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Samedi 14 janvier 2012 6 14 /01 /Jan /2012 20:14

 

Je retournai à Playa del Carmen tout penaud.  J’avais tant espéré, même si dans le fond je savais que cet espoir avait été déraisonnable. J’avais au moins le réconfort d’avoir essayé, mais c’est tout ce que je ramenais avec moi. En fait il me restait toujours la roue de métallique d’Ishell. Je tâtai ma poche et sentit le disque dur. Je le sorti à l’air libre et vit une troupe de dauphins enjouées qui nous escortaient. Il dansaient, chantait, faisait des bonds et des culbutes spectaculaires. Ils faisaient un vrai spectacle encouragé par les applaudissements des autres passagers sur le pont. Il devait être aux environs de vingt heures trente lorsque je remarquai la nervosité de l’équipage et ce n’était pas ces clowns acrobates marins qui les dérangeaient. Il y avait une lumière brillante sous l’eau qui éclairait la mer comme le jour. Il m’était évident que cette lumière n’émanait pas du traversier lui-même mais d’une source sous la coque qui voyageait à la même vitesse que nous et qui n’avait pas de silhouette visible. Je pensais qu’il ne pouvait s’agir que d’un sous-marin. La lumière devint encore plus intense mais ne faisait pas mal aux yeux. L’océan se mit à vibrer, traversé par des émulsions et des remous comme ceux de l’eau d’un bain tourbillon. Je senti alors simultanément le disque d’Ishell bouger. Je le remis dans ma poche. Il s’agitait toujours avec de plus en plus de vigueur comme si il réagissait au phénomène. L’interaction était devenue telle que je craignais de voir le disque de métal arraché de ma poche par cette puissance invisible comme un magnétisme intense. Soudain plus rien: la lumière était partie avec la vitesse d’une torpille en direction du continent. L’océan redevint noir et silencieux. Les dauphins eux-mêmes nous avaient abandonnés. J’arrêtai un préposé et lui demandai ce qui venais de se passer. Il haussa les épaules nonchalamment en répondant qu’il n’en savait rien; qu’il s’agissait d’un mystère de plus pour la mer de la Riviera Maya. Je cru comprendre aussi que cela n’était pas la première fois que cela se produisait à sa connaissance. J’éprouvai à partir de ce moment le mal de la mer.

Je tentai d’oublier ma nausée en me concentrant sur une explication scientifique pour ce que je venais de voir.  Je pensai aux gaz tels que le méthane qui étaient emprisonnés dans bas-fonds marins qui pouvaient être subitement libérés à la suite d’un bouleversement souterrain, par exemple résultant d’une activité sismique. Un tel dégagement causerait des bulles éclatant à la surface et de l’effervescence à la surface de l’eau. Ce bouillonnement pouvait même créer une charge électrique et un champ magnétique local par ses ions bousculés par les turbulences. Cela correspondait bien avec ce que j’avais observé. D’ailleurs un géochimiste canadien du nom de Donald Davidson avait proposé que ce phénomène puisse expliquer certains des phénomènes étranges observés dans le triangle des Bermudes. Je devais admettre que j’avais beaucoup de difficulté à me convaincre moi-même.

J’avais les jambes encore chancelantes lorsque nous débarquâmes au quai de Playa del Carmen. Je n’étais toujours pas rétabli de cette expérience des plus insolite. Je ne voulais que repartir et retrouver mon lit. Je croisai une petite boutique ouverte dans un petit centre d’achat et y pénétrai. Je parcouru ses tablettes à la recherche de pâtes ou lotions pour nettoyer les métaux. Ne trouvant rien, je me résolu à ma recette maison et j’achetai un petit sac de farine, du vinaigre blanc et du sel.

 Un dernier arrêt s'imposait avant de  prendre le chemin du retour de mon hôtel. Je me rendis au bar du Sweetwater que je trouvai particulièrement affairé en ce milieu de soirée. Je trouvai Dago derrière le bar. Il était ravi de me revoir. Je le saluai et lui présentai les disques compacts que je lui avais apportés. Il était tout excité, ne cessant de me répéter "gracias" lorsqu'il compris que je lui en faisait cadeau. Il insista de me donner un verre pour me remercier. Je lui demandai un verre de la sangria maison. Je lui demandai également si je ne pouvais pas commander quelque chose de la cuisine au bar. Après tout je n’avais ni dîner et ni souper et j’avais l’estomac vide ce qui avait sans doute contribué à ma nausée sur le traversier. Dago me donna le menu et très vite je sélectionnai un cheeseburger. Il me servit mon verre, s'excusa quelques minutes alors que je goûtait à sa rafraîchissante boisson de vin rouge et de jus de fruits. Dago revint au son de Vertigo de U2 qu'il faisait jouer à tus tête tout en dansant de façon endiablée derrière le bar. Cela donna de l’atmosphère dans le bar et le restaurant à l’appréciation de tous.  Dago me servit un second verre alors que mon hambourgeois m’était servit. Je le dévorai en quelques minutes et nous discutâmes de nouveau des évènements de la veille. J'eus l'idée de demander à Dago de garder l'oeil ouvert pour Ishell à Playa del Carmen, car après tout le jeune homme me semblait bien branché sur ce qui se passait en ville. J'inscrivit sur une serviette de papier mes coordonnées afin que Dago puisse me rejoindre si il y avait quoi que ce soit.  Je refusai poliment un nouveau service, car je me sentais amorti et curieusement de plus en plus las.

Je sentais que plus rien d’urgent ne m'importait, je n’étais plus pressé. J'étais  bien, ne pensait à rien et pendant quelques minutes je perdit conscience de tout ce qui se passais autour de moi. Je sentis une présence singulière qui me sortit de ma torpeur. Je me tournai et remarqua qu'il y avait un homme dans la ruequi s'était arrêté pour m’étudier. Je le dévisageai à son tour. Sous des cheveux lisses de couleur de l'ébène, il avait un beau visage au tracé sculptural et symétrique avec une mâchoire carrée et volontaire. Ces sont ses yeux qui étaient le plus remarquables: ils étaient d’un violet électrique profond qui s’assombrissaient en un regard perçant comme un aigle. Il avait un long corps râblé et souple et sa camisole noire bordait deux bras bruns puissamment musclés. C’était un homme magnifique mais en même temps menaçant. Il avait une expression sévère et intimidante. Il était de la même trempe que Ishell et je sentis une étrange connexion, un certain rapprochement. Je réalisai que cela était réciproque chez l’homme et me perdit un instant dans la franchise de son regard. Son visage s’illumina brièvement puis devint très grave comme si il tentait de me prévenir d’un danger proche.

Il me fallait partir immédiatement, j’en étais certain. C’était comme si  j’en avais reçu l’ordre. Je réalisai que Dago avait disparu de derrière le bar et restait introuvable. Je laissai rapidement 250 pesos pour régler ma note et me levai.  J’étais plus ivre que je pensais car marcher droit me demandait toute ma concentration. Pourtant je n’avais prit que deux verres de sangria!

Un taxi venait de livrer ses passagers de l’autre côté de la rue à une restaurant de steak argentin. Son temps était impeccable, je plongeai dans le taxi et ordonnai aussitôt au chauffeur de m’amener à l’Allure. Il s’exécuta en se dirigeant vers l’entrée de l’autoroute. En partant j’aurais juré avoir aperçu du coin de l’œil des hommes qui tels que de sombres rapaces infestait les rues de toute part et qui couraient après mon taxi.

Le chauffeur haussa les épaules en disant :

-¡Es demasiado tarde! ¡Ya tengo un cliente!

Ce qui voulait dire qu’ils étaient trop tard, qu'il avait déjà son client.

Je le remerciai :

- ¡Gracias, mucho gracias Señor!

Était-ce juste mon imagination galopante sous l’effet de l’alcool ou l’homme que j’avais entrevu venait de me sauver d’une réelle menace? Les autres personnages qui avaient tenté d’intercepter mon taxi ressemblaient à ceux qui avaient agressés Ishell et à l’individu que j’avais réussi à capturer et à livrer aux policiers. Je me fermai les yeux un moment en tentant de comprendre ce qui venait de se passer...

La seconde suivante, le chauffeur me réveillait alors que nous étions déjà au portail de l’hôtel. J’étais complètement désorienté et surpris de m’être complètement assoupi ainsi. Deux verre de Sangria et je suis sonné! Serais-ce à cause de la chaleur ardente ou de la fatigue de la journée? Je repris mes esprits et remerciai le chauffeur en le payant plus de deux fois le tarif normal.

Je trouvai la porte de ma chambre d’hôtel entrouverte. Je l’avais pourtant bien fermé et son verrouillage électronique est automatique. J’entrai avec précaution. Tout y était en désordre, sans dessus, dessous. Mon lit et les lampes avaient été renversés, mes vêtements répandus sur le plancher, le coffret de sécurité vidé de son contenu qui se trouvait éparpillé sur le plancher, jusqu’à mes items de toilette avait été touchés. J’étais alarmé. Rien à première vue ne semblait vraiment manquer et il ne s’agissait pas de simple vandalisme non plus. Il s’agissait selon tout évidence d’une fouille systématique de ma chambre. Jusqu’au stéréo qui avait examiné à fond. La raison en était évidente, le disque d’Ishell. Je vérifiai que j’avais toujours la pièce dans la poche de ma ceinture. Je ramassai le téléphone et communiquai avec la réception en demandant la sécurité. Un homme arriva dans les minutes qui suivirent. Je reconnu le gardien qui surveillait le portail de l’entrée du complexe hôtelier.  Il constata les dégâts et m’assura que jamais il n’avait jamais rien vu de semblable. Il observa que ma serrure avait été forcée, il était nécessaire de la remplacer. Mon entrée était en partie caché par un bosquet de jungle devant ce qui a rendu ma chambre vulnérable à une telle effraction. Je lui assurai que rien n’avait été volé car heureusement j’avais gardé tous mes papiers importants et cartes sur moi.

Il contacta la police qui se présenta une demi-heure plus tard.  Ils m’interrogèrent, questionnèrent le gardien. Je trouvai l’inspecteur Rodrigue Callas qui m’attendait sur le pas de la porte à son tour.  Je lui serrai la main et lui demandai avec un gentil sarcasme :

-  Bonsoir! Vous faites aussi les appels de simples entrés par infraction la nuit?

-  Le soir est mon horaire assigné, expliqua l’inspecteur.  Dès que j’ai entendu le mot « Allure » et votre nom sur le canal de police je me suis empressé de venir.  Depuis plusieurs heures déjà nous avons essayé de vous joindre pour vous rencontrer et discuter de d’autres choses, bien que ce dernier incident confirme mes soupçons...

Un autre homme en complet brun et en verre fumé, même à cette heure nocturne, l'accompagnait. Il était ventru, aux cheveux gras. De lui émanait une senteur désagréable de Cologne mêlée à la sueur. Il contrastait avec Callas qui présentait une tenue fraîche et impeccable. Il me présenta son collègue Gustavo Morales que je saluai à son tour. Morales, si j'avais bien compris était affilié à une unité fédérale de la police alors que Callas était assigné à la région de Playa del Carmen.

Je les invitai à rentrer.

 En entrant Callas émit un sifflement admiratif.

- Ce sont de belles chambres, je ne les avais jamais vues de l’intérieur auparavant!

- Imaginez les en bon ordre, elle sont alors plus belles! plaisantais-je en ramassant rapidement divers items jonchant le plancher et en les rejetant sur un des lits.

Je leur indiquai de s’asseoir sur le divan que je venais de libérer de toutes ses encombres. J’ouvrai mon petit réfrigérateur.

- Vous prendriez quelque chose, de l’eau froide, jus de fruit, boisson gazeuse? Je savais mieux que de leur offrir de la bière.

- De l’eau serait très appréciée, il fait chaud ce soir! me répondit Moralespoliment. C'était la première fois qu'il prenait parole.

Je lui donnai une bouteille d’eau avec un verre, offrit une seconde à l'inspecteur Callas et je m’ouvrit une autrebouteille d’eau glacée pour me réveiller.

- Gracias!

- De nada!, répliquais-je. Si c’est chaud pour vous, imaginez pour moi!

Mon commentaire les amusa alors qu’ilsprenaient une première gorgée d’eau froide.

Je m’assis sur la chaise du bureau.

La voix de Callas devint très sérieuse et concernée:

-Je veux vous informer avant tout que l'homme que nous avons arrêté mardi soir n'est plus sous notre juridiction.  Nous avons découvert qu'il était "Persona non grata" au Mexique et il a été déporté ce matin. Comment vous sentez-vous avec cela ?

-  Cela explique probablement cette intrusion répondit-je sèchement. Comment je me sens? Aussi bien que vous pouvez imaginer pour quelqu'un qui viens d'apprendre que l'homme qui l'a menacé de mort est expulsé du pays où il passe ses vacances mais qui au retour sera peut-être à l'attendre devant sa porte chez-lui. Mais cela n'est pas de votre faute, en fait personne n'y peut rien. Mais au moins dites-moi qui il était, ce qu'il voulait ? Est-ce une histoire de cartel criminel, de drogues ?

-  Non rien de cela. Je comprends que vous devez avoir probablement plusieurs questions à ce sujet mais je ne peux pas vous répondre; tout ce que je sais c'est que des hombres en vestons et cravates et una señora l'on sortit de prison en outrepassant toute notre bureaucratie. Après cela, c'est devenu une affaire diplomatique.

Ses explications ne m'intéressaient guère, je lui posai la seule question qui m'importait vraiment et qui me brûlait les lèvres:

- Ishell, cette femme qui était avec moi, vous en avez eu des nouvelles?

 

L'inspecteur Callas regarda gravement son collègue, Morales. Ce dernier retira des photos d’une enveloppe beige tout en prenant la parole sur un ton qui contrairement à Callas était froid, distant et détaché:

- Pouvez-vous identifier quelque chose sur ces photos?

Il me donna les clichés que j’examinai. Je m’efforçai à ne montrer aucune émotion à la vue de la première photo couleur. Le premier cliché montrait un disque de terre cuite très érodé et abîmé par le temps que je connaissais bien et que j’avais malencontreusement détruit ce matin. Sur la photo, des détails étaient beaucoup plus évidents tels que les traces des peintures originales rouge, jaune, noir, blanc et vert alors qu’ils m’avaient été à peine perceptibles de l’objet. Le motif étampé était aussi beaucoup plus clair avec son soleil rayonnant et de du lézard de profil que je pouvais identifier à un iguane. L’art était grossier et naïf comme si un jeune enfant l’avait effectué. L’objet était photographié sur un fond clair avec une règle montrant l’échelle en centimètres. J’hochai la tête négativement en prétendant que je n’avais jamais rien vu de semblable. Les autres photos étaient noir et blanc, floues avec une résolution grossière mais tout mon cœur se serra lorsque je la reconnue. Il s’agissait bien d’Ishell.

Ayant sans doute lu ma réaction, l’inspecteur Morales me demanda gravement :

- C’est elle?

Je lui confirmai que oui. Sur certaines photos elle était accompagnée d’un homme.

Je le pointai à l’inspecteur sur une des photos :

- Lui aussi je l’ai vu, ce soir même à Playa del Carmen. Je crois qu’il me surveillait. Qui est-il?

- Son complice; nous ne connaissons pas son nom pas plus que celui de la dame.

- Complice?  dis-je bouche bée.

L’inspecteur Callas expliqua d’une voix appuyée :

- Ces photos proviennent des caméras de surveillance du Peabody Museum dans la ville de Boston où votre « Ishell », si c’est son vrai nom, et cet homme ont  pénétré par effraction.

Je remarquai dans le coin inférieur droit des photos de surveillance une date, 08-06-2005, apposée avec un temps variant de 03:15 à 03:45 am selon la photo. Devant mon incrédulité apparente il continua :

- Ce sont des professionnels, ils n’ont déclenché aucune des alarmes de sécurité. D’après le FBI ce sont des chasseurs de reliques. Sur ces photos, ils fouillaient d’ailleurs pour des artefacts mayas dans une collection fermée au public.

- Qu’ont-ils volés? lui demandais-je gravement. Cet objet?

Je leur montrai la photo de l’objet de céramique.

Morales me répondit:

- Cet objet a été le seul item reporté manquant de l'inventaire du musée après leur visite. Ce que je ne comprends pas c’est qu’ils avaient l’opportunité de prendre des objets ayant beaucoup plus de valeur en jade ou même en or.

Je trouvai des notes au recto de la photo qui se lisaient:

Peabody Number : 07-7-20/C4527
Display Title : Sacrificial pendant with God D representation
Descriptive term :

Ornament, ceramic pendant; complete vessel; God D symbol encrypted

Date : AD 900-1200
Artist :  
Artist date :  
Culture : Maya
Provenience : Central America, Mexico, Yucatan, Chichen Itza, Sacred cenote
Dimensions: 3.6 cm diameter
Materials: Terra Cotta
Collector/Donor: Edward Herbert Thompson collection

 






 

 

 


-

 

 

 

 

Remarquant sans doute mon intérêt, Morales s'empressa à m'enlever les photos et continua :

Vous devez comprendre qu’il existe tout un marché pour les antiquités et objets d'arts anciens tels que les artefacts mayas, aztèques et autres. Certains individus seraient prêts à payer de grosses sommes d'argent afin de mettre la main et posséder de tels items.

Il pausa un instant, le temps de boire un peu d'eau et reprit:

- D’ailleurs tenter de faire la contrebande ou d'exporter hors des frontières du Mexique de tels objets, considérés comme des trésors nationaux, constitue un crime des plus sérieux garant de peines sévères...

- Vous faites fausse route si vous me soupçonnez de quoi que ce soit, répondis-je âprement. Je suis un ingénieur pas un collectionneur...

- Nous avons déjà fait des vérifications : Ingénieur et géologue spécialisé pour les exploitations minières, donc un expert en digues et également en pierres et métaux précieux...

- Je suis ici en vacances insistais-je, et vous devez savoir comme le reste, que je n'ai aucun antécédents judiciaires.

- En effet, confirma t’il, selon ce que nous avons pu vérifier jusqu'ici.

 

Je n’aimais vraiment pas le ton qu’il avait utilisé avec sa phrase. J'étais sur le point de dire à ce Morales ce que je pensais vraiment de lui et de ses insinuations vicieuses mais Callas s'adressa à moi dans un ton conciliant et dans un effort évident de réduire la tension.

- Nous pensons que cette femme que vous avez rencontré possédait encore l'objet qu'elle avait volé au musée et qu'il s'agissait de quelque chose que ces hommes à Playa del Carmen désiraient. Vous êtes tout bonnement tombé au milieu d’une affaire ayant tourné mal pour elle.Depuis, son complice vous surveille sans doute en pensant qu'elle vous aurait confié ou dit quelque chose. C’est pour cela que lui ou quelqu’un d’autre a fouillé votre chambre lors de votre absence.

Callas avait fait une excellente déduction que je devais admettre parfaitement logique et qui correspondait aux faits tels que je les connaissais.

Je ne dis rien, perdu dans mes pensées. Ishell, une vulgaire voleuse? Je refusais de le croire. Pourtant tout cela collait tellement bien aux évidences.

- Elle vous a dis ou donné quoi ce soit? me redemanda Morales avec insistance.

Je mentis :

- Non, j'ai déjà rapporté tout ce qu’elle m’avait dit à l'inspecteur Callas.

- Si je peux me permettre, je ne crois pas que cette femme en vaut la peine Señor!

- Sans l'avoir rencontrée, vous l'avez jugée et condamnée. Moi je l'ai tenue dans mes bras, je l'ai défendue contre ces hommes...

Callas intervint à son tour et souligna:

-Elle vous a ainsi entraîné avec elle dans une dangereuse intrigue. Pour votre propre sécurité, oubliez-la. Je sais que vous êtes une personne honnête. Mais tout ceci ne peux que vous amener de gros ennuis, croyez-moi!

Je ne l’écoutais plus, quelque chose me vint soudainement à l’esprit :

- Vous devriez interroger Dago, il a été avec elle aussi. En fait, il a été la dernière personne avec elle avant qu’elle ne disparaisse!

Rodrigue Callas consulta ses notes:

- Non, d’après son témoignage, il s’est joint à vous pour vous porter main forte dans la bagarre. Il ne rapporte rien sur cette femme.

- Dago était avec elle,  j’en  suis catégorique répliquais-je sèchement.

L’inspecteur me regarda.

- Je vous crois et cela ne me surprend pas. Dago est reconnu pour être un petit arnaqueur. Il pourrais avoir menti sur ce détail, ne serait-ce que pour éviter encore plus d'attention sur lui de la part de la police ou même de ces hommes qui vous ont menacés. Je vais lui reparler dès mon retour à Playa del Carmen.

Je réalisai que Dago lui-même était possiblement en danger, les agresseurs d’Ishell pouvant penser qu’il possédait son disque.

- Quand avez vous prévu de retourner au Canada? me demanda Morales de façon intéressé.

- Je reste à l'Allure jusqu'au quinze octobre ensuite je pensais peut-être visiter la région du golfe du Mexique. Je dois retourner le vingt-deux au plus tard.

- Peut-être dans les circonstances vous devriez songer à rentrer le plus tôt possible, señor, suggéra Morales.

Je ne répondis rien.

-Vous n’avez rien à ajouter? questionna une dernière fois l’inspecteur en s’apprêtant à se lever.

Je lui signalai que non.

Morales me tendit sa carte et ajouta:

- Vous comprenez que si vous revoyez Ishell ou cet homme ou qu’ils tentent d’entrer en contact avec vous...

Je complétai sa phrase en prenant sa carte:

-Je vous en informe immédiatement, bien sûr!

-Si il y a quoi que ce soit, sentez vous libre de me contacter, ajouta l'inspecteur Callas.

Je leur serrai la mainen les remerciant et les escortèrent à ma porte.

- ¡Buena noches!

- ¡Buena Noches Señor! répondirent-ils en me saluant.

L'inspecteur Callas ajouta avant de partir :

- Essayez d’oubliez tout cela cette nuit, profitez de votre séjour ici!

Ouais,  comme si cela était possible maintenant!

Peu de temps après le départ des policiers, le personnel de l’hôtel m’offrit de me transférer à une autre chambre ce que j’acceptai. Après tout, j’aurais au moins une illusion de sécurité dans une nouvelle chambre, intouchée, inviolée. À la réception, on me fournit une nouvelle clé. J'appréciais beaucoup mais était en même temps mal à l'aise de les incommoder ainsi. Je ramassai ensuite toutes mes affaires et m’installai rapidement dans mes nouveaux quartiers. Ma chambre était proche de la piscine et avait vue sur la plage. Elle était plus spacieuse que ma chambre originelle. Son grand lit de format King était couvert d’une serviette blanche pliée à l’effigie d’un singe accompagné d’une fleur et deux chocolats. Je me laissai tomber sur le matelas. À l’extérieur, le complexe était baigné dans la musique joyeuse de la discothèque qui ajoutait une dimension irréelle à tout ce qui s’était passé.

Je repensai à tout ce qui avaient été dit. Je reniai l’hypothèse qu’Ishell ait été une criminelle. Je ne pouvais dire pourquoi, mais j’avais foi en elle. Ce que j’avais ressenti avec elle était vrai, je n’en avais aucun doute. Je sorti et contemplai la roue de métal. Je savais très bien que c’était l’objet qui était recherché par ceux qui avaient fouillés ma chambre. Je savais maintenant que cette pièce de métal était cachée dans un item dérobé au musée de Peabody. Il était temps d’en savoir plus. Je sortis le vinaigre, la farine et le sel que je m’étais procuré à Cozumel.

Je commençai par tremper le disque dans une solution de vinaigre et d’eau chaude afin de dissoudre le limon et les résidus calcaires. Je fus surpris de voir que le disque ne s’engloutissait pas dans la solution mais flottait simplement à sa surface et que je devais le forcer à rester submergé. Il ne pouvait donc s’agir de bronze ou de fer. Je dissous une cuillerée à thé de sel dans une tasse de vinaigre et y ajouta assez de farine au mélange pour former une pâte dont j’enduis la pièce. Je frottai et laissai la pâte sécher une trentaine de minute et rinçai avec de l’eau chaude. Le métal révélait son éclat peu à peu. J’effectuai le nettoyage plusieurs fois avec ma pâte de nettoyage artisanale. Le disque était enfin propre. Le disque me sembla  très ancien bien qu’il soit parfaitement poli et lisse au toucher.  Je l’examinai. Il n’était pas plat mais légèrement convexe. La face concave montrait des inscriptions contenues dans cinq cercles concentriques. Je comptai quarante glyphes complexes.  Cinq de ces glyphes étaient plus proéminents et importants que tous les autres: quatre d’entre eux étaient placés aux pointes d’un carré central où s’imbriquait un cercle alors que le dernier symbole était en son plein centre. Les deux cercles extérieurs avaient des suites de symboles entrecoupés par les gravures de quatre triangles et quatre pointes de flèche plus grandes et élaborées tels un grand « V » stylisé. Ils étaient tous équidistants et pointaient vers la circonférence extérieure du disque. Les pointes les plus importantes étaient associées au quatre glyphes périphériques marqués par un glyphe juxtaposés du carré. Dans le cercle central, il y avait une croix formée par différents glyphes,  quinze en tout superposés et formant un « T » chapeauté par un étrange oiseau. Tous ces glyphes étaient essentiellement dans des cartouches carrés et certains d’entre eux me suggéraient des visages difformes. En particulier le glyphe à la base de la croix était monstrueux. Par leur style, ils rappelaient celui de certains symboles de la monnaie mexicaine tout en étant différents. Les glyphes étaient en relief, je sentais leur protubérance sous mes doigts. Le travail de frappe de ce disque était raffiné, détaillé et absolument remarquable. L’autre face montrait les même lignes et divisions et marqueurs mais n’avait aucun glyphes écrits. Sa surface était parfaitement poli et lisse au toucher.  La densité de la pièce était parfaitement balancée et s’équilibrait facilement sur la pointe d’un stylo.

 Je voulus vérifier une propriété du disque de Ishell que j’avais noté lors de son nettoyage et qui expliquait peut-être en partie ce qui j’avais observé au traversier. Je remis la pièce dans un verre d’eau et qu’importe ce que je faisais la pièce refusait de couler, elle flottait tout simplement à la surface. Ce qui était le plus particulier c’est qu’elle revenait toujours obstinément dans la même position, avec ses glyphes et pointes dans la même orientation. C’est alors que je compris que le disque se réorientait selon le champ magnétique terrestre : il s’agissait d’une boussole, d’un compas. Les symboles et grandes pointes de flèches indiquaient les points cardinaux, Nord, Est, Sud et Ouest.  J’asséchai soigneusement le disque craignant qu’il rouille. J’observai que le compas fonctionnait également bien à sec, avec son centre reposant sur un pivot.

J’en conclut que le disque devait contenir une barre de magnétite naturellement magnétisée appelée Lodestone.  J’observai le disque avec plus d’attention. Son matériel  montrait des cristaux caractéristiques octaédriques, aux faces striées, de couleur gris fer à noir. Elle avait un éclat métallique avec une réverbération bleue tel que j’en avait jamais vue. Mise à part le reflet bleuté, ce métal avait bien les caractéristique de de la magnétite.

Je réalisai qu’en fait, le disque devait  être entièrement forgé à partir de ce minérai de fer magnétisé.  Je pris les clés de ma résidence et les approchai, pour voir  aussitôt le disque réagir et mes clés de métal se dresser et s'accoler contre le disque. Ceci confirmait mes doutes sur le dipole magnétique de l'objet mais ne m’expliquait pas en quoi une boussole pouvait être le centre de tant de convoitises même si elle était très ancienne. Après tout  la boussole n'était pas une technologie extraordinaire par soi, elle était connue bien avant Jésus Christ. Les chinois l’utilisaient bien au début du millénaire et les anciens arabes l’avaient adaptés à la navigation.

J’étais certain qu’il ne s’agissait pas juste de cela, la détresse d'Ishell était trop profonde, sa crainte et la convoitise de ses hommes qui l’avaient attaqué, la fouille de ma chambre, il y avait quelque chose de plus important en jeu, quelque chose de sinistre. J’examinai la pièce de nouveau, les glyphes étaient peut-être la clé mais j’avais besoin de quelqu’un qui pouvait m’aider à les interpréter.

Il se faisait tard.  Je décidai de ne pas le laisser le disque d’Ishell dans le coffre. Je dévissai le récepteur de mon téléphone et y cachai le disque à la base du haut-parleur qui était lui-même aimanté. Je sais que cela était de la paranoïa avancée, mais ainsi je me sentais rassuré et me couchai. J’étais complètement épuisé de ma journée et tombai dans un sommeil profond dès que ma tête tomba sur l’oreiller. 

 

our room par staciek
Par A. Saint - Publié dans : récits
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Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 20:02

7 Kan 2 Yax (05/10/2006-mercredi)

Un bruit étrange me réveilla. Un rire taquin.

J'entrouvris paresseusement mes paupières pour voir le jour commençait à peine.

Ce matin était arrivé trop vite!

Je me tournai la tête la couvrant avec un oreiller. Je ne restai ainsi que dix secondes avant de me coucher sur le ventre. Cela ne m'aidait nullement. Je me sentais épuisé mais aucune position ne me convenait, rien ne me permettait de relaxer et de me rendormir. Je me sentais encore nerveux, incapable de rester immobile.  Je me dressai dans mon lit, en me frottant les yeux, m'étirant et baillant devant le nouveau soleil.

Mon premier réflexe fut de vérifier que la pièce d’Ishell était toujours dans la poche de pantalon où je l’avais négligemment laissée. Je fut soulagé de la retrouver et la conservai désormais précieusement près de moi. A sa vue, j'avais un constant rappel qu’Ishell et les évènements d'hier avaient été bel et bien réel. J’examinai la pièce de plus près. Un simple disque de céramique, peut-être un médaillon. Les engravures sur une de ses faces montraient une espèce de tête de lézard dans le coin inférieur droit sous un soleil dans le coin supérieur gauche. Le style artistique ressemblait beaucoup à ce que j’avais vu de l’ancien art mexicain traditionnel. Il était couvert d’une couche épaisse de limon et sédiments calcaires ce qui me suggérait que cet item avait passé beaucoup de temps sous l’eau.   En voulant le nettoyer d’avantage, j’endommageai le disque ce qui me rendis extrêmement mal à l’aise. J’avais élargi accidentellement la cassure à la surface et observai qu’il y avait une autre surface sous l’épaisseur de terre cuite. En voulant examiner de plus près, le disque fragilisé se fragmenta en une multitude de morceaux révélant ainsi un disque métallique qui avait été dissimulé dans la terre cuite.  

Un mystère dans un mystère!

Il s’agissait d’une curieuse roue en métal mat. Son motif me suggérait des cercles concentriques séparés en quatre quadrants. Il faisait environ un peu moins de centimètres de diamètre, à peine plus grand qu’une pièce de 10 pesos. Ce disque était étonnamment dur et résistant malgré qu’il fût très mince et très léger. Il était partiellement couvert par des résidus incluant de l’argile, du limon et du vert de gris. L’eau avait sûrement perfusée depuis la surface de terre cuite jusqu’au disque de métal.  Il y avait apparemment des lignes et des symboles sur le disque mais rien que je ne pouvais discerner clairement.

De nouveau le bruit et une voix étrange dehors. Un cri, j’en étais certain. Je sursautai et cachai la pièce d’Ishell dans ma poche avant de m’avancer doucement vers ma porte que j’ouvris subitement pour me trouver face à face à un perroquet perché dans les petits arbres du carré de bosquet devant ma chambre. L’oiseau effrayé battit des ailes et criailla. Je tentai de le calmer en lui parlant doucement.  Il était magnifique avec sa coiffe rouge écarlate, son dégradé de plumes orange, jaune et blanche sur le ventre avec ses ailes et son dos bleu turquoise et cobalt.

- Tu t’appelles comment? demandais-je à l’oiseau. Je répétai de nouveau la question en espagnol :

- ¿Cómo ti llamado ti? ¿Ti ti llamado cómo?

Le perroquet me regarda sans comprendre puis croassa :

¿Ti ti llamado cómo?

- Je me nomme Marc-Antoine. Tu as un nom? Marco Antonio es mi nombre. ¿Cuál es tu nombre bonito pájaro? ¿Quién es -tú?

Je n’avais que le silence comme réponse alors que l’oiseau hochait bêtement sa tête. Je retournai dans ma chambre et lui amenai quelque grain de raisins que je lui offris. Il me les déroba de mes mains à la vitesse de l’éclair. J’avais sursauté derrière, sachant bien comment le bec d’un perroquet peut être tranchant.  L’oiseau ricana et répéta:

-¿Quién es -tú?

 Je perdais mon temps. Le perroquet se moquait de moi.

Je pris ma douche et me rasai. En regardant ma réflexion dans le miroir je remarquai que la couleur rouge de mon épiderme avait déjà commencée à recéder tout comme la sensation la sensation de feux ardents sur ma peau s'était enfin éteinte. J’étendis sur mon corps les pommades prescrites par Dominique. Je vis que le perroquet était toujours là convoitant sans doute d’autre nourriture de ma part.  Je décidai d'oublier l'oiseau; j'avais d'autres préoccupations beaucoup plus importantes. J’étais décidé à retourner à Playa del Carmen afin d'y rechercher Ishell; je commencerais par l'endroit où je l’aperçus pour la première fois. Avant de partir, je réalisai que j'avais vraiment besoin d'un bon déjeuner.

En sortant de ma chambre et en me dirigeant vers le Café, je remarquai que le ciel était partiellement couvert ce qui ne me déplaisait pas. Même sans soleil direct,  la journée s'annonçait déjà extrêmement chaude et humide avec une température avoisinant les trente-cinq Celsius.  Je pris note que j'aurai besoin de quelques bouteilles d'eau pour mon voyage.

Un portier m'ouvrit la porte la cafétéria et une hôtesse tout souriante vint à ma rencontre me demandant gentiment le numéro de ma chambre pour fin de vérification.   Elle m'assigna un serveur, un jeune homme au pantalon noir et à la chemise blanche soignée, pour me guider à ma table.  La salle à manger était essentiellement déserte à cette heure matinale. Je reconnu tout de même le quatuor de mes amis français assis à une table tout prêt de la station des omelettes. J'allai les saluer.

- Tiens! Tiens! Comme on se retrouve! me dit Ludovic chaleureusement.

- Oui! Le revoilà notre grand canadien perdu! ajouta Dominique visiblement heureuse de me revoir.

-Tiens, tiens, notre brebis égarée! commenta Rachel amusée. Elle me salua avec son "bien aimé", la tasse de café à la main et me convia d'un signe de me joindre à eux. J'appréciais de ne pas avoir à déjeuner seul.

Sans qu'on ne le lui demande, mon  serveur rajouta un couvert à leur table ainsi qu'une chaise à mon attention. Il m'offrit aussitôt du jus d'orange fraîchement pressé et du café. Avant de m'asseoir, je me ramassai rapidement un petit tas des crêpes accompagnées d’une montagne de fruits et de crème anglaise.

Dominique m’accueilli en m’embrassant sur les deux joues à la française.

- Ca va bien? demanda-t-elle.

Je lui confirmai que oui.

- Nous étions inquiets hier. J’ai entendu qu’un couple s’était fait attaquer par des brigands sur la plage....

-  Oui, où diable as-tu disparu hier Marc-Antoine? dit à son tour Ludovic.

J’hésitai sur ce que je pouvais leur révéler. Je commençai par lui répondre:

- Bien je vous ai perdu sur la cinquième avenue....

- Sans doute lorsque nous somme entré dans ce café-internet! clama Dominique.

- Qui était-ce? demanda Rachel du tac au tac, sans aucune gêne.

Je faillis m'étouffer avec mon jus d'orange.

- Bien quoi! insista Rachel, ce regard béant, cette expression à la fois d'extase et de douleur je la reconnais: vous êtes en amour jeune homme!

Je pensai que j’avais devant moi Rachel la thérapeute. Elle affichait un sourire félin, arrogant qui démontrait son assurance. Je n’osait rien dire, car elle avait raison, du moins partiellement. Sauf que je n'étais pas amoureux d'Ishell; troublé, oui, mais pas en amour, du moins je ne pensais pas. Pourtant, la simple évocation de son nom dans mon esprit me causait un pincement au cœur. Je regardai aux alentours, en évitant le franc regard de Rachel.

- Quoi? Tu as rencontré une nana? C’est pour cela que tu nous as faussé compagnie? coupa malicieusement Ludovic.  Qui est-elle, quel est son nom?

Je répondis :

-Ishell…

-C’est exotique comme nom…. Vous allez vous revoir? questionna Dominique sans cacher une curiosité presque enfantine.

- J’espère sincèrement que oui! Je lui ai laissé mon numéro de téléphone…

- Dans ce cas bonne chance! soupira Ludovic en s’écrasant au fond de son siège. 

Dominique se contenta de me faire une moue et des gestes signifiant d’oublier les commentaires pessimistes de son chum.

- Ishell, roucoula Rachel. C’est un nom Maya si je me souviens bien? 

Je ne savais pas quoi lui dire. Elle regarda en vain son mari pour une confirmation mais ce dernier ne leva que ses sourcils, incapable de lui répondre. Dominique et Ludovic haussèrent les épaules à leur tour.

- La demoiselle doit être native de la région? renchérit Rachel.

J’admis, complètement embarrassé, que je ne savais pas et qu’en fait je ne savais rien d’elle. Après une longue hésitation, je décidai de me confier à eux. J’avais besoin de parler à quelqu’un de mon aventure d’hier. Je leur annonçai :

- Le couple à la plage, c’était Ishell et moi!

Émile laissa tomber son journal et me regarda. Rachel abandonna son café et se redressa complètement attentive à chacun de mes mots. Dominique et Ludovic étaient eux aussi accrochés à mes moindres paroles. Je leur racontai l’histoire de l’agression à Playa del Carmen en omettant le détail de l’objet qu’elle m’avait confié.

- Hé bé! La chevalerie n’est pas encore complètement morte soupira Rachel à la fin de mon récit.

- Tout cela pour une femme souffla Ludovik. Si il y a quelque chose qu’un Français est capable de comprendre c’est bien cela!

- Cette femme tu dois l’aimer pour qu’elle t’aie laissée une telle impression! commenta Dominique.

- Vous croyez vraiment qu’elle est en danger? Que fait la police? demanda Rachel fascinée.

Émile interrompit sa bien-aimée :

- Je suis certain que les gendarmes locaux font tout ce qui leur est possible.

Il s’adressa à moi :

- Il faut garder le courage mon garçon!

Il y eut quelques minutes inconfortables de silence.

Pendant que je vidais mon assiette, Dominique prit la parole. Elle me sembla particulièrement gênée.

- Est-ce que quelqu’un aurait vu quelque chose d’inhabituel dans le ciel hier?

Ludovic détourna le regard comme si il était embarrassé pour ce qu’elle était pour dire.

Personne ne lui répondit. Elle raconta tout de même le phénomène dont elle avait été témoin :

- Il était approximativement minuit, au plus tard une heure du matin. Le ciel était parfaitement clair et sans nuages. Notre chambre a une vue directe sur l’océan et j’avais décidé de profiter de l’air frais du large avant d’aller au lit.  Je regardais les étoiles et j’ai trouvé un satellite que je pointai à Ludovic. Nous avons observé le satellite alors qu’il traversait le ciel en ligne droite. Nous étions face à l’océan vers l’est et le satellite se déplaçait du nord au sud. Après quelques secondes sa trajectoire est devenue erratique;  il ralentit et commença à bouger dans la direction inverse, à reculer rapidement, très rapidement. Cette chose avait tournée à cent quatre vingt degrés pour ensuite accélérer et disparaître. Cela m’a vraiment impressionnée.  J’en ai discuté avec Ludovic, nous nous sommes questionné mutuellement pour vérifier si nous avions vu la même chose...

- Nous sommes habitué à regarder le ciel la nuit mais n’avons jamais rien vu de semblable admit Ludovic. C'était plus brillant que Vénus à l'aurore! Il y avait une réflexion de l'objet visible à la surface de l'océan.

Je leur parlai du météore que j'avais aperçu. Ludovic et Dominique étaient certains que ce qu'ils avaient observé n'était pas une étoile filante ou d'un avion.

Rachel nous regarda tous avec un intérêt renouvelé et annonça :

- Je n’en suis pas surprise. Nous sommes après tout sur une terre ancienne empreinte de spiritualité et mystères. De nombreux Ovnis ont été et sont encore observés au Mexique. Par exemple, il a plusieurs années aux ruines d’Uxmal, une cinquantaine de personne avaient observé un disque à 150-200 mètres d’altitude, un disque qui faisait 25 à 30 mètres de diamètre. Il bougeait doucement dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. Il était jaune et orange lumineux sur ses bords et il avait ce qui ressemblait à des tubes néons incrustés qui changeaient constamment de couleur. Ces lumières se sont rétractées aux abords du disque alors qu’il tournait au dessus des gens. De son dessous bombé émanait une lumière rouge. Alors que le disque avançait, il  prit aussi de l’altitude. Un autre disque lumineux orangé apparut plus haut dans le ciel. Le disque s’éleva pour le rejoindre. Tous les deux prirent la direction de l’ouest avant que l’on les perde de vue. Plusieurs pensaient que cela faisait partie intégrale du spectacle de lumière des ruines. C’est quelque chose dont on parle encore là-bas même après tout ce temps; cela ne s'oublie jamais.

Elle prit la main de son bien-aimé.

- J’ai déjà entendu des témoignages d’Ovnis mais jamais avec autant de détails commentais-je.

- C’est parce que « on » n’exclue pas la personne qui parle, corrigea Émile. C’est notre deuxième visite au Mexique.

- Vous étiez là, vous avez donc vu ce disque ?

La question provenait de Dominique bouche bée.

- Et vous nous l’avez jamais dit reprocha Ludovic.

Rachel ajouta avec émotion:

Cela est la chose la plus impressionnante que nous ayons eu l’occasion de voir dans nos vie!

Elle se repris et ajouta:

- Tout récemment un objet volant non identifié métallique a été photographié stationnaire au-dessus des ruines de Tulum par des touristes. Donc je vous crois lorsque vous dites avoir vu quelque chose d’étrange par ici!

Je ne savais que penser de tout cela.  La Rivera Maya semblait abriter de nombreuses énigmes, incluant ma mystérieuse Ishell. En pensant à elle, je réalisai qu’il me fallait partir si je voulais atteindre Playa del Carmen assez tôt. Tous avaient fini de déjeuner et étaient prêt à quitter la table.

- Nous allons profiter du soleil aux abords de la piscine, tu te joins à nous? demanda Ludovic en tentant d’alléger l’atmosphère.

- Il n'en est pas question! interrompit Dominique. Pas de soleil pour lui aujourd’hui!

Elle se rapprocha de moi en m’examinant avec satisfaction.

- Je vois que les pommades que je t’ai prescrites t’on aidé, ton coup de soleil s’est bien résorbé. Mais il te faudra continuer de faire attention!

Effectivement mon épiderme avait prit un teint hâlé quoi qu’encore avec un ton cuivré.

- Je sais! Bien compris et merci beaucoup Dominique!

- Il n’y a pas de quoi, faut faire attention la prochaine fois!

- Ne soit pas inquiète, je n'irai pas m'exposer à l’astre du jour. Je pensais effectuer un aller-retour à Playa del Carmen...

-Et retrouver ta belle? questionna Ludovic.

Je lui confirmai que oui.

Il leva son pouce en signe d'approbation.

- Je ferais exactement la même chose à ta place.

- Si nous ne revoyons pas aujourd’hui, nous allons demain visiter les ruines de Cobá m'annonça Dominique. Viens avec nous!

- Je dois aller à un mariage demain, je ne crois pas pouvoir y aller.

-  A quelle heure demain?

- Quatre heures.

- L'expédition est le matin. Cobá est tout près. Tu serais de retour bien avant ton mariage insista Ludovic à son tour.

- S’il te plait!, me pria Dominique. Viens avec nous! Rappelle toi: nous repartons pour la France vendredi matin. C’est une dernière occasion d’être tous ensemble.

Je promis à Dominique d’essayer d’y aller.  Je l’embrassai  alors qu’elle était sur son départ.

Rachel ouvrit ses bras à son tour attendant mon embrasse. Alors que je baisai ses joues elle me dit, concernée:

- Mon mari a raison, tu as déjà fait tout ce qui était humainement  possible, tu ne peux rien faire d’autre que de patienter. Fait attention à toi!

Je lui sourit. Je m'était vraiment tromper sur son compte.

Ludovic me tapa sur l’épaule,  Émile me serra la main.

Je me retrouvai seul à table, mais curieusement je me sentais allégé de m’être ouvert et d’avoir partagé tout cela avec mes nouveaux amis.

Je passai rapidement par ma chambre. J’y ramassai des bouteilles d'eau, des collations ainsi qu'une sélection de disques compacts dont les plus récents albums de U2, Coldplay, Madonna ainsi que de d'autres artistes moins connus dont le disque du rocker Montréalais Jonas. Un cadeau que je voulais laisser au Sweetwater afin de renouveler un peu leur discographie stagnante des années quatre vingt dix. Je calai ma casquette et traversai le complexe hôtelier jusqu’au bord de l'autoroute à l'affût d'un taxi communautaire. En moins de cinq minutes d’attente, une camionnette blanche s'arrêta.

-Playa del Carmen por favor! dis-je au conducteur.

Il était typiquement mexicain avec ses cheveux et sa barbe sel et poivre qui contrastait avec sa peau brûlée. Je lui offris de l'argent qu'il refusa d'un simple geste signifiant "plus tard". Il me fit signe de pénétrer en m'indiquant une place libre sur la deuxième banquette en arrière. Je me retrouvai assis auprès d’une femme et de son tout jeune enfant, une fillette de moins d'un an, joufflue, mignonne comme tout. Ainsi drapée dans une couverture artisanale aux couleurs vives, elle semblait être une délicate poupée. Le bébé me regardait intensément avec ses grands yeux noirs écarquillés. Je lui fis quelques gestuelles et grimaces qui semblèrent l'intriguer d'abord et l'amuser par la suite. La mère tout à fait charmante était heureuse de voir son poupon ainsi distrait. Parmi les autres passagers, il y avait une autre jeune femme et quatre hommes qui étaient tous étaient habillés d’habits ou d'uniformes de différentes couleurs, mis à part l'homme qui accompagnait le conducteur.  Ce dernier était un jardinier ou cultivateur comme le témoignais sa salopette et ses mains usées. Ces gens furent déposés devant divers complexes de vacanciers alors que d'autres y attendaient  pour prendre leur place.

Nous arrivâmes à Playa del Carmen qui vraiment était radieuse et animée sous le soleil de l’avant-midi. Je visitai de nouveau la plage encombrée par les nombreux touristes et adorateurs du soleil. Je déambulai dans rues et avenues achalandées sans trouver Ishell. Je m'arrêtai au Blue Parrot pour m'entretenir avec la réceptionniste. Bien qu'elle était vaguement au courant de l'incident de la soirée d'hier, elle n'avait aucune information à me reporter. Tout en quittant l'hôtel, je contactai la police pour prendre des nouvelles. J’étais frustré par leur nonchalance et le fait que les évènements d’hier avaient été relégués à celui d’un incident mineur. Ils promirent tout de même de communiquer avec moi si ils apprenaient quoi que ce soit de neuf dans le dossier.

Je consultai un bottin téléphonique; Playa del Carmen n’avait pas d’hôpital. J’appelai tout ce qui était un service médical dans la ville incluant la Clinica Medica del Carmen, la Camara Hiperbarica, Playamed ainsi que tous les médecins en liste. Tous me donnèrent la même réponse: Il n’y avait rien eu de notable hier et personne n’avait vu de femme correspondant à la description d’Ishell.

Je songeai au conseil de Rachel, de relaxer et tout laisser tomber. J’étais déchiré par les sentiments d'urgence et d'importance dont Ishell m'avait imprégnés lors de notre rencontre. Ce que je craignais le plus, c'est que ces hommes crapuleux aient pu mettre la main sur elle. Je devenais de plus en plus effrayé d'imaginer tout ce dont de tels bandits seraient capables pour arriver à leurs fins. Surtout que je savais bien que Ishell n'était pas une femme du type à se laisser intimider et céder devant ces hommes. Il m'était clair qu'elle refuserait de collaborer avec eux, de leur donner ce qu'ils désiraient. Je refusai de considérer plus longtemps cette éventualité en songeant à l'horrible sort qu'ils pourraient faire subir à la jeune femme.

Je parcouru la ville en inspectant de nouveau désespérément les nombreux restaurants, magasins et salle de réception d’hôtels. Je ne trouvai aucune trace d'elle. Nul ne la connaissaient ou ne se souvenait de l’avoir vu. 

Depuis les quais, je contemplai l'océan en direction de l'île de Cozumel en me demandant si Ishell n'y avait pas trouvé refuge. Je savais que de nombreuses navettes assurent chaque jour une vingtaine de liaisons entre Cozumel et Playa del Carmen. Je trouvai le traversier qui se préparait à partir bientôt. Je m’empressai à m’acheter un billet aller-retour et rejoignit le bateau. La traversée de dix-neuf kilomètre sur la mer agitée nécessita quarante minutes pour joindre le quai de l’Île de Cozumel. 

L’île était entourée par une mer turquoise d’une beauté exceptionnelle dont les tons de bleus plus pâles cachaient le spectaculaire chapelet de récifs coralliens qui avait donné à Cozumel sa réputation de paradis pour les plongeurs. Je pouvais distinguer à notre approche quelques bateaux de croisière en escale, les plages blanches qui ceinturaient l’île ainsi que la dense végétation qui lui donnait une couleur émeraude.

Nous accostâmes dans la petite ville de San Miguel qui était l’unique centre de population de l’île. Le quai menait sur l’avenida Benito Juarez où une bannière entre deux poteaux de bois nous souhaitait, en anglais et en espagnol, la bienvenue d’un côté et un bon voyage de l’autre. La ville de San Miguel n’était pas ce que j’avais imaginé : elle était beaucoup plus vaste et importante avec ses parcs, marchés, musés et hôtels de luxe. Ses rues s'entrecroisent à angle droit, tout comme à Playa del Carmen, ce qui me permettait de m'y retrouver très facilement. Je remarquai le choix habituel de boutiques et de restaurants longeant l'avenida Rafael E. Melgar, une promenade au bord de mer. Je trouvai beaucoup d’activité au parc principal de la ville nommé la Plazza San Miguel. Je flânai dans la ville à la recherche Ishell. Je me rendis vite compte de la futilité de mon voyage. L'île s'étendait sur 48 kilomètres du nord au sud et 16 kilomètres d'ouest en est. La ville de San Miguel regroupait plus de 90 000 habitants, je ne pourrais jamais trouver Ishell même si je savais pour certain qu’elle était ici. C’était déjà la fin de l’après-midi Je me résignai à consulter tout de même, sans succès, la police locale et le centre médical.  Je raisonnai enfin que si Ishell était libre et voulais me contacter qu'elle pouvait le faire facilement en contactant elle-même les policiers. J'avais même le fol espoir qu'elle avait tenté de m’appeler et déjà laissé un message à l'Allure. J'étais maintenant pressé de rentrer. Je pourrais toujours revenir à Cozumel plus tard, il y avait d’après ce que j’avais entrevu de nombreuses ruines mayas et vestiges intéressants éparpillés sur l’île.

Véritable photos sans trucage; le photographe a remarqué le mystérieux objet des années après en classant ses photos de voyage.
Ferry to Cozumel par OneTigerFan
view of Cozumel from the ferry par Minnie_Adventures
San Gervasio 2, Cozumel, Mexico par Mario De Leo

San Gervasio, Q. Roo par orion cc
Mexico, Cozumel, The Door par esinuhe69
Mexico 2008 Cozumel #5 par jdww

Par A. Saint - Publié dans : récits
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Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 19:49

Mon réveil fut pénible : chaque centimètre carré de mon corps me faisait souffrir. C’est avec précaution que je pris ma douche qui fut une véritable torture. Il était tôt, je décidai d’enfiler mon speedo et de profiter de la piscine que je savais déserte à cette heure. Je plongeai dans l’eau tiède et commençai à nager. Je pratiquai ainsi longueurs après longueurs de crawl. L’exercice et l’eau vivifiante ne firent oublier ma mauvaise nuit et me mirent de bonne humeur. Lorsque que réalisai que le complexe de l’Allure commençait à s’animer, je sortis de la piscine et m’engageai dans l’allée centrale. Le soleil brillait, il semblait se moquer de moi, lui qui était devenu mon pire ennemi. Je retrouvai dans le bosquet devant ma chambre mon ami l’iguane tout tranquille qui me fixait de ses yeux globuleux. Je me changeai et allai déjeuner tout en pensant qu’il me fallait considérer des activités alternatives aujourd’hui qui ne m’exposerait pas à l’astre du jour. Je repensai à cette visite à la ville voisine de Playa del Carmen qui était organisée en après-midi. Je m’y inscrit à la conciergerie et passai le matin tranquille sous un parasol.  

Nous n’étions en tout  une vingtaine de  personnes en tout dans l’autobus en direction de Playa del Carmen, mis à part de notre chauffeur et notre guide. Je me joignis aux deux couples dont j’avais  brièvement fait connaissance au courant de l’après-midi d’hier. Ils étaient déjà dans une discussion animée dans un français marqué par l’épais accent caractéristique du Sud de la France. Nous fîmes plus amplement connaissance. Le jeune homme séduisant dans la vingtaine avec une gueule de modèle était Ludovic. Je m’étais déjà mesuré à lui hier au Water-polo. Il présenta sa copine Dominique, une jolie jeune femme du même âge tout aussi athlétique que lui. Émile, plus âgé et réservé me serra la main à son tour. Il devait approcher la mi-trentaine. Il avait à ses côtés Rachel, sa femme. Je me rappelai de cette voluptueuse et exubérante rouquine qui prenait des bains de soleil à l’Européenne près de la piscine, n’ayant que comme seule pudeur une minuscule culotte ou un tong serré. Elle portait d’ailleurs en un ensemble de style bikini orange qui se voulait sexy mais que je jugeai provocant et de mauvais goût. J’avais l’impression désagréable qu’elle me déshabillait de ses yeux de la tête au pied. Elle sembla approuver d’un sourire. Je pensai méchamment que même le sourire de cette femme ne semblait pas plus naturel que le reste de son corps. J’appris que tous les quatre provenaient de la région de Lyon. 

-Vous avez abusé du soleil à ce que je vois dit Dominique en regardant ma rougeur corporelle avec sympathie. Ne savez vous donc pas au sujet de la couche d’ozone?

-Ne le gronde pas, coupa Ludovic. Tu avais toi-même la complexion d’un coquelicot la semaine dernière.

-Toi aussi, rouspéta Dominique. Ne l’oublie pas!

Elle griffonna une note qu’elle me donna.

Je fus surpris de lire qu’il s’agissait d’une prescription médicale.

Elle expliqua :

-La première est une pommade à base de benzocaïne et cortisone qui en plus de calmer la douleur préviendra toute inflammation. La deuxième est une lotion fabriquée localement à base d’Aloès et d’herbes naturelles qui fera des merveilles. Vous trouverez tout cela à  la pharmacie de Playa del Carmen.

Je la remerciai en mettant la prescription dans ma poche.  Le teint hâlé de Dominique et de Ludovic constituait la meilleure des garanties qu’il s’agissait du meilleur remède pour ma peau brûlée. J’appris ainsi qu’ils étaient tous deux pharmaciens et qu’il possédait leur propre commerce. Émile m’informa à son tour qu’il était opticien et que sa femme était psychothérapeute spécialisée en sexologie. Il m’a fallut un immense effort de volonté pour ne pas m’étouffer de rire lorsqu’il m’annonça cela.

Ludovic s’efforça d’amorcer la conversation en racontant qu’il avait précédemment visité Montréal avec Dominique et qu’il adorait. Il ajouta  qu'il s'agissait d'une ville qui avait de l’âme, une métropole d’Amérique avec des échos de son héritage Européen. Ils connaissaient bien le vieux Montréal où ils firent la promenade en calèche. D'ailleurs le terme « vieux Montréal » le faisait sourire. En effet qu'étaient quelques centenaires passés lorsque l'histoire de son propre pays s'étendait sur des millénaires? Il raconta qu'avec Dominique, ils avaient habité à l’hôtel  Omniprésent au coin de Peel et de Sherbrooke et en avait profité pour explorer tout le centre-ville et le Vieux Montréal adjacent. Ils avaient essayés les bagels de Fairmount et la viande fumée de chez Schwartz, tout deux de réputation internationale. Ils parlèrent d’un de leur restaurants préférés, le Zen au sous-sol de leur hôtel que connaissais et aimais également bien, ainsi que de l’Exception sur la rue St Hubert qui leur servit les meilleur hambourgeois qu’il n’aient eu l’occasion de goûter.

- Sans oublier les poutines! ajouta Dominique.

-Les quoi? demanda Rachel intriguée.

-La poutine, c’est une frite sauce avec du fromage à l’intérieur, cela peux sembler dégueu mais que c’est bon! expliqua t’elle avec enthousiasme. Leur meilleure était celle au fromage bleue et à la sauce aux trois poivres!

Rachel grimaça et s’adressa alors à moi, sans aucune gêne, avec tous ses charmes de requin femelle :

-Est-ce que les gens de Montréal sont tous des spécimens comme vous?

Je la regardai incrédule ainsi qu’Émile qui ne semblait nullement consterné. Nul ne pouvait me voir rougir avec mon coup de soleil, mais mon malaise devait être évident.

Dominique répondit à ma place :

-Oui, en grande partie tous aussi beaux et charmants!

La conversation se termina ainsi, notre guide nous informant que nous étions arrivés. Le voyage était heureusement court,  Playa del Carmen n’étant qu’à une trentaine de minutes de notre hôtel. Nous nous engageâmes dans une sortie au niveau du centre d’achat que j’avais vu plus tôt avant-hier. C’était donc là, Playa del Carmen!

La guide prit la parole et nous expliqua que jusqu’aux années mil neuf cent quatre-vingts,  Playa del Carmen avait été un village de pêche tranquille, mais que depuis ce temps ce village connaissait un développement accéléré en voie de devenir une ville des plus importantes économiquement pour le Mexique. Sa population avait doublée au cours seulement des dernières années et continuerait à croître à un taux effréné avec le développement prévu dans la région. Ce développement était attribuable en grande partie aux européens qui ont redécouvert les plages blanches albâtre de Playa del Carmen, le surf, les coraux et le train de vie relaxe de ce coin du Mexique.

Elle illustra les méfaits du développement démesurée en nous donnant un autre exemple : En raison de la popularité croissante et de la croissance trop rapide de la ville on décida en 1994 de dépaver les rues et les creuser pour permettre l’installation d’égouts et d’aqueduc, ce qui bien sûr était une bonne chose. Elle ajouta ensuite que même aujourd’hui en raison de manque de financement, la ville n’avait pas assez d’argent pour repaver l'ensemble de ses rues ce qui a conséquemment laissé de nombreuses avenues comme des champs de guerre. Les ruesétaient parsemées de cratères et de trous d’eau qui rendaient la circulation difficile en nécessitant de constamment naviguer et zigzaguer entre ces obstacles.

Je pensai à ce moment, amusé, que l'on observait exactement les mêmes problèmes à Montréal.  Notre guide continua sa présentation en nous invitant à explorer la rue principale Juarez, aussi appelée cinquième avenue, qui agglomérait restaurants et boutiques en bordure de la plage. Elle nous informa qu'il y avait un terrain de golf dans la région et c’était des quais de Playa del Carmen qu’on pouvait prendre le traversier vers la luxueuse île de Cozumel. On trouvait d’ailleurs à Cozumel les plus beaux coraux de toute la région faisant parti d'un banc qui s’étendait sur près de 1000 kilomètres englobant les côtes du Mexique, de Belize, du Guatemala et du Honduras.

Elle conclue en nous invitant à apprécier Playa del Carmen telle qu'elle était aujourd’hui en nous avertissant que demain ou dans quelques années cette petite ville risquait d’être méconnaissable et d'ainsi perdre le charme qui la rendait unique dans sa transformation en « nouvelle Cancun du sud ».

Elle ajouta que l’autobus quittait Playa del Carmen à huit heures mais que nous pouvions profiter de vie nocturne de la ville en prenant une des navettes blanches de la dixième rue (Calle) qui nous déposerait à l’hôtel pour la somme modique de 20 pesos ou de prendre un taxi en faisant attention de ne pas se laisser berner par les prix.

Ludovic me guida à un drugstore et j’achetai les pommades que m’avait prescrites Dominique. Nous nous dirigeâmes vers la plage qui était vide de tout adorateur du soleil, son sable fin martelé par les attaques d’une mer agitée. La marée semblait haute et les vagues violentes au grand bonheur évident des surfers. Je profitai de la plage pour enlever ma chemise et m’enduire le corps des deux onguents médicamentés sous l’œil appréciatif de Rachel. Le soulagement fut immédiat. Aussitôt, j’eu l’impression que le feu vif qui me torturait l’épiderme depuis la fin d'après-midi s’était enfin éteint. Je me sentais parfaitement bien et d’excellente humeur. 

Nous gagnâmes la cinquième avenue qui était l’artère touristique de Playa del Carmen, une avenue piétonnière achalandée et particulièrement féerique. A chaque pas nous étions harcelé par des vendeurs enthousiastes nous invitant avec insistance à visiter leur boutiques. De nombreux restaurants tout aussi alléchants les uns que le autres avaient aussi pignon sur rue. Des restaurants italiens dans des décors de jungle, des grillades présentant leurs steaks gigantesques aux abords de la rue, des restaurants mexicains animés et  bien sûr des poissonneries toutes aussi impressionnantes par la grosseur des prises monstrueuses affichées.  Tous semblaient de première classe mais mes amis français étaient déjà familier avec la ville, il choisirent un restaurant, le Captain’s Bob où nous fûmes accueillit par une jeune et jolie hôtesse qui m’apprit être originaire de Vancouver en Colombie Britannique. Le restaurant était en grande partie à ciel ouvert, installé dans un jardin sauvage. Ils nous offrirent de goûter à des crevettes à la noix de coco et  servirent différentes entrées. Mes amis choisirent de partager un Château Briand et moi l’assiette de fruit de mer du Capitaine. Les conversations étaient joyeuses et informelles et j’avais l’impression de me retrouver parmi de vieux amis que je connaissais depuis toujours. J’appris qu’avant d’être vacanciers à l’Allure, ils étaient restés à Campeche. Mais que si ils avaient su, ils seraient venus directement à l’Allure.  C’était leur dernière semaine de vacances, ils retournaient en Europe vendredi, ce qui me chagrina quelque peu. Même Rachel me surpris avec une grande profondeur. Elle croyais beaucoup aux valeurs spirituelles et était avide de tout ce qui constituait les religions du nouvel âge. Je l'avais mal jugée, elle était d'excellente compagnie lorsque l'on comprenait que son flirt n'était qu'un jeu, sa façon non conventionnelle à elle de nous provoquer afin de nous connaître. J’avais quatre invitations à venir visiter Lyon et Nice et réciproquement je les invitai tous à Montréal. Nous nous régalâmes de banane flambées et crème glacée maison comme dessert.

Après toute cette bonne chaire bien arrosée, nous nous dirigeâmes vers le phare. Un escalier extérieur en ciment lovait, tel un serpent, ce bâtiment jusqu’à son sommet. Nous regardâmes de là-haut un spectaculaire crépuscule où le ciel lui-même sembla s’embraser lors de la descente du disque nacre du soleil sur les terres émeraude de l'ouest et dont la lumière mourante sanguine colorait la mer derrière nous. Nous prîmes quelques photos et nous rejoignîmes de nouveau la cinquième avenue alors toute apprêtée de lumières colorées et festives afin de profiter de la vie nocturne trépidante de Playa del Carmen. J’analysai en chemin l’architecture qui défilait devant moi et détectai en plus des facades typiquement mexicaines, une influence italienne et allemande dans différents bâtiments. Cet amalgame d’esprit européen jumelé à l’esprit mexicain et des caraïbes créait une ambiance unique et des plus sympathique. Ainsi distrait, je perdis de vue mes amis qui avaient sans doute pénétré dans une des nombreuses boutiques de la rue sans prévenir. Je me trouvai devant le Blue Parrot, un hôtel bar particulièrement invitant. L’hôtel était un bâtiment blanc aux lignes blanches et fluides avec un design gracieux. Dans son antre, j'y retrouvai une piscine serpentine se faufilant entre des balcons arrondis. Le Blue Parrot n’avait rien à envier aux structures d’Art Déco de Miami. L’hôtel avait un bar directement situé sur la plage, bordé par des torches et animée par des spectaculaires danseurs du feu. Mais cette animation ne m’attirait pas; je m’éloignai vers le phare, vers la quiétude de la mer.

C’est alors que je la trouvai, telle une magnifique nymphe des mers, scrutant l’horizon lointain. À la vue de cette grande femme, j’en eu le souffle coupé. Jamais, au grand jamais, je n’avais vu une femme d’une aussi grande beauté. Sur ses longs cheveux de grès dansaient, selon les caprices du vent et des éclairages, des reflets iridescents tels une multitude d'étoiles scintillantes. Et telle la lune magnifique et resplendissante entrecoupant les nuages de minuit, son doux et merveilleux visage illuminait l'auréole noire de sa coiffure.  Elle était vêtue d’une étoffe diaphane exotique, blanche et ivoire, qui révélait les formes exquises de sa chair ambrée et laissait deviner la ligne ravissante de ses épaules et de sa poitrine. Ses pieds fins étaient chaussés de sandales légères dont les fins lacets entouraient jusqu’au chevilles de jambes parfaites. Elle se tourna vers moi avec une expression qui exprimait la plus grande des détresses. Il m’était évident qu’elle avait besoin désespérément d’aide. J’accélérai le pas et alla la joindre. 

- Ça va mademoiselle? Vous avez besoin d’aide?

Puis dans mon espagnol de touriste :

- ¿Eso va señorita? ¿Necesitan ayuda?

Elle me répondit :

- Je suis fille d’Ishell comme ma mère avant moi et une multitude de mères avant elle. J’ai perdu mon Vigil et j’ai en effet besoin de votre aide.

-Que voulez vous dire? demandais-je sans rien comprendre à cette phrase énigmatique.

Comme réponse, elle s’accrocha à mon cou et m’administra un profond baiser, long et langoureux. Je ressentais toute sa passion, mais aussi sa mélancolie et sa tristesse. Je me sentais dissoudre en elle tout comme elle fondait en moi. C’était comme si à un niveau fondamental nos essences s’entrelaçaient, se mélangeaient.

- Je regrette .... dit-elle tristement en terminant son embrasse.

Encore choqué et éberlué, j'eu peine à lui demander d'un souffle :

- Quoi? Ce baiser?

- Non, pas du tout! Je regrette d'avoir été aussi égoïste et imprudente et surtout de vous mettre ainsi dans un terrible danger. Mais je n'ai plus de choix! s'excusa t'elle.

- Je ne comprends pas, lui dis-je tout simplement. Pourquoi moi? Nous ne nous connaissons pas du tout! D'où venez vous?

 - J'ai un faible pour les hommes aux cheveux à la couleur du soleil du midi et aux yeux de la couleur du ciel, admit-elle en me touchant la joue et laissant son visage s'illuminer d'un sourire. Et je vous connais déjà un peu. J'ai senti à quel point vous êtes fort et valeureux. Je crois que vous avez peut-être une chance de réussir ou j’ai échouée avec mon Vigil.

Je ne comprenais rien de ce qu'elle disait; que diable était un vigil? Je ressentais pourtant que tout ce qu’elle me disait était de la plus haute importance et qu'elle n’était pas une hystérique. Sa peur et son désespoir étaient pour moi presque palpables. J’avais constamment l'impulsion de la serrer contre moi, de vouloir la rassurer. Elle ajouta qu'elle avait débarquée à Cozumel, ce qui avait du sens, cette île étant à proximité et possédant un aéroport international. Je voulais désespérément comprendre ce qui pouvait terrifier une telle femme, mais je n’en eu pas le temps. C’est à ce moment que des ombres menaçantes fondirent sur nous et nous entourèrent avant que nous ayons eu le temps de réagir. Fait surprenant, il s’agissait d'hommes caucasiens qui se jetèrent brutalement sur nous comme des chacals enragés. Je m’efforçai gauchement de rendre coup sur coup en protégeant la jeune femme de mon corps mais j’étais submergé. Alors que je pensais à Ishell qui était en danger, je retrouvai ma concentration ainsi qu'une nouvelle vigueur.

Avant que l’un des mes agresseurs ait pu relever le bras, j’abattis brutalement mon poing sur sa gueule. Je sentis son nez s’aplatir sous mes phalanges et ses dents céder sous l’impact. Hors de combat, il se réfugia, tout son visage sanglant, en arrière de deux autres hommes qui se ruèrent aussitôt sur moi. L’un me prit à la gorge tandis que l’autre me frappait sans relâche, tout deux cherchant à me déséquilibrer et à me faire tomber. Je cédai volontairement et me laissai choir sur un genou laissant ainsi mes deux agresseurs désarçonnés pendant un instant. Avant qu’ils ne reprennent leurs attaques, j'en profitai pour saisir le bras de celui qui m’étranglait à la gorge pour le faire tournoyer. Je positionnai sa hanche qui y était connecté contre mon flanc et le soulevai à force de bras et le précipitai contre mon autre agresseur. Le corps de l’homme effectua un bref vol plané pour s’écraser contre son complice et finir inerte sur la plage, étendu de tout son long. Je réalisai avec soulagement du coin de l’œil que Ishell allait bien et qu’elle profitait de l’aide impromptue d’un jeune homme qui tenait en respect un de ses assaillants. Cette distraction aurait pu m’être mortelle; j'ai faillit être surpris par l'agresseur restant qui revenait à la charge en fonçant avec un couteau au poing. Je n’hésitai aucunement et allai à sa rencontre en adoptant une position défensive. J’esquivai de justesse son coup de lame et réussit à lui empoigner sa main armée au retour et lui tordit son bras de toutes mes forces. L’os ne résista pas: je l’entendis craquer dans un bruit sinistre. L’homme émit aussitôt un cri de douleur et s’écroula dans le sable en se tordant et en gémissant tout en tentant de soutenir son bras branlant. Il restait encore deux hommes. L’un menaçait Ishell de son arme, l’autre emprisonnait le jeune homme venu nous aider dans une prise. Je m’avançai vers eux d’un air résolu. Je vis qu'il y avait aussi à ce point d'autres gens qui se rapprochaient sans doute attirés par les cris du combat. Les deux hommes me regardèrent ainsi que leur trois camarades gémissant à mes pieds. L’un lâcha prise et pris la fuite tandis que l’autre du coup de son couteau trancha la sangle du sac à main d’Ishell et lui arracha avant de courir à toute jambe à la suite de son complice. Je partis aussitôt à la poursuite du voleur. Je le rattrapai dans mon sprint et plongeai en lui empoignant les chevilles. Il tomba à plat ventre sur le sable et sur le coup, le sac à main tomba en se vidant de son contenu.  Je retins l’homme contre le sol de tout mon poids en lui forçant le visage contre terre. J’étais talonné par le jeune homme qui avait assisté Ishell. Réalisant que cette dernière avait été laissée seule, je me retournai et regardai derrière. Je ne vis aucune trace d’elle dans le groupe grandissant de curieux qui s’assemblaient.

J'émis un juron. Ishell avait disparu ainsi que les agresseurs que j’avais précédemment blessés. Au moins j’en tenais un!

-Qui êtes-vous? beuglais-je, en lui resserrant comme un étau la clé que j’effectuais avec mon bras autour de son cou. Que nous voulez vous? Que voulez vous à cette femme?

-Vous feriez mieux de me laisser partir, souffla l’homme d’un ton glacial et sinistre, ou vous ferez face à des forces dont vous ignorez tout, et qui je vous promet, vous détruiront sûrement!!!

Je ne me laissai nullement intimider et le retint immobile.

La police arriva enfin. M’éclairant de sa lampe de poche, un officier m’ordonna de lâcher prise à la menace de son arme. Je m’écartai doucement en gardant mes mains bien en vue des officiers et en reculant. L’homme se releva et m’adressa furtivement une menace sinistre:

- You are dead! (Vous êtes mort!)

Sa coupe de cheveux ras, son apparence me suggérait un militaire. Mais de quelle armée? Il n’était évidemment pas, avec sa peau blanche et ses cheveux pâle, un mexicain. Il s’adressa aux officiers en disant:

-Este perro vicioso me atacó sin razón. Él estaba después del dinero de mi esposa.

Ce qui voulait dire que j’avais volé l’argent de sa femme et que j’étais un chien vicieux qui l’avait attaqué sans raison.

-¡Es une mentira! C’est un mensonge! répliquais-je aux policiers. Ils me fouillèrent et me prirent mon portefeuille et examinèrent mes pièces d’identité. 

Le jeune homme qui m’était venu en aide s’approcha de l’officier. Il me pointa du doigt :

-¡Hola! ¡Soy un testigo! ¡El hombre rubio grande está diciendo la verdad! ( Je suis un témoin! Le grand homme blond dit la vérité !)

Il semblait être connu des policiers qui lui posèrent des questions précises. Il raconta toute notre histoire devant les officiers attentifs ainsi qu’un homme vêtu en civil. Je devinais qu'il s'agissait d'un officier supérieur ou d'un détective. Il fit un signe à ses subalternes qui procédèrent aussitôt à une fouille en règle de l’agresseur d’Ishell alors qu'on lui forçait à garder les mains à sa tête. Les policiers consternés trouvèrent en plus de son poignard à lame rétractable, un pistolet automatique. Il n’avait apparemment aucune pièce d’identité sur lui. L'homme ne dit pas un mot alors que l'on l'informait de ses droits. Je croisai son regard plein de haine et de mépris au moment où les officiers lui passèrent les menottes. Les policiers l'escortèrent de force vers leur véhicule illuminé par ses brillants gyrophares.  J'observais tout autour de moi les nombreux curieux venus assister à cette scène. J'étais à la fois inquiet et déçu de ne voir Ishell nul part.  Je regardai la voiture de police démarrer et partir avec ce brigand qui se retrouverais probablement avec des charges criminelles d'assaut à arme blanche avec intention de blesser, de vol ainsi que de possessions d’armes illégales déposées contre lui. Ses menaces ne m'avaient nullement inquiétées car je savais qu’il serait en prison un bon bout de temps. J’avais la permission d'un policier de les aider à ramasser le contenu du sac d’Ishell. J'examinai le contenue dispersé du sac et à première vue, il n’y avait rien de valeur mis à part d’un peu d’argent. Le jeune homme qui était venu au secours d'Ishell m’assista en s’occupant des billets de pesos poussé par le vent alors que je ramassai du change, des pièces de un, cinq et dix pesos qui s’étaient réparties sur la plage.  Pendant ce temps, j’entendis les policiers s’adresser à la foule en recherchant des témoins :

- ¿Hay otros testigos? Are there any other witnesses?

Quelques gens se présentèrent et les policiers notèrent leur déposition.

Je me rappelais d'avoir lu ou entendu que le sac à main d'une femme en révélait beaucoup sur elle. Le sac d'Ishell était élégant mais tout ce qu'il y avait de plus ordinaire; un sac artisanal probablement acheté dans une des nombreuses boutiques touristique de la cinquième avenue. Mis à part la petite somme d'argent, il n'y avait rien dans ce sac; aucun objet personnel, aucun trousseau de maquillage, pas même un rouge à lèvre, du fard à paupière, brosse à cheveux, gomme ou simple papier. Bref, il n'y avait rien de ce que je me serais attendu de retrouver dans le sac d'une femme, rien qui m’apprenait quoi que ce soit sur cette Ishell. Le jeune homme vint me joindre et me présenta la liasse de billets qu'il avait rassemblée. Je le remerciai, remis l'argent dans le sac et le restituai aux policiers. J'aurais voulu entamer une discussion avec le jeune homme mais ce dernier était affairé à raconter et à mimer de façon exagérée son aventure à ce qui semblait être un groupe d'ami. Ces derniers me regardaient parfois furtivement d'un air incrédule ou fasciné.

Je profitai de ce moment pour retourner à l’endroit ou j’avais laissé Ishell. Il n’y en avait aucune trace. Aux alentours, le sable de la plage était souillé de taches sombres, celle du sang de ceux qui nous avait agressés. Ils avaient eux aussi tout comme Ishell disparus! Je contemplai mes propres mains sanguinolentes. J'étais complètement abasourdi. A court d'adrénaline, je me laissai choir par terre, choqué, épuisé, vidé de toute mon énergie. Je réalisais à peine l'ampleur de ce qui venais de se passer tellement que tout cela me semblait irréel. Je me demandais comment j'avais été capable de mener ce combat de forcené; la réponse m'était toute simple: Ishell!

L’officier de la police vint me joindre. Il me remis

mes papiers et avait déjà noté mon identité. Il s’adressa à moi en anglais:

-Monsieur Michael, vous allez bien? Vous n’êtes pas blessé ?

Je lui hochai négativement la tête en m'efforçant péniblement  de me relever. Je tremblais de tout mon corps sans pouvoir m'arrêter; j'avais le souffle court, mes jambes elle-même me semblaient molles et chancelantes, menaçant de défaillir. Je me ressaisis en faisant un grand effort de volonté et m'efforçant à prendre de lentes et profondes respirations.  

-Vous pouvez me raconter votre histoire en détails ? demanda l'officier, stylo à la main et carnet de notes ouvert. 

Je lui parlai de ma rencontre avec Ishell, de l’attaque que nous venions de subir et de sa disparition.

L’officier était attentif et sympathique à tout ce que je disais. Il fut surpris d’apprendre que je n’avais jamais rencontré Ishell auparavant et que je ne connaissais même pas son vrai nom. Il était tout comme moi surpris et déçu que son sac ne fournisse aucun indice sur son identité.  Il sembla satisfait de mon témoignage. Nous étions tout deux perplexes sur le fait que les agresseurs étaient tous des hommes blancs et non des gens locaux et il me demanda si j'avais une idée là-dessus.  Je ne pouvais que lui répondre négativement de toute bonne foi.

Il conclut :

-Si je comprends bien, vous n’avez été qu'un bon samaritain et cette femme était la cible visée par cette agression et ce vol?

-Absolument, il faut que vous la retrouviez, elle peut-être en danger! répliquai-je urgemment au policier.

-Nous avons sa description. D’un demi-sourire, il tenta de me rassurer :

- Une femme comme cela, ça se remarque! On va sûrement la retrouver!

Il hésita un moment à poser la question suivante.

- Ceci est tout à fait en confidence entre vous et moi. Parlez sans crainte de poursuite. Est-il question de drogues ici ? Vous ou elle ?

- Bien sûr que non répondis-je sèchement.

- Prostitution ?

- Non ! Ce n’est pas ce genre de femme. 

J’étais amer après avoir traversé tout cela et d’entendre de tels soupçons de la part de l’inspecteur.

Il remarqua ma réaction et continua :

- Votre version des faits corrobore celles de tous les témoins que j’ai entendus. Il fallait que je vous pose ces questions. Vous restez à l’Allure?

Je lui fit signe que oui.

-Nous communiquerons avec vous si nous en avons besoin. Et si nous retrouvons la demoiselle, nous la prions de vous rejoindre. Nous laisserons un avis au personnel du « Blue Parrot » et aux hôtels des environs à son effet et garderons son sac d’ici à ce qu’elle le réclame. Attendez un moment s’il vous plaît, vous serez examiné pour s’assurer que vous n’avez pas subit de blessures graves. Je vous reviens après.

Deux hommes m’escortèrent dans le fourgon derrière une ambulance. Malgré toutes mes assurances que j’allais bien et que ce n’était pas nécessaire, les ambulanciers insistèrent tout de même et procédèrent à un examen de routine et traitèrent mes abrasions avec un antiseptique. Ils me laissèrent aller quelques minutes plus tard. Je les remercia et saluai alors qu’ils fermèrent leur l’ambulance et se préparaient à repartir.

Je repensai aux agresseurs et restais perplexe : l’inspecteur avait raison, tout cela avait l’apparence d’une affaire criminelle, une guerre de cartel. Ces hommes avaient sans doute convoité quelque chose qui leur était d'une très grande valeur. Leur attaque n’avait pas été dirigée contre la personne d'Ishell; c'était son sac qu'ils avaient tenté de lui dérober et pourtant je savais bien qu'il ne contenait rien qui aurait pu justifier une telle agression. J'étais certain qu'ils n'avaient pas eu le temps de mettre la main sur quoi que ce soit en raison de mon intervention.  D'ailleurs le voleur avait été scrupuleusement fouillé devant moi et il n'avait rien d'exceptionnel sur lui mis à part son arsenal. Ishell devait donc avoiren sa possession quelque chose de précieux ou sans prix pour ces hommes sans scrupules.  Je déduis donc qu'elle était plus que jamais en danger...

Danger... Que m'avais t’elle dit déjà? Qu'elle regrettait de m'avoir ainsi mis en danger!  Pourtant elle ne m'avait rien laissé mis à part ce baiser! Je me rappelais la douceur de ses lèvres contre les miennes et de ses mains enlaçant mes hanches...  Je réalisai ce qui avait dû véritablement transpirer à ce moment et souhaitais de tout mon coeur d'avoir tort. Tout en replaçant mon portefeuille, je  parcouru rapidement mes poches de pantalon à la recherche d'une fiole, sachet ou tout autre objet qui aurais été laissé par Ishell. Je trouvai une pièce ronde dissimulée dans ma poche arrière. Ceci confirma mes doutes. Cette poche était vide auparavant; je n'y laisse jamais rien. Elle m'avait donc été confiée par Ishell, c'est donc cela qu'elle cherchait à me dire. Le baiser n’avait été qu'un subterfuge pour me refiler cette pièce. Cette réalisation me déçu amèrement; j'avais été utilisé, manipulé et mis en danger. Et tout cela pourquoi au juste? Jexaminai rapidement la pièce d'Ishell : il s’agissait d’un disque de terre cuite d’environ trois centimètre et demi. Il était ancien, grossier et endommagé, il y avait même une fissure sur son diamètre. Je craignis que je l’aie endommagé dans ma bagarre. Une inscription s’y trouvait à peine visible, effacée et couverte par des résidus.

Ce disque à première vue me sembla sans aucune valeur apparente, du moins rien qui pourrais justifier la convoitise de ces bandits.   La découverte de cette pièce de Terra Cota évoquait d'ailleurs dans mon esprit plusieurs questions sans me laisser pour autant aucun élément de réponse. Je m'interrogeais sur ce que cela pouvait être et surtout sur ce que devais-je faire avec.  Je regardai avec suspicion les gens autour de moi en craignant qu’ils dissimulent d'autres filous. Je décidai donc que prudence était de mise et remis le disque discrètement dans ma poche en résistant à ma tentation de l'examiner d'avantage. Je songeai alors que de résoudre le mystère de cet objet éclaircirait l'énigme qu'était Ishell.

L'inspecteur de la police revint. Il me tendit une carte. J’y lu son nom, officier détective Rodrigue Callas.

-Si vous vous souvenez de quoi que ce soit d’autres, contactez-moi immédiatement!

Juste à ce moment, j'aurais été tenté de me confier à lui et de tout lui dire de ma découverte mais je ne lui dit rien d'autre qu'un remerciement distrait en ajoutant sans conviction:

- Oui, bien sûr! Et vous si jamais vous retrouvez la femme prévenez-moi s’il vous plaît, ne serait-ce que pour me dire qu’elle va bien.

-Vous avez terminé avec lui? demanda le jeune homme qui m’accompagnait depuis cette attaque.

-Si! répondit l’officier. Je le laissais partir justement! Tu es en retard à ton travail Dago!

L’officier me serra la main, s’adressa à moi une dernière fois avec un conseil amical :

-Essayez Señor d’éviter les ennuis!  

-J’essaierai! Je lui promis. Il nous salua de la main et partit.

Dago me prit par le bras et m’entraîna avec lui sur la dixième rue. C’était un jeune latino aux cheveux brun foncés et d’un aspect soigné. Il ne devait être au début de la vingtaine.  Nous nous arrêtâmes avant la dixième rue tout juste avant la dixième avenue devant une affiche « Sweetwater Bar&Grill ».

Je lui demandai alors la question brûlait mes lèvres depuis que nous avions quitté la plage:

- Dis-moi cette dame que nous avons aidée à la plage, tu la connaissais, tu sais où je pourrais la retrouver?

- No señor! Je pensais qu'elle était votre petite amie répondit-il simplement.

Il ajouta, sansdoute en raison de mon évidente déception:

 -Je suis désolé señor de ne pouvoir vous aider d'avantage!

- Merci de ton aide Dago lui dis-je en lui serrant la main. Je dois la rechercher, la retrouver et m'assurer qu'elle va bien.

Dago me pria :

-S’il vous plaît, Monsieur. J'ai à mon tour besoin de votre aide. Vous expliquerez pourquoi je suis en retard à mon patron.

-Pourquoi moi? demandais-je quelque peu amusé par ce jeune homme nerveux et énergétique.

- Il va vous écouter vous, tenta t’il d’expliquer, ou du moins vous allez sûrement l’impressionner.

J’aurais préféré rechercher Ishell dans la ville immédiatement mais la détresse du jeune homme me semblait tellement sincère que j’étais prêt à l’aider. Un détour de quelques minutes, tout au plus. Il m’amena au petit bar, tout juste à droite de l’entrée.

Dago salua tout le monde et pris la place derrière le Bar. Il était vraiment sympathique. Je notai le drapeau arc en ciel et compris tout de suite le genre d'établissement où j’étais.  Un homme dans la quarantaine, mince aux cheveux argent fit son apparition. Il avait un visage angulaire basané et un air sévère mais sa chemise bleu poudre et ses jeans blancs démesurément serrés n’avaient rien de macho.

Il faudrait jouer la carte de charme souriais-je. Je me dressai devant lui avant même qu’il puisse atteindre Dago. Je le dépassais d’une tête et m’adressai à lui en lui serrant la main :

-Je suis venu remercier ce jeune homme héroïque. Il est venu m’aider à la rescousse d’une femme qui a été attaquée.

Je voyais que je l’impressionnais physiquement en tout cas mais je détectais un scepticisme de sa part. Je lui remis la carte du policier.

-Vous pouvez vérifier.

-C’est pas nécessaire. Je vous crois mon ami. Vous n’êtes pas une de ses fréquentations habituelles répondit-il avec un sarcasme dirigé vers le jeune barman.

Il ajouta :

-Dago un verre pour le Monsieur. Que désirez vous?

-Vodka tonique serait parfait merci!

-Vous êtes de quel région? demanda t’il en m’offrant une cigarette que je déclinai. Il s’en alluma une et engagea la conversation. J’appris ainsi qu’il s’appelait Rodrigue, un espagnol originaire de Madrid.  Il parlait même un peu le français. Je réalisai également qu’il était très tactile car il utilisait le prétexte de chacune de ses paroles pour me toucher quelque part. Au moins j’avais réussit à capter toute son attention et il avait oublié Dago.

Il m’apprit que le complexe s’étendait de la sixième jusque à la dixième rue et qu’on y trouvait un café, une discothèque, un grand restaurant et même un salon de tatouage. Il était même possible d’arranger des excursions de pêche ou de plongée au large de Cozumel. Sweetwater était un des rares établissements de la région de Riviera Maya dédiés « aux amis de Dorothée ». En fait Rodrigue expliqua que si j’avais demandé aux gens de la ville de m’orienter pour trouver cet endroit on m’aurais sûrement menti et donné de fausses direction. Devant mon air incrédule, il commenta en soufflant la fumée de sa cigarette :

-Ce n’est pas tout le monde qui nous aime, même au paradis!

Rodrigue fut demandé à l’arrière cuisine. Il écrasa sa cigarette et s’excusa. Je lui souris poliment de toutes mes dents en lui promettant de le revoir plus tard.

Dago me servit une nouvelle rasade d’alcool que j’avalai d’un trait.

-Merci, merci! répéta le jeune barman. Vous avez fait de lui l’homme le plus heureux du monde et quand il est heureux nous, nous sommes tous heureux!

Il me montra tout le personnel environnant, les cuisiniers et les serveurs.

Je comprenais comment Rodrigue pouvait être austère. J’avais décelé en lui un homme d’affaire avant tout et il avait vraiment le cœur dans son commerce. Je le vis du fond de complexe me saluer et me pointer du doigt en me montrant à d’autres clients et employés. Je ne me rappelais pas d’avoir été ainsi le centre d’attention de tout un bar, il fallait bien que je vienne à Playa del Carmen pour cela.

Mes pensées se dirigèrent vers Ishell. Qui était cette femme mystérieuse? Pourquoi me faisait-elle autant d’effet. D’où venait-elle? Elle évoquait par sa stature élancée, sa peau ambrée et ses cheveux d'ébène la noblesse des anciennes races méditerranéennes. De plus les traits gracieux de son visage semblaient parfaitement assignables aux indigènes du Yucatan, les mayas, si ce n’était de sa grandeur. Quels périls la guettaient et de quels dangers me prévenaient-elle? La menace de l'homme que j'avais capturé résonna dans mon esprit.

Je n’avait pas finit mon verre que déjà  Dago m’en servait un autre que je bu avec la même avidité. Le choc du combat, la vision d’Ishell me revenait, j’en tremblotais. Ces gens qui la traquaient qui étaient-ils, d’où venaient-ils? Dans quoi je venais de m’embarquer?

-Quel combat! dit Dago admiratif. Vous vous êtes battu comme un vrai fauve!

-C’est la première fois que je me battais ainsi, lui révélais-je, du moins contre des hommes. Je me suis déjà battu contre un ours!

Il pensait que je blaguait et ne me prit pas aux sérieux. Devant son incrédulité, je lui montrai les cicatrices sur mon torse. Il en resta bouche bée.

Tout en ballottant le contenu de mon verre, je me demandais encore pour la centième fois d’où provenaient ces hommes que j’avais blessés. Sûrement qu’ils auraient besoin de soin médicaux. Ils seraient ainsi possibles de lesretrouver.  Peut-être quelque chose à mentionner aux policiers bien que j'étais certain qu'ils y avaient déjà songé eux-mêmes.

Dago commençait  la préparation d'un autre verre, mais je l’interrompis. Jusque là, l'alcool m'avait fait du bien et relaxé m'ayant lavé en quelque sorte de mes frayeurs et de ma nervosité. Je n'en voulais pas plus, désirant avant tout de partir à la recherche d'Ishell qui peut-être j'espérais, m’attendait quelque part. J'insistai pour régler ma note, saluai Dago avec la promesse de revenir. Pendant des heures, je déambulai en vain sur la plage et les rues éclairées de la ville en guettant tout les gens que je croisais. J'étais à l'affût de ma mystérieuse inconnue dans les différentes boutiques, bars, restaurants et lobbys d’hôtels. Je poursuivis mes recherches jusqu'à ce que la cinquième avenue soit abandonnée par ses marchands et touristes et que la ville elle-même, enfin tranquille, sembla s'endormir.  Je  me résignai donc à abandonner et hélai un taxi en lui demandant de me ramener à l'Allure. Le chauffeur était agréable et me demanda si j’avais bien fêté.  Je lui répondis que je rentrais et que j’avais assez vu d’action aujourd’hui. Il me demanda d'où je venais. Je lui répondis Montréal au Canada.

Il me sourit dans son rétroviseur:

- Hiver là-bas! Neige, froid, pas comme ici!

Je lui répondis simplement par un hochement de tête et un sourire forcé. J'avais le coeur lourd et n'avais aucune envie de m'engager dans une conversation. Le ciel à ma droite s’illuminait à la lueur d’éclairs de chaleurs lointains. Nous arrivâmes enfin à l’hôtel. Je remerciai le chauffeur et le paya en lui laissant un généreux pourboire. Je rejoignis ma chambre pour découvrir, avec frustration, que ma clé magnétique ne fonctionnait plus. Je me rendis au bureau de réception où ma clé fut remplacée. L’air frais du large me réveilla.  Tant qu’à être tout près, je me rendis à la plage. Tout y était calme et paisible. Je m’étendit sur une chaise longue et m’abandonnai au murmure répété des vagues.

 

Tu parles de vacances!

Le ciel était clair, je restai tout simplement assis à regarder les étoiles. La majestueuse Voie Lactée se dressait devant moi et traversait le ciel d'est en ouest. Un croissant de lune  fantomatique s'élevait sur ma gauche. L'agencement des constellations sous les latitudes tropiques ne m'était pas familière. Je pris quelques infants pour m'orienter.  Je trouvai au-dessus de ma tête le triangle d'été formé par Véga de la lyre, Deneb du cygne et Altair de la constellation de l'aigle. Un étoile brillante crevait  la surface de l'océan: je reconnu Sirius du Grand Chien accompagnant le Orion, le chasseur céleste.

Le faisceau périodique du phare de Tulum balayait aussi l’horizon. Je méditais sur tout ce qui venait de se passer. Je repensai Ishell, j’avais honte d'une part de l’avoir ainsi abandonné mais de l'autre je craignais d'avoir futilement perdu mon temps. J'émis un profond soupir: Comment cette belle inconnue avait-elle pu me toucher aussi profondément? Je ne croyais pas aux coups de foudre mais notre baiser m’avait laissé l’impression étrange d’une communion intime et profonde. Mais qui était-elle, d’où venait-elle? Chose certaine, elle était entouré d’intrigues et de grands dangers. Il s’ajoutait à tout cela bien sûr cette pièce d’argile cuite qu’Ishell m’avait laissé. En quoi ce disque pouvait avoir de la valeur? Apporterait-ils des réponses à l’énigme de Ishell? Comment le savoir?

Un phénomène céleste attira alors mon attention. Une étoile apparut soudainement dans l'amas des pléiades du Taureau. Le brillant météore migra et descendit jusqu'à la ceinture d'Orion où il s'embrasa dans mille feu avant de disparaître. Je fis un voeux dans mon coeur: je souhaitai revoir Ishell.

Je remarquai une nébulosité croissante dans le ciel en direction sud et la brève et vive lueur d’éclairs au large. Je décidai de rentrer. Il ne restait plus personne autour de la hacienda et le bar était fermé depuis bien longtemps. Je regagnai ma chambre sans presse en respirant l’air humide imprégnée d’arômes tropicaux subtils et en faisant un dernier adieu au ciel noir transpercé par les mystères et le scintillement froid d’une infinité de soleils lointains. 

 

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Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 19:40

Je me réveillai avec la lumière du soleil qui perfusait au travers de mes rideaux.  Le beau temps était donc au rendez-vous! Mon réveil indiquait près de six heures trente. J’avais mal à la tête et la gorge sèche. J’avais la gueule de bois, pas la meilleure des façons que j’avais imaginé pour commencer mes vacances. Je pris ma douche et me rasai. En regardant ma réflexion dans le miroir je trouvais que j'avais mauvaise mine : mes yeux étaient cernés, ternes et sans vie. La fatigue et mon stress des derniers mois étaient marqués dans mon visage.

- C'est donc cela des vacances! murmurais-je à moitié amusé. Je bu une bouteille d’eau minérale en regardant la cour intérieure. Il y avait des nuages, mais le soleil s’imposait dans le ciel et il semblait magnifique, scintillant sur l’eau qui s’écoulait de la fontaine de pierre voisine.  Je ne voyais aucune activité. Je m’habillai pour le gymnase et commençai ma journée en joggant plusieurs fois autour du complexe et remarquai qu’à cette heure matinale, il y avait beaucoup de personnel affairé à l’entretient méticuleux des terrains.

Le gymnase était à l’extrémité ouest du complexe, près de l’autoroute. Je fus agréablement surpris de le trouver aussi bien équipé. Il y avait deux tapis roulant, trois vélos stationnaires et assez d’équipement Nautilus et de poids libre pour un entraînement sérieux. Je n’aurais donc pas de vacances concernant mon programme de musculation et de conditionnement physique. Depuis l’an dernier, je m’entraînais presque tous les jours que je le pouvais pour m'aider à maintenir la forme et diminuer le stress. Cela m'avait été une nécessité pour maintenir ma santé physique et mentale après mon accident quasi-mortel en terres Inuit que j'avais prospectées. Cette attaque d’ours m’avait laissée deux semaines dans le coma et avait nécessitée trente longues semaines de convalescence pour réchapper et rétablir mon corps brisé et déchiré. C’est au prix de laborieux et intenses efforts impliquant différentes thérapies et réadaptation que je pu retrouver une vie normale. Les médecins attribuaient mon miraculeux et complet rétablissement à ma jeunesse, vitalité et excellente condition physique. Je l'attribuais pour ma part aux soins du Shaman qui m'avais sauvé la vie. La gym était ainsi devenue pour moi une cure. J’admettais que j’aimais bien le développement corporel qui en découlait. Je n’avais pas un physique de culturiste; mes muscles n’étaient ni noueux, boursouflés ou veineux mais gracieux, flexibles et durs. Je perdais peut-être bientôt la jeunesse tumultueuses de mes vingt ans, mais je me considérais enfin mature et au sommet de ma forme physique pour ma trentaine. Du moins c’est ce que j’aimais croire dans mes élans narcissiques.

J’étais seul au centre de conditionnement physique. Il y avait un stéréo que j’allumai et choisi un disque compacts. Il n’y avait pas grand choix,  je sélectionnai une compilation des meilleurs succès des années quatre-vingt. Je reconnu la première chanson comme un succès original de la bande du film « Top Gun ». Tant pis, il n’y avait que cela. En tout cas, cela sera un entraînement sous le signe de la nostalgie ma jeunesse. Je me promis d’amener mes propres disques demain. Je fit vingt minutes de vélo stationnaire et travaillai mes muscles. J’avais presque terminé l’ensemble de mes exercices lorsque  la musique d’un succès du groupe « Alan Parson’s Project »  appelée  « Eye in the sky »  s’amorça. Je me mis à la chanter à gorge déployée: 

- I am the Eye in the Sky looking at you… I can read your mind… I can read your mind….

Je réalisai subitement que je n’étais plus seul. Un jeune homme au physique de sportif,  à la peau ambrée et aux cheveux noirs était là qui me contemplait bouche bée. Je m’arrêtai immédiatement totalement embarrassé et lui sourit comme un imbécile. Il ne voulait pas me rendre mal à l’aise mais il ne pouvait s’empêcher de me dévisager de façon bizarre.

- Hola Señor! dit–il enfin

- Hola!, répliquai-je perplexe.

Il continua en anglais :

-Je suis Saul; seriez-vous intéressé par un tour guidé des ruines de Tulum en bicyclette?

-Non merci, pas pour maintenant! lui répondis-je. Une autre fois peut-être! Mucha Gracias!

Je l’observai à mon tour. Je vis qu’il retournait à l’extérieur du gymnase devant le terrain de tennis où quelques gens étaient déjà rassemblés et enfourchaient des bicyclettes prêtes pour leur excursion. Il me semblait tout de même sympathique ce Saul. Vraiment une autre fois peut-être.

Il  était déjà neuf heures. Je les saluai et rentrai à ma chambre et me douchai. Je remarquai que ma chambre avait déjà été nettoyée et qu’un lapin se dressait sur mon lit avec deux chocolats. Mon réfrigérateur était de nouveau plein. J’enfilai mon Speedo  rouge tout neuf que je couvris d’un short de la même couleur et mis une chemise flottante à manche courte. J’avais des sandales aux pieds et me dirigea vers la hacienda pour déjeuner. Nous y étions accueillis par une table offrant jus d’orange et champagne, avec en plus des  Mimosas, Saumon, fromages à la crème ainsi que des biscotte. Il y avait même un bol d'œufs d’esturgeons sur glace.  Je n’avais pas l’esprit à consommer de l’alcool; j’avais bien retenu la leçon de ma dégustation de Tequila d’hier.  Je pris une table et aussitôt une hôtesse souriante m’offrit un jus d’orange fraîchement pressé et un café. Je la remerciai. Je visitai le buffet. Il contenait des gaufres, omelettes préparées et servies avec les condiments de son choix. Il y avait une grande sélection de pain, fromages, fruits frais, céréales et yaourt. Il serait très facile de manger « santé » ici. Je commandai des pains dorés assaisonnés de cannelle que j’accompagnai d'une montagne de fruits. Je ramassai un journal, l’article principal affiché sur la première page parlait de Stan qui forçait l’évacuation des 270 travailleurs de cinq plateformes pétrolières du Golfe du Mexique. On craignait que Stan se renforce dans le golfe du Mexique pour devenir un ouragan. Le gouvernement Mexicain avait décrété une alerte nationale pour la région de Veracruz. Je pensai avec sarcasme de nouveau à Kris qui m’avait pourtant dit que septembre et non octobre était la saison des orages; elle m’avait encore moins parlé d’ouragans! Je terminai mon déjeuner et me dirigeai vers le bureau de la concierge où la préposée enregistra ma réservation du soir pour le restaurant italien. Il restait heureusement de la place. Je me trouvai une chaise longue à la piscine et m’installai pour profiter du soleil. Il était temps de donner des couleurs à ma peau blanche!  J’étais à peine assis lorsque les deux  monitrices, Maria et Cheryl vinrent me recruter pour la séance matinale d’étirement. Par après je me joignis de bon cœur pour la session d’aérobique aquatique. L’exercice fut revigorant et me fixa définitivement dans l’esprit des vacances.  Il ne restait plus rien de toutes mes craintes passées, de Montréal, de mes anciens patrons, du  travail et des compagnies minières. Je vivais pleinement dans le présent. Je sorti de la piscine commença à me sécher lorsque le barman passa et me laissa une boisson fraîche.

- Je n’ai rien commandé affirmais-je.

- C’est pour goûter Señor,  répliqua le barman. Daiquiri à la banane, à votre santé!

Je levai mon verre et goûtai. C’était un breuvage crémeux absolument délicieux.

Je remerciai le barman :

- Gracias!

- De nada! répondit-il en souriant.

Je réalisai alors que la majorité les gens entourant la piscine dégustait le même breuvage. Je n’eu pas le temps de vider mon verre avant de me laisser entraîner dans un féroce match de Water-polo avec Cheryl. J’étais du côté du personnel de l’Allure contre un amalgame de Français, d’Italiens et d’Américains incluant Ted.  Ce dernier était en bonne forme physique et se montra férocement compétitif. Les échanges de ballons furent intense et le match attira l’attention de tous autour de la piscine, plusieurs encourageant les membres de leur groupe respectifs. C’est avec satisfaction que nous avons remporté le match haut la main. Les perdants étaient frustrés et nous lancèrent aussitôt un défi en fin d’après-midi dans une joute de Volley-ball qui fut accepté.

J’allai rejoindre Ted et lui serrai la main.

- Vous êtes un sacré athlète complimenta t’il.

-Merci! Vous aussi! Et pas trop nerveux à quelques jours du mariage? demandais-je.

-Non, nous avons eu notre première rencontre pour les préparatifs plus tôt ce matin, ils prennent vraiment soin de tous les détails! continua Ted. Il soupira profondément laissant transparaître sa nervosité.

Il me mena à leur place ou Judith et Angela profitait d’un bain de soleil. Cette dernière sembla m’ignorer. Tant pis.

-Quel match! commenta Judith. Je ne pourrai pas être la cette après-midi, j’ai rendez-vous au Spa. Il faut que je sois la plus belle jeudi!

-Vous serez la plus belle, j’en suis certain! lui répondis-je sincèrement. Cette remarque la toucha profondément.

-Je vais au bar annonça Angela. Quelqu’un veux quelque chose?

-Une bière dit Ted.  Judith hocha la tête en signe de « non », remis ses lunettes soleil et se rallongea sur sa chaise.

-Je prendrais bien un autre daiquiri répondis-je. Je vais t’accompagner!

Le langage corporel d’Angela montra sans subtilité que je m’imposais. Mais je m’immisçai quand même. Une fois arrivé au grand bar du Sugar Reef,  je la confrontai.

-Si j’ai fais quoi que ce soit qui t’a blessé je m’excuse Angela lui dis-je doucement. Mais je ne vois pas quoi!

- Vous vous intéressez à moi répliqua Angela, bouleversée. Vous êtes beau, je suis flattée mais jamais je ne pourrais…

-Parce que c’est Lydia que tu aimes! lui annonçais-je tout simplement.

Elle s’étouffa :

- Quoi? Tu savais!!!!

-Tu n’es pas ma seule amie lesbienne!

Elle paniqua :

-Mon frère! Ma famille ne peut rien savoir, mon Dieu, personne ne doit savoir….

Je la serrai contre moi pour la calmer.

-Il n’y a pas de danger de ça. Je suis ton ami et pour moi tu as le droit à une vie privée envers ton frère et ta famille et pour moi c’est sacré. Seul toi décideras, si un jour tu aimes quelqu’un au point que tu voudras partager ton amour avec toute ta famille.

Je lui essuyai les larmes coulant sur son beau visage et elle me regarda perplexe.

Je me plaignis tout penaud:

- C’est bien ma chance : non seulement je suis du mauvais sexe pour la fille la plus superbe de tout l’Allure, mais celle-ci va me ravir tout autres filles que je pourrais intéresser...

Je soupirai de façon exagérée en souriant et lui serrant la main.

Angela refoula ses sanglots et pouffa de rire :

- You are absolutly crazy! (Tu es complètement fou!)

Elle m’expliqua ensuite comment sa vie avait été difficile. Même en ces jours à l’extérieur de la sécurité du campus universitaire, on la condamnerait, détesterait sans raison et on refuserait de la comprendre. Au moins son milieu professionnel était plus ouvert.  J’admis qu’à Montréal les homosexuels profitaient d’une plus grande tolérance. Après tout, le mariage gai était désormais force de Loi au Canada.

J’invitai alors Angela et sa copine à venir éventuellement chez moi ce qu’elle n’écarta pas. Elle commencerait bientôt une ronde d’interviews qui pourrait l’amener au Canada afin de développer sa carrière et se joindre à une troupe d’opéra.

-Ca prend du temps pour une bière! se plaignit Ted en nous interrompant.

-Vous faites un beau couple! ajouta t’il innocemment, tout satisfait.

Angela et moi nous somme regardés et éclatâmes aussitôt en rires. Ted nous regarda hébété alors que nous rions aux larmes incapables de nous arrêter.

Je laissai Ted et Angela le cœur léger en leur promettant de les retrouver plus tard. Je trouvai un petit bar particulier près de la plage, il était rond en bois gris avec un toit pointu en chaume. Ce qui était remarquable était les bancs qui l’encerclaient. Il s’agissait de simples balançoires constituées d’une planche de bois suspendue du toit par deux cordes solides. Le barman m’accueillit chaleureusement et se présenta a me serrant la main, il se nommait Tiburcio. Il me félicita de mes exploits sportifs précédents et m’offrit à boire. Devant mon hésitation, il me demanda de lui faire confiance. Il mélangea savamment une de ses concoctions qu'il servit avec un soupçon de grenadine.

- Ma version de « Sex on the beach » présenta fièrement le barman.

J’en bu une gorgée et approuvai. Je venais de trouver ma boisson favorite. Je fis part de mon compliment à Tiburcio qui commença aussitôt à m’en préparer un autre avec le plus grand des plaisirs. Nous eûmes alors une conversation, échangeant un peu sur nos vies. Je finit de boire mon premier verre et entama l’autre que j’amenai avec moi en me dirigeant vers la tour du maître nageur.

-Hola! dis-je au surveillant.

-Hola! répondit-il. Il s’agissait d’un grand jeune homme athlétique au profile classique d’un nageur de compétition. Je le reconnu, il s’agissait de Gerry, un de mes co-équipier dans le match de water-polo précédent.

-Vous savez si vous abusez des boissons de Tiburcio, je dois vous empêcher de vous baigner, plaisanta t’il.

-Bien compris! répondis-je en riant.

-Si vous voulez vous baigner aller a la plage à ma droite; il n’y a pas de corail et de roche. Je vous recommande aussi d’aller à la station de plongée. Demandez à Aaron de vous diriger au meilleur point du corail. Vous m’en reparlerez!

J’acquiesçai et le remerciai.

 

Je trouvai Aaron au magasin de plongée. Je l'avais vu précédemment donner des cours de plongée dans la piscine et enseigner l'utilisation d'un scaphandre autonome. Il n’était pas un latino typique. Il était musclé, trapu, au torse poilu et je devinais par son physique un héritage italien ou méditerranéen. Je lui dis simplement que Gerry m’envoyait pour une plongée. Je l’informai que j’avais déjà ma licence de plongeur. Tout enthousiaste, il me présenta un masque de plongée et un tube que je chargeai à ma chambre. Il m’invita dans un kayak et m’amena à environ 400 mètres de la plage, complètement à gauche de la zone de baignade délimitée par les câbles de sécurité.  Une pointe de corail se dressait hors de l’eau, tout juste avant le bris de vagues en provenance des profondeurs de la mer des caraïbes. Elle devait lui servir de repère. Aaron m’expliqua qu’à ce point se trouvait la sortie d’un cenote et que son eau douce et froide attirait de nombreux poissons ainsi que leur prédateurs. Il m’indiqua de plonger. Je me jetai à l’eau, mis mon masque, nettoyai mon tube et m’immergeai dans le monde sous-marin. Je notai qu’effectivement l’eau me sembla étrangement froide et cela me prit un peu de temps pour m’habituer. J’eu alors la curieuse impression de flotter dans un nouveau monde liquide, une planète silencieuse. Je voyais des plantes magnifiques, des coraux chromatiques, quelques anémones qui passive au courant me semblait presque luminescentes. Je pris le plus grand soin d’éviter le corail fragile. Je savais que le simple toucher pouvait ruiner ce qui avait prit des années à la nature à construire.  J’allai plus profondément à la rencontre des autres habitants du corail. Il y avait des poissons perroquets en bande et ainsi que des poisson clown aux couleurs vives qui fuyait devant moi. J’étais fasciné par la grâce spectrale des poissons anges. J’aperçu aussi un petit requin qui me sembla perdu en changeant constamment de cap en nageant.  Je perçu également des habitants plus sinistre de ce monde bleue, comme ce barracuda long et effilé qui rôdait autour, des raies enfouies sous le sable marin, les oursins de mer au épines noires et venimeuses, une méduse ayant capturée un poisson dans ses tentacules toxiques ainsi qu’une murène menaçante qui tel un serpent se terrait dans le corail à l’affût d’une proie. Je remontai à la surface et retrouva  Aaron qui m’attendait patiemment. Je lui communiquai mon émerveillement face à tout ce que j’avais vu et en même temps lui fit part de mes inquiétudes concernant les espèces potentiellement dangereuses que j’avais rencontré. Il m’assura qu'il n'y avais que peu de danger, il connaissait bien la murène qu'il avait baptisé Sam. Cette murène était docile, complaisante avec amplement de nourriture à sa portée. Sam lui mangeait même parfois dans sa main. Je trouvais risqué d’approcher ce monstre marin dont les mâchoires acérées comme des lames de rasoirs pouvaient facilement couper un doigt ou blesser sérieusement. Je le remerciai chaleureusement lorsque nous regagnions la plage. Je lui serrai la main en le remerciant une fois encore et en lui suggérant qu’il serait un plaisir de plonger prochainement avec lui. Il me recommanda alors d’essayer la plongée à Xel-Ha ou de considérer les grottes sous-marine des cenotes de Dos Ojos ou encore mieux d’aller à Cozumel qui est considéré comme un des meilleurs sites de plongée dans le monde.

Il n’y eu pas de match de revanche au Volley-ball de plage, l’équipe qui nous avait défié se présenta incomplète. Ted manquait par exemple et je soupçonnais fortement ce dernier de profiter d’un massage en profondeur pour expier une anxiété grandissante à mesure que les heures le rapprochaient du grand jour. Il y eut tout de même un match amical de Volley qui fut des plus plaisants. J’y fit la connaissance de deux couples de Français qui m’invitèrent à ce joindre à eux pour une excursion organisée par l’hôtel demain après-midi à la ville voisine de Playa del Carmen. J’acceptai volontiers. Il approchait quatre heures, même si le soleil était encore haut à l’horizon. Je décidai de rentrer à mes quartiers. Très vite, à chacun de mes pas je sentais le dessous de mes pieds cuire sur les tuiles de terra cota chauffées sous le soleil. Je sursautai de douleur entre les points d’ombre pour trouver un court soulagement avant de me décider de sprinter vers ma chambre. Un fois arrivé, je repris mon souffle et me jurai de plus négliger de m’amener une paire de sandales. 

           

En me préparant à une douche pour me rafraîchir je réalisai que ma peau était brûlée. Mes cicatrices étaient encore plus visibles, ces dernières étant mises en évidences par leur parcours resté blanc sur le fond écarlate de ma peau. J’avais effectivement abusé du soleil et négligé ma  protection solaire. Ce qui ne me sembla pas grave, je me disais c’était normal en un premier jour. Je pensais naïvement que tout dérougirait pour demain. Je m’enduis copieusement de crème solaire sur tout le corps. Trop peu, trop tard, je le savais que trop bien;  je raisonnai que tout au moins ma peau resterait ainsi hydratée. J'enfilaislentement et péniblement mon pantalon et ma chemise et nouai ma cravate.

Les restaurants Gohan, Senggigi et Casanova  étaient ensemble sous le même toit, juste en face de la Hacienda.  Un maître d’hôtel m’accueillit à l’entrée du Casanova et vérifia ma réservation dans son livre et me mena à ma table. L’endroit était à la fois intime, somptueux et simple. Le rouge et l'or y était à l’honneur. L’éclairage y était tamisé, mettant en évidence la pure radiance des chandelles. Je saluai un couple de canadien à une table voisine que j’avais entrevu hier lors du souper. Ils m’invitèrent à les joindre. Nous jasâmes en prenant nos apéritifs.  J’appris qu’il s’agissait d’un couple dans la cinquantaine de York en Ontario tout récemment devenu grands-parents et venu pour le mariage de Ted et Judith. Elle se nommait  Jeanne Boudreaux, heureuse de rencontrer en moi quelqu’un qui prononçait son nom correctement. Elle était tout à fait charmante et particulièrement fière de son héritage francophone. Son mari, Richard Verrazzano, était plus sérieux, austère et m’intimidait quelque peu.  Il était de descendance italienne comme son nom l’indiquait bien. Il avait fait fortune dans l’immobilier et il m’était évident qu’il avait l’habitude ce genre existence luxueuse. Je l’entendis commenter et critiquer la liste des vins disponibles tels un œnologue accompli. Pour ma part je ne connaissais pas les vins et me fiai à ses recommandations, un Chanti classique de Toscane et Shiraz du Chili. 

Jeanne et Richard partagèrent un Antipasti pour deux alors que je j’avais choisi leur Bruschetta. Je savourai ensuite la délicatesse d’une assiette de linguinis aux crevettes alors que de la lasagne à la sauce rosée et des linguinis à la sauce carbonara était servi d’un côté et de l’autre de la table. Je goûtai au vin rouge chilien qui était sec, riche en tanins et arômes fruités.  Mon verre était continuellement plein et j’étais impressionné par le travail extrêmement professionnel, attentionné et de première classe de notre serveur, Marcello.  Il servit nos plats principaux: une superbe bavette de bœuf Angus à l’échalote pour Richard, un délicieux rizotto Al funghi, au trois champignons pour Jeanne et enfin une côtelette d’agneau à la sauce porto cuit à la perfection et exquis comme tout le reste. Le Chianti était exceptionnel et sublime avec le repas. Et pour couronner le tout, le dessert était le meilleur Tiramisu que je n’ai jamais goûté. Jeanne profita des truffes au chocolat, elle admettait être complètement accroc de tout ce qui était chocolaté, alors que son mari préféra le gâteau fromage. Je terminai avec un café Brésilien. Tout avait été exceptionnel, j’avais apprécié le service et toute sa complaisance. Richard aussi n’avait que des commentaires positifs et provenant d’un Italien je considérais cela comme la plus haute des louanges possibles. Je laissai mes meilleurs remerciements aux personnel du Casanova et mes salutations au couple canadien.  

Je quittai le restaurant et entendit le massacre auditif de « I will always love you » originellement interprété par Whitney Houston qui venait du bar près de la piscine. Je vis une petite blonde américaine sur un podium qui tenait devant un micro, les yeux tournés sur un téléprompteur. C’était effectivement la soirée Karaoké. J’aperçu Angela  prendre la scène à son tour, elle effectua en premier une chanson de Cher, « Believe » avec une voix suave, riche et puissante. Elle avait beaucoup de talent. Elle enchaîna avec un succès récent de Madonna, « Music » en démontrant tout l’entrain nécessaire. Elle termina sa prestation avec « I shall go on » le célèbre thème du film Titanic quelle parodia avec une expression faciale exagérée de Céline Dion et sa manie de se marteler la poitrine. Je me tordais de rire à sa vue et je n’étais pas le seul. Angela maintint sa concentration et termina sa chanson dans la  clameur enthousiaste d’applaudissements. Elle délaissa son micro et rejoignit la jeune femme blonde. Je m’approchai d’elle pour la féliciter. Angela était absolument resplendissante, mais je n’étais pas le seul à l’avoir remarqué.  C’était aussi l’avis de la jeune californienne typique qui se présenta à moi sous le nom de Julia. Elle devint dès lors, l’amie inséparable d’Angela pour tout le reste de son séjour. Je m’excusai auprès de ces dames en les laissant entre elles; elles semblaient si bien ensemble. Le barman Daniel m’attrapa au passage et insista pour que j’essaye sa boisson « drapeau mexicain » ainsi qu’un de ces fameux  Kamikazes dont il se vantait. Je savourai mes verres tout en écoutant la chanson « I still haven’t found what I’m looking for » qui était correcte mais dont le chanteur n’avait rien de commun avec Bono. Pendant la prestation pénible d’un succès de Britney Spears méconnaissable, je crois qu’il s’agissait de « Lucky », je délaissai le bar et retournai à ma chambre.

Il était près de une heure du matin et je ne désirais rien d'autre que de m’abandonner au sommeil mais toute position m’était inconfortable, douloureuse. Je me battais contre mon oreiller, je ne pouvais même pas supporter le drap le plus léger. Ma peau me brûlait partout. Je me levai en m’enduit complètement le corps de Solarcaine qui me rafraîchit quelque peu et j’avalai deux comprimés d’analgésique. La fatigue me gagna finalement et je trouvai un sommeil sans rêves.

 

 

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Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 19:35

 

Il y avait un mini réfrigérateur que j’ouvrai pour compter 4 bouteilles d’eau, plusieurs choix de boissons gazeuses, jus de fruits ainsi que de la bière Dos Equis XX. J’avais un grand placard ainsi qu’une belle commode en bois sculptés, un grand divan confortable avec un pupitre et chaise. Dans le placard se trouvait un coffre de sûreté électronique à combinaison digitale. Le plancher de la chambre était de marbre blanc tout comme les tuiles, le lavabo et la cabine de la douche de la salle de bain. La douche était assez grande pour pouvoir accommoder deux personnes. Il y avait trois grandes étagères de bois marron dans la salle de bain sur lesquelles je plaçai mes effets personnels. Je mis mon portefeuille passeport, billets d’avion en sécurité dans le coffre, rangeai rapidement mes vêtements dans le placard et la commode et me changeai en enfilant un short sportif. Je m’arrêtai devant le miroir. Le short était court et exposait les cicatrices de mes cuisses. Mon torse aussi montrait une toile de scarifiages séquelle de ma rencontre avec cet horrible démon de l’arctique. Je n’avais pas songé qu'avec cette chaleur, je me m’exposerais ainsi à la vue de tous. Je détestais les regards curieux et inconfortables. Je changeai pour un pantalon court kaki descendant jusqu’au bas du genou et enfilai un T-shirt à manches courtes. J’espérais qu’en bronzant éventuellement le tracé des mes plaies de l’an dernier s’atténuerait. Je me lançai à l’exploration du complexe de l’Allure.  Je sortis de ma chambre en m’assurant que j’avais ma carte clé magnétique et tombai aussitôt face à face avec mon voisin reptilien, l’iguane, qui semblait me regarder négligemment de son bosquet de jungle. 

 

Le complexe contenait de nombreux exemples de la magnifique architecture mexicaine de type hacienda aux couleurs vives pour ses chambres et les structures de service. Il y avait aussi plusieurs ouvrages de fer forgé travaillé, rouillé qui donnait une impression d’antiquité remontant à l’époque coloniale. Je trouvai la magnifique piscine désertée, en raison de la température maussade, par les nombreuses gens adulé du soleil qui normalement devaient relaxer étendues sur les chaises longues vides tout alentour. Juste à la droite de la piscine se trouvait un grand bar où dans un coin tranquille, j’observai une monitrice donner à l’aide d’un tableau effaçable ce qui me sembla être une leçon d'espagnol rudimentaire à quelques touristes. Derrière le bar était situé une petite cabine sous des palmiers liés entre eux par de grands hamacs. Un jeune homme y était posté pour nous fournir de grandes serviettes bleues et moelleuses à volonté. Je remarquai le filet de Volley-ball à proximité. Je me dirigeai ensuite sur la plage à la rencontre des eaux chaudes de la mer des caraïbes. Je savourai l’air du large que je respirais à fond. Je sentait le sable était doux sous mes pieds. J’hésitai un moment, regardai tout autour et décidai enfin de laisser tomber ma pudeur et enlevai mon T-shirt que je déposai sur la plage et m’aventurai dans l’eau salée et chaude qui était sans arrêt agitée par les vagues. Malgré le temps couvert, l’eau était vraiment délicieuse.  Je notai qu’après une certaine distance de quelques mètres de la plage que les fonds de sablonneux devenaient rocailleux. Cela ne m’empêcha de plonger dans la  vague qui venait. Je nageai ainsi pendant une bonne heure, finalement heureux, lavé de mes soucis.

 

Je sorti finalement de l’eau et me séchai et continua ma visite. Je croisai un bar achalandé où l'on me fit découvrir le goût d'un mohitos pour la première fois. Toute l'opulence qui caractérisait cet hôtel « tout inclus » me fascinait.  Je me sentais coupable de m’adonner de toute cette luxure, je savais bien que le mexicain moyen n’était pas aussi fortuné mais il était tellement simple de céder aux charmes et confort de l’endroit. J’étais timide alors que le personnel me demandait d’abord ma permission pour me servir et qu’il me remerciait après que je leur aie donnée. Si jamais je déclinais leur offre, je me sentais presque honteux comme si je les avais laissé tomber. Je compris assez vite qu’ils faisaient leur travail avec cœur. Tout comme à Cuba, cette Riviera Maya, avec ses complexes hôteliers accolés les uns aux autres, misait sur l’industrie touristique et l’argent des gringos comme moi pour leur fournir des emplois et faire rouler leur économie. Mais en rien je voulais n’abuser des gens: j'étais fait ainsi. Tout en  continuant de me promener, je savourais un autre mohitos.  Je réalisai avec bonheur que malgré sa richesse et sa prestance, l’Allure n’avait pas un iota de prétention.

 

Je trouvai le Spa adjacent à la piscine et découvrit derrière un restaurant sous une grande terrasse. Il était désert. Je trouvai le personnel à la grande plazza adjacente. Il était affairé à y arranger des chaises et des tables et d'y placer des couverts. De nombreux cuisiniers installaient tout autour d'eux de grandes tables aux nappes blanches équipées de réchauds. Ils préparaient un somptueux banquet. Une jeune animatrice de l'hôtel m'aperçu et vint à ma rencontre. Elle était un magnifique petit bout de femme tout enjoué. Elle avait troquée son maillot rouge, dans lequel je l'avais remarqué auparavant à la piscine, pour un bustier blanc de coton et de dentelle assortie une jupe noire se terminant par une bande au motif fleuri et multicolore. Elle était belle ainsi maquillé et coiffée dans un costume traditionnel. Elle s'appelait "Cheryl" selon l'inscription que je lu sur sa plaque d'identité doré.  Elle me confirma que ce soir, dès six heures trente, le souper de la Fiesta Mexicaine serait servi. Il s'agissait d'un grand repas gastronomique que je ne devais absolument pas manquer. Je salivais à l’idée de manger de l’authentique mexicain. Ma réaction devait être facilement lisible car Cheryl me demanda aussitôt si j'avais faim. Je lui confirmai que oui. Ma réponse lui fit plaisir. Elle me prit par le bras :

- ¡Perfecto! Suivez-moi Señor. Je vais vous donner à manger!

Son français était quelque peu saccadé alors qu'elle cherchait les bons mots pour s'exprimer.

 

Elle m'amena vers le bar du "Sugar Reef" où un cours de cuisine mexicaine se préparait. Zac, un des collègues de Cheryl, attendait son public. Ce colosse d'un mètre soixante quinze, coiffé d'un chapeau de chef cuisinier, amenait les vacanciers aux chaises disposées tout autour de la table de cuisine. Cheryl me laissa à une chaise et alla poser un tablier. Ils étaient pour nous montrer comment préparer de l'authentique guacamole. Il présentèrent les ingrédients: avocat, oignons, tomates, lime, coriandre frais, sel, piments serrano ou jalapeños chile. Zac coupa les avocats en deux pour leur retirer le noyau tout en expliquant comment sélectionner des avocats parfaitement mur selon la mollesse de leur chair. Il décolla habillement leur peau avec l'endos d'une cuillère. Zac parlait et gesticulait de façon exagérée tel un chef cuisinier d'un infomercial. Il était hilarant et blaguait tout en commentant le travail de Cheryl qui était affairée à réduire la chair d'avocat en purée dans un bol de pierre, à hacher les oignons, émincer les tomates, couper la coriandre et les piments. Elle faisait tout le travail; Chef Zac n'avait, qu'a la tout fin, à asperger le mélange de jus de lime fraîchement pressé et à le saupoudrer de sel et rafler tout le mérite à  Cheryl. La guacamole ainsi obtenue était distribuée avec des tortillas. C'était absolument savoureux, onctueux, d'une fraîcheur inégalée. Je m'empiffrai de leur croustilles de maïs maison assorties de leur préparation.

 

Zac nous demanda ensuite si nous avions soif. Nous lui répondîmes tous oui en coeur. Sur ce, il nous invita à rester assis pour la dégustation de Tequila qui suivait. Deux autres jeunes animateurs de l'Allure, nommés Auguste et Philipe prirent la relève et nous exposèrent aux secrets de cet illustre alcool mexicain. J’appréciais beaucoup leur démonstration; je connaissais après tout rien de la Tequila. 

 

J'appris que la tequila est une boisson alcoolisée produits au Mexique à partir de l'agave bleu nommé agave tequilana fabriqué dans état de Jalisco. Je demandai quel était le ver que l'on retrouvait dans la tequila. Auguste me corrigea aussitôt en expliquant qu'il ne fallait pas confondre la Tequila avec le Mezcal, une autre boisson produite par l'état de Oaxaca qui utilise une autre espèce d'agave, l'agave falcata espadina. Ce n’était pas un ver mais bien une chenille parasite qui se nourrissait des feuilles de l'agave qui se retrouvait traditionnellement dans le fond d'une bouteille de Mezcal. La croyance populaire était qu'avaler la chenille donnait pouvoir et virilité.

 

La tequila et le mezcal sont préparés essentiellement de la même façon. Les agaves sont récoltés après avoir mûris pendant plusieurs années, entre six à douze ans. Les feuilles acérées de la plante sont coupées alors que l'on conserve uniquement le coeur, la piña qui ressemble à un gros ananas de 30 à 60 Kg. Les piñas sont cuites dans de autoclaves industrielles, broyée et moulue à la pierre. On ajoute de l'eau à la purée et fermente dans une cuve pendant trente jours en laissant les sucres naturels de l'agave se transformer en alcool par l'action de ses propres levures. Dans une tequila de moins bonne qualité, du sucre ou du miel est ajouté à la fermentation. Le liquide obtenu est distillé deux fois pou obtenir une concentration entre 35 et  55° d'alcool, pour un standard de 40° d'alcool en général.

 

Il y avait deux classe de tequila : la 100%  de agave et la « mixto » qui doit  contenir un minimum de 51% d’agave Azul complété avec de l’alcool bon marché. La tequila a plusieurs classes. Il y a la blanche, la claro, la tequila de base aucun vieillissement. C’était la préférée des femmes selon Auguste. Ils nous en fournirent un petit verre à boire. Il n’y avait pas de sel ou de citron à mordre; une bonne Tequila se déguste telle quelle indiqua Philip en calant son verre. Je l'imitai et avalai la tequila d’un trait. Elle me sembla  à une eau vie comme bien d'autres, sans aucun caractère spécial, mais cela n'était pas mauvais du tout.  Ils nous amenèrent ensuite un second verre, de la tequila dorée, especial, distillée deux fois et mises dans des fûts de chêne importé d'Espagne.  Sa couleur légèrement ambrée provenait de la diffusion des essences du bois dans la tequila. Le goût se distinguait aussi de la blanche. Le verre suivant était de la tequila reposée, reposado, qui était vieillie dans des barils de chêne pendant un minimum de deux mois ce qui lui donnait une couleur et un goût plus marqué. Ils nous préparent ensuite un verre de la meilleure des Tequilas, la tequila vieillie, l’añejo, qui était laissée dans des barils de chêne pendant 3 ou 4 années et distillée annuellement. Elle avait une couleur foncée, un goût raffiné avec arômes subtils et marqués du chêne qui me rappelait ceux du porto. Chose certaine, cette boisson méritait d’être considéré comme un grand alcool. Il y avait dix sortes de Tequila disponibles au total à goûter et un verre n’en attendait pas un autre. La mixto était jaunâtre en apparence et sa saveur plus sucrée et arrière-goût âpre ne me plût pas.

 

Sentant l’effet grandissant de l’alcool, je décidai de marcher un peu. C’est non sans efforts de concentration que je réussis à quitter le Sugar Reef pour me trouver dans la salle de réception voisine de l’hôtel. Je découvris que le bâtiment abritait au-delà de la salle de réception  un autre bar le Licuado, aussi surnommé le « smoothie » bar, reconnu pour ses  « bloody Mary ». Il y avait aussi un salon de thé adjacent à une grande salle à dîner de la Hacienda qui servait un gigantesque et splendide buffet.

 

Je me rendis compte qu’il était déjà 5 heures 30 et que j’avais rendez-vous à l’auditorium pour la réunion d’orientation. En chemin, je croisai Angela et les futurs mariés qui se rendaient au même endroit.

-N’est ce pas tout a fait extraordinaire! clama Ted en Anglais complètement enthousiaste.  Apparemment, lui aussi avait également déjà entamé l’alcool de l’Allure.

- Et le personnel est si gentil et courtois commenta Judith. J'acquiesçai d'un sourire.

-On se sent comme de la royauté continua t’elle.

-La réunion d’orientation est de l’autre côté de l’allée, pressa Angela, et c’est bientôt l’heure!

 

Ted enlaça Judith qu’il embrassa tout en se dirigeant dans la direction indiquée par sa sœur. Je pris la main d’Angela que je retirai immédiatement ayant détecté un malaise croissant en elle.  Le bâtiment avait une grande salle de conférence et une petite salle ne cinéma qui annonçait  "Adventures of Shark Boy and Lava Girl in 3-D" pour demain soir. Mais en attendant, cette salle était occupée par les nouveaux invités à l’hôtel Allure, leur nouveauté trahis par leur teint aussi pâle que le mien. Je m’assis auprès d’Angela mais celle-ci me sembla distante. J’aurais voulu lui demander pourquoi mais je ne savais pas quoi lui dire.

Notre hôtesse, la même femme qui nous avait accueillit à l’aéroport, commença et se présenta. Elle se nommait April. Elle était affiliée à Air Transat et nous souhaita tous en français et en anglais la bienvenue et expliqua que cette réunion serait d’abord en français et qu’elle serait répétée en Anglais pas les représentants affiliés de Sunquest et de Sunscape dans 15 minutes. Mes amis américains se levèrent et nous quittèrent alors que je reconnu parmi les gens qui restaient d'autres gens qui étaient arrivés avec le même vol d’Air Transat que moi.

 

April nous apprit que l’hôtel avait 238 chambres et que nous avions un service de chambre de 24 heures. Elle nous parla des restaurants. Elle mentionna le El Charro que j’avais déjà entrevu, du Hacienda qui servait un buffet et déjeuner continental en plus d’un buffet pour le dîner et le souper; du restaurant de grillade Surf & Turf sur la plage, du restaurant italien le Casanova, du restaurant français Bordeaux, du Senggigi le restaurant oriental et de Gohan le bar Sushi. Elle expliqua que pour ces quatre derniers restaurants, il était nécessaire de faire une réservation à la station de la Concierge en raison du nombre de places limitées mais nous n’étions pas limité quant aux nombres de réservations que nous pouvions faire.  Le Casanova et Bordeaux avaient tout deux un code vestimentaire et le Bordeaux en particulier était uniquement réservé aux adultes.

 

Elle nous énuméra les activités quotidiennes à la piscine et à la plage dont les voiliers, kayaks, pédalos, plongée sous-marine, tennis, soccer, Volley-ball, Water-polo, bicyclettes, randonnée équestre, cours de plongée, exercices aquatiques. Elle nous présenta les clubs pour les enfants et le club pour les adolescents, le Spa et tous ses services disponibles, les quatre bars du complexes, les services de nettoyage et de buanderie, le bureau d’échange d’argent, les soins médicaux, les différentes excursions disponibles, les centres de distribution des cartes téléphoniques internationales pré-payées, ainsi que le café internet. Elle mentionna brièvement quelques uns des attraits locaux; les ruines de Tulum, le parc écologique de Xel-ha, le parc d’Xcaret, la ville de Playa del Carmen et d’un terrain de Golf proche.  Je fus surpris d’entendre que nous avions accès au plus grand banc de corail dans le monde après celui de l’Australie. Elle m’apprit aussi que si nous désirons voir un cenote, que nous n’avions pas à aller loin, puisqu’il  y a en avait un à la base de la Hacienda tout juste avant la piscine. Ce que j’avais prit pour un étang était en fin de compte une ouverture sur la nappe phréatique d’eau de la région. Il s'agissait, pour moi du moins, d'une merveilleuse caractéristique géologique du Yucatan.

 

Elle répondit brièvement à quelques questions posées par l’audience. Puis on se leva, laissant place aux anglophones qui attendaient. Je fus gré de ne pas revoir Angela, et je retrouvai ma chambre et me changeai pour le souper de la Fiesta Mexicaine.

 

Je trouvai la grande place festive, décorées par de nombreuses banderoles et éclairée par ses lanternes colorées.  J’étais parmi les premiers arrivants. Un garçon solennellement vêtu d'un smoking m’accueilli avec un grand sourire et me plaça à une table tout en avant près de la scène. Il m’offrit un cocktail mais je préférai de l’eau froide. J'avais eu ma dose d'alcool pour la journée. Les nombreux cuisiniers et serveurs encadraient la Plazza et attendaient tout simplement; tout était déjà prêt. J’examinai mon centre de table, un arrangement soigné et magnifique de bougies et de fleurs tropicales. Il me semblait irréel de me retrouver en ces lieux alors, qu'il y a quelques jours à peine, je me préparais à passer un autre hiver rigoureux aux limites de l'arctique canadien. D'autres gens arrivaient enfin; ainsi il me gênais moins de m'attaquer le buffet. Je me levai pour aller inspecter toutes les stations culinaires.

 

Il y avait plusieurs entrées offertes tel que la sopa xochitl, la soupe aztèque, un potage de légumes, la soupe pozole à base de crème de maïs avec viande de porc et de poulet. Je trouvai aussi les tortillas frits appelés tostadas et bien sûr les tortillas natures assortis de guacamole et de différentes salsas fruitées ou fortement épicées qui étaient garantie de faire pleurer même les plus coriaces. A la table suivantes étaient présentés les tacos, ces tortillas roulé farcies "buche" ou "al pastor".  Je me laissai tenter par les enchiladas variés, farcis au poulet ou fromage et mijoté dans une sauce chili avec tomate et oignons, les quesadillas au fromage ou quesadilla sincronizada farci avec jambon, avocat, fromage et jalapeños, ainsi qu'un plat de Panucho, un  plat yucatèque local fourré à la purée d'haricots.

 

Une grande table exposait ensuite les broches de barbacoa dont un cochon parfaitement braisé et un gros poisson grillé parmi les autres plats de viandes qui étaient présentés tels que les Bacabaqui,  Tinga, Carnitas et Mixiote aux sauces variées dont une sauce "mole" au Cacao épicé que j'empilai dans mon assiette. Des plats à base de maïs tels que corunda, gordita, huchepo, tosdadas étaient aussi montrés. Mon préféré devint les tamales de maïs à la viande et aux piments sucrés.

 

Le poisson était à l’honneur à la station suivante dans un potage de fruits de mer et des plats tels que le Jaibas en chilpachole, le pescado zarandeado et les délicieuses bouchées de Huchinango à la Veracruzna. Il y avait aussi les chilaquiles et de nombreux plats de piments dont la mole Negro de Oaxaca. Je n'avais plus de place et mon amoncellement de nourriture qui était très précaire et instable. Je regagnai ma table et me promis de revenir pour un autre service.

 

Je passai tout près de la section des desserts. Il y avait des flans crème caramel (pan dulce), du gâteau au trois laits (Pastel de tres leches) que je ne connaissait pas. Je vis diverses tartes dont une alléchante à la crème pâtissière et aux fruits tropicaux, de fantastiques gâteaux chocolat dont un au chocolat poivré. Et parlant de chocolat, il y en avait une fontaine toute entourée de fruits ainsi qu'une spectaculaire pyramide Maya d'un mètre toute sculptée dans le chocolat derrière laquelle un cuisinier était affairé à la préparation de beignets et pâtisseries maisons. Il y avait aussi  un choix de glaces "helados"et de sorbets qui faisait la joie des petits et des grands.

 

Je me régalai et dévorai le contenu de mon assiette; je n'avais jamais rien mangé de semblable. Il s’agissait d’une savoureuse symphonie d'ingrédients, arômes et saveurs qui m'étaient inconnues auparavant. Je n'étais pas le seul à apprécier à en juger par l’appétit vorace de mes voisins de tables.  Georges et Pénélope, étaient tout deux originaire de Sussex en Angleterre et célébraient leur dixième anniversaire de mariage. Dans le cas de Pénélope, ces vacances étaient aussi en quelque sorte un retour aux sources, sa mère étant native du Mexique.  Elle était attentive et absorbait tout de la culture qui l’entourait, redécouvrant un héritage avec les yeux écarquillés et pétillant d’un enfant exposé à un nouveau monde. Son enthousiasme était communicatif, je me sentais comme elle. Tout au long du repas, un groupe dynamique de Mariachis, les "Los Bohemios", nous jouait les plus belles et populaires musiques du Mexique. Ils étaient excellents et tout comme John, Pénélope, je me laissai charmer et emporter sur leurs airs latins. La foule battit la mesure lorsque qu’on entama « La Cucaracha » qui sans être traditionnelle, était bien connue par nous les touristes. Les musiciens eurent droit à une ovation debout lorsque leur prestation se termina et qu’ils nous saluèrent une dernière fois. 

Les desserts était bien entamés lorsque un succession d'enfants, les yeux bandés, armés d'un bâton essayèrent casser une piñata géante afin de récupérer les sucreries cachés à l'intérieur. Pendant ce temps était chanté :

« Dale, dale, dale, no pierdas el tino; Porque si lo pierdes pierdes el camino.

Dale, dale, dale, Dale y no le dió; Quítenle la venda, Porque siguo yo ¡Se acabó! »

Un jeune gaillard réussit d’un coup solide à décrocher l’étoile en papier mâché qui s’ouvrit en se fracassant contre le sol et livra tout ses trésors aux enfants ravis qui accouraient toute part pour prendre leur butin de bonbons et jouets jonchant les carrés de pierre.

Les serveurs amenèrent ensuite les digestifs. Je ne pu refuser le Porto qui m’était offert. Je le buvais doucement lorsqu’un spectacle folklorique commença. Les danseurs en couple,  montraient successivement les chorégraphies et musique de différentes régions du Mexique avec les leurs costumes traditionnels. Dans une de leur danse, il conservait un verre plein sur le tête qui malgré tous leur mouvements ne perdit pas une seule goutte. J’étais ébahie. Tous à table étaient autant fascinés. Tout en les regardant, j’avais l’impression de découvrir un nouveau monde excitant mais j'avais en même temps l’étrange conviction que j’étais enfin dans ma vie au bon endroit, au bon moment. J’étais soudainement surpris et surtout timide lorsqu’un danseur vint me chercher; il avait besoin d’assistance. Il me demanda tout simplement de tenir un poteau lors de leur prochaine prestation. Ce poteau se terminait par un cerceau à son sommet où étaient attaché plusieurs rubans de soies colorées. Me retrouver ainsi en avant scène avec les danseurs était intimidant. Mais ces derniers étaient chaleureux et très vite j’oubliai ma gêne. La musique était joyeuse et foraine. Chaque artiste prit un ruban et tout au long de leur danse ils tournait les uns autour des autres alors que leur rubans se lovaient, s’enlaçaient  et se raccourcissait les rapprochant de moi pour ensuite se dérouler et s’ouvrir au pas de leur valse. J’étais heureux d’avoir eu en fin de compte l’occasion de participer à cela.  La danse se termina et je saluai tous les interprètes avant de regagner ma place. Pénélope et John me félicitèrent. Je fut heureux de constater qu’on avait de nouveau remplit mon verre de Porto. J’en avais besoin.

Les animateurs du complexe hôteliers prirent ensuite la scène en nous invitant encore une fois à applaudir tous les artistes de la soirée. Les animateurs se présentèrent ensuite un par un: Maria de Mexico City, Cheryl de Monterrey,  Auguste de Puebla, Philipe de León, Zac de Vera Cruz  et finalement l’animateur chef, Gabriel natif de San Luis Potosí . Ils étaient tous de jeunes gens athlétiques et dynamiques dans la vingtaine. Gabriel invita les citoyens de différents pays à s’identifier en levant la main: l’Australie, l’Autriche, l’Angleterre, la France, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, l’Allemagne, le Mexique et les États-Unis étaient bien représentés. Nous fûmes une dizaine à nous lever lorsque Gabriel mentionna le Canada. Il m’impressionna en parlant de façon fluide l’espagnol, l’anglais, le français, l’Allemand et l’Italien à l’audience.

 

Les jeux de la soirée commençaient et Gabriel demandait des hommes volontaires. Personne ne lui répondit.  Il pointa et désigna quelques hommes au hasard. Je me calai dans ma chaise tentant de me faire petit. Je ne voulais pas y aller. J’avais déjà fait ma part; j’avais participé.  Mais Gabriel du me remarquer car il me pointa et dit :

- Et vous aussi Monsieur le Canadien!

Je retournai en avant, étant poussé par John et Pénélope.

Gabriel invita les gens à nous applaudir, nous les « volontaires ».

Gabriel nous rappela de ne pas être mal à l’aise car « ce qui se passe au Mexique, restait au Mexique... »

Puisque nous venions tous de débarquer au pays, Gabriel était pour nous montrer comment les vrais hommes au Mexique se comporte. 

Il plaça un énorme sombrero noir sur sa tête.

- Un homme du Mexique est viril! expliqua t’il en marchant de façon sexy et en se déhanchant de façon exagéré.

- C’est un homme d’action!

Sur ce il lança son sombrero au sol et au son de la musique, il dansa tout autour.

- Il boit d’un trait sa tequila!

Gabriel but un verre qui lui était présenté.

- Il sait exprimer sa passion.

Sur ce, Gabriel émit un cri guerrier. Il fut applaudit.

- Maintenant montrez nous que vous pouvez être de vrais hommes!

Il voulait que nous l’imitions.

 

Nous pensâmes un par un. Le pire était d’être le dernier. Par chance que le ridicule ne tuait pas.  Ils me donnèrent enfin le sombrero que je mis sur ma tête. Je déboutonnai ma chemise et marchai avec l’assurance du parfait macho de Cow-boy dans un western. Puis en gardant les yeux fixés sur l’audience, je lançai le chapeau par terre avec vigueur. Au son de la musique, je dansai tout autour du sombrero, en tapant avec force du talon. Ils me tendirent ensuite un verre de Tequila. Pas un petit verre, mais un grand verre plein. Je le calai d’un coup. La boisson était initialement douce au goût mais donnais l’impression d’une traînée de feu vif dans la gorge jusqu’à l’estomac. Je du faire une grand effort pour ne pas grimacer. J’émis spontanément un grand cri.

- ¡Ay Ay Ay Ay Ay! ¡Ay Caramba!¡Santa Tequila!

 

Tous éclatèrent de rire. Gabriel ne pouvait s’empêcher de s’esclaffer.

Il parvint à dire :

- Je ne savais pas que nous avions Señor Speedy Gonzalez parmi nos vacanciers à l’Allure!

Tous croulèrent en rires de nouveau. J’avais soudainement très chaud.

Gabriel demanda à l’audience de porter jugement. Qui avait été le meilleur véritable homme mexicain parmi nous? Je fus surpris de réaliser que j’avais le plus fort volume en applaudissements. J’avais gagné. Gabriel me donna même un prix, une excellente bouteille de Tequila añejo. J’étais bouche bée. J’en connaissais la valeur à la suite de notre dégustation.

 

Je serrai la main de Gabriel et saluai l’audience.  Je reconnu deux de mes fans hystériques, Ted et Judith à l’arrière. J’allai les rejoindre. Angela n’était pas avec eux.

Je leur tendis la bouteille.

- Un cadeau de noce...

Cela me sembla très approprié, surtout qu’ils m’avaient invité à leur cérémonie de mariage. Je savais qu’un grille-pain ou vase aurait été peut-être plus conventionnel, mais je croyais sincèrement que c’était surtout l’intention qui comptait.

- Mais voyons nous ne pouvons accepter; vous l’avez bien mérité!, dit Judith.

- Cela me ferais très plaisir, insistais-je, et cela vous fera un souvenir!

- Dans ce cas merci beaucoup! répondit Ted en prenant la bouteille et lisant son étiquette. Lui aussi semblait bien connaître la tequila.

 

La soirée continuait, mais j’étais complètement brûlé. Je regagnai ma chambre. Quelle soirée!

Dire que j’avais encore treize jours à passer ici. Que m'amènerais le reste de mes vacances?

 

Cela me prit beaucoup d’effort pour me déshabiller. Mon équilibre était chancelant. J’étais trop paresseux pour enfiler mon boxer short et me laissai tomber dans mon lit. 



guacamole lessons par staciek

 

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Par A. Saint - Publié dans : récits
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