Concours

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Lundi 29 juin 2009 1 29 /06 /2009 02:13

Des villageois vinrent à mon aide et je fût amené dans une hutte et confortablement installé dans un hamac. Je me suis endormi. Je me réveillai avec un mal de tête épouvantable. Je touchai ma nuque et grimaçai. Le derrière de mon crâne était sensible, enflé et couvert par une gale de sang sèche.  Mon malaise devait avoir résulté d’une commotion.

Rafaele était assoupis tout près et sursauta à mon premier geste. Je lui souris.

- Je suis désolé; je crois que j'ai gâché ma première impression. Je crois qu'elle a été surfaite !

 

Je tentais de me redresser et tendis la main à Rafaele pour qu'il puisse m'aider. Il recula, il avait peur de me toucher. Je réalisai que je l'effrayais.

Après quelques élans, je réussis à me remettre sur pied.

Je l'approchai. Il m'évita; il était tout craintif à mon égard. Je tentai de le rassurer :

- Bon sang Rafaele, ne soit pas ridicule ! Voyons c'est moi !

 

Il hésitait toujours. Je le comprenais bien. Sur le moment, les manifestations du shaman m'avaient semblées tout ce qu'il y a de plus naturel. Maintenant que je repensais aux évènements passés, à cette guérison miraculeuse du jeune garçon, à cette démonstration spectaculaire de télékinésie et de lévitation, je me sentais tout comme lui complètement dépassé. Je n'osais tenter de formuler une explication rationnelle ou scientifique sur ce qui c'était passé. Qu'il ait guérit cet enfant ne me surprenais pas; j'étais après tout moi-même un de ses miraculés. Mais pour le reste, je ne savais que penser de la lévitation des pierres qui avait été un spectacle de magicien destiné à impressionner les Mayas assemblés. Je n’étais pas certain que le Shaman ait eu l'effet qu'il escomptait.

Une autre chose m'inquiétait aussi, il était indéniable que le Shaman avait été de plus en plus présent; il avait bien démontré sa puissance. Pourquoi maintenant? Était-ce en raison du temps écoulé depuis notre rencontre en territoires Inuit, le fait d'être en terres Mayas ou par l'influence des artefacts ?

 

Je me retournai vers Rafaele. J'étais résolu à briser son appréhension.

 

- Ce n'est que moi ! insistais-je de nouveau en lui prenant sa main récalcitrante et en l'amenant à ma nuque. Je lui fis sentir ma bosse, toucher mon sang coagulé.

 

- Regarde, lorsque que l'on me frappe j'ai mal; lorsque l'on me blesse je saigne. Je suis le même gars que tu as rencontré à l’Allure !

Rafaele retira sa main sans rien dire.

 

Je le regardai avec détresse, j’avais tellement besoin qu'il me croit.

 

- Comment as-tu fait cela ? me demanda Rafaele avec réserve.

- Quoi ?

- Les pierres !

Je tentai de lui expliquer :

- Je n'ai rien fait ! Vous avez vu c'était mon Shaman qui tout fait.

- Nous n'avons vu personne, il n'y avait que toi ! répliqua Rafaele gravement.

 

J'étais désemparé.

-Les enfants l'ont vu ! insistais-je.

- Les enfants ont brièvement aperçu quelque chose qui les a effrayés. Chak, le plus jeune d’entre eux, affirme que c'est bien toi qui lui a imposé les mains et guérit. Tu sais qu'il était paraplégique depuis qu'il avait été frappé par un autobus de touristes l’an dernier ? Personne, même pas les médecins spécialistes de Mérida, ne pouvait faire quoi que ce soit pour lui.

 

Je ne dis rien; je ne savais plus quoi dire. Je mis mon visage dans mes mains et réfléchissais à tout cela. Le Shaman avait agit par mon entremise, en utilisant mon propre corps. Il n'était pas simplement invisible pour ces gens; il n'avait pas de réalité propre. Lorsqu'il se manifestait, il utilisait mon corps et c'était pour moi comme si j'étais mis de côté. Je voyais les choses de l'extérieur de moi-même comme cela était souvent rapporté dans les cas documentés que j'avais lu d'hypnose, de transe et de ...possession !

Je me rapellais ce que le shaman avait demandé à mon chevet avant de mourir:

"Vas-tu m’amener avec toi?". Et je lui avait alors dit oui! Non, je ne pensais pas que j'étais possédé, mais l'esprit du Shaman ou son âme était dans mon corps. N'est-ce pas ce qu'il avait tent  é de me dire la nuit dernière lorsque qu'il m'avait dit que j'étais mort et qu'il remplaçait mon âme? Cette idée bizarre et voir même absurde me rendait extrêmement inconfortable. Elle impliquait que nous étions le Shaman et moi comme deux entités distinctes partageant le même corps physique mais il ne me contrôlait pas plus que je le contrôlais. Il est vrai qu'il n'a jamais vraiment tenté de me dominer; avec les pouvoirs qu'il avait démontrés, je suis certain qu'il en serait capable. Je croyais toujours en sa bienfaisance même s'il était parfois trop impulsif et me mettait dans des situations difficiles comme maintenant !

La voix de Rafael me ramena à la     réalité du moment.

 

- Ils ne savent pas quoi faire de toi, disait-il bouleversé. Plusieurs pensent que tu n’es qu'une supercherie, un mensonge. D'autres pensent que tu es possédé par un mauvais esprit.

Je lui demandai avec appréhension :

- Et toi, qu'est-ce tu crois ?

Il avala sa salive et éclaircit sa gorge avant de me répondre.

- J'ai assisté aux prodiges comme les autres mais contrairement à eux, je te connais. Tu es une bonne personne; tu me l'as prouvé par plusieurs fois.

 

J’émis un sanglot et lui mis ma main sur son épaule avec soulagement. J'aurais été vraiment désespéré si Rafaele ne m'avais pas supporté.

 

Une femme maya entra et nous interrompît. Elle demanda respectueusement :

- Wihech ?

- As tu faim ? me traduisit Rafaele.

Je lui répondis que oui, j’avais très faim et que j’avais surtout soif.

Rafaele dit à la femme :

- Hach wihen; Hach uk’ahen.

Elle revint quelques minutes après avec un plateau remplis de tortillas, d'un bol de potage de maïs, de deux bouteilles d’eau et d'une autre de jus de pastèque.

Rafaele lui prit le plateau en la remerciant cordialement :

-Hatch uts, Net soy !

J’ajoutai mes remerciements en souriant à la dame :

- Dyos bootik !

Elle nous sourit gracieusement et nous laissa.

J’avalai une rasade d’eau qui me fit le plus grand bien.

Rafaele m’imita. Son regard restait fuyant. Il avait une face d'enterrement. Je voyais bien que quelque chose d’autre le tracassais. Je le fixai intensément de mon regard anticipant qu'il finirait bien par révéler ce qui le dérangeait autant.

- Quoi ? demanda Rafaele en me regardant tout en mâchant sa galette de maïs.

 

- Qu'est-ce qui ne va pas encore ?

 

Il mit de côté son pain et railla :

- Mis à part qu'il vont demander à la Croix parlante ce qu'ils doivent faire de toi, que c'est Kan Ek' Tunkuruchu Iki (Sage étoile Hibou lunaire) qui détient les artefacts et qu'il est complément hostile à ton égard, tout va bien !

 

Je ris spontanément. Je ne savais pas Rafale capable d'un tel sarcasme.

 

- Tu ne comprends pas insista Rafaele angoissé.  La Croix a tendance à dire ce que Tunkuruchu Iki veut bien entendre. Pour lui, tu es un effronté, venu exploiter la crédulité des Mayas pour nous voler notre sainte Croix. Il juge que tu es l'abomination la plus dangereuse pour le peuple Maya depuis les Conquistadores ! Il serait capable de demander ton exécution !

 

Je ne riais plus. Après Lilith et Alan en voilà un autre qui me voulait mort. Ces vacances allaient vraiment de mal en pis !  Je lâchai un grand soupir. Je ne devais surtout pas me laisser aller au désespoir.

- Je compte sur mon Shaman dis-je à Rafaele avec foi.  Il m'a déjà sauvé la vie par plusieurs fois; il va nous aider !

 

Surtout, maugréais-je tout bas, qu'il me le doit; il est celui qui a causé tout ces problèmes !

 

-J'espère que tu pourras nous faire un autre miracle, souhaita Rafaele à haute voix. Nous en avons terriblement besoin d’un !

 

Je l'espère aussi ! Il s'agissait pour moi d'une prière.

 

Rafaele se voulut rassurant :

Ne sois pas inquiet ! Je reste avec toi jusqu'au bout. Ils ont accepté que je te serve d'interprète.

 

- C'est bien ! commentais-je l’esprit préoccupé.

J'ajoutai tout bas :

-"Jusqu'au bout...", pour autant que la fin du chemin soit loin !

Rafaele m'avait entendu.

 

- Amen! conclut-il en faisant son signe de croix. Je me demandais laquelle des croix Rafaele venait d'évoquer.

 

Je continuai le repas complètement silencieux, absorbé et distrait. Je n’avais aucune notion du temps écoulé lorsqu'ils vinrent pour moi. Deux hommes me séparèrent de Rafaele qui me cria avec émotion de ne pas m'inquiéter, qu'il s'occupait de ma voiture et qu'il me rejoignait là-bas.

Maudite voiture, je m'en fichais éperdument ! En regardant mes gardes complètement sombres et stoïques, je compris que Rafaele n'avait vraiment pas le choix, pas plus que moi d’ailleurs.

 

Je fus escorté à une camionnette par des mayas armés.  Ils m'y firent entrer. J'étais constamment flanqué par deux hommes. J'avais peur. Je ressentais l'appréhension de l’accusé déjà condamné et amené devant juge et jury pour sa sentence.

 

Nous démarrâmes et partîmes dans la nuit. Nous retournâmes à Felipe Carrillo Puerto que nous traversâmes en direction Sud sur la 307. Sans avertissement nous tournâmes à gauche, vers l’est, sur un petit chemin de terre qui interceptait l'autoroute.  Nous poursuivîmes notre chemin le long de cette petite route sinueuse qui finissait en cul de sac dans un village perdu. Ils me firent débarquer et nous continuâmes à pied dans la jungle noire jusqu'à un cenote ouvert sur le ciel étoilé. Je crû un instant qu’ils étaient pour me jeter dans ce trou béant. Ils m’ordonnèrent de m’asseoir. J’était toujours intimidé par mon escorte mais comprenait qu’ils étaient surtout solennels en respectant un de leur dogme religieux.

De l’autre de côté du cenote, à la lumière des torches, j’aperçu la congrégation religieuse qui s’assemblait. J’aperçu aussi la Croix. Il s’agissait d’un tronc de Ceiba avec deux branches parfaitement perpendiculaires sur lequel une croix était sculptée. Le tronc reposait contre un arbre Ceiba bien vivant. Je comprenais que la scène réunissait plusieurs éléments sacrés pour les Mayas dont le Ceiba et le z'onot. La Croix reposait sur les racines de l’arbre de Vie qui s’abreuvait d’eau sacrée prenant origine dans le monde souterrain où vivait Chaac, le dieu de la pluie. Il était donc facile pour les Mayas d’accepter ici un phénomène surnaturel.

 

Je fus soulagé d’enfin apercevoir Rafaele arriver et me joindre. Nous observâmes une femme qui se prosternait devant la croix après lui avoir fait une offrande.

Rafaele m'expliqua que la Sainte-Croix doit être surveillée et nourrie plusieurs fois par jour. Cette jeune femme représentait Ix Cel, la petite femme de l’arbre, chargée de prendre soin de la relique sacrée. Il ajouta que nous étions gardés à distance de la Croix car nous n’avions pas subits les rites de purification nécessaire. Rafaele relata également que lorsque les Cruzobs célèbrent une "Novenas", une messe, il est coutume d'avoir avant un repas cérémoniel comprenant toujours des tortillas de maïs et, généralement, des tamales, des viandes, des fruits, du poivre, du chocolat, un désert et une boisson alcoolisée.

 

Je reconnu Tunkuruchu Iki dans le groupe de prêtres Mayas. Il présentait nos artefacts à la Croix. 

Une voix se fit entendre. Elle semblait émaner du tronçon de la croix mais il était évident qu’elle provenait d’un prêtre assis sous la croix. Rafaele mentionna tout bas que pour les Cruzobs, la voix de la Croix provenait d’un shaman ventriloque en transe, inspiré par les dieux. Cela s’accordait avec le Chilam Balam, un ancien texte maya, où le Shaman entendait les dieux et transmettait leur voix sur terre. Cet aspect mystique était donc parfaitement acceptable pour les Mayas. Cela m'expliquait aussi pourquoi la voix de la Croix relatait souvent, aux dires de Rafaele, la volonté de ce Tunkuruchu Iki. L'interprète de la Croix pouvait effectivement être influencé par les hommes.

 

Rafaele me fit la traduction au fur et à mesure que l'interprète de la Croix s'exprimait. Je n’aimais pas tout ce qui se disait.

 

«Les Mayas se doivent de reconnaître leur véritable ennemi, l'homme blanc».

 

Étant le seul « homme blanc » présent, j’étais directement visé. Je crispai ma mâchoire et serrai les poings anticipant avec appréhension la suite.

 

 «L'homme blanc avait une dette à payer, et elle a été payé avec la machette - pour le vol de nos terres, pour nous imposer l'esclavage, pour chacun des coups de fouet qu'il nous a donné, pour son impiété à Dieu et à la forêt, et pour avoir torturé et coupé les oreilles de nos grands-pères».

 

Les propos de la Croix semblaient vouloir raviver l’ancienne haine raciale de la guerre des Castes et cela ne présageait rien de bon.  Je priai mon Shaman. Qu’attendait-il pour se manifester ? Il n’avait jamais été timide jusqu'ici. Avais-je tort à son sujet? Avais-je en fin de compte imaginé le Shaman comme tout le reste?

 

« L’homme blanc n’a toujours rien appris. Même encore aujourd’hui, il continue à nous exploiter avec nos femmes et nos enfants, à nous forcer à son service et à son plaisir. Ses pieds foulent nos lieux sacrés en toute impiété. Il continue à violer les forêts et à détruire tout ce qu’il touche. Il vient comme un voleur sous les faux apparats d’amis mais il ne peut tromper notre peuple.»

 

Je ne pouvais renier que ces dires avaient une part de vérité dérangeante mais je n’étais pas dupe pour autant. Je voyais bien qu’ils visaient à me discréditer en raison de ma race. Pourtant, je savais bien d'expérience que l'homme est l'homme, ni ange ou démon mais parfois plus proche de l'un que de l'autre qu'importe la couleur de sa peau.

Je songeai également à Chibirias. Je ne pouvais pas tout perdre, ici et maintenant.  Je n'étais pas pour prendre toutes ces accusations sans rien dire. Je me levai et criai désespérément à mon Shaman en utilisant le nom que j'avais entendu de la bouche de Tunkuruchu Iki :

- Xaman Ek ! Les prêtres sont ici. Si tu as quelque chose à leur dire, dis-le maintenant !

 

Je n'eu aucune autre réponse que celles des prêtres Mayas qui criaient au sacrilège devant mon interférence; j’avais osé interrompre le prêtre de la Croix dans son débit de paroles. Je vis la douleur dans le regard de Rafaele me suppliant de me rasseoir et de ne plus rien dire.  Je voulais tellement qu’ils comprennent que je n'étais pas leur ennemi !

 

Une douce lumière commença à émaner du sommet du Ceiba. Elle baignait toute la scène et semblait sans source distincte. Les protestations furent remplacées par des exclamations de surprise alors que certains d’entre pointaient vers le sommet de l’arbre. Dans cette confusion, quatre prêtres commencèrent alors à parler en cœur, d’une seule voix, coupant le prêtre qui avait parlé avant. 

« Le temps est vivant et comme tout les êtres de ce monde, il est régit par des rythmes et les évènements sont destinés à se répéter. Ces prophéties doivent être considérées comme le message des dieux. Ceci est en mémoire de Hunab Ku, divinité suprême, et de son Fils Itzamna qui est venu dicter ses paroles aux prêtres. Nous sommes prophètes connus sous les noms de chalames Balames, magiciens, interprètes des paroles étant données dans la maison du Chilam. Ces mots sont un avertissement, un conseil et leurs significations sont révélées aux plus sages des hommes ».

Rafaele me traduisit tout ce qui se disait mot à mot. Il semblait déjà connaître ces paroles par coeur.

« Le serpent à plume est une énergie vitale donnant naissance au monde. Il est aussi appelé Canhel, ce qui veux dire serpent ou dragon; il est relié aux eaux primordiales et au plan d'existence original depuis lequel le monde a émergé.

L’incarnation du Serpent est le principe de la génération de l’énergie sacrée qui donne vie perpétuelle au cosmos. L’existence de l’univers suit une loi cyclique de mort et renaissance, de créations et destructions, alimenté par un conflit de forces. Ceci est illustré par la nature des forces divines antagonistes des dieux des 13 cieux qui représentent la vie et de leurs opposés, les dieux des neuf niveaux souterrains incarnant la mort. Les énergies de la vie et la mort, de la création et de la destruction, fournissent la force qui fait tourner le grand cycle de l’univers. Il doit y avoir équilibre dans la dualité».

 

Ce qu’il se disait évoquait pour moi des images, les deux serpents à plumes du mythe de la création présenté à l'Allure. Je comprenais aussi que la dualité des était un concept très prisé chez les Mayas. Cette philosophie n'était pas sans me rappeler le rapport du Yin et du Yang chinois.

 

Les prêtres continuaient :

« Le sang est le principe vital qui unit les Dieux et les hommes. Il est ce qu'il y a de plus précieux dans ce monde. C’est un dû que d’offrir son propre sang aux dieux, il est un affront de voler à un autre ce que les dieux lui avait donné. L’homme blanc n’est pas le seul à avoir fait couler le sang des mayas. Ne blâmez pas non plus les Toltèques ou Nahuas du passé car bien avant eux les Mayas ont marqué le chemin de leur histoire par le sang de leurs frères et de leurs sœurs ! »

 

Leur ton passa au reproche :

« Tout a commencé par la guerre qui était conduite de façon limitée souvent de façon cérémonielle. Les Rois, les k’ul ahaus, ne voulaient que capturer et sacrifier leur rival a des fins politiques et rituelles. Parfois seule la partie d’une citée se retrouvait endommagée et habituellement la destruction se limitait aux palais et quartiers cérémoniaux, laissant une blessure ouverte dans le coeur de la ville qui souvent n'y survivait pas. La convoitise malsaine de ressources a poussé les villes à conquérir un voisin plus faible ou à augmenter l’exploitation de ses citoyens les plus pauvres. Ceci a initié une escalade avec des guerres devenues plus fréquentes, intenses, mortelles, destructrices et de moins en moins retenues par des principes honorables entraînant la déchéance de toute notre civilisation. Pourtant, ceci n’était pas la voie enseignée par le premier Shaman, le grand Guérisseur oublié par les grands prêtres Ahaucans qui avaient déjà reniés les anciens dieux pour adorer le Kukulkan amené par la ville du chemin des dieux, aussi appelée la grande place des roseaux.»

Rafaele avait les yeux grands ouverts. Je voyais bien qu’il était absolument fasciné par ce qu’il entendait.

Il ajouta tout bas : Ils parlent de Teotihuacán !

 

J’avais déjà entendu ce nom auparavant en association avec la ville de Mexico.

 

Les voix de la croix poursuivirent leurs reproches :

« Rappelez-vous des rivalités de Tikal et Calakmul qui ont entraîné et dévasté tout une région avec elles. Rappelez-vous de Lune Double, le Seigneur Cacao, Hasaw Chan K'awil, Ah Kakaw et Roi de Tikal.  Il a finalement défait la ville de Calakmul et en a sacrifié son roi, son propre frère, en le décapitant et lui arrachant publiquement le cœur. Il a complètement saccagé la ville de son frère rival. Bien qu’il ait restauré pendant un temps le pouvoir de Tikal, son pouvoir a été stérile car avec sa mort, Tikal est morte aussi !  Cancuén aussi a été décimée et sa noblesse massacrée. Rappelez vous aussi de Mayapán !  Mayas contre Mayas se battant entre eux comme des Chichimèques enragés !  Palenque, Yaxchilan: des grandes citées anciennement fières qui sont toutes en ruines et oubliées tout comme Uxmal, Sayil, et Labna.

 

Le peuple du Maïs a abandonné tous ses droits sur ces citées et c’est la jungle qui les a réclamée ! La venue de l'homme blanc n'a pas causé la chute de notre peuple; les mayas étaient tombés bien avant eux. Alors que les hommes blancs bâtissaient des maisons sur leurs terres, les enfants des Xius et des Iz'as continuaient toujours à se faire la guerre. C’est pourquoi il y a eu la Croix, car seule sa Voix a réussie à unir notre peuple divisé afin de prévenir son éradication et lui redonner un avenir. »

 

Cela engendra des murmures concernés dans le groupe de Mayas. Je voyais que Rafaele aussi était impressionné. J’avais pour ma part la chair de poule.

 

Les prêtres parleurs reprirent leurs sens, incrédules. Les mayas entamèrent une discussion passionnée départageant les mayas en deux camps. Certains d'entre eux étaient évidemment choqués de s'être ainsi fait sermonnés et accusaient les prêtres parleurs de duplicité et de complicité avec moi.


Ceiba par CM Sims260ANS126DSCN7336 par David Ducoin
Mayan ceremony par susannah78
mayan ceremony par orcagirl
La Conquista par vicos.Fernando Castro Pacheco (Mérida, Yuc. 1918 - ). Mural en el Palacio de Gobieno, Mérida, Yucatán, México.
El henequén par vicos.Fernando Castro Pacheco (Mérida, Yuc. 1918 - ). Mural en el Palacio de Gobieno, Mérida, Yucatán, México.
Venta de indios par vicos.Fernando Castro Pacheco (Mérida, Yuc. 1918 - ). Mural en el Palacio de Gobieno, Mérida, Yucatán, México.
Pacheco Mural: Subjugation of the Maya par cpence
Fernando Castro Pacheco (Mérida, Yuc. 1918 - ). Mural en el Palacio de Gobieno, Mérida, Yucatán, México.
Vicente María Velázquez par vicos.Fernando Castro Pacheco (Mérida, Yuc. 1918 - ). Mural en el Palacio de Gobieno, Mérida, Yucatán, México.
Fernando Castro Pacheco (Mérida, Yuc. 1918 - ). Mural en el Palacio de Gobieno, Mérida, Yucatán, México.
Pacheco Mural Detail - The West par LemurlingFernando Castro Pacheco (Mérida, Yuc. 1918 - ). Mural en el Palacio de Gobieno, Mérida, Yucatán, México.
Roxanne 165 par roxannesmee

 

 

Par A. Saint
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Lundi 29 juin 2009 1 29 /06 /2009 00:43

Nous reprîmes la route en direction sud jusqu'au village de Felipe Carrillo Puerto . Rafaele me raconta que ce village avait l'histoire la plus extraordinaire de toutes les villes du Mexique. La ville auparavant s'appelait Chan Santa Cruz et a été fondé par les rebelles Maya lors de la Guerre des Castes du Yucatan entre 1847 et 1850, et jusque 1900 cette ville était la capitale du seul État Indigène Américain indépendant à s'être établit avec succès depuis la Conquête espagnole de l'Amérique.

 

Rafaele raconta que Chan Santa Cruz a été construite en partie avec le labeur d'esclaves Ladinos capturés par les Cruzobs qui adoraient la croix parlante placée au "Balam Na" c'est à dire la maison du Jaguar. L'édifice qui était initialement un temple Maya était maintenant l'Église catholique de la ville. Cette petite ville a survécue cinquante années de raids de l’armée Yucathèque et Mexicaine avant de se rendre aux autorités Mexicaines il y a tout juste cent an de cela.

 

Nous sommes allés voir la Grotto de la Cruz Parlante, la grotte de la croix parlante, quatre blocs à l’est de la plazza centrale. Rafaele consulta de nouveau le disque de Chibirias qui continuait obstinément de pointer vers le Sud. Il en était déconcerté; il m’expliqua qu'il avait cru que le disque de Chibirias était relié à la croix parlante et à ses lieux sacrés pour les Cruzobs comme Tulum, Chunyaxche et Chan Santa Cruz .

 

Rafaele suggéra que le disque ne fonctionnait peut-être plus comme auparavant. Je lui montrai l'effet sur ma boussole, lui démontrant que le disque possédait toujours un puissant champ magnétique. Il se ravisa et commenta tout bas qu’il était normal après tout qu’il en soit ainsi car la Croix n’y était pas.

Ce qu’il me dit qu’il m’intrigua. Je lui demandai si il parlait de la Croix parlante originelle ; existait-elle encore ? Cette croix était-elle encore adorée par les Mayas d’aujourd’hui ?

Il me répondit que oui, les sanctuaires de la « Croix parlante» demeuraient encore une partie essentielle de la culture et foi locale. Il n’y avait que trois années seulement depuis que le gouvernement mexicain a finalement levé l'opprobre de la sorcellerie, à laquelle les prêtres Mayas ont été soumis en vertu des lois civiles et du dogme catholique romain. Non seulement les traditions Mayas étaient enfin affranchies publiquement mais le culte de l'Église de la Croix Parlante était reconnu comme une religion légitime. Il y a avait une plaque proclamant cette reconnaissance au sanctuaire de Carrillo Puerto.

 

Rafaele m'affirma aussi qu’il existait bien une Croix authentique et que les Mayas ne laissaient aucun étranger l’approcher. Elle était gardée et cachée loin de tout regards exceptés celui des chefs spirituels des Cruzobs, les shamans et un cercle restreint de prêtres. Il m'expliqua que leur hiérarchie était calquée sur celui de la religion catholique romaine avec un chef spirituel suprême comme le père pontife, le Nohoch Tata (Grand Père), assisté par quatre cardinaux, les Kan Ek' (Sage Étoiles), huit archevêques, les Ek' (Étoiles), vingt évêques Cho’op (Aras), ainsi que par 80 prêtres, les K'in (Soleils).

J'étais impressionné, je n'avais aucune idée que le culte de la croix parlante était aussi vaste et bien organisé. Rafaele voulais que je sache bien avec qui j'aurais affaire. Je le rassurai en lui affirmant que je traiterais le sacerdoce Maya avec le plus grand respect et que je me conformerais à tout leurs protocoles et coutumes même si elles me seraient étranges. Il sembla satisfait de ce que je lui avais dit; je sentais qu'il me faisait confiance.

Un petit détail me trotta dans la tête, le nom maya des prêtres de la Croix était K'in, comme Ahulane K'in Balam ! Rafaele était-il un membre consacré du clergé Maya ? Il me semblait bien trop jeune pour cela. Par contre, basé sur ce qu'il m'avait dit de Papah, je croyais que son père adoptif avait été un prêtre ou plus haut placé dans leur ordre religieux.

 

Je demandai donc à mon jeune ami si Papah avait fait parti du cercle de prêtre de la croix parlante ou si il avait vu par lui-même cette croix légendaire.   Rafaele alors s’excusa, il devais me laisser quelques minutes le temps d’aller voir quelqu’un. Il avait évité de me répondre mais il s’était trahit par son langage corporel et son expression faciale. Je ne poussai pas le sujet plus loin.    

 

Je me trouvai un banc en face de l'église. Je fixai du regard son clocher monté d'une croix, la croix chrétienne. La croix était déjà depuis les anciens Mayas un symbole sacré : celui de l’Arbre de la vie et de la voie vers les dieux. C'est sur une croix que le Christ a fait le sacrifice de son sang et de sa vie ce qui est un principe qui s'accorde bien avec l'esprit des rituels mayas. Ceci explique pourquoi les Mayas avaient été initialement ouverts aux idées du christianisme. Il y avait pour eux une symbolique profonde et une signification spirituelle pour la Croix Sainte des chrétiens qui se confondait avec la croix de l'arbre de la vie de la cosmologie maya.

 

Je repensai à la conversation avec Rafaele.  Cela me laissais présumer que cette Croix maya existait encore et qu'elle avait, selon les mayas d'aujourd'hui, encore le pouvoir mythique de parler avec la voix des dieux. La puissance de cette croix était réelle ou juste un mythe ? Était-ce juste une propagande ayant servie à unir les insurgés mayas du Yucatan contre leurs tortionnaires donnant ainsi à leur rébellion un sens de guerre sainte ? Je ne pouvais exclure la possibilité que la croix soit véritable; j'avais subi récemment assez d'expériences paranormales pour y croire.  

 
Était-ce le trésor que Chibirias recherchait originellement ? Était-ce l'artefact que je devais retrouver, cette croix par laquelle les dieux parlaient à leur peuple élu ? Cette même croix qui prodiguait des conseils de guerre et qui avait promis de protéger ses guerriers contre les armes de leurs ennemis et de les mettre à l'abri de leurs balles ?

Une telle croix aurait une valeur incommensurable et je ne doutais pas que des gens comme Lilith et son frère seraient sûrement prêts à tuer pour la posséder.

 

Je regardai assis l’activité du village. Je regardais tous ces Mayas qui déambulaient et qui parfois avaient un regard curieux dans ma direction. Ils étaient tous des descendants des rebelles Cruzobs et je comprenais bien que certains d’entre eux n’aient pas de grand amour pour le gouvernement Mexicain ou l’homme blanc. Comment les blâmer ? Il y a moins d’un siècle, sous le joug de l’Aristocratie Mexicaine et de l’Église, ils subissaient encore l’esclavage. Ils avaient vu leur propriété volée, ils avaient été exploités, surtaxés et torturés par ceux qui désiraient les soumettre.

 

Au nom du Roi et de la croix, les espagnols et le clergé Catholique Romain ont dépersonnalisé les Mayas et tenté systématiquement de détruire leur identité en faisant disparaître complètement leur culture, leurs valeurs et religion. Ils ont essayé d’écraser leur fierté, d'effacer leur passé en brûlant leurs écrits et détruisant leur idoles et grandes oeuvres d'art. Afin d’étendre leur domination, les Conquistadores ont voulu assimiler des millions de natifs américains qu'ils ont colonisés par la force des armes et en leur imposant leur valeurs, culture, religion et mode de vie alors que les mayas mouraient par milliers, victimes de maladies amenées du Vieux Continent pour lesquelles ils n'avaient aucune immunité. Une histoire tragique révélant la constance de l'homme qu'il s'agisse d'Anglais ou de Français au Nord du Nouveau Monde ou en Afrique.

 

Malgré des siècles de brutalité et de répression, les Espagnols n'ont jamais réussi à briser complètement l'identité maya. Et jusqu’au début du vingtième siècle, les Mayas sont resté irréductibles, ayant même lors d’une insurrection réussit à reprendre l’ensemble de leur terres au main des Yucatecos jusqu'aux murs de Mérida. Rachel avait vraiment eu tort : les Mayas en tant que peuple existaient toujours, pas seulement dans des jungles tropicales reculés pratiquement inaccessibles, mais également ici, tout près de l'Allure.

 

Rafaele revenait. Je mis de côté mes réflexions. Il était nerveux. Il annonça que nous devions aller à un petit village du nom de Tixcacal Guardia (X-Cacal) où se trouvait présentement un saint homme maya, un haut religieux de la Croix. Nous retournâmes à la voiture et empruntâmes la route 295 vers le Nord jusqu’à ce que nous traversâmes une petit village nommé Señor pour emprunter une petit chemin bifurquant vers l’ouest qui nous amena plus profondément dans la forêt de Quintana Roo.  

La route passait par un petit village de huttes. Nous nous y arrêtâmes. Rafaele m'abandonna encore une fois, en m'ordonnant de ne pas bouger et de l'attendre dans la voiture. Il prit les artefacts avec lui.

 

Après de longues minutes, je sortis du véhicule pour prendre l'air. Nous étions sur la fin de l’après-midi. Un groupe de jeunes enfants venaient vers moi curieux. Ils traînaient un petit garçon assis dans une charrette improvisée à partir d’un caisson de bois et deux roues de bicyclette. Je réalisai que je n'avais pas grand chose à leur donner mis à part quelques gommes à mâcher sans sucre et du petit change dans le fond de ma poche.

 

J'étais pour leur offrir tout ce que j'avais lorsque je vis les enfants subitement stupéfaits et terrorisés.

Ils fuirent en criant :

- Ik'oob! Ik'oob!

 

J'étais navré; mon désir de faire bonne impression chez ces gens était raté ! Ce n'était pas de ma faute : le shaman était apparu à mes cotés et ils l'avaient vu. Ces enfants pouvaient voir mon Shaman !  Je ne considérai pas plus longtemps l'interprétation de ce que cela pouvait signifier; dans leur fuite les enfants avaient abandonné leur plus jeune compagnon terrorisé dans sa boîte. Il pleurait et devait être paralysé par la peur car il semblait incapable de bouger. 

Mon Shaman l'approcha en souriant et lui dit tout gentiment :

- Tin in k’aba’ Mahucatah Waay Quitze ! (Je suis « distingué Magicien au sourire » !)

 

Je ne comprenais pas ce qu'il s'était dit mais cela calma le garçon qui le regardait curieusement avec ses grands yeux noirs écarquillés.

Le Shaman lui demanda :

- Bik wanil teck? (Qu'est ce qui ne vas pas avec toi ?)

 

- In ka ok; Man p’atin pek (Mes deux jambes; je ne peux bouger !)

 

- In wil-ik! (Je vois !) dit le Shaman.

Il lui demanda ensuite :

- Cha in wantikech !(Laisse moi t’aider!)

 

Il flatta la tête de l’enfant, la mis entre ses mains et se concentra et lui ordonna :

- Ts’aakik kunik ! (Guérit !)

Il demanda à l’enfant :

- Tunte(Essaie), Li’sik ! (Debout !)

- Man p’atin pek ! redit l'enfant avec insistance sans essayer.

-Tunte tu ka’ten! (Essaie encore !) encouragea mon Shaman.

Et l’enfant tout surpris réussit à se lever au bout de ses efforts. Son tout jeune visage s’illumina d’un sourire incrédule. Ses jambes étaient faibles et défaillantes; il s’accrocha à moi. Je le soutins avec mon bras.  

- Uts! Uts! (Bien! Bien!) commenta le Shaman.

L’enfant me regarda et me dit :

Dyos bootik! (Merci!)

Il laissa ma main. Il trébucha et se releva absolument ravi en riant.

 

Il fit quelques pas en criant :

-Na! Pakte! Naa! Kik! Paktik! (Maman ! Regardez ! Maman ! Grande sœur ! Regarde !)

 

Je contemplai la scène, le cœur tout chaud. Le shaman n’était plus là. Je vis du coin de l'oeil ce dernier s'éloigner et s'avancer dans le village. Que faisait-il encore ? Je couru à sa poursuite.

Il entra dans une cabane. Je réalisai qu'il ne s'agissait pas d'une résidence mais de l'église dominicale. C'était la structure la plus importante du village, elle était peinte et une croix rudimentaire était placée sur sa façade.

J’entrai à la suite du shaman.

L’intérieur était divisé par une paroi intérieure qui isolait une section. Je compris qu'il s'agissait du Sanctum, de la Gloria, le sanctuaire de la Sainte Croix. Un maya armé surveillait l'accès à la section fermée de l'Église.  Il m’intercepta. Il me dit fermement qu'il n’était pas permis au visiteur de voir le "Santisimas."

Je lui montrai désespérément mon Shaman qui approchait de l’autel couvert par des voiles blancs qu'il souleva impunément. Il révéla ainsi l’autel ornementé de fleurs mais ce dernier était vide : il n'y avais pas de croix à la grande déception du vieil homme qui disparut. Après avoir assisté à la scène, le gardien me regarda à la fois surpris et terrorisé et s'empressa de sortir.

 

A la sortie de l'église m'attendaient des hommes en colère, convaincus que j'avais profané leur lieu le plus saint. Dans quel merdier m'étais-je encore fourré ? Je tentai de retourner à la voiture sans faire d'histoire en cherchant Rafaele du regard pour me rassurer mais il n'était pas aux alentours. Des mayas m'engueulaient à mon approche me traitant de "K'asal Ik'oob" (mauvais esprit). Des hommes brandissant leur machette me harcelaient alors que d'autres tout aussi menaçants tentaient de m'intimider. Je ne leur montrai pas ma peur mais j’étais véritablement terrorisé; c’était comme marcher dans un très mauvais rêve.

 

J'avais le dos tourné lorsque je senti l'impact de la pierre derrière la tête. J'en avais vu des étoiles et était pratiquement sonné. Par réflexe je mis ma main sur ma nuque et la ramena : elle était imbibée de sang. Je me tournai vers les villageois juste à temps pour voir un villageois me jeter une autre pierre. La main de mon shaman intercepta le projectile. Il me regarda désolé en voyant mes mains sanglantes. Il lâcha la roche qui resta suspendue, immobile dans les airs.  Il ramassa deux pierres qu'il plaça équidistantes formant un triangle équilatéral flottant un mètre du sol.

Les mayas rassemblés étaient impressionnés et je sentais que pour eux tout cela avait également une signification particulière.

Un homme hystérique amena le petit garçon de la charrette qu'il fit marcher à la consternation de tous. Je vis ensuite le garçon me pointer du doigt.

Bon, qu'avais-je fait encore ?

L'homme avança vers moi, émue en me répétant sans cesse les mains jointes :

- Dyos bootik! K’u ku bootikech!

Je comprenais qu'il s'agissait de remerciements. Il devait être le père du petit bonhomme.

Le shaman me souffla une réponse, "Mixbaal !", c’est à dire "de rien !" que je répétai à voix haute.

Le groupe de Maya devint alors soudainement silencieux. Un homme d'age mur venait et les Mayas s’empressaient de lui libérer le passage. Les villageois se prosternèrent et baissèrent leurs yeux devant lui. Ce haut religieux maya évitait de regarder les villageois levant son nez de façon arrogante et marchait cérémonieusement en marquant chacun de ses pas avec son bâton ornementé de motifs rappelant celui du serpent à plume et de la croix. Il y avait des hommes à sa suite, incluant Rafaele qui échangea avec moi un regard inquiet. Il ne faisait pas de doute, cet homme était ici le « head honcho ».

Il examina le jeune garçon et étudia les pierres défiant la gravité. Il tenta vainement de cacher son étonnement.  Il y avait plus que de la surprise dans son visage; je décelais dans son regard dur et méfiant une certaine rage et frustration.

Il s'avança me traita lui aussi de façon menaçante de « K'asal Ik'oob », mais je ne réagis pas, je restai calme. Il conjura la force des Chakoobs, les anges qui étaient la force active de son dieu et il tenta de m’exorciser par un rituel criard et agressif; je ne bougeai pas. Tout ses efforts étaient déployés contre moi; il ignorait mon Shaman qui en prenant tout son temps joignit des cailloux de différentes grosseurs au triangle dans une configuration qui m'était bien familière : Orion, la constellation du chasseur qui s’élevait dans le ciel. Le shaman ajouta la pierre qui m'avait frappée, imbibée de mon sang au coeur de la constellation à l'endroit correspondant à la nébuleuse. Il contempla son oeuvre ravi.

 

Le prêtre maya serra la mâchoire et fronça les sourcils. Il était clair que cela était très symbolique. Il redoubla en vain en ses menaces, prières et supplications. Malgré ses efforts rien n’arriva, Orion migrait toujours dans le ciel et mon shaman était toujours là. Je savais pertinemment qu’il ne s’agissait pas d’une bonne chose. Mon Shaman était en train de lui faire perdre face devant tous ses gens. Je voyais sa frustration montante. Il s’approcha et pris mes mains rouges de sang. Il les étudia et les mis sur les siennes. Ses yeux s’ouvrèrent incrédule. Il me craignait maintenant.

- Baal a he’ (Qu'est ce qu'il y a ?) demanda un subalterne du prêtre. Ce dernier l'ignora et me demanda gravement :

- Baax a k’aaba’ ? (Quel est ton nom ?)

 

Je ne comprenais pas ses mots, ni le sens de sa question. Mon Shaman répondit à ma place. Il s'installa  tout près de moi, dos au soleil couchant. Il leva les mains bien hautes et avec la gestuelle d'un chef d'orchestre, il ordonna à la poussière de s'agiter, aux pierres de s'élever, le tout bougeant dans un étrange cercle autour de lui. Tout comme pour Orion, l'arrangement n'était pas au hasard, j'identifiai la Grande Ourse, l'Aigle, le Cygne, la Lyre, Pégase parmi toutes les autres constellations qui orbitaient autour de lui.

Dans les clameurs, j’entendis :

- Baax u k’aat u yaik ? (Qu'est-ce que cela veux dire ?)

Je savais ce que cela symbolisait : l'étoile polaire, l’axe du ciel, mon guide, mon compagnon fidèle lors de toutes ces longues nuits dans les territoires nordiques.

Le prêtre maya le reconnu aussi et l'appela Xaman Ek.

 

À ce moment, il y avait plus que les roches qui tournoyaient pour moi; le sol, tout ce m’entourait tournait. Je me sentis alors affaibli, vidé de toute énergie comme après d'épuisants efforts. Mes jambes me trahirent subitement et je m'écroulai tout comme toutes ces pierres que rappela la gravité.

Felipe Carrillo Puerto par avenue44
one of the main drags in felipe carrillo puerto par house9road47
COYOACAN-calle Felipe Carrillo Puerto par elisababou
Felipe Carrillo Puerto, Mexico par hirokit
Felipe Carrillo Puerto, Mexico par hirokit
Felipe Carrillo Puerto, Mexico par hirokit
Felipe Carrillo Puerto, Mexico par hirokit
Felipe Carrillo Puerto, Mexico par hirokit
Balam Na - Chan Santa Cruz par calakmulBalam Na

Tixcacal Guardia par roberta vassallo
Tixcacal Guardia
Tixcacal Guardia par roberta vassallo

Orion the Hunter par Dan Hershman
Polaris Star Trails - ~3hr exposure par Odalaigh


Par A. Saint
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Lundi 29 juin 2009 1 29 /06 /2009 00:17

Je déjeunai seul dans ma chambre en contemplant les deux artefacts. J’étais certain queRafaele avait tort d’être ainsi défaitiste et que j’étais sur la bonne voie. Si je savais quelque chose sur les anciens Mayas, c'est qu’ils vénéraient le temps au point d’en faire une obsession. Ce deuxième disque était certainement un véritable artefact et non une forgerie ou d’une reproduction. Il était vieux d'au moins onze siècles d'après la date sur la stèle.

 

La technologie qui avait permis la découverte de ce disque était par elle-même extraordinaire. Si les écrits n’inspiraient pas Rafaele, pour ma part la substance qui les constituaient était absolument fantastique; elle ne correspondait à rien à ce que je connaissais. Il y avait pour commencer ce métal bleu. Il semblait pur et pourtant ne pouvait rien correspondre à quelque chose de naturel. Il existait des minerais bleus comme ceux à base de Cobalt tétraédrique.  Le tantale est gris bleu, lourd, ductile, très dur, très résistant à la corrosion des acides, et est de plus un bon conducteur de chaleur et d'électricité mais ne correspond ni de près ou de loin à ce mystérieux métal que j’avais en main. Le Vanadium est associé à la cavansite d’Inde qui a une couleur bleue typique alors que apophylyte a une couleur plus verte que bleue mais ce sont des minerais qui n’ont rien de métallique.  Le Cuivre produit également des minerais bleus et verts comme l’azurite, la malachite. En particulier, l’aurichalcite était un carbonate de cuivre et de zinc basique de couleur bleue. J’étais aussi familier avec le Bismuth qui était un métal blanc légèrement rosé dont les couches d’oxydes étaient iridescentes et prenaient parfois des reflets bleus mais ce métal que je regardais n’était pas du bismuth.

 

Ce métal était quoi au juste ? Quelles étaient ses propriétés électrique, magnétique et physique ? Le disque de Chibirias, en plus de ses propriétés magnétiques singulières, pouvait changer complètement de couleur. Ces métaux étaient incroyables; ils ne pouvaient qu’être des alliages; ils étaient donc artificiels. Ils défiaient toutes mes connaissances scientifiques. Ces matériaux étaient rien de moins que révolutionnaires. Enfin, le design du disque lui-même avec ses vingt dentures droites était particulier. Peut-être étais-je biaisé par ma formation d’ingénieur mais le disque bleu me suggérait une roue d’engrenage plus que tout autre chose. Comment le concept du train d’engrenages pouvait-il se retrouver chez un peuple ancien qui supposément ne connaissait pas les rudiments de la roue ?  Je me souvins que ce même peuple était pourtant capable de faire crier une pyramide comme un oiseau par une incroyable maîtrise de l’acoustique. Peut-être en fin de compte mon idée n'était pas aussi absurde que je ne l'avais initialement pensé.

 

Comment Rafaele pouvait-il être ainsi désillusionné face à une telle découverte ? Qu'avait-il espéré d’autre; une révélation divine avec des trompettes célestes ? Je comprenais qu’il soit concerné par le danger, les possibles victimes et le potentiel destructeur associé à cette aventure; je l'étais aussi.

 

Peut-être que je me trompais complètement sur les sentiments de Rafaele. Je croyais que mon Shaman avait malheureusement eu raison à son égard. Il avait les connaissances mais le merveilleux ne touchait pas son cœur. Il devait en fait être embêté que notre quête ait produit une réelle découverte. Il avait jusque là du se sentir sécurisé alors qu’il ne s’agissait que d’une poursuite de gringos lunatiques avide d'El Dorado. Maintenant il devait avoir peur, toute cette histoire remettait trop de ses dogmes personnels en question, cela bousillait ses perceptions d’une réalité et d’un passé avec lequel il avait été confortable jusqu’à aujourd’hui. Je sympathisais pleinement, après tout j’avais eu moi-même ces dilemmes au point de considérer la folie et même encore je n’étais pas complètement certain de rien. Ce fut un long cheminement depuis ma rencontre initiale avec Chibirias, mais j’avais finalement accepté d’envisager toute les possibilités, même les plus fantastiques et un nouvel univers s'ouvrait à moi.  Je ne pouvais rien pour lui, c’est quelque chose qu’il devait résoudre par lui-même. Chose certaine, il me fallait continuer dans cette quête, avec ou sans Rafaele.

 

Je rangeai le disque bleu dans mon étui de disque compact que je garderais avec moi désormais. Je plaçai le disque de Chibirias de nouveau dans le compas.

Le symbole du bacab suivant le glyphe d'Hobnil sur le compas indiquait le Sud; je savais d’instinct qu’il s’agissait de la direction vers laquelle il fallait continuer. Le Sud, mais où exactement ? Un, dix, cent ou plus de mil kilomètres ? Je voulais vérifier un détail qui pourrait m'aider à déterminer où je devais aller chercher.

 

Je retrouvai Aaron à sa cabane sur la plage. Comme je m'en étais souvenu, il n'était pas qu'un centre de location; il vendait également au détail.  Le choix était modeste, mais tout était de grande qualité avec les marques les plus connues. En me voyant arriver, il était prêt à me fournir de l'équipement de plongée, mais je lui demandai plutôt si il savait où je pouvais me trouver une boussole et une carte de la région. Il répondit qu'il pouvait me fournir tout cela, bien sûr ! Ma demande sembla l'intriguer quelque peu. Je lui expliquai que je me préparais une excursion au sud de Tulum.

 

Il fût heureux de me présenter d'abord une carte touristique de la région. Il commenta que la majorité des visiteurs de la Riviera Maya ne se rende jamais plus loin que Tulum ne sachant pas qu’il s'y trouve la plus grande partie de l’état de Quintana Roo ainsi que plusieurs des plus beaux sites du Yucatan. Aaron recommanda chaleureusement cette région relativement sous-développée qui était merveilleuse pour les amants de la nature et autres amateurs de ruines et d'aventures.

Il me suggéra de commencer mon voyage à Chetumal, la ville capitale de l'état de QuintanaRoo à la frontière de Belize pour ses restaurants, ruines et son musée qui est un des plus important du Mexique dédié aux Mayas.

Aaron me mentionna qu'un autre bel endroit à visiter est le lac Bacalar (Laguna de los Siete Colores) à proximité de Chetumal. Le petit village de Bacalar est lui-même un fort espagnol ouvert pour les touristes qui surveillait la frontière mexicaine. Il me recommanda d’allez voir le lac lui-même qui est un endroit fantastique pour nager et faire du kayak en particulier près de sa rive sud à Rio Chaak.  C’est un de ses endroits préférés : il disait que nager dans cette crique au courant rapide est fantastique avec ses eaux chaudes parfaitement claires et sa jungle dense tout autour.

 

Il me montra sur la carte une excellente petite route à prendre qui amène à l'océan depuis Cafetal, tout juste après le nord du lac Bacalar à Majahual. Cette route amenait sur la dernière bande de plage déserte de la côte est de la péninsule du Yucatan. De là, il est facile de louer les services d'un bateau et d'explorer Chinchorro Banks, un grand atoll et complexes de coraux au large. Toute cette région inexploitée était destinée à devenir le prochain grand développement touristique. Il y avait déjà de nombreux projets hôteliers en branle. Je songeai que ce développement effréné changera sans aucun doute le caractère paisible et tranquille de cette région côtière du Sud-est comme ce fut le cas de Playa del Carmen.

 

Aaron m'offrit ensuite une carte routière détaillée du Yucatan et une autre carte géologique répertoriant les grottes et cenotes de l'est de la péninsule. Ces deux dernières cartes m'intéressaient particulièrement avec leur quadrillé référentiel de longitudes et latitudes. Je les achetai toutes. La boussole était rudimentaire, incorporée dans une plaque de plastique pouvant servir également de règle et de loupe. Si les scouts pouvaient s'orienter avec ce bidule, je le pouvais me débrouiller aussi. Je devais admettre qu'après la complaisance et la facilité du GPS à mon travail, cela constituait un retour en arrière pour moi.

 

Je chargeai tout à ma carte de crédit et remerciai Aaron. Je marchai sur la plage en direction de Tulum jusqu'à une charmante petite résidence désertée è cette heure du jour. D'après ce que je voyais la résidence avait un magnifique jardin avec un patio et une mezzanine surélevée perchée sur quatre poteaux. La vue d’en haut devait être magnifique.

 

Je regardai ensemble la boussole et le compas.

Première constatation : tout comme je m'y attendais, le disque de Chibirias influençait considérablement le compas. Il a été nécessaire de l'éloigner le disque de Chibirias du compas par une grande distance avant que le ce dernier ne retrouve le Nord magnétique. Le disque de Tulum n'avait aucun effet.

Comme il fut observé pour Tulum, je constatai que le bacab du disque flottant de Chibirias n'indiquait pas exactement un point cardinal; il montrait une faible inclinaison par rapport à l'axe magnétique nord sud définit par le compas. Cela me réjouit : cette inclinaison vers Sud Sud Ouest était quantifiable ce qui me permettrait éventuellement de calculer ma prochaine destination.

 

Je me rendis ensuite au lobby de l'hôtel pour arranger la location d'une voiture. J'attendis jusqu’à midi et n'ayant toujours pas revu ou eu de nouvelles de Rafaele, je pris la route du Sud après mon dîner.

 

Je me rendis tout d’abord aux ruines de Tulum. J’appris à la billetterie que j’avais manquéRafaele que de peu; il venait à peine de quitter. Je l’avais peut-être même croisé dans le stationnement sans m’en rendre compte. Il avait été accaparé tout l’avant-midi au site archéologique, ce qui était compréhensible avec les évènements de la nuit précédente. Je songeai alors que je l’avais peut-être jugé trop sévèrement mais il restait tout de même que son comportement m’était incompréhensible et qu’il me cachait encore des choses. Je décidai de retourner à l’Allure au cas ou Rafaele y serait à ma recherche. Mais avant l’hôtel, je m'arrêtai à la station service de Tulum. Dans son petit garage, je saluai le mécanicien affairé à remettre la jeep de Rafaele en état. Je trouvai également Rafaele affairé sous le capot. Il me regarda tout aussi surpris et hébété que moi de se rencontrer ainsi.

 

- Que fais-tu ici ? me demanda le jeune Maya. Je venais te chercher mais je viens d'apprendre que la Jeep n'était pas encore prête !

 

J’hésitai un instant, gêné de répondre. Je ne voulais pas que Rafaele pense que je l’avais laissé tomber.

- Je n’en pouvais plus d’attendre à l’Allure. Je suis allé aux ruines d’abord, mais tu étais déjà parti. Je venais voir ici les progrès avec ton véhicule et régler la facture.

 

Le garagiste m’avait bien compris. Il s’adressa à moi tout souriant :

- ¿Facturación? ¡Yo Vuelvo en un minuto!

Il revint avec une feuille de papier. Je lu la liste qu’il m’avait donné avec étonnement : l’alternateur, le carburateur, le silencieux, les freins avaient été remplacés; la transmission et le radiateur avaient nécessité des réparations, les bougies d'allumage et l’huile avaient été changées.

- ¡Al igual que una nueva! assura le mécanicien avec complaisance.

 

Comme une neuve ! Il avait bien raison, il ne restait pas grand-chose de la jeep originelle! Y avait-il eu initialement quelque chose de bon sous cette carcasse à moitié rouillée ?

Le nombre qui m’était chargé me stupéfia jusqu'à ce que je me rappelle qu’il s’agissait de pesos qui n’étaient qu’une fraction de mon dollar Canadien. Je réalisai de plus que le véhicule avait des phares neufs, qu’il avait été repeint et que cela n’avait pas été chargé, pas plus que le labeur. Je lui montrai la facture et lui indiquai que le total était insuffisant :

- ¡La facturación no es suficiente! Hay una falta de costo!

- ¡Si es correcto! afirma l’homme. Il me sourit gracieusement.

Je lui réglai ce qu’il me demandait mais j’insistai et lui laissai plus encore.

Pendant ce temps, Rafaele nous regardais avec malaise. Je serrai la main du mécanicien qui confirma que le véhicule serait prêt pour demain. 

J’offris à Rafaele de prendre place dans ma voiture.

 

- Merci ! me dit Rafaele tout à fait gêné.

 

-  Il n'y a pas de quoi ! rétorquais-je.

Je mis ma clé dans mais ne démarrai pas immédiatement le véhicule, laissant seulement l'air conditionné fonctionner et nous rafraîchir.

 

J'hésitai mais je continuai de lui dire franchement le reste de ma pensée :

- Vraiment, tu ne me dois rien Rafaele ! Tu n’as pas à rester avec moi ou à continuer cette quête par reconnaissance ou obligation à moins que tu ne le désires vraiment.

 

La voix de Rafaele se noua dans sa gorge.

- Pourquoi dis-tu cela ?

 

- Ta réaction ce matin; le disque que nous avons trouvé dans la stèle ne semblait vraiment pas t’intéresser.

 

- Non tu te trompes ! corrigea énergétiquement Rafaele.  À ce moment là, j'avais beaucoup trop de chose en tête. Je ne voulais pas te sembler indifférent mais j'étais très préoccupé. Il faut que tu comprennes que même encore aujourd'hui Tulum reste une ville sacrée. Cette stèle que nous avons détruite pour obtenir ce disque avait été révélée par le dernier ouragan qui a frappé ici. Pour les Mayas de la région, elle constituait une révélation faite par les dieux eux-mêmes.

 

- Des mayas comme ceux qui nous ont aider à chasser ces pilleurs de Tulum hier ? demandai-je .

 

- Les mêmes ! confirma Rafaele.

 

Ce que Rafaele disait me ramena brutalement à une réalité que j'avais négligée. Je fut saisi de honte : dans mon excitation, j’avais vraiment été un inconscient !   Je ne pouvais pas vraiment me prétendre meilleur que Lilith et son frère. Ce que nous avions fait avait eu des conséquences irréparables sur le patrimoine Maya en plus d’avoir blessé et risqué la vie de nombreuses gens. Il n’y avait vraiment pas de quoi d’ainsi se réjouir même si le disque trouvé était selon moi d’une valeur incommensurable. Les sermons de Morales me revinrent en tête.J’avais perdu ma perspective.

 

Je dis à Rafaele franchement navré :

- Nous devons rencontrer les autorités Mayas pour nous expliquer.

 

Rafaele fit une moue, fronça des sourcils. 

- Je crois que cela serait une mauvaise idée. L'autorité religieuse Maya dans la région est celle des Cruzobs, ceux de l'Ordre de la Croix Parlante. Ils sont intraitables. Ils ne permettent pas aux étrangers d'approcher de leurs lieux sacrés ou d'assister à leurs offices religieux.

 

Je connaissais déjà le nom Cruzobs, il désignait les descendants des farouches insurgés Mayas de la guerre des Castes qui avaient résistés aux coloniaux espagnols et ensuite au gouvernement Mexicain et réussis à garder la souveraineté de leur territoire jusqu'au vingtième siècle. Ils avaient été aidés par une croix parlante qui selon leur dogme leur avait transmise la parole des dieux et encouragé dans leur résistance. Les paroles de la Croix unirent des tribus mayas dispersées dans une action commune et concertée contre ceux qui voulaient briser leur identité et les assimiler, contre les envahisseurs et exploiteurs de leurs territoires. Rafaele les avaient mentionnés lors de notre visite de Cobá et celle de Tulum. D’ailleurs une affiche dans les ruines de Tulum relatait ces évènements. Je me rappelais également que Morales avait essentiellement formulé les mêmes craintes; il considérait les Cruzobs comme un élément potentiellement déstabilisateur de cette région du sud de Quintana Roo mais par aprèsRafaele m'avait assuré que l'inspecteur avait tort et qu'ils n'étaient pas belliqueux. MaintenantRafaele était inquiet à leur égard. Avaient-ils l'esprit aigri à la suite du vandalisme de Tulum ?

 

Je comprenais maintenant pourquoi Rafaele m'avait laissé partir avec les deux disques sans faire d'histoire, en minimisant en fait l'importance de notre découverte. Il n'avait pas voulu attirer d'avantage d'attention; il avait vraiment peur pour moi. Je m'étais vraiment trompé sur toute la ligne sur les motivations de Rafaele. Je ne lui donnai pas pour autant raison. Cacher notre découverte aux Mayas équivalait aux actions de Thompson et de bien d'autres encore, qui comme lui avait renié au peuple Maya les droits à son héritage. Je voulais vraiment faire ce qui me semblait juste.

 

Ma décision était prise. Je dis à Rafaele convaincu :

- Je suis certain que si ces mayas ne seraient pas venus à notre rescousse comme ils l'ont fait, nous ne serions pas ici en train de discuter confortablement. Nous leur devons au moins la vérité et leur rendre des comptes ! Cette histoire les concerne plus que tout autres, elle prend ses racines dans leur passé, a coûté le sang de leurs ancêtres et déterminera peut-être leur avenir. Ils doivent être prévenus que des criminels dangereux et sans scrupules sont également sur cette quête. Tu peux arranger pour que nous rencontrions quelqu'un d’autorité ?

 

Rafaele était toujours en désaccord.

- Oui, mais jamais tu les convaincra, je les connais !

 

- Je ne doute pas que tu les connais bien ! Tu es toi-même un Cruzob n'est-ce pas ? lui demandais-je carrément.

 

Rafale resta stupéfait; je l'avais pris au dépourvu. Par son silence, il confirma que j'avais raison. Cela m'était alors tellement évident : tout ces mayas n'étaient-ils pas venus en réponse à son appel ? J'avais aussi remarqué plus tôt son tatouage tribal.

 

Je souris à Rafaele nullement déconcerté. Il sourit à son tour, rassuré par ma complaisance.

- Oui je le suis ! admit-il dignement.

 

Je continuai :

- La croix, les dieux et les baccabs de nos artefacts correspondent à des éléments de votre culte. J'ai raison ?

 

Rafaele confirma d'un geste timide de la tête.

 

- Ne penses pas à moi, je suis prêt à prendre ce risque ! Je ne suis pas effrayé, ne soit pas non plus inquiet; j’ai foi que tout ira pour le mieux ! lui affirmai-je.

 

J'ajoutai sur un ton réconfortant :

- Je peux être très convaincant lorsque cela est nécessaire tu sais !

 

- Cela reste à voir souffla Rafaele inquiet. Je vais m'en occuper, mais tu devras suivre mes instructions à la lettre !

Je promis de lui obéir.

 

- Tu penses toujours à faire ce qui est correct même quand cela risque de te mettre en danger ! C'est ...

 

- Noble ? suggérais-je.

 

- De la folie ! compléta Rafaele. Chose certaine, tu ne fais vraiment rien comme les autres; du moins comme personne d'autres que j'ai connu !

 

Sa voix avait de l'admiration et une certaine fierté. Il savait que j'avais pris la bonne initiative.Je le sentais soulagé. J'imaginais que j'avais résolu pour lui un conflit entre ses obligations envers son peuple et moi. Le fait qu'il avait considéré avant tout ma sécurité me toucha.     

 

Nous passâmes à autre chose. Je lui racontai mes dernières observations avec le disque de Chibirias. Il était fasciné mais nullement surpris que le compas pointait maintenant la direction du sud. Il m'intrigua en nous suggérant une petite ballade en automobile.

 

 

Tout près de Tulum, à moins de vingt kilomètres au sud, nous traversâmes un petit village maya typique de comme j'en avais croisé d’autres le long de la route menant à Chichen Itza. Il était tout tranquille en ce début d'après-midi, les hommes étant partis à leur travail et n’y laissant que les femmes et enfants de bas âge, les autres enfants étant à l'école régionale. Rafaele mentionna qu'il s'agissait de la municipalité de Chunyaxche et que le mot Maya « Chun » se traduisait comme "tronc" et « Yaxché » signifiait "Ceiba". Il s’agissait donc du village du tronc du Ceiba, l'arbre sacré et un des lieux vénérés par les Cruzobs. 

 

Nous continuâmes aux ruines adjacentes de Muyil. Mon ami maya m'expliqua que tout comme le site de Xel-Ha, Muyil avait été détruit en partie, soit plus de six hectares, par la construction de l’autoroute de Puerto Juarez.  Même si le site ne contient pas beaucoup de structure restaurées, il restait très intéressant à visiter, Muyil étant un très vieux site dont ont a trouvé des évidences d'occupation depuis 350 avant Jésus Christ jusqu’à l’arrivée des conquistadors espagnols. Cela faisait de Muyil un des plus anciens site mayas du Yucatan qui existait et prospérait bien avant l'avènement des cités de Chichen Itza, Uxmal et Tulum. Je compris ce qui nous amenait ici. Après tout, nous étions dans un site maya, un des plus anciens de la région, bien au sud de Tulum. Je sortis le compas. Nous regardâmes le disque flottant de Chibirias qui avait conservé la même orientation depuis l'Allure. Rien ne l’affectait ici, du moins rien de proche. À la demande de Rafaele, je lui laissai le compas pendant qu’il investiguerait les lieux.

 

L'entrée du site de Muyil était très modeste ; il s'agissait d'une simple billetterie demandant un montant de 17 pesos au côté d'une cabane hébergeant deux salles de bain. L'homme au comptoir de la billetterie sortit et vint à notre rencontre pour accueillir Rafaele.  Il y eu une accolade affectueuse spontanée entre les deux hommes, me laissant une impression évidente de grande familiarité entre les deux Mayas.

 

Rafaele me présenta au gardien du site, Piero Hunkuk Tancah qui préservait et gardait les ruines de Sayil depuis 1972.  Rafaele rajouta qu'il était le frère de Papah, donc en quelque sorte son oncle et parrain par adoption. Il était un employé de l’INAH et travaillait comme guide archéologique depuis 1959 alors qu'il n'était qu'un adolescent.

Je calculai que Piero devait être dans la soixantaine avancée ; pourtant je ne lui aurais jamais donné cet age d'après son apparence et la vigueur de sa poignée de main. Ce dernier m'invita chaleureusement à explorer sa ville pour laquelle je voyais bien sa fierté et son amour. 

 

À quelques 120 mètres de l'entrée se trouvait un premier groupe de ruines, le groupe de la plazza. Les ruines étaient disposés en cercle et étaient élevées sur des plateformes. Il y avait treize structures en tout mais seulement six pouvaient être visitées. Piero m'informa qu'elles étaient les plus vieilles ruines du site. Il m'invita à monter à un temple sur une plateforme surélevée. Il m'y indiqua les résidus originaux de noir et bleu; il me montra aussi les restants d'un autel sur le mur d'en arrière qui avait été saccagé par des pilleurs.

Un autre édifice récemment reconstitué avait une triple entrée formée par deux piliers son toit était en grande partie effondrée, laissant sa façade sud ouverte. Malgré son état, le bâtiment avait conservé l’édifice avait conservé le plâtre original coloré de bleu, rouge et de noir utilisé par les anciens mayas pour couvrir et décorer leurs édifices.

Comme l'ensemble des autres structures de Muyil, son architecture était asymétrique, grossière qui se démarquait des constructions précisément faites, obsédées par les angles et les détails que j'avais vus à Chichen Itza.    

 

Piero commenta qu'il s'agissait d'exemples d’architecture Petén comme celle trouvées typiquement dans d’autres sites du sud du Yucatan, Belize et comme au Guatemala dans la ville de Tikal. L'architecture des bâtiments Petén est moins ornementale et plus simple comparativement aux autres villes Mayas. Elle se distingue aussi par ses coins arrondis.  Piero mentionna qu’il y avait deux autres locations de ruines à Muyil; le groupe Cenote au nord et le groupe ouest de l’autre côté de l’autoroute mais ils n’étaient pas ouverts au public.

 

Rafaele avait été silencieux jusque là, laissant à Piero le soin de tout m'expliquer. J'étais d'ailleurs attentif à ses moindres paroles et cela sembla faire grand plaisir au gardien de Muyil. 

 

Nous quittâmes la Plazza pour emprunter un sentier de forêt qui menait vers le plus grand des monuments du site qui avait été bien visible depuis le stationnement. Le El Castillo de Muyil est unique dans le monde maya; la pyramide irrégulière dresse à 17 mètres de hauteur et était chapeautée par une tourelle à son sommet. Cette pyramide me rappela celle de Cobá. Le bâtiment était tout à fait aussi imposant et sa splendeur était étonnante. Je ne me lassais pas de découvrir de nouvelles ruines Mayas, à chaque fois j’éprouvais cette même exaltation de découverte, cette résonance intime et électrique avec le passé. 

 

Piero mentionna que de grands efforts de reconstruction avaient été investis depuis 1990 à la rénovation de cette structure. Il y avait lui-même travaillé et sué beaucoup. Il ajouta que cette la pyramide constituait un parfait exemple de la tradition mésoaméricaine d’ajouter des structures nouvelles et plus imposantes sur la structure des plus vieux temples. Le remodelage des temples était effectué par les anciens Mayas pour des raisons variées, comme par exemple pour célébrer un nouveau Roi ou le commencement d’une nouvelle ère. Les plus récentes excavations avaient révélé trois escaliers superposés et une chapelle souterraine dont la couleur bleue, rouge, jaune et noire était toujours bien préservée.

 

Je voyais clairement les différents niveaux de construction dans la structure. Je me tournai vers Rafaele qui consultait le compas et qui d’après son expression, ne montrait rien de nouveau.

 

Piero me mentionna aussi qu’on avait trouvé à Muyil beaucoup d’évidence de dévotion particulière à la déesse féminine. Je lui demandai s’il s’agissait de la déesse Ix Chel et il confirma que cela était probablement le cas. Il était très commun d’adorer la déesse de la lune, l’arc-en-ciel et de la fertilité chez les marins et marchands car après tout, elle commandait les marées. Je regardai Piero sans comprendre en lui soulignant que nous étions éloignés par plusieurs kilomètres de la côte. Piero ria gentiment de ma remarque, il avait quelque chose à me montrer.

 

Nous empruntâmes depuis le Castillo un large sacbe de 6 mètres large qui nous mena à une vaste étendue d’eau à 500 mètres de là.

Piero expliqua que le Lagon Muyil rejoint le vaste Lagon Chunyaxche qui lui-même est relié à la mer par un canal utilisé par les anciens marins. Cet ancien canal de navigation avait été creusé à la main par les Mayas il y a plus d'un millénaire.  Il était droit, étroit et long de 24 kilomètres reliant les ruines de Muyil jusqu’à la mer. Encore un autre accomplissement des Mayas qui me stupéfiait !

Au point où le canal artificiel et le lagon se rencontre se trouve les restes d'un temple appelé Xlabpak qui par sa position stratégique devait surveiller les canots et autre embarcations entrant dans le lac. Les deux lagons servaient d’havres pour les bateaux de la marine marchande parcourant une route maritime qui commençait à la Baie de Ascensión tout au sud. À Muyil s’effectuait le marché du jade, de l’obsidienne, du chocolat, du miel, plume, de la gomme de caoutchouc. Piero confirma ce que je pensais déjà : Muyil avait de forts liens commerciaux avec Xel-Ha et Cobá.

 

Il m'informa également que les Laguna Chunyaxche et Laguna Muyil font parti de la réserve de la biosphère de Sian Ka’an, un site de l’héritage mondial de l’UNESCO. Son nom maya se traduisait par « Où le Ciel est né » ou bien par « cadeau du ciel ». Le nom de Muyil lui-même était probablement dérivé de « Muyal » qui de façon appropriée signifiait « nuage ».

 

D'après ce que je voyais, ces lacs étaient splendides. Je remarquai que la couche de pierre à chaux karstiques du plateau du Yucatan qui était bien élevée par plusieurs mètres au-dessus du niveau de la mer cesse subitement aux lagons qui n’étaient que de 5 à 200 centimètres au dessus du niveau de la mer. Je réalisai que j’étais sur le bord d’une faille d’affaissement du plateau calcaire du Yucatan. Cela me rappela que l’ensemble de ce plateau était poreux, troué de cenotes, de caves et rivières souterraines comme une éponge ; moi qui avais pensé à tort que la géographie du Yucatan était « plate » !

 

Rafaele surveillait le disque de Chibirias. Il m'était évident qu'il s'attendait à quelque chose qui ne se produisait pas. Il me laissa errer alors qu’il discutait de façon sérieuse avec Piero.

 

Il y avait plusieurs autres édifices à Muyil mais la majorité d’entre eux n’avait pas encore été réclamée à la jungle. Je pouvais voir la forme d’une pyramide dans la forêt non loin d'un groupe de sapotiers. La jungle avait aussi par sa force effacé les sacbes et désintégré leur pavé. Je me suis demandé alors comment de temps serait nécessaire à la nature pour effacer complètement toute trace de l’homme d’aujourd’hui si ce dernier disparaîtrait subitement. Je réalisai qu’il ne resterait pas grande trace de notre civilisation après un millénaire.

 

Je trouvai près d’un Ceiba un magnifique papillon noir. Il était magnifique, tout de granite, ses ailes iridescentes réfléchissant les couleurs de l’arc-en-ciel. À mon approche, il s’envola. Je le laissai passer et il continua de virevolter autour de moi. Je lui tendis la main. Il se posa sur un doigt. Il y avait quelque chose d’étrangement charmant. Je me mis à ce moment à penser à Chibirias. Je rêvai à son beau et délicat visage, à ses yeux brillants, ses lèvres brûlantes contre les miennes, ses longs cheveux de la couleur du grès tout comme ce papillon. Je ressentis un pincement au coeur; comme il me tardait d'enfin la retrouver. Elle était raison pourquoi je m'étais engagé dans cet aventure; tout ce que je désirais était de la revoir saine et sauve. Délicatement je laissai le papillon reprendre son envol à mon plus grand regret. Je fut alors entouré par un nuage de papillons verts et bleus dont les couleurs brillaient comme un délicat satin sous un rayon de soleil. C’était fantastique et me réjouit quelque peu.

 

J’entendis Piero appeler Rafaele.

Ce dernier souffla :

- Tan in wil-ik !  (Je vois !)

 

Ce qu’il venait de dire était en langue Maya. Je ne comprenais pas ce qu’il avait dit, mais je devinais qu’il devait être surpris de ce qu’il voyait; tout cela était absolument mirifique et magnifique. Les papillons m’abandonnèrent finalement et j’allai rejoindre Rafaele et Piero alors qu’ils discutaient toujours en Yucathèque. Ils semblaient tout les deux particulièrement sérieux. En particulier, tout au long de mon approche, Piero me regardait curieusement. Je réalisai que Rafaele avait dû l’informer à mon sujet. Il devait être un Cruzob. Rafaele était venu le consulter. Je ne me laissai pas intimider pour autant. Je serrai naturellement la main de Piero et le remerciai notre brève visite avant de suivre Rafaele vers la sortie.

 

 

Barry disassembling the carburettor of a Ford GPW par macspite
chunyaxche 023.jpg par Chunyaxche

 

Maya Blue House par Ilhuicamina

 

 

Muyil par orclimber
Beware: Guard Dog par Tim Gage
Muyil 1 par histoires2
Muyil Ruins par missjenny
DSCF9207 par elgranbano
Muyil 2 par histoires2
Muyil par Giese555
Muyil doorway? par nearlydocmiller

 


The blue stripe is original paint on the Temple door. par ktbreene
las ruinas @ Muyil par Paul Comstock
Muyil par Giese555
Muyil par Giese555
jungle trail at Muyil par orclimber
forest in Muyil. par bhoutrosj
Lagunas Muyil y Chunyaxché, Quintana Roo, México par pabluko
Chanel reported to be cut by ancient Maya to join Laguna Muyil with Laguna Chunyaxche within the Sian Ka'an Biosphere Reserve. par Yucatan09
butterfly swarm par chascow
ulysses in blue par Super smashing brill

 


Par A. Saint
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Dimanche 28 juin 2009 7 28 /06 /2009 20:32

Je n'avais pas compté sur Rafaele qui prit la parole le premier.

- C’est moi qui vous ai appelé en urgence et qui a alerté les autres aussi ! Nous avons arrêté ces vandales dans leur profanation mais plusieurs d’entre eux ont fuit !

- Et lui ?  demanda Morales à en m’indiquant à Rafaele.

- Il est avec moi répondit-il fermement.

- Un touriste innocent je suppose ? bafoua Morales.

- Non un ami ! répondit-il en me regardant, et un frère par le sang ! Sans lui, ces gens auraient pillé Tulum impunément, assura Rafaele. Il a risqué sa vie pour me sauver !

- C’est donc toi que ce gringo protégeait lors de son interrogatoire !

Rafaele ne comprenais pas ce Morales insinuait. Je regardai l'officier dans les yeux et lui confirma que sa déduction était correcte.

Il sourcilla et baissa la tête.

- Je ne le vois pas, je ne l’ai pas vu ! Qu’il parte !

J’ai besoin de lui ! protesta Rafaele. Nous devons faire un tour préliminaire pour constater les dégâts avant que les inspecteurs fédéraux arrivent.

- Tu me complique la vie Kin Balam ! maugréa Morales. Pourrais-tu au moins me dire ce qui s’est passé ici ?

Ils continuèrent à discuter en langage Yucathèque. Je n’y comprenais rien mais il m’était curieux et évident que Rafaele commandait un certain respect de la part de Morales.

Un hélicoptère de la police passa bruyamment au-dessus de nos têtes et s’en alla vers l’océan. Je supposais qu'il s'en allait faire des recherches en mer pour localiser les fuyards.

Après un longue conversion animée avec Rafaele, Morales grommela en espagnol :

- Qu’est-ce ce que je vais faire avec tout cela ? Comment vais-je expliquer tout cela ? 

Il ne s’attendait pas à une réponse de notre part. Morales soupira et nous amena à d’autres officiers et il nous présenta Rafaele et moi :

- Ambos hombres son expertos. Ellos están ahí para comprobar los daños sufridos por el sitio arqueológico. (Les deux hommes sont des experts. Ils sont là pour vérifier les dommages causés au site archéologique.)

Il ordonna à notre égard :

- ¡Deje que el libre acceso al sitio! (Laisser libre accès au site!)

Je regardai Morales avec gratitude. L’inspecteur me regarda différemment qu’il ne l’avait fait jusqu’ici, il me sembla songeur.

Rafaele nous entraîna au bâtiment de billetterie. Avec sa clé, il pénétra dans le petit bureau, ouvrit un classeur et sortit un document.

- C’est la liste des vérifications qui doivent être faite après un ouragan expliqua Rafaele. Cela devrait convenir à la situation !

Il ramassa un stylo et me passa une torche électrique tout en disant avec craintes et anticipation :

- Allons voir les dégâts causés par ces gens et ce qui les intéressaient autant à Tulum ! 

Rafaele commença son examen minutieux des ruines, prenant son temps ne négligeant aucun détail. En examinant l’intérieur du temple des fresques il expliqua qu’il avait succédé à Papah à l’entretien et la surveillance des ruines de Tulum. Il était ainsi affilié par son travail et à ses études à l’INAH. Il rajouta que ce n’est pas ce boulot qui lui permettait gagner sa vie mais bien son travail de moniteur à l’Allure en attendant qu’il finisse sa thèse et deviennent professeur. C'était du moins son plan de vie actuel.

La présence de Rafaele en ces lieux était donc légitime. Cela m’expliqua en partie le respect de Morales à son égard mais je me doutais qu’il y avait plus encore entre les deux.

Nous avions terminé l’inspection du temple du dieu descendant et nous dirigions vers le Grand Temple du complexe du Castillo. Rafaele faisait assidûment tout le travail; je lui servais essentiellement d'éclairagiste.  Ils nous étaient de plus en plus évident que Lilith et ses gens n’avaient pas voulus laisser aucune trace de leur passage; si nous ne les avions pas surpris, personne n’aurait jamais su qu'ils étaient venus.

J’en profitai pour laisser Rafaele un instant et retourner à la cachette où j’avais laissé le compas. Je trouvai que la pierre avait été bougée, le compas n’était plus là. Mon cœur s’arrêta, je tombai à genoux et fouillai frénétiquement le sol. Sans que je l’aperçoive venir, le Vigil était soudainement là. Son regard était dur. Comme un reproche il ouvrit la main et me redonna le compas.

Je lui dis :

- Tu peux le garder ! Tu es plus capable que moi de garder cet objet, il te revient !

Il répliqua sévèrement :

- C’est toi qu’Elle a choisi ! Je respecte son choix; tu dois le respecter aussi.

- Dans ce cas, joins-toi à nous ! Nous avons besoin de toi; j’ai besoin de toi !

- J’ai bien vu cela souligna le Vigil, et par plusieurs fois !

Le ton du Vigil était neutre autrement je l’aurais soupçonné d’avoir été railleur et hautain à mon égard.

Il continua :

- Je ne me joindrai pas à vous. Il faut éviter d’attirer l’attention que notre plus grand nombre amènerait. Je dois être furtif face à des ennemis qui se tarent dans les ombres.

J’étais déçu de ce qu’il venait de me dire. Après avoir réfléchis un instant sur ses paroles, je lui adressai un commentaire :

- En d’autres mots, c’est moi, qui bien mis en évidence comme un appât, débusque tes ennemis alors que toi tu peux les abattre en douce en venant de l’arrière !

- La stratégie a bien fonctionné jusqu’ici ! confirma le Vigil.

Je ne savais qu’en penser. J’espérais que le Vigil était capable de sarcasme mais il était très sérieux en annonçant :

- Je compte trouver le lieu où ils se terrent et frapper ! Cette vermine doit être détruite une fois pour toute ! 

Je lui reprochai amèrement :

- Et Chibirias, ton Akna, dans tout cela ? Tu n’en parles pas. Tu l’as abandonnée ?

- Tu ne comprends pas ! Elle connaît mieux que quiconque les risques et les enjeux de ce qui viens !

J’étais furieux; je saisis le bras du Vigil et je le surpris par ma force.  Je lui demandais avec indignation :

-  Quoi ? Quels enjeux, qu’est ce qui plus important que sa vie ?

Il ne répondit pas. Je vociférai :

- Saches que je ne n’abandonnerai jamais Chibirias ! Ah Hulneb, je te le jures que je la retrouverai saine et sauve.

Il me fixa de ses yeux intenses tout en me parlant chaleureusement pour la première fois :

- Je te crois et si quelqu’un peux vraiment le faire, cela sera toi !

Il se retira de mon étreinte et ferma ma main sur le compas. Il s’en alla en me laissant sidéré.Je réalisai que le Vigil était humain après tout, moi qui en avais douté jusque là.  Un appel deRafaele me ramena à la réalité.

Je le rejoignis au temple de la série initiale. Rafaele était découragé, il me montra la structure vide. La stèle qui y avait été placée avait été enlevée. Je n’abandonnai pas pour autant. Je regardai le compas. Le symbole du bacab montrait la direction générale de l’océan légèrement décalée vers le sud. La grande stabilité du disque me laissait supposer que la stèle n’était pas loin.

Je suivis la direction indiquée par le compas ce qui m’amena vers l’escalier. Je descendis à la plage. Je trouvai la stèle couchée sur le sable, toujours prisonnière de différents attelages et câbles qui avaient été utilisés pour la descendre. Lilith et les siens avait été contraints d’abandonner l’artefact dans leur fuite.  Rafaele se précipita vers l’artefact et se mis à genou. À son ravissement, le monument de pierre était intact.

Le disque du compas devenait fou à mon approche de la stèle; il oscillait et commençait à tournoyer. Je montrai cela à Rafaele. Il sortit le disque de son petit bocal de verre et regarda la stèle. Il me demanda de la lumière. Je braquai sur lui le faisceau de la lampe de poche. Le symbole du bacab sur le disque semblait le même que sur la stèle où Rafaele me montra le nom de Chaac suivit de celui du bacab "Hobnil, fils d’Itzamna, gardant l’est depuis son royaume de « Zama »". Rafaele mentionna que « Zama » signifiait aube et c’était aussi l’ancien nom de la ville de Tulum.

Il plaça la pièce sur la stèle pour faire une meilleure comparaison des glyphes. Quelle ne fut pas sa surprise en voyant le disque se placer par lui-même sur le symbole correspondant de la stèle comme si il avait sa propre volonté. Il tenta de la reprendre l’artefact, mais celui sembla irrésistiblement accolé à la stèle. Rafaele me demanda de l’aider. Ce n’est qu’avec notre force combinée que nous pûmes bouger le disque quelque peu. Le disque ensuite bougea de plus en plus facilement. Je remarquai que la pierre tout autour prenait une consistance pâteuse qui devenait de plus en plus liquide. Nous réussîmes à extirper le disque mais quelque chose d’autre y était collée. Un autre disque de métal, beaucoup plus grand. Le soleil se leva et un de ses premiers rayons frappa la stèle avec une couleur rouge irréelle. La pièce de Chibirias brilla comme une étoile de métal en fusion. J’avertis Rafaele de ne rien toucher. Avec le tissu de mon gilet en coton ouaté, je ramassai les deux disques de métal et les trempèrent dans l’eau de l'océan. Je ne comprenais pas ce qui s’était passé exactement, mais pour ramollir et désintégrer la pierre de chaux ainsi, il ne pouvait s’agir que d’un fort acide concentré qui a du être libéré lors du contact du disque du compas avec la stèle. J’avais raison car mon gilet était brûlé et troué et qu'il se désagrégeait rapidement.

J’étais fasciné à l’idée qu’un ancien Maya avait dissimulé ce second disque de métal lorsque la stèle a été façonnée et que sa pierre était tendre. Il avait aussi une connaissance élémentaire de la chimie. J'imaginai que l'acide devait avoir été originellement prélevé d'un site volcanique. Le système de relâche de l'acide avait été des plus astucieux tout comme la technologie régissant ces disques. Par exemple, j'étais certain que c'était ce second disque qui avait fait réagir le compas; les deux disques s'étaient attirés initialement comme de puissants aimants.  Il n'y avait plus aucune attraction maintenant, aucune influence mutuelle, bien que le petit disque flottant du compas semblait toujours magnétisé. C'étaient comme si un des disques au contact de l'autre s’était neutralisé. Ces phénomènes restaient pour moi inexplicables et je doutais même qu'il s'agissait de simple magnétisme.

Notre découverte ne fournissait en rien des explications ou des réponses immédiates à mes questions. Je me réjouis tout de même, car ce nouveau disque confirmait que nous étions sur la bonne piste.

Je regardai les disque nettoyés : le disque de Chibirias avait gardé la couleur rouge intense qu’il avait pris lors de son contact avec la stèle. Le deuxième disque métallique était d’une couleur bleue limpide. Il était plus épais et massif que le premier, complètement plat et édenté dans un motif rappelant un soleil stylisé. Il y avait la même croix que sur le plus petit disque de Chibirias mais ce dernier se distinguait par des chiffres mayas et de nouveaux symboles associés qui étaient équidistants tout autour de sa circonférence ; j'en comptai vingt en tout.

Rafaele était surtout concerné par la stèle que nous venions d’abîmer et qui à ce point se désagrégeais en morceau.  Je comprenais que ce que nous venions de faire allait à l’encontre de toutes ses convictions profondes de protéger son ancien héritage mais j’étais certain que notre découverte en valait la peine; après tout ce disque avait suscité tant de convoitises.J’étais heureux de notre réussite mais Rafaele restait penaud. Je tentai de le consoler.

 

- Nous blâmerons ceux qui sont venus cette nuit de ce qui vient d’arriver. Cela sera approprié après tout ce qu'ils ont fait !

C'était opportuniste d'ainsi se disculper mais à mes yeux cela était parfaitement justifié.

 

Rafaele ne paraissait pas partager mon avis.

J'ajoutai avec enthousiasme :

- Cette stèle avait une utilité, une tâche qu’elle a bien accomplie : elle a gardé ceci pendant des centaines d’années !

Sur ce, je lui montrai le disque que je venais de nettoyer.

 

Rafaele le regarda et émit un rire nerveux. Il ne l’examina que quelques secondes et secoua la tête, désenchanté.

- Désolé, ce disque n’a rien de fantastique ou d’inconnu. Il correspond à une babiole que tu peux retrouver dans n’importe quel boutique de souvenir du Yucatan !

 

Je ne comprenais rien alors que pour lui c’était trivial, évident. J’ai dû insister pour qu’il m’explique.

Il me dit avec détachement :

- Ce disque représente les 20 jours sacrés du calendrier Maya. Il est la base de leur calendrier. Il n’a rien de mystérieux ou de magique; il est parfaitement connu.

 

Il me regarda intensément pendant un long moment puis m’expliqua en relâchant un peu de son amertume :

-Les mayas mesurent le temps à partir de plusieurs cycles tous interreliés pour marquer le mouvement du soleil, de la lune et de vénus. Leur calendrier rituel est appelé le Tzolkin, le cycle sacré : il est composé de 260 jours, le nombre de jour ou vénus est visible dans le ciel comme étoile du matin ou du soir. Le calendrier fonctionnait sur une base de chiffres allant de 1 à 13 qui étaient successivement associées avec un des 20 noms ou symboles solaire du Tzolkin que tu as en main. Les symboles du disque me semblent anciens mais je peux leur attribuer leur nom traditionnel. Il me montra le disque en pointant un a un les vingt symboles sur sa périphérie. Voilà Imix, représentant l’océan, le monde de l’eau où tout a été crée ; Ik, le vent, l’air ; Ak’Bal, la maison nocturne ; K’An, le bâtiment, labyrinthe ; Chicchan, le serpent ; Cimi : la mort ; Manik’ : la main ; Lamat : Vénus ; Muluc’ : l’eau ; Oc : le chien, Chuen; le singe homme de bois ; Eb ; la dent ; Ben ; le roseau ; Ix : le jaguar ; Men : l’aigle ; Cib : l’âme ; Kaban : la terre ; Etz’Nab ; le couteau, le silex ; Cauac: l’orage  et Ahau : le Seigneur . Les vingt jours du Tzolkin forment un mois, nommé Haab. Le cycle du calendrier est composé de 18 mois qui sont Pop, Uo, Zip, Zotz’, Zec, Xul, YaxKin, Mol, Ch’en, Yax, Zac, Ceh, Mac, Kankin, Muan, Pax, Kayab, Cumku. À cela le calendrier Maya ajoute un mois néfaste de 5 jours nommé l’Uayeb.

Je calculai mentalement :

Vingt multiplié par dix-huit égale trois cent soixante plus cinq donne :

-Les 365 jours de l’année ! m’exprimais-je à voix haute sans m’en rendre compte.

Rafaele m’entendit et sourit de ma compréhension. Je me rappelai également qu’il avait auparavant mentionné que le Compte Long du calendrier Maya commencé depuis le 31 août 3114 avant Jésus Christ se terminait au solstice de décembre 2012.

 

Pour moi cela fut une révélation :

- C’est la fin du Quatrième Soleil ! dis-je avec insistance. Ne comprends-tu pas Rafaele ? Tout cela commence à prendre du sens !  Chibirias m’a parlé du temps perdu ! Ceci est important !

 

Il était distant.

- Je ne sais pas, je ne sais plus...Laisse-moi y repenser; tout cela est trop pour moi...

Sa réaction me pris complètement au dépourvu.

- Je comprends ! exprimais-je faiblement. Je mentais : je ne comprenais absolument pas rien du tout dans son attitude ! J'étais immensément déçu, tout mon ravissement rabroué. 

 

Rafaele s’excusa. Il devait compléter et remettre son rapport le plus tôt possible afin que soit décidé si oui ou non le site archéologique ouvrait aujourd’hui. C'était avant tout sa première responsabilité.

 

Je lui demandai si on se revoyait plus tard au courant de la journée. Il me répondit sans entrain que nous nous reverrions sûrement, puisqu’il travaillait comme moniteur à l’Allure plus tard.

 

Ce n’était pas la réponse que j’attendais ou espérais.

 


Je quittai Tulum sous le regard de Morales et retournai à l’Allure. Je ressentais la satisfaction d'un premier devoir accompli mais en même temps la réaction de Rafaele, qui ne partageait pas mon ardeur, m’avait quelque peu attristé.

 

L'important est qu'il m’avait laissé repartir avec les deux disques.

 

coast-guard-helicopter_K8P3482 par mikebaird
tzolkin glifos par Espejo Gálactico Blanco

 

Par A. Saint
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Dimanche 28 juin 2009 7 28 /06 /2009 19:22

Nous parcourûmes le chemin vers Tulum en pleine nuit en enfourchant chacun une bicyclette de l’hôtel. La jeep de Rafaele n'était pas disponible avant demain et je préférais cette approche discrète de toute façon. Tout en me dirigeant vers les ruines, je songeai que l'idée d'une corrélation entre les peuples Inuits et Mayas n'était pas ridicule. Ils y avait de plus en plus d'évidences génétiques démontrant que ces deux peuples, tout comme la plupart des aborigènes des Amériques étaient les descendants d'une seule et même tribu de nomades ayant réussie à traverser, il y a environ 25000 ans, le détroit de Béring depuis le Cap Dejnev en Sibérie orientale jusqu'au cap du Prince-de-Galles en Alaska. D'ailleurs les Inuits tout comme les indigènes Mayas que j’avais vus jusqu'ici démontraient un fort héritage mongolien.

Nous approchâmes le site archéologique. Rafaele nous arrêta net après le bloc des concessionnaires. Quelque chose n’aillait pas. La barrière de l’INAH qui devait être normalement descendues pour fermer l’accès des ruines était levée. Rafaele suggéra nerveusement de prendre une route alternative dans le boisé voisin qui était parallèle au sentier menant au ruine. Il s’agissait d’un petit sentier d’interprétation de la nature. Rafaele avait eu de bons instincts. Nous découvrîmes qu'il y avait des gens postés sur la route à cette heure tardive dans la nuit. Ils étaient à l'affût et effectuaient lune surveillance de la route. L'un d'eux avait une arme automatique suspendue par une sangle depuis son épaule. À notre passage nous effrayâmes malencontreusement des oiseaux endormis qui nous trahirent par leurs cris. Nous nous croupîmes contre le sol immédiatement dissimulé par l'obscurité et la végétation. Un des hommes braqua le faisceau lumineux d’une torche électrique dans notre direction et il avançait vers nous. J'étais certain qu'il finirait sûrement par nous découvrir; il était qu’à quelques mètres de nous.

- Stop wasting time! It must be some of those damn monkeys again! (Arrête de perdre ton temps ! Cela doit être encore un de ces maudits singes !).

Le commentaire provenait de son compagnon de garde mais cela ne l’arrêta pas pour autant. Il était méticuleux et semblait déterminé à investiguer la source du bruit qu’il avait entendu.  Il avançait résolument vers nous la main à sa ceinture où je devinais une arme à feu.

Son compagnon rajouta alors :

- Or it could be a snake; I read that they are common here! (Ou il pourrait s'agir d'un serpent; j'ai lu qu'ils sont communs par ici !)

Instantanément l’homme recula prudemment. Son compagnon se moqua de lui et ricanait.

Rafaele et moi étions soulagé et profitions de l’occasion pour nous éloigner silencieusement de la route. Avec beaucoup de précautions, nous émergeâmes des boisés tout près de la muraille sud de Tulum.

 

Il était étrange d’avoir entendu ici de l’anglais et non de l’espagnol. Il était évident qu’ils n’étaient pas de la police fédérale ou d'une autre autorité Mexicaine. Ils me rappelaient le groupe d’hommes que j’avais confronté à Playa del Carmen, le groupe d'Alan et de Lilith Morris. J'avais peur; je savais ce dont ils étaient capables; il s'agissaient de véritables tueurs.

Je n'avais pas besoin de dire un seul mot à Rafaele; il avait lui aussi reconnu le danger.  Il était intense, nerveux et surtout inquiet. Il avait raison et avec Lilith et Alan possiblement dans les parages, je craignais le pire.

Au delà de la muraille de pierre nous découvrîmes l'ancienne citée occupée, bourdonnant d'activité dans l'obscurité. Il ne faisait doute, ces gens étaient affairés à une fouille et prospection minutieuse des ruines de Tulum. D'après ce que je voyais, ils occupaient le site archéologique depuis déjà un bon bout de temps et n'avaient pas négligé aucune surface du terrain. Ils étaient parfaitement équipés et organisés.

Mon coeur se noua. À leur vue, j'éprouvai un grand désespoir. Une bonne partie de leur effort était concentré au Castillo et aux environs de sa structure. Les efforts et moyens que je voyais déployés me confirmaient l'importance de ce qu'ils recherchaient. 

J'émis un juron. Nous arrivions trop tard, beaucoup trop tard !  Il était désolant d'ainsi nous voir usurper notre découverte si près du but. Je maudissais Lilith et son frère. J’étais frustré au point d'en trembler. Pire encore, si jamais ils trouvaient ici ce qu'ils cherchaient, ils n'auraient plus besoin de Chibirias. Elle ne leur survivrait pas.  Cette pensée me glaça le sang.

Je me tournai vers Rafaele. J'étais tellement préoccupé que je l’avais presque oublié. Il avait les larmes aux yeux, le visage tourmenté. Il semblait médusé, complètement dépassé par ce qu'il voyait. Il brisa son mutisme en disant avec colère :

- Qui sont ces gens ? ILS NE PEUVENT FAIRE CELA !

Je mis la main devant la bouche du jeune Maya pour le taire. Il était prêt à bondir et à tenter de les arrêter tous à lui tout seul mais je l'empêchai de partir le retenant avec force. J'essayai de le raisonner.

- Tu risques de te faire tuer ! lui soufflais-je en lui faisant remarquer trois hommes armés qui étaient affairés à proximité au Temple de la mer.

Rafaele ne se calma pas pour autant.

- Nous ne pouvons pas rester ici à rien faire ! protesta-t'il. Ils sont en train de profaner les lieux, tout piller et saccager !

Je sympathisais profondément avec sa détresse, mais à deux, que pouvions nous faire ? Qu'est ce que j'aurais donné alors pour un téléphone cellulaire.

Je suggérai nerveusement à Rafaele que nous devions retourner au stationnement et trouver un téléphone pour alerter la police. Il était d'accord avec moi mais retourner ensemble augmentait le risque d'être découvert avec toute la surveillance qu'ils exerçaient. Rafaele voulait y aller seul. Il argumenta qu'il connaissait le terrain mieux que quiconque et qu'il pourrait facilement se faufiler inaperçu.

Il tenta de me rassurer et me suggéra de me cacher en attendant son retour. Je n'avais vraiment pas de choix; je ne voyais aucune autre possibilité.  À contrecoeur je le regardai partir.

Je retournai mon attention vers les ruines. Ils commençaient par endroit à ramasser leur équipement et à conclure leurs fouilles. Ils n'étaient plus que deux au Temple de la mer.J'espérais que cela ne signifiait pas pour autant qu'ils avaient trouvé ce qu'ils recherchaient mais qu'ils abandonnaient craignant d'être exposés par la lumière du matin qui se faisait proche.

Quelque chose se produisit vers la sortie principale qui perturba momentanément leurs activités. J'aperçus, dans la plus grande horreur, Rafaele brutalement escorté et malmené en direction du Castillo par trois hommes. Je paniquai. Il me fallait faire quelque chose. Il n'était pas question de fuir et de l'abandonner. Je cachai le compas sous une pierre et fonçai silencieusement. Je surpris complètement les deux hommes du temple de la mer. À la fin de ma course, je plaquai l'un d'eux brutalement. Il fut projeté sous l'impact jusque au bord de la falaise. Je le vis perdre pied et disparaître. Le deuxième alla à son arme plutôt que de prendre la défensive. Cela me laissait l'opportunité de l'attaquer. Au lieu de me relever, je pris ses jambes en ciseau entre les miennes et le déstabilisai. C'était une de prise de lutte que j'avais appris à l'université. Je me tournai subitement avec force et la rotation de mes hanches le fit basculer. Il tenta de se relever, mais il n'était pas assez rapide; j'étais déjà sur lui et l'écrasait de mon poids. Il tenta désespérément de m'enlever et de résister; il me rua de coups. J'étais immuable. Lorsque je fus en position, je lui administrai une série de crochets vicieux au visage qui lui firent perdre conscience. Je regardai tout autour; il n'y avait aucune réaction; personne n'avait rien remarqué. Je pris une profonde respiration. Je ramassai son arme et relevai. Je n'avais aucun autre plan que foncer dans le tas et improviser.  Je savais que cela était téméraire, stupide et sûrement suicidaire, mais j'étais résolu à tenter l’impossible pour sauverRafaele. J'entendis alors une plainte désespérée toute proche :

- Help me! Someone help me, please!

Je regardai par dessus le rebord de la falaise. L'homme que j'avais poussé était toujours là, suspendu à plus de douze mètres au dessus des récifs sur lesquels s'écrasaient violemment les vagues amenées pas l'océan. Il se tenait précairement à force de bras; il devait être blessé car il semblait incapable de se supporter sur ses jambes. Sans aide, il était certainement pour mourir.

Je n'y réfléchis même pas; je lâchai mon arme et lui tendis ma main. Il me regarda d'abord incrédule, hésita un moment et il la saisit fermement. Je raisonnai qu'ainsi j'aurais deux otages à échanger contre Rafaele. Alors que je m'apprêtais à hisser un homme, j'avais négligé l’autre qui était moins sonné que je ne l'avais supposé. Il était à genoux, le canon de son pistolet braqué sur moi. Il enleva la sûreté, il avait le doigt sur la gâchette. Je vis le mépris dans ses yeux; je savais qu'il était décidé de m'abattre même si cela entraînait la mort certaine de son compagnon.

Soudain, son visage se convulsa. Il laissa tomber son arme alors qu’il regarda abasourdi la pointe de métal qui venait de transpercer sa poitrine. Il s’écroula mort. Je vis alors mon ange gardien, le Vigil de Chibirias accourir. Il n’était pas seul. Tulum s’éclaira de la lumière de multiples phares qui venaient après lui.

Je dis au Vigil :

- Rafaele a besoin d’aide. Va ! Je m’occupe de celui-là et je te rejoins.

Il me regarda une fraction de seconde sans rien dire et repartit en direction du temple.

Je remontai l’homme et le traînai sur le sol. Sa cheville gauche et son genou étaient enflés, l'os du fémur causait une protubérance à sa cuisse menaçant de transpercer sa peau. Sans prévenir, je saisis sa jambe fracturée, tirai d'un coup sec et replaçai l’os. L'homme faillit s'évanouir sous la douleur. Je l’avisai en anglais de ne pas bouger et que j’étais pour revenir pour lui.

Je suivis la traînée sanglante de victimes laissée par le Vigil alors qu'une quarantaine de mayas arrivaient en renfort depuis tous les accès au site archéologique. Rafaele avait bien réussit à contacter de l’aide. Ils étaient des paysans de tout âges, armés de machette, fourches, bêches et bâtons et autre arsenal de fortune. Ils émirent des cris de guerre exprimant leur profonde indignation d'ainsi voir leur terre ancestrale violée. Le groupe de pilleurs tira quelques coups de semonce pour les intimider et les faire reculer. C’était peine perdue, ils furent submergés par la vague humaine. Pour les autres c’était la débandade, ils abandonnaient le terrain et battaient en retraite, fuyant vers l’escalier menant à la plage. Dans tout ce chaos, je trouvai le Vigil se battant férocement contre trois hommes alors que deux autres retenaient toujours Rafaele et s'en servaient comme un bouclier humain pour se protéger. Je sautai sur l'un d'eux. Il lâcha prise et tomba. Il se releva pressé de fuir et non de m'affronter ou de combattre. Je le laissai partir. Je regardai Rafaele qui finissait de s'occuper de l'autre homme qui l'avait retenu. Il savait se battre. Il était bien en contrôle de la situation et il n'était pas blessé.

J’entrevis brièvement Lilith qui avait les mains bandées par des pansements. Elle fût choquée de me voir mais ne pu rien faire alors qu’elle était entraînée par les autres vers les embarcations qui les attendaient sur la plage. Les mayas crièrent victoire en regardant les profanateurs quitter Tulum et prendre le chemin de l’océan. Je priais qu’ils soient repartis bredouilles. Des lumières bleues et rouges stroboscopiques se présentèrent enfin. Un haut-parleur beugla qu’ils étaient de la police fédérale, de rester sur place et de déposer les armes. Les mayas nullement impressionnés n’écoutèrent pas et très vite se dispersèrent dans la nuit. Le Vigil aussi en avait profité pour disparaître.

Rafaele et moi gardâmes les mains en l’air, bien en évidence en attendant qu’ils viennent.  Nous n’étions plus que quelques-uns sur le terrain, essentiellement des caucasiens, des pilleurs battus et blessés d’après ce que je pouvais voir. Cela n’avait pas été le carnage que j’avais imaginé et cela me soulagea. Je fixai l’océan et le ciel qui s’allumait. L’aube arrivait. Je remerciai Dieu et Itzamna que nous soyons encore en vie pour voir un autre matin. Les forces de l’Ordre s’occupèrent d’abord des blessés et des autres victimes avant de venir nous fouiller et nous escorter vers une patrouille. Quelle ne fût pas ma déception et mon malaise de nous retrouver devant nul autre que Morales. Il était ravi de me voir. Cela n'augurait rien de bon. Il me passerait les menottes sûrement et m'arrêterais cette fois.

Guerra de castas par vicos.



Par A. Saint
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