouvertes, guidez vos enfants dans l’autre monde! 

Il prit le poignard qu’il plaça sous la flamme de la bougie avant de se passer la lame dans la paume de sa main en créant une plaie ouverte. Il laissa le sang couler dans le bol. Il m’offrit le poignard. Je compris que je devais l’imiter. Sans hésitation je me coupai et laissa mon sang dégoutter dans le bol. Il me prit la main, et plaça sa coupure saignante sur la mienne. Je comprenais la communion que cela présentait. J’ajoutai ma deuxième main sur la sienne.

- Il ne sera plus jamais dit que tu n’as pas de sang maya affirma Saul fermement. Ton sang est mêlé au mien à présent.

Il expliqua que la saignée était un rituel propre au Maya qui remontait à l’antiquité. Les Maya ont toujours cru que le cadeau de leur sang aux dieux était crucial à leur bien-être et que c’était de retourner une partie de sa vie à ceux à qui ils devaient leur existence. Il ajouta malicieusement qu’un homme typiquement perçait son pénis pour ce rituel mais puisque que puisque c’était ma première fois, il m’avait facilité les choses.

Je le dévisageai et ne pouvais dire si il plaisantait ou non .

Saul trempa ensuite un papier dans notre sang mêlé qu’il alluma ensuite avec une bougie de l’autel avant de le joindre avec l’encens brûlant. Il compléta son incantation :

- Itzamna, Ix Chel, acceptez l’offrande de nos forces vitales et du copal, complétez le cycle de l’Itza, faites que la magie qui émane de vous passe par nous pour que le cycle de la vie soit complet. La vie et tout ce que vous nous avez donné nous vous remettons pour que le cycle soit complété!

Je fermai mes yeux, ajoutant ma propre prière silencieuse pour Ishell. J'implorai tout les dieux mentionnés par Saul afin qu'elle soit saine et sauve.

"Ishell, où que tu sois, je pense toujours à toi!"

J'ouvrai les yeux. Pour moi, ce fut soudainement comme si tout se volatilisa, l’univers entier s’effaça. Il n'y avait plus de Saul, de temple, de terre ou de ciel; il n'y avait que cette étrange brume argentée éclairée de lumières chromatiques blafardes et lointaines.

Je n'avais aucun repère dans cet endroit bizarre; je ne me sentais nul part et ailleurs comme dans un rêve réveillé. Curieusement je n'étais pas effrayé. La sensation me rappelait mon expérience de Chichen Itza. Je ne me préoccupai pas plus de ce qui m'arrivais; je ne sais comment l'expliquer mais je sentais Ishell tout près. Elle souffrait, non pas que j'entendais ses plaintes mais je ressentais chacune de ses douleurs me transpercer le coeur.  

Je l'aperçu dans la distance recroquevillée; elle semblait entourée d'énormes vautours d'ombre, l'encerclant et la tourmentant. Un grand chien noir était devant elle, tel un gardien tentant de repousser les attaques des rapaces. Les vaillants efforts de la bête étaient vains, ce trio de monstres étant trop rapide et vicieux pour qu'à elle seule elle réussisse à les arrêter. Je pensai à me rapprocher et instantanément je me trouvai amené à elle.

Je fut horrifié de réaliser que les horreurs qui agressaient Ishell avaient des têtes et des poitrines humaines difformes greffées sur des corps de rapaces géantes. Deux de ces monstres étaient féminin, un était masculin.

J'appelai Ishell et criai de toutes mes forces; elle ne réagit pas. Par contre le chien me fixa aussitôt.

Il me voyait ! Ce qui voulait dire que je devais avoir aussi attiré l'attention de ces chimères hideuses. Ils ne tardèrent pas à réagir et planèrent vers moi. J'étais sans défense et à découvert, il n'y avait  aucun endroit où se cacher en ces lieux étranges.

A son passage, une de ces créatures m'écorcha mes bras qui couvraient ma tête avec ses griffes tranchantes d'obsidienne. J'évitai de justesse le coup de massue de l'autre démon, un coup d'une telle force qu'il aurait pu me fracasser le crâne. De ces créatures émanait un horrible ricanement. La troisième de ces créatures tentait d'agresser Ishell armée d'un fouet, mais le chien bloqua ses attaques en utilisant son propre corps comme bouclier pour la protéger. Ishell ne montrais aucune réaction, elle me semblait absente, complètement rabattue, déconnectée de l'enfer qui l'entourait. J'étais désespéré, tout ce  que je désirais était de la prendre dans mes bras et de la protéger contre ces monstres sadiques. Les harpies me revenaient pour un second assaut. Ma douleur et mes blessures sanglantes démontraient que ceci n'était pas une simple hallucination induite par le rituel. Pourtant ici rien ne pouvait être réel, tout ceci ne pouvait qu'être généré par mon esprit. J'étais de corps toujours avec Saul dans le temple de Xel-Ha, c'était ce qui était la réalité. Si j'avais raison, je devais être capable d'influencer cette vision de la même façon que l'on peut parfois consciemment influencer un rêve. J'avais survécu à un ours polaire, je n’étais pas pour me laisser abattre par d'affreux moineaux.

 

Je me forçai à me concentrer. Je devais me défendre, j'avais besoin d'une arme.

Rien ne se produit.

Je refusai de paniquer. Je priai les dieux mayas cette fois de m'aider. Je me forçai à relaxer, à oublier les harpies qui venaient. J'essayai de visualiser une arme contre elles. Toute mes pensées, ma volonté et mon énergie étaient concentrées sur l'évocation de cette arme.

Je trouvai devant moi une épée de métal bleue plantée au solqqq.  J'étais déçu: j'aurais préféré une arme automatique ou même un bazooka dans les circonstances.

Je saisi l'épée, elle était légère, bien équilibrée.  Elle me sembla immédiatement une extension naturelle de mon bras. Sa fine lame de métal bleu était bien effilée et faisait plus d'un mètre. Son pommeau se terminait par un grand oiseau évoquant un grand phénix.  J'avais l'impression de connaître déjà cette épée mais je ne me rappelais pas d'où et comment. Peu importe, les harpies étaient à portée.

Je manquai la première d'entre elle mais mon épée réussit à la maintenir en respect. Elle tentait de me distraire et me faire oublier mon autre assaillant, mais je n'était pas dupe et j'était prêt lorsqu'il fondit sur moi. Je pivotai et l'épée frappa.  Je tranchai son bras qui tenait la masse. Ensuite, d'un second coup la lame le coupa profondément, sans aucune résistance, du menton au bassin. Il s'écrasa dans une flaque grandissante de liquide noir visqueux et nauséabond. L'autre monstre attaqua de façon désespérée à la vue de son complice mort.  Elle rencontra ma lame. D'un geste vif, je la sectionnai complètement en deux parties, de la tête au bout de ses pattes. Finalement, je réalisai que cette épée faisait une arme plus que convenable.

Je m'avançai vers le dernier monstre qui restait. Elle grimaça en m'attaquant avec son fouet. Elle réussit à me frapper. La morsure du fouet était impitoyable et la brûlure persistait longtemps comme si il avait été enduit d'un acide. Elle claqua son fouet de nouveau. Je saisis le fin cordon de cuir au passage et tirai avec force dessus et lui arrachai le fouet de ses mains. Elle chargea sur moi, je redressai mon arme. Dans son élan, elle s'empala sur ma lame. Je lui retirai mon épée de ses entrailles et l'achevai en lui tranchant sa tête qui roula vers des serpents qui jaillissaient par-delà le rideau de brumes. Ils étaient partout; j’étais entouré de serpents, des serpents hideux aux grands yeux noirs et globuleux, des serpents avec le visage difforme des Wayobs. Certains d'entre eux étaient énormes, d'autres larvaires. Ils étaient une légion; ils étaient trop nombreux pour que je puisse me défendre. Je n'abandonnai pas pour autant; je me rapprochai d'Ishell, mon épée levée prêt à la défendre jusqu'au bout. Mon épée avait été remarquable jusqu'ici. Dans un éclair de compréhension, je la reconnue enfin. Ce n'était pas une épée mais une croix, la même que sur le disque qu'Ishell m'avait laissée; la croix que Saul avait associé à l'arbre de vie.

Les choses ici pouvaient être des représentations symboliques comme dans un rêve. Lors de cette réalisation, treize symboles se révélèrent sur mon épée qui se mit à pulser d'une lumière bleue de plus en plus vive. Je remarquai que les serpents-Waylobs hésitaient, ils avaient stoppés leur avance. Je plantai l'épée devant moi qui explosa dans une grande étoile bleutée éblouissante. Je vis la lumière déchirer les démons d'ombres, les réduisant tous au néant. Il ne restait rien des Wayobs. Le voile de brume s'estompa révélant un magnifique cosmos constellé d'une infinité d'astres brillants. Ishell et moi reposions sur un chemin de lumière formé d'étoiles microscopiques. La paix était revenue dans cette dimension étrange. Je voulais joindre Ishell mais avant je devais passer son gardien. Je m'avançai doucement les mains ouvertes devant le puissant canin. Il me fixait intensément semblant m'évaluer. Je m'arrêtai tout près et m'abaissai. La bête vint à moi et me sentit et apparemment satisfaite, disparue à ma plus grande surprise. Elle s’était volatilisée devant moi!     

Je m'empressai de rejoindre Ishell. Elle ne réagissait toujours pas. Elle était blessée. Elle avait des ecchymoses et des plaies ouvertes partout sur son corps; ils l'avaient battue et torturée. Cela me révolta, mais je me calmai, je devais avant tout prendre soin d'elle. Je la pris doucement dans mes bras, je la serrai contre moi tentant de la réconforter avec toute la tendresse dont j'étais capable. Je réalisai alors à quel point j'étais en amour avec cette femme: je ferais tout pour elle, je sacrifierais ma vie afin d'assurer la sienne. Je lui donnerai toute ma force et ma santé si cela pouvait la guérir. Je pleurais, elle restait catatonique malgré mes soins et ma présence. Je sentais mes larmes ruisseler sur mes joues. Je pris ses mains froides inanimées et les amenai sur mon visage. Elles se mouillèrent avec mes pleurs. Quelque chose de merveilleux se produisit alors: les plaies causées par le fouet de la harpie se refermèrent, sa peau se répara et les meurtrissures sur son beau visage s'effacèrent. Ishell ouvra les yeux enfin. Elle était terrorisée.

- Non par pitié pas une autre déception, je n'ai plus la force. . .

Je posai mes lèvres sur les tiennes et l'embrassait. Son expression changea du désespoir, à la surprise et à la joie.

- C'est toi, vraiment toi! gloussa-t-elle. Par Alagom Maon, la mère de l'esprit, cela impossible!

Je lui souris.

-C'est bien moi, je t'ai retrouvé enfin!

- Par quel prodige? Tu m’as guérie. Comment est-ce possible?

Je ne dis rien: j'en avais pas la moindre idée.

Je lui demandai:

-Dis-moi quel est cet endroit? Où sommes-nous? Ces choses qui t'attaquaient qu'étaient-elles?

Elle se releva.

- Nous somme dans le monde de Naum, où subsistent l'esprit et la conscience. Je m'étais réfugiée ici  pendant qu'ils me questionnaient dans ton monde mais ils m'ont retrouvée et piégée. Ils ont tout fait pour me faire parler mais nulle parole ou même pensée de ma part ne leur a révélé quoi que ce soit. Ces choses, comme-tu les appelais, étaient des Tecumbalams et Camulatzes. Tu les as détruits mais je ne comprends pas comment.

Elle me regarda dans les yeux.

— Tu n’es pas un homme ordinaire pour avoir fait tout cela!

— Je suis bien ordinaire, lui assurais-je. Je la pressai :

— Maintenant, reviens avec moi!

— Tu ne comprends vraiment pas, je ne suis ici qu'en pensée tout comme toi. Nous sommes dans un songe partagé! expliqua Ishell.

Mais ne soit pas inquiet pour moi, tu m'a guérie, tu m'as donné ta force et je les défierai et leur résisterai plus forte que jamais jusqu'à la mort!

Ce qu'elle disait me choqua au plus au point.

-Non, tu ne peux pas mourir!

Je la saisie par les épaules et lui assurai:

- Ecoutes-moi, où que tu sois, je te retrouverai et te sauverai tout comme je l'ai fait ici!

- Tu ne le dois pas! répliqua fermement la jeune femme. Je ne doute pas que tu en sois capable, mais la tâche qui reste à accomplir est plus importante que tout, que toi et moi! Tu dois le faire pour qu’un nouveau soleil brille sur les tiens et les miens et qu'il y ait un avenir pour nous tous!  Jures-moi que tu le feras, autrement nous aurons tous soufferts et tout sacrifié pour rien et tout sera perdu!

Jure-le-moi! insista-t-elle.

Il m'était clair que pour Ishell sa mission était cruciale et d'une importance fondamentale. Après tout ce que j'avais vécu, je ne pouvais douter qu'il s'agissait de quelque chose de primordial.  Je partageais sa passion, son angoisse tout comme notre première rencontre. Je la sentie soulagée lorsque je lui répondit à contrecœur:

- Je te le jure!

J'ajoutai avec résolution:

- Mais je ne t'abandonnerai jamais non plus!

- Je le sais! souffla t’elle.

Ishell ajouta:

- Tu pourras compter sur Ah Hulneb, mon Vigil qui sera aussi désormais le tien! Si il hésite, tu lui diras que Chibirias, son Akna lui a demandé!

- Ton nom est Chibirias, ce n'est pas Ishell?

(J'aurais vraiment voulu lui demander aussi ce qu'était un "Akna", mais je n'osai pas)

Elle se nomma solennellement:

-Oui, je suis Chibirias, de la lignée de Ix Chel.

Je me sentais si humble devant elle. J'en perdais presque tous mes moyens tellement elle me faisais de l'effet même ici dans un rêve. Je lui répondis simplement comme si je voulais l'impressionner à mon tour:

- Moi je suis Marc-Antoine, Marc-Antoine de la lignée des Michels. . .

Elle me salua. C'était bien de connaître enfin nos noms respectifs, mais il s'agissait de futilités, il y avait des choses plus urgentes à régler. En fait, qu'attendait-elle de moi  exactement?

Je lui demandai:           

- Explique moi ce que je dois faire?

- Tout ce que je sais avec certitude, expliqua-t-elle, c'est que l'objet que je t'ai confié doit servir de guide et te mener aux gardiens que tu dois réveiller. Ces gardiens te montreront  le chemin vers un lieu oublié de tous depuis longtemps, un lieu des plus sacré, le lieu du temps perdu et de l'ancienne sagesse...

Elle s'arrêta brusquement. Elle était alarmée.

- Tu n'est pas seul!

Elle fut comme moi choquée de voir  le petit vieillard surgir de derrière moi. Je le reconnu aussitôt: le shaman inuit qui m'avais soigné. Que faisait-il ici? Il était mort!

Il s'excusa tout bonnement auprès Ishell et mis sa main sur mon front en m'ordonnant:

- Réveille-toi!

-Réveille-toi, bon sang!

Je me sentais violemment secoué. J'ouvris les yeux, j’étais complètement désorienté.

Saul! J'étais de retour avec Saul. J'étais immensément triste; Chibirias, ma Ishell, je t'avais de nouveau perdue!

- ¡Alerta! ¡¡Alerta!!  me criait une voix rauque dans les oreilles.

Sortant de ma torpeur je regardai la masse de plume écarlate qui me criait dans les oreilles.

Le perroquet?

Je m'apprêtais à me redresser mais Saul me força à rester par terre.

Il expliqua nerveusement:

- Nous ne sommes pas seuls, il y a beaucoup de gens qui nous attendent dehors.

Je lui pris l'épaule. Je lui annonçai avec joie:

-J'ai vu Ishell, je veux dire Chibirias! Elle est vivante, nous devons la retrouver!

Il me regarda incrédule. Il me dit sévèrement:

- Réveille toi! Ce n'était qu'une hallucination! Tu n’es allé nul part! Tu es resté ici tout le temps! Tu as mal réagit à la balché; il n'y avait pas moyen de te réveiller. Mais comment as tu pu te blesser ainsi?

Il montra ma main à la peau boursouflée et brûlée à l'acide, les blessures causées par le tracé des griffes sur mes bras,  mon front et cuir chevelu qui saignaient abondamment.

Méchant délire de ma part! Je savais ce que j'avais vu et vécu, mais ce n'étais pas le temps d'argumenter avec Saul.

- Ils sont ici pour le disque, il ne doit pas tomber entre leurs mains!

Le jeune maya était parfaitement en accord avec moi.

Je lui demandai:

-Tu connais cet endroit mieux que  personne, tu as une idée de comment leur échapper?

Saul ne me répondit pas. Il semblait complètement dépourvu et dépassé par les évènements.

Je lui suggérai:

- Je servirai de distraction; tu te sauveras avec le disque.

Il ne me dérangeait pas de me sacrifier; si ils me capturaient, ils m'amèneraient sans doute à l'endroit où ils gardaient Chibirias prisonnière et nous serions de nouveau ensemble. Rien d'autre ne m'importait.

-Non, répondit fermement Saul en rejetant mon plan. Tous les deux ensemble ou pas du tout!

Un grand guerrier sauvage, à la puissante musculature armé d'une lance et d'une arbalète de métal au poignet fit irruption dans le temple. Il terrorisa Saul qui recula et leva son bâton pour se défendre. Si je ne l'avais pas reconnu immédiatement comme étant l'homme qui m'avait auparavant aidé à Paya de Carmen, j'aurais également été effrayé. Le Vigil d'Ishell venait de faire son entrée.  Il était à l'affût comme un fauve féroce.

Le perroquet s'envola pour aller le retrouver et se percha su son épaule. L'homme montra qu'il était heureux de revoir l'oiseau et lui flatta délicatement la tête. Il nomma l’oiseau « Mo’k’ak ». Il ne dit rien d’autre.

Je brisai le silence.

Je m'adressai d’abord à Saul :

- Laisse-moi te présenter Ah Hulneb, le Vigil de Chibirias d'Ishell.

Le Vigil sourcilla devant la mention de son nom. Il ne sembla pas pour autant surpris.

Saul le regarda incrédule.

Je lui assurai:

Il est ici pour nous aider!

Le Vigil me coupa la parole.

- Toi je te connais déjà! Tu es du peuple de l'Itzam Nah! reconnu t’il en saluant Saul. S’adressant ensuite à moi il commenta : 

- Toi, tu es l'homme qui a été choisi par elle dans un moment de détresse!

Son regard sur moi était perçant et dur. Je remarquai aussi ses blessures fraîchement ouvertes, les multiples lignes laissées par un fouet.

Je compris ce que cela signifiait; je lui dis:

-Tu étais là-bas, tu étais son gardien! Tu sais qu'elle est vivante et leur prisonnière; il faut la sauver!

Il me répondit gravement:

-Ceci n'aura aucune importance si ils vous capturent ou vous tuent ici. A mon signal vous allez fuir sans regarder en arrière.

Il ajouta en pointant vers l'extérieur:

Ils sont neuf devant le temple, quatre là, deux à gauche, trois à droite. Ils sont cinq derrière. Ils se rapprochent. Quatre surveillent l'entrée près de la route.

Pendant qu'il parlait, j’examinai le Vigil: il dégageait l'assurance d'un guerrier accompli et il démontrait un véritable esprit militaire. De quelle armée faisait-il parti? Il était évidemment du même peuple que Chibirias mais de quel pays?

- Dix-huit en tout et nous ne sommes que trois!  compta Saul exaspéré en se dérobant de son costume cérémoniel.

 - Vos chances sont meilleures qu'elles ne semblent à première vue, commenta le Vigil avec assurance. Certains d'entre eux n'ont jamais encore fait couler le sang.

D'un ton impératif, il nous donna l'ordre:

-Maintenant partez d'ici, fuyez! Nous nous précipitâmes en courant hors du temple.  Une pluie de flèches et de dards nous accueillit et nous manqua de peu. Des flèches de chasse modernes d'après ce que je pouvais voir et qui étaient assez perçantes pour se planter dans la pierre. Je suivi Saul qui bifurqua soudainement à gauche. Je plongeai sur lui et l'écrasai contre terre alors que deux hommes surgirent des busqués. Armé de propulseurs, ils étaient prêts à tirer sur nous.

Avant qu'ils puissent lancer leur dards, ils furent foudroyés par deux petites flèches provenant de derrière; ils s'écroulèrent. J'entendis un cliquetis et me retournai pour entrevoir le Vigil réarmer son arbalète avant de disparaître dans l'obscurité.

Saul était figé devant les deux hommes morts. Leur masque, tatouages et camouflages étaient suggestifs du jaguar. Je réalisai alors que Saul était en état de choc.

- Il les a tués! Ils sont morts! Qu'est-ce qui arrive? C'est impossible!

Il devait se ressaisir, autrement nous étions fichus!

Je tentai de le secouer:

- Saul! Maintenant par où faut-il aller?

J'aperçu trop tard le guerrier:            il décocha sa flèche. J'étais certain qu'il me touchait. J'attendais la douleur de la pointe qui me transpercerait et planterait dans ma chair, mais je ne perçu rien d'autre qu'un effleurement à ma tempe sur le côté droit et le sifflement du projectile lorsqu'il passa tout près de l'oreille.  Il m'avait manqué!

Il essayait nerveusement de bander son arc; je n'étais en vie qu'en raison de son inexpérience. Je fonçai immédiatement et me jetai sur lui. Je le neutralisai et le collai au sol sur son ventre forçant ses bras derrière le dos. Je le démasquai. Je fut surpris de me retrouver devant un tout jeune homme, un mexicain qui n'avais pas encore ses vingt ans. Je lui demandai :

- Qui êtes vous? Que nous voulez vous?

Je lui répétai en espagnol:

- ¿Quién son usted? ¿Qué usted quiere?

Il répondit avec hargne:

- ¡Vinimos aquí parar te! (Nous sommes ici pour vous arrêter!)

- ¿Porqué? (Pourquoi?)

- ¡Venimos prevenir la destrucción del mundo! (Nous somme venus vous empêcher de détruire le monde).

La portée de ce qu’il disait me déstabilisa surtout qu’il me semblait vraiment convaincu de ce qu’il disait. Je ne pensais pas qu’il tentait de me tromper.

Il ajouta sur un ton accusateur et fanatique:

¡Usted matará el sol! (Vous aller tuer le soleil!)

Ce qu'il disait n'avait pas de sens pour moi. Je lui répliquai ce que Chibirias m’avait dit sur sa mission :

¡No, usted es incorrecto!¡Estamos intentando asegurar que un nuevo sol brillará en el mundo! (Non tu as tort! Nous essayons d’assurer qu’un nouveau soleil brillera sur nous tous!)

Mes paroles ne l’impressionnèrent guère. Il commença à crier pour de l’aide. Je le réduis au silence avec ma main. Je devais le neutraliser, tout ceci avais m’avais coûté bien trop de temps et encore plus exposé au danger. J’enfilai mon coude autour de son cou et refermai la prise avec force en le forçant à garder sa tête droite. La pression que j’appliquai sur les jugulaires et artères du cou coupa l’alimentation en sang à son cerveau. En moins d’une minute, il sombra dans l’inconscience. 

Saul était là. Il avait tout entendu et vu. Il me semblait plus calme.

Je le laissai le jeune guerrier par terre, je savais qu’il serait indemne. Je rassurai Saul :

- Il va être correct; il sera juste inconscient pour quelques minutes....

Nous pouvions entendre les autres patrouiller le parc tout près sans doute attiré par notre confrontation.

-Par ici!, pressa Saul à voix basse.

Il m'amena à un trou étroit qui ne faisait pas plus de un mètre et demi de diamètre.

-Peu de gens connaissent cette entrée; je crois qu'elle a du servir de puits comme source d’approvisionnement en eau. Il y a eu de la pluie récemment nous devrions y être saufs. Il faut sauter, mais garde tes bras le long de ton corps.

Après ce conseil, Saul se jeta dans le puits. Je le suivis sans aucune hésitation.

L'obscurité était totale. Après une chute d'environ dix mètres je brisai la surface noire. Le choc de l'eau froide me vivifia. Je devinais Saul qui surnageait tout près.

- Ça va? demanda t'il avec inquiétude.

- Oui! Mais je crains qu'ils nous trouveront même ici!

Il me pris par le bras et me ramena vers lui. Nous étions à proximité d'une paroi rocheuse.

Saul expliqua:

- A un peu plus de deux mètres de profondeur se trouve une petite ouverture qui mène à une autre grotte. Tu n'as qu'à suivre la paroi et lorsque le tunnel s'ouvrira tu pourras sans crainte te laisser remonter à la surface. C'est une petite distance, mais dans la noirceur cela peut-être assez apeurant! Tu veux y aller le premier?

- Non, vas-y je te suis!

- Je t'attends de l'autre côté!, dit Saul en tentant de m'encourager. Il plongea.

Me retrouver ainsi seul dans un autre obscur cenote me rendait inconfortable. Cela me rappelait trop le puit sacré de Chichen Itza. J'avais froid. Et même si l'eau du cenote avait nettoyée mes blessures, je craignais également qu'elles les infectent.

Tant pis; dans la perspective des choses qui se tramaient cela n'avait que peu d'importance.

Je pris plusieurs grandes respirations et descendis dans les profondeurs du cenote. Il ne me fut pas facile de trouver l'entrée à l'aveugle. Je pénétrai dans le tunnel exigu en utilisant mes mains sur les surfaces rocheuses pour me guider.

J'ai vraiment pensé que je ne réussirais jamais à en atteindre le bout lorsque le tunnel s'ouvrit enfin. Je faillis crier de surprise lorsque je ressentis une ma main me saisir. Je m'accrochai au bras qui me remontait et émergeai et retrouvai l’air. Je pouvais de nouveau respirer, j’étais à bout de souffle.

Doucement! me répéta Saul en m'accueillant. ce n'était pas le temps d'hyperventiler.

Il m’amena plus profondément dans la grotte, je sentis le sol se rapprocher de mes pied et doucement nous pûmes sortir de l’eau sur un petit amoncellement calcaire. Nous nous assîmes dos à dos. Je grelottais de froid.

J'allumai l'afficheur de ma montre qui produisit un faible éclairage.

La grotte me semblait vaste et il n'y avait aucune ouverture visible.

Je questionnai Saul :

- Il y a une autre sortie?

- Oui cela débouche plus loin, mais cela n’a jamais été exploré. Le réseau souterrain ici est étendu et complexe, il n’a été que partiellement cartographié. C’est moi qui a découvert cette entrée lors d’une sécheresse il y a quelques années...

Il stoppa. Une lumière diffuse et blanche  provenait de l’entrée submergée. Saul me serra la main. La lumière était distante. Je devinai qu'à notre recherche, ces gens prospectaient le puits adjacent avec une torche électrique depuis la surface.

Je murmurai à Saul : 

- Reyes m’a dit qu’il y avait beaucoup de cenote ici, avait-il avait raison?

- Oui! Répondit-il nerveusement.

- Bien! Jamais ils ne pourront prospecter en détails tout les puits. Je crois effectivement que nous somme saufs pour maintenant.

Comme pour me donner raison la lumière disparue. Nous retenions nos souffles en écoutant le silence. Rien; mais nos craintes ne se dissipèrent pour autant. Saul s’empressa de me retirer sa main. Je fis comme si je n’avais pas remarqué.

- Ces hommes qui nous ont poursuivis ressemblaient à des guerriers Aztèques, j’ai raison?

- Oui, des chevaliers Flèches, Aigles et l’élite des Jaguars. Ils ne sont pas d'ici. Ils nous chassaient avec des armes traditionnelles comme l’atlatl et le maquahuitl alors qu'ils auraient bien pu utiliser des armes à feu.  J’ai vu qu’ils avaient aussi des filets et des cols : je crois qu’ils auraient voulu nous capturer vivants si cela leur avait été possible. Si ils respectaient les anciennes coutumes aztèques, les prisonniers étaient désignés comme victime pour leur sacrifice.

Entre mes claquements de dents je réussis à articuler:

-Sacrifice???

- Pour les Aztèques, Huitzilopochtli, le dieu solaire et guerrier, avait besoin d'être abreuvé de grande quantité de sang pour sa continuelle survivance autrement il risquait de ne plus avoir de soleil le lendemain. Les guerriers d'élites avaient comme mission de capturer ceux qui seraient sacrifiés au nom de leur dieu solaire afin d'en assurer sa subsistance. Les sacrifices humains font partie de la religion aztèque. Les victimes étaient le plus souvent des prisonniers de guerre qui étaient sacrifiées par centaines et parfois par milliers si l’on en croit des rapports historiques. Les Aztèques étaient constamment en guerre pour quérir des victimes et rassasier leur insatiable dieu sanguinaire. Le sacrifice le plus rituel était celui de l'arrachement du cœur d’une victime encore vivante sur la pierre du sacrifice habituellement en haut de la pyramide sacrée. Mais cela n’était pas que le tribu des Aztèques; les Toltèques avaient Tezcatlipoca et les Mayas avaient Tohil qui  étaient tous deux tout aussi friand du sang humain.

Je frissonnai et ce n’était pas à cause du froid.

Saul ajouta :

Les anciens mayas, du moins sous Itzamna, pratiquaient plutôt le sacrifice personnel de leur propre sang, d'animaux ou d’objets en reconnaissance de leur vie donnée par les dieux.

Je commentai sur quelque chose qui me troublait au plus haut point depuis ma rencontre avec le jeune guerrier : 

- Tu sais, il semblait vraiment croire que nous menacions le monde et le soleil!

- Je ne crois pas qu’il ne parlait de l’astre solaire au sens propre, pas plus que toi d’ailleurs. Les Aztèques, tous comme les mayas, pensaient que le monde a subits plusieurs grand cycles consécutifs de création et de destruction nommés « soleils ».

Le monde sous le premier soleil fut habité par des nains qui connaissant l’art de façonner la pierre et qui construisirent les anciennes cités; le monde sous le second soleil fut habité par une sombre race de violateurs, les Dzolobs.

Sa mention du nom des Dzolobs me terrifia et évoqua aussitôt pour moi de mauvais rêves, les esprits obscurs qui me hantaient mes nuits.

Saul n'avait pas remarqué ma frayeur et continuais de parler:

- Le monde du troisième soleil fut celui des premiers êtres de maïs, les mayas. Trois grands cataclysmes terminèrent l'ère de chacun des soleils,  dont les grands déluges qui se déversèrent depuis la bouche d’Huracan, le serpent du ciel et du grand Orage.

Hunab Ku, le père d’Itzamna, était le dieu créateur qui reconstruit le monde après la destruction associée à la fin de chacun des soleils. Au commencement du quatrième soleil, Itzamna et ses fils relevèrent le ciel et réorganisèrent la terre dévastée. Par le sacrifice de son propre sang, Itzamna ressuscita l'espèce humaine.                                  

Tout au long de son discours, Saul semblais avoir oublié le péril à l'extérieur du cenote.

Saul conclut:

- Selon les mayas nous sommes à la fin du quatrième soleil, pour les aztèques c’est déjà le cinquième. Selon leur mythologie, ce sont les affrontements entre Tezcatlipoca et Quetzacoalt qui ont amené la fin de chacun des mondes.  La fin du présent soleil maya est prévue, selon certaines interprétations, pour le solstice d'hiver de 2012. Un nouveau cycle, un nouveau « soleil » devrait commencer alors si le monde survit jusque là!

Chibirias ne me parlait donc pas du soleil dans le ciel, mais du prochain grand cycle du calendrier Maya! Assurer le prochain soleil, voulais dire assurer l’avenir de nos peuples. 

Je mentionnai également à Saul que Chibirias m'avait aussi expliqué que l'objet qu'elle m'avait confié devait mener à une citée perdue et une sagesse oubliée qui devait être retrouvée pour qu'il y ait un autre soleil.

Il resta silencieux. Je lui demandai:

- Saul, tu me crois?

- Honnêtement, je ne sais pas!  Depuis que j'ai vu ce Vigil, les guerriers des Aigles et des Jaguars nous chasser je ne sais plus. Je pensais jusqu’à récemment que tout, même la pièce, était un fantasme de mayaniste.

-Je sais que tu penses que ce n'était qu'une hallucination, mais pour moi c'était réel. Je ne sais comment t’expliquer; j’ai des visions mêmes réveillées depuis Chichen Itza.

-Chichen Itza, la voix de Saul s'étrangla. Raconte!

- Je lui racontai ce que j'avais vu et ressentis lors de ma chute dans le puit sacré de Chichen Itza et les détails de ma dernière vision dans ce que Chibirias avait nommé le domaine de Naum.

Je ne pouvais apercevoir, Saul mais je sentais que tout cela semblait avoir une signification particulière pour lui y compris le serpent. Je ne savais comment il était pour réagir. 

Je fus surpris d’entendre sa voix à la fois triste et frustrée :

- J'aimerais pouvoir voir ce que tu vois. Le grand serpent est souvent représenté dans les fresques Mayas comme étant le médium des visions divines Je n’ai jamais eu d'expériences comme toi. Je ne suis qu’un amateur face à Papah qui était lui  un vrai shaman! Et toi, qui vient d’un autre pays, qui n’a jamais connus rien des mayas, tu arrive ici et tu es instantanément intime avec ce qui pourrais être leur plus grand mystère.

 - Ce n’est pas juste, je sais. Mais ce n’est pas mon choix non plus, je ne sais pas pourquoi cela m’arrive à moi. J’étais venu ici pour des vacances et non pas pour être chassé par des Aztèques fanatiques qui voudraient me sacrifier à une obscure divinité....

Je soupirai:

- Et tout cela à cause d'un femme!

J'ajoutai avec sincérité:

- Je suis juste content de t’avoir rencontré dans tout cela!

Le temps passa.

- Saul, tu dors?

- Non, je réfléchissais.

- Je voulais te demander si tu as pu lire les symboles du disque?

- Oui quelque peu, mais cela ne donne aucune information utile. Bien que je n’ai jamais vu un tel métal et que je doute qu’un tel matériel sois d’origine Maya,  le style des gravures sur ce disque sont définitivement Maya mais très anciennes, du début de l’époque classique ou peut-être même avant. Il y a sur le disque les cinq baccabs, quatre pointant les points cardinaux et le bacab Thup proéminent au centre. Les vingt symboles en périphéries sont des marqueurs directionnels. Cela confirme bien qu’il s’agit d’un compas comme tu l’avais déjà déduit.

Je réalisai qu’en racontant tout cela, Saul avait oublié le danger qui nous attendait en dehors de ce cenote. Je ne l’interrompis pas.

-L’arbre de vie dans sa représentation ressemble beaucoup à celui trouvé sur  le sarcophage du roi Pakal de Palenque. L’arbre de vie Maya, le centre du monde, le Wakah-Chan ou Yax Imix Che selon le dialecte, l’Axis Mundi reliant les neuf plans des enfers souterrain, les treize cieux avec la Terre. A la base de l’arbre se retrouve le glyphe représentant Xibalba, le domaine des morts des Mayas.  À son sommet si tu te rappelles, il y avait un oiseau particulier. Le coquillage sur sa tête et autres marques divine l'identifie comme étant Itzam-Yeh, la forme aviaire du dieu qui plaça les trois pierres de foyer ardentes au centre du cosmos le jour de la création. Son nom est dérivé du nom itz, un concept difficile à traduire. Itz est une force super naturelle qui  provient des essences vitales de toute choses animée et inanimée. Elle se trouve dans le sang, les larmes, le lait, le sperme, la pluie, la sève des arbres,  le miel et même la cire chaude. Itzam-Yeh savait comment canaliser ce pouvoir surnaturel pour donner forme au cosmos et mettre tout en place pour la création. Sa présence au sommet de l'arbre indique que l'arbre est vivant et imbu d'un pouvoir sacré.

J’étais quelque peu déçu. En rien ces explications ne m’avançaient à rien. Seul le nom de l’Itzam-Yeh avait une consonance familière. Je posai la question :

-  Itz, comme Itzamna?

- Exactement, l’Itzam-Yeh peut-être considéré comme une incarnation de Itzamna en particulier dans la représentation de l’arbre de vie du compas : l’arbre est constitué dans le compas de glyphes juxtaposés correspondants aux noms des treize dieux du ciel. Itzam-Yeh est à sa place de pouvoir au sommet de l’arbre de vie, au-dessus des autres dieux du ciel, comme leur chef suprême. Il est Itzamna.

Je réfléchissait : la sagesse perdue qu’avait mentionnée Chibirias, s'agissait-il de la sagesse d’Itzamna?

Saul me demanda :

- Combien de temps est passé ? Tu crois qu'ils sont partis?

Je consultai ma montre :

- Une heure, plus ou moins. Ils sont sûrement encore là à attendre; si je serais eux, je n’abandonnerais pas aussi facilement. Nous devrions attendre jusqu’à l’aube pour être certain.

Je me tournai vers lui et ajoutai :

- Essaye de dormir un peu, je te laisserai prendre le prochain tour. Allez! Étends toi sans crainte, je te surveillerai.

- Jamais je ne pourrai dormir!

J’insistai :

-Essayes au moins!

Il s’endormit presque instantanément. J’entendais son souffle paisible et régulier.

 



 

Warrior4 par Big Fuzzy

Aztec War Mask par Ricardo Otero Córdoba
IMG_4822 par jankyn
Par A. Saint - Publié dans : récits
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Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 14:29

10 Manik 5 Yax

Ils revinrent encore cette nuit, ces affreux cafards gris. Combien de fois auparavant m'avaient-ils hanté dans mon sommeil?

Ils étaient dans ma chambre et depuis le bord de ma fenêtre patio, ils m'intimaient de rentrer. Je m'efforçai de les ignorer, mais cela prenait toute ma volonté. Il m'était difficile de résister à leur ordre. Je ne devais pas les regarder;  j'avais peur. Je fermai les yeux en pensant vivement de l'endroit où ils pouvaient cette fois mettre leur foutues sondes. Je les sentais perplexes et frustrés du fait que je leur tenais tête.  Ils s'avançaient parfois craintivement vers moi pour être aussitôt repoussé violemment derrière comme si j'étais entouré par une barrière invisible. Ils finirent par abandonner, du moins je ne les voyais plus. Je me tournai la tête et tentai de retrouver mon sommeil. J’avais le vertige, la sensation de tomber dans le vide, la même sensation que lors de ma chute dans le cenote sacré.

Je vis alors le roi de Chichén Itzá accompagné de ses guerriers. Ils étaient à la poursuite d'un pauvre homme fuyant vers le puits sacré. J'avais vu cette scène auparavant, mais d'une autre perspective.

Je décelais une certaine obsession chez le Roi ; je percevais jusqu’à ses pensées les plus intimes. Je sentais à quel point il désirait ardemment ce que possédait cet homme : rien ne devait l'arrêter. L'homme qu'il poursuivait détenait la clé de la sagesse qui lui avait été refusée. Il avait reconnu le pendentif de la vieille grand-mère, celle qui gardait les secrets de l'ancienne sagesse et qui régnait sur le paradis de Tamoanchan. Il détestait plus que toute la vieille démone des étoiles, souveraine des titzimimés, les restants d'une race éteinte.

La vieille avait initié son grand-père aux secrets des anciens. Elle l'avait amené à la ville de Tlillan-Tlapallan, le domaine rouge et noir de la sagesse. Elle lui avait montré le Tam ek’hool, le trou noir profond de la fin de la création et l'entrée menant à Mictlan au niveau le plus bas des enfers.

Il était Topiltzin Ce Acatl, né Quetzalcóatl tout comme son grand-père. Ce dernier fut renié par son propre père, le héros des tribus Nahuatl, parce qu'il s'était associé à ses ennemis de Tula et qu'il s’était proclamé leur roi. La vieille aussi s’était détournée de Quetzalcóatl. Quel manque de vision : il était évident que Tula, même en ces temps reculés avec toute son agressivité et sa vitalité, avait le potentiel de créer l’empire plus glorieux et vaste que tout ce que le monde avait connu jusqu'alors.

Topiltzin Ce Acatl blâmait aussi son propre père ; il avait été un homme faible et dupe. Il avait laissé les minions de Tezcatlipoca miner son autorité, remettre en question sa sainte souveraineté et son droit divin. Il avait refusé aux prêtres de Tezcatlipoca d'exercer leur culte et de pratiquer les sacrifices humains. C'était démontrer une incompréhension totale de l’âme guerrière de Tula. Son père paya cher pour sa naïveté. Il y eu révolte et coup d'état orchestré par le clergé de Tezcatlipoca. Son père fut détrôné, disgracié et humilié avant d'être brûlé sur un bûcher. Tant qu'à lui, l'héritier légitime de Tula, il dû fuir pour sa survie accompagné d'un groupe de ses fidèles.

Ainsi exilé, il trouva et fonda sa nouvelle capitale en cet ancien royaume des hommes du Sud. Il s'était approprié leur culte de Kulkucan et les convainquis que du sang divin coulait dans ses veines. Il avait également travaillé à l'éradication systématique de leurs anciens cultes ; il ne voulait pas refaire la même erreur que son père et se voir défié par une foi rivale. Il avait vite pris le contrôle des voies fluviales et maritimes ; il dominait ainsi sur leur commerce. Il entretint leurs conflits, en créant parfois lui-même de nouveaux affrontements car il savait bien qu’il fallait diviser pour régner. Une fois son nouvel empire consolidé, il partirait avec son armée à la reconquête de Tula et des peuples Nahuatls dispersés. Il réaliserait ainsi le rêve de son grand-père qui était d’unir tous ces peuples dans une grande civilisation ; il réussirait où tous avaient échoué avant lui. Pour cela, les pouvoirs de cette cité cachée lui seraient d’une aide précieuse. Il avait besoin du médaillon que possédait cet homme ; il était la clé pour retrouver cette cité.

Le fuyard était acculé aux abords du puits sacré ; il ne pouvait aller nulle part. Ce dernier contemplait les eaux du cenote depuis la plateforme cérémonielle. La lumière des torches lui révéla un homme simplement vêtu d’un pagne de coton, à bout de souffle et absolument terrifié. Il regardait nerveusement derrière lui et sur les côtés tel un animal paniqué et pris au piège.

Topiltzin Ce Acatl se réjouit de sa bonne fortune ; récupérer le médaillon serait facile. Il indiqua à ses hommes de garder une certaine distance mais de maintenir leurs armes prêtes. Ils étaient de son élite du jaguar et de l’aigle.

Il s’approcha de l’homme doucement les mains ouvertes en tentant de se montrer conciliant et souriant. Il l’examina le fuyard et se rappela de l’avoir vu auparavant.  N’était-il pas un des scribes ? Quel était son nom déjà ? Dzacab ! Il était le fils de Chich iik’ Paal.

Il l’appela par son nom ce qui réussit à surprendre le jeune homme un moment mais il retrouva très vite son contrôle. Il se tenait fier et défiant devant lui.

L’insolent le défiait lui l’incarnation du dieu serpent sur terre ! Il lui cria avec frustration qu’il était son roi et son dieu et qu’il lui devait respect et dévotion. Dzacab répliqua qu’il servait uniquement Itzamna. Quoi? Le vieux grand père des origines ? Il lui indiqua que ce vieux fou les avaient abandonné depuis bien longtemps, qu’il était mort et enterré et que ses restes pourrissaient en enfer tout comme les cadavres de ses enfants !

Dzacab ne dit rien, il contempla impassible les eaux mouvantes du cenote. Topiltzin perdit patience et le menaça. Le roi de Chichen Itza réclama impérieusement le médaillon en échange de sa vie.

 Dzacab exprima son mépris et répliqua :

- Itzamna hahil; Kukulkan tuus Quetzalcóatl! Ce qui voulais dire qu’Itzamna était vrai et que Quetzalcóatl était une fraude.

Devant ses traqueurs, Dzacab se redressa dans toute sa dignité. Il n’avait plus aucune frayeur. Il montra le plus grand des dégoûts et cracha dans la direction du roi.

Instantanément une flèche se décocha et le foudroya à la poitrine. Topiltzin Ce Acatl  leva la main indiquant silencieusement à ses hommes de retenir leur attaque.

L’homme était à genoux, il restait intraitable même dans la douleur alors qu’il serrait le médaillon contre son cœur. Il répéta en désespoir plusieurs fois le nom d’Itzamna. Il demandait au dieu de venir le chercher. Il blasphéma et maudit ensuite tous ceux qui l’entourait, ces collaborateurs avec l'envahisseur, en leur assurant qu'ils connaîtraient le châtiment divin. Cela créa certaines appréhensions et craintes parmi les guerriers. Il y eu à ce moment la plainte, le hurlement d’un chien. Ce cri lugubre était de mauvais augure et rendait les guerriers nerveux.  Je vis ces hommes lourdement armés reculer et prendre leur distance.

Le Roi maugréa quelque chose. Il hurla un ordre mais personne n’osait bouger. Il sorti une dague. Il saisit le bras d’un guerrier le plus proche et lui intima sans équivoque de tirer.  La lance du guerrier transperça Dzacab de part en part aux abords du cenote.  Le guerrier avança et récupéra son arme d’un geste vif en l’arrachant de entrailles et du pied poussa le corps de Dzacab dans le puits malgré les protestations de Topiltzin.

Frustré devant encore plus d’insolence, le Roi exécuta promptement le guerrier sans aucun remord ou une autre pensée.  Entretemps, Dzacab brisa la surface de l’eau et coula à pic. Topiltzin jeta un regard dans le trou béant et y vit quelque chose des plus étrange. Il était certain d' y avoir aperçu quelqu’un d’autre dans l’eau. Le chien aboya de nouveau et ses cris, tout prêt, résonnèrent dans le puits sacré. Le souverain Toltèque leva la tête. Il distinguait  maintenant une silhouette difforme se dressant dans l'obscurité de l'autre côté du puits.  Le roi de Chichen Itza perdit soudainement son assurance et devint inquiet. L'homme qu'il venait d'exécuter avait eu la réputation d'être un magicien capable de grands prodiges; était-il possible que les forces infernales que contrôlait cet homme aient été offensées par sa mort et désiraient vengeance?

Il y eu encore un jappement. Cette fois-ci il en était bien certain, le grognement était proche et venait de cet être en face de lui, aux abords du puits. Il ordonna à sa garde d'aller investiture mais ses guerriers craintifs figèrent lorsque l'ombre monstrueuse fondit et disparue à leur approche.

 Topiltzin Ce Acatl ne voulut pas rester plus longtemps, tout cela devenait était trop insolite et même si il se prétendait dieu tout puissant, il craignait tout de même Xolotl qui accompagnait les hommes jusqu'à leur destination finale.  Il ne voulait pas le confronter. Tout en s’éloignant, il ordonna à ses hommes de fouiller le Cenote jusqu’à ce qu’ils récupèrent le médaillon. Il leur dit avec sarcasme qu’il n’était pas préoccupé par les dangers de noyade. Il ajouta qu’en fait, que seraient bienheureux ceux qui seraient réclamés par le dieu des pluies et des eaux car ils joindraient le paradis de Tlalocan. 

Tapis contre terre et toujours caché sous un drap, un jeune maya terrorisé s'efforçait de faire taire son chien.  Il avait été témoin de tout, il les avait vu lâchement assassiner son frère. Après quelques minutes d'un silence angoissant, le jeune maya retrouva son courage et leva un coin de la couverture. il n'y avait personne. Il se leva prudemment et en profita pour fuir sous le couvert de la forêt et de la nuit. Il se retrouva dans la cour de balle désertée à cette heure.

Il s'arrêta un moment et étouffa un sanglot. Il s'empêcha de pleurer; il ne voulait pas être trahi par les échos.

Il n'avait maintenant plus de famille, il était seul. La seul réconfort qu'il avait était qu'un messager divin, peut-être  de Chaac ou Itzamna lui-même avait attendu son frère dans la mort. Il l'avait bien aperçu dans les eaux du puits sacré. Dzacab serait sans doute protégé et guidé dans les traîtres méandres de Xibalba et trouverait rapidement le domaine des âmes des ancêtres avant d'être réincarné ou monter dans les treize cieux.

Au dessus de sa tête la nuit brillait de ses milliers d'étoiles. Malgré son jeune âge, il était déjà un scribe et un guetteur d'astres accomplit. Il monta pour avoir une meilleure vue du ciel. Il repéra sur la voute céleste la constellation du grand serpent à plume et trouva l'urne renversée. Tout  juste au dessus scintillait Xaman Elk. Selon les légendes, dans la direction de Xam-aan se trouvait la lointaine patrie ancestrale d'origine. C'était là-bas que se trouvait l'entrée du Monde des morts où les âmes des morts ultimement migrent et sont purifiées. Il contempla l'étoile basse sur l'horizon et se décida. Il irais là-bas, il trouverait la grotte sous la cruche renversée d'où se verse l'eau vierge céleste. Il pourrait y retrouver son frère et peut-être y adresser les dieux qui les avaient oubliés et les convaincre qu'ils reviennent sauver son peuple.

Je sursautai subitement dans mon hamac en me réveillant. 

Je restai sur mon balcon, n’osai bouger  jusqu'à l'aurore et les premiers chants de l'aube. J'étais anxieux. Comme si je n'avais pas assez d'encore éprouver la hantise des évènements à Chichen Itza, il fallait en plus que je rêve encore à la visite nocturne de ces petits bonhommes gris. Je pouvais comprendre le rêve de Chichen Itza; je me rappelais que les noms de Topiltzin Ce Acatl et de Xtlotl étaient dans le guide que j’avais lu au sujet de la cité Maya. Mais pour le reste?  Vraiment, ça n'allait pas dans ma tête! Je blâmai la commotion cérébrale résultant de ma chute du puit pour tous ces délires. J’étais inconfortable aussi par l’absence de Saul qui avait failli à sa promesse. Il aurait plus m’appeler, à moins qu’il en est été incapable. Il était peut être en danger, juste cette pensée me bouleversait complètement. J’émis un gros juron. Il était encore beaucoup trop tôt pour faire quoi que ce soit. Je me levai tout courbaturé et failli trébucher sur une petite boîte de carton laissée sous mon hamac. Je me penchai et reconnu ma boîte de sel; que faisait-elle ici? Je remarquai alors le carré de sel dessiné avec un cercle imbriqué dont la circonférence entourait parfaitement mon hamac. Il y avait quatre symboles intelligible au quatre coin du carré, écrit avec ce qui semblait être du sang! Tout en regardant l'arrangement de sel, je me demandais qui avait bien pu faire cela? Une autre question, toute aussi bonne: pourquoi quelqu'un aurait fait une telle chose? Je restai ainsi longuement à  contempler ce symbole. Ce que cela pouvait impliquer m'effrayait de plus en plus alors que je repensais à mes visiteurs de la nuit dernière. Ce n'est que les passages  fréquent des autres vacanciers devant mon balcon qui me convainquirent de regagner ma chambre.

J'avais terriblement besoin de bouger; j'étais vraiment tout mêlé dans ma tête. Je ne connaissais qu'une seule thérapie; je m'engageai comme d'habitude dans une séance torride d'exercices pour oublier mes tracas.

N’ayant toujours aucune nouvelle de Saul, je déjeunai à la Hacienda pour découvrir par après que la visite quotidienne de Tulum avait été cancellée. Saul n'était pas encore revenu. La conciergerie et la réception de l'hôtel ne pouvaient que m'informer de l'absence de Saul pour un temps indéterminé en raison d'affaires personnelles et urgentes.

Ma confiance envers Saul était soudainement mise à l'épreuve. Pourquoi ne m'avait-il pas contacté ou laissé un message? Je regrettais amèrement de lui avoir laissé le disque.

Je retournai à ma chambre. Les choses n'allaient vraiment pas bien pour moi. Je me sentais terriblement seul et m'écroulai sur mon lit. Je ne savais ce qui était le pire; la crainte de perdre ma santé mentale ou d'accepter la réalité de mes expériences bizarroïdes? Les deux options n'étaient pas mutuellement exclusives. Il y avait de plus cette attente; j'espérais toujours que Saul ne m'ait pas trahi ou qu'il n'était pas en péril. Je ne pouvais m'empêcher de penser à Ishell avec le lourd sentiment de l'avoir ainsi laissé tombé. J'étais tout à fait impuissant; je ne pouvais rien faire d'autre qu'attendre et espérer.

Une voix me fit sursauter. L'appel provenait de mon balcon.

-¡Marco-Antonio, Marco-Antonio!

Je retrouvai perché sur mon hamac un perroquet, le même qui m'avais visité deux matins auparavant.  L'oiseau m'avait rejoint même si j'avais changé de chambre depuis.

- ¡Marco-Antonio es mi nombre! croassa l'oiseau.

Malgré moi, je me mis à rire.

Je lui servis des pistaches, cacahuètes et cachous que l'oiseau consomma gloutonnement. Je ne réussis pas à enseigner à l'oiseau entêté rien de nouveau; il ne faisait que répéter  "Marco-Antonio es mi nombre", c'est à dire "Marc-Antoine est mon nom" qu'il m'avait entendu dire deux matins auparavant. À ma surprise, le perroquet bondit et s'installa sur mon poignet. Il y était calme et parfaitement à l'aise. J'étais certain que le volatile était domestiqué. Je le flattai délicatement sur la tête dans le sens de ses plumes et il me répondit en roucoulant et ricanant. Je venais de me faire un nouvel ami et cela me faisait vraiment du bien!

- Tu es un bel oiseau, oui un bel oiseau! lui répétais-je.  Apparemment satisfait, le perroquet s'envola.

Contre mauvaise fortune, bon cœur. Je décidai d'arrêter de me morfondre et de profiter de la journée à l'Allure. Je commençai par un dîner au El Charro. C’est la serveuse en chef, Cheryl qui m’accueillit et m’assigna un siège. C’est d’ailleurs à sa recommandation que je choisi pour souper un succulent Mahi Mahi, un poisson grillé aromatisé à l’ail et au citron, que je dégustai après m’être de nouveau empiffré de croustilles de tacos et de salsa, désaltérée par une succulente sangria glacée.

Je ne pu m’empêcher de me resservir une bonne portion de leur crème glacée maison parfumée au chocolat qui était tout à fait délectable.

Je consultai les journaux disponibles et ne trouvai aucun rapport de mon accident d’hier à Chichen Itza mis à part une vague communication concernant un incident impliquant un touriste. Je compris que le site archéologique ne voulait aucune mauvaise publicité ou faire douter ses visiteurs de sa sécurité.  J’allais me baigner mais entrevis Ted et Angela profitant d'un bain de soleil au bord de la piscine et allai d'abord les saluer   avant de continuer vers la plage. Tiburcio m’y accueillit en me servant sans que je le demande un « Sex on the beach ». Je semblais selon lui en avoir grandement  besoin. Nous avons bavardé un peu sur le sport. Tiburcio en profita pour m'inviter à une joute de soccer impromptue qu'il organisait en fin d'après-midi entre le personnel de l'hôtel et ses invités. Sa persistance et son enthousiasme contagieux vinrent à bout de ma morosité et j'acceptai son invitation avec plaisir. Il m’avertit aussitôt qu’il serait également du match et de me préparer à me faire botter le cul. Je trinquai à sa santé et relevai son défi. Je le quittai pour joindre une partie de volley-ball en cours avec d'autres vacanciers.  Je me suis tellement écrasé sur mon long sur la plage en tentant de récupérer des ballons perdus que j’étais complètement couvert de sable à la fin du match. Je me suis rincé par un plongeon dans l'océan chaud et m’installai dans un hamac pour sécher. Je me fermai les yeux et me laissai balancer au souffle de la brise océanique. Je me réconfortais dans l'appréciation du moment présent et décidai de patienter encore et de confirmer ma confiance envers Saul; de toute façon je n'avais vraiment pas d'autre choix.

-Marc-Antoine, c'est cela? Vous allez bien?

Je reconnu la voix anglophone. Je me redressai dans mon hamac.

-Oui, Lilith, je vais très bien et vous? Vous profitez de l'Allure?

- Je vais bien, merci! Oui, j'aime beaucoup l'Allure!

Après un court silence, elle essaya de d'amorcer une conversation:

- Vous me semblez un homme d'action; vous ne vous ennuyez pas, c'est plutôt tranquille ici!

- Croyez -moi, j'ai  toute l'action que je peux désirer et même plus encore! lui répondis-je avec sarcasme.

Elle me regarda avec un air interrogatif. Comment aurait-elle pu comprendre? Je me ravisai et lui répondis gentiment:

- Je suis venu en vacances à la Riviera Maya pour me reposer. J'apprécie beaucoup le charme du rythme relaxe de vie Mexicain.

- "¡Si, Si, momento por favor!" Ils ne se stressent pas inutilement ici! blagua –t’elle.

Elle me demanda ensuite:

- Cela ne vous dérange pas que je reste avec vous? Je ne connais personne d'autre ici!

-Bienvenue! répondis-je en lui indiquant un hamac voisin.

Elle me questionna sur ce que je faisais dans la vie, mon travail. Nous échangeâmes nos impressions sur notre visite de Cobá. Elle me demanda de lui raconter ma visite de Chichen Itza pour s'assurer que le long voyage de trois heures pour s'y rendre en valait la peine.  Je lui confirmai que Chichen Itza  avait sur son territoire les plus belles ruines que j'avais vues jusqu'ici sans bien entendu mentionner tout autres détails. Il était intéressant de converser avec elle; Lilith avait des connaissances étendues sur une multitude de sujets. Je me mesurai contre elle dans une partie de Rummy amicale sous la terrasse du bar principal, un jeu où je me fis battre à plate couture. Ce n'est qu'à la partie suivante en ayant bien saisi le principe du jeu et les subtilités de ses stratégies que je réussis à la vaincre.  Je lui parlai de Playa del Carmen mais elle me sembla distraite. Il m’était clair que mon physique, plus que ma conversation, attirait l'attention de Lilith.  Je lui demandai l’heure. Elle me répondit quatre heures moins le quart. Je m’excusai en lui mentionnant ma partie de soccer. Je lui souhaitai d’excellentes vacances en promettant de la revoir plus tard.

Tiburcio attendait impatiemment sur le grand terrain devant les cages de tennis. Il avait déjà assemblé une équipe internationale de résident de l’allure avec qui je fis connaissance. Je retrouvai d'abord Antony et Christopher deux Italiens d'origine avec qui j'avais eu le plaisir de jouer au handball auparavant.  Je rencontrai Byron un Anglo-saxon typique de la région de Toronto, Mickey un jeune rouquin irlandais, Larry et Danny, deux américains de Chicago ainsi que Karl et sa compagne Joann, un jeune couple allemand. 

Tiburcio  pouvait compter sur une équipe complète de onze joueurs formée à partir des membres du personnel de l’Allure. Je fus choqué de voir Saul dans ce groupe. Il s'affairait à des exercices d'étirements et de réchauffements. Il m'ignorait complètement. Je voulu m'approcher et lui parler mais il m'envoya un regard dur et sévère qui me fit comprendre qu'il ne s'agissait ni du lieu ni du moment pour discuter. Je notai que Tiburcio et son équipe jouaient pour la plupart nu-pieds. Le match s’engagea. Je remarquai ma nouvelle connaissance, Lilith qui surveillait le match avec d’autres spectateurs à côté du terrain. 

Mickey, après un échange particulièrement intense marqua notre premier point. Notre célébration fut de courte durée car l’équipe d’Allure nous domina par la suite en comptant deux buts de suite malgré les vaillants efforts de Joann pour contrer le ballon dans le filet des buts. Toutes nos attaques étaient bloqués, tout nos bottés interceptés. Tiburcio était une défense infranchissable. Ne nous laissant pas décourager avec la complicité d’Antony nous réussîmes une percée. Je frappai le ballon que leur gardien de but bloqua. Antony s’empara du rebond et le rebotta en déjouant le gardien et comptant notre deuxième but. Nos spectateurs, pour la plupart d'autres vacanciers nous applaudirent.  Saul réussit dès la remise au jeu de marquer dans une échappée solitaire. Il me passa devant sans même me regarder. À la mise au jeu suivante, Byron me passa le ballon et risquant le tout pour le tout je m’élançai comme une locomotive. Ma technique devait ressembler plus à celle d'un joueur de la ligne de football canadienne qu’à un joueur de soccer.  Je fonçai vers la zone des buts et aperçu Tiburcio qui se préparait à me bloquer. Je bottai le ballon avec force devant moi qui dépassa ce dernier. Tiburcio ne voulait pas le ballon, c'est moi qu'il attendait de pied ferme. Il tenta de m'arrêter avec sa jambe mais je bondis à la toute dernière seconde ce qui le fit déraper. Je repris contrôle du ballon et je me retrouvai devant le gardien. Je bottai vers une ouverture en haut à gauche dans le filet. D’un coup de tête le gardien de but intercepta mon meilleur effort. L’équipe Allure repris le ballon et réussirent par un jeu de passes à déjouer notre défense et à marquer de nouveau. Le ballon fut remis au jeu. Saul reçu le ballon et se trouva devant moi. Il tenta de m'esquiver. J'étais une défense immuable et impitoyable; ni le jeune maya ou son ballon ne réussirent à passer. Saul me plaqua et rebondit pour se retrouver par terre. Je bottai le ballon à Karl qui le passa à Christopher qui sur une feinte laissa le ballon à Antony. Ce dernier marqua sur un botté direct alors que leur gardien s'était trop avancé hors de la zone des buts. Après un cri de victoire, j'offris ma main à Saul pour l'aider à se relever. Il la refusa. Je lui demandai si il allait bien. Il ne répondit pas et se releva tout seul. Je ne comprenais pas son hostilité soudaine. J'aurais voulu le confronter à ce moment et régler immédiatement ce qui n’allait pas mais je fus entraîné par la partie qui continuait.

Tout au long du match, il m'était évident que l'équipe de l'Allure était d'un calibre supérieur et que ses hommes formaient une équipe de vétérans habitués de travailler ensemble.  Il y avait beaucoup de passion dans leur jeu, ils y mettaient toute leur énergie et leur âme sans aucune réserve.  Nous perdîmes la joute de soccer par la marque tout de même respectable de 7 à 4. Nous étions alors tous vidés de nos énergies, totalement épuisés, certains d'entre nous couchés sur le terrain. Je devais être couvert d’ecchymoses. Nous serrâmes la main de tous nos adversaires évidemment tous victorieux et fiers. Je donnai un trophée à Tiburcio, mes espadrilles, qu’il accepta de bon cœur. Tant qu’à notre équipe internationale, elle s'en allait prendre un verre. Je ne les rejoignis pas tout de suite.

Je refusais de quitter sans échanger quelques mots avec Saul et récupérer le disque d'Ishell.

Ce dernier se préparait à partir dans une vieille Jeep militaire rouillée sans même m'avoir salué. Quelle mouche l'avait piqué? Qu'avait-il découvert qui lui avait ainsi fait changer d'attitude? Le regard détourné de Saul indiquait sans équivoque que je l'importunais et qu'il ne voulait évidemment ni me voir ou encore moins m'entendre.

Je confrontai tout de même.

- Attends ! Tu dois me dire ce que tu as trouvé sur l’objet que je t’ai confié.

- C’est une affaire de Mayas, cela ne te regarde pas répliqua sèchement Saul.

- Dans ce cas tu me le rend tout de suite ordonnais-je. Je veux ce disque!

Il répéta âprement:

- Tu n’as pas compris ce que j’ai dit ? Cela doit rester entre les Mayas. Ce n’est pas pour toi.

Je m'obstinai avec lui:

- C’est à moi qu’il a été donné ! insistai-je. Des gens sont morts pour cet objet et je ne désire pas que d’autres meurent. Il n’est pas à toi, il a été volé à l’Université de Harvard par Ishell et je suis convaincu la vie de cette femme dépend de cet objet. Tu dois me le rendre!

Saul restait intraitable. J’aurais été prêt à me battre contre lui afin de récupérer le disque.

Avant que ne soit échangé un seul autre mot, un perroquet écarlate arriva et se percha sur mon bras et nous regarda curieusement Saul et moi pour ensuite bondir sur le pare-brise de la jeep et crier :

- ¡Marco-Antonio es mi hombre! ¡Marco-Antoinio es mi hombre!

Je ne pu cacher un sourire  amusé; l'oiseau venais de dire que "j'étais son homme", une déformation de "Marco-Antoinio es mi nombre" qu'il m'avait jusqu'ici répété constamment. Saul n'avait pas le cœur à rire, il restait sérieux et stoïque. L'oiseau dit ensuite:

"Marco-Antoinio, Yan ts'aakik lelo' xib "

Je ne comprenais rien de ce que l'oiseau venait de crier mais cela laissa Saul bouche bée.  Que diable venait de lui  dire ce perroquet?  Saul répliqua plein d'amertume, sans même me regarder:

- Tu l'as bien dressé ce perroquet. Tu lui as même appris à parler le langage maya du Yucatan.

- Quoi? Tu sais bien que les seuls mots que je connais sont Monoch, Mul, saccabe...

- Sacbe! corrigea aussitôt Saul.

"Marco-Antoinio, Yan ts'aakik lelo' xib " insista de nouveau l'oiseau de sa voix rauque en fixant Saul avec intensité.

Le masque de colère de saul s'estompa révélant un visage à la fois sombre et empreint d’ironie. 

- C'est vrai cela ne peux être toi, marmonna t’il à voix basse. Comment aurais-tu pu? 

Il s'adressa à moi sur un ton impérieux:

- Hé bien! Si telle est la volonté d'Itzamna, qu'elle soit faite! 

Au coucher du soleil, soit seul à l'entrée du parc archéologique de Xel-Ha, c'est à quelques kilomètres au nord d'ici sur l'autoroute enjoignit Saul.

Je lui promis:

-Je sais où c'est; j' y serai sans faute.

Le perroquet prit alors son envolée et il croassa de nouveau mots:

"Uts! Uts! Kiimak ool!".

J'avais l'impression que ces paroles devaient être encore dans la langue maya car Saul hocha sa tête avec un air éberlué avant de s'éloigner préoccupé, tout à fait songeur.

Je rejoignis mes coéquipiers du match le temps d'un verre avant de regagner ma chambre. J'étais sous la douche lorsque j'entendis frapper à ma porte. J'enfilai une serviette autour de ma taille et encore dégoulinant, j'allai répondre. Je fus étonné d'ouvrir non pas à Saul comme j’aurais tant espéré, ou même à Lilith, mais à Dago.

- Je suis content de vous avoir enfin trouvé Señor ! dit-il à bout de souffle.

- Dago! Mais que diable fais-tu ici?

- La señora m'a envoyé vous retrouver.

J'empressai Dago à entrer.

J'étais soudainement nerveux, mon cœur battant à se rompre à la suite de ce que Dago venais de me dire.

- Comment va Ishell, comment va t'elle?

- Muy bien. J'ai soif!  Vous avez quelque chose à boire?

- Bien sûr! Tu aimerais quoi? De l'eau, une boisson gazeuse, ou un jus de fruit?

- Vous avez de la bière?

J'ouvris le frigo et lui donnai une bouteille ambrée.

Après qu'il ait goûté à sa bière, je le questionnai:

- Ishell, où est-elle? Qu'est-ce qu'elle t’a dit?

- Elle se cache des hommes qui l'ont attaqué à la plage me répondit-il entre deux gorgées. Elle m'a reconnu et est venu me voir. Elle m'a demandé de récupérer quelque chose qu'elle vous a confié.

- Je n'ai...

Je m'arrêtai net sans compléter ma phrase. Cela me surprenait qu'Ishell ait engagé Dago à cette tâche après tout ce que j'avais vu. Si Ishell était libre, elle aurait sûrement mandaté plutôt son complice, son Vigil, afin de récupérer son disque. De plus ce Vigil avait eu plusieurs fois par le passé l'occasion de me réclamer l'artefact, ce qu'il n'avait jamais fait. Je me rappelais aussi qu'Ishell m'avait choisi dans son désespoir, parce qu'elle avait justement été séparée de son Vigil; elle me l'avait mentionné. Il était donc étonnant qu'elle ait confié cette tâche à Dago, mais cela restait tout de même possible. Elle n'avait peut-être pas réussit à contacter on Vigil et s'est retrouvée forcée de se replier sur un autre messager pour me contacter. Même si une partie de moi aurait tellement aimée croire Dago sur le champ, j'avais plusieurs raisons de me méfier. Je jugeais son attitude trop complaisante dans les circonstances. De plus, Callas n'avait-il pas tenu des propos peu élogieux à l'endroit de Dago? Dago n'avait-il pas omis une part de la vérité lorsqu'il avait fait son témoignage à l'inspecteur? Je devais tester Dago et m'assurer de son intégrité.

Tout en enfilant un short sous ma serviette, je l'interrogeai:

- Qu'est ce que Ishell réclame? Qu'est ce qu'elle m'aurais supposément laissé?

- Elle m'a dis que vous le sauriez.

Sa réponse avait été habile dans le sens qu'elle ne répondait à rien et ne le compromettait pas.

Je devais donc recourir à la ruse:

-Je n'ai aucune idée de quoi tu parles Dago. Ishell doit se tromper; je n'ai rien d'elle ici. Rappelles-toi: elle et moi n'avons eu qu'une minute pour nous parler avant qu'elle soit agressée par ces hommes. Ensuite, tout s'est passé si vite avec la bagarre! Je n'ai pas à te raconter tout ça, tu étais là, tu as tout vu!  Tu sais tout ce qui s'est passé!

Ma prestation avait due être particulièrement convaincante; Dago était vraiment hébété.

- Elle m’a dit que vous comprendriez. Ne vous a t'elle pas remis un objet?

Je continuai à mentir:

- Elle n'a jamais eu la chance de me passer quoi que ce soit!  D'ailleurs, toi et moi avons ensemble récupéré le contenu de son sac à main et tu as vu comme moi qu'il n'y avait rien de spécial. J’ai été aussi fouillé par la police et ils n’ont rien trouvé sur moi non plus.

Dago parut hésiter avant de nouveau insister :

- Je suis venu vous aider. Elle m'a prévenu qu'un dangereux fanatique pourrait s'en prendre à toi; tu l'as déjà vu!

- Où ça? De quoi parles-tu?

- À Cobá. Je sais que tu l'as vu!  C'est un tueur sans scrupule. Il te surveille constamment.  Donne-moi tout avant que je retourne à Ishell et il te laissera tranquille puisque tu n'auras plus d'intérêt pour lui.

Il ajouta gravement sur un ton faussement concerné:

- Ne me cache rien, ta vie en dépends!

Il parlait du Vigil d'Ishell! Dago était bien informé; comment pouvait-il savoir?  Le Vigil n'était donc pas le seul à m'épier. Je croyais que Dago me disais la vérité sur au moins un point: ma vie pouvait dépendre de la personne à qui je faisais confiance.

Je pris Dago par le bras avant qu'il cale le reste de sa bouteille et lui demandai gravement:

- Dis-moi Dago, qu'est-ce qui se passe? Pourquoi tout ces drames et mystères?

- Je te dirai une fois que tu me donneras ce que je suis venu chercher!

Le jeune mexicain m’avait répondu en retirant son bras et en finissant sa bière avec une assurance qui frôlait l'arrogance.

- Je t'ai dis la vérité Dago, tu peux même me fouiller, je n'ai rien d'Ishell ici. D'ailleurs je crois que ton homme fanatique est déjà passé par ici il y a quelques jours. Il a pénétré dans ma chambre par effraction et il a cherché partout en laissant derrière lui le pire fouillis. La police est même venue ici. Je peux t'assurer que cet homme n'a pu rien trouver puisqu'il n'y avait rien dans ma chambre et je n'ai rien en ma possession provenant d'Ishell de toute façon.

Je regardai Dago qui ne montra aucune surprise. Il m'était évident qu'il était déjà également au courant de tout cela. Il en savait beaucoup trop pour un simple barman innocent d'un bar touristique de Playa del Carmen. Je ne croyais plus en la coïncidence et j'aurais soupçonné Dago à ce point d'avoir lui-même fouillé ma chambre si il n'avait pas été avec moi au Sweetwater au moment de l'effraction. Je me rappelai également des circonstances insolites de cette rencontre où sans l'avertissement du Vigil, je n'aurais pu échapper de justesse à ces hommes qui m'attendait à l'extérieur du bar. J'avais alors succombé à cette curieuse sensation de torpeur. Je me suis senti à ce moment drainé de toute mes forces et incapable dans cet état de fournir une quelconque  résistance.  Que me serait-il arrivé sans l'intervention de Vigil au Sweetwater? J'aurais été à la complète merci de ces hommes. Je n'avais pris que deux verres; il ne pouvait donc pas s'agir simplement de l'influence de l'alcool.

Est-ce que Dago avait drogué mon verre tout juste après que je lui ai fourni mon adresse? Je regardai le jeune visage latin aux traits angéliques de Dago en réalisant qu'il pouvait dissimuler un monstre. Je pensai pire encore, n'avais-je pas laissé en toute confiance Ishell entre les mains de Dago avant qu'elle ne disparaisse?

Je n’en pouvais plus de ces tentatives d’intimidation, de ces menaces implicites et tromperies. Je le confrontai directement sans subtilités:

- Dago, tu n'as toi-même aucune idée de ce que tu es venu chercher ici. Ne me ment pas! Je ne crois pas que c'est Ishell qui t'envoie. Si tu avais vraiment discuté avec elle, tu n'aurais pas à me poser aucune question. Que cherches-tu? Qui t'envoie vraiment Dago? Sais-tu où se trouve véritablement Ishell? Je serais prêt à...

Je n'ai pu terminer ma phrase. Dago se précipita sur mon balcon par la porte-fenêtre ouverte pour sauter et fuir à toute jambe. Je fonçai à sa poursuite. Je ne pouvais lui permettre de m'échapper. Il atteignit le portail de l'enceinte de l'Allure avant moi et réussit à passer le gardien de sécurité qui regardait alors en direction de la route. Ce dernier m'arrêta net.

- ¿Que se pasa, Señor?

J'avais envi de hurler et simplement de le tasser.

- C'est un voleur! It is a thief!

- ¡Es un ladrón! répétais-je avec la plus profonde exaspération en pointant en direction de Dago. Le gardien me laissa passer tout juste à temps pour apercevoir Dago entrer à l'arrière d'un grand véhicule utilitaire noire aux vitres teintées qui l'attendait.  Le véhicule démarra et accéléra dès qu'il embarqua. J'ai eu tout juste le réflexe me tasser afin d'éviter d'être renversé. Ils avaient pris la direction de Playa del Carmen. Je ne vis aucune plaque d'immatriculation. Je fis un bref rapport à la sécurité de l'hôtel en prétendant que j'ai surpris Dago dans ma chambre et que je le croyais responsable du saccage de ma chambre l'autre soir. Personne ne pouvait me dire comment Dago avait ainsi eu librement accès à l'hôtel. Le portier ne l’avait même pas vu pénétrer dans le complexe. L’hôtel m’avait pourtant assuré qu’il exerçait une surveillance constante contre les intrus.

J'essayai de joindre l'inspecteur Callas mais ne réussi qu’à lui laisser un message sur un répondeur expliquant sommairement ce qu’il s'était passé.

Dago était venu me piéger; pour qui travaillait-il? Pour ces hommes qui en voulait à Ishell?  Dieu du Ciel, faites qu'elle ne soit pas tombée entre leurs mains!

Je pensai aussi que Dago était peut-être même complice de la police fédérale mexicaine; l'inspecteur Morales ne m'avait-il pas pratiquement accusé d'être de connivences avec des voleurs de reliques anciennes?

Tout en m'habillant, je songeai que je devais maintenant joindre Saul dans un endroit isolé en pleine nuit. Cette réalisation engendra en moi de nouvelles peurs et inquiétudes après cette visite de Dago.  S'agissait-il d'un autre piège? Saul avait déjà en possession la pièce d'Ishell; il ne pouvait désirer rien d'autre de moi. Sauf qu'à la vue de l'hostilité qu'il avait manifesté auparavant à mon égard, je ne savais pas à quoi m'attendre. 

Je devinais que, avec toute les réactions qu'elle avait suscitées, cette pièce de métal d'Ishell devait être très importante, peut-être même sacrée ou tabou pour un Maya comme lui. Aux yeux de ce dernier j'étais peut-être devenu un profanateur qui ne méritait que son mépris et châtiment. Les images des sacrifices humains de Chichen Itza hantaient mes pensées. N'avait-il pas dit que la volonté du dieu Itzamna soit faite? Et si c'était le sort qui m'était réservé d'être sacrifié dans un rituel maya diabolique? Je devais réprimer mon imagination débridée et me concentrer sur l'essentiel: il me fallait absolument récupérer le disque Maya coûte que coûte, la vie d'Ishell en dépendait; j’en était plus convaincu que jamais.  Je devais donc confronter Saul ce soir malgré toutes mes craintes.

 

Par A. Saint - Publié dans : récits
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Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 10:53

 

Je me rendis ensuite au sommet de la pyramide pour y admirer un autre panorama absolument saisissant?. Je trouvai Chichén Itzá et ses monuments s’imposant au-dessus de la plaine herbeuse et la jungle environnante dans toute leur gloire. Je revis encore ce même homme qui me talonnait depuis le début de la visite. Je ne cachai pas que je l’avais reconnu et le fixai du regard. Il était ainsi pris avec moi sur la plateforme restreinte du sommet de la pyramide, je pouvais donc l’approcher et le confronter. Je voulais savoir qui il était et pourquoi il m’espionnait. Je me dirigeai vers lui en me forçant un passage parmi les autres touristes, devant constamment m’excuser et tasser les gens devant moi. Lorsque j’atteignis enfin l’endroit où je l’avais vu, il n’était plus là. Je regardai autour sur la plateforme mais en vain. Ce n’est qu’en tournant mon regard vers le bas que je l’aperçu terminer sa descente et prendre fuite.  Je criais comme un forcené pour attirer son attention et sans même y réfléchir me lançai en bas de la pyramide, en n’ayant en main qu’un câble pour me ralentir, mes pieds ne touchant qu’occasionnellement la surface de la pyramide. Je vis qu’il s’empressait de s’éloigner de moi lors ma descente. Je touchai le sol indemne sous les yeux éberlués des touristes et couru après lui.

Je le suivis sur un sacbe, un sentier pavé de pierres blanches à chaux, pour atteindre le Cenote sacré - le puit sacrificatoire.

Je l’avais perdu, tout comme j’avais perdu le Vigil d’Ishell à Cobá! Je crispai ma mâchoire et serrai les poings émis un juron. La course par cette chaleur avait été pénible. Je tremblais presque ne sachant comment canaliser ma frustration.  Chose certaine, je raisonnai qu’un policier n’aurais pas agit ainsi. Je pris une profonde respiration et décidai de continuer ma visite surtout que le cenote sacré avait en particulier un lien bien établi avec Ishell.  Je remarquai qu’ici c’était plus tranquille et que les touristes étaient moins nombreux, sans doute parce que ce puit est à l’écart du reste du complexe des ruines. Je contemplai le cenote sacré. Il est presque parfaitement circulaire avec un diamètre de 60 mètre. Ses eaux sombres, opaques de couleur jade étaient à de plus de vingt-deux mètres de profondeur.

Je savais que le cenote? était alimenté par un fleuve souterrain et qu’il a servit de lieu sacré où des rites du passage et les cérémonies ont été exécutées. Il était évident que pour les mayas, cette bouche béante était une source d’eau sacrée et avait une signification profonde. Ce cenote était exclusivement sacrificiel et cérémonial; il y avait un deuxième cenote à Chichen Itza, nommé Xtlotl, situé au centre de la ville qui approvisionnait ses habitants en eau. Le cenote sacré représentait pour eux Chaac, le dieu de la pluie. Il était aussi considéré comme une entrée sur l’au-delà, le Xibalba, le royaume sombre et souterrain des neuf enfers de la superstition Maya.

Je trouvai un écriteau écrit en espagnol qui condamnait Thompson pour avoir volé des trésors historiques lors de ses fouilles du cenote sacré ainsi que l’université de Harvard pour avoir refusé de restituer ces objets. Je comprenais la motivation de cette condamnation car effectivement la majeure partie des découvertes de Thompson avait effectivement été envoyée en cachette à l'université de Harvard, sans l'autorisation du gouvernement mexicain où elles sont encore aujourd’hui. Je pensai qu'il était dans ce cas difficile de condamner Ishell pour son incursion au musée Peabody, si sa motivation n'était pas personnelle mais plutôt la restitution d’un trésor national. 

Je connaissais, depuis ma conversation avec Saul,  la contribution d’Edward Thompson et des ses multiples efforts pour creuser le puit sacré afin de le dépouiller de ses trésors. Ces fouilles avaient produites des artéfacts en métal en or et le cuivre ainsi que quelques pierres précieuses. Thompson y trouva également divers articles incluant des boules de jade, des items en caoutchouc, des poteries, ainsi que des figurines en bois ou en cire, des miroirs et encens. Je supposais que Thompson avait peut-être expédié ces items pour les sauvegarder comme richesse et héritage de l’humanité à la garde du musée d’Archéologie et d’anthropologie de Peabody; pour lui il s’agissait d’artefacts Atlantes. Rien non plus ne suggérais dans sa biographie qu’il s’était personnellement enrichi avec les artefacts qu’il avait retiré du puit. Mais cela n’excusait pas son manque d’égard et de respect face au gouvernement Mexicain, surtout de la part d’un diplomate en fonction officielle.

Mon livre expliquait que l'on avait longtemps attribué au puit de Chichen Itza le sacrifice de vies humaines comme offrandes faites aux profondeurs du cenote. Cela était fondé sur ce que l'évêque Diego de Landa avait rapporté au seizième siècle: « Dans ces puits les Maya sont accoutumés de jeter des hommes vivants comme sacrifice aux dieux en période de la sécheresse; ils ont soutenu qu'ils ne sont pas morts, quoiqu'ils n'aient pas été revus. Ils ont également jeté beaucoup offrandes de pierres précieuses et de d’autres choses qu'ils ont valorisaient considérablement… ». Je compris alors pourquoi les récits de Diego de Landa avaient autant intéressé Thompson et qu'ils avaient été à l'origine de son obsession pour le puit de Chichen Itza.

Il y eu après Thompson d’autres fouilles effectuées au puit de Chichen Itza dont une excavation récente effectuée par le National Geographic. Ils avaient été confronté par une épaisse couche de sédiment à plus de 17 mètres de profondeur ainsi qu’un fort courant provenant de la rivière souterraine qui s’opposaient à l’exploration approfondie du cenote. Ces fouilles dans le cenote ont démontré que le sacrifice humain n’était pas commun. Les squelettes de cinquante humains en tout ont été trouvés vers la surface du cenote, des enfants pour la plupart, qui sont vraisemblablement tombés par accident dans le cenote et se sont noyés. Il a été établit également que des jeunes hommes ont volontairement sautés dans le cenote dans un rituel pour prouver leur virilité, où ils devaient surnager dans le cenote de l’aube jusqu’au soleil de midi après quoi on les sortait de l’eau. Quelqu’un qui survivait au cenote était bénit par les dieux et gagnait le plus grand des respects. Il a été rapporté que le roi de Chichén Itzá a lui-même effectué ce rituel de purification pour démontrer sa valeur à son peuple.

En général, il me semblait donc que les habitants de Chichén Itzá préféraient offrir des objets de pierres semi-précieuses, des objets en métal et d'argile au dieu du cenote plutôt que de jeunes vierges ou des cœurs extirpés de victimes sacrificatoires. Mon livre mentionnait que les offrandes étaient systématiquement cassées ou endommagées comme si il s’agissait d’un préliminaire de la cérémonie de sacrifice.

Je me rendis vers la plateforme de l'autel cérémoniel qui existe toujours en partie. Je m’étirai le plus proche possible que je pouvais du bord du puit en m’appuyant presque sur le câble délimitant le périmètre de sécurité. De mon point de vue, les eaux vertes du cenote me semblaient insondables et remplies de mystères. Je senti un objet pointu m’entailler légèrement le dos en même temps qu’une main forte et ferme se posa sur mon épaule.

- Ne vous tournez pas ! Agissez comme si tout était normal ! ordonna l’homme derrière moi. Compris ?

Je n’avais pas besoin de le voir, je savais qu’il devait s’agir de cet homme que j’avais poursuivi. Je n’avais pas entendu ou perçu son approche; il m’avait surpris complètement.

- Compris ??? insista l’homme en poussant légèrement sa lame qui incisa mon dos.

Je grimaçai sous la douleur.

- J’ai compris !

- Bien ! Laissez tomber votre sac.

J’obéis et déposai doucement mon sac sur le sol.

- Vous avez quelque chose qui ne vous appartient pas et qui vous a été donné. C’est tout ce que je veux. Vous pourrez alors continuer de vivre tranquillement et continuer vos vacances....

Je comprenais bien sa menace implicite mais n’avais nullement l’intention de me laisser intimider.

- Je n’ai aucune idée de quoi vous parlez !

- Ne soyez pas stupide !

Je ressenti sa lame insister encore plus pressante dans mon dos, mais je décidai de le défier quand même :

- Vous pouvez me fouiller je n’ai rien. Vous avez déjà cherché ma chambre et vous savez que je n’ai rien. Laissez moi tranquille! Je sais que vous ne risquerez rien ici avec tous ces gens autour.

- Vous voulez parier votre vie là-dessus? répliqua-t-il sèchement.

J’étais certain qu’il ne bluffait pas.

- Non, vous avez raison. Vous gagnez ! Je vais vous donner ce que j’ai.

Je descendis la main doucement  dans ma poche et d’un geste vif, jeta la poignée de change que j’avais ramassé. Les pièces de monnaie rebondirent virevoltèrent dans toute les direction, créant la confusion que j’espérais. D’un geste vif, je me tassai vers la gauche et saisi son avant bras en étau entre ma poitrine et mon bras droit tout en saisissant de ma main gauche le poignet de sa main armée. Une femme cria et nous pointa aux autres, elle avait été témoin de toute la scène.

Je tordis le bras de mon agresseur le forçant à lâcher son poignard mais il me repoussa de toute ses force. Je perdis ma prise et mon équilibre et fut projeté par devant, au-delà du cordon de sécurité, dans le vide. Je tombai et fit ce qui me sembla une longue chute avant de frapper la surface du cenote avec le même impact que si il aurait s’agit d’un mur de pierre.

Je me retrouvai englouti profondément dans des eaux sombres. Je n’était pas seul : deux grands yeux luminescent et inhumain me fixaient depuis les bas-fonds. Comme un éclair, ces grands yeux fondirent sur moi. Je vis à son approche la bête monstrueuse foncer la gueule grande ouverte; il s’agissait d’un anaconda titanesque. J’étais paralysé par la terreur, je réagis à peine lorsque sa mâchoire se referma sur mes jambes et que le serpent m'entraîna encore plus profondément dans les eaux noires. Je commençais à manquer d’air. Je sortis enfin de mon état de choc et commençai à lutter et me débattre en vain contre le reptile; son étau était plus solide que l'acier. Entre deux battements de cœur, le monstre m'ingurgita jusqu'à la taille sans effort. Il me restait une chance, j'étais à portée de son museau et de ses yeux. Lorsque je croisai le regard de la bête, je me perdis dans son regard infini. J’abandonnai toute résistance et me retrouvai envahi par une étrange léthargie. Je ne pouvais plus résister alors que le colossal reptile finissait de m'avaler complètement. A l’intérieur l’obscurité la plus complète, dans des ténèbres où ni le temps et l’espace n’existaient.  Je me sentais mis en bouillie par sa constriction, me sentait dissoudre et réduire en poussières d’atomes.

- Réveille-toi!

La voix me traversa comme un choc électrique.

- Réveille-toi! ordonna de nouveau la voix familière.

J’obéis et je me réveillai. J’étais subitement de nouveau suspendu dans l’eau, une eau sombre et froide. Le serpent m’avait apparemment régurgité.  Je tentai instinctivement de retrouver la surface qui me semblait trop loin. Je commençais à être à bout de souffle, mes poumons étaient en feu. Je luttais contre la panique ainsi que le réflexe d’inspirer. Je perçai enfin la surface de l’eau et me retrouvai à l’air libre. Je venais de monter plus de 15 mètres. C’était sombre et je pouvais à peine distinguer de hautes et lisses parois rocheuses tout autour de moi. Quelque chose n’allait pas. Tout cela avait une sensation irréelle. Où était passé tout le monde ? Où était passé le soleil de l’après-midi ? Comment subitement pouvais-je passer de l'après-midi à la nuit le temps d'un simple plongeon?  Je nageai sur place. C’était pourtant bien le puit du cenote de Chichen Itza.  Je vis la lumière de torches qui se rapprochait venant par deux directions autour du puit. Ce n’est pas pour moi que l’on venait, mais pour un homme solitaire dans la nuit qui contemplait les eaux du puit depuis la plateforme cérémonielle. La lumière des torches me révéla qu’il s’agissait d’un homme simplement vêtu d’un pagne de coton. Il semblait à bout de souffle et absolument terrifié. Il regardait derrière et sur les côtés mais ne voyait aucune issue, il était entouré. Seul le cenote s’ouvrait devant lui. Il n’avait nul part d'autre où il pouvait aller. Ses poursuivants gardaient une certaine distance, bien armés de lances, masses et d'arcs bandés de flèches prêtes à être tirées. Ces hommes étaient des guerriers directement sortis des fresques de Chichen Itza. Un homme s’approcha doucement les mains ouvertes conciliant et souriant. Il portait robe blanche impeccable et des apparats brillants que je pouvais distinguer dans la distance. De longues plumes bleus vertes étaient piqué dans son couvre chef.  Ils ne me voyaient pas, du moins pour eux je ne semblais pas exister. Je les entendais à peine, ils parlaient passionnément et ils avaient un intense argument dans un langage que je ne connaissais pas. L’homme à la robe parlait prétentieusement d’une voix ferme avec la gestuelle exagérée du discours de fanatique.

L’homme acculé au rebord du cenote refusait de l’écouter et répliqua par une phrase pleine de mépris :

- Itzamna hahil; Kukulkan tuus Quetzalcóatl!

Devant ses traqueurs il se redressa et la dignité avait remplacé sa frayeur. Il montra le plus grand des dégoûts et crachèrent dans leur direction.

Instantanément une flèche se décocha et le foudroya à la poitrine. L’homme noble leva la main indiquant silencieusement à ses hommes de retenir leur attaque.

L’homme était à genoux, il restait intraitable même dans la douleur alors qu’il serrait quelque chose contre son cœur. Il répéta en désespoir plusieurs fois le nom d’Itzamna. Il cria quelques obscènes profanations, une malédiction qui visiblement suscitèrent certaines appréhensions et craintes parmi les guerriers. Je vis ces hommes lourdement armés reculer et prendre leur distance.

Le noble maugréa quelque chose. Il hurla un ordre. Personne n’osait bouger. Il sorti un dague. Il saisit le bras d’un guerrier proche et lui ordonna sans équivoque de tirer.  Sa lance transperça l’homme aux abord du puit part en part. Le guerrier avança et récupéra son arme d’un geste vif en l’arrachant de entrailles et du pied poussa le corps de l'homme dans le puit malgré les protestations du noble. L’homme exécuté brisa la surface de l’eau devant moi et coula à pic. Je plongeai à sa suite en tentant de le rattraper. Je voulais le ramener à la surface. Je réussis à le rejoindre dans sa descente. L’eau était alors étrange, maintenant à la fois claire et obscure.  L’homme était encore vivant et m’aperçu, d’abord effrayé puis il se détendit en me dévisageant comme si il m’avais reconnu. Il montrait une grande quiétude; pensait-il que j’étais un ange de la mort ? Il avait fait sa paix. Je reconnu son médaillon de terre cuite; c’était celui d’Ishell!  Il me regarda une dernière fois, je compris que je devais le laisser et moi remonter. Il avait fait son devoir et joué son rôle. Il me restait à accomplir le mien. Je me résolu à le laisser descendre dans l’obscurité insondable alors que je montai vers la lumière. J’émergeai enfin et je trouvai la clarté du jour et la foule des gens qui s’écriaient depuis les bords du cenote. J’étais de retour !  

Les ambulanciers étaient sur place alors que l’on me hissait hors du puits. Avec cette mésaventure, j’étais devenu l’attraction numéro un de Chichen Itza. Je fus examiné. J’avais une légère commotion cérébrale ce qui expliqua que j’avais perdu connaissance dans l’eau. Ils nettoyèrent et pansèrent ma plaie dans le dos. Ils vérifièrent mes vaccinations. J'avais eu toutes mes injections l'année dernière incluant celui de la rage et du tétanos à la suite de l'attaque de cet ours sauvage. 

Dès que les médics avaient terminé avec moi, des gestionnaires virent me voir. Ils désiraient avant tout de me voir signer une décharge légale où je n’imputait aucune responsabilité de ce qui était arrivé à au site archéologique de Chichen Itza et que je renonçais toute poursuites futures pour blessures, dommages, pertes ou vols. J’acquiesçai, je voulais vraiment éviter toute attention supplémentaire inutile sur moi. L’entretient avec la police et la sécurité fut bref. Ils ne me blâmaient de rien, au contraire j’étais la victime selon l’ensemble des témoins qu’ils avaient entendus. Ils voulaient que je fasse une courte déposition, relate les faits tels que je les connaissais et leur donne une description détaillée de cet homme qui avait tenté de me voler à la pointe de son arme. J’imaginai les gueules de Callas et de Morales lorsqu’ils seraient informés de cette nouvelle aventure. Les responsables du site m’offrirent généreusement ensuite de m’amener à l’hôpital ou de me reposer au Hacienda Chichen Resort, ce que je refusai. Tout ce que je voulais était de retourner à l’Allure. Ils retrouvèrent pour moi Ezequiel qui me ramena à l’autobus. Il était peiné et désolé de ce qu’il m’était arrivé. Du jamais vu!

Nous attendions le retour des autres. Il ne restait que 45 minutes en tout. J’hésitai, j’étais récalcitrant de lui parler de mon expérience mais je le fis quand même; j'avais tellement besoin d'en parler à quelqu'un et faire du sens de tout cela.

Je terrorisai complètement Ezequiel à la mention du serpent dans l’abîme et du reste de mon expérience. Par sa vive réaction, il m'était clair qu'il avait crû à des éléments de mon récit. Par après, il ne voulait nullement en discuter.  Il insista sur le fait que le choc à ma tête m’avait fait voir des choses qui n'étaient pas là et que je devais me reposer. Il avait probablement raison. Pourtant n'avait-il pas parlé lui-même du grand mysticisme de Chichen Itza? N'avait-il pas raconté que l’écho des cris des guerriers s'entendait parfois au milieu de la nuit dans la cour de la balle?           

Ezequiel cessa de me parler; il se tenait distant et évita de me regarder comme si j’étais devenu tabou pour lui. Son attitude bizarre me peina plus que tout le reste.

Nous ne rentrions pas immédiatement; notre excursion avait encore un goûter et la visite d'un autre cenote souterrain pour se rafraîchir. J'appréhendais ce délai comme un calvaire. J'avais déjà eu ma baignade de cenote et cette option ne m’intéressait pas du tout. D'ailleurs, je me sentais malade. Je me consolai en découvrant que Ik Kil avait des douches que j’utilisai pour me nettoyer et je profitai du soleil pour me sécher. J'allai ensuite au buffet déjà déserté par mon groupe. Je mangeai solitaire, distrait et complètement absorbé par mes pensées. La nourriture était excellente et me fît le plus grand bien.

Il me restait encore du temps à tuer.

En voyant tous ces gens  descendre sous terre, ma curiosité prît le dessus et je m'engageai à mon tour dans l’abrupt escalier de pierre. La vue qui m'attendait en bas me stupéfia. À quelques trente mètres de profondeur je découvris une grande grotte circulaire de près de cent mètres de diamètre avec son toit voûté ouvert sur le ciel du Yucatán  laissant entrer le soleil. Depuis là-haut un filet d'eau s'écoulait dans le bassin du cenote;  la nuée montante de gouttelettes engendrée par cette chute diffractait les rayons de l'astre solaire dans un brillant petit arc-en-ciel suspendu, comme par magie, au milieu du cenote.

Une riche végétation drapait les pourtours du cenote, des racines telles de longues lianes s'abreuvaient depuis la surface dans les eaux du cenote. L'endroit était plein de gens venues profiter de cet endroit frais et rafraîchissant pour relaxer et nager dans les eaux bleues claires où j'apercevais les ombres mouvantes de nombreux poissons. Je reconnu des visiteurs de mon groupe. Les plus intrépides d'entre eux se lançaient depuis une plateforme surélevée et crevaient les eaux du cenote sous l'oeil attentif des surveillants.

Je commençais à regretter de ne pas m'être joint à eux. Je devais admettre que la beauté fantastique mirifique du cenote captivait tout mes sens faisant de Chichen Itza qu'un mauvais souvenir passé. Je commençais à dédramatiser mon expérience. L'important après tout est que j'étais toujours en vie et encore capable d'apprécier les beautés de ce monde comme ce cenote et comme mon Ishell qui me tardait de retrouver.

Je feignit de dormir tout au long du retour alors que je méditai sur mon expérience et sur ce que j'avais vu dans le cenote sacré de Chichen Itza. Je n'écartais pas qu'il pouvait s’agir d’un rêve éveillé ou d’un délire causé par ma commotion. Pourtant je me rappelais des moindres détails depuis la sensation de l'eau froide, la lumière du feu de leur torche et de leur voix. J’étais en particulier hanté par la vision de cet homme que j’avais vu assassiné et qui était mort devant moi. Rien de cela n'était explicable; je n'avais pu imaginer tout cela. À moins bien sûr que je perdais mon esprit et mon ancrage à la réalité. Je voulais tellement comprendre. Cette dernière pensée me rappela le conseil prodigué par Rachel suggérant que j'avais tendance à trop rationaliser et ignorer mes sentiments et instincts et cela s'appliquait judicieusement à la vision que je venais de vivre. J’avais le sentiment que quelque chose d'extraordinaire venait de se produire et je ne savais si c’était bien ou si c’était mal.

Je comprenais par contre que ce que j'avais vécu n'était pas une vision aléatoire; pour Ezequiel cela avait une signification ayant peut-être ses racines dans la superstition mais qui demeurait véritablement bouleversante pour lui autant, sinon plus, que pour moi qui l'avait vécu.

Une voix me revint à la mémoire :

" ... vous ferez face à des forces dont vous ignorez tout, et qui je vous promet, vous détruiront sûrement !". Telles avaient été les menaces proférées à mon égard par l'agresseur d'Ishell que j'avais stoppé net à Playa del Carmen.  Lorsqu'il parlait de forces inconnues référait-il à ces phénomènes étranges auxquels j'étais confronté ?

 

Tout au long du retour, je  repensai à ma vision qui  m’avait semblé si réaliste, si réelle. Avais-je été témoin d’un évènement réel, était-ce ainsi que le médaillon s’était retrouvé dans le puit sacré ?   J'avais touché cet homme dans la mort. Qui était-il?  Un fidèle ou un prêtre d’Itzamna?  L’autre homme en blanc devait être un prêtre de Kukulkan Quetzalcóatl, peut-être même un Toltèque d’après ce que j’avais vu. Il était très possible qu’il fût à la poursuite de cet homme pour le sacrifier ou l’exécuter comme profanateur. J’étais de plus en plus certain qu’il s’agissait de la bonne explication. Mon livre faisait référence à la coutume des Itzas de tuer leurs aînés qu’ils suspectaient de pratiquer la sorcellerie. Cela incluait vraisemblablement les shamans qui ne reconnaissaient pas en leur Quetzacoatl la divinité suprême.

Ishell: je n'en savais pas plus sur elle. Je ne comprenais pas comment elle avait su que le médaillon était originellement dans le puit de Chichen Itza. Pour le reste, il n’était pas difficile de deviner que cet objet  ait pu se retrouver dans la collection de Thompson, ce dernier ayant essentiellement excavés tout ce qui avait de la valeur à Chichen Itza. J’avais remarqué aussi l’écriteau au puit sacré et de l'entrée qui indiquait également que les artefacts étaient en la possession de l’Université d’Harvard.

Ce qui m’amenait à d’autres questions: Pourquoi cet objet avait été ainsi caché? Était-ce pour l'empêcher de tomber entre de mauvaises mains ou pour qu'il soit à jamais oublié? En quoi était-il aussi important?

Cette expérience avait aussi éveillé en moi un sens d'urgence, une impression que le temps pressait.

"aulasaraijomavunga aKKunaKsoaKarniarpoK; je suis pressé; une grosse tempête s’en vient!" m'avait dit le Shaman inuit. C'était peut-être absurde, mais j'étais convaincu qu'il avait parlé de ce qui ce passait ici!

Peut-être que Saul amènera des réponses à cette question. J'avais tant hâte de le revoir, de tout lui raconter.

Malgré tout cela, restait en moi cette question anodine que je voulais ignorer, que je refoulais et qui revint également à mes pensées: Est-ce qu'une femme comme Ishell pouvait vraiment s'intéresser à un gars comme moi? Cet homme, ce Vigil, que j’avais entrevu à Playa del Carmen et à Cobá me semblait tellement parfait; le genre qu'aucune femme ne pouvait résister. Quelle était sa relation avec Ishell? Formaient-ils un couple ?

J’étais enfin de retour dans ma chambre d’hôtel. Personne ne m’avait laissé de message. J’enlevai mes vêtements desquels émanait une odeur de moisi. Je les mis de côté pour les laisser au service de buanderie. Je pris une bonne douche et attendis impatiemment. Le temps me semblait incroyablement lent. J'ouvris la télévision que j'abandonnai sur le canal de dessinsanimés de "Toon Network" où Duck Rodgers succédait à Scooby Doo. On frappa enfin à ma porte et je m'empressai d'ouvrir. J’éprouvai une profonde déception qui devait facilement se lire sur mon visage. Il ne s’agissait pas de Saul mais de Lilith Morris. Elle m’invitait à prendre un verre avec elle. Je m’excusai en lui disant simplement que je ne pouvais pas car j’avais déjà pris des engagements pour le reste de la soirée et que j’attendais quelqu’un de tout façon. Je vis que je l’avais froissée. De toute évidence Madame Morris n’était pas quelqu’un habitué à essuyer des refus.  Elle s’imposait toujours dans le pas de ma porte. Elle proposa même de se joindre à mon ami et à moi ce que je déclinai poliment. Je lui promis, pour m’en débarrasser, qu’on se reprendrait demain.

Je n’étais pas confortable dans les quatre murs de ma chambre, je sortis sur mon balcon au plein air. Je m'écrasai dans le hamac et j'attendis. Il se faisait tard; je pouvais apercevoirl’Hacienda tranquille et le personnel qui commençait à quitter pour la nuit. J'étais angoissé. Était-il arrivé quelque chose à Saul?


 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/d9/YaxchilanDivineSerpent.jpg

Par A. Saint - Publié dans : récits
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