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Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 10:37

Je fut surpris de lire qu’entre les murs du bâtiment suivant, les Mayas étaient dédiés è la philosophie et l’avancement des connaissances. L’édifice était l’Akab-Dzib. Il comprenait trois sections et un total de 18 pièces. Ses toits et arches étaient voûtés. Des bancs se trouvent sur les mur est et les cadres de portes sont de pierre polies. La couronne de l’édifice est embellie par une ornementation géométrique, enjolivées par les pierres disposées dans une mosaïque. Sur la porte sud, il y a une représentation sculptée de Quetzalcóatl assis sur son trône, entouré d’hiéroglyphes qui n’avaient pas été encore été déchiffrés et qui avait valut à cet édifice son nom qui signifie « écrits occultes ». Je fus choqué et bouleversé de voir clairement visible les empreintes d’une main rouge. Cela me ramena en arrière dans une tente de l’arctique ou j’avais été entre la vie et la mort. Il s’agissait ici de la main céleste du créateur, de la main du premier shaman créateur, Itzamna. Il avait bel et bien été ici. L’empreinte des mains s'agissait d'un symbole commun à plusieurs cultures mais retrouver ici le même symbole de ce shaman inuit dépassait l'entendement.  Il n’y avait pas de coïncidence : il y avait ici un lien entre mon expérience en territoire Inuit et ce qui m’arrivait ici. Si seulement je pouvais comprendre ce dont il s’agissait.

Je marchai ensuite pour joindre le fameux El Caracol, l'observatoire astronomique maya qui malgré les ravages du temps m’apparaissait absolument splendide. Il s’agissait d’une magnifique structure qui ressemblait à nos observatoires modernes où deux plateformes rectangulaires servaient de fondation à une tour couvert d’un dôme. J’estimai que la structure faisait près de 25 mètre de hauteur. Par des fentes tout au haut de la  tour les astronomes mayas pouvaient y observer la lune, le soleil et les planètes et surveiller l'approche des équinoxes et des solstices. En particulier, l’observatoire astronomique était utilisé pour analyser les mouvements de Vénus. Le cycle de cette planète était l'un des éléments de base qu’employait les mayas  pour établir un calendrier des fonctions publiques et rituelles. De nombreux points d’observation de El Caracol coïncident parfaitement aux positions de cette astre dans le ciel durant son cycle de 584 jours. La tour est une structure unique en son genre dans le monde maya étant dotée d’un escalier intérieur en colimaçon qui lui a valu le nom de Caracol (« escargot » en espagnol). Je méditai un moment sur la complexité mathématique et scientifique des Mayas qu’avait nécessité l’accomplissement d’un tel observatoire. Je quittai le site rempli d’admiration pour cette civilisation.

Je quittai l’ancien district de Chichén Itzá pour découvrir ses structures plus récentes.

Cette portion du site archéologique fourmillait de gens cuits par l’intense soleil.

Je vis un curieux siège aux formes félines tout juste à l’entrée du temple des jaguars. Cette statue de jaguar avait possiblement servi de trône cérémonial ou de siège d'honneur pour le seigneur de Chichén Itzá.  Initialement ce siège était peint et incrusté de jade qui a été érodé par le temps. Beaucoup d’archéologues croyaient que le gouverneur de la ville était ainsi assis sur ce trône pour présider des cérémonies publiques et religieuses ou pour rencontrer les courriers diplomatiques des autres parties du Yucatan. Auprès de ce jaguar, je pouvais observer les colonnes en forme de serpent avec leur tête à gueule grande ouverte à la base. Il y avait des bas-reliefs à l’effigie de guerriers fiers en armure. Mon livre illustrait l’intérieur du bâtiment inférieur, où il y avait une annexe décorée de colonnes peintes à l’orange brûlé, au bleu et verts pastel illustrant des chefs militaires avec leurs attributs de plume ou de peau de guépard portant des lances et des lanceurs de dards. Il y avait aussi plusieurs découpages du dieu Kukulkan. J’examinai les photos d'une fresque colorée sur le mur arrière de l'annexe qui montrait un dignitaire posé sur son trône avec des rangées des guerriers portant l’arme traditionnelle, le lanceur de dard. La porte au temple supérieur était marquée par deux grandes colonnes serpentines qui s'ouvre à une série de chambres dont les murs étaient peints de scènes militaires de l'histoire de Chichén Itzá. Le haut temple était aussi fermé au public pour protéger ses fresques murales peintes mais je retrouvai les fresques reproduites dans mon livre. Je constatai déjà à ce point comment les styles contrastaient entre les deux secteurs de la ville. Le nouveau Chichen Itza me laissait une impression nettement plus martiale, me montrant les mayas sous un aspect sanguinaire et terrifiant.

Juxtaposé au temple de jaguars, je découvrît la plus grande cours de boule de d’Amérique centrale. Elle mesurait 166 par 70 mètres orienté selon l’axe nord-sud. C’était une des sept autres cours de jeu de la ville. C’était aussi le terrain de boule le mieux préservé dans tout le monde de Maya. Il était en effet gigantesque et plus élaboré que ceux que j’avais vu à Cobá, il devait faite au moins une fois et demi la surface d’un grand terrain de football. Je remarquai qu’il s’agissait d’une merveille d’ingénierie acoustique, ses deux murs parallèles formant une enceinte qui pouvait refléter le son et produisait dans les deux sens des échos multiples qui amplifiaient le plus léger bruit. Au milieu des ses murs se levait un anneau de pierre décorés de serpents à une hauteur de 8 mètres.  Les bas-reliefs le long des murs latéraux représentaient des scènes de matches. Les joueurs avaient le corps couvert de multiples protections tout comme Saul l'avait décrit. Ils ressemblaient ainsi à des joueurs de crosse. Je vis également la scène choquante d’une décapitation illustrée sur un bas-relief qui était complète avec le sang giclant du cou décapité. S’agissait-il d’une représentation du match des jumeaux divins héroïques aux enfers Mayas raconté par Saul?  Je songeai un instant au jeune homme Maya que j’avais hâte de retrouver ce soir tout en admirant les figures de Quetzalcoatl sculptées sur les six colonnes du temple du sud. 

Ma visite m’amena ensuite à l’opposé de la cours de boule, dans un petit temple au nord qui avait été baptisée le temple de l’homme barbu. Ce temple dérive son nom d'un bas-relief  montrant un seigneur barbu, une représentation peu commune dans l'art de Maya, la pilosité faciale étant associée à la noblesse et à la puissance d'un dieu divin Kukulcán.  Le port de la barbe correspondait au plus haut rang de la société Maya contraignant le reste du peuple maya à rester imberbe.

Sur une base avec des murs inclinés se trouve un temple constitué d’une plateforme 14 mètres de long et 8 mètres de large. J’éprouvais un étrange sentiment en montant son escalier central pour accéder au temple surélevé. Au sommet des arbres illustrés se trouvait des oiseaux dans un motif qui immanquablement rappelait celui du disque d’Ishell.  L’escalier était bordé de magnifiques panneaux représentant des arbres, des papillons et des oiseaux par un panneau carré représentant le visage Kukulcán, l’homme aux attributs du serpent et de l’oiseau. Le temple lui-même n’était qu’une simple chambre couverte d’un toit voûté. Le mur arrière du temple était décoré d'une variété de scènes religieuses montrant un seigneur barbu et le dieu serpent Kukulcán accompagné de guerriers armés des flèches et plusieurs dignitaires assis habillé comme des aigles. Une autre fresque m’apparut comme une révélation. Son style était comparable à celles des  panneaux de l’escalier extérieur. Il représentait un arbre abritant différents animaux dont un oiseau jaguar à son sommet. Il s’agissait d’une présentation de l’arbre de vie sacré des Mayas, le Ceiba, dont les racines puisaient leur source dans le cenote primordial au centre du monde.  Au pied de l’arbre il y avait une tortue, et tout au dessus il y avait un Kukulcán resplendissant ayant les attributs du guépard et du serpent qui tenait une étoile. Je me demandai si il ne s’agissait pas originellement d’une représentation d’Itzamna. Si le dieu suprême Maya avait fondé la ville, je me serais attendu à voir des représentations de lui quelque part, surtout dans le vieux Chichen. Mais selon l’évidence, les toltèques dans leur conquête de la ville avait purgé la ville de ses anciens dieux à l’exception de Chaac, pour y édifier uniquement leur dieu et maître, Quetzalcóatl. Ce qui capta surtout mon attention fut l'étoile dont le motif rappelait celui du disque d'Ishell.

Un grand homme rentra dans le temple, également solitaire dans la foule.  Il était un colosse aux cheveux châtain clairs, soigneusement taillés courts et en brosse. Il me suggéra aussitôt par sa stature rigide un militaire habillé en civil. Il ne faisait évidemment pas parti d’aucun groupe de visite guidé et semblait déambuler au hasard. Fait curieux, j’avais la distincte impression qu’il me surveillait intensément en évitant de se faire remarquer. J’étais peut-être paranoïaque mais j’avais l'impression de l’avoir vu auparavant, en fait plusieurs fois pendant ma visite. Cela m’incita à la prudence. Je quittai le temple.

Je trouvai une surprenante plate-forme décorée de centaines de crânes sculptés dans la pierre qui était adjacente au terrain de balle.  Il s’agissait du Tzompantli ou de la plateforme des crânes en raison du panneau central de la plateforme découpé avec trois rangées horizontales des crânes sculptés dans la pierre.

 Une explication suggérée était qu’il s’agissait d’une plateforme centrale employée pour placer et montrer les crânes des guerriers ennemis défaits dans la bataille ou celui des victimes sacrificatoires. Il y avait d’ailleurs des illustrations de guerriers, d’aigles et de jaguars portant la tête de sacrifiés. Ceci était contesté par plusieurs archéologues par le fait que cette section de Chichen Itza était de vocation religieuse. Même la cours de balle et le jeu qu’y était joué avaient une signification profondément mystique.  Cette plateforme avait une structure en pierre renforcée en forme « T » d’environ soixante mètres de long et douze mètres de large.

Une explication alternative proposée est qu’il s’agissait d’une représentation du monde des morts de Xibalba. Les têtes coupées seraient celles des Seigneurs des enfers vaincus par les jumeaux héroïques.  Chose certaine, ce monument était sinistre.   Mon livre relatait aussi que de nombreux experts associent la structure du Tzompantli à l’influence des toltèques, de tels monuments se retrouvant dans leur ancien empire.

Voisinant la plateforme de crânes se trouvait une autre plateforme élaborée à quatre escaliers chacun ornée par deux énormes têtes de serpent. J’y retrouvais également les images d’aigles et de jaguars dévorant des cœurs humains. Les guerriers habillés en aigles avaient la réputation d’être des archers redoutables et les guerriers jaguars d’être les guerriers les plus féroces. Ces guerriers d’élites étaient représentés dans de nombreuses autres cultures du Nord du Mexique et avaient influencés même les grands Aztèques dont la civilisation ne commença qu’au treizième siècle et s’éteignit avec l’arrivée des espagnols menés par Herman Cortès en 1519.

Je me dirigeai vers une autre plateforme, dont l’architecture était semblable à la  plateforme des jaguars et des aigles avec les mêmes têtes de serpent qui couronnait l’escalier. J’y distinguais à sa façade ainsi qu’autour des bas-reliefs qui ressemblait à une demie fleur gravée sur laquelle une étoile cruciforme aux pointes effilées était superposée. D’autres fresques représentaient un diamant dont les contours répétés et superposés suggéraient une irradiation. Les escaliers étaient gardés de chacun de ses côtés par des images du serpent à plume. Il s’agissait d’après mon livre guide de représentations de la planète Vénus. Vénus, un symbole de pouvoir,  inspirait une crainte singulière chez les mayas anciens car elle signalait la guerre et le malheur. La simple lumière de cet astre était considérée comme néfaste. Plus tard, Vénus devint associée avec le dieu serpent Kukulcán, le dieu incontesté de la nouvelle ville de Chichen Itza. D’ailleurs il y avait une représentation du visage humain de ce dieu émergeant de la gueule d’un serpent.

Je songeai à ce culte de Vénus. Vénus par sa position devait ressembler à un compagnon proche et fidèle du soleil. Elle précédait le soleil comme étoile du matin alors qu’en d’autre temps Vénus était l’étoile du berger qui suivait le soleil pour disparaître avec lui le soir. Les Mayas adorait le soleil comme une divinité suprême et craignait sa puissance. Il faisait croître leur champs et mûrir leurs récoltes mais il amenait aussi parfois sécheresse et famine. Il n’était donc pas étonnant que Vénus soit ainsi vénéré.  Mon guide littéraire ajoutait que cette plateforme de vénus était employée pour des cérémonies religieuses en l’honneur du dieu. Il y avait d’ailleurs une illustration montrant Kukulcán dans son rôle de Venus, possédant la langue bifurquée du serpent et les griffes du jaguar ayant un grand serpent qui émergeait de sa gueule. J’appris que cette plateforme est également connue comme le tombeau de Chac-Mool, un nom qui lui a été donné par l’explorateur Augustus Le Plongeon qui le premier a découvert la première statue de ce dieu à Chichén Itzá  vers la fin du dix-neuvième siècle. La biographie de cet explorateur en faisait un personnage particulièrement coloré et excentrique. La mention de ce français me fit repenser à mes amis qui devaient être en vol quelque part au dessus de l’Atlantique. Curieusement, je lu que l’on ne savait rien de ce Chac-Mool : son vrai nom et sa signification sont toujours inconnus même si il est présenté comme un messager des dieux. Des idoles de Chac Mool ont été également trouvées à Tula la capitale originale des Toltèques et d'autres villes du Mexique central.

Je parti à la rencontre de Chac-Mool en procédant au Templo de los Guerreros, le « temple des guerriers », ainsi baptisé selon les sculptures de guerriers sur les piliers de la devanture et des colonnes de support. Trois bases rectangulaires servaient de fondation à un haut temple. Cette structure n’était d’ailleurs pas typiquement Maya mais s’associait plutôt au style toltèque, une analyse renforcée selon mon livre par la présence de Chac Mool comme autel sacrificiel anthropomorphique qui est virtuellement identique à ceux de Tula et de Tenochtitlan. 

Je montai? ensuite au temple supérieur dont l'entrée est gardée par une statue de Chac-Mool. Je l'examinai de près: il s’agissait d’une statue représentant un homme couché sur le dos, aux genoux fléchis, aux épaules redressées, avec sa tête tournée sur le côté dont les mains tiennent un réceptacle sur son ventre pour contenir les sacrifices aux dieux. Le bol de ce messager des dieux avait peut-être contenu le cœur des victimes sacrifiées. Pourtant cette statue ne suscitait rien de martial ou de sinistre plutôt une certaine innocence. Curieusement ses traits n’étaient pas non plus typiquement Maya avec ses yeux ronds, son nez droit et sa petite bouche. Je remarquai, en m’efforçant de ne pas réagir, l’homme du temple de Kukulcán qui me suivait toujours comme une ombre. Je pensai qu’il pouvait peut-être s’agir d’un policier assigné par Morales pour me surveiller. 

L'entrée principale était aussi bornée par deux colonnes sculptées en pierre ayant la forme du corps et de la queue d’un crotale dont les bases correspond à tête du serpent à sonnettes. La corniche du temple supérieur est presque totalement couverte de motifs d’aigles et des jaguars. Il y a également des images de Kukulcán comme étant le soleil de la terre. À l'intérieur du bâtiment, on y retrouve une multitude de peintures vivement colorées montrant la vie de Chichén Itzá. J’y voyais par exemple des pirogues blanches transportant des guerriers avec leur bouclier levé transporté sur une mer de poissons, raies, crabes et coquillages. Je pouvais y distinguer une agglomération de huttes avec des gens affairées a leur tâches quotidiennes, comme la poterie, le tissage, l’agriculture et la préparation de nourriture dans des foyers. Il y avait aussi un personnage prosternée devant une représentation du serpent à plume dans ce qui semblait être l’enceinte d’un temple.

Je découvris la place des mille colonnes qui était juxtaposée au temple des guerriers. Il s’agit en fait une multitude (je ne les ai pas comptées) de piliers et de colonne qui formait une structure de trois enceintes rectangulaires formant un « T » dont une partie servait de devanture au temple.  Ces colonnes étaient à l'origine couvertes de plâtre et peintes et soutenait un toit qui au fil des centenaires s’est effondré et a disparu. Les experts supposaient qu’il s’agissait autrefois d’un grand hall de réunion. Tout ce qui restait des peintures originales ainsi que des représentations de la caste des prêtres qui régissaient la ville indiquait que l’endroit avait était décoré en honneur du dieu Chaac. L’ajout de guerriers sur les piliers s’était faite plus tardivement suggérant que cet endroit avait une vocation civile englobant des aspects religieux et militaires. La place des milliers de colonnes faisait peut-être partie d’une grande plazza englobant le temple des guerriers, le  Mercado (marché), le bain vapeur et de quelques autres structures qui restaient encore à reconstituer. Au marché l’acoustique était parfaite, un simple mot parlé sur sa surface était facilement audible dans tout le secteur du marché.

Ma visite n’aurait jamais été complète sans aller inspecter la ruine qui est sans aucun doute la plus reconnue de tout l’univers Maya et qui trônait au centre de la plaine herbeuse de Chichén Itzá. Il s’agissait de la  fameuse pyramide du dieu  Kukulcán ou nommée également El Castillo « le château » en raison des espagnols qui la nommèrent ainsi lors de sa découverte. Je songeai que les Espagnols avaient du nommer ainsi toutes les structures magistrales et dominantes qu’ils avaient rencontrés lors de leur conquête de l’Amérique centrale. Ce bâtiment de pierre était vraiment imposant, c’était quelque chose de le voir sur des photos mais l’avoir ainsi devant soi, masquant le soleil de l’après-midi, j’étais absolument ébahi.  La pyramide comporte une base carrée qui s’élève sur neuf étages qui d’après mon guide, évoquait les neuf niveaux des enfers Mayas. Les escaliers situés sur les quatre côtés de la pyramide totalisent 364 marches, un nombre qui correspond, si l’on tient aussi compte de la plateforme du sommet à chacun des 365 jours de l’année. La pyramide est constituée de 52 panneaux de chaque côté représentant le cycle de 52 ans du calendrier de Maya. Je fus fasciné par les gueules béantes de deux serpents grimaçants qui semblaient garder férocement l’escalier de la façade nord. Mon guide littéraire mentionnait qu’au crépuscule des équinoxes du printemps et de l’automne, l’ombre projeté par ce rebord de la pyramide dessine un motif sinueux qui ondule sur l’ensemble de l’escalier et reproduit ainsi le corps d’un serpent. En regardant les têtes monstrueuses et les paliers superposés en zigzag de la structure, il était facile d’imaginer ce serpent d’ombre.

Une autre merveilleuse caractéristique de cet édifice était que l’écho d’un claquement de main depuis le sol reflété par son sommet était déformé et ressemblait à un cri d’oiseau. Les acoustiques de l'endroit sont hallucinantes. Je fixai le regard vide de la tête de serpent de Kulkucan, n’en ayant pas cru mes oreilles. Je retapai mes mains trois fois et cette structure de pierres taillées par des humains antiques, modula et distordit l’écho de mes claquements de main qui revint comme des cris stridents. L’ingénierie acoustique nécessaire à une telle réalisation technique me dépassait.

Je réalisé que je regardais fixement un amplificateur, une caisse de son constitué par rien d’autres que de la pierre à chaux et le génie Maya des mathématiques, de la physique et de l’architecture. Cela me donna des sueurs froides malgré le soleil de 38 degrés Celsius et humidité de 90%.  Je compris aussi que du temple là-haut, la voix pouvait être portée à des kilomètres de distance.

J’appris que la pyramide de Kukulkan avait été bâtie par-dessus une autre pyramide et qu’il y avait un temple à l’intérieur accessible. Le design de la pyramide originale correspondait à un calendrier lunaire contrairement à la nouvelle pyramide de Kukulkan qui avait une vocation de calendrier solaire. Après avoir grimpé un étroit passage depuis la base de l’escalier nord, j’atteignis la salle interne au sommet de la pyramide?. Cette salle contenait un imposant et vénérable trône à l’effigie d’un jaguar, une sculpture de pierre peinte d’un rouge vif avec des tâches de jade. Il s’y trouvait aussi plusieurs représentations du dieu Maya de la pluie Chaac, qui m’inspira encore un profond respect. Je regardai la quinzaine d’autres visiteurs, c’était le maximum de personne admissibles en ces lieux. Ils étaient tous essentiellement silencieux sauf un couple qui causa un incident. La femme s’était assise sur le trône du Jaguar le temps que son mari la prenne en photo. Un agent les apostropha rapidement, leur indiquant que cela était interdit et démontrait un manque de respect face à la culture que représentait ce jaguar. La réponse de ce couple intransigeant ne se fit pas attendre : ils avaient payer pour leur accès au site et avaient droit de profiter des lieux comme il l’entendaient. Le gardien voulait leur confisquer leur appareil photo, ils protestèrent. J’étais comme les autres inconfortables devant cette escalade qui profanait l’esprit des lieux et nous redescendîmes à la queue leu leu, croisant deux agents de sécurité qui montait et nous tassait au point de nous écraser dans le minuscule passage.  

 

Par A. Saint - Publié dans : récits
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Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 10:36

9 Cimi 4 Yax

Toute ma perception se limitait à une mosaïque d'images fades, difformes, discontinues et entrecoupées. Le vieux shaman était là, je sentais sa présence comme une petite voix chuchotant dans mon esprit. Je me concentrai sur lui.  Il m'apparut, tout drapée d'un blanc éclatant. Il se détacha de la noirceur qui m'encerclait et s'approcha pour me prendre la main avec tout le réconfort d'un parent calmant son enfant.

- ErKsiniarnaK, ne soit pas effrayé ! me répétait-il d’une voix réconfortante.

Il me disait que mon corps était une enveloppe vide car mon esprit était avec lui, que je ne ressentais aucune douleur et ne devais avoir aucune crainte. Ils ne pouvaient me faire aucun mal.

J'étais bien avec lui et heureux de l'avoir retrouvé. Mais, « ils » ? De qui parlait-il ? N’étais-je pas dans la tente aux Monts Torngat ? Je regardai vers le bas et vit mon corps étendu sur le lit. Je ressentis un grand vertige, c'était comme si en me voyant ainsi je perdit équilibre et tombai. Je n'étais plus avec Shaman et me retrouvai sur mon matelas, dans ma chambre de l’Allure, complètement à découvert et nu. Une étrange sensation parcourait mon corps, comme si j’étais traversé par un courant électrique. Je ne pouvais bouger, aucun muscle ne répondait à ma volonté. Une étrange lumière m’entourait. Je n’était pas seul, il y avait des gens autour de mon lit.

C’est alors que les perçus dans ma vision périphérique, tarés dans l’ombre, les monstres de la nuit, des créatures de cauchemar. Ils étaient des démons dont l'apparence me révulsait au plus profond de mon âme.  Je voulais désespérément abaisser mes paupières et me fermer les yeux mais je ne pouvais pas, je n’avais aucun contrôle. Je ne pouvais crier ou même réagir. L’une de ces créatures se rapprocha et m'examina minutieusement à quelques centimètres de mon visage. Ils étaient petits, près d’un mètre, avec un corps mince et des membres exagérément longs. Leur peau tendue avait un teint cadavérique. Leur tête au menton triangulaire était disproportionnée par rapport au reste de leur corps.  Il n’avaient qu’une fente en guise de bouche ainsi qu’un long nez mince et aplatit.  C’étaient leurs yeux qui étaient le plus terrifiants : des yeux énormes, noirs, ovales. Ils rappelaient en quelque sorte celui des insectes ou de certains reptiles. J’avais l’impression en regardant leur tête, en particulier la structure du visage et de leur joue d’y voir quelque chose de presque humain. C'était cette portion d'humanité qui me rendait le plus inconfortable et qui m'effrayait le plus.

Qui étaient-ils ?

Les Wayobs, les serviteurs des Dzolobs !

La réponse venait du Shaman pour me laisser savoir qu'il ne m'avait pas abandonné. Il ne m'avait pas parlé, c'est plutôt comme si j'entendais ses pensées et curieusement dans l'absurdité de ma situation cela ne m'apparaissait en rien extraordinaire. Ce n'était qu'un rêve après tout. Certains avaient des rêves érotiques; moi je faisais des rêves bizarres.

La créature pointa sur moi un bâton de cristal noir, pas plus grand qu’un stylo, qui devint luminescent à son approche de mon visage et qui sembla causer une explosion de lumière violette au contact de mon front. Il n’y avait plus que cette lumière et j’y revécu, tel un film en boucle continue, ma rencontre avec Ishell, son baiser, la bagarre, l'inspection de son sac, encore et encore dans tous ses détails. Je sentais les scènes devenir de plus en plus intense au point d'en devenir insupportables.  Tout s’arrêta lorsque le bâton fut retiré de mon front. La créature émit quelques grognements à peine perceptible et s’en alla suivie par les siens.

J’entendis alors des voix parfaitement humaines :

- Nous avons regardé partout et n’avons rien trouvé. Les senseurs n'ont rien détecté. Si au moins nous savions ce que nous cherchons.

- Elle lui a donné ou lui a révélé sa cachette, j’en suis certain ! Elle n’a pas pu parler à personne d’autre, je n’ai pas relâché ma surveillance un instant ! Fouillez encore !

- Que disent les Anciens ?

- Ils disent que cet homme ne semble absolument rien savoir. Mais leurs sondes ne sont pas infaillibles; il est possible de bloquer leur balayage mental avec concentration et discipline.  Cela est improbable, son esprit n’a aucun entraînement. Mais il reste la possibilité, même minime, qu’il aurait une habilité naturelle à les bloquer. Il sera donc nécessaire de le soumettre à des traitements plus puissants et plus profonds mais ceux-ci endommageraient irrémédiablement son cerveau et risquent de nous faire perdre toute information utile. D'ici là, il faudra continuer à le suivre. Les autres pourraient tenter de le contacter. Elle l'a sûrement choisit pour une raison, bien qu'il ne pourrait être après tout qu'une diversion.

- Il ne se rappellera de rien ? demanda une voix particulièrement avide.

-Non, répondit l’autre. C’est le temps de partir pour nous aussi. Il n’y a rien ici !

-Je couvre vos arrières, allez-y.

Après quelques minutes, la personne revint, c’était une ombre vague, indistincte.

-Tu es tout à moi ! me souffla la Succubes à l’oreille.

Je me réveillai subitement en sursaut, tout en sueurs, au son de l'alarme de mon réveil. J’étais complètement désorienté en réalisant que je n’étais plus dans mon appartement à Montréal. Il était cinq heures trente. Mon cœur battait à se rompre. Je grelottais, j'avais froid. J'avais fait un rêve des plus bizarres et des plus effrayants, mais mes souvenirs s'effaçaient à mesure que je reprenais pleinement conscience. Je ne me sentais pas bien. J'avais la nausée. Je me sentais comme fiévreux. J’éprouvais une pénible migraine et sentais mes muscles lourds, engourdis. Je me redressai péniblement dans mon lit et prit de grande respiration. Je me précipitai aussitôt à la toilette et vomis de la bile.

Je me rafraîchis avec une serviette mouillée. J'allais un peu mieux et pris ma douche. C'est alors que je remarquai les ecchymoses sur mon corps sans comprendre. Sur mes tempes et mon front se trouvaient aussi de curieuses marques géométriques. Comment diable m’étais-je fait cela ? Je ne savais quoi en penser sur le moment, le souvenir de mon rêve était trop vague et trop évasif. Je finissais de me raser lorsque l’on cogna à ma porte.

- Señor, le petit déjeuner spécial que vous avez commandé ! annonça une voix courtoise.

J'avais oublié! Je m'empressai d'ouvrir la porte. Mon service au chambre était parfaitement à l’heure.

- ¡ Mucho Gracias ! lui dis-je en signant la note et en lui laissant son pourboire.

Je tassai le chariot, finit de m'habiller et de préparer mon sac à dos. Mes vêtements de la veille étaient encore trempés. J'étais prêt à partir, j’avais retrouvé mon entrain et la bonne humeur. Je fermai la porte derrière moi et poussai le chariot jusqu'au 1113 et frappai à la porte.

- Toc ! Toc ! Toc ! Il y a quelqu’un ?

 Ludovic m'accueillit ne portant que des boxers.

- Putain de bordel, pourquoi fais-tu tout ce boucan ? maugréa-t-il à moitié endormie. Quelle heure est-il ?

- Onze heure quarante cinq !

- Quoi ?

- Cinq heures quarante cinq du matin heure locale, mais tu dois te réhabituer au fuseau horaire français !

- Je sautai dans le lit avec Dominique qui m’attaqua aussitôt avec un oreiller.

- Je me rend!  lui dis-je dramatiquement. J’ai amené des gages de paix!

Je me levai et amenai le chariot.

- J'ai voulu casser une dernière fois la croûte avec vous tous ! Je vais chercher Rachel et Émile !

J’allai cognai au 1112 et trouvai Rachel déjà debout et Émile préparant déjà leur valises. Ils voulaient ainsi sauver du temps et pouvoir pleinement profiter une dernière fois de la plage avant d'être contraints de partir. Ils s'envolaient de Cancun à en début d’après-midi. Je les invitai à nous joindre.

Nous commençâmes par le champagne et jus d’orange. Je leur présentai ensuite tous leur favoris que j’avais observés au déjeuner. Pour Dominique son Muesli et œufs bénédictines, pour Ludovic son assiette de bacon, jambon, saucisses et œufs miroirs, pour Rachel sa salade de fruits et ses bagels fromages à la crème avec saumon fumé et pour Émile ses traditionnelle tartines à la confiture de framboises avec un double expresso allongé. Nous avons mangé, bavardé pour finir avec nos derniers adieux, accolades et embrassades. 

Rachel me laissa sur ses mots qui me laissèrent perplexe :

- Marc-Antoine, si je peux me permettre, je te connais assez pour vous donner un conseil; libre à toi de faire ce que tu en veux. Cesse de vivre ici, fis-elle en pointant ma tête. Et vit un peu plus ici ! Elle pointa mon cœur. C'est là que la vie prend tout son merveilleux sens ! 

Elle me fit un clin d'œil et retourna avec Émile, son bien-aimé, dans leur chambre. J'abandonnai à mon tour Dominique et Ludovic. J’enfilai ma casquette, ramassait mon sac à dos remplit de bouteilles d’eau avec un tube de lotion solaire. Mon coeur était plein de tristesse mais Chichen Itza m’attendait.

J’attendis  au lobby de l’hôtel. L’autobus de mon tour organisé arriva parfaitement tel que prévu. L’autobus était plein de touristes provenant des différents centres hôteliers au Nord de l’Allure. J’étais le dernier passager sur leur liste. Il ne restait qu’un siège disponible à côté du guide responsable du tour. Aussitôt que je fusse assis, le guide pris son micro et nous souhaita la bienvenue. En espagnol, il ne parlait qu’en espagnol ! Dans mon empressement de joindre la première visite de Chichen Itza, j’avais négligé de vérifier le langage du tour.  Ce n’était pas grave. L’important est que je me rendais à destination et je comprenais quand même assez bien l’espagnol pour me débrouiller. Nous passâmes devant l’entrée du chemin menant aux ruines de Tulum et tournâmes à droite au carrefour sur le même chemin qui menait à Cobá pour joindre la route 180 à partir du village de Chemax pour nos nous rendre à Chichén Itzá.

Ezequiel, qui dirigeait notre excursion, était un descendant Maya. Il était petit (il faisait un peu plus qu’un mètre et demi; j’étais un géant en comparaison) et trapu à la chevelure grisonnante dans le début de sa quarantaine. Il nous demanda si nous étions excité à l’idée de visiter une des merveilles du monde. De multiples voix répondirent « ¡Si! » en cœur. Pour ma part je n’étais pas excité mais franchement nerveux. L’idée de trouver une trace d’Ishell et peut-être même la retrouver me rendais anxieux. 

Le voyage à Chichen Itza était long; il prenait presque trois heures. J’avais négligé de m’amener de la lecture ou de la musique pour tuer le temps. La route était rurale et me charma en traversant plusieurs petits villages, notamment dans lesquels notre autobus devait ralentir, quasiment à l’arrêt, en raison de nombreux dos d’ânes installés pour contrôler la circulation. Nous eûmes ainsi une brève fenêtre sur la vie typique de ce coin du Mexique cachée derrières les nombreux kiosques d’artisanats et les présentions de souvenirs sur le rebord de la route.

J’entamai une conversation avec Ezequiel avec mon espagnol élémentaire alors qu’il était tranquille. Je lui parlai de mon grand intérêt pour les coutumes et culture de son peuple. J’avais peur de l’importuner. Mes questions étaient tellement naïves que je m’attendais qu’il roule ses yeux avec une expression tordue en pensant qu’il avait encore un de ces gringos obsédés! Il sympathisa avec moi et continua à me parler en anglais.

Je lui demandai de me parler des dieux Mayas. Il m’expliqua qu’ils étaient perçus avant tout par le peuple Mayas comme des incarnations des énergies cosmiques super naturelles et invisibles qui se manifestaient par les phénomènes naturels tels la pluie, la foudre ou dans les animaux. Le cosmos lui-même était un acte divin des dieux qui l’ont crée afin de préserver leur existence et prospérité en engendrant un être différent de tous les autres qu'ils avaient créés, un être conscient de son existence et du monde qui l’entourait, c'est-à-dire l'homme. Il m’appris que les Temples mayas étaient référés comme étant des « waybi », c'est-à-dire des dortoirs  où les dieux normalement endormis étaient réveillés et se manifestaient. Un rituel mal fait, le manque de respect pour une divinité ou faire couler du sang qui n’était pas commis à un sacrifice pouvait mériter le châtiment des dieux tels qu’épidémies, famines, mort, guerres, feux, sécheresse, inondation.

Il m’avertit que les Mayas avaient d’innombrables dieux  pour toutes les sortes de fonctionnalité associées avec l'existence et que le même dieu était associé à plusieurs aspects, noms et festivités ce qui confondait encore plus les choses.  Il  y avait des dieux dans le panthéon maya qui étaient particulièrement bien illustrés dans les codex et anciennes cités.

Il me parla brièvement par exemple du dieu solaire Kinich Ahau qui était à la fois craint et vénéré; de Chaac le dieu des pluies bienfaisant mais qui en colère causait les inondations ou au contraire la sécheresse en retenant ses faveurs; Ah Punch le dieu squelettique à la chair décomposée de la mort et de la maladie, Ixchel qui dans sa vieille incarnation s’appelle Ix Chak Chel et dans sa jeune incarnation de la lune est Ix Sak Un;  de la sœur d'Ixchel, Ixtab, affiliée aux suicides qui étaient considérés comme une mort respectable par les mayas;  Ek Chuah le dieu marchand et bien sûr du dieu souverain du ciel, Itzamna.

Malgré tous ces dieux,  les mayas auraient eu le concept d’un dieu unique au pouvoir absolu, Hunab Ku. Ce dernier, occupé aux schèmes du Cosmos, avait délégué son fils Itzamna, le grand dragon céleste, dieu du ciel et du soleil, pour prendre soin de la terre et des hommes.

Cela m’amena à questionner sur la correspondance entre le serpent à plume, Kulkucan de Chichen Itza et Itzamna.  Ezequiel me dit que la réponse n’était pas évidente.

Il est convenu que Kulkucan, Quetzalcóatl pour les aztèques, avait été amené par une autre culture chez les Mayas, par les Nahuatl de Teotihuacan et Toltèques qui ont eu un profond impact sur la civilisation des Mayas du Yucatan.

Il existe d'ailleurs plusieurs correspondances entre les dieux  Mayas et Aztèques. Huitzilopochtli était leur dieu guerre et du soleil similairement à Kinich Ahau. Coatlicue la mère des dieux, Xochiquetzal la dame des fleurs, pourraient tout deux être considérées comme des aspects d’Ixchel. Tlaloc était le dieu de l'eau tout comme Chaac.

Tlahuizcalpantecuhtli est le dieu dont le nom en Nahuatl, le langage des Toltèques et Aztèques signifie « Seigneur de la maison de l’étoile de l’Aube », le dieu de la couleur rose de l’aurore et personnification de la planète Vénus. Il est une personnification de Quetzalcóatl dans un récit que Ezequiel me raconta.

Quetzalcóatl a été rendu ivre par des prêtres ennemis pour se retrouver déchu, vaincu et banni par son ennemi mortel Tezcatlipoca. Il a été forcé d’émigrer vers l'est où, après avoir fondé quelques villes, il se brûla sur un bûcher et se transforma en Vénus, étoile du matin. Son frère jumeau Xolotl qui voulais le suivre devint Vénus l’étoile du soir.   Il y a correspondance entre cette histoire et le mythe d’Itzamna colonisant le Yucatan. L’histoire pourrait être une parabole sur la conquête des Mayas et du rejet par ses conquérants de l’ancien ordre religieux et social.

Il ajouta que Tezcatlipoca était une sombre divinité, la plus crainte de toutes les divinités aztèques.  Dans l’ordre de pensée dualiste des mésoaméricains, Tezcatlipoca était à la fois le frère et le pire ennemi de Quetzalcóat. Il était le dieu noir, l’opposé, l’antithèse de Quetzalcóatl le blanc. Son nom signifie littéralement « Miroir fumant ». Tezcatlipoca possédait également différents épithètes charmant qui reflétait  différents aspects de sa divinité : Titlacauan (« Nous sommes ses esclaves »), Ipalnemoani (« Celui par qui nous vivons »), Necocyaotl (« Ennemi des deux côtés »), Tloque Nahuaque (« Seigneur du proche et du lointain ») et Yohualli Ehecatl (« Nuit, Vent »), Ome acatl (« Deux roseaux »), Ilhuicahua Tlalticpaque (« Possesseur du ciel et de la terre »).

Pour Ezequiel, il était certain que Chichen Itza, surtout l’ancien Chichen Itza, avait été initialement consacré au dragon céleste d’Itzamna et que c’est plus tard que le serpent à plumes, Quetzalcóatl devint le patron divin absolu de la cité. Dans les dernières années de Chichen Itza, le serpent à plume ressemblait plus au terrible Tezcatlipoca en tempérament que le bénéfique Quetzalcóatl.

J'ai été sacrément impressionné avec Ezequiel. Il me rappelait Saul me confirmant que les Mayas étaient des gens remarquables. Il était non seulement un guide touristique, il était un archéologue et explorateur accompli empreint d’une grande spiritualité. Il avait effectués des excavations régions les plus sauvages du Guatemala, El Salvador et Nicaragua.   Il était curieux et insatiable de connaissances et d'expériences profondes. Je l’intéressai à mon tour sur mon coin du monde. Il voulait tout savoir sur le Canada et mes expériences avec les Inuits.

Il me recommanda, si j’aimais ma bien ma visite de Chichen Itza, de visiter Elk Balam, une autre citée Maya récemment excavée et ouverte au public.

Il se leva: nous approchions déjà de Chichen Itza. Ezequiel annonça que nous avions quatre heures de visite par après nous allions nous rafraîchir au magnifique cenote de Ik Kil à cinq minutes des ruines.  Nous étions tous excités à l’approche de l’entrée du site archéologique, même si tout ce que nous pouvions distinguer était un grand centre de visiteurs, une légion de vendeurs d’objets et d’artisanat divers, des boutiques de souvenirs et les salles de bain.  Ce qui me frappa immédiatement était à quel point il y avait du monde partout. Chichen Itza avait l’atmosphère d’un parc d’attraction. En descendant de l’autobus, la chaleur intense et accablante du midi m'engloutie. Quel contraste! Heureusement qu’ils nous avaient offerts un choix de boissons froides ou une bouteille d’eau à la sortie du véhicule.

Il nous avisa de bien noter notre numéro d’autobus et son stationnement et de se retrouver ici dans un peu moins que quatre heures.

Nous fîmes un arrêt au guichet et aux salles de bain. Ezequiel nous distribua ensuite nos billets d’accès au site. Je décidai de visiter les ruines par moi-même non pas que le langage me dérangeait, mais j’étais venu ici chercher quelque chose de précis.  Je ne savais pas quoi encore, mais je voulais être libre de le découvrir.

Après avoir bien noté mentalement le numéro de mon autobus et l’heure du retour, je désertai le tour officiel et profitai pour me promener dans le centre des visiteurs et trouvai plusieurs affichages instructifs ainsi qu’une maquette de la ville. Le centre des visiteurs était très affairé. Je m’arrêtai à un magasin appelé la Hutte Maya qui vendait de l’artisanat, des tissus, vêtements, bijoux et livres. Quelque chose attira vivement mon attention. Il s’agissait d’une  petite médaille en terre cuite. Elle avait en son centre un maya assis. Il portait à force de ses deux bras un immense symbole sur son dos, retenu par une banderole autour de sa tête. Les détails étaient remarquables incluant son genoux fléchit relevé, l’autre reposant contre le sol, son collier et ses apparats au mollets et poignets, son front prononcé, son nez long et proéminents caractéristiques des mayas.  Ce personnage était entouré de 19 autres symboles répartis dans un cercle. Ses glyphes avaient le même style que ceux que j’avais observés sur le disque d’Ishell. La vendeuse m’expliqua gracieusement que chacun des symboles représentait un jour maya. Le maya portait le glyphe du dernier et vingtième jour du cycle, nommé Ahau. La dame m’indiqua aussi que tout achats et donations commanditaient le programme de la Fondation Maya de conservation de la nature et des habitats d’oiseaux. J’achetai le disque et me procurai aussi un guide détaillé que je trouvai en français de Chichen Itza qui incluait plusieurs photos. Je découvris une publicité du Hacienda Chichen Resort qui montrait que le site archéologique abritait un hôtel spa de luxe, une réserve écologique et un paradis pour les adeptes ornithologie. J’avais un creux. Je me laissai tenter par les snack bars et m’empiffrai de tortillas, de salsa et guacamole fait sur place où étaient ajouté à la purée d’avocat tous les condiments que l’on pouvait désirer. 

J’entamai mon livre. Je pouvais y lire une courte description de l'histoire de la ville. J’appris que Chichén Itzá est une ville antique dont le nom signifie "Dans la bouche des puits de l'Itzá" et qui fait sans doute références aux deux cenotes, ces puits naturels, qui alimentaient les habitants en eau et auxquels ont attribuait des origines divines. Cette citée qui fut le centre de la puissance politique, religieuse et militaire dans Yucatán et du sud-est Amérique Centrale du dixième au treizième siècle.  La ville est divisée en deux principaux secteurs: Chichén Viejo (le vieux Chichén) et Chichén Nuevo (le nouveau Chichén) ce qui était reflété par leurs différents styles d’architecture.

Chichén Viejo fut fondé par les Mayas Itzas mené par Itzamna après la séparation d'Acalon au environs des l'années 435-455.

Je posai mon livre. L’implication de cette dernière phrase fut pour moi une révélation. Elle impliquait que Itzamna, le dieu suprême et fondateur des anciens Mayas, avait été un homme réel. Il n’était pas un abstrait concept métaphysique mais bien quelqu’un d’historique. D’ailleurs les Mayas effectuaient la déification des ancêtres. La glorification des héros était quelque chose de commun dans les anciennes villes. Je ne doutais  pas que les dieux mayas aient été originellement des êtres humains remarquables montés au niveau de la divinité.

Je continuai mes lectures.

J’appris que l’ont retrouve à Chichén Viejo l’architecture classique des mayas caractérisée par beaucoup de représentations du dieu Chaac, le dieu Maya de pluie. Ce modèle d’architecture maya traditionnelle est nommé Puuc et se retrouve également à la ville d’Uxmal ainsi que dans les autres emplacements mayas de la péninsule du Yucatan.

Chichén Nuevo correspond à l’établissement et à la reconstruction de la ville par le peuple des Itzas aux environ de 900 après Jésus Christ. Il y avait évidence de la présence d’un chef toltèque appelé Topiltzin Ce Acatl Quetzalcóatl à Chichen Itza dès l’an 987.  La présence toltèque provenant du centre du Mexique contribua à faire de Chichen Itza la ville la plus puissante et dynamique du Yucatan dont la sphère d’influence s’étendait depuis le centre du Mexique pour l’obsidienne jusqu’au sud de l’Amérique centrale pour le trafic de l’or. Le culte de la ville devint centré sur le dieu Kukulcán, connu par les Toltèques et les aztèques sous le nom de Quetzalcóatl. D’ailleurs les dirigeants de la ville s’attribuaient le nom du dieu le serpent à plume. La nouvelle Chichén témoigne d’ailleurs de la grande influence architecturale provenant des Toltèques et de leur antique capitale de Tula.

Il y avait évidence qu’une révolte des Mayas contre les dirigeants de Chichen Itza s’était produite en 1221. La ville ne fut pas abandonnée par après,  mais continua son déclin définitif. Les Itzas régnèrent jusqu’au quatorzième siècle jusqu’à ce qu’ils cèdent à la ville rivale Mayapan. Chichén Itzá  était considérée comme la dernière grande cité Maya et son histoire coïncidait avec le déclin de la civilisation des mayas des basses terres. Les Conquistadors espagnols découvrirent la ville au seizième siècle en 1531.

Un voyageur et écrivain Benjamin Norman redécouvrit la ville, suivit de John Lloyd Stephens dont je connaissais déjà une partie de l’histoire. Ce dernier passa 40 ans à Chichen Itza jusqu’à ce qu’il soit expulsé et banni par le gouvernement Mexicain. En 1924, un projet de l’institut Carnegie de Washington dirigé par Sylvanus Morley continua de façon plus supervisée la restauration de ruines. Je trouvai intéressant que même si les ruines et structures de Chichen Itza appartiennent au gouvernement fédéral du Mexique et qu’elles étaient maintenues et développées par l’Institut National d’Anthropologie et d’histoire (INAH) que les terrains eux-mêmes appartenaient au privé, à la famille Barbachano. 

J’avais fini de manger et m’étirai en songeant à mes objectifs à Chichen Itza. Je savais que le disque d’Ishell était associé à Chichen Itza. Je voulais trouver et comprendre quelle était cette connexion. J’étais résolu à regarder la ville dans tous ses détails, dans l’idée que j’y trouverais peut-être un élément pouvant me permettre d’éclaircir le mystère d'Ishell et du disque que je lui avais récupéré. De plus Ishell avait été ici, j’en étais certain; qui sait elle y était peut-être encore!  Il était donc le temps pour moi d’explorer la ville de Chichen Itza.

Je présentai mon billet et franchi le tourniquet. Je fus ébahi par la scène qui m’attendait à la fin du court sentier. Le site des ruines était immense dominé par la majestueuse pyramide centrale. J’avais l’impression que quatre heures pour visiter Chichen Itza ne serait pas assez  que j’aurais aisément pu y passer plusieurs jours.

J’observai les nombreux groupes organisés de touristes. Je préférai faire ma propre visite en utilisant mon livre comme guide. Je voulais éviter les trop grands bains de foule et y aller à mon propre rythme.

Je me dirigeai dans la partie plus ancienne de Chichén Itzá qui était moins achalandée. Je me trouvai à un bâtiment nommé l’ossuaire ou le tombeau du Grand prêtre.  Il s’agit d’une pyramide de neuf niveaux semblables à la grande pyramide de Kukulcán qui dominait  toute la scène de Chichen Itza malgré sa distance. Il y avait quatre escaliers axiaux dont l’accès semblait défendu par de grands serpents menaçants avec leur gueule ouverte et tête triangulaire écaillées.  Une cheminée de 14 mètre traverse la pyramide jusqu’à son sommet suggérant que la structure a servi de crématorium. La cheminée était alimentée en bois depuis une tranchée à la base de l’ossuaire. J’appris que ce bâtiment couvre une caverne profonde reliée par un puit central à la pyramide. Ce puit devait représenter pour les mayas l’entrée au monde des morts que l’on croyait sous terrain dans leur mythologie. Le puits est décoré de représentation du monde des enfers et des Cieux et on y avait  trouvé à son intérieur plusieurs tombeaux incluant celui d'un haut prêtre ou d’un roi avec des offrandes de jade, coquillage, cristal de roche et cloches de cuivre.

Je découvris tout près un autre bâtiment appelé Chichanchob qui signifie les "petits trous". Le nom a été sans doute donné à cette structure en raison des petits trous sur la crête du toit. Le bâtiment était également connu sous le nom de "la Chambre rouge" en raison de la peinture de cette couleur qui pouvait être encore vue dans les fresques dans la chambre intérieure. Il restait dans cette même section de la ville les vestiges de la maison à trois portes du chevreuil reposant sur une grande plateforme trapézoïde et de la maison de la santé, formant avec la maison rouge une section nommée l’hôpital en raison de leur vocation médicale.

Il faisait très chaud. J’épongeai la sueur abondante qui s’accumulait sur mon front. Toute cette section du site archéologique de Chichen Itza était dégagé et déboisé, il y était impossible de se cacher du soleil ardent. Je continuai jusqu’à un large bâtiment de pierre curieusement nommé « la chambre des nonnes » ou le monastère. Il s’agissait d’un grand un complexe près de vingt mètres de hauteur. Je comprenais que lorsque les premiers explorateurs espagnols avaient visités les ruines, ils ont crû que les nombreuses chambres du temple ressemblaient aux chambrettes des soeurs religieuses dans un monastère et l’ont baptisée Las Monjas (Chambre des nonnes). Je lisais que les chercheurs croyaient que ce bâtiment était originellement un palais pour les grands Maîtres de Chichen Itza.

La chambre des nonnes avait aussi une annexe, un bâtiment ornementé de riches sculptures dont un souverain à l’image d’un dieu au dessus de la porte. Ce personnage avait une coiffure de plume séparée en deux au milieu de son crâne et était assis à « l’indienne » dans un motif rayonnant représentant possiblement le soleil.  Tout l’ensemble du bâtiment de l’annexe suggérait dans la distance une tête stylisée dont l’entrée principale avec sa rangée de dents correspondait à la gueule.

Je passai ensuite à un vaste complexe des bâtiments, dont un appelé Eglesia « église » par les premiers visiteurs espagnols. Ce bâtiment de pierre n’avait qu’un étage avec un toit voûté. Il reposait sur une plateforme de 66 cm de hauteur. La porte faisait face à l’ouest, ce qui suggérait que ce bâtiment ait servi de tombe, l'ouest étant le lieu où mourait le soleil à chaque soir. Le bâtiment était exceptionnel avec ses fresques grecques et ses masques du dieu de la pluie soigneusement découpés à sa devanture. Des masques de Chaac se retrouvaient aussi à chacun des coins de l’édifice. À chacun des côtés de ces masques, je remarquai de petites représentations de crabe, d’escargot, d’armadille et de tortue qui soutiennent le ciel depuis la terre selon les croyances Mayas. Saul m'avait parlé de ces légendes qui confèrent à des arbres ou à des Jaguars divin, les Baccabs, ce rôle de supporter le ciel aux quatre points cardinaux tout comme ces petits animaux.  Au-dessus de ces images se trouvait la représentation d’un serpent au corps sinueux qui suggérait le mouvement. Je restai plusieurs minutes à regarder ces sculptures dont le symbolisme évoquait le même que celui du disque d'Ishell d'après l'interprétation de Saul. Tout cela avait donc une signification ancrée dans les croyances mayas les plus anciennes manifestée ici à Chichen Itza.

Je retournai mon regard vers une la plus grande fresque de Chaac et réalisa à quel point les sculptures de ce dieu aux grand nez en trombe recourbé et pointu étaient plus soignées ou du moins en meilleur état. Chaac inspirait révérence et respect mais pas la terreur. Son visage de masque de Carnaval dégageait pour moi un air moqueur, malicieux et quasiment paternel. Je compris que le dieu de la pluie était un gardien bienfaisant des Mayas et qu’il devait se confondre avec Itzamna, le dieu suprême du ciel. Il était celui qui donnait l’eau et par ce fait était primordial pour une civilisation dépendante de l'agriculture pour son existence. Je me demandai un instant si ce n’était pas ce dieu Maya qui s’était amusé à me lancer la foudre ou à me protéger le soir précédent. Le regard profond du visage de Chaac ne me donna aucune réponse. Je restai longtemps à méditer de cet édifice. 

 


The road to Chichén Itzá par bertobox
064 On the road to Chichen Itza, with dog and speed bump IMG_1306 par Jerry 1
Road to Chichen Itza par bluepowdamonkey
071 On the road to Chichen Itza IMG_1324a par Jerry 1
059 On the road to Chichen Itza IMG_1292a par Jerry 1
061 On the road to Chichen Itza IMG_1297 par Jerry 1
Road to Chichen Itza par bluepowdamonkey
2008_02_01_Road_To_Chichen_Itza_ 260 par gerebphoto
Road from Chichen Itza par amyandchriswelsh

 

IMG_3116 Cancan Vacation Road Signs to Chichen Itza 1 (Jun 21, 2005) 3 par SF Tascheks

Chichén Itzá par star5112


Par A. Saint
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Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 10:29

 

Sur le chemin du retour vers le stationnement, je tentai de rationaliser ma décision en me disant que qui ne risque rien, n’a rien. Le fait d’avoir partager mon secret me soulageait grandement et je ne pouvais penser à personne d’autre que Saul pour cela.  Mais ne plus avoir ce disque en ma possession me rendait mal à l’aise ; il me manquait terriblement. J’avais un doute qui subsistait, une anxiété, l’impression d’avoir trahi Ishell en agissant ainsi.

Une question persistait: cet homme inconnu avait-il intentionnellement gravé ce symbole comme une révélation ou un avertissement ?

Je m’arrêtai au cabanon touristique et y ramassai de la documentation sur les sites touristiques de la région et sur les mayas et regagnai l'autobus où le chauffeur me laissa aimablement rentrer. L'air frais, conditionné fut un véritable soulagement.

 

Je m'écrasai dans un siège et songeai à mon immersion chez les mayas. J'en avais appris tellement sur ce peuple dont j'ignorais tout hier. Tout ce que j'avais vu à Cobá et ce que Saul avait expliqué dépassait mon entendement. Je retenais de ma visite surtout les fantastiques accomplissements de ce peuple brillant. Certaines des avancements de leur science surpassaient par un millénaire les connaissances des autres civilisations de leur époque. J'avais vu notamment à quel point leur mathématique était très élaborée. Ils furent aussi la première civilisation à représenter et utiliser le zéro.  En tant qu'ingénieur, je reconnaissais la valeur et complexité de tels accomplissements.

 

Je savais aussi que les Mayas avaient leurs origines aux environ de 2600 avant Jésus Christ et qu’ils avaient connu leur âge d’or au troisième siècle après Jésus Christ. Ce que je ne comprenais pas c'était pourquoi une civilisation aussi illuminée s'éteignit subitement avant le onzième siècle laissant son peuple dispersé et désorganisé dans les régions les plus sauvages de l'Amérique central. Qu'importe la réponse à ce mystère, les Mayas avaient gagnés mon plus grand respect et mon admiration.

 

Je pensai à Ishell. Était-elle maya comme son nom le supposait? J'y repensai; en fait Ishell n’était même pas son nom. Elle avait dit qu’elle était "fille d’Ishell". Elle était donc tout comme Saul la fière héritière de ce peuple.

 

Le ciel était sombre et la pluie commença à tomber. En regardant la pluie coulisser sur les vitres, je m’interrogeai si Ishell pensait aussi à moi parfois. L’orage fut bref et le soleil revint rapidement et forma un spectaculaire double arc-en-ciel que j’interprétai comme un bon présage de la Dame. À la vue de ces couleurs vives et pures, ma tristesse s’effaça.

 

Étant encore seul, je décidai de profiter du temps qui me restait pour aller voir le lac de Cobá. Il était très petit en comparaison aux grandes étendues d’eau que j’étais habitué de voir dans les vastes territoires du Nord. Le lac était tout de même remarquable par ses eaux bleu clair, laiteuses et paisibles qui me semblaient particulièrement invitantes sous la radiation torride du soleil qui était revenu. Je changeai d'avis à la vue d'une affiche où était inscrit «crocodile visit 5 pesos»  à la fin d'un quai de bois. Je compris en regardant plus prêt que ce que j'avais prit pour un tronc d’arbre flottant était le reptile en attente de son prochain repas. Je m'empressai de retourner à mon autobus.

 

Les autres revinrent peu de temps après. Dominique et Rachel furent les premières à me joindre,  toute deux concernée par mon "état".

- Ca va? demanda Rachel.

- Saul nous a dit que tu avais eu un malaise compléta Dominique.

Je regardai le jeune guide qui me salua de façon complice.

J'improvisai la première chose qui vint à mon esprit:

- Ca va mieux! Une touche de turista, je suis arrivé juste à temps....

 - Cela explique pourquoi tu es parti comme si tu avais la mort à tes trousses, gloussa Ludovic.

- Mon pauvre, tu as probablement bu de la mauvaise eau ou mangé un fruit mal nettoyé. Tu veux de l’Imodium? offrit Dominique.

- J’en ai! dit Rachel. Elle parcouru son sac sortant  des tablettes de chocolat, de la crème antibiotique, des tablettes de Listerine, une bouteille de Pepto Bismal, du gel Aloe Vera, de l’hydrocortisone, du maquillage, des rouge à lèvres, une brosse à cheveux, du fard à paupières, du papier mouchoir, des pansements, des analgésiques, des suppléments de repas, de l’iode, de la gomme à mâcher, de l’insectifuge, un écran solaire, des cartons d’allumettes, des condoms, une brosse à dent, du dentifrice, un obscène objet phallique, du lubrifiant et enfin l’Imodium.

- Dire que j’ai déjà tout utilisé dans ce sac, sauf l’Imodium! dit-elle en me faisant un clin d’œil.

 

J’acceptai gracieusement l’anti-diarrhée même si je n'en avais pas besoin. Je jouerais le jeu en prenant note de trouver une meilleure excuse la prochaine fois.

Je pris siège dans l’autobus totalement à l’arrière tout près de la porte de la salle de bain pour garder les apparences. Cela n’empêcha pas mes amis français de me joindre.

 

Avant de retourner à l'Allure, nous fîmes une courte escale dans le village Maya voisin.

Saul nous avertit de mettre de côté nos valeurs occidentales car ces gens ne devaient aucunement être considéré comme faisant parti du tiers monde ou comme étant dans le besoin. Il comptait bien nous le prouver.

 

Nous débarquâmes dans le village et Saul nous amena devant la devanture d’une hutte.

Il s’adressa à nous.

-Vous allez penser peut-être que les enfants ici sont malheureux car ils n’ont aucun jouet. Détrompez vous!

 

Il nous montra un singe araignée docile et en laisse. Le petit singe affectueux était prêt à serrer tout le monde de ses longs bras difforme.

Notre groupe fut instantanément charmé par l'adorable bête.

Saul donna au petit singe une pomme que l’animal réjoui mangea par petites bouchées mastiquant avec un plaisir gourmand.

 

Il nous demanda:

- Si vous étiez un petit garçon ou une petite fille, que préféreriez vous comme jouet?  Un G.I. Joe, une Barbie ou un petit singe comme celui-ci?

 

L’argument de Saul était bien reçu. Je comprenais aussi que le singe soit en laisse car dans l’après-midi sous la chaleur, il pourrait s’aventurer au point d’eau le plus proche qui était le lac où j'avais vu les crocodiles attendre patiemment leur prochain dîner.

 

Nous trouvâmes ensuite face à face avec un autre curieuse bête: un fourmilier domestiqué dans un jardin qui servait à éliminer les insectes nuisibles dans les huttes et l'environ des résidences.

 

Saul fit la démonstration d’une petite fleur magenta qui une fois brûlée donnait une cendre bleue foncée, une source de colorant naturel pour les textiles mayas.

 

Nous effectuâmes la visite d’une résidence. Saul nous expliqua de ne pas être mal à l’aise. Nous n'y étions pas des intrus; nous étions au  contraire le bienvenue. Notre visite contribuait à l’ensemble des revenus nécessaires pour l'installation d’un système moderne de purification d’eau qui profitera à l'ensemble des habitants du village dont la famille qui habitait ici.

 

La dame de la maison était affairée à préparer une robe avec sa machine à coudre, une antiquité de fonde noir du temps de ma grand-mère. Elle nous accueillie gracieusement sans aucune réserve malgré notre invasion de son domicile. Sa maison était nôtre. Son mari, comme les autres hommes du village, était parti travailler dans les terres cultivées.

 

Le seul confort moderne que je remarquai dans sa hutte était un réfrigérateur que Saul nous montra vide excepté pour la glace de la section du congélateur. Cette glace, nous expliqua-t-il, était une des commodités les plus appréciée dans tout le village.

 

Un gigantesque hamac se trouvait de l’autre côté de la hutte et toute la famille y dormait ensemble. Saul commenta que par sa conception le hamac maya offrait un parfait support stable. Son tissu voilé offrait une protection se rabattait pour fournir une protection contre les moustique.

Saul nous rappela les  résidences modernes que nous  avions vues lorsque nous avions traversés des villages lors de notre route vers Cobá. Il nous dit que si nous avions visités ces maisons, nous les aurions trouvés vide, les familles mayas préférant habiter leur hutte traditionnelle. Lorsque l'ouragan Emily frappa la Riviera Maya, la tempête causa de nombreux dégâts et de sérieux dommages aux constructions modernes. Les huttes mayas s'en sortirent comparativement indemnes parce qu'elles étaient perméables aux vents.

 

Je comprenais ce que Saul tentais de démontrer; les Mayas d'ici vivaient selon leurs nécessités quotidiennes; leur style de vie était parfaitement adapté à leur environnement. J'aurais pu en dire autant de mes amis Inuits.

 

Les enfants mayas nous entourèrent au retour à notre autobus. Parfaitement disciplinés, ils attendaient les petits cadeaux que Saul leur avaient amenés: crayons, stylos, papiers de cartons et des livres, un ballon de soccer, une balle. Ils connaissaient tous bien Saul et étaient très familier avec lui comme si il était leur "grand frère". Je crû comprendre qu'ils l'appelaient "Ahulane" lorsqu'ils s’adressait à lui dans le langage maya.

Une fois les gâteries distribuées, les enfants à l’unisson nous dirent ensuite :

- Dyos bootik!

Saul nous traduisit ce que nous avions déjà deviné : Dyos bootik voulait dire merci! Nous répétâmes aux enfants amusés les mêmes mots.

Je regardai Saul satisfait et fier de ses gens.

Alors que nous rentrions dans l’autobus, Saul laissait aux soins des femmes du village des achats qu’il avait fait pour elles.

 

Sur le chemin ver Tulum, nous avons croisé des adolescents marchant nu pied sur la route. Ces enfants revenaient de l’école. Saul expliqua que les mayas ont tendance à avoir les pieds larges et que pour accommoder cette largeur ils doivent porter des souliers trop grand, mal ajusté, de pointures beaucoup trop longues qui étaient inconfortables ou même qui les blessaient. C’est pourquoi certains d'entre eux préféraient marcher nu pied. 

 

Nous retournâmes sur l’autoroute en direction de Tulum.

- Puis vous avez aimé votre visite? demandais-je à mes amis français.

- Super! me répondit Dominique. C’était la dernière ville Maya que nous visitions avant de rentrer en France et je suis bien contente que nous l’ayons vue. De toutes les ruines que nous avons vues, ce sont celles de Cobá qui avaient le plus leur beauté originale, qui avaient été les moins retouchées, remodelées par notre civilisation moderne. Il était vraiment facile de s’imaginer que nous étions d’intrépides explorateurs là-bas!

Ludovic approuva en levant le pouce.

Je parlai à mon tour:

- Pour moi c’était ma première visite chez les mayas et cela m’a laissé toute une impression, j'ai été émerveillé, je n’avais aucune idée de la grandeur de leur civilisation avant aujourd’hui.

- Un grand peuple en effet, rajouta Rachel, encore plus grands que tout ce que l’on nous a dit jusqu'ici.

Je m’adressai à elle intrigué:

- Que veux-tu dire Rachel ?

- Que tu n'as encore rien vu mon cher! me répondit Dominique en me prenant la main.

 

Ils me racontèrent leur visite des ruines de Sayil où se dresse un imposant palais de trois étages. Ils me parlèrent des magnifiques fresques de la cité de Labna, des majestueuse ruines d'Edzna et de la spectaculaire citée d’Uxmal. Ils me décrivirent toutes les merveilles qu’ils y avaient vues et à les entendre, ils me communiquèrent  leur enthousiasme me laissant rêver d’explorer ces citées par moi-même. Ils me décrivirent  les observatoires mayas qu'ils avaient visités et de la grande maîtrise de l’astronomie du peuple maya.  Leurs astronomes savaient prévoir exactement les éclipses solaires et lunaires, la course des planètes et la position de la voie lactée dans le ciel et cela de façon inégalée par aucune autre civilisation ancienne avec une précision comparable à notre science moderne. En particulier Rachel mentionna que la fin du calendrier Maya au solstice d’hiver de 2012 correspondait à une conjonction entre notre soleil et le plan équatorial de notre galaxie la Voie Lactée qui correspondait selon certains à la fin du monde aussi prédite par les aztèques et ainsi que par un ancien calendrier oracle chinois. Cette date était corroborée par le grand prophète Nostradamus lui-même!

 

- Cela doit être prévu par les mêmes qui avait annoncé le bug de l’an 2000! plaisanta Ludovic.

Les rires furent suivis par un bref silence dans lequel je ressentis chez mes amis français; il y avait une certaine nostalgie à la réalisation que leur aventure Maya s'achevait alors que la mienne commençait.

Nous parlâmes des légendes de l’Atlantide et des autres civilisations oubliées et des corrélations intéressantes entre les civilisations Mayas, Égyptienne, Sumérienne et Indiennes. Rachel discuta ensuite des dieux Mayas Itzamna et Kukulkan et de leur correspondance avec le dieu Inca Viracocha et le dieu aztèque Quetzalcoalt, ce qui suggérait une influence commune entre ces civilisations.  Dominique ajouta que beaucoup de spéculations existaient d'ailleurs sur ces dieux suggérant qu'ils s'agissaient d'extraterrestres selon certains, ou même d'une incarnation de Jésus Christ ou d’un ses apôtres selon d'autres, en raison de leur description commune d'homme blanc, au visage pâle et à la barbe ce qui les démarqueraient complètement des peuples indigènes locaux.

Rachel considérait que le peuple maya était non seulement avancé scientifiquement mais qu'ils étaient également de grand maîtres spirituels. Je lui parlai de mes expériences avec la spiritualité des Inuits ce qui suscita son plus grand intérêt.

 

Je remarquai aussi Mademoiselle Morris assise tout proche. Je la comprenais un peu, seule en vacance alors que c'est tellement plus agréable avec des amis.

 

Je m'adressai à elle:

- Puis, pensez vous que les Canadiens feront les séries cette année?

 

 

Nous arrivâmes à l’Allure dans la demie heure suivante ce qui me laissait tout juste quelques minutes pour me préparer pour le mariage de Ted et Judith. Saul invita tout le monde à se rafraîchir dans un cenote tout près mais je déclinais son offre. Je le saluai et remerciai pour la visite. Il était poli mais je le sentais distrait, quelque peu distant, visiblement préoccupé. Je fis de brefs et tristes adieux à mes amis qui retournaient en France demain.

  

Je m’arrêtai à la conciergerie pour me renseigner sur les excursions à Chichen Itza. Je pris les arrangements nécessaires afin de me joindre à la visite du lendemain. J'en profitai aussi pour organiser un petit déjeuner spécial.  Je me précipitai ensuite à ma chambre, pris une bonne douche fraîche et m’habillai formellement pour la cérémonie du mariage. Je devais admettre que cela était quelque peu pénible dans la canicule de porter une chemise, une cravate et un veston. De plus, le bref orage n’avait pas chassé l’humidité mais l’avait au contraire augmenté. Je voulais faire quand même bonne impression car j’escortais la sœur du marié. Je pressai le pas en direction de la chapelle du complexe hôtelier juste à temps pour retrouver Angela tout à fait élégante dans une splendide robe de satin gris perle. Je la complimentai sur son apparence et elle rougit. La prenant doucement pas le bras je l’escortai à l’intérieur de la chapelle où Ted attendait impatiemment. Il nous accueillit avec un sourire nerveux la gorge sèche. Je lui serrai la main. Il me présenta à ses parents, ainsi qu’à la famille de Judith. La chapelle était petite, simple et élégante. Son intérieur blanc me rappelait celui des vieilles églises catholiques coloniales de la Californie.  Elle ne possédait pas plus de douze bancs décorés de rubans de soie blancs et de fleurs en honneur de l’évènement. Le père religieux nous demanda de prendre nos places. Il était américain et d’après ce que je comprenais, un ami de la famille venu spécialement pour célébrer l’évènement. Il était assisté par le « Padre » habituel du complexe. La marche traditionnelle maritale entama son air. Nous nous levâmes et toutes les têtes se tournèrent vers l’entrée de la chapelle où une silhouette gracieuse voilée de dentelle blanche, délicatement drapée de satin blanc et ivoire, tout ornementée de perles attendait. Elle tenait un magnifique arrangement de roses blanches, et rouges. Escorté par un homme trop jeune pour être son père, Judith s’avança d’un pas solennel vers Ted et l’autel. L’homme plaça la main de Judith dans celle de Ted et retourna auprès de la mère de cette dernière qui lui serra la main, visiblement émue. On amena deux grandes chaises blanches que l’on plaça devant l’autel et tous furent invités à s’asseoir.  Le prêtre commença son sermon qui fut suivit par les déclarations touchantes de Ted et de Judith. Il y eu l’énoncé de vœux et l’échange des anneaux. Finalement, après une brève cérémonie religieuse, Ted et Judith furent enfin attitré mari et femme devant Dieu et les hommes. Ted leva en tremblotant le voile de sa mariée qu’il embrassa d’un baiser long, tendre et timide.  La cérémonie avait été tout simplement belle et poignante. Après la signature des registres, les nouveaux mariés sortirent de la chapelle suivit par tous leur invités.

 

Une tente avait été installée sur la plage pour la réception; le champagne y coulait à flot. Je profitai d’un instant tranquille pour féliciter Ted et embrassai Judith sur la joue. Elle me présenta son grand frère Glenn de Minneapolis qui l’avait donné en mariage. Je compris que son père était décédé il y a plusieurs années. Judith s’excusa pour effectuer sa dernière obligation de la journée : le traditionnel lancé du bouquet. Ce fut nul autre qu’Angela qui l’attrapa à la plus grande joie du marié, son frère.  Angela me souffla à l’oreille avec un sourire narquois qu’effectivement en fin de compte elle aurait besoin d’aller au Canada, ce qui nous fit rire de bon cœur.

 

Les nouveaux mariés s’installèrent à la table d’honneur, devant la beauté naturelle de la plage et de la mer. Le repas était servi, je m’installai à table avec Angela.  Nous étions placés auprès de trois de ses tantes ainsi que du mari de l’une d’elle. J’appris ainsi que le côté maternel d’Angela avait des racines cajuns. Je connaissais déjà  Jeanne et son mari Richard. J’adorai immédiatement sa tante Rosalynn, une femme dynamique de soixante ans. Elle parlait le vieux français avec les nuances que j’avais déjà entendu en Acadie. Elle habitait la Nouvelle-Orléans et espérais pouvoir bientôt réintégrer sa petite auberge « Le gîte du passant » quelle avait été contrainte d’abandonner en fuyant l’ouragan Katrina. Sa résidence avait été submergée par la crue des eaux résultant de la rupture des digues, mais elle n’était pas abattue. Au contraire, elle était déterminée de tout restaurer et rebâtir.

- C’est pour cela que je paye des assurances ! disait-elle en souriant. 

 

Nos discussions furent constamment interrompues par le tintamarre traditionnels des coutelleries frappant la table, intimant à chaque fois les nouveaux mariés de s’embrasser devant nous, remerciés ensuite par la clameur d'applaudissements.

Je fit le commentaire à la table que lorsque je me marierai, je m’assurerai que la coutellerie du souper est en plastique. Le souper était exceptionnel de première classe. Il se termina par la coupe du gâteau de noce et le service de thé, café et digestifs. Les tables de réceptions centrales furent ensuite déplacées pour laisser place à la danse qui s'ouvrit sur un succès et classique et romantique de Queen, « One year of Love ». J'accompagnai Angela dans cette valse lente, nos corps entrelacés, serré l'un contre l'autre, sa tête reposant sur mon épaule. Il y eu ainsi plusieurs danses classiques alors que s’enchaînaient Cha-cha-cha, Samba, Rumba entrecoupés par de la musique de danse contemporaine. Angela et moi étions heureux de découvrir que nous connaissions les mêmes pas de danse. Je n'étais pas mécontent de tous ces dimanches de cours de danse moderne que m'avaient imposé mes parents lorsque j’étais tout jeune. Nous avons ainsi dansé toute la soirée jusqu'aux grandes danses country western.

 

Le flash d’un éclair proche fut suivit quelques secondes plus tard par le bruit assourdissant du tonnerre. La foudre avait frappé à moins d’un kilomètre j’estimai.  En l’espace d’un instant le vent se leva, tourbillonnant et violent entraînant avec lui une pluie diluvienne qui frappa sans prévenir comme un mur d’eau. La tente n’offrait qu’un abri précaire. Je vis ces gens en chics toilettes de soirées qui couraient en cherchant un abri, se retrouvant entassé les uns contre les autres sous le toit du bar ou le refuge de la hacienda. Je plaignais les nouveaux mariés, leur réception était gâchée. Je tentai de les consoler en leur citant un proverbe qui rimait mariage pluvieux avec mariage heureux.

 

Après quelques minutes, la direction de l’hôtel nous annonça que la réception continuerait à la discothèque. Les mariés et leur groupe d’honneur furent escortés sous des parapluies. Moi, je ne bougeai pas en levant les bras au ciel et souhaitant bienvenu à cette tempête tropicale. Je me douchais sous la pluie chaude, je n’avais jamais vu autant d’eau tomber en si peu de temps. La foudre tomba alors très proche dans le fracas d’une explosion, tout juste interceptée par le paratonnerre de la chapelle. La panique s’installa chez certaine gens qui s’empressèrent de trouver un abri intérieur.  Je me retrouvais seul. J’enfonçai ma tête dans mes épaule et couru dans la tempête battante en tentant de rejoindre le plus proche abri.  Soudain je fus enveloppé par une lumière aveuglante rosée, un tintamarre éclatant et retentissant. Quelques minutes passèrent avant que je n’ose ouvrir les yeux, incrédule de me trouver indemne. Le vent et la pluie furieuse me fouettaient toujours mais j’étais vivant! L’éclair devait avoir frappé un poteau à seulement quelques mètres de distance. L’orage passa et ses éclairs étaient désormais lointains déchirant par sa lumière serpentine le ciel et la mer au large.

 

 

Je me trouvai à la discothèque complètement trempé et dégoulinant. Je trouvai Angela, qui n’était pas seule, mais en bonne compagnie. Sa nouvelle amie, Julia, était avec elle. Je ne fus donc pas mal à l’aise de m’excuser auprès d’elle et de la quitter ; en fait je me rendit compte que cette opportunité de passer le reste de la soirée avec Julia devait l’arranger. Je remerciai les mariés encore un fois et les quittai, pressé de me débarrasser de mes vêtement mouillés. De retour à ma chambre, je repensai à Ishell, aux Mayas, à Saul, au disque et au mystérieux associé d’Ishell que j’avais revu pour la deuxième fois. Au son de la pluie qui tambourinait toujours sur mon balcon, je me laissai choir et m’endormit aussitôt.

Gopher Snake par rdodson76
Sonoran Gopher Snake south Arizona par TomSpinker


 

mayan village par GBrosseau

Chato the Monkey par aar0n5150
Making Tortillas par *snapdragon

 

Par A. Saint
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Samedi 14 janvier 2012 6 14 /01 /Jan /2012 21:39

Notre groupe, à la suite de Saul, trouva un petit terrain dégagé en pleine forêt où siégeait une petite pyramide. Je trouvai l’ensemble fantastique par ses colonnes de blocs de pierres empilés et ses ruines. Dans les restes d’un bâtiment effondré, un seul mur se dressait encore. Il était possible d’y voir encore les détails du travail de plâtrage de stuc.  On parcouru le chemin défini par les rangs de colonnes pour monter vers le temple surplombant la pyramide. Ce temple se distinguait des autres structures que j’avais vues par sa grande ouverture divisée en deux entrées par une large colonne. Le temple contenait les traces visibles de la peinture rouge originale d’une grande fresque que Saul nous mis en évidence. C’est en raison de ce qui reste des muraux trouvés à l'intérieur du temple que l’ensemble des ruines portait le nom espagnol de Conjunto Las Pinturas ce qui voulait dire le regroupement des peintures.  

Nous avions ensuite une pause alors que l'heure du midi approchait. Un pique-nique copieux préparé par l’hôtel nous fut livré depuis l’autobus par des bicyclettes. Il y avait un grand choix de boissons froides, sandwiches, crudités, fromages, salades, fruits et de desserts très appréciée dans la chaleur torride.  Profitant de ce répit, je profitai de l’occasion pour m’approcher de Saul alors qu’il était seul et se désaltérait. Je voulais lui poser une question qui me trottait dans la tête depuis un certain temps et qui était reliée à la pièce qui m'avait été léguée par Ishell :

- Nous n’avons vu aucune évidence de métal ou d’utilisation de métaux nul part. Est-ce que les mayas connaissaient bien la métallurgie?

Ma question le surpris quelque peu. Il répondit:

- Les procédés avancés de la purification du métal ont été développés par les mayas mais curieusement les métaux n'étaient que peu utilisés. On n'a jamais trouvé par exemple ce que l’on considérerait des outils métalliques usuels dans nos fouilles archéologiques. Les métaux tels que l'or, l'argent, fer et le cuivre étaient utilisés à des fins ornementales ou comme monnaie d'échange seulement, une pratique remontant aux cinquième siècle.

- Minute! coupa Ludovic qui s’était joint à nous. Les Mayas ont pu construire les citées de pierre que nous avons vus sans outils de métal ? Comment ont-ils réussi un tel prodige?

Plusieurs gens du groupe, incluant Dominique et Rachel se joignirent à nos discussions tout aussi curieuses de la réponse à cette question. Je remarquai aussi Lilith Morris également attentive à tout ce qui se disait.

Saul nous expliqua:

- Les mayas utilisaient d'autres outils que le métal pour accomplir le travail tout simplement. Par exemple l'obsidienne par son utilisation et sa versatilité a été surnommée le métal des mayas. Les mayas d’ici avaient aussi d'autres pierres dures à leur disposition tels que le silex, la balsamite et bien entendu le bois qu'ils avaient en abondance.

Je connaissais bien l’obsidienne, cette roche vitreuse volcanique qui résultait du refroidissement rapide d'une lave riche en silice, mais cette dernière ne pouvait pas provenir de la région du Yucatan. J'en déduis donc que les mayas devaient aller chercher l'obsidienne à l’ouest au-delà du Yucatan, aux Hautes Terres mexicaines ou au Guatemala, les régions les plus proches qui abritaient des formations volcaniques.

J’ajoutai à la discussion:

- Je crois aussi que la région d'ici abrite une grande richesse géologique, les pierres calcaires et d’après ce que j’ai vu ici, les mayas savaient très bien les exploiter.

Saul apprécia de mon intervention et me regarda avec un respect renouvelé:

- Effectivement, les mayas savaient extraire la chaux plusieurs siècles avant notre ère en brûlant la pierre dans des fours spécialement construits à cette fin. La poudre de chaux ainsi obtenue était la matière première du béton, stuc et plâtre à la base de la maçonnerie de leur cités. Mais la chaux avait un grand prix; le bois nécessaire pour alimenter les fours causa la destruction des forêts environnantes entraînant l'appauvrissement des sols et la destruction de leur agriculture rurale. C'est une des raisons pour lesquels les mayas ont été contraints d'abandonner leurs cités.

Je songeai qu'il était ironique que la splendeur des cités Mayas les aient rendues ainsi stériles.

-Je comprend, argumenta mon ami français, mais comment pouvaient-ils travailler la pierre à une si grande échelle et avec autant de minutie avec des outils aussi primitifs?

J'entendis Rachel suggérer une intervention extraterrestre.

Sa répartir m'amusa car je connaissais déjà une partie de la réponse à sa question et elle n'impliquait aucun petit bonhomme vert.

Je montrai à Ludovic un bloc de pierre tout proche:

- Cette pierre calcaire est ordinairement appelée pierre à savon à cause de sa consistance molle et grasse. Elle a la particularité d’être tendre lorsque elle est enterrée et de durcir peu à peu au contact de l’air.

- Exactement! poursuivit Saul. Il était donc possible aux anciens mayas de creuser facilement de véritables tranchées dans cette pierre fraîchement déterrée avec de simples ciseaux de basaltes pour délimiter par exemple le pourtour d’une future stèle dans le sol. Les mayas décollaient ensuite la stèle en creusant horizontalement sous la pierre. Lorsque le bloc était dégagé, il était halé avec l’aide de cordage d’agave ou de lianes. On y glissait des rondins en dessous ce qui permettait de transporter la stèle depuis les carrières à son lieu d’utilisation. La pierre était alors travaillée grossièrement et polie au sable et à l’eau. Les stèles devaient toujours être sculptées sur les lieux de leur exhibition finale. Les artistes mayas utilisaient des ciseaux de basalte, des maillets de bois et petits marteaux cylindriques de pierres pour graver la stèle.

 

- Tout un travail! s'exclama Ludovic en donnant ses remerciements pour ces explications.

J'étais bien d'accord avec Ludovic. Un travail laborieux, mais faisable. Ceci élucidait en partie le mystère des techniques de construction maya mais en rien ne diminuait mon admiration. Au contraire, ces explications augmentaient mon appréciation de leur travail et de leur génie.

J’aidai Saul a rempaqueter les restes du pique-nique qui furent réexpédié à l’autobus. Saul nous avertit que nous avions encore dix kilomètres à parcourir en après-midi et invita tout ceux qui le désiraient à louer une bicyclette ou à prendre les services d’un taxi qui attendaient tout près. Mes amis français et moi-même déclinâmes cette option.

Nous avons donc continué à pied dans la jungle jusqu’au  groupe de ruines de Macanxoc. Nous pouvions y contempler une collection de stèles entourées par de nombreux monticules en attente d’être excavés ainsi que de bâtiments couverts par les arbres et la végétation tropicale. Les stèles étaient superbes même si elles avaient été abîmées et usées par le temps. Leurs gravures étaient peut-être à peine évidentes et parfois effacées, mais les scènes qui y étaient sculptées étaient pittoresques.  Il y avait le portrait d’un guerrier de stature colossale, musclé et inspirant une grande force physique. Son torse était montré de face et il portait ce qui me semblait être une grande arme de guerre en forme de croix.  Une autre stèle à sa gauche représentait un maya au couvre chef stylisé habillé d’une robe tunique somptueuse et élaborée. Il suggérait une grande sophistication, propre au rangde noble ou grand prêtre. Je remarquai que alors le guerrier regardait vers la gauche alors que l’autre regardait dans la direction opposée à droite, est-ce que cela pouvait avoir une signification? Les visages montrés de profil étaient typiquement mayas. Je pensai que les nez mayas que j’avais vus jusqu’ici illustrés sur les gravures et les dessins étaient des exagérations tout comme la musculature développée proéminente de leur corps. C’est alors que je remarquai, comme pour la première fois, les mêmes traits et silhouette chez Saul. Par son profil racé, souligné par un long nez droit, ses cheveux ébène, ses yeux profonds et ses lèvres charnues, il était l’incarnation même d’un maya. J’avais devant moi un vrai maya vivant avec la même extraordinaire silhouette que sur ces stèles. Je fixai Saul pendant quelques minutes avant de réaliser que je pourrais ainsi le rendre mal à l’aise. Je me forçai de regarder ailleurs en retournant mon attention de nouveau aux stèles qui m'émerveillait par leurs détails et leur réalisme résultant du respect des artistes des proportions du corps.

Après un autre parcours d'environ d’un kilomètres dans la forêt tropicale, nous étions en vue d’un autre périmètre de ruines dominé par la grande pyramide de Nonoch Mul. Saul en profita pour nous nous donner une brève leçon sur le langage maya en nous expliquant que le nom « Noh » signifiait « grand » et « och » était un terme superlatif renforçant le mot Noh,  équivalant en français aux mots  « très » ou « le plus ». « Nohoch » se traduisait donc « la très grande » ou « la plus grande ».  « Mul » ou « Muul » signifiait montagne ou colline, plus spécifiquement pour décrire une structure artificielle comme une pyramide. Le nom  Nonoch Mul signifiait donc "la très grande pyramide" ou « la plus grande pyramide » ce qui était bien vrai puisque la pyramide de Nohoch Mul faisait 42 mètres de hauteur et 120 marches ce qui faisait d’elle la plus grande structure de Cobá et du Yucatan surpassant même la pyramide del Castillo de Chichen Itza. Saul nous raconta que ce lieu avait été le témoin du mariage historique d’une reine maya et d’un haut prêtre de la cité de Tikal. Il invita par la suite tous les braves à escalader la pyramide pour y admirer la vue la plus spectaculaire de Cobá et de la jungle environnante. Je remarquai que la surface des pas de marche était effrité et que de nombreuses pierres de cette pyramide étaient en morceaux. Cette pyramide, ravagée par le temps, était définitivement en moins bon état que la pyramide précédente et pour de bonne raison, Saul nous expliqua que les archéologues du début du siècle, pensant que ces structures étaient similaires aux pyramides égyptiennes, dynamitaient les ruines mayas comme celles-ci à la recherche de tombeaux de rois et de richesse. Saul nous invita à faire l’ascension de la pyramide. Je retrouvai Ludovic qui me défia à la monter et à arriver avant lui au sommet. J’entamai l'escalade à la course mais Ludovic, tenant un câble, montait comme un enragé sans aucune difficulté. Je n'étais pas aussi téméraire; je trouvais la montée traîtresse en en raison de sa façade raide et de ses paliers de pierre usées et brisés par les siècles. Les pas d'escaliers étaient hauts et distancés comme si ils avaient été conçus pour des géants. J’utilisais souvent mes mains pour m’aider dans mon ascension. Ludovic atteignit le premier le sommet où la pyramide supportait un cabanon. Nous tendîmes ensuite tout deux la main pour accueillir Dominique et l'aider à gravir les dernières marches. Je complimentai Ludovic sur son escalade; il admit que je n’avais eu aucune chance de remporter son défi car l’escalade était une passion pour lui; il était champion médaillé depuis son adolescence. Lilith Morris arriva à son tour; je lui tendis la main. Je remarquai qu’elle ne semblait nullement incommodée comme si elle avait fait cela toute sa vie. Elle ne cacha pas sa fierté. 

Saul nous joignit peu de temps après au sommet.

Notre guide attira notre attention sur deux découpages de pierres dans habitacle du temple. Il nous montra également l'image du « Dieu Descendant » mise à l'honneur de l'entrée du temple au dessus de la porte. Il souligna que ce même dieu était retrouvé et représenté de la même façon aux ruines de Tulum.  Je regardai la sculpture dans la pierre qui montrait un homme ailé qui me rappelait un ange qui descendait du ciel. Cette figure était interprété comme étant celle du "dieu des abeilles". Saul avait mentionné qu’il y avait encore plusieurs apiculteurs dans la région ce qui démontrait l'importance de cette culture traditionnelle pour les mayas.

Aux abords du temple, je contemplai le panorama et je devais donner raison à Saul; la vue était absolument incomparable. L'horizon était vert à perte de vue, jusqu'au point de voir la forêt empiéter sur le ciel lointain.  Je percevais à travers de la jungle environnante la réflexion tamisée du soleil provenant des lacs miroitants tout prêt. Seul le sommet du temple de l’Église perçait le tapis ouateux d’arbres à l’ouest. Il m’était facile de comprendre que les mayas avaient construits de telles pyramides pour se rapprocher des cieux et de leurs dieux. Dominique commenta que cette pyramide n’était peut-être pas aussi bien restaurée que ne l’était Chichén Itza mais qu’en rien elle n’était moins spectaculaire. L’ensemble du ciel à l’ouest, vers les terres au-delà du lac me préoccupa. Il était gris et terne, on aurait dit un horizon de plomb. Des nuages, des cumulo-nimbus avec leur profil caractéristique se formaient et la hauteur de leur colonne promettait un violent orage plus tard. La plateforme était top petite avec tous ces gens tout autour. Il y avait cette Lilith qui ne me lâchait pas d'une semelle. C'était dommage pour elle, mais l'intérêt n'était pas réciproque; une autre femme monopolisait toute mes pensées et mon coeur. Je décidai qu'il était le temps de redescendre.

Tout en regardant vers le bas, je craignais de perdre l’équilibre. La descente était moins évidente que la montée, la façade étant abrupte, longue et dangereuse. Il ne faillait vraiment pas être prône aux vertiges et je devais admettre que j’appréhendais moi-même de descendre. C’est alors que j’entendis un jeune garçon pleurnicher. Il ne faisait pas parti de notre groupe et il ne semblait pas être avec personne ici au sommet. Il était figé par la peur sur le bord de la pyramide. Il sanglotait :

- ¡No desciendo! ¡Tengo miedo de morir! (Je ne descends pas! J'ai peur de mourir!).

Je devinais que le garçon, intrépide comme plusieurs de son âge, avait monté la pyramide mais avait sous-estimé l’effort que prenait la descente. Je m’approchai de lui.

- ¡Hola! ¿Dónde son tus padres? (Allo! Où sont tes parents?)

Il me répondit :

- ¡En parte baja!

Ce qui voulais dire en bas. Je regardai et pouvais apercevoir à la base de la pyramide, deux adultes inquiets gesticulant et tentant d’encourager le jeune homme. Ils me semblaient minuscules d’où je me tenais. Je vis Saul s’approcher mais il gardait ses distances en m’observant et me laissant faire.

Je dis au jeune garçon :

- Sea mí, desciendo. Estaré justo detrás ti. ¡Descienda con mi!

J’espérais que je disais correctement  « Suis moi, je descends. Je serai tout juste derrière toi. Descends avec moi! ».

Mon espagnol était loin, il datait de mes cours de langues secondes au CEGEP.

Le jeune hésitait. Je tentai de l’encourager :

- ¡No tienen miedo! ¡Soy justo detrás ti! ¡No puede caer! Voy a retenerte. Hasta puede basarse en mí. (N’ai pas peur! Je suis juste derrière toi! Tu ne peux pas tomber! Je vais te retenir. Tu peux même t’appuyer sur moi.)

Je m’assis en enfourchant le câble de descente, les pieds sur la première marche.

Le jeune homme était toujours dominé par ses craintes.

¿Y si ti liberó y tumba? (Et si toi tu lâche et tombe?)

Je lui affirmai :

- ¡No puedo liberarme, no liberaré: es ti que repartos el valor de descenderme!

 (Je ne peux pas lâcher, je ne lâcherai pas : c'est toi qui me donnes le courage de descendre!)

Il s’installa enfin tout juste devant moi. Je lui donnai mes derniers conseils :

- No observa detrás ti, observa exactamente ante ti, hacia arriba. Soy detrás ti, no esté impaciente. Hay suavemente, una marcha a la vez.

Je voulais lui dire de ne pas regarder derrière lui, de regarder juste devant vers le haut et que je restais derrière lui, de ne pas être inquiet. Que nous y allions doucement, une marche à la fois en gardant le câble dans nos mains.  

Nous descendîmes ainsi avec soin la pyramide et atteignîmes sans problèmes les dernières marches à quelques mètres du sol. Je lui dis :

- ¡Ve cómo es muy valiente! (Tu vois comment tu es très brave!).

Je garçon me m’affirma alors comme si de rien n’était :

- ¡Soy correcto. Voy bien ahora. Muchas gracias Señor! (Je suis correct. Je vais bien maintenant. Merci beaucoup Monsieur!).

Ses parents l’accueillirent aussitôt et le prirent dans leur bras. Ils n’avaient pas besoin de dire merci. Tout était dans leur regard.

Je retournai auprès de Rachel et son mari qui avaient choisi de ne pas monter et de rester au sol. Ils me félicitèrent pour ce que j’avais fait. C’est alors que je reconnu un homme à la camisole et aux cheveux noirs : il était l’homme que j’avais entrevu au Sweetwater. Il  était à la limite du terrain boisé par la jungle. J’étais absolument certain qu’il s’agissait de lui. Il devait sans doute m'épier, me suivre tel que l'avait supposé l'inspecteur Callas. Je voulais savoir qui il était; si il savait où était Ishell. Il me fallait le confronter. Il pouvait me fournir de l’information. Il se défila en réalisant que je l’avais aperçu. Je couru après lui, il détala avec la vitesse d’un guépard. Il s'engagea dans le premier petit sentier s'ouvrant à lui vers l'est où je le poursuivis. Je n’étais qu’à une seconde de le rattraper lorsque je le perdis soudainement de vue en arrivant aux abords du lac Macanxoc. Je ne trouvai aucune trace de lui sur la berge du lac désert; il n'y avait aucune empreinte récente sur le sable de sa plage. Je parcouru les sentiers avoisinants en le recherchant mais en vain. Il avait été furtif comme une ombre, il s’était simplement volatilisé.  Je me laissé choir à genou un moment tentant de récupérer mes reprendre mon souffle et mes esprits.

C’est alors que je vis le serpent se dresser et hissant contre moi. J’avais faillit écraser le reptile sans y porter aucune attention et il n’en était évidemment pas content. Il était vert gris avec de grandes taches noires en forme de carreau sur ses écailles. Il avait une tête triangulaire et légèrement aplatie et sa queue vibrait et fouettait le sol et l’air avec rage. Son sifflement était particulièrement fort et strident. Je ne pouvais reculer, j’avais le dos acculé à un arbre et juste tenter de me relever irritait le reptile encore plus. Il brandissait alors sa tête vers moi de façon menaçante, sa gueule prête à frapper. J’étais certain que j’avais un crotale devant moi.

- Redressez vous doucement et ignorez-le!

La voix de Saul se voulait rassurante. J’obéis et m’esquivai doucement. Le serpent était furieux mais il finit par abandonner et reprit son chemin en ondulant.

- Ça va? me demanda Saul visiblement inquiet.

Je lui signala que oui avec ma tête.

- Ce n’était qu’un « gopher snake » ou un  « brown tree snake » d'après ce que j'ai vu,  inoffensif, comme la couleuvre. Il chasse les œufs, rongeurs et les bêtes beaucoup plus petites que vous.

Alors que je me remettais de ma frayeur,  il m’accrocha le bras :

- Qu’est ce qui s’est passé? Vous pensiez que mes consignes de sécurité ne s’appliquaient pas à vous? 

Voulant minimiser l’incident je répondit :

- Ne vous inquiétez pas pour moi. Je suis habitué à la nature sauvage. J’ai fait les recoins les plus reculés et traîtres du Canada...

-  Mais pas la jungle de la péninsule du Yucatan! répliqua durement Saul. Quelqu'un de raisonnable et d'expérience ne serait justement pas en train de courir comme un fou à travers d’une forêt tropicale dont il ne connaît absolument rien! Ce serpent aurait pu être venimeux!!!

Son ton était plein de courroux et de reproches.

Il ajouta sur un ton sec et impératif :

- Je vous pensais mieux que cela!  J’ai délaissé les autres pour vous retrouver. Venez, ils nous attendent!

Je restai silencieux, honteux. Savoir que j’avais ainsi déçu Saul me peinait amèrement. J'aurais voulu lui expliquer mais j'étais incapable de trouver les mots justes ou de formuler une excuse. Je m’arrêtai subitement.

- Quoi encore? demanda Saul exaspéré.

Des marques avaient été fraîchement incisées dans un arbre, un fromager, à l’endroit exact où mon inconnu avait disparu. Il s’agissait d’un carré dont le tracé des côtés dépassait légèrement les angles droits en formant un « X »  à chacune de ses pointes. Une croix était centrée dans le carré dont chacune des branches étaient bissectrices aux angles. Ce symbole me rappelait immanquablement le motif de la surface du disque de Ishell. J’avais vu aussi le symbole de la croix représenté de façon proéminente sur le staff de la stèle du Roi de la place de l’église.

Saul avait vu aussi ce symbole et resta figé sur place.

- Vous connaissez ce symbole? lui demandais-je.

- Vous avez fait cela? me reprocha t’il sèchement.

- Non, je crois que l’homme que  je poursuivais a fait cela.

- Quel homme???

- Cela veux dire quelque chose? demandais-je sans répondre.

Saul était perplexe.

- Oui et non, difficile à dire sans connaître le contexte.

Je ne le croyais pas.

- N’est-ce pas un symbole maya aussi que vous connaîtriez?  insistai-je. J’ai vraiment besoin de savoir, c’est très important pour moi. Je vous promets de tout vous expliquer après.

Saul me regarda comme si il dévisageait un dément. Il hocha la tête.

- Ces explications sont mieux d’être bonnes! Le carré pourrait symboliser la terre dont les quatre coins représentent les quatre points cardinaux. Chacun des pointes pourraient aussi représenter les dieux gardiens connus sous les noms de baccabs ou pawatuns. Ils étaient les fils d’Itzamna et d’Ixchel dont je vous ai parlé. Ces dieux supportaient le ciel et la terre. Chacun d'entre eux était assigné à un des quatre points cardinaux et au centre de la terre. La croix centrale représenterait le Wakahchan, c'est-à-dire le Ciel relevé, l’Arbre de vie, le pilier de la voûte céleste au centre du monde. Mais ce que ce symbole fait ici je n’en ai aucune idée.

J’avais l’impression très nette que ce symbole signifiait pour lui quelque chose de plus intime et personnel pour lui.

Je lui dis simplement :

- C’est un message qui m’était adressé !  

Saul hocha la tête; il devait me penser fou.

Je retirai le disque de métal de ma poche.  C’était un acte de foi. Si quelqu’un pouvais m’aider c’était bien ce Saul. Il pourrait m’aider à élucider le mystère de ce disque; il semblait tout connaître des mayas. Il était après tout lui-même maya.

Il regarda la pièce et me demanda :

-Qu’est-ce que c’est ?

Il regarda rapidement le disque.

- Dites-moi qu’il s’agit d’une supercherie ! Où vous êtes procuré cela ? Une boutique de souvenirs ? questionna t’il impatiemment. Si vous avez payé quoi que ce soit pour cela vous vous êtes fait escroqué !

Puis en examinant les symboles sur le disque avec attention, il y vit quelque chose qui le bouleversa. C’est alors qu’il m’accusa avec une colère âpre qui me surprit:

-Si vous avez trouvé cela sur un de nos sites archéologiques et aviez pensé que cela ferait un beau souvenir….

-Non pas du tout lui assurai-je, tout à fait outré. Je garde cet item pour une femme, une femme qui me l’a confié et qui depuis a disparue. J’ai raison de croire que sa vie peut dépendre de ce disque. Il s’agit de cette Ishell que je vous ai mentionné auparavant.

Saul ne m’écoutait à moitié alors qu’il examinait cet item de plus prêt. Il avait un drôle d’expression. Je m’adressai de nouveau à lui :

- Dites-moi ce dont vous en pensez?

Il me regarda intensément pendant un long moment puis me répondit en relâchant un peu de sa méfiance:

- Le style des gravures sur ce disque sont très anciens, du début de l’époque classique ou peut-être même avant, je dirais. Une chose est certaine, le symbole entaillé dans l’arbre et les symboles de ce disque son bel et bien inter reliés. Il y a justement ici une représentation de l’arbre de vie et du nom des quatre baccabs gravés sur le disque. Ces baccabs correspondent aux quatre grands glyphes illustrés dans chacun des coins de cette gravure. Le cinquième symbole central semble représenter "Thup", le cinquième des baccabs. Il y a aussi plusieurs glyphes que je ne peux interpréter sans une loupe et un peu de recherche.

Tout en pointant le centre du disque je lui demandai :

- Cette croix représente un arbre ? 

Saul me confirma que oui.

Je lui repris le disque à sa plus grande déception. J’ai presque eu à lui arracher des mains. Je le rassurai :

- J’ai quelque chose d’autre à te montrer.

Je retirai le couvercle d’un de mes pots de pommade et le remplit d’eau. Je plaçai le disque à sa surface. Il oscilla un peu et se plaça selon les quatre points cardinaux.

Le jeune maya devint hystérique et surexcité.

- Si ce disque est vrai, il s’agit d’une découverte archéologique majeure.

- Est-ce que cela à beaucoup de valeur ?

La question embêta et déçu Saul.

- Pour un collectionneur peut-être. Mais il faut que tu comprennes qu’il ne s’agit pas d’une découverte originale. Il a déjà été découvert que les Olmèques, un peuple précurseur aux mayas, connaissait et utilisaient déjà la boussole. Il a été trouvé à San Lorenzo à Veracruz en 1975, un objet Olmèque façonné de magnétite qui était parfaitement opérationnel comme boussole et qui était équipé d’une marque de visée. Les analyses de radiocarbone montrent que cet objet datait de plus de mille ans avant Jésus Christ.  Il a été suggéré que les Olmèques utilisait la boussole pour déterminer l’orientation de leur monument et sépultures et, j’en suis personnellement convaincu, pour la navigation. La magnétite était comme le jade, un matériel particulièrement prisé par les élites Olmèques.

Ce qui venait de me dire me surpris énormément. Les boussoles utilisées ici en Amérique avant même les chinois?

Je continuai:

- Je ne dis pas cela pour mon profit à moi. Est-ce que ce disque justifierait que l’on commette des crimes, de graves crimes pour le posséder ?

- Vous devez comprendre que la pauvreté règne par ici et quelques dollars peuvent être une fortune pour certains...

- Non je ne parle pas de gens d’ici. Laissez moi vous expliquer.

Je lui racontai tout, depuis l’incident de Playa del Carmen et de la façon dont je me retrouvai en possession de ce disque. Je lui parlai des révélations de la police sur les gens qui m’avaient attaqués et sur la visite d’Ishell au musée de Peabody en dehors de ses heures normales. Je lui mentionnai l’effraction dans ma chambre ainsi que cet individu que j’avais aperçu par deux fois maintenant.

Saul m’écouta avec le plus grand intérêt, absolument captivé.

- Oui, je comprends mieux maintenant. Bien de gens semblent désirer ce disque! commenta Saul. Mais pourquoi m’en parler à moi et non à la police ?

Je lui répondis spontanément :

- Parce que tu es la personne, en fait la seule personne experte sur ce sujet que je connaisse. Parce je crois aussi que le temps presse et que je peux te faire confiance. Je sens que tu es quelqu’un d’intègre et que je ne peux rien faire d’autre par moi-même. De plus, si il s’agit bien d’un item maya ancien, il appartient de droit aux descendants des mayas comme toi.

Mon commentaire le toucha. Il me demanda:

- Si vous le permettez je vais conserver ce disque pour l’étudier. Je pourrai vous en dire plus avec certitude et vérifier son authenticité. Demain soir, je vous retrouve dans votre chambre ?

- Cela serait bien correct avec moi. Mais je dois t’avertir que de prendre ce disque pourrais te mettre en grand danger.

- Ne craint rien pour moi. Il faut retourner maintenant!

Alors que le sentier bifurquait,  je lui suggérai de retourner au groupe alors que je me rendrais au stationnement et les attendrais. Je ne voulais pas que l’on nous voie ensemble question de ne pas prendre de risque inutile avec ce mystérieux homme dans les environs. Je ne voulais surtout pas que cet inconnu devine que je n'avais plus le disque et qu'il prenne Saul comme cible.

Un grondement lointain roula dans l’air.

- Tu n’auras pas à nous attendre trop longtemps! sourit Saul qui avait aussi entendu le tonnerre lointain.

 

Par A. Saint - Publié dans : récits
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Samedi 14 janvier 2012 6 14 /01 /Jan /2012 21:32

Le bruit d’un tapement sur ma porte me réveilla brusquement :

-Toc! Toc!  Nous partons dans 10 minutes pour Cobá, êtes vous prêt Marc-Antoine?

Après quelques secondes, je reconnus enfin la voix de Ludovic. Je bondis hors de mon lit. La lumière du soleil envahissait ma chambre. J’étais désorienté, je regardai mon réveil qui affichait sept heures cinquante-deux. Comment avais-je pu dormir aussi tard?

- Hé Bé! Il y a quelqu’un? La voix s’impatientait.

Je répondis :

- Oui, Ludovic. J’arrive, donnez-moi cinq minutes!

- C’est correct, on se retrouve tous à l'hacienda, à tantôt!

- C’est ça. Dans quelques minutes! Merci!

Je pris une douche éclair, me lavai les dents et m’habillai. Je m'empressai de ramasser trois bouteilles d’eau dans le frigo, un écran solaire, mes pommades et récupérai le disque d’Ishell. Je filai ensuite au pas de course vers le bâtiment principal qui était tout juste à côté. J’arrivai juste à temps; ils s’apprêtaient à partir sans moi. Je n'étais pas le dernier retardataire, une femme me suivait et dès qu'elle pénétra, la porte se referma derrière elle et l’autobus pris aussitôt son départ.

Dominique m’accueillit m’embrassant sur les deux joues.

- Merci d’être venu! Et voilà pour toi!

Elle me donna une grande tasse de café. Son arôme à lui seul était le meilleur des bonjours que j'aurais pu souhaiter.

- Noir! Comme tu l'aimes! Ça va bien? demanda-t-elle.

 Je lui confirmai que oui.

- Puisque nous ne t’avons pas vu à l’hacienda pour déjeuner, nous avons pensé d’amener le déjeuner à toi! annonça Rachel en me tendant un sac de papier brun.

Je l’ouvris. Il contenait des muffins, croissants et des fruits.  J’embrassai Rachel à son tour.

- Tout cela est beaucoup trop, commentais-je. Il y en a au moins pour deux!

- Je ne crois pas. Nous t'avons déjà vu manger! railla Ludovic.

- Tu as changé de chambre? demanda Dominique. Il a été nécessaire de demander l'aide de la réception pour te retrouver.

- Des ennuis avec la porte de mon ancienne chambre, expliquai-je entre deux bouchées.

- Tu as retrouvée ta dame? questionna Rachel.

- Non, répondis-je tristement.

J'ajoutai tout bas que je ne savais plus où aller ou quoi faire.

Je songeai à tout ce que Callas et Morales m'avait révélé et une question me revint à l'esprit que je voulais poser à mes amis français depuis hier soir.

- Vous êtes allés à Chichen Itza déjà, au puits sacré?

- Oui bien sûr confirma Rachel. De l'ensemble des sites que nous avons vus, Chichen Itza était le plus développé pour les touristes ce qui en ternit sa magie quelque peu. Mais les ruines y sont fantastiques.

- Le  nom de Thompson, Edward Thompson vous dis quelque chose?

Rachel réfléchit un instant.

- Je ne suis pas certaine, mais je crois que son nom nous a été mentionné là-bas. Je pense qu'il est celui qui a découvert les ruines de Chichen Itza. Attendez! Je connais quelqu'un qui peut vous répondre plus précisément!

Elle se leva et partit vers le derrière de l’autobus.

Dominique fut éberluée à la vue de Rachel qui revenait escortée par ce beau jeune homme au short bleu marin et au gilet blanc, le même que j’avais vu au gymnase à mon premier matin à l'Allure.

 

- Rachel profiterait de la moindre excuse pour le voir! bougonna Dominique.

Rachel reprit son siège en invitant Saul à s'asseoir près de moi. Il me dévisagea tout comme à notre première rencontre d’un regard curieux.

- Marc-Antoine, laisse moi te présenter notre guide, Saul.

Je lui serrai la main et remarquai sa poigne forte et franche.

- Saul était notre guide lors de nos visites des ruines mayas de Chichen Îtza et de Tulum où il nous a enseigné des tonnes de trucs sur son peuple, expliqua Rachel.

- Oui, Saul est un expert sur l'histoire des mayas, compléta  Dominique. D'ailleurs il est en train d'écrire une dissertation universitaire sur le sujet?

Saul lui sourit et répondit affirmativement.

Rachel s'adressa au jeune maya:

- S’il vous plaît, notre ami Marc-Antoine avait une question concernant le monsieur Thompson que vous avez mentionné je crois lors de notre visite de Chichen Itza.

- Qu'aimeriez vous savoir, Monsieur? me demanda t’il aimablement.

- Qui était ce Edward Thompson? Qu'est-ce qu'il a fait exactement? Et pas de "monsieur" s'il vous plaît avec moi; juste Marc-Antoine.

- D’accord, comme tu le veux Marc-Antoine!

Saul me répondit avec une éloquence surprenante; il maîtrisait parfaitement l’anglais et parlais un excellent français.  J’appris aussi qu’il parlait cinq autres langues incluant l’espagnol et le maya du Yucatan et de Petén.

- Edward Herbert Thompson est considéré un des grands explorateurs du Yucatan du début du vingtième siècle. À partir de 1847 et pour près de 60 ans, la guerre des castes faisait rage au Yucatan rendant tout voyage sur ces terres dangereux et empêchant l’accès aux ruines mayas. Pendant cette guerre raciale, aucun blanc ne pouvait rentrer et encore moins sortir du Yucatan vivant! Cela n'arrêta pas Thompson qui réussit à gagner la confiance de mayas en apprenant leur langage et en adoptant leur mode de vie. Avec l'accalmie de la guerre et l'aide de ses guides mayas, Thompson inspiré par les écrits originaux des explorateurs John Lloyd Stephens et Frederick Catherwood auteurs et artistes du livre « Incidents of travel in Yucatan », fit la visite de nombreuses ruines mayas.  À cette époque, bien qu’il n’ait aucune formation en anthropologie, Thompson écrit un article dont le titre était "L’Atlantide n’est pas un mythe". Cet article n'avait aucune base scientifique; il relatait les croyances de Thompson sur la correspondance de la culture Maya à celle du continent légendaire de Socrate. Cet article attira l’attention du Vice président de « American Antiquarian Society » qui consacra Thompson investigateur scientifique des ruines de la péninsule du Yucatan ce qui l'amena en 1895, au poste de Consul américain au Yucatan.

Il récita cette biographie de Thompson comme un leçon bien apprise tout en dégageant une certaine intimité. Je n’étais d’ailleurs pas le seul à l’écouter. Tous mes amis français étaient également fascinés par ses propos qu’il continua :

- Thompson est notamment célèbre pour l’acquisition d’un terrain de cent miles carrés incluant les ruines de Chichen Itza pour la modique somme de soixante-quinze dollars américain en 1890. Il voulait initialement découper les ruines en morceaux et les expédier aux États-Unis mais devant la grandeur de la ville, trouva cela une entreprise impossible. Thompson est devenu fasciné par les récits des anciens des prêtres espagnols racontant que traditionnellement les mayas effectuaient des sacrifices de bijoux et d’or et même des sacrifices humains au cenote sacré de Chichen Itza.  Il partit donc à la chasse au trésor en fouillant le cenote sacré. Il y découvrit en 1904 des vases, ornements, outils, des figurines à l’effigie des dieux maya, des disques d’or, des pierres de jades et des restes de squelettes humains. Ses découvertes furent teintées par la controverse lorsque qu'il fut révélé que Thompson envoyait secrètement la majorité des artefacts qu’il avait excavés aux Etats-Unis en utilisant le courrier diplomatique comme couverture. De nos jours cela reste un sujet sensible car même si une partie des artefacts ont été restitués au Mexique, la majeure partie des découvertes de Thompson est restée aux Etats-Unis.

Sur ce dernier point le ton de Saul devint amer.

Je pensai alors qu'il ne s'agissait pas d'archéologie mais du pillage de ressources historiques tout à fait uniques. Je comprenais mieux l'attitude de Morales hier soir et la motivation du Mexique voulant jalousement conserver son patrimoine.

Je lui demandai dans un éclair de réalisation:

- Ces items, ne seraient-ils pas encore conservés en partie au musée Peabody de Boston?

- Oui confirma Saul intrigué. Comment le savez vous?

- Une amie à moi a visité le musée récemment et me l’avait mentionnée, mais je n’en connaissais pas le contexte avant que vous m’en ayez parlé, expliquai-je en disant essentiellement la vérité.

-J’ai eu moi-même le privilège de consulter une partie de leur collections sur l’Amérique Centrale lorsque j’ai fait une présentation sur le réseau maritime des mayas Itzas Chontals à l’université de Havard. Elle est très impressionnante en effet!

J'étais excité par le fait que je détenais enfin une première corrélation.  J'avais sérieusement considéré jusque là de terminer mon séjour au Yucatan et d'avorter mes vacances à la suite des derniers incidents. Mais plus maintenant, j'avais un début de piste que je suivrais jusqu'au bout. Je trouvais l'alternative d'abandonner et de vivre avec des regrets pire que la toile d'intrigues et de menaces auxquelles était entremêlée Ishell. Je devais aller à Chichen Itza. J'étais certain qu'Ishell y était allé et qu'elle pouvait encore s'y trouver.

 

-Votre amie s'intéresse à l’archéologie?

La question de Saul m'interrompit dans mes ruminations. Sans trop y penser, je répondis:

- Oui, Ishell semble très impliquée, d'après ce que je sais, dans le domaine des artefacts anciens.

- Ixchel? Il s’agit d’un beau nom commenta Saul. C’est le nom de la Dame de l'arc-en-ciel, la grande déesse de la lune et de la terre et de la mer pour les mayas. Vous le saviez?

Entendre ainsi le nom de Ishell monopolisa instantanément toute mon attention.

- Je savais bien que j'avais déjà entendu ce nom et qu'il était maya! s'exclama Rachel.

- Elle était aussi la déesse patronne des tisseuses et des femmes enceintes expliqua Saul. Il y a de nombreuses institutions, organisations de la région qui emprunte son nom. Pour une femme maya du Yucatan, ce nom est en quelque sorte analogue au prénom de Marie pour les chrétiens.

Ishell était donc le nom d'une déesse maya;  je comprenais mieux ce qu’elle signifiait en se présentant comme une fille de Ixchel. C'était une nouvelle chose que j’apprenais.

En réalisant mon grand intérêt, Saul continua:

- Cela me rappelle une légende nous confia Saul. Elle raconte que Ixchel avait pris comme amant le dieu soleil mais que son grand-père, un des dieux créateurs, la tua avec sa foudre dans un élan de rage tellement qu'il désapprouvait de leur relation. 

-Il me fait penser à ton père en caractère celui-là!

Ludovic interrompit sa blague de façon impromptue. Son visage se crispa subitement et contorsionna dans une grimace de douleur. Tout en rétractant sa jambe, j’entendis Dominique maugréer:

-Vraiment n'importe quoi!

Je vis alors le pauvre Ludovic se frotter un pied meurtri alors que Dominique le regardait avec agacement avant de retourner son attention vers Saul qui poursuivait son récit.

- Étant déesse et immortelle, Ixchel reprit vie et se réveilla cent quatre-vingt-trois jours plus tard pour accompagner le soleil dans son palais céleste. Malheureusement le soleil devint jaloux et possessif à son égard; il l'accusa même d'entretenir une relation avec son frère l'étoile du matin. Le soleil la chassa du ciel. Ixchel trouva refuge sur terre à l'île de Cozumel qui devint ainsi l'île sacrée dédiée à son adoration. Le dieu soleil descendit du ciel pour s'excuser et persuader Ixchel de revenir avec lui. Mais peu de temps après son retour, le soleil redevint vite jaloux. Exaspérée par le comportement du soleil, Ixchel l'abandonna dans la nuit. Depuis, elle se cache et essaye de demeurer invisible à l'astre du jour lorsque ce dernier est dans le ciel. Depuis son palais nocturne, Ixchel assiste et prend soin des femmes enceintes. Selon certains, les éclipses solaires surviennent lorsque le soleil retrouve la déesse lunaire dans le ciel et qu'ils se disputent.

La référence de Saul me remémora les paroles d'Ishell; n'avait-elle pas dit qu'elle venait de Cozumel? Dire que j’étais à cette île hier et que je n’avais rien vu de tout cela! Je m’étais trop pressé là-bas. Je m’en voulais d’avoir manqué cela.

Une autre question me vint à l’esprit, par rapport à la photo que l’on m’avait montré hier :

-  Vous savez ce qu’est le « dieu D »? demandais-je.

Saul me regarda un moment, la nature de mes questions ou mon grand intérêt semblait le surprendre. Il me répondit gracieusement :

- "D" comme docteur! Le grand guérisseur!

Devant mon incompréhension, il expliqua:

- Un truc mnémotechnique! Les archéologues avaient anciennement que peu d’information sur la mythologie des mayas qui possédaient une multitude de dieux et qui se compliquait par le fait qu’il est très commun de voir le même dieu représenté sous plusieurs et différents aspects.  Les représentation et glyphes divins qui étaient trouvés lors des recherches étaient donc identifiés par une lettre à défaut de connaître avec certitude le nom propre du dieu représenté. La lettre A est associé avec l’incarnation du dieu de la mort, le B avec le dieu de la pluie Chaac. La lettre D désigne le dieu Itzamna, le dieu fondateur de la culture Maya et le patron des dieux des anciens Mayas. Itzamna était un dieu bon, le premier shaman, un grand guérisseur et magicien, celui qui apprit à l'homme la culture du maïs et du cacao, l'écriture, les calendriers, la médecine et les sciences. La ville d'Izamal lui était sacrée. La déesse Ixchel, la déesse O,  était la femme d’Itzamna, vénérée et en même temps crainte par les anciens mayas. Elle était perçue en général comme une déesse bénéfique, bien qu'elle présentait deux aspects, tout comme la déesse babylonienne/sumérienne Ishtar. Par exemple elle aidait les femmes à mettre au monde leurs enfants mais elle portait aussi la cruche des eaux qui menaçait à tout temps d’engloutir le monde dans un nouveau déluge. Dans les Codex, la déesse se retrouve représentée par une jeune femme "Ix Chel" ou par une très vieille femme "Chak Chel" pour refléter la nature croissante et décroissante de l'astre lunaire.

-Codex?  questionnais-je.

D'un ton affable, Saul continua mon éducation:

-Les codex sont des archives mayas transcrites sur des parchemins d'écorce d'arbres aplatie. Ils sont tout ce qui ont survécu des anciennes traditions écrites mayas à l’exception des stèles qui subsistent encore dans les ruines. Les Codex restent le peu qui a pu être sauvé de l'obsession du clergé catholique d'éradiquer tout le passé de ce peuple, de les purger de leurs croyances païennes.  C'est le cas en particulier de l'évêque franciscain Diego de Landa qui décida de brûler tout les livres mayas qu'il pouvait trouver dans un grand feu public parce qu'ils contenaient selon lui rien d'autres que les mensonges et les écrits du diable.

Un de ces Codex qui a survécu est conservé à Paris, un autre à Madrid et à Dresde. Ironiquement un seul de ces écrits est resté au Mexique. Pourtant il s'agit bien de l'héritage appartenant aux indigènes d'ici qui sont leurs descendants et héritiers!

Je sentais de nouveau une certaine frustration dans les paroles de Saul.

Il reprit son souffle un bref moment et poursuivit ses explications:

-Les Codex concernent quelques rubriques et légendes mayas, des notes sur leur calendrier ou même sur des données astronomiques complexes. Mais cela reste peu pour témoigner de leur passé. C'est pourquoi il y reste autant de mystères sur le passé ce peuple.

J'admirais la prestance avec laquelle Saul nous parlait. Je lui admis:

- Je ne sais pratiquement rien des mayas, merci de m'en parler. J’ai appris beaucoup par ce que vous m’avez expliqué.

- Vous êtes bienvenue, je suis là pour cela!

Je sentis que Saul était gré de mon attention.

- Excusez-moi, je vous entendais parler. Vous êtes tous français? demanda un femme tout en s’approchant de nous.

Il s’agissait d’une belle femme aux cheveux châtains clair et aux yeux verts perçants qui s’accordait bien avec sa grâce féline.

- Oui nous le sommes tous, sauf Marc-Antoine ici qui est du Canada et Saul notre guide. Je lui serrai la main.

- Moi aussi je suis du Canada! s’exclama la femme. Ce qu’elle dit ne m’accrocha pas. Il y avait quelque chose de forcée et d’éhontée dans son attitude.

Saul se leva pour lui laisser son siège. Je trouvais la venue de cette femme inopportune car j'aurais aimé discuter encore un peu plus avec le jeune guide.

La femme se présenta comme étant Lilith Morris, elle était pharmacienne au Royal Victoria de Montréal. Nous nous présentâmes tous à notre tour. 

Très vite il s’engagea avec Ludovic et Dominique à une conversation passionnée sur la pharmacologie en comparant les pratiques de la pharmacie au Canada et en France.

 

-Et vous Marc-Antoine, vous n’êtes pas dans le domaine de la santé? questionna Madame Morris en tentant de m’impliquer dans leur conversation.

- Non je suis ingénieur, répondis-je distrait en regardant la route à l’extérieur.

Un panneau annonçait un centre d’apiculture tout près. Nous traversions peu de temps après le petit village tranquille de Cobá. J’y vis la pauvreté de simples résidences au toit de chaume côtoyant quelques résidences de types hacienda ainsi que des coqs et chiens errants sur un parterre. Je croisai les regards d’enfants blasés qui n’en étaient pas à leur premier bus de touristes et qui se mirent à courir à la suite de notre autobus en tendant les mains.  Nous atteignîmes rapidement le lac de Cobá. Je lu en lettres oranges “ Cobá Zona Arqueológica Patrimonio Cultural del pueblo de Quintana Roo Patrimonio cultural de la Nación INAH” sur un  panneau annonçant l’entrée du parc archéologique de Cobá. C'était la fin de notre petite odyssée de cinquante kilomètres.

Le stationnement du site était plein aux environs du quart de sa capacité. Saul nous souhaita la bienvenue à Cobá, dont le nom Maya signifiait «eau soufflée par le vent ».  Il nous avisa que nous avions quinze minutes avant de commencer notre visite des ruines pour nous délier les jambes. Il nous indiqua l'emplacement des salles de bain et nous rappela enfin de ne pas oublier notre eau, chapeau et insectifuge.

Nous sommes débarqués de notre transport, nous étions vingt-sept en tout en incluant notre guide. Dans le périmètre du stationnement se trouvait dan un bâtiment rustique  l'immanquable boutique de souvenirs affichant des tapisseries, ponchos, robes et chapeaux aux différents motifs et couleurs criardes.  Il y avait aussi un grand espace pour la location de bicyclettes à proximité de la jungle.

Je regardai le plan du site montrant le lac Cobá tout près à l'ouest aux abords du stationnement. Un long sentier principal y était illustré. Il se faufilait dans la jungle vers l’est jusqu’au groupe des ruines de Nohoch Mul. Ce sentier se connectait à deux autres sentiers de façon perpendiculaires provenant du sud.  Le premier de ces sentiers menait vers le groupe des ruines de Cobá; le deuxième sentier plus à l’est menait à un deuxième lac, Macanxoc et à son groupe de ruines. A l’est de ce lac, totalement au sud des ruines de Nohoch Mul se trouvaient trois autres petits lacs.

Une fois tous regroupés devant le sentier menant aux ruines de Cobá, Saul nous distribua nos billets qu'il suggéra de garder comme souvenir. Il nous avisa que le territoire de Cobá faisait plus de 70 kilomètres carrés et qu'en raison de ses nombreux sentiers dans la jungle, il y  était facile de s'égarer. Il nous fournit les précautions d’usage, de rester ensemble et de s’en tenir aux sentiers officiels. Il ne voulait pas perdre personne. Il nous avertit des dangers très peu probables, mais tout de même possible, de rencontrer des espèces animales dangereuses pour insister de nouveau sur la nécessité de ne pas s'aventurer et rester en groupe sur les chemins bien identifiés pour notre propre sécurité. Il nous demanda de faire particulièrement attention aux tarentules qui se cachaient dans des petits trous parmi les ruines ou les monticules et qui pouvaient attaquer rapidement si elles se sentaient menacées. Il me fit aussi frissonner par sa description des quelques variétés de serpents venimeux dont les espèces de crotales et vipères indigènes aux jungles du Yucatan. Je détestait les serpents autant, sinon plus, que les ours.

Alors que nous quittions l’aire de stationnement et pénétrions dans la forêt, je me sentis débarqué sur une planète inconnue, une planète verte au ciel émeraude et aux nuages feuillus.  Ce monde grouillait avec ses nombreux habitants dissimulés dans les ombrages changeants des sols et des arbres. Ils se manifestaient par leurs cris incessants qu'il s'agisse d'oiseaux, de singes ou de d'autres bestioles. J'étais assailli de toute part par les arômes musqués et épicés de la végétation riche et abondante qui poussait partout. La chaleur était intense, humide et inconfortable contrastant avec le bien-être de l’air conditionné de notre transport. Je n’étais pas préparé à cette expérience qui surchargeait tous mes sens. Un oiseau vint nous inspecter au passage, un bel oiseau émeraude à longue queue, avec une tête de geai et une coiffe bleue démarquée par une mince bande orange. Il était magnifique.

- Un motmot identifia Saul. Ils préfèrent habituellement les clairières plutôt que les forêts!

J'empruntai le sentier accompagné par mes deux amis français. La jungle verdoyante nous écrasait avec ses parfums, ses cris mystérieux, ses jeux d’ombres et de lumière. Un éclair de couleur lime, blanc, rouge, jaune et cyan déchira le rideau jade, il s’agissait de perroquets furtifs qui disparurent le temps d'un clin d'oeil. Aux abords du sentier, tout près, nous pouvions observer un toucan majestueux avec son long bec jaune et son plumage noir et blanc. Des papillons virevoltaient en ouvrant notre marche. Tout cela était féerique. Mais le bourdonnement strident, irritable et persistant des moustiques et l’ensemble des autres gens autour de moi brisaient le charme de cet exotisme naturel.

- N’est ce pas excitant, nous lança Dominique. Allons à la découverte des Mystérieuses cités d’Or!

Je connaissais la référence de Dominique à cette série animée qui avait, il y a si longtemps, meublé les samedis matin de ma jeunesse:

« ... À bord de ces navires des hommes avides de rêve, d’aventure et d’espace à la recherche de fortune. Qui n’a jamais rêvé de ces mondes souterrains, de ces mers lointaines peuplées de légendes ou d’une richesse soudaine qui se conquerrait au  détour d’un chemin de la cordillère des Andes? Qui n’a jamais souhaité voir le soleil souverain guider ses pas, au cœur du pays Inca vers la richesse et l’histoire des mystérieuse cités d’or? ».

Il n'y avait pas que les hommes qui pouvaient être avides d'aventures songeai-je tout en regardant Dominique qui jubilait comme une gamine.

- Moi je préfère Indiana Jones, cela n’est pas une aventure pour les enfants! dit Ludovic tout en ajustant son chapeau  style safari d’un air tout à fait macho.

Je m'adressai à Dominique.

-Mais les cités d’Or ce sont les incas pas les mayas.

Aussitôt Dominique rectifia mes dires :

-La série se terminait chez les Mayas. C’est ici que les a amené le Grand Condor et qu'ils trouvèrent leur cité d'or!

- Ne pense même pas d’argumenter avec elle, me souffla Ludovic. Tu peux être certain de ce qu'elle dit.  Elle écoute encore les épisodes de la série à chaque fin de semaine.

-Ne te plaint pas, c’est la raison pour laquelle nous avons choisi de venir ici et que nous avons profité de nos vacances pour visiter toutes les ruines que nous pouvions trouver.

- Une des raisons, admit Ludovic.

Je vis Rachel rire derrière nous et Emile hocher la tête. Lilith Morris nous regarda tous éberlué sans rien comprendre.

Saul attira notre attention. Il nous raconta que Cobá est un des sites les plus anciens du Yucatan et qu’il est un exemple du début de la période classique des Mayas. Sa fondation remontait à quelques siècles avant Jésus-Christ, bien avant l’avènement de l’empire romain.  Cobá avait connu son apogée au septième siècle et fut abandonnée dès le dixième siècle dans la période post-classique Maya. 

- Comme tous les autres Mayas souffla Rachel, ils sont tous disparus aussi mystérieusement!

Saul dû l’entendre car il la corrigea aussitôt :

- Les mayas n'ont absolument pas disparus bien qu’il soit vrai qu'ils n'existent plus comme entité culturelle ou politique dominante. Malgré l'intolérance et la cruauté du nouvel ordre religieux chrétien et les maladies amenées depuis le vieux continent à la fin du dix-septième siècle, les mayas ont subsisté. Ils sont estimés au nombre de six millions et restent vigoureux dans toute l'Amérique centrale au Yucatan, sud du Mexique, Belize, Guatemala, Honduras et Salvador en préservant encore certaines des traditions léguées par leur ancêtres.

Autrement, je n’existerais pas et je ne serais pas ici à vous en parler! plaisanta Saul faisant une référence directe et évidente à son héritage Maya.

Il reprit son discours en relatant que la cité de Cobá a été ensuite oubliée pendant des siècles jusqu’à ce qu’elle soit mentionnée en 1841 par l’explorateur John Lloyd Stephens. Les ruines étant éloignées de toute civilisation, Cobá ne fut que revisitée beaucoup plus tard  en 1929 par le Docteur Thomas Gann et ensuite par Eric Thompson en 1932. Les travaux d’excavations des ruines de Cobá commencèrent en 1970 stimulée par le développement touristique de Cancun qui y amena des routes modernes. Je souris à la vue de mes amis français fiers lorsque Saul mentionna que le site archéologique et la ville de Cobá devaient en grande partie leur développement moderne à l’établissement d’un centre affilié aux clubs Med à Cobá.

Saul nous informa ensuite que le territoire de Cobá contenait selon les estimés des archéologues environ 6500 structures dont une infime partie, dix pour-cent environ, avaient été  restaurée jusqu’ici. Il nous présenta des monticules et des collines couvertes d’une épaisse végétation et couronnés d’arbres dans la jungle proche comme étant des ruines en attente depuis des siècles d'être dégagées et révélées.

Quelqu’un questionna Saul sur le nombre d’habitants qu’avait abrité la ville de Cobá. Ce dernier me surpris en répondant que Cobá avait été une véritable métropole maya avec une population entre 50 000 et 100 000 personnes selon différents estimés.

Il enchaîna en nous soulignant que les ruines de Cobá étaient très intéressantes, non seulement par leurs deux pyramides et autres structures imposantes mais également par le fait que l’on y dénombrait trente-deux stèles sur son territoire dont vingt-trois avaient encore leurs gravures originales visibles.

Il parla également du réseau développé de des nombreux «sacbeob », dont le nom signifiait « voies blanches ». Il s’agissait de routes relevées d’une hauteur de un à deux mètres ayant entre trois à neuf mètres de largeur construites à partir de pierres et recouvertes de mortier blanc. Il nous appris que quarante de ces routes convergent à Cobá ce qui confirmait qu’il s’agissait autrefois d’une ville de première importance. Seize de ces routes étaient connectées à différentes villes ou autres centres de population. La plus longue de ses routes faisait près de 100 kilomètres et reliait Cobá à Yaxuma tout juste au sud-ouest de Chichen Itza. Un autre sacbeob se rendait jusqu'à Tulum.

Je pensai au plan d’urbanisme sophistiqué qu’un tel réseau de route demandait, ce que notre guide confirma en expliquant que la fabrication de ces routes avaient nécessité plus de main d’œuvre et de labeur que l’érection de la ville elle-même. La construction de ces chemins avait été essentiellement effectuée comme nos routes et trottoirs bétonnés d'aujourd'hui avec du ciment à pierre de chaux. Saul décrivit la découverte aux environs de Cobá d’un rouleau en pierre cylindrique de cinq tonnes qui était utilisé pour aplatir la route avant de la paver de la même façon que nos rouleaux compresseurs modernes.

Il nous intrigua en mentionnant que la fonction de ces routes n’était pas parfaitement connue. En effet les mayas de l’époque n’utilisaient pas la roue et il n’y avait pas de chevaux. Les archéologues supposaient donc que ces routes étaient utilisées pour les cortèges officiels et pèlerinages religieux. Saul nous proposa sa propre hypothèse encore plus simple et pratique: ces routes avaient été originellement conçues comme nos trottoirs pour permettre aux mayas de marcher sur de grandes distances en sécurité les pieds au sec, ce qui est très appréciable, surtout pour le transport des marchandises et du commerce, en considérant les dangers de la forêt et le fait que certaines zones restaient inondées pendant la saison des pluies. Je trouvais que l'interprétation de Saul avait beaucoup de sens considérant la hauteur de ces routes. C’était la première fois que j’entendais parler d’un réseau de routes pavées chez les mayas, mais quelque chose me disait que ce peuple me réservait encore plusieurs autres surprises.

Après une brève marche, nous nous retrouvâmes devant le terrain de boule. Il s’agissait d’un stade dont le terrain de jeu était délimité par deux murs parallèles inclinés de pierres lisse et deux espaces opposés pour les spectateurs. L’assemblage des pierres était stupéfiant dans ses détails. Sur chacun de murs inclinés se dressait un anneau essentiellement intact à leur pleine hauteur et mi-longueur.

Saul commenta qu’il s’agissait du plus grand terrain de deux à Cobá et que des cours de boule semblables sont ainsi trouvées dans de nombreuses villes de Maya du Yucatán mais qu'aucune n'est aussi vaste ou aussi bien construite que celle de Chichén Itzá. Une affirmation avec laquelle mes amis français qui avaient visité Chichen Itza étaient bien d’accord.

Le jeu balle, tel qu’expliqué par Saul, avait pour but de passer une boule en caoutchouc dur au travers de l’anneau de marquage sur les murs opposés du champ de boule.  Dans ce jeu, la balle de caoutchouc est jouée et passée entre les joueurs qui ne peuvent utiliser leurs mains. Les joueurs avaient leur corps couvert de multiples protections.  Tout cela évoquait pour moi la passion du sport, un mélange de soccer, de basket-ball et football. 

Saul montra une cartouche incorporée dans la structure de pierre qui contenait six colonnes de glyphes et indiquait des dates.

Il nous présenta ensuite un deuxième terrain de balle presque identique. Ludovic attira mon attention sur une tête de mort sculptée en plein centre de la façade du terrain de balle sous l’anneau. 

Était-ce pour rappeler aux gagnant ou aux perdants, comme le spéculait Ludovic, qu’ils seraient sacrifiés aux dieux après le match ?

Saul nous assura du contraire. Le squelette représentait un des seigneurs et habitants de Xibalbá, le lieu de l’effroi, le domaine de la mort, les enfers Mayas qui sont curieusement aussi associé au jeu de la balle.  Saul précisa que même si la balle était jouée pour le sport, le jeu revêtait aussi une profonde et ancienne croyance religieuse pour les mayas. Il raconta que dans les écrits de histoire de la Création, le Popol Vuh. Les jumeaux et héros divins Hunahpu et Ixblalanqué jouèrent à ce même jeu contre les seigneurs des enfers, les sinistres habitants de Xibalbá, dans le but de libérer leur père, Hun Hunahpu, le dieu du maïs. Ixblalanqué avait même été contraint  par les Seigneurs des enfers de jouer avec la tête décapitée de son frère selon les anciennes écritures mayas. Heureusement ce dernier réussit à remettre éventuellement la tête Hunahpu sur son corps et qu’ensemble ils vainquirent les hordes infernales. Saul montra l’image gravée d’un guépard décapité tenant sa tête entre ses mains. Il  nous expliqua que pour les mayas le guépard est un animal sacré vénéré comme le dieu de la forêt et qu’il était associé au soleil et aux autres divinités. La décapitation du guépard était symbolique, elle signifiait la représentation du dieu soleil Hunahpu.

La pyramide de Castillo de Cobá se trouvait devant moi. Il s'agissait d'une structure de pierre blanchâtre de calcaire à différents paliers superposés qui ressemblait plus au ziggurats légendaires de Babylone qu’au pyramide d’Égypte. J’estimai qu’elle faisait plus d'une trentaine de mètres de hauteur.

Saul nous montra ensuite les ruines de l’église ou « Iglesia » tel que nommée par les espagnols, une autre structure pyramidale entourée d'arbres. Une petite stèle effacée se trouvait protégée par un petit toit rudimentaire en chaume reposant directement sur le sol devant la structure de l’Iglesia.  Le sommet du temple, le deuxième plus élevé de Cobá présentait une vue fantastique du lac Macanxoc à l'est et du lac Cobá au sud-ouest.

Nous sommes ensuite allés visiter un passage à la base de la pyramide de l'église qui était remarquable par ses voûtes supportant le dessus du tunnel et ses murs de pierres. Saul nous souligna que ce motif de fausses voûtes que l'on pouvait observer était un élément commun pour les constructions mayas. Il nous précisa qu'en fait il s'agissait de "fausses" fausses voûtes selon le sens classique du terme. Il nous expliqua que pour les mayas les fausses voûtes n’étaient qu'un ornement purement esthétique et non pas structural alors qu'une "vraie" fausse voûte est la voûte en encorbellement où le poids des pierres assure la stabilité de l'ensemble. Il nous montra comment, autour d’une charpente de bois, les murs de pierres sont montés par paliers qui se rapprochent graduellement à partir d'une certaine hauteur jusqu’à fermer la voûte. L’échafaudage de bois était ensuite couvert de béton et de stuc comme finition ou le bois restait à découvert sculpté. Les poutres d’origine étaient conservées dans certains cas pour suspendre des tentures.

Saul nous fit découvrir, tout près, un impressionnant monolithe sculpté dans un cabanon au toit de chaume spécialement construit pour le protéger des intempéries. Il y avait affiché à côté un simple panneau blanc montrant un dessin de la stèle. La stèle faisait plus de deux mètres par un mètre et demi de large, très bien préservée. Sur la stèle était gravé un personnage central avec couvre-chef spectaculaire. Ce personnage qui me sembla être un guerrier, avait les bras et son corps représentés presque de face alors que son visage était complètement de profil. Il portait des brassards et serrait une massue ou un sceptre. Ses pieds étaient montrés avec leurs orteils pointant de chaque côté opposé. À droite de ce personnage principal se trouvait également illustré un captif qui à genoux, avait les mains dans le dos et les chevilles liées. Saul nous indiqua deux colonnes de glyphes dans le coin supérieur à gauche qui indiquaient que la stèle avait été érigée en l’an 684.

Il nous amena à une reconstitution colorée de la stèle sur un fond rouge du jaune, des tons de gris bleu, du vert. Je vis alors de nombreux détails qui m’avaient échappés, le personnage principal était debout sur un piédestal reposant sur le dos et épaules de deux esclaves accroupis. Il y avait deux prisonniers à genoux à sa gauche et à sa droite. Esclaves et prisonniers étaient individualisés se distinguaient par leur détails.  Le personnage central devait être un roi conquérant et autoritaire. Sa coiffe était un amalgame de deux têtes d’oiseaux, dont un au bec crochu évoquant un aigle alors que l’autre rappelait le profil d’un toucan, le tout surmonté d'une tête simienne. Sa coiffe se terminait effectivement par de longue plumes vertes, les plumes d’un quetzal d’après ce que je compris des explications de Saul, un oiseau des plus sacré pour les mayas. Le bâton qu’il portait était une aberration par ses deux têtes monstrueuses à chacun de ses embouts.  Deux têtes humaines réduites étaient accrochées à sa ceinture. Nous pouvions distinguer tous les détails de ses sandales protège pieds ainsi que de son habit couvrant sa tunique.

Notre arrêt suivant fut le temple du carrefour, une structure pyramidale arrondie de quatre étages dont l’entrée était un simple toit de chaume maintenu par des troncs d’arbres.

Nous pouvions également observer plusieurs autres ruines moins importantes dont certaines n'étaient que des amoncellements de pierres éparses.

En reprenant la route vers l'est nous entendîmes les cris des singes hurleurs, alarmés par notre passage sur leur territoire. J'admirais la richesse des plantes et arbres tropicaux, les grands arbres de bois dur, les fougères, les arbres de paume. Saul qui m’accompagnait m'indiqua les différentes variétés d’arbres dont l’arbre à coton, le Kapokier, qui était l’arbre national du Guatemala ainsi que les fromagers, de très grands arbres aux racines serpentines dissimulés parmi les lianes et les agaves.  Il m’apprit que le fromager se nommait ainsi en raison de son bois très tendre qui était aussi facile à couper que le fromage. Cet arbre à écorce grise était sacré pour les mayas. Il montra également  le Chechem, l’arbre dont la sève irritante et caustique était un poison et dont l’arbre Chacha était l’antidote naturel.  Plus loin, Saul nous montra un essaim d'abeilles sauvages. Sans aucune crainte il mit sa main dans la ruche. Nous étions horrifiés alors qu'il sourit malicieusement et nous expliqua que les abeilles indigènes du Mexique n'avaient pas de dard contrairement à leurs cousines importées d'Europe.

Nous surprîmes quelques mouvements dans des arbres proches. Nous y distinguâmes un groupe de petits singes araignées qui fuyaient et protestaient contre notre approche. Saul était visiblement satisfait de sa découverte de certains arbres dont les fruits ressemblaient à des kakis. Ces fruits qui jonchaient le sol étaient partiellement mangés, la majeure partie d’entre eux entamés par une seule petite bouchée. Saul les identifia ces arbres comme étant des sapotiers, aussi connu sous le nom de sapotilliers. Il montra ces arbres à tout le groupe. Il nous apprit alors que pour les mayas ces arbres avaient une grande importance. Ils produisaient bien sûr de succulents fruits mais ils étaient également appréciés pour leur sève de chiclé, la base de la gomme à mâcher, ainsi que pour son bois dur. Le bois de sapotier est un bois de qualité toujours résistant qui était utilisé dans toutes les constructions mayas, y compris les grands ouvrages de maçonnerie. Les charpentes originales des structures voûtées que nous avions vue étaient en bois de sapotiers. Des poutrelles de sapotier se trouvaient dans tous les vieux temples du Yucatan, retenant depuis plus d'un millénaire l’écartement des fausses voûtes des salles intérieures.

Saul nous assura que la présence des ces arbres à Cobá n'avait rien de naturel: les mayas parsemaient et entouraient leur cités sacrées d’arbres rares aux fruits savoureux. Après l’abandon des lieux, les espèces fruitières ont continuées à prospérer et à proliférer. Ce fait a permis la découverte des ruines d’anciennes cités mayas autrement invisibles, ensevelies par la jungle sauvage. Saul nous expliqua que les singes étant très friands du fruit des sapotiers: une concentration de singes dans la jungle pouvait donc indiquer la présence de sapotiers.  Si des sapotiers étaient effectivement trouvés en abondance, il y avait probablement des ruines mayas toute proches.

En prenant les devants sur le sentier nous croisâmes une borne indiquant tout près, à moins de 200 mètres, le groupe des ruines de Conjunta Pinturas. Elle indiquait aussi les directions du groupe de ruines Nohoch Mul et du groupe de Macanxoc équidistante à un kilomètre dans des directions différentes. Il y avait deux bicyclettes taxis qui nous offraient leurs services. Leurs conducteurs nous prévenaient, en tentant de nous persuader de les engager, que nous pouvions nous perdre si nous marchions ainsi dans la forêt. Ils n’insistèrent plus et abandonnèrent à la vue de Saul.

Ludovic commenta que pour quelqu'un comme lui qui apprécie la visite de ruines sans l'encombrement des foules et qui est vraiment intéressé par l'Histoire, Cobá était un emplacement merveilleux à voir. J'étais bien d'accord avec lui, Cobá était hantant par sa beauté sauvage, presque vierge.  Dominique attira notre attention sur une ligne énorme de fourmis absolument monstrueuses qui avec une précision militaire marchaient en rang serré à travers notre sentier pour ensuite se perdre dans la forêt.  Saul nous avertit de faire attention car la morsure de ces insectes était douloureuse. 

 

Trois représentation d'IxChel, comme la lune elle montre un visage jeune et une visage vieux.

Le bon vieux Itzamna.

Un Motmot.


La cour du jeu de balle Elles ne sont pas dangeureuses

Par A. Saint - Publié dans : récits
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