Je retournai à Playa del Carmen tout penaud. J’avais tant espéré, même si dans le fond je savais que cet espoir avait été déraisonnable. J’avais au moins le réconfort d’avoir essayé, mais c’est tout ce que je ramenais avec moi. En fait il me restait toujours la roue de métallique d’Ishell. Je tâtai ma poche et sentit le disque dur. Je le sorti à l’air libre et vit une troupe de dauphins enjouées qui nous escortaient. Il dansaient, chantait, faisait des bonds et des culbutes spectaculaires. Ils faisaient un vrai spectacle encouragé par les applaudissements des autres passagers sur le pont. Il devait être aux environs de vingt heures trente lorsque je remarquai la nervosité de l’équipage et ce n’était pas ces clowns acrobates marins qui les dérangeaient. Il y avait une lumière brillante sous l’eau qui éclairait la mer comme le jour. Il m’était évident que cette lumière n’émanait pas du traversier lui-même mais d’une source sous la coque qui voyageait à la même vitesse que nous et qui n’avait pas de silhouette visible. Je pensais qu’il ne pouvait s’agir que d’un sous-marin. La lumière devint encore plus intense mais ne faisait pas mal aux yeux. L’océan se mit à vibrer, traversé par des émulsions et des remous comme ceux de l’eau d’un bain tourbillon. Je senti alors simultanément le disque d’Ishell bouger. Je le remis dans ma poche. Il s’agitait toujours avec de plus en plus de vigueur comme si il réagissait au phénomène. L’interaction était devenue telle que je craignais de voir le disque de métal arraché de ma poche par cette puissance invisible comme un magnétisme intense. Soudain plus rien: la lumière était partie avec la vitesse d’une torpille en direction du continent. L’océan redevint noir et silencieux. Les dauphins eux-mêmes nous avaient abandonnés. J’arrêtai un préposé et lui demandai ce qui venais de se passer. Il haussa les épaules nonchalamment en répondant qu’il n’en savait rien; qu’il s’agissait d’un mystère de plus pour la mer de la Riviera Maya. Je cru comprendre aussi que cela n’était pas la première fois que cela se produisait à sa connaissance. J’éprouvai à partir de ce moment le mal de la mer.
Je tentai d’oublier ma nausée en me concentrant sur une explication scientifique pour ce que je venais de voir. Je pensai aux gaz tels que le méthane qui étaient emprisonnés dans bas-fonds marins qui pouvaient être subitement libérés à la suite d’un bouleversement souterrain, par exemple résultant d’une activité sismique. Un tel dégagement causerait des bulles éclatant à la surface et de l’effervescence à la surface de l’eau. Ce bouillonnement pouvait même créer une charge électrique et un champ magnétique local par ses ions bousculés par les turbulences. Cela correspondait bien avec ce que j’avais observé. D’ailleurs un géochimiste canadien du nom de Donald Davidson avait proposé que ce phénomène puisse expliquer certains des phénomènes étranges observés dans le triangle des Bermudes. Je devais admettre que j’avais beaucoup de difficulté à me convaincre moi-même.
J’avais les jambes encore chancelantes lorsque nous débarquâmes au quai de Playa del Carmen. Je n’étais toujours pas rétabli de cette expérience des plus insolite. Je ne voulais que repartir et retrouver mon lit. Je croisai une petite boutique ouverte dans un petit centre d’achat et y pénétrai. Je parcouru ses tablettes à la recherche de pâtes ou lotions pour nettoyer les métaux. Ne trouvant rien, je me résolu à ma recette maison et j’achetai un petit sac de farine, du vinaigre blanc et du sel.
Un dernier arrêt s'imposait avant de prendre le chemin du retour de mon hôtel. Je me rendis au bar du Sweetwater que je trouvai particulièrement affairé en ce milieu de soirée. Je trouvai Dago derrière le bar. Il était ravi de me revoir. Je le saluai et lui présentai les disques compacts que je lui avais apportés. Il était tout excité, ne cessant de me répéter "gracias" lorsqu'il compris que je lui en faisait cadeau. Il insista de me donner un verre pour me remercier. Je lui demandai un verre de la sangria maison. Je lui demandai également si je ne pouvais pas commander quelque chose de la cuisine au bar. Après tout je n’avais ni dîner et ni souper et j’avais l’estomac vide ce qui avait sans doute contribué à ma nausée sur le traversier. Dago me donna le menu et très vite je sélectionnai un cheeseburger. Il me servit mon verre, s'excusa quelques minutes alors que je goûtait à sa rafraîchissante boisson de vin rouge et de jus de fruits. Dago revint au son de Vertigo de U2 qu'il faisait jouer à tus tête tout en dansant de façon endiablée derrière le bar. Cela donna de l’atmosphère dans le bar et le restaurant à l’appréciation de tous. Dago me servit un second verre alors que mon hambourgeois m’était servit. Je le dévorai en quelques minutes et nous discutâmes de nouveau des évènements de la veille. J'eus l'idée de demander à Dago de garder l'oeil ouvert pour Ishell à Playa del Carmen, car après tout le jeune homme me semblait bien branché sur ce qui se passait en ville. J'inscrivit sur une serviette de papier mes coordonnées afin que Dago puisse me rejoindre si il y avait quoi que ce soit. Je refusai poliment un nouveau service, car je me sentais amorti et curieusement de plus en plus las.
Je sentais que plus rien d’urgent ne m'importait, je n’étais plus pressé. J'étais bien, ne pensait à rien et pendant quelques minutes je perdit conscience de tout ce qui se passais autour de moi. Je sentis une présence singulière qui me sortit de ma torpeur. Je me tournai et remarqua qu'il y avait un homme dans la ruequi s'était arrêté pour m’étudier. Je le dévisageai à son tour. Sous des cheveux lisses de couleur de l'ébène, il avait un beau visage au tracé sculptural et symétrique avec une mâchoire carrée et volontaire. Ces sont ses yeux qui étaient le plus remarquables: ils étaient d’un violet électrique profond qui s’assombrissaient en un regard perçant comme un aigle. Il avait un long corps râblé et souple et sa camisole noire bordait deux bras bruns puissamment musclés. C’était un homme magnifique mais en même temps menaçant. Il avait une expression sévère et intimidante. Il était de la même trempe que Ishell et je sentis une étrange connexion, un certain rapprochement. Je réalisai que cela était réciproque chez l’homme et me perdit un instant dans la franchise de son regard. Son visage s’illumina brièvement puis devint très grave comme si il tentait de me prévenir d’un danger proche.
Il me fallait partir immédiatement, j’en étais certain. C’était comme si j’en avais reçu l’ordre. Je réalisai que Dago avait disparu de derrière le bar et restait introuvable. Je laissai rapidement 250 pesos pour régler ma note et me levai. J’étais plus ivre que je pensais car marcher droit me demandait toute ma concentration. Pourtant je n’avais prit que deux verres de sangria!
Un taxi venait de livrer ses passagers de l’autre côté de la rue à une restaurant de steak argentin. Son temps était impeccable, je plongeai dans le taxi et ordonnai aussitôt au chauffeur de m’amener à l’Allure. Il s’exécuta en se dirigeant vers l’entrée de l’autoroute. En partant j’aurais juré avoir aperçu du coin de l’œil des hommes qui tels que de sombres rapaces infestait les rues de toute part et qui couraient après mon taxi.
Le chauffeur haussa les épaules en disant :
-¡Es demasiado tarde! ¡Ya tengo un cliente!
Ce qui voulait dire qu’ils étaient trop tard, qu'il avait déjà son client.
Je le remerciai :
- ¡Gracias, mucho gracias Señor!
Était-ce juste mon imagination galopante sous l’effet de l’alcool ou l’homme que j’avais entrevu venait de me sauver d’une réelle menace? Les autres personnages qui avaient tenté d’intercepter mon taxi ressemblaient à ceux qui avaient agressés Ishell et à l’individu que j’avais réussi à capturer et à livrer aux policiers. Je me fermai les yeux un moment en tentant de comprendre ce qui venait de se passer...
La seconde suivante, le chauffeur me réveillait alors que nous étions déjà au portail de l’hôtel. J’étais complètement désorienté et surpris de m’être complètement assoupi ainsi. Deux verre de Sangria et je suis sonné! Serais-ce à cause de la chaleur ardente ou de la fatigue de la journée? Je repris mes esprits et remerciai le chauffeur en le payant plus de deux fois le tarif normal.
Je trouvai la porte de ma chambre d’hôtel entrouverte. Je l’avais pourtant bien fermé et son verrouillage électronique est automatique. J’entrai avec précaution. Tout y était en désordre, sans dessus, dessous. Mon lit et les lampes avaient été renversés, mes vêtements répandus sur le plancher, le coffret de sécurité vidé de son contenu qui se trouvait éparpillé sur le plancher, jusqu’à mes items de toilette avait été touchés. J’étais alarmé. Rien à première vue ne semblait vraiment manquer et il ne s’agissait pas de simple vandalisme non plus. Il s’agissait selon tout évidence d’une fouille systématique de ma chambre. Jusqu’au stéréo qui avait examiné à fond. La raison en était évidente, le disque d’Ishell. Je vérifiai que j’avais toujours la pièce dans la poche de ma ceinture. Je ramassai le téléphone et communiquai avec la réception en demandant la sécurité. Un homme arriva dans les minutes qui suivirent. Je reconnu le gardien qui surveillait le portail de l’entrée du complexe hôtelier. Il constata les dégâts et m’assura que jamais il n’avait jamais rien vu de semblable. Il observa que ma serrure avait été forcée, il était nécessaire de la remplacer. Mon entrée était en partie caché par un bosquet de jungle devant ce qui a rendu ma chambre vulnérable à une telle effraction. Je lui assurai que rien n’avait été volé car heureusement j’avais gardé tous mes papiers importants et cartes sur moi.
Il contacta la police qui se présenta une demi-heure plus tard. Ils m’interrogèrent, questionnèrent le gardien. Je trouvai l’inspecteur Rodrigue Callas qui m’attendait sur le pas de la porte à son tour. Je lui serrai la main et lui demandai avec un gentil sarcasme :
- Bonsoir! Vous faites aussi les appels de simples entrés par infraction la nuit?
- Le soir est mon horaire assigné, expliqua l’inspecteur. Dès que j’ai entendu le mot « Allure » et votre nom sur le canal de police je me suis empressé de venir. Depuis plusieurs heures déjà nous avons essayé de vous joindre pour vous rencontrer et discuter de d’autres choses, bien que ce dernier incident confirme mes soupçons...
Un autre homme en complet brun et en verre fumé, même à cette heure nocturne, l'accompagnait. Il était ventru, aux cheveux gras. De lui émanait une senteur désagréable de Cologne mêlée à la sueur. Il contrastait avec Callas qui présentait une tenue fraîche et impeccable. Il me présenta son collègue Gustavo Morales que je saluai à son tour. Morales, si j'avais bien compris était affilié à une unité fédérale de la police alors que Callas était assigné à la région de Playa del Carmen.
Je les invitai à rentrer.
En entrant Callas émit un sifflement admiratif.
- Ce sont de belles chambres, je ne les avais jamais vues de l’intérieur auparavant!
- Imaginez les en bon ordre, elle sont alors plus belles! plaisantais-je en ramassant rapidement divers items jonchant le plancher et en les rejetant sur un des lits.
Je leur indiquai de s’asseoir sur le divan que je venais de libérer de toutes ses encombres. J’ouvrai mon petit réfrigérateur.
- Vous prendriez quelque chose, de l’eau froide, jus de fruit, boisson gazeuse? Je savais mieux que de leur offrir de la bière.
- De l’eau serait très appréciée, il fait chaud ce soir! me répondit Moralespoliment. C'était la première fois qu'il prenait parole.
Je lui donnai une bouteille d’eau avec un verre, offrit une seconde à l'inspecteur Callas et je m’ouvrit une autrebouteille d’eau glacée pour me réveiller.
- Gracias!
- De nada!, répliquais-je. Si c’est chaud pour vous, imaginez pour moi!
Mon commentaire les amusa alors qu’ilsprenaient une première gorgée d’eau froide.
Je m’assis sur la chaise du bureau.
La voix de Callas devint très sérieuse et concernée:
-Je veux vous informer avant tout que l'homme que nous avons arrêté mardi soir n'est plus sous notre juridiction. Nous avons découvert qu'il était "Persona non grata" au Mexique et il a été déporté ce matin. Comment vous sentez-vous avec cela ?
- Cela explique probablement cette intrusion répondit-je sèchement. Comment je me sens? Aussi bien que vous pouvez imaginer pour quelqu'un qui viens d'apprendre que l'homme qui l'a menacé de mort est expulsé du pays où il passe ses vacances mais qui au retour sera peut-être à l'attendre devant sa porte chez-lui. Mais cela n'est pas de votre faute, en fait personne n'y peut rien. Mais au moins dites-moi qui il était, ce qu'il voulait ? Est-ce une histoire de cartel criminel, de drogues ?
- Non rien de cela. Je comprends que vous devez avoir probablement plusieurs questions à ce sujet mais je ne peux pas vous répondre; tout ce que je sais c'est que des hombres en vestons et cravates et una señora l'on sortit de prison en outrepassant toute notre bureaucratie. Après cela, c'est devenu une affaire diplomatique.
Ses explications ne m'intéressaient guère, je lui posai la seule question qui m'importait vraiment et qui me brûlait les lèvres:
- Ishell, cette femme qui était avec moi, vous en avez eu des nouvelles?
L'inspecteur Callas regarda gravement son collègue, Morales. Ce dernier retira des photos d’une enveloppe beige tout en prenant la parole sur un ton qui contrairement à Callas était froid, distant et détaché:
- Pouvez-vous identifier quelque chose sur ces photos?
Il me donna les clichés que j’examinai. Je m’efforçai à ne montrer aucune émotion à la vue de la première photo couleur. Le premier cliché montrait un disque de terre cuite très érodé et abîmé par le temps que je connaissais bien et que j’avais malencontreusement détruit ce matin. Sur la photo, des détails étaient beaucoup plus évidents tels que les traces des peintures originales rouge, jaune, noir, blanc et vert alors qu’ils m’avaient été à peine perceptibles de l’objet. Le motif étampé était aussi beaucoup plus clair avec son soleil rayonnant et de du lézard de profil que je pouvais identifier à un iguane. L’art était grossier et naïf comme si un jeune enfant l’avait effectué. L’objet était photographié sur un fond clair avec une règle montrant l’échelle en centimètres. J’hochai la tête négativement en prétendant que je n’avais jamais rien vu de semblable. Les autres photos étaient noir et blanc, floues avec une résolution grossière mais tout mon cœur se serra lorsque je la reconnue. Il s’agissait bien d’Ishell.
Ayant sans doute lu ma réaction, l’inspecteur Morales me demanda gravement :
- C’est elle?
Je lui confirmai que oui. Sur certaines photos elle était accompagnée d’un homme.
Je le pointai à l’inspecteur sur une des photos :
- Lui aussi je l’ai vu, ce soir même à Playa del Carmen. Je crois qu’il me surveillait. Qui est-il?
- Son complice; nous ne connaissons pas son nom pas plus que celui de la dame.
- Complice? dis-je bouche bée.
L’inspecteur Callas expliqua d’une voix appuyée :
- Ces photos proviennent des caméras de surveillance du Peabody Museum dans la ville de Boston où votre « Ishell », si c’est son vrai nom, et cet homme ont pénétré par effraction.
Je remarquai dans le coin inférieur droit des photos de surveillance une date, 08-06-2005, apposée avec un temps variant de 03:15 à 03:45 am selon la photo. Devant mon incrédulité apparente il continua :
- Ce sont des professionnels, ils n’ont déclenché aucune des alarmes de sécurité. D’après le FBI ce sont des chasseurs de reliques. Sur ces photos, ils fouillaient d’ailleurs pour des artefacts mayas dans une collection fermée au public.
- Qu’ont-ils volés? lui demandais-je gravement. Cet objet?
Je leur montrai la photo de l’objet de céramique.
Morales me répondit:
- Cet objet a été le seul item reporté manquant de l'inventaire du musée après leur visite. Ce que je ne comprends pas c’est qu’ils avaient l’opportunité de prendre des objets ayant beaucoup plus de valeur en jade ou même en or.
Je trouvai des notes au recto de la photo qui se lisaient:
| Peabody Number : | 07-7-20/C4527 |
| Display Title : | Sacrificial pendant with God D representation |
| Descriptive term : |
Ornament, ceramic pendant; complete vessel; God D symbol encrypted |
| Date : | AD 900-1200 |
| Artist : | |
| Artist date : | |
| Culture : | Maya |
| Provenience : | Central America, Mexico, Yucatan, Chichen Itza, Sacred cenote |
| Dimensions: | 3.6 cm diameter |
| Materials: | Terra Cotta |
| Collector/Donor: | Edward Herbert Thompson collection |
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Remarquant sans doute mon intérêt, Morales s'empressa à m'enlever les photos et continua :
Vous devez comprendre qu’il existe tout un marché pour les antiquités et objets d'arts anciens tels que les artefacts mayas, aztèques et autres. Certains individus seraient prêts à payer de grosses sommes d'argent afin de mettre la main et posséder de tels items.
Il pausa un instant, le temps de boire un peu d'eau et reprit:
- D’ailleurs tenter de faire la contrebande ou d'exporter hors des frontières du Mexique de tels objets, considérés comme des trésors nationaux, constitue un crime des plus sérieux garant de peines sévères...
- Vous faites fausse route si vous me soupçonnez de quoi que ce soit, répondis-je âprement. Je suis un ingénieur pas un collectionneur...
- Nous avons déjà fait des vérifications : Ingénieur et géologue spécialisé pour les exploitations minières, donc un expert en digues et également en pierres et métaux précieux...
- Je suis ici en vacances insistais-je, et vous devez savoir comme le reste, que je n'ai aucun antécédents judiciaires.
- En effet, confirma t’il, selon ce que nous avons pu vérifier jusqu'ici.
Je n’aimais vraiment pas le ton qu’il avait utilisé avec sa phrase. J'étais sur le point de dire à ce Morales ce que je pensais vraiment de lui et de ses insinuations vicieuses mais Callas s'adressa à moi dans un ton conciliant et dans un effort évident de réduire la tension.
- Nous pensons que cette femme que vous avez rencontré possédait encore l'objet qu'elle avait volé au musée et qu'il s'agissait de quelque chose que ces hommes à Playa del Carmen désiraient. Vous êtes tout bonnement tombé au milieu d’une affaire ayant tourné mal pour elle.Depuis, son complice vous surveille sans doute en pensant qu'elle vous aurait confié ou dit quelque chose. C’est pour cela que lui ou quelqu’un d’autre a fouillé votre chambre lors de votre absence.
Callas avait fait une excellente déduction que je devais admettre parfaitement logique et qui correspondait aux faits tels que je les connaissais.
Je ne dis rien, perdu dans mes pensées. Ishell, une vulgaire voleuse? Je refusais de le croire. Pourtant tout cela collait tellement bien aux évidences.
- Elle vous a dis ou donné quoi ce soit? me redemanda Morales avec insistance.
Je mentis :
- Non, j'ai déjà rapporté tout ce qu’elle m’avait dit à l'inspecteur Callas.
- Si je peux me permettre, je ne crois pas que cette femme en vaut la peine Señor!
- Sans l'avoir rencontrée, vous l'avez jugée et condamnée. Moi je l'ai tenue dans mes bras, je l'ai défendue contre ces hommes...
Callas intervint à son tour et souligna:
-Elle vous a ainsi entraîné avec elle dans une dangereuse intrigue. Pour votre propre sécurité, oubliez-la. Je sais que vous êtes une personne honnête. Mais tout ceci ne peux que vous amener de gros ennuis, croyez-moi!
Je ne l’écoutais plus, quelque chose me vint soudainement à l’esprit :
- Vous devriez interroger Dago, il a été avec elle aussi. En fait, il a été la dernière personne avec elle avant qu’elle ne disparaisse!
Rodrigue Callas consulta ses notes:
- Non, d’après son témoignage, il s’est joint à vous pour vous porter main forte dans la bagarre. Il ne rapporte rien sur cette femme.
- Dago était avec elle, j’en suis catégorique répliquais-je sèchement.
L’inspecteur me regarda.
- Je vous crois et cela ne me surprend pas. Dago est reconnu pour être un petit arnaqueur. Il pourrais avoir menti sur ce détail, ne serait-ce que pour éviter encore plus d'attention sur lui de la part de la police ou même de ces hommes qui vous ont menacés. Je vais lui reparler dès mon retour à Playa del Carmen.
Je réalisai que Dago lui-même était possiblement en danger, les agresseurs d’Ishell pouvant penser qu’il possédait son disque.
- Quand avez vous prévu de retourner au Canada? me demanda Morales de façon intéressé.
- Je reste à l'Allure jusqu'au quinze octobre ensuite je pensais peut-être visiter la région du golfe du Mexique. Je dois retourner le vingt-deux au plus tard.
- Peut-être dans les circonstances vous devriez songer à rentrer le plus tôt possible, señor, suggéra Morales.
Je ne répondis rien.
-Vous n’avez rien à ajouter? questionna une dernière fois l’inspecteur en s’apprêtant à se lever.
Je lui signalai que non.
Morales me tendit sa carte et ajouta:
- Vous comprenez que si vous revoyez Ishell ou cet homme ou qu’ils tentent d’entrer en contact avec vous...
Je complétai sa phrase en prenant sa carte:
-Je vous en informe immédiatement, bien sûr!
-Si il y a quoi que ce soit, sentez vous libre de me contacter, ajouta l'inspecteur Callas.
Je leur serrai la mainen les remerciant et les escortèrent à ma porte.
- ¡Buena noches!
- ¡Buena Noches Señor! répondirent-ils en me saluant.
L'inspecteur Callas ajouta avant de partir :
- Essayez d’oubliez tout cela cette nuit, profitez de votre séjour ici!
Ouais, comme si cela était possible maintenant!
Peu de temps après le départ des policiers, le personnel de l’hôtel m’offrit de me transférer à une autre chambre ce que j’acceptai. Après tout, j’aurais au moins une illusion de sécurité dans une nouvelle chambre, intouchée, inviolée. À la réception, on me fournit une nouvelle clé. J'appréciais beaucoup mais était en même temps mal à l'aise de les incommoder ainsi. Je ramassai ensuite toutes mes affaires et m’installai rapidement dans mes nouveaux quartiers. Ma chambre était proche de la piscine et avait vue sur la plage. Elle était plus spacieuse que ma chambre originelle. Son grand lit de format King était couvert d’une serviette blanche pliée à l’effigie d’un singe accompagné d’une fleur et deux chocolats. Je me laissai tomber sur le matelas. À l’extérieur, le complexe était baigné dans la musique joyeuse de la discothèque qui ajoutait une dimension irréelle à tout ce qui s’était passé.
Je repensai à tout ce qui avaient été dit. Je reniai l’hypothèse qu’Ishell ait été une criminelle. Je ne pouvais dire pourquoi, mais j’avais foi en elle. Ce que j’avais ressenti avec elle était vrai, je n’en avais aucun doute. Je sorti et contemplai la roue de métal. Je savais très bien que c’était l’objet qui était recherché par ceux qui avaient fouillés ma chambre. Je savais maintenant que cette pièce de métal était cachée dans un item dérobé au musée de Peabody. Il était temps d’en savoir plus. Je sortis le vinaigre, la farine et le sel que je m’étais procuré à Cozumel.
Je commençai par tremper le disque dans une solution de vinaigre et d’eau chaude afin de dissoudre le limon et les résidus calcaires. Je fus surpris de voir que le disque ne s’engloutissait pas dans la solution mais flottait simplement à sa surface et que je devais le forcer à rester submergé. Il ne pouvait donc s’agir de bronze ou de fer. Je dissous une cuillerée à thé de sel dans une tasse de vinaigre et y ajouta assez de farine au mélange pour former une pâte dont j’enduis la pièce. Je frottai et laissai la pâte sécher une trentaine de minute et rinçai avec de l’eau chaude. Le métal révélait son éclat peu à peu. J’effectuai le nettoyage plusieurs fois avec ma pâte de nettoyage artisanale. Le disque était enfin propre. Le disque me sembla très ancien bien qu’il soit parfaitement poli et lisse au toucher. Je l’examinai. Il n’était pas plat mais légèrement convexe. La face concave montrait des inscriptions contenues dans cinq cercles concentriques. Je comptai quarante glyphes complexes. Cinq de ces glyphes étaient plus proéminents et importants que tous les autres: quatre d’entre eux étaient placés aux pointes d’un carré central où s’imbriquait un cercle alors que le dernier symbole était en son plein centre. Les deux cercles extérieurs avaient des suites de symboles entrecoupés par les gravures de quatre triangles et quatre pointes de flèche plus grandes et élaborées tels un grand « V » stylisé. Ils étaient tous équidistants et pointaient vers la circonférence extérieure du disque. Les pointes les plus importantes étaient associées au quatre glyphes périphériques marqués par un glyphe juxtaposés du carré. Dans le cercle central, il y avait une croix formée par différents glyphes, quinze en tout superposés et formant un « T » chapeauté par un étrange oiseau. Tous ces glyphes étaient essentiellement dans des cartouches carrés et certains d’entre eux me suggéraient des visages difformes. En particulier le glyphe à la base de la croix était monstrueux. Par leur style, ils rappelaient celui de certains symboles de la monnaie mexicaine tout en étant différents. Les glyphes étaient en relief, je sentais leur protubérance sous mes doigts. Le travail de frappe de ce disque était raffiné, détaillé et absolument remarquable. L’autre face montrait les même lignes et divisions et marqueurs mais n’avait aucun glyphes écrits. Sa surface était parfaitement poli et lisse au toucher. La densité de la pièce était parfaitement balancée et s’équilibrait facilement sur la pointe d’un stylo.
Je voulus vérifier une propriété du disque de Ishell que j’avais noté lors de son nettoyage et qui expliquait peut-être en partie ce qui j’avais observé au traversier. Je remis la pièce dans un verre d’eau et qu’importe ce que je faisais la pièce refusait de couler, elle flottait tout simplement à la surface. Ce qui était le plus particulier c’est qu’elle revenait toujours obstinément dans la même position, avec ses glyphes et pointes dans la même orientation. C’est alors que je compris que le disque se réorientait selon le champ magnétique terrestre : il s’agissait d’une boussole, d’un compas. Les symboles et grandes pointes de flèches indiquaient les points cardinaux, Nord, Est, Sud et Ouest. J’asséchai soigneusement le disque craignant qu’il rouille. J’observai que le compas fonctionnait également bien à sec, avec son centre reposant sur un pivot.
J’en conclut que le disque devait contenir une barre de magnétite naturellement magnétisée appelée Lodestone. J’observai le disque avec plus d’attention. Son matériel montrait des cristaux caractéristiques octaédriques, aux faces striées, de couleur gris fer à noir. Elle avait un éclat métallique avec une réverbération bleue tel que j’en avait jamais vue. Mise à part le reflet bleuté, ce métal avait bien les caractéristique de de la magnétite.
Je réalisai qu’en fait, le disque devait être entièrement forgé à partir de ce minérai de fer magnétisé. Je pris les clés de ma résidence et les approchai, pour voir aussitôt le disque réagir et mes clés de métal se dresser et s'accoler contre le disque. Ceci confirmait mes doutes sur le dipole magnétique de l'objet mais ne m’expliquait pas en quoi une boussole pouvait être le centre de tant de convoitises même si elle était très ancienne. Après tout la boussole n'était pas une technologie extraordinaire par soi, elle était connue bien avant Jésus Christ. Les chinois l’utilisaient bien au début du millénaire et les anciens arabes l’avaient adaptés à la navigation.
J’étais certain qu’il ne s’agissait pas juste de cela, la détresse d'Ishell était trop profonde, sa crainte et la convoitise de ses hommes qui l’avaient attaqué, la fouille de ma chambre, il y avait quelque chose de plus important en jeu, quelque chose de sinistre. J’examinai la pièce de nouveau, les glyphes étaient peut-être la clé mais j’avais besoin de quelqu’un qui pouvait m’aider à les interpréter.
Il se faisait tard. Je décidai de ne pas le laisser le disque d’Ishell dans le coffre. Je dévissai le récepteur de mon téléphone et y cachai le disque à la base du haut-parleur qui était lui-même aimanté. Je sais que cela était de la paranoïa avancée, mais ainsi je me sentais rassuré et me couchai. J’étais complètement épuisé de ma journée et tombai dans un sommeil profond dès que ma tête tomba sur l’oreiller.










