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Dimanche 28 juin 2009 7 28 /06 /2009 18:43

Je me levai et quittai ma chambre décidé de retrouver Rafaele et l'avertir de tout ce qui se tramait. Au complexe hôtelier, tout se passait comme d’habitude, pas une seule indication la tragédie qui venait d’être révélée. J'en fus d’abord offusqué, mais je réalisai que le monde continuait de tourner malgré tous ces drames et qu’il était bien qu'il en soit ainsi. Il n’y avait aucune raison d’instaurer la panique. Je ne trouvai Rafaele nul part. Je me faisais dire partout que je l’avais manqué par quelques minutes. Je déambulai vers l'amphithéâtre près du complexe sportif où plein de gens s'assemblaient et prenaient place sur les chaises pliables déguisées par de grand pardessus de tissus blancs ajustés.

Je vit Gabriel, l'animateur senior de l'Allure, en train de discuter avec d'autres vacanciers derrière les rangs serrés de siège, tout près d'un projecteur mobile et de la console du système de son.

En me voyant, son visage souriant tomba.

Il me dit, visiblement préoccupé à mon égard, dans un français impeccable :

- Mon Dieu, Monsieur, que vous est-il arrivé ?

- Je vais bien ! Un simple accident..., expliquai-je. Je ne voulais rien dire d’autre.

Changeant de sujet, je lui demandai :

- Auriez-vous vu Rafaele ?

D'un air amusé et espiègle Gabriel me répondit :

- Il sera ici dans quelques minutes, asseyez-vous en attendant.

Gabriel me laissa pour rejoindre l'avant-scène pour commencer son animation. En cinq langues différentes il annonça :

- Mesdames et Messieurs, bonsoir ! Bienvenue à ce fantastique spectacle de danse. Non moins spectaculaire, laissez-moi vous présenter tout d'abord l'équipe d'animation de l'Allure qui travaille pour vous.

Zac, Auguste, Maria, Cheryl paradèrent la scène en nous saluant tous. Je ne voyais pasRafaele. Où diable était Rafaele ? Il n'avait même pas été présenté !

Je m’apprêtais à me lever lorsque les lumières se s'éteignirent.

Le projecteur s'alluma révélant deux serpents lovés. Deux marionnettes géantes de serpents à plumes soutenues par de nombreux danseurs se lovaient, dansaient dans un curieux bal.  Un narrateur préenregistré racontait leur histoire, l’histoire du commencement, tel que reporté dans le Popol Vuh, le livre sacré des Mayas. Les grands serpents avec de magnifiques plumes bleu-vert qui flottaient sur la mer primordiale de brouillard étaient Gukumatz et Huracan.

Ces deux dieux dirent le mot «terre ». Comme pour obéir à leur ordre, les brumes causées par la neige carbonique se dispersèrent révélant la scène.

 

Nous pouvions ainsi apercevoir les musiciens accoutrés de tenues d'indigènes alors qu'ils jouaient tamtams, flûtes, un cor fait à partir d’un coquillage et un tronc d’arbre creux en percussion. Les serpents se retirèrent en arrière scène et s'immobilisèrent.

 

Dans un rythme chaotique des danseurs entrèrent et parcoururent la scène en pirouettant coiffé de la tête de différents animaux : le guépard, l'aigle, le perroquet, le cerf, le serpent. Leurs costumes étaient absolument magnifiques et leur corps soigneusement peints de couleurs vives.

 

La voix dans les haut-parleurs narra que les deux dieux créèrent ensuite les animaux et les oiseaux mais ces derniers n’avaient pas le don de la parole et ne pouvaient pas louanger leurs dieux créateurs comme ils le désiraient. Les dieux condamnèrent les animaux à vivre à l’état sauvage et aux plus faibles de servir de nourriture.

La musique changea et le danseur aigle étala ses ailes, il était à la chasse et tous les autres animaux tentaient de se cacher de lui. Il tourna par plusieurs fois sur la scène et confronta par plusieurs fois le serpent jusqu'à ce qu'il triomphe en gardant son pied sur le danseur serpent terrassé dans un grand cri de victoire.

Je m'avançai plus près, vers les sièges de devant, j'étais fasciné par le spectacle. Il invoquait pour moi une étrange sensation de déjà vu. D’autres danseurs firent ensuite irruption sur scène en représentant les premiers hommes. Un homme couvert d'argile fut le premier à se présenter. Il ne bougeais pas et n'avait aucune expression.

"Gukumatz et Huracan ont ensuite façonné pour la première fois des hommes avec de la boue, mais sous cette forme l'homme ne pouvait ni se déplacer ou parler. De plus, il se brisait sous le soleil ou était rapidement dissous dans l’eau. Huracan les détruisirent tous dans un déluge causé par sa pluie orageuse."

Dans une lumière stroboscopique et le fracas stimulant le tonnerre, le golem de terre d’écroula par terre et roula hors de la scène.

 

"Ils se réessayèrent de nouveau en créant des hommes avec le bois. Huracan tenta de les détruire car ils n’étaient que des mannequins en bois imparfaits, impassibles, sans émotions et ils ne faisaient aucune éloge aux dieux qui les avaient crées. Mais malgré ses efforts, Huracan ne pu les noyer tous puisque ces hommes de bois flottaient. Les survivants de bois retrouvés ont été alors transformés en singes par Gukumatz et condamnés à vivre à l’état sauvage."

Le danseur termina sa danse rigide et mécanique et se coiffa d'une tête simienne se dandinant de façon comique comme le ferais un singe avec quelques acrobaties et culbutes spectaculaires. Il fut chaleureusement applaudit.

 

Le narrateur continua son récit :

"Les dieux eurent du succès en créant des hommes à partir du maïs. Mais ces premiers hommes étaient trop parfaits, ils avaient une très longue vie, comprenaient toutes choses et leur vision était grande et perçante. Il voyait tout du plus petit au plus grand. Gukumatz et Huracan étaient craintifs que ces nouveaux êtres trop parfaits deviennent aussi puissants que les dieux eux-mêmes.

C’est pourquoi ensuite Gukumatz et Huracan réduisirent la vision de tout des hommes qui suivirent après et qu’ils les rendirent vulnérables aux maladies et leur donna un temps de vie plus limité. Il n’y a plus alors qu’un couple des premiers hommes véritables dans ce monde."

Les danseurs drapés de blancs éclatants entrèrent sur scènes dans une valse gracieuse qui donnait l'impression qu'ils étaient pour s'envoler.  Ils perdirent leur robe blanche un à un révélant alors des hommes et femmes ordinaires qui ne pouvaient plus danser au rythme divin. Seul un couple resta en blanc. Il s’arrêtèrent de danser et contemplèrent les hommes et femmes qui les entouraient et qui les suppliaient. Ils regardèrent ces humains de façon presque parentale et leurs ouvrèrent les bras. Hommes et femmes se mirent à genoux devant eux.

 

"Gukumatz et Huracan avaient raison, la race des premiers hommes véritables, les hommes Xi, sont devenus des dieux eux-mêmes et les fondateurs des sept grands peuples de la Terre qui ont suivis les douze routes au travers des mers. "

 

Les serpents disparurent remplacé par le grand-père et la grand-mère originale, le dernier couple de danseurs en blanc, qui furent les ancêtres de tous les dieux. Je connaissais leurs noms : ils étaient Itzamna et Ixchel.

 

Je cru plusieurs fois apercevoir mon shaman du coin de l'oeil se tenant derrière moi mais dès que je retournais la tête, il disparaissait. Je savais qu'il ne pouvait être un simple fantasme. Il avait arrêté Lilith, il n'y avait aucun doute qu'il avait une réalité physique.  Il m'avait de nouveau sauvé la vie, il me protégeait. L'idée de sa réalité m'était toujours aussi bizarre mais je devais admettre dans les circonstances actuelles le savoir avec moi me rassurait un peu.

La scène suivante nous amena dans le domaine des enfers, l’horrible Xibalba. Une jeune femme était venue voir un arbre avec un visage humain. En s’y approchant, le visage lui cracha dessus. Elle fuit à la surface de la terre et retrouva la grand-mère. La jeune femme accoucha de jumeaux, qui très vite grandirent. Ils étaient les héros Hunahpu et Xbalanque. Ils avaient respectivement leur corps peints en or et en argent et ils portaient la coiffe de plume du Quetzal. Quels ne furent pas ma surprise et mon soulagement de reconnaîtreRafaele dans l'incarnation de Xbalanque. C'était donc ce qui avait amusé Gabriel auparavant lorsqu'il m'avait mentionné que je reverrais Rafaele dans quelques minutes. Ce dernier devait faire parti de ce spectacle depuis le début et je ne l'avais même pas remarqué. Connaissant Rafaele, son implication dans ce ballet le rendait plus qu'un simple divertissement; le folklore et les légendes mayas qu’ils présentaient devaient donc avoir une signification véritable pour les mayas.

Nous vîmes que les jumeaux étaient maltraités par leurs demi-frères aînés qui les narguaient constamment et avaient même menacer de les tuer par jalousie.  Les jumeaux divins transformèrent leurs méchants demi-frères en singe hurleurs et bien que cela peina leur grand-mère, elle ne pu s'empêcher de rire en les voyants.

Par la suite, à la demande d’Huracan qui était toujours omniprésent, les jumeaux détrônèrent Vucub Caquix, un vaniteux démon juché sur un arbre qui se disait à la fois la lune et le soleil de la terre. Ils l’atteignirent avec leur sarbacane et causèrent sa chute. Mais le démon ne mourut pas pour autant, le danseur se releva. Les jumeaux ne lui avait que cassé une dent et il dansait de façon chaotique en raison de sa douleur.  Avec l’aide de leurs grands-parents et en exploitant la vanité du démon, les jumeaux réussirent à faire mourir Vucub Caquix de honte en l’entourant de miroirs reflétant son image de décadence.  Les jumeaux tuèrent également les fils de ce démon, Zipacna et Cabrakan qui prétendaient être les créateurs et les destructeurs des montagnes et qui causaient des tremblements de terre qui menaçaient toute la création. Ils piégèrent l’un au centre d’une une montagne et réussir à en enterrer l’autre en les appâtant avec leur gourmandise.

Dans la chorégraphie qui se poursuivait, les jumeaux découvrirent par après le jeu de la balle mais ils jouaient avec tellement d’enthousiasme que tout comme leur père avant eux, ils dérangèrent et irritèrent les Seigneurs des enfers de Xibalba, représenté par des êtres noirs avec le crâne blanc et le squelette peint sur leur corps. Ils étaient neufs et portaient des couvre chefs de crâne humain, de hiboux, de chauve-souris, de jaguars noirs et de chien. Ils étaient absolument sombres et terrifiants et irrités proférant des menaces obscènes contre les deux jeunes joueurs de balle. Il faisait drôle de voir Rafaele jongler avec le ballon comme un professionnel. Il était définitivement meilleur en scène que sur le terrain de soccer !

Les démons sommèrent les jumeaux dans leur Royaume sous terre et les défièrent à un match de balle infernal. Les jumeaux acceptèrent leur défi. Il y eu un moment intense où Hunahpu perdit sa tête que son frère remplaça par une courge. Une tête de mannequin représentant la tête décapitée du jeune dieu servait alors de balle au grand plaisir des hideux seigneurs.  Heureusement Xbalanque réussit à récupérer la tête de son frère et à la rattacher à son corps original. Ainsi les jumeaux avec leur habilité et ruse réussirent à duper les forces infernales du Noir, du Froid, des Jaguar, des chauves-souris et des rasoirs. Mais les Seigneurs des enfers étaient amers, malgré le fait que les jumeaux aient réussit toute leurs épreuves, ils détruisirent tout de même les deux frères en les piégeant dans un grand four de Feu. De leurs cendres, les jumeaux héroïques ressuscitèrent et retournèrent à la cour des Seigneurs des enfers, incognito, leur visage soigneusement dissimulé dans des cagoules, prétendant être des faiseurs de miracles pouvant même ramener les morts à la vie. Xbalanque tua Hunahpu devant eux et le ressuscita pour le prouver dans ce qui n’était que prestidigitation.  Les Seigneurs de Xibalba se laissèrent berner et étant autrement immortels, ils avaient le désir morbide de faire par eux-mêmes l’expérience de la mort. Ils furent donc exécutés à leur demande par les jumeaux mais ces derniers ne les ramenèrent pas à la vie et furent laissé pour morts.  Ayant ainsi vécu le mal, les frères champions émergèrent des enfers en ramenant la dépouille de leur père. Ils offrirent aux nouveaux hommes le cadeau du vrai soleil et de la lune qu’ils placèrent dans le ciel. Les deux danseurs représentant Hunahpu et Xbalanque nous montrèrent une sphère brillante de lumière jaune et blanche qui parcourent au bout de leur bras la scène d'est en ouest et avec le coucher du soleil, la scène redevint obscure.

L'histoire des hommes commençait avec une danse spectaculaire où les danseurs commémoraient le feu, un cadeau du dieu rouge sanglant Tohil. Ils se passaient entre eux une balle de feux qu’ils vénéraient. Ils firent ensuite une danse auteur d’une coupe de feu.  Ils n’avaient vraiment pas peur de se brûler, les flammes étaient devenues leurs partenaires de dans cette danse lumineuse déchirant le rideau de la nuit. Même les femmes manipulaient les torches enflammées de façon absolument spectaculaire.

Ensuite un danseur à la tête de cerf parcourait la scène en terreur. Il était pourchassé par de voraces chasseurs mayas. La bête se tomba dans une embuscade entourée de toute part. Les chasseurs tirèrent leurs arcs, lancèrent leur lance. Le cerf blessé chercha à fuir. Il fut prit dans un filet et les chasseurs l’entourèrent et l’achevèrent.

Dans un dernier numéro, un groupe de danseurs pratiquait une danse rituelle et ils suppliaient les dieux pour de la pluie. Ils s’adressaient aux quatre colossaux baccabs qui se dressaient en rouge, jaune, noir et blanc aux quatre coins de la scène. Le dieu Chaac, à la peau bleue, au nez éléphantesque arriva comme un coup de vent subitement sur scène. A la joie des protagonistes, il déplia son voile de gris étincelant qui comme une grande cape le suivait alors qu’il courrait sur scène suivi par les nuages de pluie qui donnaient fertilité à la terre des hommes. Les danseurs s’écartèrent du centre de la scène révélant un homme vêtu de vert tout recroquevillé, le corps du père de Xbalanque et Hunahpu. Au passage de Chaac, cet homme se leva, doucement et gracieusement. Il était ressucité!  Sa tête était coiffée d'épis et sa peau était jaune; il était maintenant Yum Kaax le dieux du Maïs. Il personnifiait la vie, la prospérité et l’abondance. Il était le cadeau ultime des dieux au peuple Maya. Les danseurs se prosternèrent devant lui alors que tous les autres artistes se présentèrent sur scène.

Nous nous levâmes debout dans une grande ovation et l’auditorium résonna longtemps sous le tonnerre de nos applaudissements.  Le spectacle avait été grandiose et élevant.J’avais été ému par cette prestation; j’en avais oublié mes récents supplices. Gabriel fit son retour sur scène et présenta les musiciens et les danseurs s’éclipsèrent un a un. Gabriel annonça que les artistes étaient encore pour rester quelques temps, pour nous laisser l’occasion de prendre des photos pendant qu'ils étaient en costumes. Je retrouvaiRafaele dans son déguisement de Yum Kaax et lorsque les demandes des photographes se calmèrent, je le rejoignis. Spontanément, je le serrai contre moi.

-Que fait-tu ? demanda nerveusement Rafaele, évidemment embarrassé. Tout le monde peut nous voir ici !

Je me fichais éperdument des autres. Sa présence était quelque chose de réel et de tangible qui me soutenait. Je le relâchai presque à contrecoeur. Sa peinture argent s’était partout transférée sur mon corps. J’étais à bout de mes forces comme si tout ce qui m’avait éprouvé dans les dernières heures me rattrapait subitement.

Je vis Rafaele m’examiner; il était stupéfait. Il réalisait pour la premières fois que j’avais été blessé. Je lui expliquai :

- J’ai fait de mauvaises rencontres depuis ce matin.  Ils m’on torturé pour me soutirer des informations; je ne leur ai rien dit. Il t’on menacé aussi. Ils ont tué deux clients de l’hôtel.

De la consternation et de l’horreur envahit le visage du jeune maya et il me serra à son tour dans mes bras pour me réconforter. Il me surprit complètement. Il n’y avait plus de gêne. Je sentais son inquiétude pour moi.

Il me souffla :

-Je suis désolé ! Je ne peux qu’imaginer ce que tu as souffert !

La place se désertait, il ne restait que lui et moi.

- Si tu vas assez bien, je vais te laisser quelques minutes, le temps de me débarrasser de tout cela.

Il indiqua son costume. Il était franchement désolé d'avoir à me quitter.

- Je te retrouve à ta chambre ?

- Oui, on se retrouve là-bas.

Il me laissa avec inquiétude.

Je marchai tranquillement le long de l'allée principale jusqu’au bar du Sugar Reef remplis de gens. Leur nombre me donna une illusion de sécurité, le temps que je collecte le courage de reprendre le chemin de ma chambre. Je regardai tout autour comme un paranoïaque. Chaque ombre me semblait menaçante; pourtant en rien la beauté des lieux avait vraiment diminuée. C'était mon cœur pesant et angoissé qui entachait mes perceptions. Mes pensées restaient fixées sur tout ce que ce j’avais subi depuis l'après-midi ainsi que sur la tragédie qui avait frappé si proche.

Rafaele vint finalement me joindre discrètement. J’étais déjà tout prêt à partir, mais il indiqua qu’il n’y avait aucune presse. Les ruines de Tulum ne seraient désertes qu’aux heures du matin. Il fallait patienter. J’en profitai pour lui raconter tout, y compris mon entrevue avec la police.

Pour sa part, il avait effectivement entendu parler d’un incident avec un couple de vacanciers de l’hôtel mais rien de précis. Il y avait eu pour tout le personnel de l’Allure une directive émise afin de ne pas discuter de rumeurs qui de toute façon ne pouvaient rien faire d'autre que d'inquiéter inutilement les gens. Rafaele admit aussi qu’il connaissait bien les Mayas de la Croix parlante qui n’étaient qu’à quelques kilomètres au Sud de Tulum. Il m’assura qu’ils n’étaient pas les révolutionnaires que l’on m’avait décrits. Tant qu’à la prophétie, il la remit en contexte dans les nombreux mythes et légendes de ce peuple et des peurs de 2012.  Il ne tentait pas de me décevoir; il m’était évident qu’il n’y croyait tout simplement pas.

Il demanda si j’avais toujours la force de retourner à Tulum avec lui. Je lui assurai que pour rien au monde je ne manquerais cette visite; j’avais souffert le martyr pour cela et Tulum promettait un élément de réponse à mes questions. Rafaele suggéra tant qu’à attendre, nous faisions mieux de dormir un peu. Il comprenait mes craintes.  Il tenta de me rassurer en disant qu’il ferait le premier tour de garde pour une heure et qu’il veillerait sur moi; je pouvais être certain de dormir en toute sécurité.

J’essayai de dormir en vain. Je tentai sans succès de conjurer Chibirias, la dimension de Naum. Mais chaque fois je commençais à relaxer et m’immerger dans le sommeil, je me réveillais en effroi mouillé par la sueur.

Rafaele s’endormit paisiblement à mes côtés. Je le laissai se reposer; je savais qu'il devait être épuisé.  Je sursautai. Il y avait un autre présence dan la chambre, j’en était certain ! J'allumai ma lampe de chevet. Je trouvai le shaman assis par terre tout près. Il me signala de rester calme. Il me montra les symboles arcanes qui avaient été dessinés au plafond, tout autour du lit et devant la porte patio. Je compris qu’ils devaient me protéger.

 

Dans mon état de torpeur, j'étais incertain que si j'étais vraiment réveillé ou si je rêvais encore. Je frottai mes paupières. Je me redressai dans le lit. Curieusement, je n'avais plus aussi mal; en fait je me sentais plutôt bien!

 Le Shaman n’était plus là. Je soupirai.

Était-il seulement une création de mon esprit ? Non, il était bien plus que cela, il avait une réalité physique. Je ne doutais plus de son existence même si je n'étais pas encore certain de la nature de sa manifestation.  Était-il une espèce de fantôme ? Mon séjour chez les Inuits m'avait montré que pour ce peuple superstitieux, les esprits et le monde spirituel étaient constamment omniprésents dans leur vie de tous les jours. Un Inuit n'aurait jamais douté de la réalité de ce spectre et moi qui n’étais pas Inuit, j'étais hanté par l'esprit d'un de leur shaman.

Cette explication était fantastique, irrationnelle mais expliquait mes expériences. Je préférais cette perspective qu'à la conclusion que je souffrais d'aliénation mentale. Pourquoi se manifestait-il maintenant après plus d'un an et ici à la Riviera Maya, si loin du lieu de sa mort ?

 

Dans l'ensemble des cultures que je connaissais, un revenant était l'esprit d'un mort qui ne pouvait trouver de repos en raison d'une tâche primordiale restée inaccomplie de leur vivant. Je repensai à l'urgence et à la détresse du Shaman dans ses dernières heures : "Je suis pressé; une grosse tempête s’en vient" ; "Il est tard; je dois partir" et comment il m'avait supplier de l'aider et de l'amener avec lui. Sauf que je réalisais enfin qu'il ne parlait pas de m'accompagner avec son corps mais plutôt avec son esprit, son âme. Je poursuivit mon raisonnement : cette grande tempête que le Shaman avait mentionné pouvait avoir son origine ici chez les Mayas. Les paroles de la prophétie de Morales me donnaient de nouveau la chair de poule. 

Je sursautai dans le lit. Le Shaman était prés de moi.

Il me dit alors :

- N’aie pas peur!  Tes yeux commencent à s’ouvrir ! Tes mains sont celles d’un guérisseur me dit-il avec satisfaction. Pour toi, je serai à la fois ton « sak nil nahal », la conscience blanche de l’épanouissement, et ton « huay » puisque tu as perdu ces âmes avec ta première mort !

 

Ma première mort ? Cela devenait un peu trop mystique pour moi. Les noms de sak nil nahal et de huay n’étaient pas de consonance inuit; ils me semblaient mayas.

 

Il me prit mes mains qu’il étudia avec satisfaction :

- Tu ne le savais pas mais tu as le vrai don du Shaman ! 

 

Une question folle alors me passa à l’esprit : Était-il Itzamna ?

Ma question le fit rire.

Il ne répondit pas mais rajouta plutôt :  

- Je ne fais que te montrer le chemin. Ton chemin est le mien.  Je suis ton compagnon de voyage, je suis aussi celui qui accompagne tous les hommes un jour ou l'autre.

Cette réponse était cryptique. J’aurais préféré un simple oui ou non!

 

Je compris qu’il était responsable de toutes les choses bizarres qui m’arrivaient. Mon esprit criait : pourquoi moi ? Quel droit lui permettait de s'affranchir ainsi de ma vie? Je n'avais rien demandé de cela. J'étais profondément offusqué.

 

Il compris le sens de mes pensées car il rétorqua d'un ton sévère :

-Tu étais mort de toute façon. Ainsi, tu es vivant maintenant et tu as trouvé des choses pour lesquelles il vaut la peine de vivre, non ?

 

Il évoqua en moi tout ce que j'ai vécu au courant de la dernière année, les personnes que j'avais rencontrées, en particulier Chibirias et l'amour que je ressentais pour elle et instantanément ma colère se dissipa.  Je devais lui donner raison, pour Chibirias tout en valait la peine.

Le vieil homme rajouta malicieusement :

- Je t'ai demandé permission, sans te forcer dans aucun engagement et cela bien après que je t'ai ramené à la vie et tu a été d’accord !

J'admettais qu'il n'avait pas tort, j'avais accepté de l'aider de bonne foi. Je regrettais quand même de ne pas eu de choix car en même en étant parfaitement informé, j’aurais probablement accepté volontairement d’aider le Shaman tout de même.

 

Je me tournai vers Rafaele qui roupillait tout près, je voulais le réveiller et qu'il voit "mon" Shaman.

Rafaele ouvra les yeux et se redressa dans le lit. Le Shaman s’était volatilisé, je n’avais rien à lui montrer. Il me demanda aussitôt :

- Quelle heure est-il ?

Je regardai le réveil à mon chevet.

- Trois heures cinq.

- Il est temps d’y aller ! annonça Rafaele. Nous n’aurons pas grand temps !

Il me demanda ensuite intrigué entre deux bâillements :

- Ais-je rêvé ? Ne parlais-tu pas avec quelqu’un ?

Je lui répondis le plus sérieusement du monde :

- J’avais une discussion avec mon sak nil nahal et mon huay...

Ma réponse laissa Rafaele perplexe, il connaissait bien ces termes. Ce n’est pas ce qui le laissa bouche bée. Il me regardait la bouche grande ouverte, les yeux grands ouverts; il était complètement ébahi.

- Tes blessures !

Rafaele me traîna devant le miroir de la salle de bain. Je vis comme lui que mes meurtrissures s’étaient estompées, mes blessures avaient guéries comme si elles dataient de plusieurs jours déjà. Rafaele complètement incrédule m’examina de prêt et me regardais pour une explication.

Je lui dis coquinement :

- Tu ne me croirais pas si je te le disais !

- Essaie-moi pour voir !

Il pointa les glyphes de protection que le Shaman avait apposés.

Je lui racontai tout mais je constatai assez vite qu’il était sceptique et qu'il me prenait peut-être pour un illuminé. J’en étais embarrassé, mais au moins Rafaele restait respectueux. Je ne lui en voulais pas, après tout j’en doutais encore moi-même. Je coupai court :

- On y va ? dis-je en mettant le compas de Chibirias dans ma poche. Nous n’avions après tout que deux heures avant l’aube !

Quetzalcóatl par nikoontheroadagain
Teotihuacan Museum (2) par jlepstein

                   

Par A. Saint
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Dimanche 28 juin 2009 7 28 /06 /2009 18:39


J'étais heureux de retrouver ma chambre et malgré l’appel de son lit douillet, je décidai plutôt d'aller au gymnase avant de dîner ce qui me fit le plus grand bien. Tout en mangeant, je repensai aux évènements des derniers jours.

 

Je n'avais pas eu de retour d'appel de mon inspecteur.  Il y avait tout de même une chose que je pouvais faire : de ma chambre j'effectuai un appel à Playa del Carmen. Je ne fus nullement surpris d'apprendre que Dago ne s'était pas présenté au Sweetwater depuis les deux derniers jours. Enrique, le propriétaire, était absolument furieux.  Je sympathisais; moi aussi je n'étais pas très content à l'égard de son barman. J'appris en même temps que la police était passée et qu'elle recherchait également Dago. Savoir que l'inspecteur Callas avait réagit à la suite de mon appel me rassura quelque peu. Il n'avait pas encore retrouvé le jeune barman c'est pourquoi il ne m'avait pas encore recontacté.

Je soupirai :

- Dago, dans quel pétrin t'es tu fourré ?

Je devais l'admettre, je m'inquiétai pour ce jeune rogue; je ne croyais toujours pas qu'il était originellement mêlé à toute cette histoire et qu'il s'était malencontreusement associé à des gens dangereux qu’à la suite des circonstances de notre première rencontre.

 

Je changeai la carte mémoire de ma caméra digitale qui était pleine et rangeai le tout. Je décidai de ressortir dehors. 

 

Je me rendis dans l'océan et me laissai entraîner par les vagues. J'étais distrait. Je songeai Angela que n'avais pas revue depuis le mariage et qui, je le craignais, était partie sans que je lui dise au revoir. J'eu une pensée pour mes amis Français et un sourire à l'idée des histoires que pourrais leur raconter. C'était curieux, malgré la résolution imminente du mystère de l'artefact de Chibirias, j'avais quand même le coeur lourd.

Chibirias, ma Ishell, je craignais constamment pour son sort.

Je retournai sur la plage et trouvai une chaise longue inoccupée où je m'étendis en gardant une main dans le sable blanc et mes yeux sur la mer bleue éclaircie par endroit par des coraux distants brisant parfois les eaux. J’étais épuisé après tout ce que j'avais subit la nuit dernière. Je m'endormis presque jusqu'à ce que un grand frisson me parcouru.J'ouvrai les yeux. Le paysage avait subitement changé : ma main se trouvait dans de la neige blanche et devant moi se trouvait une autre mer bleue limpide éclaircie par endroit par des glaces brisant les eaux.

 

- Naluayonerpâingminik pionerksaq,  pidguyoqnerksaq,  erksituittoqnerksaq katshunggaitoqnerksaq; igvit pitsiapoq (toi-même prouver être meilleur, plus fort, plus brave, plus courageux; tu fait le bien).

Je me tournai et aperçu le Shaman inuit. Il me regardait d'un air bienveillant et fier. Ses yeux sans âges pétillaient. Il était entouré de chiens à traîneau magnifiques. Il flattait affectueusement la crinière d'un splendide samoyède.

 

Que faisait-il ici ? Comme pour me répondre il me dit :

 

- IllaginiarKingâ? (Vas-tu m’amener avec toi ?)

Je me rappelais vivement de cette scène; je lui avais alors promis :

- ahaîla! (Oui, certainement !)

Il avait également dit alors une autre chose bizarre :

- mânêgannerniarpunga, tâmanngát; aulaKattigêniarpagit!

 (Je reste ici pour toujours; je vais aller avec toi !)

 

Il était mort dans le grand Nord et je le sentais ici avec moi. Est-ce que c'était ce qu'il avait voulu me dire ?

Le visage du vieil homme s'illumina de son sourire édenté comme pour confirmer ma pensée.

Je lui demandai :

-Es-tu réel ou le fruit de mon imagination ?

La question le fit rire. Il prit mes mains. Son contact, sa peau chaude me sembla bien réelle. Je me réveillai en sursaut, grelottant avec la chair de poule malgré la plage échauffée par le soleil mexicain de l'après-midi.

Je serais rentré directement à ma chambre si je n'avais été aussi bouleversé. J’étais effrayé à l'idée de dormir et de me perdre encore dans mes rêves et délires. Cette vision m’avait dérangé. Je devais être en train de sombrer dans la folie. Que devais-je penser du shaman : qu’est ce que cela voulais dire qu’il était avec moi ?  J'imaginai que peut-être j'étais encore en train d’agoniser dans cette tente aux Monts Torngat et que tout ceci était le rêve. Toutes ces histoires, le monde de Naum, un compas magnétique qui n’en est pas un, une ville Maya perdue, le nouveau soleil, la fin du monde, c’était trop. Je n’étais qu’un gars ordinaire et tout ceci était trop extraordinaire. Ma santé mentale et ma perception de la réalité semblait de plus en plus ébranlée, j’étais en train de me perdre et m’oublier dans tout cela.

Je songeai au Spa, un bain tourbillon, peut-être un massage me relaxerait sûrement. Je pris le chemin en regardant dehors avec un regard neuf. La végétation, les fleurs, les oiseaux tropicaux, les iguanes ci-là, la chaude caresse du soleil, le vent salé de l’océan. Si tout ceci était un rêve, j’avais une sacrée imagination. Si c’était cela vivre, je n’avais jamais vécu auparavant.

Depuis le vestiaire je trouvai le sauna sec. L'endroit était complètement désert ce qui était compréhensible en ce début d'après-midi magnifique dehors. Cela   faisait en quelque sorte bien mon affaire. J'avais encore froid et j'étais incapable de me réchauffer.  J'étais complètement seul et m'étendit sur le banc de bois le plus élevé et fermai les yeux relaxé.Je me reposais enfin. La porte du sauna s'ouvrit brièvement. J'étais trop paresseux pour ouvrir un oeil et regarder la personne qui venait d'entrer.

Je sentis un doigt effronté passer entre pectoraux, descendre et glisser le long de mes abdominaux. Je saisis la main avant qu’elle ne descende plus bas; il s’agissait de la main d’une femme.

Je me redressai.

- Lilith ! Tu ne peux être ici ! C’est le vestiaire des hommes !

Elle me mit le doigt sur la bouche pour me faire taire et laissa tomber sa serviette et m’embrassa.

La porte du sauna s’ouvrit de nouveau. Je fus tout d’abord hébété. Nous étions prit en flagrant délit ! Je me retournai vers le nouvel arrivant.

Je fus choqué de reconnaître cet homme que j’aurais souhaité ne jamais revoir de ma vie. Il était celui que j’avais capturé à Playa del Carmen et que j’avais remis à la police à la suite de l’attaque contre Chibirias. Il avait été expulsé du Mexique d’après les dires de Callas et il était ici ?  Je pensai à Lilith, elle était en danger !  Je senti trop tard la serviette tordue se resserrer autour de ma gorge. Lilith était celle qui m’étranglait. L’homme me retenait le bras, sa main m’empêchait de hurler pour de l’aide. Je ne pouvais résister. La serviette se nouait de plus en plus serrée, je sentais que ma tête était pour exploser, ma vision devenait de plus en plus trouble et limitée. Je ne voyais plus que ce grand air de satisfaction chez l’homme. J’entendais un bourdonnement dans mes oreilles, les sons devirent distordus pour devenir des échos de plus en plus lointains jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien.

Il me sembla émerger d’un long tunnel sombre lorsque je repris conscience à la senteur fétide de la sueur dégouttant des aisselles rasées et des seins de Lilith. L’homme me tenait debout derrière moi en me tenant solidement et me tordant les bras. J’étais encore complètement désorienté. Je me sentais faible, drogué; je n’avais pas de force je ne pouvais résister. Chacun des muscles me semblaient lourds, épuisés. Mon propre corps me trahissait, il refusait de répondre à ma volonté et restait inerte malgré mes efforts.

Les lèvres de Lilith se déformèrent dans ce qui devait être un sourire de satisfaction.J’avais un mal de tête comme si mon crâne avait été ouvert. La chaleur du sauna m'accablait.

Je pouvais difficilement garder conscience. Je fermai les yeux.

Sa main me gifla immédiatement avec force, projetant ma tête à l’arrière et sur le côté.J’ouvris mes yeux et je vis de nouveau son sourire sadique. 

- Il est impoli de s’endormir au milieu d’une conversation ! Tu dois rester réveiller pour nous parler.

Je fermai de nouveau mes yeux en essayant d’éclaircir mes esprits et sa main me frappa de nouveau lourdement au visage.

- Alors mon beau tu vas rester éveillé ou tu vas gâcher tout mon plaisir !

Je fixai mon regard sur elle. Ce n’était donc pas un rêve. Son attaque traîtresse m’avait pris par surprise. Je ne pouvais toujours pas bouger. Je vis une seringue vide reposant sur le banc en arrière d’elle. Elle m’avait effectivement injecté quelque chose.

 

Je me sentis de nouveau défaillir, j’avais de la difficulté à garder mes yeux ouverts.

Elle leva de nouveau sa main et recommença de nouveau me rosser répétitivement le visage.

Elle me fendit la lèvre. Elle goûta à mon sang et me le recracha au visage.

Elle me caressa ensuite tout le corps de façon presque sensuelle.

- Mmmmm! Tu es bon au toucher. Tant de beaux muscles puissants. Je pense avec plaisir à toutes les choses douloureuses que je compte faire subir à ce corps sexy.

Elle ria de façon sadique :

- Je vais adorer te faire souffrir !

Elle força sa lèvre sur les miennes. Alors qu’elle m’embrassait elle me m’administra un coup de genoux vicieux directement dans mes parties génitales. J’en eu le souffle coupé. La douleur fut intense et atroce; j’aurais agonisé écrasé sur le plancher si cet homme ne m’avait pas retenu solidement.

- Ceci est pour m’avoir rejeté ! Ne suis-je pas la femme parfaite ? Comment as-tu pu refuser ce corps ?

Elle exposa tous ses charmes comme une prostituée essayant d’allécher un client depuis son coin de trottoir.

-  Ce n’est pas tant le corps mais l’esprit qui me révulsait !

 

Je fus surpris d’avoir eu la force d’avoir fait ce commentaire de façon aussi spontanée.

Elle frappa de nouveau sans relâche. 

Je gémissais de douleur.

- Bien ! Maintenant tu chantes ma chanson. Tu peux crier et pleurer autant que tu veux mais mon frère s’est assuré que nul ne nous dérangerait pendant notre entretient.

 

- Tu sais ce que je pense ? ragea Lilith, je pense que tu aimes plutôt les jeunes hommes. Les beaux jeunes hommes comme notre guide Maya. Quel est son nom déjà ? Raphaël !

 

Elle observait ma réaction de près. Je ne trahis aucune émotion.

 

- Tu sais mon frère ici, lui au moins est un vrai homme !

 

L’homme parla pour la première fois avec une arrogance tortionnaire :

- Tu sais que j’ai passé des heures et des heures à baiser cette putain que nous avons ramassée à Playa del Carmen. Au début elle ne voulait pas mais maintenant elle est insatiable et en veux toujours plus de moi !

 

Sur ce il poussa son pelvis contre mon postérieur de façon répété.

Ceci me fit sortir de mes gonds. Je résistai contre son emprise. Je réalisais que l'effet de la drogue qu’ils m’avaient injecté s'effaçait doucement. Je me suis dis que si seulement je pouvais gagner du temps, j’aurais peut-être une chance.

 

- Bon ! Nous avons enfin une réaction !

 

Lilith était ravie. Elle força mon visage entre ses mains :

 

 - La situation est très simple : tu nous remets ce que cette femme t’a donné. Tu nous dit tout ce qu’elle t’a dis et ce que tu sais sur sa mission et tu survis ainsi que cette femme. Tu as ma promesse !

 

Je réalisai qu’ils ne savaient donc rien ! Cela me redonna des forces. Qui étaient donc ces gens ?

 

Je détournai mon regard sans souffler un mot.

 

Lilith me força à la regarder dans ses yeux vicieux.

– Écoutes-moi, elle n’en vaut pas la peine. Elle t’utilise. Tu es humain comme moi. Cette chose n’a rien d’humain sauf l’apparence !

 

Je rétorquai :

- Elle est plus humaine que toi. Cela j’en suis certain !

 

Dégouttée, Lilith lâcha ma tête en la rejetant cruellement en arrière.

 

- Imbécile ! commenta-t-elle avec dédain.

Elle ajouta de façon enjouée.

 

- C’est mieux ainsi; cela aurait été trop facile. Tu penses que tu es brave ? Voyons comment de supplices que tu peux prendre avant que je te brise.

 

Elle révéla différent instrument de torture, des aiguilles, des couteaux et lames de toutes sortes, des fils métalliques, un pistolet électrique et d’autres objets aussi obscènes que menaçants dont je ne pouvais imaginer l’utilisation.

Elle dit en prenant un couteau :

- Tu sais ce que j’aimerais faire ? Te peler la peau pendant tu es vivant ! Révéler tout ces muscles; toute cette viande parfaite. Tu dois être délicieux !

 

La lame affilée parcourue mon cou et descendis sur mon torse en ne brisant que la surface de la peau et laissant un tracé sanglant.

-Je commencerais par cette partie ! ajouta-t-elle malicieusement en menaçant de m’émasculer avec son couteau.  

Elle se lécha les lèvres.

Je m’efforçai de ne pas montrer aucune peur mais une partie de moi ne doutait pas qu’elle le désirait véritablement. 

 

Elle blasphéma frustrée : 

- Merde ! Avec toute la dose que nous t'avons donné tu aurais dû spontanément tout nous confesser et nous implorer à genoux. Tu devrais être incapable de résister.

Elle fit une moue avant de continuer.

- Peut-être as tu simplement besoin d'un peu plus de persuasion. . .

Elle me commença à me donner des coups l’abdomen, ses poings fermés me frappant avec force de façon méthodique tout en m’étudiant.

Elle martela mon torse avec l’expertise et le contrôle d’un boxer. Ses genoux commencèrent à frapper violemment de façon sporadique mes cuisses et mes testicules.

Je ne pouvais lui offrir aucune résistance.

Elle me frappa subitement dans l’estomac avec toutes ses forces. J’en perdis mon souffle. Mon corps entier se convulsa pendant que je cherchais à y inspirer de l’air. Elle continua encore et encore. Elle recula m'accordant un instant de répit et recommença son attaque avec rage. Il m'était évident qu'elle avait beaucoup d’expérience et qu'elle dérivait un grand plaisir de ce qu'elle faisait. Elle savait comment assaillir jusqu’à mes organes internes avec ses coups bien précis causant le maximum de douleur. Sa force aussi était incroyable.

 

Elle avait été entraînée à torturer. Qui était cette Lilith ? Pour qui travaillait-elle ?

 

Elle continua à me tabasser avec une pluie de coup. Elle me battait au point que j’avais le goût de vomir sur le plancher, au point que je me sentais m’écrouler morceau par morceau. Je ne pouvais plus penser à rien, il n'y avait que douleur et souffrance qui surchargeaient mon cerveau. Elle continua ainsi à me battre jusqu’à ce que le monde tout autour de moi se réduise à une spirale obscure.  Dans cette obscurité j’entendis son rire moqueur.

 

Elle ne me laissa pas m'évanouir.

 

Je vis son contentement pendant qu'elle me crachait de nouveau avec mépris à mon visage.

- Prêt à parler ou en veux-tu encore plus ?

Je ne dis rien. Non pas que j’étais stoïque mais plutôt faible et sans force.

 

Elle recommença encore plus déterminée.  Elle relâcha une rafale de coups à mon aine et abdomen. Je savais que je ne résisterais pas encore longtemps à son mauvais traitement.J’étais à peine conscient. Perdre connaissance me soutirerais de ces souffrances et me donnerais un répit. Mais elle me forcerait d’être de nouveau conscient et tout recommencerais. Il n’y avait aucune issue. C’était le traitement qu’ils avaient aussi fait subir à Chibirias. Chibirias, ma Ishell...

- Quoi ? Il pleure maintenant ! Je t'ai fait mal ? se moqua Lilith.

Effectivement des larmes me coulaient sur les joues. Je me rappelais alors du rêve où j'avais vu Chibirias pour la dernière fois et de ces harpies qui la torturaient, des harpies comme cette Lilith ! Je réalisai que je les avais battues avec mon esprit. 

Je fermai mes yeux et accueillis l'obscurité. En m'humiliant verbalement, Lilith m’avait donné un bref moment de sursis; mon esprit devint plus clair et plus focalisé. Cette torture n’était rien par rapport à ce que cet ours m’avait fait souffrir. J'essayai de me détendre et je cessai de gaspiller mon énergie à résister. Je fermai mon esprit à toutes les sensations de mon corps, j'invoquai la puissance de volonté afin de m’amener dans un état de détachement ou mon corps absorbait l'impact de chaque coup. J'imaginai que ma chair était une éponge indestructible et mes nerfs étaient bloqués, incapables de recevoir ou de transmettre de la douleur. Cela fonctionna et pendant quelques minutes, tout au plus, je ne sentis rien. J'étais calme. Je profitais de l’effet des endorphines qui étaient relâchées dans mon corps meurtri.

Je fus alors violemment entraîné par l’arrière.

- Tu perds ton temps ! Il faut une approche plus directe ! interrompit le frère de Lilith.

Je regardai Lilith qui n’était pas d’accord. Était-ce une lueur d'admiration réticente à mon égard que j’entrevis dans ses yeux verts d'agate ?

Son frère me força la tête vers le bassin de pierre qui réchauffait le sauna.

Il me donna son ultimatum :

- Je n’ai pas la patience de ma sœur. Tu parles immédiatement ou je détruis ton beau visage. Il sera tellement brûlé et abîmé que personne ne le reconnaîtra !

Il n’attendit pas plus qu'une seconde. Il mis toute sa force et sa pesanteur sur moi mais je ne cédai pas. Mais puisqu’il poussait ma tête, il ne retenait mes bras que par une seule main, il me donnait l’opportunité pour laquelle j’avais prié.

- Alan, non ! protesta Lilith.

J’étais si près des pierres que j’en ressentais leur radiance et mon visage cuisait.

Mes bras couverts de sueur étaient glissants et lorsque je forçai subitement sans prévenir, l’homme perdit sa prise sur moi. Je fléchit aussitôt et me laissai choir par terre sans prévenir évitant tout juste de m’écorcher sur le poêle. Puisque que le frère de Lilith reposait sur moi de tout son poids, il tomba dans le bassin de pierres brûlantes les mains premières. Il se releva dans cette odeur écoeurante de charogne grillée fuyant le sauna en hurlant de douleur et en gardant élevées ses mains brûlées.

Je n’étais pas sauf pour autant. Lilith se jeta sur moi me repassant sa serviette autour du cou. Elle serrait le garrot de toutes ses forces. Elle tentait aussi de joindre son couteau tout près. Elle voulait me tuer. J'étais trop faible; je me sentais déjà défaillir et perdre conscience. J’aperçu le Shaman, il était avec moi.

Je lui dis :

- IkajortauneKadlariaKarpunga!  (J’ai besoin d’aide désespérément).

C’est ce le signal qu’il attendait. Il s’avança sur Lilith et il mit ses mains sur les siennes. L’effet fut immédiat. Elle lâcha prise dans un hurlement horrible, inhumain. Elle m’abandonna. Je remarquai à son passage ses mains marquées au rouge : je pouvais y distinguer le contour de doigts profondément marqué dans sa chair.

Le shaman avait disparu. Il m'avait sauvé la vie encore une fois.

J’étais de nouveau seul, étendu sur le plancher incapable de bouger.

Les sorties de Lilith et de son frère avaient été remarquées. Quelqu’un de l'hôtel arriva dans les minutes qui suivirent finalement attiré par tout le vacarme.  Ils me trouvèrent au seuil de l'inconscience et firent un appel d’urgence. 

Ils me sortirent du sauna et me donnèrent de l’eau à boire. J’étais complètement déshydraté.

Le médecin de l'Allure m’examina soigneusement sur les lieux. Il me trouva très fortuné.J’avais plusieurs ecchymoses et meurtrissures, mon cou était écorché, mais je n’avais aucune côte de brisée ou apparemment d’hémorragies internes. Des ambulanciers attendaient. Le médecin recommanda d'aller à une clinique de Playa del Carmen ou à l'hôpital de Cancun pour plus de sûreté. Je rejetai sa suggestion; je n'en sentais pas le besoin. Le médecin me demanda dans ce cas de rester particulièrement prudent pour les prochains jours et d'être attentif à tout symptômes inhabituels.  Si il y avait quoi que ce soit qui n'allait pas, il insista que je le contacte immédiatement sans hésiter. Je lui promis que j'étais pour suivre ses ordonnances. Je ne devais pas être beau à voir. J'avais de plus dû admettre que j’avais été ainsi battu par une femme.

La police avait été avisée de l'agression. La sécurité de l’hôtel me demanda qui m’avait fait cela.

Je leur répondis Lilith Morris et son frère Alan.

Ils consultèrent le registre de l’hôtel. Personne de ce nom n’était inscrit à l’Allure.

J’insistai; elle devait s’être inscrit sous un autre nom. Je ne me rappelais pas du numéro de sa chambre mais je pouvais les y amener.

La sécurité de l’hôtel me demanda de le faire si j’en avais la force.

Nous marchâmes jusqu’à la chambre 2223. Il y avait toujours le carton de ne pas déranger qui y était affiché.

La sécurité mentionna que la chambre était enregistrée à un Richard Verrazzano et sa femme Jeanne. Je connaissais ces noms.  J’avais soupé avec eux au Casanova Lundi et les avais revu au mariage de Ted et de Judith. Il devait y avoir erreur !

Ils me demandèrent de reculer. Le balcon de la chambre avait déjà été sécurisé et surveillé par un autre garde de sécurité.

Ils déverrouillèrent la porte et deux hommes entrèrent prudemment. Il y eu cette odeur, une puanteur qu’aucun parfum ne réussissait à masquer, une odeur de putréfaction avancée, une odeur de mort que je sentais même d’où j’étais. Il y eu un cri d’horreur. Un des jeunes hommes de la sécurité sortit en courant. Il vomit et blême comme un drap balbutia :

-¡Mi Dios! ¡Hay dos muertes aquí! ¡Este horrible! ¡En el baño! Hay toda esta sangre.  ¡Este horrible! ¡Una verdadera matanza! (Il y a deux morts ici! C'est horrible ! Dans le bain ! Il y a tout ce sang. C'est horrible ! Un vrai carnage !).

Il était dans un état de choc, tout tremblant. Il ne réussissait pas à se calmer.

Ce qu’il avait dit m’horrifia. Je refusais d'y croire; cela ne se pouvait pas ! Tout changea pour moi, devenant encore plus sombre et macabre. Des vacances de rêves étaient subitement devenues le pires des cauchemars, mon paradis de l'Allure était irrémédiablement perdu.

Ils rappelèrent urgemment l’autre homme qui était encore dans la chambre :

¡Abandone el lugar! ¡No afecta a nada ¡La policía llega! (Ne touchez à rien quittez les lieux, la police arrive).

Ils fermèrent la porte et dispersèrent les curieux tout autour, sauf moi. Ils m’escortèrent à ma chambre.  Je restai étendu sur mon lit jusqu’à ce que les policiers viennent pour moi.

Ils frappèrent à ma porte et entrèrent.  Callas, Morales ainsi que quatre autres policiers pénétrèrent. Deux d'entre eux m'impressionnèrent habillés comme des soldats en guerre avec leur veste de Kevlar pare-balle noire, fatigue militaire et le fait qu'ils étaient armés jusqu’aux dents.  Il m’était pénible de me lever de mon lit. Je n’avais pas peut-être pas de côtes brisées mais sûrement fêlées. J’avais l’impression d’être passé au travers d’un compacteur et d’un tordeur. J’avais peine à me déplacer et à respirer.

Ils avaient tous un air très sombre mais je devais être visiblement en mauvais état car j'eu l'impression que leur visage s’éclaircit avec un peu de sympathie.

Je fis ma déposition. Tout ce que je disais était enregistré et soigneusement noté. Je me concentrais pour ne rien oublier.

Je leur racontai de nouveau mon histoire depuis ma brève et unique réelle rencontre avec Chibirias sur la plage de Playa del Carmen, l'attaque de ces bandits, les menaces profanées par Alan Morris lors de son arrestation, l'infraction de ma chambre. J'insistai sur le fait que Chibirias n'avait eu le temps de me dire ou de me donner quoi que ce soit et que d'ailleurs j'avais été fouillé par la police ce soir là et qu'ils n'avait rien trouvé sur moi. Callas confirma tout ce que j'avais dit.

Je leur répétai tout ce que Dago m'avait mentionné lors de sa visite. Je leur racontai tout ce que je savais sur Lilith ainsi que les détails de nos rencontres. J'admis que j'avais de mon côté tenté de résoudre sans succès le mystère de mon inconnue de Playa del Carmen en la recherchant partout et posant beaucoup de questions ce qui avait sans doute attiré de l'attention sur moi. Je leur décrivis ma torture. Je leur soulignai que Lilith y avait confirmé qu'ils avaient kidnappé et détenaient encore Chibirias et que son frère Alan avait tenté de me provoquer en affirmant qu'il l'avait violée à répétition. Je vis ces hommes consternés et perplexes à la mention d'Alan Morris qui pourtant avait été supposément expulsé du Mexique.

Ils m'avisèrent de me méfier de tout ce que mes bourreaux m'avaient dis; il pouvait s'agir d'une tentative de me manipuler sans aucune part de vérité. 

Je subis par après leur interrogatoire et contre-interrogatoire sans aucune réserve. Ils ne me ménagèrent pas.

Ils me demandèrent une description de Lilith. J’avais mieux que cela : je partis chercher ma caméra. Elle avait disparue ! Frénétiquement je fouillai ma valise. Je retrouvai la carte mémoire que j'avais rangé et que je leur montrai de façon triomphale.  Lilith ou son frère ne l'avait pas trouvée. Un policier quitta ma chambre pour quêter une caméra.

Il revint rapidement avec le photographe de leur unité d’homicide qui venait tout juste de terminer son travail à la scène du crime. Il mit la cartouche dans sa caméra et au travers de mes photos des ruines de Tulum, je leur montrai les photos de Lilith au Castillo. Dans un gros plan, on distinguait clairement son visage.  Callas la reconnue, il l’avait déjà vue. Elle avait fait parti du groupe qui avait libéré Alan Morris de prison. Elle s’était présenté comme étant une avocate et une conseillère juridique.  Ils n’eurent même pas à le demander, je leur donnai toutes mes photos.

Ils laissèrent échapper que les deux victimes retrouvées avaient eu la gorge tranchée net comme seul un professionnel pouvait le faire. Je commentai qu’effectivement Lilith et son frère étaient effectivement des experts en torture. Nul ne savait qui ils pouvaient être : des mercenaires impitoyables ou des membres d’un cartel criminel ? Cette histoire devenait de plus en plus intrigante et dangereuse.

Je décidai de les aider de mon mieux et de leur en révéler plus. Je leur confiai mon impression en ce que cette affaire, comme Morales l’avait supposé depuis le début, concernait non pas la drogue mais un artefact maya que cette femme que j’ai vue à la plage de Playa del Carmen avait eu supposément en sa possession. Je déduisais qu'il s'agissait du même objet qui avait été volé au musée de Peabody et dont les inspecteurs Callas et Morales m’avait montré la photo. Je menti à moitié en ajoutant que cet artefact, d’après les questions que Lilith m'avait posé sous la torture, avait un rapport avec Itzamna et un trésor Maya oublié. Je leur jurai n'en avoir rien dit à Lilith. J'affirmai, avant même que l'on me pause la question, que je n'avais aucune idée concernant le lieu où se trouvait cet objet car je ne voulais pas compromettre Rafaele. Je n'avais pas dit toute la vérité mais je les avais informé de tout ce que je pouvais leur révéler.

L’inspecteur Morales du Fédéral sembla apprécier ma franchise. La situation le consternait grandement car cette histoire pourrait déstabiliser toute la région et c’était peut-être exactement ce que ces gens recherchaient. Il expliqua qu’il y avait encore des indigènes tout près d’ici qui avaient maintenu l’esprit de la rébellion maya du début du vingtième siècle qui étaient toujours hostiles et prêts à un soulèvement et à une nouvelle confrontation avec le gouvernement. Mexicain. Ils accusaient ce même gouvernement qui pourtant heureux d’exploiter pour des raisons touristiques les ruines Mayas, d'écraser les droits du peuple qui les avaient pourtant construites. Le culte de la croix parlante était encore pratiqué par plusieurs et l’idée d’un trésor d’Itzamna refaisant surface pourrais être interprété comme un signe que le temps était venu au Mayas de réclamer tout leur héritage, surtout en ces temps qui les rapprochaient de la fin de leur calendrier. Morales relata que les Mayas des villages de la croix parlante de Quintana Roo lui avait parlé en particulier de la prophétie d’une grande guerre qui impliquera les dieux eux-mêmes. Un Armageddon lorsque à la fin de cette création, un nouveau Roi et Magicien se réveillera à Chichen Itza et qu’il sera confronté à des milliers d’êtres d’une création passée et que le serpent à plume pétrifié reviendra à la vie et qu'il infligerait des ravages et la destruction sur les créatures de cette création. Cela me donna un nouveau frisson. Cette prophétie résonnait en moi. Tout ce qui m’était arrivé de plus bizarre avait commencé à Chichen Itza. 

Je compris très bien ce que l’inspecteur disait. Gustavo Morales ne m’était plus autant antipathique.

Ils m'offrirent un support psychologique ce que je déclinai en assurant que je n'allais pas trop mal malgré les évènements. Ils insistèrent car j'étais encore selon eu sous l'effet du choc; il me laissèrent le numéro et les coordonnés d'un psychologue si jamais j'en ressentais le besoin.

La majorité des détectives finirent par me quitter suivi par Callas qui me salua poliment à sa sortie.

Morales resta avec moi.

- Vous serez soulagé d'apprendre que vous n'êtes pas considéré officiellement un suspect dans ces deux meurtres mais que vous avez été jugé un témoin important. Je vous rappelle donc que vous devez nous aviser de tous vos déplacements.

Je lui répondis machinalement :

- Bien sûr !

En remettant son chapeau il me dit aigrement :

- Un conseil en partant : vous faites un très mauvais menteur. 

- J'ai dit la vérité ! rétorquais-je défensivement.

- Mais pas toute la vérité ! reprocha l'inspecteur. Je ne peux vous forcer à cracher vos précieux secrets mais j'espère qu'ils valent les deux vies qui ont été perdues ici. Retenir volontairement de l'information dans une telle situation est une offense criminelle passible de prison.

Je me laissai choir subitement empreint d’une crise d’angoisse. Morales avait raison dans ses propos dévastateurs car si ce n'eut été de moi jamais cette maudite Lilith et son frère ne serait venu ici. Je me rendais compte que deux personnes, deux innocents, étaient morts à cause de moi.

Morales savait que son accusation m'avait bouleversé. Il ajouta :

- Je crois que vous essayez de protéger une ou plusieurs vies, peut-être celle de cette femme que vous avez rencontré. Mais est-ce que ces vies valent plus que ces deux vies perdues ce soir, plus que celles des autres qui mourront aussi ? Vous savez comme moi que cette affaire ne peut qu'empirer.

J'étais silencieux, je ne savais que dire, quoi répliquer, car effectivement j'étais rongé par la culpabilité.

Il me relança froidement et bêtement :

-  Vous devriez rentrer chez vous dans votre pays avant qu'à votre tour quelqu'un vous retrouve la gorge tranchée !

Si il avait tenté de me faire peur, il avait lamentablement échoué. Je le regardai avec rage; ce Gustavo Morales m’était de nouveau antipathique. 

- Je n'ai pas peur de la mort Monsieur Morales ! Sachez que bien avant cet après-midi, je l'avais déjà vue droit dans les yeux ! Des gens comme Lilith et son frère tuent sans scrupule et discrimination tous ceux qui ont le malheur d'être sur le chemin menant à leur objectif. Ils seront encore plus à craindre si jamais ils atteignent leur but.  Par un concours de circonstances, je me retrouve sur leur chemin leur barrant la route. Les arrêter est votre job cher inspecteur !  Mon devoir est de faire tout ce qui est en mon pouvoir afin de les empêcher de réussir et de retrouver cette femme. Vous savez qu’autrement beaucoup d'autres vies seront perdues dans le chaos et la destruction qui suivrait. Ceci est TOUTE la vérité, Monsieur Morales !

Ma voix était calme, forte et convaincue. Je ne me serais jamais cru capable d'une telle répartie dans de telles circonstances. À m'écouter, je m'étais rassuré moi-même jusqu'à ce que j'aie réalisé l'engagement que je venais implicitement de prendre.

Sur ce, Morales haussa les épaules et prit enfin la porte sans dire un autre mot. Je m'étendit sur mon lit et restai sans bouger pendant de longues minutes avant d'émettre un long sanglot. Un psy aurait été effectivement une bonne idée; ma solitude me semblait lourde à assumer. Je songeai qu'avec mes hallucinations, il m’aurait sûrement prescrit un internement dans un asile.  J'éprouvais un grand besoin de parler à quelqu'un; ces morts me hantaient toujours. Je les connaissais à peine mais je savais que Jeanne et Richard avaient été de bonnes gens.

Je pensai à Rafaele qui devait venir me revoir à la fin de son quart travail. Je compris aussi que le jeune Maya devait lui aussi connaître la prophétie mentionnée par Morales; sa réaction au sujet de ma chute dans le pluie sacrée de Chichen Itza et de ma vision là-bas semblai l'indiquer. J’étais soudainement de nouveau angoissé : Lilith avait mentionnéRafaele lors de mon interrogation et je craignais qu'elle s'en prenne à lui maintenant. Je savais qu'il était quelque part dans le complexe hôtelier et que tant qu’il serait en public ni Lilith ou son frère ne tenterait de l'approcher alors qu’ils étaient activement recherchés par la police.

Je regardai mon réveil qui indiquait 7 heures 40. Il était déjà si tard ?

Icebergs. par Stronger than Dirt


Mexican Federal Police par So Cal Metro
PFP Impala par So Cal Metro
DSC_0317 par Dan Muntz
IMG_1640 par sensi1
Par A. Saint
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Dimanche 28 juin 2009 7 28 /06 /2009 18:29

Il était encore trop tôt pour aller aux ruines de Tulum. Rafaele s'habilla et me laissa car il devait se rapporter à l'hôtel et commencer à réunir les gens intéressé à visiter les ruines.Je devais donc patienter. Nous avions convenus de nous retrouver à ma chambre lorsqueRafaele aurait terminé son travail d'animateur.

 

Je me versai un café, pris mon sac à dos et mis le compas dans la pochette de ma ceinture de voyageur. J’allai à la plage ne pouvant simplement rester dans ma chambre et simplement attendre à rien faire. Je fixais tout simplement la ligne ou océan et ciel se découpent. Je pensai à Chibirias, au Vigil, à Rafaele et à Tulum et ma tête tournait. Je songeai aussi à Itzamna; tout semblait me ramener à lui. Même ce mystérieux shaman qui m'avait sauvé la vie semblait avoir une association avec ce dieu. Je désirais aussi retourner dans l'univers de Naum et y retrouver Chibirias ne serait-ce qu'en rêve.

Je vidai ma tasse, secouai le sable et commençai à me diriger vers le gymnase.

Rafaele y était déjà avec un petit groupe de résidents de l'Allure, certains d'entre eux arrivés tout récemment au Mexique comme le témoignait leur teint blême. Je les saluai tous.

Rafaele m’amena choisir une bicyclette. J’avais de l’eau, mon compas j’étais prêt et impatient de partir.

Il s’agissait que d’une distance d'une dizaine de kilomètres; une randonnée courte mais quand même difficile en raison de la chaleur ambiante même sous le soleil du matin.

Nous partîmes dans le quart d'heure suivant. A peine à un kilomètre de l'hôtel, Rafaele stoppa et nous montra nos premières ruines mayas de la journée. Directement sur le bord de l'autoroute se trouvait un monument ancien qui était dans un état remarquable. Plus profondément dans le boisé, des monticules de végétation et de pierre étaient visibles; il s'agissait de d'autres ruines attendant leur excavation. Rafaele expliqua que l’on retrouve ainsi des ruines jusque dans un rayon de sept kilomètre du centre de Tulum.   Ces vestiges constituaient une banlieue de Tulum et une portion du terrain que nous regardions était un cimetière d'après les explications de Rafaele. Il commenta que ces ruines essentiellement intouchées causaient un problème au gouvernement mexicain qui planifiait d'élargir son autoroute. Je songeai que malheureusement ce ne serait pas la première fois que l'on détruirait un trésor historique pour y faire passer un chemin. Nous recommençâmes à pédaler. Deux jeunes hommes commencèrent à sprinter semblant penser qu'ils étaient au tour de France. Rafaele me regarda. Je lui signalai que je m’en occupais et accélérai à mon tour. La randonnée dégénéra ainsi dans une course de vitesse. Rafaele cria, semblant vouloir nous donner une indication mais nos deux cyclistes ne faisait que redoubler d’efforts. Je fini par les rattraper alors qu'ils avaient dû s'arrêter à un feu rouge à un carrefour aux limites de la ville moderne Tulum. Je les retrouvai et leur pointai le groupe loin en arrière qui nous attendait devant le chemin des ruines que nous avion dépassé. Il s’agissait de deux jeunes collégiens italiens qui s’étaient engagés dans une compétition amicale. Ils rirent de bon cœur alors qu’ils reprirent la route en direction opposée, à une vitesse plus modérée. Je regardai mon compas : par rapport aux points cardinaux la position des symboles du disque avait changé, elle s'était presque inversée depuis que j'avais été au delà des ruines de Tulum. Tout en revenant en arrière, je vis la position relative des flèches associée au bacab changer pour maintenir leur orientation constante vers les ruines. C'était absolument remarquable. A l'entrée du site archéologique, le même bacab était irrésistiblement dirigé vers l'océan, vers un point très précis.

Je n'avais jamais vu un compas aussi stable. Je doutais aussi qu'il s'agisse de simple magnétisme. Pour affecter un compas d'une telle façon, cela prendrait un champ magnétique local d'une intensité incroyable qui ne pouvait pas provenir à ma connaissance d'aucun phénomène naturel. J'étais à la fois curieux et excité à l'idée de trouver l'origine de ce phénomène insolite; cela promettait d'être une découverte majeure. Je me demandai si en fait ce compas n'avait pas un rapport avec le flux associé au "San Cuxan", la corde vivante, intereliant les cités mayas sacrées. 

 

Je fus quelque peu désenchanté en constatant que l’endroit était fortement commercialisé, tout comme Chichén Itza. Il y avait un transport, un tracteur tirant des modules de passagers depuis le stationnement comme un petit train, un marché central complet avec ses souvenirs, artisans de métier ainsi que ses vendeurs de « fast food » et de breuvages hors prix.

 

 - Prêts à votre visite de Tulum ? demanda Rafaele.

 

Il y eu quelques "oui" timide de la part de l'audience; je hochai positivement la tête. Nous attachâmes et sécurisèrent les bicyclettes ensemble. Rafaele régla les 37 pesos demandés à l’entrée du site pour chacun de nous et nous le suivîmes sur le trottoir de pierre. Nous montâmes quelque marche en longeant une ancienne muraille et nous retrouvèrent à une intersection où était planté une large carte du site sur une pancarte. L’escalier continuait tout droit mais Rafaele nous invita à prendre le portail sur notre droite qui s’ouvrait dans le mur. À la sortie du court tunnel nous attendait une vue fantastique : j’apercevais un arrangement de structures complexes et parfaitement organisé, juché entre les bleus du ciel et de la mer. Le mystère du disque de Chibirias m’attendait dans ces ruines blanches noyées dans le soleil et exposées aux vents de la mer des Caraïbes. Malgré l’heure matinale, les ruines grouillaient déjà de touristes. Je me retranchai du groupe et me plaçai en arrière et jetai un coup d’œil discret sur mon compas qui indiquait les ruines sur le bord de l'océan.

 

Rafaele attendit patiemment que tous furent de nouveau regroupés commença à dire que chaque année plus de deux millions de touristes foulent le sol de Tulum. Il expliqua que le nom Tulum signifiait « mur » dans le langage maya du Yucatan, un nom qui lui a été attribué au début du vingtième siècle par les explorateurs qui redécouvrirent la ville complètement abandonnée. Ce nom provenait du mur de 3600 pieds de long qui entoure l'emplacement. Il montra la muraille tout autour de la ville à l’exception de son coté est ouvert à l’océan. Il pointa aussi les deux postes de surveillance du côté ouest. 

 

Rafaele continua en nous disant que quand les premiers espagnols avaient posés leurs yeux sur cet endroit pour la première fois en 1518, il considérèrent cet endroit aussi majestueux et grand que la citée de Séville dans leur pays natifs. Sans doutes les espagnols avaient exagérés dans leur soif d’El Dorado car Tulum n’as nullement la grandeur des grandes villes du monde occidental mais la ville me semblait effectivement magique ainsi perchée sur un falaise de quinze mètres au dessus de la plage avec le vent du large et le bruits des vagues qui se cassaient sur la berge. 

 

Lorsque John Lloyd Stephens a traversé la jungle en 1842 et retrouvé Tulum, il a réalisé que la ville qui avait été abandonnée pendant plusieurs centaines d'années. Il a aussi constaté que l'intérieur et l'extérieur des temples ont été couverts de belles peintures murales. À l'origine les temples étaient peints avec la peinture bleue, rouge, jaune et blanche lumineuse. De nos jours, bien que plusieurs des peintures murales aient été reproduites dans le passé peu d’entre elles restent encore évidentes.

 

La ville avait été très prospère avec un commerce maritime avec des canoës géants vers le dixième siècle qui s’étendait au centre du continent Mexicain via les rivières et les lacs, tout le long du Golfe du Mexique et aussi loin que le Honduras.

Tulum était plus ancien que le dixième siècle. Une stèle datée de 564 après Jésus Christ a été découverte dans la ville et il y avait évidence d'occupation trois cent ans avant Jésus Christ. Tulum est d’ailleurs le seul site maya construit ainsi directement sur la mer des caraïbes.

 

D’où nous étions, une structure imposante dominait le site plus que toute les autres, le Castillo, le château. Le disque pointait dans sa direction générale. Je voulais me diriger vers l’édifice mais Rafaele nous détourna pour me montrer une plateforme qui avait servie de fondation à une maison.

 

Rafaele nous mena ensuite vers la maison de Halach Uinic un bâtiment érigé sur une plateforme, remarquable par ses quatre colonnes. Il était facile d’imaginer qu’en ces lieux s’était dressé une résidence somptueuse il y a plusieurs siècles.

Notre groupe passa ensuite à une structure de plusieurs colonnes auquel il ne restait qu’une pièce encore couverte à l’arrière des ruines. L’architecture de l’endroit était étonnement sophistiqué et valait la peine d’être examinée. Sa structure était digne d’un petit palais moderne dont les quatre chambres avaient leur entrée principale face au sud.  On y trouvait encore les anneaux originaux qui avaient autrefois tenu les rideaux aux fenêtres. Six colonnes avaient par le passé soutenu le toit de la pièce principale. 

 

Le Templo de los Frescos (temple des Fresques) était sûrement un bâtiment d’une grande importance religieuse pour la ville. Chacun des coins de la façade du temple affichait le masque qui pouvait représenter Chac ou Itzamna.

Plus remarquable encore étaient les trois empreintes de main rouges, dont deux partiellement superposées près de l'entrée du temple des fresques. Ces mains étaient récurrentes dans les structures mayas que j'avais vues jusqu'ici. Elles me donnaient toujours le frisson en raison de la connexion avec ce guérisseur Inuit et me rappelait aussi ma mortalité.          

Ces marques étaient ici l'évidence physique d'une intervention divine. Tout comme l'aurais fait n'importe quel humain, Itzamna avait laissé sa marque pour indiquer à tous qu'il avait été ici.  C'est ce que je crû un instant exposé au ardent soleil et à la brise océanique entouré par des touristes tout de sueurs tout    aussi intrigués par ces empreintes. Je croyais au mythe. Ces mains : leur seule vue m'immergeait complètement dans l'univers mystique maya, me donnant le vertige en me connectant instantanément dans leur lointain passé. Les empreintes étaient très hautes suggérant que l'être qui les avait posées avait une grandeur surnaturelle. C'est l'impression que j'avais eu aussi en gravant les pas de marches démesurés des temple et pyramides Mayas. Peut-être que le soleil me tapait trop fort, en y repensant logiquement je repensai que ces empreintes avaient été faites sans doute par un être humain normal utilisant une simple échelle, un prêtre voulant marquer ces lieux comme sacrés. Peut-être s'agissait-il aussi du symbole d'une élite cupide et corrompue tentant de manipuler leur congrégation et les masses à leur fournir par leur voeux pieux le jade et autres biens précieux et des volontaires pour leurs sacrifices humains. Après tout, est-ce que la religion Maya était exempte du cynisme de nos grandes organisations religieuses modernes ? La nature humaine étant ce quelle était, je ne pouvais pas m'empêcher de le douter. Je ne connaissais que peu de chose sur les Mayas, mais j'étais certain d'une chose : la religion était le coeur et l'âme de leur civilisation. Encore aujourd’hui les mayas que j'avais rencontrés comme Rafaele étaient profondément superstitieux et pratiquaient encore d'anciens rites religieux.

Ici, je me sentais, je ne sais comment le dire moi aussi profondément connecté à tout cela.J'avais également de nouveau cette curieuse certitude, celle d'être au bon endroit au bon moment.

 

Dans ce temple se trouvaient originellement plusieurs sculptures et peintures pour la plus part endommagées ou complètement effacées par les éléments. L’intérieur du bâtiment n’était malheureusement pas accessible. Rafaele nous décrit que les murailles en partie reconstituées de ce temple dépeignent les dieux mayas ainsi que des symboles de la fertilité de la nature, la pluie, le maïs et les poissons. Il mentionna en particulier une façade peinte en bleue et vert sur un fond noir incluant Chac et déesse Ixchel célébrant des rites dans des décorations florales. J'aurais vraiment aimé avoir vu cette image.

Il y avait aussi au dessus de la porte du temple une figure humaine avec la tête baissée, en signe de révérence peut-être. Pendant que le groupe alla de l’autre côté de la ruelle visiter les ruines de la Maison de Chultun, je pouvais observer encore librement les masques représentant le masque d’un vieux dieu au nez crochu et menton proéminent découpés dans la pierre sur les coins de la galerie. Ils étaient absolument magnifiques. Je consultai mon compas: son disque était plus stable que jamais. Je me rapprochais donc de la source qui l'influençait.

 

Nous suivîmes ensuite un petit sentier longeant le mur sud qui montait vers le large.

Nous y avons vu ce qui restait du Temple de la mer. Le temple avait son gardien, un gigantesque iguane qui régnait suprême dans les ruines de Tulum et qui fit le bonheur des photographes. Nous poursuivîmes en suivant un sentier surplombant la mer des Caraïbes sur le bord d’une falaise.

 

La visite procéda vers le Castillo, le château. J’étais presque au but, je le sentais. Ce château a été construit en plusieurs étapes, à différentes époques sur le bord de la falaise. Hormis son rôle de temple, cette structure avait dû servir de balise ou de phare. Il consistait en une partie centrale ainsi que de deux parties plus veilles consistant en deux plateformes supportant deux galeries avec des toits plats que l’on pouvait rejoindre par un escalier central. Je remarquai des colonnes serpentines dont la tête du serpent servait de base au sol et dont la queue dirigée en l’air et les motifs de serpents à plume qui ne manquait pas de me rappeler Chichén Itza. Nous avons monté à une petite galerie, sur laquelle était centrée un autel, avant de grimper le large escalier jusqu au dessus du château lui-même. Au sommet du la structure nous attendait une vue à couper le souffle dans toutes les directions.

De l'observatoire, je remarquais trois petits autels pour les offrandes un coin au Nord-ouest.  Un de ces autels était garni par des offrandes de fleurs et de fruits.

 

J’étais nerveux et impatient, je laissai mon compas me guider vers une petite structure.Rafaele me suivait derrière. J’émis un juron, l’entrée de cette structure était fermée au public. Rafaele nous présenta  le Templo de Las Series Iniciales (temple de la série initiale) un nom donné à ce temple en raison d’un stèle qui y a été trouvée dont la date était 564 selon son épithète gravée dessus. La stèle originale qui avait value le nom à la structure reposait maintenant dans British Museum, à Londres. Tout récemment, une seconde stèle avait été retrouvée et avait été placé dans ce temple. Peu de chose était connu de cette stèle sauf que les experts présumaient qu’elle avait été vraisemblablement amenée à Tulum d’une autre location. Je vis le compas s’agiter à mon approche de ce temple, le disque oscillait. Quelque chose dans ce temple le faisait réagir. J’avais l’impulsion d’y forcer mon entrée. Mais avec Rafaele et tous ces gens aux alentour cela ne serait pas téméraire mais stupide. Dans ce temple se trouvait la clé du mystère du disque de Chibirias mais il faudra attendre plus tard pour le résoudre.

 

Je planifiais déjà de revenir au courant de la nuit avec Rafaele lorsque le site sera fermé et avec de la chance, déserté.

Je sursautai au son de la voix féminine anglophone subitement tout juste à côté de moi.

Je relevai la tête.

- Lilith ! Je ne t'avais pas vu ! Tu fais parti du groupe ?

- Non, je ne suis pas, comment dire, assez une lève-tôt pour cela. J'ai décidé de venir voir les ruines par moi-même et j'ai pris un taxi. Elle ajouta, curieuse :

- Que faisais-tu ? Cet endroit semble t’intriguer ?

La dernière chose que je voulais étais d'attirer ainsi de l'attention sur moi.

Je repoussai le compas plus profondément d    ans ma poche et sorti ma caméra.

J’improvisai :

- Je changeais les piles de ma caméra digitale. Elles étaient à plat après une heure. Cette chose mange les batteries à un rythme fou !

Je souriais gauchement comme un imbécile.

Lilith restait impassible. Je tentai une autre approche :

- Le point de vue ici est d'une beauté extraordinaire, je voulais m'en faire un souvenir. Tant qu’à y être, accepterais-tu d’être sur la photo ?

Elle se prêta à l'exercice avec le plus grand des plaisirs en imitant les poses de divas top modèles. Elle n’était vraiment pas modeste cette Lilith. Je la photographiai avec les ruines du Castillo et de l'océan comme arrière-scène.

 

Je l’invitai ensuite à se joindre au groupe alors qu'il procédait à gauche vers le Templo del Dios Descendente, le temple du dieu descendant. L’effigie de ce dieu inconnu se retrouvait au dessus de la porte de son temple. J’avais d’ailleurs observé la même effigie sur d’autres structures de Tulum.

Il s’agissait d’un être humanoïde ailé, inversé; j’avais tout d’abord l’impression de me retrouver devant l’illustration d’un ange Maya. En regardant de près la position des jambes et ses mains jointes, la tête par le bas, je n’y voyais rien d’autre de quelqu’un qui plongeait. Il était pour moi compréhensible que même un dieu ne pouvait pas résister à l’appel des eaux de saphirs des Caraïbes plus bas.   Je regardais le dieu encore une fois en pensant à tout ce que Rafaele avait dit d’Itzamna. Je regardai discrètement mon compas pendant que Lilith regardais ailleurs. Cette structure était à l’opposé de celle qu’indiquait le bacab du disque. Un seul escalier pénétrait dans le temple qui ne possédait que deux bancs sur les cotés et une petite fenêtre sur le mur arrière.

 

Le temple possédait selon les descriptions de Rafale une muraille peinte en bon état montrant différentes divinités faisant des offrandes dans un ensemble représentant le ciel de la nuit, vénus, le soleil combinés à des serpents entrelacés. D’autres murailles originales étaient abîmées mais on pouvait encore distinguer les pigments de couleur originaux. Je présumais que ces murs devaient avoir représenté d’autres scènes impliquant des divinités.

 

La visite se poursuivie à la maison du cenote et Rafaele nous emmena finalement  au temple du vent qui m’éloignait encore plus du point aligné avec le compas. La voix deRafaele était éprouvée. Parler de cet endroit lui était difficile et je savais pourquoi. Je le regardai avec empathie. Il m’avait remarqué. Ce monument se trouve érigé sur une plateforme circulaire, elle-même construite sur une élévation naturelle de la falaise de Tulum. Il était supposé que ce temple était dédié possiblement au dieu Chac, celui qui amenait la pluie, Itzamna le roi du ciel ou Kulkucan le dieu du vent.

 

Rafaele conclut son exposé en annonçant qu’un projet important venait d'être lancé pour embellir et restaurer Tulum et qu’il y était lui-même personnellement impliqué. Il nous invita ensuite à descendre à la plage et aller se rafraîchir dans l'océan.

J’ouvrai grandement la main et offrit de serrer celle de Rafaele en le remerciant de cette excellente visite. J'en profitai pour lui refiler ainsi le compas hors de la vue de tous.

- Vous êtes bienvenue Monsieur Michel! répondu formellement mon complice.

 

Je devinai qu'il était intensément curieux de ce que j'avais découvert ici.

J'aurais voulu ajouter un commentaire mais je jugeai plus sage de ne rien dire. Lilith me talonnait de près. J'empruntai les escaliers et descendit à la plage. Je marchai dans le sable chaud et déposai par terre mon sac à dos. Deux maîtres nageurs maintenaient la garde. C'était ici que les Mayas d'autrefois amarraient leurs embarcations pour charger et décharger leurs marchandises avant de repartir vers d'autres eaux et territoires lointains.

Un pélican approcha avec ses ailes déployées rasant les eaux sans effort avant de reprendre de l'altitude.  J'enlevai mes vêtements et seulement vêtu de mon speedo, je me lançai dans l'océan. Lilith m'imita et vint me joindre. Je nageai avec elle ce qui sembla lui faire plaisir. Mes deux jeunes italiens s'arrosaient mutuellement et luttaient dans l'eau. Les surveillants sifflèrent pour calmer leurs ardeurs.  Je croisai le regard de Rafaele qui m'observait songeur depuis la plateforme de l'escalier.  Après la baignade notre guide nous attendait avec une boisson glacée pour chacun d’entre nous et ainsi tous rafraîchis, nous enfourchâmes nos vélos et reprirent la direction de l'hôtel. Lilith pour sa avait prévu d'emprunter un taxi pour rentrer mais Rafaele lui avait déjà gracieusement organisé un transport pour retourner à l'hôtel. Nous croisâmes un petit groupe de touriste fraîchement débarqué de leur autobus et qui commençait leur visite.  Leur guide salua Rafaele qui lui rendit le geste tout en souriant chaleureusement. Je n'avais aucun doute que ces gens ressortaient tous absolument émerveillé de ce lieu enchanteur.

Lilith arriva bien avant nous à l'Allure. Elle nous attendait tout près du gymnase ou en fait, plus précisément à vrai dire, c'était moi qu'elle attendait. Je rangeai mon vélo et saluai tout le monde avant de partir.

           

J'accompagnai Lilith jusqu'à sa chambre qui était sur le chemin de la mienne. Elle m'invita à y rentrer.   À ce moment, une femme de chambre l'interpella en lui demandant gentiment si elle avait besoin de service. Elle répondit sèchement "NON" avec une grande irritation ce qui me surprit complètement.  Je remarquai le carton "PLEASE DO NOT DISTURB" accroché à la poignée de la porte d'entrée de sa chambre. Je déclinai poliment son invitation en prétextant que nous étions pour nous revoir de toute façon aux abords de la piscine pour un verre ou deux. Je vis de nouveau son air aimable et composé s'effacer et se remplacer par un masque hideux de frustration.

Cela me confirma l'impression qu j'avais d'elle depuis que je l'avais rencontré pour la première fois : cette femme était bizarre, très bizarre.


Early morning in Tulum par Tony Cyphert
Mexico first morning par KiBe the Walrus

 

Par A. Saint
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Dimanche 28 juin 2009 7 28 /06 /2009 17:50

Je me réveillai en sursaut. Je m'étais assoupi. Je regardai ma montre. Elle indiquait quatre heures trente.Rafaele dormais paisiblement étendu sur mes genoux. Je commençai à bouger doucement mes membres ankylosés pour les réveiller. Je secouai le jeune maya :

- Je crois que nous devrions tenter sortir et s'assurer que nous sommes sauf.

Rafaele approuva dans un grand bâillement. Je percevais qu'il s'étirait tout près de moi.

J'appréhendais de retourner dans l'eau froide, surtout que j'étais enfin complètement séché et que le contact avec le corps de Rafaele m’avait gardé au chaud.

- Je vais aller voir si tout est correct et revenir!, annonça Rafaele.

Son idée ne me plaisait pas. Je lui répliquai fermement :

- Ensemble, tous les deux ou pas du tout !

- D’accord ! répondit Rafaele quelque peu amusé. Il devait se rappeler d'avoir  utilisé les mêmes mots lorsqu'il avait refusé que l'on sépare dans le temple.

Nous regagnâmes le petit tunnel à contre-courant pour nous retrouver à ciel découvert dans le cenote. Nous écoutions attentivement : pas un seul bruit, pas la seule évidence d'une occupation quelconque. Nous restâmes ainsi jusqu'à ce que le firmament noir prenne une teinte bleue foncée qui s'éclaircissait doucement minute par minute.

Les oiseaux chantaient, la jungle s'éveillait doucement avec l'aurore qui s'annonçait. C'était le signal que Rafaele semblait attendre. La nature en haut était en paix et nul intrus ne semblait la perturber.

J'aidai Rafaele à commencer son ascension. Il sortit prudemment la tête du puit et regarda tout autour et me signala que tout lui semblait correct. Je commençai mon escalade. Les surfaces calcaires étaient glissantes lorsqu’elles étaient mouillées mais les irrégularités de la façade offraient de nombreuses prises pour les mains et de support pour les pieds rendant la montée facile.

Il n’y avait évidence de personne, aucun corps; c’était comme si rien ne s’était passé. Je fus inquiet pour le Vigil. Je me rassurai en raisonnant qu'un guerrier aussi accomplis avait sûrement lui aussi échappé aux griffes de l'ennemi. Nous regagnâmes le temple. Tout y avait été profané. Je vis Rafaele aux larmes devant son couvre-chef de guépard qui avait été saccagé et réduit en pièce. Par contre, le jeune Maya retrouva son bâton cérémoniel intact ce qui le consola quelque peu. Nous ramassâmes tout ce qui traînait et regagnâmes le stationnement dans le clair-obscur.

C’était désespérant et attristant de voir la jeep vandalisée, ses pneus éventrés et son contenu répandu partout par terre. Rafaele était là, il avait les bras baissé et ne dit rien. Je le sentais dévasté. Je devinais que cette Jeep et ces objets mayas devaient être en grande part ce qu’il possédait de plus précieux.

Je m’approchai de lui et mis mes mains sur ses épaules et tentai de le réconforter.

- Ce ne sont que des choses et les choses se remplacent!

Je sais que c’était une réplique stéréotypée, mais c’étaient les seules paroles auxquelles je pouvais penser.

Il étouffa un sanglot :

- C’est tout ce qui me restait de lui, mon seul héritage de lui.

- Dans ce cas, il faut tout réparer. Fais remorquer ta jeep à un garage, fait-la remettre complètement à neuf. Ne te préoccupe pas des dépenses, je les assumerai.

- Bien non, tu ne peux pas faire cela ! refusa Rafaele abasourdi.

- Mais oui je peux ! rétorquai-je gravement. Je suis responsable tout ce qui t’es arrivé. Je comprendrais aussi que tu veuille abandonner.

Rafaele assura  :

- Absolument pas. Je n’ai pas peur. Je pense que c’est mon devoir, je dois l’assumer. C’est quelque chose que Papah à chercher me dire lorsque je l’ai vu pour une dernière fois.

Il pausa pour éclaircir sa gorge avant d’ajouter :

- Enfin, je veux aussi savoir où tout cela va nous amener.

- Nous ? Tu nous considères maintenant enfin associés ?

- C’est bien ce que je viens de dire.

Je lui serrai la main.

Je pensais qu’une bonne chose est donc venue de tout ce gâchis et quelque chose en moi disais que j’avais raison.

- Parfait dans ce cas laisse-moi m’occuper de ton véhicule. Nous retournerons à l’Allure et de là . . .

 - Oh non !  Le jeune Maya blêmit presque. Quelque chose de nouveau le troublait. 

- Quoi ? lui demandais-je préoccupé.

- L’ALLURE! Je travaille ce matin; je ne peux pas me présenter comme cela.

En effet, tout ce qu'il portait n'était qu'un pagne de coton.

J’étais amusé devant le comique de la situation. Après cette nuit, c'était maintenant tout ce qui le préoccupait; je ne le savais pas aussi fier. Je le rassurai:

- Mais non ce n’est rien ! Nous allons rentrer discrètement, tu prendra une douche et te changeras dans ma chambre.

- Discrètement ? répliqua Rafaele tout en s'exhibant.

Je devais admettre qu'il avait un point.  

Je parcouru tout ce qui restait, il n'y avait rien pour aider notre situation.

J'enlevai mes sandales, retirai mon short kaki encore humide que je tendis à Rafaele.

- Que fais-tu ?  demanda Rafaele exaspéré et gêné.

- Tu as raison ! Tu ne peux te promener ainsi. Je t’habille ! En tant que touriste personne ne jettera un second coup d'oeil sur moi !

Après un moment d'embarras, Rafaele finit par mettre mon short. Cela était ample mais lui allait quand même assez bien; du moins, il n'avait aucune raison d'être embarassé de quoi que ce soit.

De mon côté, j'avais conservé ma camisole qui était tombante et pour le reste c'était tout comme si j'étais en costume de bain; du moins c'est je que j'essayais de me faire croire alors que je savais trop bien qu'un slip reste un slip.

Nous empruntâmes un taxi qui passait et à la suggestion de Rafaele avons fait une entrée discrète au complexe hôtelier en empruntant la plage. L'horizon est était illuminé, attendant que le soleil fasse son apparition. Fort heureusement, l’Allure était encore endormie et ma chambre était toute proche. Nous empressâmes de pénétrer à l'intérieur. J'invitai Rafale à prendre sa douche et d’utiliser sans gêne tout ce dont il avait besoin. Je le laissai à la salle de bain et en profitai pour commander un déjeuner copieux pour deux. Je ne savais pas pourRafaele mais moi j'avais très faim.

Je lui sélectionnai quelques vêtements propres dans mes affaires, des choses qui étaient trop juste pour moi de toute façon.

Rafaele m'avais confié le compas maya de Chibirias. C'était bon de retrouver l'artefact ancien de nouveau entre mes mains. J'admirais l'item qui demeurait plus mystérieux que jamais. Ce disque devais me guider vers une mystérieuse citée perdue, mais comment ? C'est vrai qu'il s'agissait d'un compas, mais un compas sans carte n'était pas très utile, à moins que la carte soit sur le disque.  J'étais certain que la clé de l'énigme était dans ces écritures mayas. J'avais la malheureuse impression que Rafaele ne me disait pas tout ce qu'il savait et qu'il retenait des informations. Je lui faisais tout de même confiance; il me révèlera ses secrets en temps voulu.

J'eu l'idée d'improviser un compas fonctionnel en utilisant le petit pot de verre d'une des pommades de Dominique que je remplis d'eau. Le disque flotta, se réorienta et se stabilisa comme je l'avais vu faire auparavant. Sauf que je remarquai cette fois quelque chose de particulier, un détail qui m’avait échappé jusque là. Je sortis sur mon balcon pour vérifier.

L'astre du jour commençait à se pointer au-delà de l'horizon sur ma droite. Aucune des grandes flèches du disque flottant ne pointait vers lui. En fait, aucune des branches de ce compas ne pointait vers l'est. Un des symboles correspondant aux baccabs pointait exactement à une péninsule au sud et je savais ce qui s’y trouvait.

Rafaele sortait de la salle de bain avec une serviette à la taille. Je remarquai pour la première fois la croix tatouée sur son bras gauche au niveau de la manche; une croix qui n'était ni chrétienne ou celtique, une croix Maya dans un style différent de celui du compas.

Je lui demandai :

- Tu fais ta visite guidée de Tulum ce matin ?

- Oui à neuf heures comme d'habitude. Pourquoi ?

Je lui montrai le soleil levé, le compas. Je lui montrai le bacab et pointai dans sa direction, tout droit sur les ruines de Tulum. Il compris immédiatement.

Les yeux de Rafaele s'écarquillèrent, incrédule. Il ne pouvait le cacher, cette révélation était pour lui fondamentale.

Le déjeuner arriva. Tout en brisant la croûte, Rafaele raconta avec enthousiasme que Tulum est un des sites les plus sacrée pour les mayas.

Les vraies origines, la nature et l'antiquité de Tulum demeurent enveloppées dans le mystère. La fondation originale de Tulum remontait à au moins trois cent ans avant Jésus Christ. Les mayas croyaient que Tulum a été relié à Cobá, Uxmal, Chichen Itza et avec d’autres cités Mayas par une route céleste appelée « san cuxan » c'est-à-dire « corde vivante ».

Aujourd'hui, en raison de la nature sacrée de l'emplacement au Mayas, il n'y a aucune nouvelle excavation permise sur le site bien qu'une découverte accidentelle y ait été faite l'été dernier. 

Rafaele me confia que Papah y avait dédié toute sa vie. Comme d'autres Mayas qui sont de plus en plus rare il s'y adonnait à différentes cérémonies et prières. Je compris que Tulum était comme les autres sites Mayas que j'avais visités; il ne s'agissait pas d'une ville d'habitants mais d'un grand complexe religieux. 

D'après ce que Rafaele racontait, Tulum semblait avoir été établie pour honorer le grand Dieu descendant et pour servir de centre de formation d'instruction à la croyance et au culte de ce Dieu. Il y avait des évidences pour suggérer que le Dieu descendant puisse être associé à, ou soit le Dieu Itzamna lui-même.

 

Par exemple, Rafaele cita un l'historien du XVIIème siècle nommé Lizana qui avait écrit : « le roi ou le faux Dieu Itzamna, a été représenté par les Indiens sous forme de main et ils disent que les malades et les morts lui ont été apportés et que Dieu les a guéris en les touchant avec sa main. ». 

Rafaele avait eu la chance d’avoir vu par lui-même des fresques associées au culte divin dans le temple des inscriptions. Il lui était clair que si Dieu descendant est Itzamna, le complexe de temple a été employé pour instruire que ce dieu était le dieu de tous les dieux et de l'être suprême de la création.

 

Tulum est toujours resté au coeur du monde maya selon Rafaele. Tulum avait été le dernier avant-poste Maya du Yucatan. Les Mayas l'avaient cédé à contrecœur au gouvernement mexicain en 1935. La ville avait été aussi occupé par les dirigeants du rébellion maya de la guerre des Castes et du culte de la "Croix parlante" vers la fin du dix-neuvième et le début du vingtième siècle. Je me rappelais que Rafaele avait brièvement mentionné cette guerre lors de notre voyage à Cobá.

 

 

Cenote opening par jamalistics

 

Shift Knob par goodjordan

 

early morning par staciek
sunrise par staciek
HPIM2302 par stludwig
Par A. Saint
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Dimanche 28 juin 2009 7 28 /06 /2009 04:34

Je fermai mes yeux, ajoutant ma propre prière silencieuse pour Ishell. J'implorai tout les dieux mentionnés par Rafaele afin qu'elle soit saine et sauve.

"Ishell, où que tu sois, je pense toujours à toi!"

 

J'ouvrai les yeux. Pour moi, ce fut soudainement comme si tout se volatilisa, l’univers entier s’effaça. Il n'y avait plus de Rafaele, de temple, de terre ou de ciel; il n'y avait que cette étrange brume argentée éclairée de lumières chromatiques blafardes et lointaines.

Je n'avais aucun repère dans cet endroit bizarre; je ne me sentais nul part et ailleurs comme dans un rêve réveillé. Curieusement je n'étais pas effrayé. La sensation me rappelait mon expérience de Chichen Itza. Je ne me préoccupai pas plus de ce qui m'arrivais; je ne sais comment l'expliquer mais je sentais Ishell tout près. Elle souffrait, non pas que j'entendais ses plaintes mais je ressentais chacune de ses douleurs me transpercer le coeur.         

Je l'aperçu dans la distance recroquevillée; elle semblait entourée d'énormes vautours d'ombre, l'encerclant et la tourmentant. Un grand chien noir était devant elle, tel un gardien tentant de repousser les attaques des rapaces. Les vaillants efforts de la bête étaient vains, ce trio de monstres étant trop rapide et vicieux pour qu'à elle seule elle réussisse à les arrêter. Je pensai à me rapprocher et instantanément je me trouvai amené à elle.

Je fut horrifié de réaliser que les horreurs qui agressaient Ishell avaient des têtes et des poitrines humaines difformes greffées sur des corps de rapaces géantes. Deux de ces monstres étaient féminin, un était masculin.

J'appelai Ishell et criai de toutes mes forces; elle ne réagit pas. Par contre le chien me fixa aussitôt.

Il me voyait ! Ce qui voulait dire que je devais avoir aussi attiré l'attention de ces chimères hideuses. Ils ne tardèrent pas à réagir et planèrent vers moi. J'étais sans défense et à découvert, il n'y avait  aucun endroit où se cacher en ces lieux étranges.

A son passage, une de ces créatures m'écorcha mes bras qui couvraient ma tête avec ses griffes tranchantes d'obsidienne. J'évitai de justesse le coup de massue de l'autre démon, un coup d'une telle force qu'il aurait pu me fracasser le crâne. De ces créatures émanait un horrible ricanement. La troisième de ces créatures tentait d'agresser Ishell armée d'un fouet, mais le chien bloqua ses attaques en utilisant son propre corps comme bouclier pour la protéger. Ishell ne montrais aucune réaction, elle me semblait absente, complètement rabattue, déconnectée de l'enfer qui l'entourait. J'étais désespéré, tout ce  que je désirais était de la prendre dans mes bras et de la protéger contre ces monstres sadiques. Les harpies me revenaient pour un second assaut. Ma douleur et mes blessures sanglantes démontraient que ceci n'était pas une simple hallucination induite par le rituel. Pourtant ici rien ne pouvait être réel, tout ceci ne pouvait qu'être généré par mon esprit. J'étais de corps toujours avec Rafaele dans le temple de Xel-Ha, c'était ce qui était la réalité. Si j'avais raison, je devais être capable d'influencer cette vision de la même façon que l'on peut parfois consciemment influencer un rêve. J'avais survécu à un ours polaire, je n’étais pas pour me laisser abattre par d'affreux moineaux.

 

Je me forçai à me concentrer. Je devais me défendre, j'avais besoin d'une arme.

Rien ne se produit.

Je refusai de paniquer. Je priai les dieux mayas cette fois de m'aider. Je me forçai à relaxer, à oublier les harpies qui venaient. J'essayai de visualiser une arme contre elles. Toute mes pensées, ma volonté et mon énergie étaient concentrées sur l'évocation de cette arme.

Je trouvai devant moi une épée de métal bleue plantée au sol comme une croix.  J'étais déçu: j'aurais préféré une arme automatique ou même un bazooka dans les circonstances.

 

Je saisi l'épée, elle était légère, bien équilibrée.  Elle me sembla immédiatement une extension naturelle de mon bras. Sa fine lame de métal bleu était bien effilée et faisait plus d'un mètre. Son pommeau se terminait par un grand oiseau évoquant un grand phénix.  J'avais l'impression de connaître déjà cette épée mais je ne me rappelais pas d'où et comment. Peu importe, les harpies étaient à portée.

 

Je manquai la première d'entre elle mais mon épée réussit à la maintenir en respect. Elle tentait de me distraire et me faire oublier mon autre assaillant, mis je n'était pas dupe et j'était prêt lorsqu'il fondit sur moi. Je pivotai et l'épée frappa.  Je tranchai son bras qui tenait la masse. Ensuite, d'un second coup la lame le coupa profondément, sans aucune résistance, du menton au bassin. Il s'écrasa dans une flaque grandissante de liquide noir visqueux et nauséabond. L'autre monstre attaqua de façon désespérée à  la vue de son complice mort.  Elle rencontra ma lame. D'un geste vif, je la sectionnai complètement en deux parties, de la tête au bout de ses pattes. Finalement, je réalisai que cette épée faisait une arme plus que convenable.

Je m'avançai vers le dernier monstre qui restait. Elle grimaça en m'attaquant avec son fouet. Elle réussit à me frapper. La morsure du fouet était impitoyable et la brûlure persistait longtemps comme si il avait été enduit d'un acide. Elle claqua son fouet de nouveau. Je saisis le fin cordon de cuir au passage et tirai avec force dessus et lui arrachai le fouet de ses mains. Elle chargea sur moi, je redressai mon arme. Dans son élan, elle s'empala sur ma lame. Je lui retirai mon épée de ses entrailles et l'achevai en lui tranchant sa tête qui roula vers des serpents qui jaillissaient par-delà le rideau de brumes. Ils étaient partout; j’étais entouré de serpents, des serpents hideux aux grands yeux noirs et globuleux, des serpents avec le visage difforme des Wayobs. Certains d'entre eux étaient énormes, d'autres larvaires. Ils étaient une légion; ils étaient trop nombreux pour que je puisse me défendre. Je n'abandonnai pas pour autant; je me rapprochai d'Ishell, mon épée levée prêt à la défendre jusqu'au bout. Mon épée avait été remarquable jusqu'ici. Dans un éclair de compréhension, je la reconnue enfin. Ce n'était pas une épée mais une croix, la même que sur le disque qu'Ishell m'avait laissée; la croix que Rafaele avait associé à l'arbre de vie.

Les choses ici pouvaient être des représentations symboliques comme dans un rêve. Lors de cette réalisation, treize symboles se révélèrent sur mon épée qui se mit à pulser d'une lumière bleue de plus en plus vive. Je remarquai que les serpents-Waylobs hésitaient, ils avaient stoppés leur avance. Je plantai l'épée devant moi qui explosa dans une grande étoile bleutée éblouissante. Je vis la lumière déchirer les démons d'ombres, les réduisant tous au néant. Il ne restait rien des Wayobs. Le voile de brume s'estompa révélant un magnifique cosmos constellé d'une infinité d'astres brillants. Ishell et moi reposions sur un chemin de lumière formé d'étoiles microscopiques. La paix était revenue dans cette dimension étrange. Je voulais joindre Ishell mais avant je devais passer son gardien. Je m'avançai doucement les mains ouvertes devant le puissant canin. Il me fixait intensément semblant m'évaluer. Je m'arrêtai tout près et m'abaissai. La bête vint à moi et me sentit et apparemment satisfaite, disparue à ma plus grande surprise. Elle s’était volatilisée devant moi!

Je m'empressai de rejoindre Ishell. Elle ne réagissait toujours pas. Elle était blessée. Elle avait des ecchymoses et des plaies ouvertes partout sur son corps; ils l'avaient battue et torturée. Cela me révolta, mais je me calmai, je devais avant tout prendre soin d'elle. Je la pris doucement dans mes bras, je la serrai contre moi tentant de la réconforter avec toute la tendresse dont j'étais capable. Je réalisai alors à quel point j'étais en amour avec cette femme: je ferais tout pour elle, je sacrifierais ma vie afin d'assurer la sienne. Je lui donnerai toute ma force et ma santé si cela pouvait la guérir. Je pleurais, elle restait catatonique malgré mes soins et ma présence. Je sentais mes larmes ruisseler sur mes joues. Je pris ses mains froides inanimées et les amenai sur mon visage. Elles se mouillèrent avec mes pleurs. Quelque chose de merveilleux se produisit alors: les plaies causées par le fouet de la harpie se refermèrent, sa peau se répara et les meurtrissures sur son beau visage s'effacèrent. Ishell ouvra les yeux enfin. Elle était terrorisée.

- Non par pitié plus de déception, je n'ai plus la force. . .

Je posai mes lèvres sur les tiennes et l'embrassait. Son expression changea du désespoir, à la surprise et à la joie.

 

- C'est toi, vraiment toi! gloussa-t-elle. Par Alagom Maon, la mère de l'esprit, cela impossible!

Je lui souris.

-C'est bien moi, je t'ai retrouvé enfin!

- Par quel prodige? Tu m’as guérie. Comment est-ce possible?

Je ne dis rien: j'en avais pas la moindre idée.

Je lui demandai:

-Dis-moi quel est cet endroit? Où sommes-nous? Ces choses qui t'attaquaient qu'étaient-elles?

Elle se releva.

- Nous somme dans le monde de Naum, où subsistent l'esprit et la      conscience. Je m'étais réfugiée ici  pendant qu'ils me questionnaient dans ton monde mais ils m'ont retrouvée et piégée. Ils ont tout fait pour me faire parler mais nulle parole ou même pensée de ma part ne leur a révélé quoi que ce soit. Ces choses, comme-tu les appelais, étaient des Tecumbalams et Camulatzes. Tu les as détruits mais je ne comprends pas comment.

Elle me regarda dans les yeux.

— Tu n’es pas un homme ordinaire pour avoir fait tout cela!

Je suis bien ordinaire, lui assurais-je. Je la pressai :

— Maintenant, reviens avec moi!

— Tu ne comprends vraiment pas, je ne suis ici qu'en pensée tout comme toi. Nous sommes dans un songe partagé! expliqua Ishell.

Mais ne soit pas inquiet pour moi, tu m'a guérie, tu m'as donné ta force et je les défierai et leur résisterai plus forte que jamais jusqu'à la mort!

Ce qu'elle disait me choqua au plus au point.

-Non, tu ne peux pas mourir!

Je la saisie par les épaules et lui assurai:

- Ecoutes-moi, où que tu sois, je te retrouverai et te sauverai tout comme je l'ai fait ici!

 

- Tu ne le dois pas! répliqua fermement la jeune femme. Je ne doute pas que tu en sois capable, mais la tâche qui reste à accomplir est plus importante que tout, que toi et moi! Tu dois le faire pour qu’un nouveau soleil brille sur les tiens et les miens et qu'il y ait un avenir pour nous tous!  Jures-moi que tu le feras, autrement nous aurons tous soufferts ef tout sacrifié pour rien et tout sera perdu!

 

Jure-le-moi! insista-t-elle.

 

Il m'était clair que pour Ishell sa mission était cruciale et d'une importance fondamentale. Après tout ce que j'avais vécu, je ne pouvais douter qu'il s'agissait de quelque chose de primordial. Je partageais sa passion, son angoisse tout comme notre première rencontre. Je la sentie soulagée lorsque je lui répondit à contrecœur:

- Je te le jure!

J'ajoutai avec résolution:

- Mais je ne t'abandonnerai jamais non plus!

- Je le sais! souffla t’elle.

Ishell ajouta:

- Tu pourras compter sur Ah Hulneb, mon Vigil qui sera aussi désormais le tien! Si il hésite, tu lui diras que Chibirias, son Akna lui a demandé!

- Ton nom est Chibirias, ce n'est pas Ishell?

(J'aurais vraiment voulu lui demander aussi ce qu'était un "Akna", mais je n'osai pas)

Elle se nomma solennellement:

-Oui, je suis Chibirias, de la lignée de Ix Chel.

Je me sentais si humble devant elle. J'en perdais presque tous mes moyens tellement elle me faisais de l'effet même ici dans un rêve. Je lui répondis simplement comme si je voulais l'impressionner à mon tour:

- Moi je suis Alexandre, Alexandre de la lignée des Michels. . .

Elle me salua. C'était bien de connaître enfin nos noms respectifs, mais il s'agissait de futilités, il y avait des choses plus urgentes à régler. En fait, qu'attendait-elle de moi  exactement?

Je lui demandai:           

- Explique moi ce que je dois faire?

- Tout ce que je sais avec certitude, expliqua-t-elle, c'est que l'objet que je t'ai confié doit servir de guide et te mener aux gardiens que tu dois réveiller. Ces gardiens te montreront  le chemin vers un lieu oublié de tous depuis longtemps, un lieu des plus sacré, le lieu du temps perdu et de l'ancienne sagesse...

Elle s'arrêta brusquement. Elle était alarmée.

- Tu n'est pas seul!

Elle fut comme moi choquée de voir  le petit vieillard surgir de derrière moi. Je le reconnu aussitôt: le shaman inuit qui m'avais soigné. Que faisait-il ici? Il était mort!

Il mis sa main sur mon front et m'ordonna:

- Réveille-toi!

 

-Réveille-toi, bon sang!

Je me sentais violemment secoué. J'ouvris les yeux, j’étais complètement désorienté.

Rafaele! J'étais de retour avec Rafaele. J'étais immensément triste; Chibirias, ma Ishell, je t'avais de nouveau perdue!

 

- ¡Alerta! ¡¡Alerta!!  me criait une voix rauque dans les oreilles.

Sortant de ma torpeur je regardai la masse de plume écarlate qui me criait dans les oreilles.

Le perroquet?

Je m'apprêtais à me redresser mais Rafaele de sa main me força à rester par terre.

Il expliqua nerveusement:

- Nous ne sommes pas seuls, il y a beaucoup de gens qui nous attendent dehors.

Je lui pris l'épaule. Je lui annonçai avec joie:

-J'ai vu Ishell, je veux dire Chibirias! Elle est vivante, nous devons la retrouver!

Il me regarda incrédule. Il me dit sévèrement:

- Réveille toi! Ce n'était qu'une hallucination! Tu n’es allé nul part! Tu es resté ici tout le temps! Tu as mal réagit à la balché; il n'y avait pas moyen de te réveiller. Mais comment as tu pu te blesser ainsi?

Il montra ma main à la peau boursouflée et brûlée à l'acide, les blessures causées par le tracé des griffes sur mes bras,  mon front et cuir chevelu qui saignaient abondement.

Méchant délire de ma part! Je savais ce que j'avais vu et vécu, mais ce n'étais pas le temps d'argumenter avec Rafaele.

- Ils sont ici pour le disque, il ne doit pas tomber entre leurs mains! Tu connais cet endroit mieux que  personne, tu as une idée de comment  leur échapper?

Le jeune maya était parfaitement en accord avec moi. Son visage s'illumina. Il avait une idée.

Je lui suggérai:

- Je servirai de distraction; tu te sauveras avec le disque.

Il ne me dérangeait pas de me sacrifier; si ils me capturaient, ils m'amèneraient sans doute à l'endroit où ils gardaient Chibirias prisonnière et nous serions de nouveau ensemble. Rien d'autre ne m'importait.

-Non, répondit fermement Rafaele en rejetant mon plan. Tous les deux ensemble ou pas du tout!

Un grand guerrier sauvage, à la puissante musculature armé d'une lance et d'une arbalète de métal au poignet fit irruption dans le temple. Il terrorisa Rafaele qui recula et leva son bâton pour se défendre. Si je ne l'avais pas reconnu immédiatement, j'aurais également été effrayé. Le Vigil d'Ishell venait de faire son entrée.  Il était à l'affût comme un fauve féroce.

Le perroquet s'envola pour aller le retrouver et se percha su son épaule. L'homme montra qu'il était heureux de revoir l'oiseau et lui flatta délicatement la tête. Il nomma l’oiseau « Mo’k’ak ». Il ne dit rien d’autre.

Je brisai le silence.

Je m'adressai d’abord à Rafaele :

- Laisse-moi te présenter Ah Hulneb, le Vigil d'Ishell de Chibirias.

Le Vigil sourcilla devant la mention de son nom. Il ne sembla pas pour autant surpris.

Rafaele le regarda incrédule.

Je lui assurai:

Il est ici pour nous aider!

Le Vigil me coupa la parole.

- Toi je te connais déjà! Tu es du peuple de l'Itzam Nah, reconnu t’il en saluant Rafaele. S’adressant ensuite à moi il commenta : 

- Toi tu es l'homme qui a été choisi par elle dans un moment de détresse!

Son regard sur moi était perçant et dur. Je remarquai aussi ses blessures fraîchement ouvertes, les multiples lignes laissées par un fouet.

Je compris ce que cela voulais dire; je lui dis:

-Tu étais là-bas, tu étais son gardien! Tu sais qu'elle est vivante et leur prisonnière; il faut la sauver!

Il me répondit gravement:

-Ceci n'aura aucune importance si ils vous capturent ou vous tuent ici. A mon signal vous allez fuir sans regarder en arrière.

Il ajouta en pointant vers l'extérieur:

Ils sont neuf devant le temple, quatre là, deux à gauche, trois à droite. Ils sont cinq derrière. Ils se rapprochent. Quatre surveillent l'entrée près de la route.

Pendant qu'il parlait, j’examinai le Vigil: il dégageait l'assurance d'un guerrier accompli et il démontrait un véritable esprit militaire malgré son age. De quelle armée faisaid t'il parti? Il était évidemment du même peuple que Chibirias mais de quel pays?

- Dix-huit en tout et nous ne sommes que trois!  compta Rafaele exaspéré en se dérobant de son costume cérémoniel.

 - Vos chances sont meilleures qu'elles ne semblent à première vue, commenta le Vigil avec assurance. Certains d'entre eux n'ont jamais fait couler le sang.

D'un ton impératif, il nous donna l'ordre:

-Maintenant partez d'ici, fuyez! Nous nous précipitâmes en courant hors du temple.  Une pluie de flèches et de dards nous accueillit et nous manqua de peu. Des flèches de chasse modernes d'après ce que je pouvais voir et qui  étaient assez perçantes pour se planter dans la pierre. Je suivi Rafale qui bifurqua soudainement à gauche. Je plongeai sur lui et l'écrasai contre terre alors que deux hommes surgirent des busqués. Armé de propulseurs, ils étaient prêts à tirer sur nous.

 

Avant qu'ils puissent lancer leur dards, ils furent foudroyés par deux petites flèches provenant de derrière; ils s'écroulèrent. J'entendis un cliquetis et me retournai pour entrevoir le Vigil réarmer son arbalète avant de disparaître dans l'obscurité.

Rafaele était figé devant les deux hommes morts. Leur masque, tatouages et camouflages étaient suggestifs du jaguar. Je réalisai alors que Rafaele était en état de choc.

- Il les a tués! Ils sont morts! Qu'est-ce qui arrive? C'est impossible!

Il devait se ressaisir, autrement nous étions fichus!

Je tentai de le secouer:

- Rafaele! Maintenant par où faut-il aller?

J'aperçu trop tard le guerrier:    il décocha sa flèche. J'étais certain qu'il me touchait. J'attendais la douleur de la pointe qui me transpercerait et planterait dans ma chair, mais je ne perçu rien d'autre qu'un effleurement à ma tempe sur le côté droit et le sifflement du projectile lorsqu'il passa tout près de l'oreille.  Il m'avait manqué!

Il essayait nerveusement de bander  son arc; je n'étais en vie qu'en raison de son inexpérience. Je fonçai immédiatement et me jetai sur lui. Je le neutralisai et le collai au sol sur son ventre forçant ses bras derrière le dos. Je le démasquai. Je fut surpris de me retrouver devant un tout jeune homme, un mexicain qui n'avais pas encore ses vingt ans. Je lui demandai :

- Qui êtes vous? Que nous voulez vous?

Je lui répétai en espagnol:

- ¿Quién son usted? ¿Qué usted quiere?

Il répondit avec hargne:

- ¡Vinimos aquí parar te! (Nous sommes ici pour vous arrêter!)

- ¿Porqué? (Pourquoi?)

- ¡Venimos prevenir la destrucción del mundo! (Nous somme venus vous empêcher de détruire le monde).

La portée de ce qu’il disait me déstabilisa surtout qu’il me semblait vraiment convaincu de ce qu’il disait. Je ne pensais pas qu’il tentait de me tromper.

Il ajouta sur un ton accusateur et fanatique:

¡Usted matará el sol! (Vous aller tuer le soleil!)

Ce qu'il disait n'avait pas de sens pour moi. Je lui répliquai ce que Chibirias m’avait dit sur sa mission :

¡No, usted es incorrecto!¡Estamos intentando asegurar que un nuevo sol brillará en el mundo!(Non tu as tort! Nous essayons d’assurer qu’un nouveau soleil brillera sur nous tous!)

Mes paroles ne l’impressionnèrent guère. Il commença à crier pour de l’aide. Je le réduis au silence avec ma main. Je devais le neutraliser, tout ceci avais m’avais coûté bien trop de temps et encore plus exposé au danger. J’enfilai mon coude autour de son cou et refermai la prise avec force en le forçant à garder sa tête droite. La pression que j’appliquai sur les jugulaires et artères du cou coupa l’alimentation en sang à son cerveau. En moins d’une minute, il sombra dans l’inconscience. 

Rafaele était là. Il avait tout entendu et vu. Il me semblait plus calme.

Je le laissai le jeune guerrier par terre, je savais qu’il serait indemne. Je rassurai Rafaele :

- Il va être correct; il sera juste inconscient pour quelques minutes....

Nous pouvions entendre les autres patrouiller le parc tout près sans doute attiré par notre confrontation.

-Par ici!, pressa Rafaele à voix basse.

Il m'amena à un trou étroit qui ne faisait pas plus de un mètre et demi de diamètre.

-Peu de gens connaissent cette entrée; je crois qu'elle a du servir de puit comme source d’approvisionnement en eau. Il y a eu de la pluie récemment nous devrions être correct. Il faut sauter, mais garde tes bras le long de ton corps.

Après ce conseil, Rafaele se jeta dans le puit. Je le suivis sans aucune hésitation.

L'obscurité était totale. Après une chute d'environ dix mètres je brisai la surface noire. Le choc de l'eau froide me vivifia. Je devinais Rafaele qui surnageait tout près.

- Ça va? demanda t'il avec inquiétude.

- Oui! Mais je crains qu'ils nous trouveront même ici!

Il me pris par le bras et me ramena vers lui. Nous étions à proximité d'une paroi rocheuse.

Rafaele expliqua:

- A un peu plus de deux mètres de profondeur se trouve une petite ouverture qui mène à une autre grotte. Suis la paroi et lorsque le tunnel s'ouvrira tu pourras sans crainte te laisser remonter à la surface. C'est une petite distance, mais dans la noirceur cela peut-être assez apeurant! Tu veux y aller le premier?

- Non, vas-y je te suis!

- Je t'attends de l'autre côté!, dit Rafaele en tentant de m'encourager. Il plongea.

Me retrouver ainsi seul dans un autre obscur cenote me rendait inconfortable. Cela me rappelait trop le puit sacré de Chichen Itza. J'avais froid. Et même si l'eau du cenote avait nettoyée mes blessures, je craignais également qu'elles les infectent.

Tant pis; dans la perspective des choses qui se tramaient cela n'avait que peu d'importance.

Je pris plusieurs grandes respirations et descendis dans les profondeurs du cenote. Il ne me fut pas facile de trouver l'entrée à l'aveugle. Je pénétrai dans le tunnel exigu en utilisant mes mains sur les surfaces rocheuses pour me guider.

J'ai vraiment pensé que je ne réussirais jamais à en atteindre le bout lorsque le tunnel s'ouvrit enfin. Je faillis crier de surprise lorsque je ressentis une ma main me saisir. Je m'accrochai au bras qui me remontait et émergeai et retrouvai l’air. Je pouvais de nouveau respirer, j’étais à bout de souffle.

Doucement! me répéta Rafaele. Il m’amena plus profondément dans la grotte, je sentis le sol se rapprocher de mes pied et doucement nous pûmes sortir se l’eau sur un petit amoncellement calcaire. Nous nous assîmes dos à dos. Je grelottais de froid.

J'allumai l'afficheur de ma montre qui produisit un faible éclairage.

La grotte me semblait vaste et il n'y avait aucune ouverture visible.

Je questionnai Rafaele :

- Il y a une autre sortie?

- Oui cela débouche plus loin, mais cela n’a jamais été exploré. Le réseau souterrain ici est étendu et complexe, il n’a été que partiellement cartographié. C’est moi même qui a découvert cette entrée lors d’une sécheresse il y a quelques années...

Il stoppa. Une lumière diffuse et blanche  provenait de l’entrée submergée. Rafaele me serra la main. La lumière était distante.  Je devinai qu'à notre recherche, ces gens prospectaient le puit adjacent avec une torche électrique depuis la surface.

Je murmurai à Rafaele : 

- Reyes m’a dit qu’il y avait beaucoup de cenote ici, il avait raison?

- Oui! Répondit-il nerveusement.

- Bien! Jamais ils ne pourront prospecter en détails tout les puits. Je crois effectivement que nous somme saufs pour maintenant.

Comme pour me donner raison la lumière disparue. Nous retenions nos souffles en écoutant le silence. Rien; mais nos craintes ne se dissipèrent pour autant. Rafaele s’empressa de me retirer sa main. Je fis comme si je n’avais pas remarqué.

- Ces hommes qui nous ont poursuivis ressemblaient à des guerriers Aztèques, j’ai raison?

- Oui, des chevaliers Flèches, Aigles et l’élite des Jaguars. Ils ne sont pas d'ici. Ils nous chassaient avec des armes traditionnelles comme l’atlatl et le maquahuitl alors qu'ils auraient bien pu utiliser des armes à feu.  J’ai vu qu’ils avaient aussi des filets et des cols : je crois qu’ils auraient voulu nous capturer vivants si cela leur avait été possible. Si ils respectaient les anciennes coutumes aztèques, les prisonniers étaient désignés comme victime pour leur sacrifice.

Entre mes claquements de dents je réussis à articuler:

-Sacrifice???

- Pour les Aztèques, Huitzilopochtli, le dieu solaire et guerrier, avait besoin d'être abreuvé de grande quantité de sang pour sa continuelle survivance autrement il risquait de ne plus avoir de soleil le lendemain. Les guerriers d'élites avaient comme mission de capturer ceux qui seraient sacrifiés au nom de leur dieu solaire afin d'en assurer sa subsistance. Les sacrifices humains font partie de la religion aztèque. Les victimes étaient le plus souvent des prisonniers de guerre qui étaient sacrifiées par centaines et parfois par milliers si l’on en croit des rapports historiques. Les Aztèques étaient constamment en guerre pour quérir des victimes et rassasier leur insatiable dieu sanguinaire. Le sacrifice le plus rituel était celui de l'arrachement du cœur d’une victime encore vivante sur la pierre du sacrifice habituellement en haut de la pyramide sacrée. Mais cela n’était pas que le tribu des Aztèques; les Toltèques avaient Tezcatlipoca et les Mayas avaient Tohil qui  étaient tous deux tout aussi friand du sang humain.

Je frissonnai et ce n’était pas à cause du froid.

Rafaele ajouta :

Les anciens mayas, du moins sous Itzamna, pratiquaient plutôt le sacrifice personnel de leur propre sang, d'animaux ou d’objets en reconnaissance de leur vie donnée par les dieux.

Je commentai sur quelque chose qui me troublait au plus haut point depuis ma rencontre avec le jeune guerrier : 

- Tu sais, il semblait vraiment croire que nous menacions le monde et le soleil!

- Je ne crois pas qu’il ne parlait de l’astre solaire au sens propre, pas plus que toi d’ailleurs. Les Aztèques, tous comme les mayas, pensaient que le monde a subits plusieurs grand cycles consécutifs de création et de destruction nommés « soleils ».

Le monde sous le premier soleil fut habité par des nains qui connaissant l’art de façonner la pierre et qui construisirent les anciennes cités; le monde sous le second soleil fut habité par une sombre race de violateurs, les Dzolobs.

 

Sa mention du nom des Dzolobs me terrifia et évoqua aussitôt pour moi de mauvais rêves, les esprits obscurs qui me hantaient mes nuits.

 

Rafaele n'avais pas remarqué ma frayeur et continuais de parler:

- Le monde du troisième soleil fut celui des premiers êtres de maïs, les mayas. Trois grands cataclysmes terminèrent l'ère de chacun des soleils,  dont les grands déluges qui se déversèrent depuis la bouche d’Huracan, le serpent du ciel et du grand Orage.

 

Hunab Ku, le père d’Itzamna, était le dieu créateur qui reconstruit le monde après la destruction associée à la fin de chacun des soleils.       Au commencement du quatrième soleil, Itzamna et ses fils relevèrent le ciel et réorganisèrent la terre dévastée. Par le sacrifice de son propre sang, Itzamna ressucita l'espèce humaine.                              

 

Par son dicours, Rafaele semblais avoir oublié le péril à l'extérieur du cenote.

 

Rafaele conclut:

- Selon les mayas nous sommes à la fin du quatrième soleil, pour les aztèques c’est déjà le cinquième. Selon leur mythologie, ce sont les affrontements entre Tezcatlipoca et Quetzacoalt qui ont amené la fin de chacun des mondes.  La fin du présent soleil maya est prévue, selon certaines interprétations, pour le solstice d'hiver de 2012. Un nouveau cycle, un nouveau « soleil » devrait commencer alors si le monde survit jusque là!

 

 

- Chibirias ne me parlait donc pas du soleil dans le ciel, mais du prochain grand cycle du calendrier Maya! Assurer le prochain soleil, voulais dire assurer l’avenir de nos peuples. J’ajoutai :

-Elle m'a aussi expliqué que l'objet qu'elle m'avait confié devait mener à une citée perdue et une sagesse oubliée qui devait être retrouvée pour qu'il y ait un autre soleil. Rafaele, tu me crois?

- Honnêtement, je ne sais pas, je ne sais plus!  Depuis que j'ai vu ce Vigil, les guerriers des Aigles et des Jaguars nous chasser je ne sais plus. Je pensais jusqu’à maintenant que tout, même la pièce était un fantasme de mayaniste.

-Je sais que tu penses que ce n'était qu'une hallucination, mais pour moi c'était réel. Je ne sais comment t’expliquer; j’ai des visions mêmes réveillées depuis Chichen Itza.

-Chichen Itza, la voix de Rafaele s'étrangla. Raconte!

- Je lui racontai ce que j'avais vu et ressentis lors de ma chute dans le puit sacré de Chichen Itza et les détails de ma dernière vision dans ce que Chibirias avait nommé le domaine de Naum.

Je ne pouvais apercevoir, Rafaele mais je sentais que tout cela semblait avoir une signification particulière pour lui y compris le serpent. Je ne savais comment il était pour réagir.  Je fus surpris d’entendre sa voix à la fois triste et frustrée :

- J'aimerais pouvoir voir ce que tu vois. Le grand serpent est souvent représenté dans les fresques Mayas comme étant le médium des visions divines Je n’ai jamais eu d'expériences comme toi. Je ne suis qu’un amateur face à Papah qui était lui  un vrai shaman! Et toi, qui vient d’un autre pays, qui n’a jamais connus rien des mayas, tu arrive ici et tu es instantanément intime avec ce qui pourrais être leur plus grand mystère.

 - Ce n’est pas juste, je sais. Mais ce n’est pas mon choix non plus, je ne sais pas pourquoi cela m’arrive à moi. J’étais venu ici pour des vacances et non pas pour être chassé par des Aztèques fanatiques qui voudraient me sacrifier à une obscure divinité....

Je soupirai:

- Et tout cela à cause d'un femme!

J'ajoutai avec sincérité:

- Je suis juste content de t’avoir rencontré dans tout cela.

Le temps passa:

- Rafaele, tu dors?

- Non, je réfléchissais.

- Je voulais te demander si tu as pu lire les symboles du disque?

- Oui quelque peu, mais cela ne donne aucune information utile. Bien que je n’ai jamais vu un tel métal et que je doute qu’un tel matériel sois d’origine Maya,  le style des gravures sur ce disque sont définitivement Maya mais très anciens, du début de l’époque classique ou peut-être même avant. Il y a sur le disque les 5 baccabs, pointant les points cardinaux et le bacab Thup proéminent au centre. Les vingt symboles en périphéries sont des marqueurs directionnels. Cela confirme bien qu’il s’agit d’un compas comme tu l’avais déjà déduit.

Je réalisai qu’en racontant tout cela, Rafaele avait oublié le danger qui nous attendait en dehors de ce cenote. Je ne l’interrompis pas.

-L’arbre de vie dans sa représentation ressemble beaucoup à celui trouvé sur  le sarcophage du roi Pakal de Palenque. L’arbre de vie Maya, le centre du monde, le Wakah-Chan ou Yax Imix Che selon le dialecte, l’Axis Mundi reliant les neuf plans des enfers souterrain, les treize cieux avec la Terre. A la base de l’arbre se retrouve le glyphe représentant Xibalba, le domaine des morts des Mayas.  À son sommet si tu te rappelles, il y avait un oiseau particulier. Le coquillage sur sa tête et autres marques divine l'identifie comme étant Itzam-Yeh, la forme aviaire du dieu qui plaça les trois pierres de foyer ardentes au centre du cosmos le jour de la création. Son nom est dérivé du nom itz, un concept difficile à traduire. Itz est une force super naturelle qui  provient des essences vitales de toute choses animée et inanimée. Elle se trouve dans le sang, les larmes, le lait, le sperme, la pluie, la sève des arbres,  le miel et même la cire chaude. Itzam-Yeh savait comment canaliser ce pouvoir surnaturel pour donner forme au cosmos et mettre tout en place pour la création. Sa présence au sommet de l'arbre indique que l'arbre est vivant et imbu d'un pouvoir sacré.

J’étais quelque peu déçu. En rien ces explications ne m’avançaient à rien. Seul le nom de l’Itzam-Yeh avait une consonance familière. Je posai la question :

-  Itz, comme Itzamna?

- Exactement, l’Itzam-Yeh peut-être considéré comme une incarnation de Itzamna en particulier dans la représentation de l’arbre de vie du compas : l’arbre est constitué dans le compas de glyphes juxtaposés correspondants aux noms des treize dieux du ciel. Itzam-Yeh est à sa place de pouvoir au sommet de l’arbre de vie, au-dessus des autres dieux du ciel, comme leur chef suprême. Il est Itzamna.

Je réfléchissait : la sagesse perdue qu’avait mentionnée Chibirias, était-elle la sagesse d’Itzamna?

Rafaele me demanda :

- Combien de temps est passé ? Tu crois qu'ils sont partis?

Je consultai ma montre :

- Une heure, plus ou moins. Ils sont sûrement encore là à attendre; si je serais eux, je n’abandonnerais pas aussi facilement. Nous devrions attendre jusqu’à l’aube pour être certain.

Je me tournai vers lui et ajoutai :

- Essaye de dormir un peu, je te laisserai prendre le prochain tour. Allez! Étends toi  sans crainte, je te surveillerai.

- Jamais je ne pourrai dormir!

J’insistai :

-Essayes au moins!

Il  s’endormit presque instantanément. J’entendais son souffle paisible et régulier.



 

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Par A. Saint - Publié dans : récits
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