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Samedi 27 juin 2009 6 27 /06 /2009 22:40

10 Manik 5 Yax

 


Ils revinrent encore cette nuit, ces affreux cafards gris. Combien de fois auparavant m'avaient-ils hanté dans mon sommeil?

Ils étaient dans ma chambre et depuis le bord de ma fenêtre patio, ils m'intimaient de rentrer. Je m'efforçai de les ignorer, mais cela prenait toute ma volonté. Il m'était difficile de résister à leur ordre. Je ne devais pas les regarder;  j'avais peur. Je fermai les yeux en pensant vivement de l'endroit où ils pouvaient cette fois mettre leur foutues sondes. Je les sentais perplexes et frustrés du fait que je leur tenais tête.  Ils s'avançaient parfois craintivement vers moi pour être aussitôt repoussé violemment derrière comme si j'étais entouré par une barrière invisible. Ils finirent par abandonner, du moins je ne les voyais plus. Je me tournai la tête et tentai de retrouver mon sommeil. J’avais le vertige, la sensation de tomber dans le vide, la même sensation que lors de ma chute dans le cenote sacré.

 

Je vis alors le roi de Chichén Itzá accompagné de ses guerriers. Ils étaient à la poursuite d'un pauvre homme fuyant vers le puits sacré. J'avais vu cette scène auparavant, mais d'une autre perspective.

 

Je décelais une certaine obsession chez le Roi ; je percevais jusqu’à ses pensées les plus intimes. Je sentais à quel point il désirait ardemment ce que possédait cet homme : rien ne devait l'arrêter. L'homme qu'il poursuivait détenait la clé de la sagesse qui lui avait été refusée. Il avait reconnu le pendentif de la vieille grand-mère, celle qui gardait les secrets de l'ancienne sagesse et qui régnait sur le paradis de Tamoanchan. Il détestait plus que toute la vieille démone des étoiles, souveraine des titzimimés, les restants d'une race éteinte.

 

La vieille avait initié son grand-père aux secrets des anciens. Elle l'avait amené à la ville de Tlillan-Tlapallan, le domaine rouge et noir de la sagesse. Elle lui avait montré le Tam ek’hool, le trou noir profond de la fin de la création et l'entrée menant à Mictlan au niveau le plus bas des enfers.

 

Il était Topiltzin Ce Acatl, né Quetzalcóatl tout comme son grand-père. Ce dernier fut renié par son propre père, le héros des tribus Nahuatl, parce qu'il s'était associé à ses ennemis de Tula et qu'il s’était proclamé leur roi. La vieille aussi s’était détournée de Quetzalcóatl. Quel manque de vision : il était évident que Tula, même en ces temps reculés avec toute son agressivité et sa vitalité, avait le potentiel de créer l’empire plus glorieux et vaste que tout ce que le monde avait connu jusqu'alors.

 

Topiltzin Ce Acatl blâmait aussi son propre père ; il avait été un homme faible et dupe. Il avait laissé les minions de Tezcatlipoca miner son autorité, remettre en question sa sainte souveraineté et son droit divin. Il avait refusé aux prêtres de Tezcatlipoca d'exercer leur culte et de pratiquer les sacrifices humains. C'était démontrer une incompréhension totale de l’âme guerrière de Tula. Son père paya cher pour sa naïveté. Il y eu révolte et coup d'état orchestré par le clergé de Tezcatlipoca. Son père fut détrôné, disgracié et humilié avant d'être brûlé sur un bûcher. Tant qu'à lui, l'héritier légitime de Tula, il dû fuir pour sa survie accompagné d'un groupe de ses fidèles.

 

Ainsi exilé, il trouva et fonda sa nouvelle capitale en cet ancien royaume des hommes du Sud. Il s'était approprié leur culte de Kulkucan et les convainquis que du sang divin coulait dans ses veines. Il avait également travaillé à l'éradication systématique de leurs anciens cultes ; il ne voulait pas refaire la même erreur que son père et se voir défié par une foi rivale. Il avait vite pris le contrôle des voies fluviales et maritimes ; il dominait ainsi sur leur commerce. Il entretint leurs conflits, en créant parfois lui-même de nouveaux affrontements car il savait bien qu’il fallait diviser pour régner. Une fois son nouvel empire consolidé, il partirait avec son armée à la reconquête de Tula et des peuples Nahuatls dispersés. Il réaliserait ainsi le rêve de son grand-père qui était d’unir tous ces peuples dans une grande civilisation ; il réussirait où tous avaient échoué avant lui. Pour cela, les pouvoirs de cette cité cachée lui seraient d’une aide précieuse. Il avait besoin du médaillon que possédait cet homme ; il était la clé pour retrouver cette cité.

 

Le fuyard était acculé aux abords du puits sacré ; il ne pouvait aller nulle part. Ce dernier contemplait les eaux du cenote depuis la plateforme cérémonielle. La lumière des torches lui révéla un homme simplement vêtu d’un pagne de coton, à bout de souffle et absolument terrifié. Il regardait nerveusement derrière lui et sur les côtés tel un animal paniqué et pris au piège.

 

Topiltzin Ce Acatl se réjouit de sa bonne fortune ; récupérer le médaillon serait facile. Il indiqua à ses hommes de garder une certaine distance mais de maintenir leurs armes prêtes. Ils étaient de son élite du jaguar et de l’aigle.

 

Il s’approcha de l’homme doucement les mains ouvertes en tentant de se montrer conciliant et souriant. Il l’examina le fuyard et se rappela de l’avoir vu auparavant.  N’était-il pas un des scribes ? Quel était son nom déjà ? Dzacab ! Il était le fils de Chich iik’ Paal.

 

Il l’appela par son nom ce qui réussit à surprendre le jeune homme un moment mais il retrouva très vite son contrôle. Il se tenait fier et défiant devant lui.

 

L’insolent le défiait lui l’incarnation du dieu serpent sur terre ! Il lui cria avec frustration qu’il était son roi et son dieu et qu’il lui devait respect et dévotion. Dzacab répliqua qu’il servait uniquement Itzamna. Quoi? Le vieux grand père des origines ? Il lui indiqua que ce vieux fou les avaient abandonné depuis bien longtemps, qu’il était mort et enterré et que ses restes pourrissaient en enfer tout comme les cadavres de ses enfants !

Dzacab ne dit rien, il contempla impassible les eaux mouvantes du cenote. Topiltzin perdit patience et le menaça. Le roi de Chichen Itza réclama impérieusement le médaillon en échange de sa vie.

 

 Dzacab exprima son mépris et répliqua :

- Itzamna hahil; Kukulkan tuus Quetzalcóatl! Ce qui voulais dire qu’Itzamna était vrai et que Quetzalcóatl était une fraude.

 

Devant ses traqueurs, Dzacab se redressa dans toute sa dignité. Il n’avait plus aucune frayeur. Il montra le plus grand des dégoûts et cracha dans la direction du roi.

 

Instantanément une flèche se décocha et le foudroya à la poitrine. Topiltzin Ce Acatl  leva la main indiquant silencieusement à ses hommes de retenir leur attaque.

 

L’homme était à genoux, il restait intraitable même dans la douleur alors qu’il serrait le médaillon contre son cœur. Il répéta en désespoir plusieurs fois le nom d’Itzamna. Il demandait au dieu de venir le chercher. Il blasphéma et maudit ensuite tous ceux qui l’entourait en leur assurant connaîtrais le châtiment divin. Cela créa certaines appréhensions et craintes parmi les guerriers. Il y eu à ce moment la plainte, le hurlement d’un chien. Ce cri lugubre était de mauvais augure et rendait les guerriers nerveux.  Je vis ces hommes lourdement armés reculer et prendre leur distance.

 

Le Roi maugréa quelque chose. Il hurla un ordre mais personne n’osait bouger. Il sorti une dague. Il saisit le bras d’un guerrier le plus proche et lui intima sans équivoque de tirer.  La lance du guerrier transperça Dzacab de part en part aux abords du cenote.  Le guerrier avança et récupéra son arme d’un geste vif en l’arrachant de entrailles et du pied poussa le corps de Dzacab dans le puits malgré les protestations de Topiltzin.

 

Frustré devant encore plus d’insolence, le Roi exécuta promptement le guerrier sans aucun remord ou une autre pensée.  Entretemps, Dzacab brisa la surface de l’eau et coula à pic. Le chien hurla de nouveau. Nullement intimidé, Topiltzin jeta un regard dans le trou béant. Il y avait quelqu’un d’autre dans l’eau. Était-ce vraiment Xtlotl, le fidèle accompagnateur des morts ?

Il ne voulut pas rester plus longtemps.

 

En s’éloignant, il ordonna à ses hommes de fouiller le Cenote jusqu’à ce qu’ils récupèrent le médaillon. Il leur dit avec sarcasme qu’il n’était pas préoccupé par les dangers de noyade. Il ajouta qu’en fait, qu’ils seraient bienheureux ceux qui seraient réclamés par le dieu des pluies et des eaux car ils joindraient le paradis de Tlalocan. 

 

Je sursautai subitement dans mon hamac en me réveillant.  

 

Je restai sur mon balcon, n’osai bouger  jusqu'à l'aurore et les premiers chants de l'aube. J'étais anxieux. Comme si je n'avais pas assez d'encore éprouver la hantise des évènements à Chichen Itza, il fallait en plus que je rêve encore à la visite nocturne de ces petits bonhommes gris. Je pouvais comprendre le rêve de Chichen Itza; je me rappelais que les noms de Topiltzin Ce Acatl et de Xtlotl étaient dans le guide que j’avais lu au sujet de la cité Maya. Mais pour le reste?  Vraiment, ça n'allait pas dans ma tête!


Je blâmai la commotion cérébrale résultant de ma chute du puit pour tous ces délires. J’étais inconfortable aussi par l’absence de Rafaele qui avait failli à sa promesse. Il aurait plus m’appeler, à moins qu’il en est été incapable. Il était peut être en danger, juste cette pensée me bouleversait complètement.


J’émis un gros juron. Il était encore beaucoup trop tôt pour faire quoi que ce soit. Je me levai tout courbaturé et failli trébucher sur une petite boîte de carton laissée sous mon hamac. Je me penchai et reconnu ma boîte de sel; que faisait-elle ici? Je remarquai alors le carré de sel dessiné avec un cercle imbriqué dont la circonférence entourait parfaitement mon hamac. Il y avait quatre symboles intelligible au quatre coin du carré, écrit avec ce qui semblait être du sang! Tout en regardant l'arrangement de sel, je me demandais qui avait bien pû faire cela;  une autre question, toute aussi bonne, était pourquoi quelqu'un aurait fait une telle chose? Je restai ainsi longuement à  contempler ce symbole. Ce que cela pouvait impliquer m'effrayait de plus en plus alors que je repensais à mes visiteurs de la nuit dernière. Ce n'est que les passages  fréquent des autres vacanciers devant mon balcon qui me convainquirent de regagner ma chambre.

J'avais terriblement besoin de bouger; j'étais vraiment tout mêlé dans ma tête. Je ne connaissais qu'une seule thérapie; je m'engageai comme d'habitude dans une séance torride d'exercices pour oublier mes tracas.

 

N’ayant toujours aucune nouvelle de Rafaele, je déjeunai à la Hacienda pour découvrir par après que la visite quotidienne de Tulum avait été cancellée. Rafaele n'était pas encore revenu. La conciergerie et la réception de l'hôtel ne pouvaient que m'informer de l'absence de Rafaele pour un temps indéterminé en raison d'affaires urgentes hors de la région.

Ma confiance envers Rafaele était soudainement mise à l'épreuve. Pourquoi ne m'avait-il pas contacté ou laissé un message? Je regrettais amèrement de lui avoir laissé le disque.

 

Je retournai à ma chambre. Les choses n'allaient vraiment pas bien pour moi. Je me sentais terriblement seul et m'écroulai sur mon lit. Je ne savais ce qui était le pire; la crainte de perdre ma santé mentale ou d'accepter la réalité de mes expériences bizarroïdes? Les deux options n'étaient pas mutuellement exclusives. Il y avait de plus cette attente; j'espérais toujours que Rafaele ne m'ait pas trahi ou qu'il n'était pas en péril.Je ne pouvais m'empêcher de penser à Ishell avec le lourd sentiment de l'avoir ainsi laissé tombé. J'étais tout à fait impuissant; je ne pouvais rien faire d'autre qu'attendre et espérer.

 

Une voix me fit sursauter. L'appel provenait de mon balcon.

Alex, Alex!

Je retrouvai perché sur mon hamac un perroquet, le même qui m'avais visité deux matins auparavant.  L'oiseau m'avait rejoint même si j'avais changé de chambre depuis.

- ¡Alex es mi nombre! croassa l'oiseau. Malgré moi, je me mis à rire.

Je lui servis des pistaches, cacahuètes et cachous que l'oiseau consomma  gloutonnement. Je ne réussis pas à enseigner à l'oiseau entêté rien de nouveau; il ne faisait que répéter  "Alex es mi nombre", c'est à dire "Alex est mon nom" qu'il m'avait entendu dire deux matins auparavant. À ma surprise, le perroquet bondit et s'installa sur mon poignet. Il y était calme et parfaitement à l'aise. J'étais certain que le volatile était domestiqué. Je le flattai délicatement sur la tête dans le sens de ses plumes et il me répondit en roucoulant et ricanant. Je venais de me faire un nouvel ami et cela me faisait vraiment du bien!

- Tu es un bel oiseau, oui un bel oiseau! lui répétais-je.  Apparemment satisfait, le perroquet s'envola.

 

Contre mauvaise fortune, bon cœur. Je décidai d'arrêter de me morfondre et de profiter de la journée à l'Allure. Je commençai par un dîner au El Charro. C’est la serveuse en chef, Cheryl qui m’accueillit et m’assigna un siège. C’est d’ailleurs à sa recommandation que je choisi pour souper un succulent Mahi Mahi, un poisson grillé aromatisé à l’ail et au citron, que je dégustai après m’être de nouveau empiffré de croustilles de tacos et de salsa, désaltérée par une succulente sangria glacée.

Je ne pu m’empêcher de me resservir une bonne portion de leur crème glacée maison parfumée au chocolat qui était tout à fait délectable.

 

Je consultai les journaux disponibles et ne trouvai aucun rapport de mon accident d’hier à Chichen Itza mis à part une vague communication concernant un incident impliquant un touriste. Je compris que le site archéologique ne voulait aucune mauvaise publicité ou faire douter ses visiteurs de sa sécurité.  J’allais me baigner mais entrevis Ted et Angela profitant d'un bain de soleil au bord de la piscine et allai d'abord les saluer    avant de continuer vers la plage. Tiburcio m’y accueillit en me servant sans que je le demande un « Sex on the beach ». Je semblais selon lui en avoir grandement  besoin. Nous avons bavardé un peu sur le sport. Tiburcio en profita pour m'inviter à une joute de soccer impromptue qu'il organisait en fin d'après-midi entre le personnel de l'hôtel et ses invités. Sa persistance et son enthousiasme contagieux vinrent à bout de ma morosité et j'acceptai son invitation avec plaisir. Il m’avertit aussitôt qu’il serait également du match et de me préparer à me faire botter le cul. Je trinquai à sa santé et relevai son défi. Je le quittai pour joindre une partie de volley-ball en cours avec d'autres vacanciers.  Je me suis tellement écrasé sur mon long sur la plage en tentant de récupérer des ballons perdus que j’étais complètement couvert de sable à la fin du match. Je me suis rincé par un plongeon dans l'océan chaud et m’installai dans un hamac pour sécher. Je me fermai les yeux et me laissai balancer au souffle de la brise océanique. Je me réconfortais dans l'appréciation du moment présent et décidai de patienter encore et de confirmer ma confiance enversRafaele; de toute façon je n'avais vraiment pas d'autre choix.

-Alex, c'est cela? Vous allez bien?

Je reconnu la voix anglophone. Je me redressai dans mon hamac.

-Oui, Lilith, je vais très bien et vous? Vous profitez de l'Allure?

- Je vais bien, merci! Oui, j'aime beaucoup l'Allure!

 

Après un court silence, elle essaya de d'amorcer une conversation:

- Vous me semblez un homme d'action; vous ne vous ennuyez pas, c'est plutôt tranquille ici!

- Croyez -moi, j'ai  toute l'action que je peux désirer et même plus encore! lui répondis-je avec sarcasme.

Elle me regarda avec un air interrogatif. Comment aurait-elle pu comprendre? Je me ravisai et lui répondis gentiment:

- Je suis venu en vacances à la Riviera Maya pour me reposer. J'apprécie beaucoup le charme du rythme relaxe de vie Mexicain.

- "¡Si, Si, momento por favor!" Ils ne se stressent pas inutilement ici! blagua –t’elle.

Elle me demanda ensuite:

- Cela ne vous dérange pas que je reste avec vous? Je ne connais personne d'autre ici!

-Bienvenue! répondis-je en lui indiquant un hamac voisin.

Elle me questionna sur ce que je faisais dans la vie, mon travail. Nous échangeâmes nos impressions sur notre visite de Cobá. Elle me demanda de lui raconter ma visite de Chichen Itza pour s'assurer que le long voyage de trois heures pour s'y rendre en valait la peine.  Je lui confirmai que Chichen Itza  avait sur son territoire les plus belles ruines que j'avais vues jusqu'ici sans bien entendu mentionner tout autres détails. Il était intéressant de converser avec elle; Lilith avait des connaissances étendues sur une multitude de sujets. Je me mesurai contre elle dans une partie de Rummy amicale sous la terrasse du bar principal, un jeu où je me fis battre à plate couture. Ce n'est qu'à la partie suivante en ayant bien saisi le principe du jeu et les subtilités de ses stratégies que je réussis à la vaincre.  Je lui parlai de Playa del Carmen mais elle me sembla distraite. Il m’était clair que mon physique, plus que ma conversation, attirait l'attention de Lilith.  Je lui demandai l’heure. Elle me répondit quatre heures moins le quart. Je m’excusai en lui mentionnant ma partie de soccer. Je lui souhaitai d’excellentes vacances en promettant de la revoir plus tard.

 

Tiburcio attendait impatiemment sur le grand terrain devant les cages de tennis. Il avait déjà assemblé une équipe internationale de résident de l’allure avec qui je fis connaissance. Je retrouvai d'abord Antony et Christopher deux Italiens d'origine avec qui j'avais eu le plaisir de jouer au handball auparavant.  Je rencontrai Byron un Anglo-saxon typique de la région de Toronto, Mickey un jeune rouquin irlandais, Larry et Danny, deux américains de Chicago ainsi que Karl et sa compagne Joann, un jeune couple allemand. 

Tiburcio  pouvait compter sur une équipe complète de onze joueurs formée à partir des membres du personnel de l’Allure. Je fus choqué de voir Rafaele dans ce groupe. Il s'affairait à des exercices d'étirements et de réchauffements. Il m'ignorait complètement.Je voulu m'approcher et lui parler mais il m'envoya un regard dur et sévère qui me fit comprendre qu'il ne s'agissait ni du lieu ni du moment pour discuter. Je notai que Tiburcio et son équipe jouaient pour la plupart nu-pieds. Le match s’engagea. Je remarquai ma nouvelle connaissance, Lilith qui surveillait le match avec d’autres spectateurs à côté du terrain. 

 

Mickey, après un échange particulièrement intense marqua notre premier point. Notre célébration fut de courte durée car l’équipe d’Allure nous domina par la suite en comptant deux buts de suite malgré les vaillants efforts de Joann pour contrer le ballon dans le filet des buts. Toutes nos attaques étaient bloqués, tout nos bottés interceptés. Tiburcio était une défense infranchissable. Ne nous laissant pas décourager avec la complicité d’Antony nous réussîmes une percée. Je frappai le ballon que leur gardien de but bloqua. Antony s’empara du rebond et le rebotta en déjouant le gardien et comptant notre deuxième but. Nos spectateurs, pour la plupart d'autres vacanciers nous applaudirent.  Rafaele réussit dès la remise au jeu de marquer dans une échappée solitaire. Il me passa devant sans même me regarder. À la mise au jeu suivante, Byron me passa le ballon et risquant le tout pour le tout je m’élançai comme une locomotive. Ma technique devait ressembler plus à celle d'un joueur de la ligne de football canadienne qu’à un joueur de soccer.  Je fonçai vers la zone des buts et aperçu Tiburcio qui se préparait à me bloquer. Je bottai le ballon avec force devant moi qui dépassa ce dernier. Tiburcio ne voulait pas le ballon, c'est moi qu'il attendait de pied ferme. Il tenta de m'arrêter avec sa jambe mais je bondis à la toute dernière seconde ce qui le fit déraper. Je repris contrôle du ballon et je me retrouvai devant le gardien. Je bottai vers une ouverture en haut à gauche dans le filet. D’un coup de tête le gardien de but intercepta mon meilleur effort. L’équipe Allure repris le ballon et réussirent par un jeu de passes à déjouer notre défense et à marquer de nouveau. Le ballon fut remis au jeu. Rafaele reçu le ballon et se trouva devant moi. Il tenta de m'esquiver. J'étais une défense immuable et impitoyable; ni le jeune maya ou son ballon ne réussirent à passer. Rafaele me plaqua et rebondit pour se retrouver par terre. Je bottai le ballon à Karl qui le passa à Christopher qui sur une feinte laissa le ballon à Antony. Ce dernier marqua sur un botté direct alors que leur gardien s'était trop avancé hors de la zone des buts. Après un cri de victoire, j'offris ma main à Rafaele pour l'aider à se relever. Il la refusa. Je lui demandai si il allait bien. Il ne répondit pas et se releva tout seul. Je ne comprenais pas son hostilité soudaine. J'aurais voulu le confronter à ce moment et régler immédiatement ce qui n’allait pas mais je fus entraîné par la partie qui continuait.

Tout au long du match, il m'était évident que l'équipe de l'Allure était d'un calibre supérieur et que ses hommes formaient une équipe de vétérans habitués de travailler ensemble.  Il y avait beaucoup de passion dans leur jeu, ils y mettaient toute leur énergie et leur âme sans aucune réserve.  Nous perdîmes la joute de soccer par la marque tout de même respectable de 7 à 4. Nous étions alors tous vidés de nos énergies, totalement épuisés, certains d'entre nous couchés sur le terrain. Je devais être couvert d’ecchymoses. Nous serrâmes la main de tous nos adversaires évidemment tous victorieux et fiers. Je donnai un trophée à Tiburcio, mes espadrilles, qu’il accepta de bon cœur. Tant qu’à notre équipe internationale, elle s'en allait prendre un verre. Je ne les rejoignis pas tout de suite.

Je refusais de quitter sans échanger quelques mots avec Rafaele et récupérer le disque d'Ishell.

 

Ce dernier se préparait à partir dans une vieille Jeep militaire rouillée sans même m'avoir salué. Quelle mouche l'avait piqué? Qu'avait-il découvert qui lui avait ainsi fait changer d'attitude? Le regard détourné de Rafaele indiquait sans équivoque que je l'importunais et qu'il ne voulait évidemment ni me voir ou encore moins m'entendre.

Je confrontai tout de même.

- Attends ! Tu dois me dire ce que tu as trouvé sur l’objet que je t’ai confié.

- C’est une affaire de Mayas, cela ne te regarde pas répliqua sèchement Rafaele.

- Dans ce cas tu me le rend tout de suite ordonnais-je. Je veux ce disque.

- Tu n’as pas compris ce que j’ai dit ? Cela doit rester entre les Mayas. Ce n’est pas pour toi.

- C’est à moi qu’il a été donné ! insistai-je. Des gens sont morts pour cet objet et je ne désire pas que d’autres meurent. Il n’est pas à toi, il a été volé à l’Université de Harvard par Ishell et je suis convaincu la vie de cette femme dépend de cet objet. Tu dois me le rendre!

Rafaele restait intraitable. J’aurais été prêt à me battre contre lui afin de récupérer le disque.

Avant que ne soit échangé un seul autre mot, un perroquet écarlate arriva et se percha sur mon bras et nous regarda curieusement Rafaele et moi pour ensuite bondir sur le pare-brise de la jeep et crier :

- ¡Alex es mi hombre! ¡Alex es mi hombre!

 

Je ne pu cacher un sourire  amusé; l'oiseau venais de dire que "j'étais son homme", une déformation de "Alex es mi nombre" qu'il m'avait jusqu'ici répété constamment. Rafaele n'avait pas le cœur à rire, il restait sérieux et stoïque. L'oiseau dit ensuite:

"Alex, Yan ts'aakik lelo' xib " ou quelque chose de semblable que je ne comprenais pas mais qui laissa Rafaele bouche bée.  Que diable venait de lui  dire ce perroquet?  Rafaele répliqua plein d'amertume, sans même me regarder:

- Tu l'as bien dressé ce perroquet. Tu lui as même appris à parler le langage maya du Yucatan.

- Quoi? Tu sais bien que les seuls mots que je connais sont Monoch, Mul, saccabe...

- Sacbe! corrigea aussitôt Rafaele. Son masque de colère s'estompa révélant un visage à la fois sombre et empreint d’ironie. 

- C'est vrai cela ne peux être toi, marmonna t’il à voix basse. Comment aurais-tu pu? 

Il s'adressa à moi sur un ton impérieux:

- Hé bien! Que la volonté d'Itzamna soit faite!  Au coucher du soleil, soit seul à l'entrée du parc archéologique de Xel-Ha, c'est à quelques kilomètres au nord d'ici sur l'autoroute.

Je lui promis:

-Je sais où c'est; j' y serai sans faute.

Le perroquet prit alors son envolée et il croassa de nouveau quelque chose comme"Uts! Uts! Kiimak ool!".

J'avais l'impression que les mots devaient être encore dans la langue maya car Rafaele hocha sa tête avec un air éberlué avant de s'éloigner préoccupé, tout à fait songeur.

 

Je rejoignis mes coéquipiers du match le temps d'un verre avant de regagner ma chambre. J'étais sous la douche lorsque j'entendis frapper à ma porte. J'enfilai une serviette autour de ma taille et encore dégoulinant, j'allai répondre. Je fus étonné d'ouvrir non pas à Rafaele comme j’aurais tant espéré, ou même à Lilith, mais à Dago.

- Je suis content de vous avoir enfin trouvé Señor ! dit-il à bout de souffle.

- Dago! Mais que diable fais-tu ici?

- La señora m'a envoyé vous retrouver.

J'empressai Dago à entrer.

J'étais soudainement nerveux, mon cœur battant à se rompre à la suite de ce que Dago venais de me dire.

- Comment va Ishell, comment va t'elle?

- Muy bien. J'ai soif!  Vous avez quelque chose à boire?

- Bien sûr! Tu aimerais quoi? De l'eau, une boisson gazeuse, ou un jus de fruit?

- Vous avez de la bière?

J'ouvris le frigo et lui donnai une bouteille ambrée.

Après qu'il ait goûté à sa bière, je le questionnai:

- Ishell, où est-elle? Qu'est-ce qu'elle t’a dit?

- Elle se cache des hommes qui l'ont attaqué à la plage me répondit-il entre deux gorgées. Elle m'a reconnu et est venu me voir. Elle m'a demandé de récupérer quelque chose qu'elle vous a confié.

- Je n'ai...

Je m'arrêtai net sans compléter ma phrase. Cela me surprenait qu'Ishell ait engagé Dago à cette tâche après tout ce que j'avais vu. Si Ishell était libre, elle aurait sûrement mandaté plutôt son complice, son Vigil, afin de récupérer son disque. De plus ce Vigil avait eu plusieurs fois par le passé l'occasion de me réclamer l'artefact, ce qu'il n'avait jamais fait.Je me rappelais aussi qu'Ishell m'avait choisi dans son désespoir, parce qu'elle avait justement été séparée de son Vigil; elle me l'avait mentionné. Il était donc étonnant qu'elle ait confié cette tâche à Dago, mais cela restait tout de même possible. Elle n'avait peut-être pas réussit à contacter on Vigil et s'est forcée de se repliee sur un nouveau messager pour me contacter. Même si une partie de moi aurait tellement aimée croire Dago sur le champ, j'avais plusieurs raisons de me méfier. Je jugeais son attitude trop complaisante dans les circonstances. De plus, Callas n'avait-il pas tenu des propos peu élogieux à l'endroit de Dago? Dago n'avait-il pas omis une part de la vérité lorsqu'il avait fait son témoignage à l'inspecteur? Je devais tester Dago et m'assurer de son intégrité.

Tout en enfilant un short sous ma serviette, je l'interrogeai:

- Qu'est ce que Ishell réclame? Qu'est ce qu'elle m'aurais supposément laissé?

- Elle m'a dis que vous le sauriez.

Sa réponse avait été habile dans le sens qu'elle ne répondait à rien et ne le compromettait pas.

Je devais donc recourir à la ruse:

-Je n'ai aucune idée de quoi tu parles Dago. Ishell doit se tromper; je n'ai rien d'elle ici.Rappelles-toi: elle et moi n'avons eu qu'une minute pour nous parler avant qu'elle soit agressée par ces hommes. Ensuite, tout s'est passé si vite avec la bagarre! Je n'ai pas à te raconter tout ça, tu étais là, tu as tout vu!  Tu sais tout ce qui s'est passé!

Ma prestation avait due être particulièrement convaincante; Dago était vraiment hébété.

- Elle m’a dit que vous comprendriez. Ne vous a t'elle pas remis un objet?

Je continuai à mentir:

- Elle n'a jamais eu la chance de me passer quoi que ce soit!  D'ailleurs, toi et moi avons ensemble récupéré le contenu de son sac à main et tu as vu comme moi qu'il n'y avait rien de spécial non plus. J’ai été aussi fouillé par la police et ils n’ont rien trouvé sur moi non plus.

Dago parut hésiter avant de nouveau insister :

- Je suis venu vous aider. Elle m'a prévenu qu'un dangereux fanatique pourrait s'en prendre à toi; tu l'as déjà vu!

- Où ça? De quoi parles-tu?

- À Cobá. Je sais que tu l'as vu!  C'est un tueur sans scrupule. Il te surveille constamment.  Donne-moi tout avant que je retourne à Ishell et il te laissera tranquille puisque tu n'auras plus d'intérêt pour lui.

Il ajouta gravement sur un ton faussement concerné:

- Ne me cache rien, ta vie en dépends!

Il parlait du Vigil d'Ishell! Dago était bien informé; comment pouvait-il savoir?  Le Vigil n'était donc pas le seul à m'épier. Je croyais que Dago me disais la vérité sur au moins un point: ma vie pouvait dépendre de la personne à qui je faisais confiance.

Je pris Dago par le bras avant qu'il cale le reste de sa bouteille et lui demandai gravement:

- Dis-moi Dago, qu'est-ce qui se passe? Pourquoi tout ces drames et mystères?

- Je te répondrai une fois que tu me donneras ce que je suis venu chercher!

Le jeune mexicain m’avait répondu en retirant son bras et en finissant sa bière avec une assurance qui frôlait l'arrogance.

- Je t'ai dis la vérité Dago, tu peux même me fouiller, je n'ai rien d'Ishell ici. D'ailleurs je crois que ton homme fanatique est déjà passé par ici il y a quelques jours. Il a pénétré dans ma chambre par effraction et il a cherché partout en laissant derrière lui le pire fouillis. La police est même venue ici. Je peux t'assurer que cet homme n'a pu rien trouver puisqu'il n'y avait rien dans ma chambre et je n'ai rien en ma possession provenant d'Ishell de toute façon.

Je regardai Dago qui ne montra aucune surprise. Il m'était évident qu'il était déjà également au courant de tout cela. Il en savait beaucoup trop pour un simple barman innocent d'un bar touristique de Playa del Carmen. Je ne croyais plus en la coïncidence et j'aurais soupçonné Dago à ce point d'avoir lui-même fouillé ma chambre si il n'avait pas été avec moi au Sweetwater au moment de l'effraction. Je me rappelai également des circonstances insolites de cette rencontre où sans l'avertissement du Vigil, je n'aurais pu échapper de justesse à ces hommes qui m'attendait à l'extérieur du bar. J'avais alors succombé à cette curieuse sensation de torpeur. Je me suis senti à ce moment drainé de toute mes forces et incapable dans cet état de fournir une quelconque  résistance.  Que me serait-il arrivé sans l'intervention de Vigil au Sweetwater? J'aurais été à la complète merci de ces hommes. Je n'avais pris que deux verres; il ne pouvait donc pas s'agir simplement de l'influence de l'alcool.

Est-ce que Dago avait drogué mon verre tout juste après que je lui ai fourni mon adresse?Je regardai le jeune visage latin aux traits angéliques de Dago en réalisant qu'il pouvait dissimuler un monstre. Je pensai pire encore, n'avais-je pas laissé en toute confiance Ishell entre les mains de Dago avant qu'elle ne disparaisse?

Je n’en pouvais plus de ces tentatives d’intimidation, de ces menaces implicites et tromperies. Je le confrontai directement sans subtilités:

- Dago, tu n'as toi-même aucune idée de ce que tu es venu chercher ici. Ne me ment pas!Je ne crois pas que c'est Ishell qui t'envoie. Si tu avais vraiment discuté avec elle, tu n'aurais pas à me poser aucune question. Que cherches-tu? Qui t'envoie vraiment Dago? Sais-tu où se trouve véritablement Ishell? Je serais prêt à...

 

Je n'ai pu terminer ma phrase. Dago se précipita sur mon balcon par la porte-fenêtre ouverte pour sauter et fuir à toute jambe. Je fonçai à sa poursuite. Je ne pouvais lui permettre de m'échapper. Il atteignit le portail de l'enceinte de l'Allure avant moi et réussit à passer le gardien de sécurité qui regardait alors en direction de la route. Ce dernier m'arrêta net.

- ¿Que se pasa, Señor?

J'avais envi de hurler et simplement de le tasser.

- C'est un voleur! It is a thief!

- ¡Es un ladrón! répétais-je avec la plus profonde exaspération en pointant en direction de Dago. Le gardien me laissa passer tout juste à temps pour apercevoir Dago entrer à l'arrière d'un grand véhicule utilitaire noire aux vitres teintées qui l'attendait.  Le véhicule démarra et accéléra dès qu'il embarqua. J'ai eu tout juste le réflexe me tasser afin d'éviter d'être renversé. Ils avaient pris la direction de Playa del Carmen. Je ne vis aucune plaque d'immatriculation. Je fis un bref rapport à la sécurité de l'hôtel en prétendant que j'ai surpris Dago dans ma chambre et que je le croyais responsable du saccage de ma chambre l'autre soir. Personne ne pouvait me dire comment Dago avait ainsi eu librement accès à l'hôtel. Le portier ne l’avait même pas vu pénétrer dans le complexe. L’hôtel m’avait pourtant assuré qu’il exerçait une surveillance constante contre les intrus.

J'essayai de joindre l'inspecteur Callas mais ne réussi qu’à lui laisser un message sur un répondeur expliquant sommairement ce qu’il s'était passé.

Dago était venu me piéger; pour qui travaillait-il? Pour ces hommes qui en voulait à Ishell?  Dieu du Ciel, faites qu'elle ne soit pas tombée entre leurs mains!

Je pensai aussi que Dago était peut-être même complice de la police fédérale mexicaine; l'inspecteur Morales ne m'avait-il pas pratiquement accusé d'être de connivences avec des voleurs de reliques anciennes?

 

Tout en m'habillant, je songeai que je devais maintenant joindre Rafaele dans un endroit isolé en pleine nuit. Cette réalisation engendra en moi de nouvelles peurs et inquiétudes après cette visite de Dago.  S'agissait-il d'un autre piège? Rafaele avait déjà en possession la pièce d'Ishell; il ne pouvait désirer rien d'autre de moi. Sauf qu'à la vue de l'hostilité qu'il avait manifesté auparavant à mon égard, je ne savais pas à quoi m'attendre. 

Je devinais que, avec toute les réactions qu'elle avait suscitées, cette pièce de métal d'Ishell devait être très importante, peut-être même sacrée ou tabou pour un Maya comme lui. Aux yeux de ce dernier j'étais peut-être devenu un profanateur qui ne méritait que son mépris et châtiment. Les images des sacrifices humains de Chichen Itza hantaient mes pensées. N'avait-il pas dit que la volonté du dieu Itzamna soit faite? Et si c'était le sort qui m'était réservé d'être sacrifié dans un rituel maya diabolique? Je devais réprimer mon imagination débridée et me concentrer sur l'essentiel: il me fallait absolument récupérer le disque Maya coûte que coûte, la vie d'Ishell en dépendait; j’en était plus convaincu que jamais.  Je devais donc confronter Rafaele ce soir  malgré toutes mes craintes.

 

Je me rendis à l’autoroute discrètement et commençai à pied en direction de Xel-Ha.J’attrapai un taxi communautaire au passage. Il me déposa quelques kilomètres au Nord du parc. Je marchai la distance restante en m'assurant de ne pas avoir été suivi. Le disque solaire écarlate était bas et bientôt s'effacerait sous les arbres de la forêt  pour laisser place à la nuit. Je remarquai la jeep de Rafaele stationnée à l'entrée du parc archéologique déserté. Je me rendit au véhicule et regardai les environs. Rafaele devait être dans le parc quelque part dans ces ruines. Je m'avançai au-delà de la billetterie déserte.

Une voix sévère me fit sursauter:

- Je suis désolé Monsieur mais le parc est fermé: Si vous voulez visiter, vous devrez revenir demain aux heures d'ouvertures. Le site archéologique est ouvert tous les jours de huit heures le matin à cinq heures de l'après-midi.

Je me retournai pour me retrouver devant l'intendant des lieux, un maya lui aussi, aux cheveux poivre et sel. Je devais incliner ma tête pour le regarder dans les yeux car il rejoignait à peine mes épaules.

- Je ne suis pas ici pour visiter lui expliquais-je. Je suis ici pour rencontrer Rafaele, c'est sa jeep dans le stationnement.

L'homme changea d'expression et me sourit:

- Ah! Suivez-moi, Ahulane Kin Balam vous attend.

Ahulane Kin Balam? Ce nom me semblais Maya; s'agissait-il de Rafaele?

 

Le préposé me tendit la main:

- Il y a un frais d'entrée de 28 pesos, Monsieur.

Le parc était fermé pourtant il demandait sans doute la somme par routine et formalité. Je lui donnai son argent, soit l'équivalent de trois dollars qu’il mit directement dans sa poche.

- Je me nomme Reyes Monsieur.

- Je suis Alexandre.

Je lui offris ma main. Il me la serrant me permettant de remarquer une croix tatoué sur son dessous d’avant bras gauche.

- Vous avez déjà visité Xel-Ha? me demanda- t'il.

Je lui admis que non, mais que j'avais déjà parcouru les ruines de Cobá et Chichen Itza.

- Dans ce cas, je vais vous guider assura le préposé.

 Tout en marchant, il m'expliqua que Xel-Ha, qui se prononçait « kchel-ha », ce qui signifie «là où naît l’eau». Il s’agissait du plus grand lagon de la côte Est de la péninsule du Yucatan, Dans la civilisation maya, ces lagons étaient considérés comme sacrés en raison de leurs grottes et cenotes donnant accès à des rivières souterraines d’eau douce.

«La légende raconte qu’après le grand Déluge, les dieux mayas mirent en commun leurs talents pour créer en pleine jungle un endroit qui rassemblerait toutes les merveilles des Caraïbes. Pour prendre soin de ce paradis terrestre, les dieux désignèrent un iguane (gardien de la terre), un poisson (gardien des eaux) et un perroquet (gardien du ciel)».

L'intendant du parc me raconta aussi que Xel-Ha était considéré à tort comme un site archéologique mineur. La ville contenait un cenote, des murales, un sacbe, un temple. Malgré le petit nombre de ruines accessibles, il m'expliqua que le site de Xel-Ha est important pour plusieurs raisons.

Par exemple Xel-Ha  avait un age vénérable. La citée a été fondée au environ du premier siècle et avait été continuellement occupée jusqu'à la venue des Espagnols. Elle s’est développé entre les années 400 et 700 et devint un port de première importance entre le septième et douzième siècle en raison de son grand lagon naturel qui en faisait un excellent site d’accostage. Dans le port maya du lagon de Xel-Ha transitaient des bateaux remplis de marchandises convoitées tel que le miel, l’obsidienne, le jade, la noix de coco, les textiles, les plumes, le coton, le cacao et les épices. Avant de reprendre la route, les navigateurs mayas se rendaient dans une cenote afin de faire une offrande à la déesse Ixchel, la déesse de la lune et des marées, pour qu’elle puisse guider et protéger leurs embarcations durant leur périple en mer.

La mention du nom de la déesse renouvela mon courage. Je voulais tellement la retrouver, ma « Ishell ».

Reyes continuait sa présentation :

La ville était un centre régional d'importance lorsque Tulum était habité par les flottes marchandes en raison de sa proximité du centre politique et économique de Cobá. Le site de Xel-Ha a été bouleversé lors de tracé de l’autoroute et son magnifique lagon bleu s’est transformé en un parc nautique naturel en 1994.

Ces propos m’intriguèrent. Les mayas possédaient une flotte marchande? Des Mayas qui étaient des marins? Rafaele avait mentionné quelque chose dans ce sens sur le chemin menant à Cobá.

Je commençai à apercevoir les ruines de pierres ensevelies dans la sombre jungle luxuriante.

 

Reyes en profita pour m’expliquer que les édifices de Xel-Ha étaient répartis entre trois groupes.

Le groupe de Lothrop a été construit tardivement dans l’histoire de la ville aux environs des années 1200 à 1500. Il a été nommé ainsi en honneur du chercheur qui a été le premier à étudier le modèle architectural de postclassique maya de la côte est du Yucatan. Il est constitué de structures variées identifiées comme étant des résidences et des tombeaux en pierre. Une de ces structures est remarquable par ses formes arrondies uniques dans toute la ville.

 

Le groupe de Pajaros, c’est à dire des oiseaux, inclut les édifices les plus élevés du site qui sont visible depuis l’autoroute. La structure principale est un palais qui bien que partiellement détruit par la construction de l’autoroute pendant les années 1970, contient toujours de beaux muraux montrant une variété d'oiseaux et l’illustration d’un dieu rappelant Tlaloc célébré au Teotihuacan. Il y a un échiquier de couleur sur un mur aux carrés de couleur rouge, gris et jaune. Il y a aussi l’image peinte d’un personnage datant  des années 300 à 600 démontrant bien d’autres aspect de l’influence de la cite de Teotihuacan au nord du Mexique.

 

Le groupe des jaguars, où Ahulane Kin Balam nous attendait, comporte cinq structures dont le style architectural ressemble à celui de Tulum. L’édifice le plus important du groupe des jaguars a été baptisé la Casa del Jaguar (la maison du Jaguar) qui était utilisé pour des activités cérémonieuses. Le bâtiment doit son nom à la peinture d'un jaguar descendant qui représente le dieu du maïs ainsi descendu du ciel sous la forme d’un félin sacré. Reyes m’avertit que cette section de la ville avait quelques trous profonds causés par l’effondrement de la couverture d’un vaste système de cavernes et de rivières souterraines qui se déversaient dans l’océan, formant effectivement de minis cenotes.

 

Par sa forêt, Xel-Ha me laissait la même impression que celle de Cobá, celle de marcher dans le monde Maya vierge avant la venue des espagnols. La lumière du crépuscule s'éteignait en laissant place aux ténèbres. Il me laissa au pied d’un petit bâtiment rectangulaire dont l’entrée était supportée par larges colonnes de pierres et qui était entouré d’arbres et de ruines de pierres ravagées. Le bâtiment était éclairé de l’intérieur par la douce lumière orangée de torches ou de bougies.

- Il vous attend! me dit Rayes en m’abandonnant.

Je montai, les quelques marches au la maison du jaguar et pénétrai dans le temple. J’eu l’impression de me retrouver devant une autre vision. Rafaele était méconnaissable. Il portait un costume cérémoniel maya. Il était habillé d’un pagne de coton ajusté à sa taille, de colliers contenant de la jadéite, de l’obsidienne, de la turquoise ainsi que des perles et coquillages. Ses boucles d’oreilles et ses bracelets étaient splendides et impressionnants. Il avait une fourrure de jaguar à ses pieds. Les protège chevilles couvrant ses pieds étaient également taillé dans la peau d’un jaguar. Son couvre-chef était de plus impressionnant : il avait la forme de la tête du jaguar élaboré dont les yeux brillants étaient des pierres turquoises, le tout surmonté par un éventail longues plumes vertes iridescentes. Il portait dans sa main droite un sceptre. Tout ce qu’il portait me semblait très ancien, des antiquités.  C’est ce que je vis derrière lui qui me bouleversa complètement. J’oubliai presque Rafaele et étendit ma main derrière lui, vers des empreintes sur le mur, trois empreintes de mains rouges. Des mains rouges ici tout comme celles que j'avais vu à Chichen Itza.      Il n’y avait pas de hasard. C’était une pour moi à la fois une révélation et une confirmation.

Ma réaction désempara Rafaele. J’essuyai des larmes qui coulaient sur mes joues et réprimais un profond sanglot. La vue de ces mains rouges m’avais surpris et complètement déstabilisé émotionnellement.

Rafaele ne savait comment réagir. J’avais la distincte impression que je venais de bousiller tous ses plans. Je commençai par lui expliquer ce qui m’était arrivé l’an dernier.

Je vis son visage s’adoucir et montrer une grande compassion. Il  devint triste. Il me confia que lui aussi avait perdu un être cher, il y avait deux mois de cela seulement. Il s’agissait de celui qu’il avait considéré comme son père adoptif, un prêtre Maya surnommé « Papah » ce qui voulait dire « Pape » en langue Maya du Yucatan. Il était décédé dans un ouragan récent.

Tout esprit de confrontation s’était ainsi sublimé, il ne restait que de la sympathie entre nous.

J’entamai la conversation :

- Ahulane Kin Balam est ton nom Maya?

- Oui, c’est le nom que Papah m’avait choisi. « K’iin » signifie « soleil ou jour », « B’Alam » se traduit par « jaguar ou protecteur » et Ahulane est le nom d’un guerrier et héro Maya de Cozumel. Lorsque j’ai été baptisé en tant que chrétien, le Curé a choisit le nom de Rafaele puisque l’on ne connaissait pas mon nom indigène. J’étais alors un bébé amené en tant que réfugié à la suite du massacre de ma famille au Petén. J’étais un survivant parmi quelques autres des répressions du gouvernement guatémaltèque contre les indigènes de son territoire. J’ai eu la chance d’être adopté par une famille aisée et de recevoir une éducation en Californie. C’est à la suite de ma rencontre avec une femme maya extraordinaire, Rigoberta Menchú Tum, que j’ai décidé de revenir ici et assumer mon héritage en tant que Maya et d’aider mon peuple.

 

Je reconnaissais le nom de Rigoberta Menchú Tum qui m’avait déjà été mentionné en association avec la communauté inuit, notamment pour la défense de leurs droits et la promotion de leur culture. La révélation de Rafaele sur son passé me toucha.

Je lui commentai :

-  Ton nom Maya te décrit bien, il est très approprié, surtout dans ton costume et dans cet endroit.

Cela visiblement l’embarrassa un peu.

- Je t’ai demander ici pour une raison. Je voulais t’expliquer un peu pour la pièce que tu m’avais montré. Elle est intiment liée l’histoire des mayas, c’est le dernier véritable héritage sacré qui leur reste car tout le reste a déjà été pillé et volé ....

Je le rassurai :

- Je sais et je le comprends. Je ne suis pas intéressé par aucun gain, seule la sécurité d’une femme, Ishell importe pour moi. Et je ne crois pas non plus qu’il s’agisse de profit pour elle,  je sais que cela est quelque chose pour laquelle elle a risquée sa vie et que je dois continuer et accomplir pour elle.

- Je te crois. J'aimerais te répondre et tout t’expliquer. J’aimerais te révéler des secrets mais ce sont des secrets que j'ai solennellement juré de protéger et de ne pas révéler à personne d’autre qu’un autre maya et cela sur ma vie et mon âme. Tu as démontré une âme vaillante et généreuse mais tu n’es pas maya. Je devrais te dire que tu as fait tout ce que tu pouvais faire et que ton implication doit s’arrêter ici.  Mais ce n’est pas à moi à décider de cela.

 

J’étais nerveux et anxieux de ce que Rafaele avait dit jusqu’ici. Qu’importe ce qu’il me voulait, jamais je n’abandonnerais Ishell !

- Que veux-tu dire ?

- Ce curieux perroquet, longtemps considéré comme un symbole d'Itzamna par mon peuple, m'a dit que "tu était son homme et qu'il se préoccupait de cet homme". Il a même ajouté que "c'était bien, qu'il était heureux" lorsque j'ai accepté de te rencontrer. Je ne sais pas pour toi, mais il est rare qu'un perroquet s'adresse à moi de façon intelligente en langue maya Yucathèque.

 

Cela me fit sourire. Ce perroquet s'ajoutait aux nombreux mystères qui me confrontaient depuis ma rencontre d'Ishel. Rafaele repris:

- Tu désires des réponses et moi aussi. Je propose que nous fassions une cérémonie maya dans laquelle toi et moi  adresserions nos questions. Il est traditionnel pour les mayas de demander la permission aux dieux avant de s’engager sans une certaine activité afin de vérifier de s’assurer qu’ils leur soient favorables et charitables et de leur demander aussi leur protection afin qu’aucun malheur ne soit fait à ceux qui nous importent.

- Les Inuits font des rituels pour les mêmes raisons. Je suis d’accord, je te fais confiance !

- J’ai préparé tout ce qu’il faut pour le rituel et j’ai spécialement choisi ce lieu.

Il étendit tous ses objets pour le rituel, incluant des bougies, des fèves de cacao, des gourdes, de l’encens, des petites pierres de quartz et de turquoise, du charbon, des plans de maïs feuillus, une croix et un poignard. Ce dernier item m’inquiéta particulièrement.

Il avait déjà érigé au centre du temple une petite plateforme de bois devant lui servir d’autel. Cette petite table incorporait des plans de maïs ainsi qu’une croix de bois parfaitement orientée avec les points cardinaux. Il avait attaché les longues feuilles des plans de maïs qui se joignaient au sommet de la croix  au dessus de l’autel et sur lequel où il plaça ses treize petites pierres avec soin.

Je vis le jeune maya pratiquer des activités spirituelles solennelles vieilles de deux millénaires ou peut-être plus.  Rafaele alluma une pièce de charbon et plaça l’encens de Copal dessus. La fumée irritante s'éleva dans la caverne pour la première fois depuis peut-être mille ans. Je reconnu son odeur; le shaman qui m'            avais soigné avait fait brûlé le même encens.  Ahulane Kin Balm installa les bougies dans les quatre coins du temple et sur l’autel.

Il plaça des récipients à chacun des coins du temple et en son centre qu’il rempli de sacrifices incluant un épi de maïs, une fève de cacao, du pain, des encens, une turquoise, de l’eau du cenote et un verre de vin de miel. Je compris que tout ces sacrifices étaient dédiés à chaque pawahtuns/bacabs cardinaux dont il m'avait parlé.

Rafaele m’expliqua que l’autel qu’il avait monté était connu sous le nom de ka'an te' ou "ciel en bois" et qu’il représentait le cosmos. Les feuilles attachées ensemble symbolisent l’arche voix lactée dans le ciel nocturne et les 13 cristaux qui y sont suspendus représentent chacune des constellations du zodiaque Maya ou encore chacun des cieux mythologiques.

Il m’offrit à boire après avoir pris lui-même quelques gorgées de sa gourde.

Il m’indiqua qu’il s’agissait de la boisson rituelle du balché. C’était absolument écoeurant, on aurait dit un sirop de réglisse noire concentré et alcoolisé. Il m’offrit de laver le mauvais goût avec un grand verre de aguardiente, une eau-de-vie de canne à sucre qui me rappela le rhum que je calai d’un coup.

 

Il commença ensuite sa prière qu’il m’invita à répéter après lui :

- Tiox, Saint Monde, Mère du Monde.

Protège ceux qui sont ici, purifie ces lieux et relâche les âmes qui résident ici et qui veulent partir!

Itzamna, Ix Chel, Kukulkan, Chaac entendez nos appels, accepter nos offrandes et nos mains ouvertes, guidez vos enfants dans l’autre monde! 

 

Il prit le poignard qu’il plaça sous la flamme de la bougie avant de se passer la lame dans la paume de sa main en créant une plaie ouverte. Il laissa le sang couler dans le bol. Il m’offrit le poignard. Je compris que je devais l’imiter. Sans hésitation je me coupai et laissa mon sang dégoutter dans le bol. Il me prit la main, et plaça sa coupure saignante sur la mienne. Je comprenais la communion que cela présentait. J’ajoutai ma deuxième main sur la sienne.

- Il ne sera plus jamais dit que tu n’as pas de sang maya affirma Rafaele fermement. Ton sang est mêlé au mien à présent.

Il expliqua que la saignée était un rituel propre au Maya qui remontait à l’antiquité. Les Maya ont toujours cru que le cadeau de leur sang aux dieux était crucial à leur bien-être et que c’était de retourner une partie de sa vie à ceux à qui ils devaient leur existence. Il ajouta malicieusement qu’un homme typiquement perçait son pénis pour ce rituel mais puisque que puisque c’était ma première fois, il m’avait facilité les choses.

Je le dévisageai et ne pouvais dire si il plaisantait.

 

Rafaele trempa ensuite un papier dans notre sang mêlé qu’il alluma ensuite avec une bougie de l’autel avant de le joindre avec l’encens brûlant. Il compléta son incantation :

- Itzamna, Ix Chel, acceptez l’offrande de nos forces vitales et du copal, complétez le cycle de l’Itza, faites que la magie qui émane de vous passe par nous pour que le cycle de la vie soit complet. La vie et tout ce que vous nous avez donné nous vous remettons pour que le cycle soit complété!

 

Par A. Saint
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Samedi 27 juin 2009 6 27 /06 /2009 22:31

Je me rendis ensuite au sommet de la pyramide pour y admirer un autre panorama absolument saisissant?. Je trouvai Chichén Itzá et ses monuments s’imposant au-dessus de la plaine herbeuse et la jungle environnante dans toute leur gloire. Je revis encore ce même homme qui me talonnait depuis le début de la visite. Je ne cachai pas que je l’avais reconnu et le fixai du regard. Il était ainsi pris avec moi sur la plateforme restreinte du sommet de la pyramide, je pouvais donc l’approcher et le confronter. Je voulais savoir qui il était et pourquoi il m’espionnait. Je me dirigeai vers lui en me forçant un passage parmi les autres touristes, devant constamment m’excuser et tasser les gens devant moi. Lorsque j’atteignis enfin l’endroit où je l’avais vu, il n’était plus là. Je regardai autour sur la plateforme mais en vain. Ce n’est qu’en tournant mon regard vers le bas que je l’aperçu terminer sa descente et prendre fuite.  Je criais comme un forcené pour attirer son attention et sans même y réfléchir me lançai en bas de la pyramide, en n’ayant en main qu’un câble pour me ralentir, mes pieds ne touchant qu’occasionnellement la surface de la pyramide. Je vis qu’il s’empressait de s’éloigner de moi lors ma descente. Je touchai le sol indemne sous les yeux éberlués des touristes et couru après lui.

 

Je le suivis sur un sacbe, un sentier pavé de pierres blanches à chaux, pour atteindre le Cenote sacré - le puit sacrificatoire.

Je l’avais perdu, tout comme j’avais perdu le Vigil d’Ishell à Cobá! Je crispai ma mâchoire et serrai les poings émis un juron. La course par cette chaleur avait été pénible. Je tremblais presque ne sachant comment canaliser ma frustration.  Chose certaine, je raisonnai qu’un policier n’aurais pas agit ainsi. Je pris une profonde respiration et décidai de continuer ma visite surtout que le cenote sacré avait en particulier un lien bien établi avec Ishell.  Je remarquai qu’ici c’était plus tranquille et que les touristes étaient moins nombreux, sans doute parce que ce puit est à l’écart du reste du complexe des ruines. Je contemplai le cenote sacré. Il est presque parfaitement circulaire avec un diamètre de 60 mètre. Ses eaux sombres, opaques de couleur jade étaient à de plus de vingt-deux mètres de profondeur.

Je savais que le cenote? était alimenté par un fleuve souterrain et qu’il a servit de lieu sacré où des rites du passage et les cérémonies ont été exécutées. Il était évident que pour les mayas, cette bouche béante était une source d’eau sacrée et avait une signification profonde. Ce cenote était exclusivement sacrificiel et cérémonial; il y avait un deuxième cenote à Chichen Itza, nommé Xtlotl, situé au centre de la ville qui approvisionnait ses habitants en eau. Le cenote sacré représentait pour eux Chaac, le dieu de la pluie. Il était aussi considéré comme une entrée sur l’au-delà, le Xibalba, le royaume sombre et souterrain des neuf enfers de la superstition Maya.

 

Je trouvai un écriteau écrit en espagnol qui condamnait Thompson pour avoir volé des trésors historiques lors de ses fouilles du cenote sacré ainsi que l’université de Harvard pour avoir refusé de restituer ces objets. Je comprenais la motivation de cette condamnation car effectivement la majeure partie des découvertes de Thompson avait effectivement été envoyée en cachette à l'université de Harvard, sans l'autorisation du gouvernement mexicain où elles sont encore aujourd’hui. Je pensai qu'il était dans ce cas difficile de condamner Ishell pour son incursion au musée Peabody, si sa motivation n'était pas personnelle mais plutôt la restitution d’un trésor national. 

Je connaissais, depuis ma conversation avec Rafaele,  la contribution d’Edward Thompson et des ses multiples efforts pour creuser le puit sacré afin de le dépouiller de ses trésors. Ces fouilles avaient produites des artéfacts en métal en or et le cuivre ainsi que quelques pierres précieuses. Thompson y trouva également divers articles incluant des boules de jade, des items en caoutchouc, des poteries, ainsi que des figurines en bois ou en cire, des miroirs et encens. Je supposais que Thompson avait peut-être expédié ces items pour les sauvegarder comme richesse et héritage de l’humanité à la garde du musée d’Archéologie et d’anthropologie de Peabody; pour lui il s’agissait d’artefacts Atlantes. Rien non plus ne suggérais dans sa biographie qu’il s’était personnellement enrichi avec les artefacts qu’il avait retiré du puit. Mais cela n’excusait pas son manque d’égard et de respect face au gouvernement Mexicain, surtout de la part d’un diplomate en fonction officielle.

 

Mon livre expliquait que l'on avait longtemps attribué au puit de Chichen Itza le sacrifice de vies humaines comme offrandes faites aux profondeurs du cenote. Cela était fondé sur ce que l'évêque Diego de Landa avait rapporté au seizième siècle: « Dans ces puits les Maya sont accoutumés de jeter des hommes vivants comme sacrifice aux dieux en période de la sécheresse; ils ont soutenu qu'ils ne sont pas morts, quoiqu'ils n'aient pas été revus. Ils ont également jeté beaucoup offrandes de pierres précieuses et de d’autres choses qu'ils ont valorisaient considérablement… ». Je compris alors pourquoi les récits de Diego de Landa avaient autant intéressé Thompson et qu'ils avaient été à l'origine de son obsession pour le puit de Chichen Itza.

 

Il y eu après Thompson d’autres fouilles effectuées au puit de Chichen Itza dont une excavation récente effectuée par le National Geographic. Ils avaient été confronté par une épaisse couche de sédiment à plus de 17 mètres de profondeur ainsi qu’un fort courant provenant de la rivière souterraine qui s’opposaient à l’exploration approfondie du cenote. Ces fouilles dans le cenote ont démontré que le sacrifice humain n’était pas commun. Les squelettes de cinquante humains en tout ont été trouvés vers la surface du cenote, des enfants pour la plupart, qui sont vraisemblablement tombés par accident dans le cenote et se sont noyés. Il a été établit également que des jeunes hommes ont volontairement sautés dans le cenote dans un rituel pour prouver leur virilité, où ils devaient surnager dans le cenote de l’aube jusqu’au soleil de midi après quoi on les sortait de l’eau. Quelqu’un qui survivait au cenote était bénit par les dieux et gagnait le plus grand des respects. Il a été rapporté que le roi de Chichén Itzá a lui-même effectué ce rituel de purification pour démontrer sa valeur à son peuple.

En général, il me semblait donc que les habitants de Chichén Itzá préféraient offrir des objets de pierres semi-précieuses, des objets en métal et d'argile au dieu du cenote plutôt que de jeunes vierges ou des cœurs extirpés de victimes sacrificatoires. Mon livre mentionnait que les offrandes étaient systématiquement cassées ou endommagées comme si il s’agissait d’un préliminaire de la cérémonie de sacrifice.

 

Je me rendis vers la plateforme de l'autel cérémoniel qui existe toujours en partie. Je m’étirai le plus proche possible que je pouvais du bord du puit en m’appuyant presque sur le câble délimitant le périmètre de sécurité. De mon point de vue, les eaux vertes du cenote me semblaient insondables et remplies de mystères. Je senti un objet pointu m’entailler légèrement le dos en même temps qu’une main forte et ferme se posa sur mon épaule.

- Ne vous tournez pas ! Agissez comme si tout était normal ! ordonna l’homme derrière moi. Compris ?

Je n’avais pas besoin de le voir, je savais qu’il devait s’agir de cet homme que j’avais poursuivi. Je n’avais pas entendu ou perçu son approche; il m’avait surpris complètement.

- Compris ??? insista l’homme en poussant légèrement sa lame qui incisa mon dos.

Je grimaçai sous la douleur.

- J’ai compris !

- Bien ! Laissez tomber votre sac.

J’obéis et déposai doucement mon sac sur le sol.

- Vous avez quelque chose qui ne vous appartient pas et qui vous a été donné. C’est tout ce que je veux. Vous pourrez alors continuer de vivre tranquillement et continuer vos vacances....

Je comprenais bien sa menace implicite mais n’avais nullement l’intention de me laisser intimider.

- Je n’ai aucune idée de quoi vous parlez !

- Ne soyez pas stupide !

Je ressenti sa lame insister encore plus pressante dans mon dos, mais je décidai de le défier quand même :

- Vous pouvez me fouiller je n’ai rien. Vous avez déjà cherché ma chambre et vous savez que je n’ai rien. Laissez moi tranquille! Je sais que vous ne risquerez rien ici avec tous ces gens autour.

- Vous voulez parier votre vie là-dessus? répliqua-t-il sèchement.

J’étais certain qu’il ne bluffait pas.

- Non, vous avez raison. Vous gagnez ! Je vais vous donner ce que j’ai.

Je descendis la main doucement dans ma poche et d’un geste vif, jeta la poignée de change que j’avais ramassé. Les pièces de monnaie rebondirent virevoltèrent dans toute les direction, créant la confusion que j’espérais. D’un geste vif, je me tassai vers la gauche et saisi son avant bras en étau entre ma poitrine et mon bras droit tout en saisissant de ma main gauche le poignet de sa main armée. Une femme cria et nous pointa aux autres, elle avait été témoin de toute la scène.

Je tordis le bras de mon agresseur le forçant à lâcher son poignard mais il me repoussa de toute ses force. Je perdis ma prise et mon équilibre et fut projeté par devant, au-delà du cordon de sécurité, dans le vide. Je tombai et fit ce qui me sembla une longue chute avant de frapper la surface du cenote avec le même impact que si il aurait s’agit d’un mur de pierre.

Je me retrouvai englouti profondément dans des eaux sombres. Je n’était pas seul : deux grands yeux luminescent et inhumain me fixaient depuis les bas-fonds. Comme un éclair, ces grands yeux fondirent sur moi. Je vis à son approche la bête monstrueuse foncer la gueule grande ouverte; il s’agissait d’un anaconda titanesque. J’étais paralysé par la terreur, je réagis à peine lorsque sa mâchoire se referma sur mes jambes et que le serpent m'entraîna encore plus profondément dans les eaux noires. Je commençais à manquer d’air. Je sortis enfin de mon état de choc et commençai à lutter et me débattre en vain contre le reptile; son étau était plus solide que l'acier. Entre deux battements de cœur, le monstre m'ingurgita jusqu'à la taille sans effort. Il me restait une chance, j'étais à portée de son museau et de ses yeux. Lorsque je croisai le regard de la bête, je me perdis dans son regard infini. J’abandonnai toute résistance et me retrouvai envahi par une étrange léthargie. Je ne pouvais plus résister alors que le colossal reptile finissait de m'avaler complètement. A l’intérieur l’obscurité la plus complète, dans des ténèbres où ni le temps et l’espace n’existaient.  Je me sentais mis en bouillie par sa constriction, me sentait dissoudre et réduire en poussières d’atomes.

- Réveille-toi!

La voix me traversa comme un choc électrique.

- Réveille-toi! ordonna de nouveau la voix familière.

J’obéis et je me réveillai. J’étais subitement de nouveau suspendu dans l’eau, une eau sombre et froide. Le serpent m’avait apparemment régurgité.  Je tentai instinctivement de retrouver la surface qui me semblait trop loin. Je commençais à être à bout de souffle, mes poumons étaient en feu. Je luttais contre la panique ainsi que le réflexe d’inspirer. Je perçai enfin la surface de l’eau et me retrouvai à l’air libre. Je venais de monter plus de 15 mètres. C’était sombre et je pouvais à peine distinguer de hautes et lisses parois rocheuses tout autour de moi. Quelque chose n’allait pas. Tout cela avait une sensation irréelle. Où était passé tout le monde ? Où était passé le soleil de l’après-midi ? Comment subitement pouvais-je passer de l'après-midi à la nuit le temps d'un simple plongeon?  Je nageai sur place. C’était pourtant bien le puit du cenote de Chichen Itza.  Je vis la lumière de torches qui se rapprochait venant par deux directions autour du puit. Ce n’est pas pour moi que l’on venait, mais pour un homme solitaire dans la nuit qui contemplait les eaux du puit depuis la plateforme cérémonielle. La lumière des torches me révéla qu’il s’agissait d’un homme simplement vêtu d’un pagne de coton. Il semblait à bout de souffle et absolument terrifié. Il regardait derrière et sur les côtés mais ne voyait aucune issue, il était entouré. Seul le cenote s’ouvrait devant lui. Il n’avait nul part d'autre où il pouvait aller. Ses poursuivants gardaient une certaine distance, bien armés de lances, masses et d'arcs bandés de flèches prêtes à être tirées. Ces hommes étaient des guerriers directement sortis des fresques de Chichen Itza. Un homme s’approcha doucement les mains ouvertes conciliant et souriant. Il portait robe blanche impeccable et des apparats brillants que je pouvais distinguer dans la distance. De longues plumes bleus vertes étaient piqué dans son couvre chef.  Ils ne me voyaient pas, du moins pour eux je ne semblais pas exister. Je les entendais à peine, ils parlaient passionnément et ils avaient un intense argument dans un langage que je ne connaissais pas. L’homme à la robe parlait prétentieusement d’une voix ferme avec la gestuelle exagérée du discours de fanatique.

L’homme acculé au rebord du cenote refusait de l’écouter et répliqua par une phrase pleine de mépris :

- Itzamna hahil; Kukulkan tuus Quetzalcóatl!

Devant ses traqueurs il se redressa et la dignité avait remplacé sa frayeur. Il montra le plus grand des dégoûts et crachèrent dans leur direction.

 

Instantanément une flèche se décocha et le foudroya à la poitrine. L’homme noble leva la main indiquant silencieusement à ses hommes de retenir leur attaque.

L’homme était à genoux, il restait intraitable même dans la douleur alors qu’il serrait quelque chose contre son cœur. Il répéta en désespoir plusieurs fois le nom d’Itzamna. Il cria quelques obscènes profanations, une malédiction qui visiblement suscitèrent certaines appréhensions et craintes parmi les guerriers. Je vis ces hommes lourdement armés reculer et prendre leur distance.

 

Le noble maugréa quelque chose. Il hurla un ordre. Personne n’osait bouger. Il sorti un dague. Il saisit le bras d’un guerrier proche et lui ordonna sans équivoque de tirer.  Sa lance transperça l’homme aux abord du puit part en part. Le guerrier avança et récupéra son arme d’un geste vif en l’arrachant de entrailles et du pied poussa le corps de l'homme dans le puit malgré les protestations du noble. L’homme exécuté brisa la surface de l’eau devant moi et coula à pic. Je plongeai à sa suite en tentant de le rattraper. Je voulais le ramener à la surface. Je réussis à le rejoindre dans sa descente. L’eau était alors étrange, maintenant à la fois claire et obscure.  L’homme était encore vivant et m’aperçu, d’abord effrayé puis il se détendit en me dévisageant comme si il m’avais reconnu. Il montrait une grande quiétude; pensait-il que j’étais un ange de la mort ? Il avait fait sa paix. Je reconnu son médaillon de terre cuite; c’était celui d’Ishell!  Il me regarda une dernière fois, je compris que je devais le laisser et moi remonter. Il avait fait son devoir et joué son rôle. Il me restait à accomplir le mien. Je me résolu à le laisser descendre dans l’obscurité insondable alors que je montai vers la lumière. J’émergeai enfin et je trouvai la clarté du jour et la foule des gens qui s’écriaient depuis les bords du cenote. J’étais de retour !  

 

Les ambulanciers étaient sur place alors que l’on me hissait hors du puit. Avec cette mésaventure, j’étais devenu l’attraction numéro un de Chichen Itza. Je fus examiné. J’avais une légère commotion cérébrale ce qui expliqua que j’avais perdu connaissance dans l’eau. Ils nettoyèrent et pansèrent ma plaie dans le dos. Ils vérifièrent mes vaccinations.J'avais eu toutes mes injections l'année dernière incluant celui de la rage et du tétanos à la suite de l'attaque de cet ours sauvage. 

 

Dès que les médics avaient terminé avec moi, des gestionnaires virent me voir. Ils désiraient avant tout de me voir signer une décharge légale où je n’imputait aucune responsabilité de ce qui était arrivé à au site archéologique de Chichen Itza et que je renonçais toute poursuites futures pour blessures, dommages, pertes ou vols.J’acquiesçai, je voulais vraiment éviter toute attention supplémentaire inutile sur moi. L’entretient avec la police et la sécurité fut bref. Ils ne me blâmaient de rien, au contraire j’étais la victime selon l’ensemble des témoins qu’ils avaient entendus. Ils voulaient que je fasse une courte déposition, relate les faits tels que je les connaissais et leur donne une description détaillée de cet homme qui avait tenté de me voler à la pointe de son arme.J’imaginai les gueules de Callas et de Morales lorsqu’ils seraient informés de cette nouvelle aventure. Les responsables du site m’offrirent généreusement ensuite de m’amener à l’hôpital ou de me reposer au Hacienda Chichen Resort, ce que je refusai. Tout ce que je voulais était de retourner à l’Allure. Ils retrouvèrent pour moi Ezequiel qui me ramena à l’autobus. Il était peiné et désolé de ce qu’il m’était arrivé. Du jamais vu!

 

Nous attendions le retour des autres. Il ne restait que 45 minutes en tout. J’hésitai, j’étais récalcitrant de lui parler de mon expérience mais je le fis quand même; j'avais tellement besoin d'en parler à quelqu'un et faire du sens de tout cela.

Je terrorisai complètement Ezequiel à la mention du serpent dans l’abîme et du reste de mon expérience. Par sa vive réaction, il m'était clair qu'il avait crû à des éléments de mon expérience. Par après, il ne voulait nullement en discuter.  Il insista sur le fait que le choc à ma tête m’avait fait voir des choses qui n'étaient pas là et que je devais me reposer. Il avait probablement raison. Pourtant n'avait-il pas parlé lui-même du grand mysticisme de Chichen Itza? N'avait-il pas raconté que l’écho des cris des guerriers s'entendait parfois au milieu de la nuit dans la cour de la balle?    

Ezequiel cessa de me parler; il évita de me regarder comme si j’étais devenu tabou pour lui. Son attitude bizarre me peina plus que tout le reste.

Nous ne rentrions pas immédiatement; notre excursion avait encore un goûter et la visite d'un autre cenote souterrain pour se rafraîchir. J'appréhendais ce délai comme un calvaire.J'avais déjà eu ma baignade de cenote et cette option ne m’intéressait pas du tout. D'ailleurs je me sentais malade. Je me consolai en découvrant que Ik Kil avait des douches que j’utilisai pour me nettoyer et je profitai du soleil pour me sécher. J'allai ensuite au buffet déjà déserté par mon groupe. Je mangeai solitaire, distrait et complètement absorbé par mes pensées. La nourriture était excellente et me fît le plus grand bien.

Il me restait encore du temps à tuer.

En voyant tous ces gens descendre sous terre, ma curiosité prît le dessus et je m'engageai à mon tour dans l’abrupt escalier de pierre. La vue qui m'attendait en bas me stupéfia. À quelques trente mètres de profondeur je découvris une grande grotte circulaire de près de cent mètres de diamètre avec son toit voûté ouvert sur le ciel du Yucatán laissant entrer le soleil. Depuis là-haut un filet d'eau s'écoulait dans le bassin du cenote;  la nuée montante de gouttelettes engendrée par cette chute diffractait les rayons de l'astre solaire dans un brillant petit arc-en-ciel suspendu, comme par magie, au milieu de la vaste grotte.

 

Une riche végétation drapait les pourtours du cenote, des racines telles de longues lianes s'abreuvaient depuis la surface dans les eaux du cenote. L'endroit était plein de gens venues profiter de cet endroit frais et rafraîchissant pour relaxer et nager dans les eaux bleues claires où j'apercevais les ombres mouvantes de nombreux poissons. Je reconnu des visiteurs de mon groupe. Les plus intrépides d'entre eux se lançaient depuis une plateforme surélevée et crevaient les eaux du cenote sous l'oeil attentif des surveillants.

Je commençais à regretter de ne pas m'être joint à eux. Je devais admettre que la beauté fantastique magistrale du cenote captivait tout mes sens faisant de Chichen Itza qu'un mauvais souvenir. Je commençais à dédramatiser mon expérience. L'important après tout est que j'étais toujours en vie et encore capable d'apprécier les beautés de ce monde comme ce cenote et comme ma Ishell qui me tardait de retrouver.

 

Je feignit de dormir sur mon siège d’autobus tout au long du retour alors que je méditai sur mon expérience et sur ce que j'avais vu dans le cenote sacré de Chichen Itza. Je n'écartais pas qu'il pouvait s’agir d’un rêve éveillé ou d’un délire causé par ma commotion. Pourtant je me rappelais des moindres détails depuis la sensation de l'eau froide, la lumière du feu de leur torche et de leur voix. J’étais en particulier hanté par la vision de cet homme que j’avais vu assassiné et qui était mort devant moi. Rien de cela n'était explicable; je n'avais pu imaginer tout cela. À moins bien sûr que je perdais mon esprit et mon ancrage à la réalité. Je voulais tellement comprendre. Cette dernière pensée me rappela le conseil prodigué par Rachel suggérant que j'avais tendance à trop rationaliser et ignorer mes sentiments et instincts et cela s'appliquait judicieusement à la vision que je venais de vivre.J’avais le sentiment que quelque chose d'extraordinaire venait de se produire et je ne savais si c’était bien ou si c’était mal.

Je comprenais par contre que ce que j'avais vécu n'était pas une vision aléatoire; pour Ezequiel cela avait une signification ayant peut-être ses racines dans la superstition mais qui demeurait véritablement bouleversante pour lui autant, sinon plus, que pour moi qui l'avait vécu.

 

 

Une voix me revint à la mémoire :

" ... vous ferez face à des forces dont vous ignorez tout, et qui je vous promet, vous détruiront sûrement !". Telles avaient été les menaces proférées à mon égard par l'agresseur d'Ishell que j'avais stoppé net à Playa del Carmen.  Lorsqu'il parlait de forces inconnues référait-il à ces phénomènes étranges auxquels j'étais confronté ?

 

 

Tout au long du retour, je repensai à ma vision qui m’avait semblé si réaliste, si réelle. Avais-je été témoin d’un évènement réel, était-ce ainsi que le médaillon s’était retrouvé dans le puit sacré ?   J'avais touché cet homme dans la mort. Qui était-il?  Un fidèle ou un prêtre d’Itzamna?  L’autre homme en blanc devait être un prêtre de Kukulkan Quetzalcóatl, peut-être même un Toltèque d’après ce que j’avais vu. Il était très possible qu’il fût à la poursuite de cet homme pour le sacrifier ou l’exécuter comme profanateur. J’étais de plus en plus certain qu’il s’agissait de la bonne explication. Mon livre faisait référence à la coutume des Itzas de tuer leurs aînés qu’ils suspectaient pratiquer la sorcellerie. Cela incluait vraisemblablement les shamans qui ne reconnaissaient pas en leur Quetzalcóatl la divinité suprême.

 

Ishell; je n'en savais pas plus sur elle. Je ne comprenais pas comment elle avait su que le médaillon était originellement dans le puit de Chichen Itza. Pour le reste, il n’était pas difficile de deviner que cet objet ait pu se retrouver dans la collection de Thompson, ce dernier ayant essentiellement excavés tout ce qui avait de la valeur à Chichen Itza. J’avais remarqué aussi l’écriteau au puit sacré et de l'entrée qui indiquait également que les artefacts étaient en la possession de l’Université d’Harvard.

Ce qui m’amenait à d’autres questions : Pourquoi cet objet avait été ainsi caché? Était-ce pour l'empêcher de tomber entre de mauvaises mains ou pour qu'il soit à jamais oublié? En quoi était-il aussi important?

Cette expérience avait aussi éveillé en moi un sens d'urgence, une impression que le temps pressait.

"aulasaraijomavunga aKKunaKsoaKarniarpoK; je suis pressé; une grosse tempête s’en vient!" m'avait dit le Shaman inuit. C'était peut-être absurde, mais j'étais convaincu qu'il avais parlé de ce qui ce passait ici!

 

Peut-être que Rafaele amènera des réponses à cette question. J'avais tant hâte de le revoir, de tout lui raconter.

Malgré tout cela, restait en moi cette question anodine que je voulais ignorer, que je refoulais et qui revint également à mes pensées : est-ce qu'une femme comme Ishell pouvait vraiment s'intéresser à un gars comme moi? Cet homme, ce Vigil, que j’avais entrevu à Playa del Carmen et à Cobá me semblait tellement parfait; le genre qu'aucune femme ne pouvait résister. Quelle était sa relation avec Ishell? Formaient-ils un couple ?

 

 

J’étais enfin de retour dans ma chambre d’hôtel. Personne ne m’avait laissé de message.J’enlevai mes vêtements desquels émanait une odeur de moisi. Je les mis de côté pour les laisser au service de buanderie. Je pris une bonne douche et attendis impatiemment. Le temps me semblait incroyablement lent. J'ouvris la télévision que j'abandonnai sur le canal de dessins animés de "Toon Network" où Duck Rodgers succédait à Scooby Doo.On frappa enfin à ma porte et je m'empressai d'ouvrir. J’éprouvai une profonde déception qui devait facilement se lire sur mon visage. Il ne s’agissait pas de Rafaele mais de Lilith Morris. Elle m’invitait à prendre un verre avec elle. Je m’excusai en lui disant simplement que je ne pouvais pas car j’avais déjà pris des engagements pour le reste de la soirée et que j’attendais quelqu’un de tout façon. Je vis que je l’avais froissée. De toute évidence Madame Morris n’était pas quelqu’un habitué à essuyer des refus.  Elle s’imposait toujours dans le pas de ma porte. Elle proposa même de se joindre à mon ami et à moi ce que je déclinai poliment. Je lui promis, pour m’en débarrasser, qu’on se reprendrait demain.

 

Je n’étais pas confortable dans les quatre murs de ma chambre, je sortis sur mon balcon au plein air. Je m'écrasai dans le hamac et j'attendis. Il se faisait tard; je pouvais apercevoir la Hacienda tranquille et le personnel qui commençait à quitter pour la nuit.J'étais angoissé. Était-il arrivé quelque chose à Rafaele?

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/d9/YaxchilanDivineSerpent.jpg
Par A. Saint
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Samedi 27 juin 2009 6 27 /06 /2009 22:28

Je fut surpris de lire qu’entre les murs du bâtiment suivant, les Mayas étaient dédiés è la philosophie et l’avancement des connaissances. L’édifice était l’Akab-Dzib. Il comprenait trois sections et un total de 18 pièces. Ses toits et arches étaient voûtés. Des bancs se trouvent sur les mur est et les cadres de portes sont de pierre polies. La couronne de l’édifice est embellie par une ornementation géométrique, enjolivées par les pierres disposées dans une mosaïque. Sur la porte sud, il y a une représentation sculptée de Quetzalcóatl assis sur son trône, entouré d’hiéroglyphes qui n’avaient pas été encore été déchiffrés et qui avait valut à cet édifice son nom qui signifie « écrits occultes ». Je fus choqué et bouleversé de voir clairement visible les empreintes d’une main rouge. Cela me ramena en arrière dans une tente de l’arctique ou j’avais été entre la vie et la mort. Il s’agissait ici de la main céleste du créateur, de la main du premier shaman créateur, Itzamna. Il avait bel et bien été ici. L’empreinte des mains s'agissait d'un symbole commun à plusieurs cultures mais retrouver ici le même symbole de ce shaman inuit dépassait l'entendement.  Il n’y avait pas de coïncidence : il y avait ici un lien entre mon expérience en territoire Inuit et ce qui m’arrivait ici. Si seulement je pouvais comprendre ce dont il s’agissait.

 

Je marchai ensuite pour joindre le fameux El Caracol, l'observatoire astronomique maya qui malgré les ravages du temps m’apparaissait absolument splendide. Il s’agissait d’une magnifique structure qui ressemblait à nos observatoires modernes où deux plateformes rectangulaires servaient de fondation à une tour couvert d’un dôme. J’estimai que la structure faisait près de 25 mètre de hauteur. Par des fentes tout au haut de la  tour les astronomes mayas pouvaient y observer la lune, le soleil et les planètes et surveiller l'approche des équinoxes et des solstices. En particulier, l’observatoire astronomique était utilisé pour analyser les mouvements de Vénus. Le cycle de cette planète était l'un des éléments de base qu’employait les mayas  pour établir un calendrier des fonctions publiques et rituelles. De nombreux points d’observation de El Caracol coïncident parfaitement aux positions de cette astre dans le ciel durant son cycle de 584 jours. La tour est une structure unique en son genre dans le monde maya étant dotée d’un escalier intérieur en colimaçon qui lui a valu le nom de Caracol (« escargot » en espagnol). Je méditai un moment sur la complexité mathématique et scientifique des Mayas qu’avait nécessité l’accomplissement d’un tel observatoire. Je quittai le site rempli d’admiration pour cette civilisation.

 

Je quittai l’ancien district de Chichén Itzá pour découvrir ses structures plus récentes.

Cette portion du site archéologique fourmillait de gens cuits par l’intense soleil.

 

Je vis un curieux siège aux formes félines tout juste à l’entrée du temple des jaguars. Cette statue de jaguar avait possiblement servi de trône cérémonial ou de siège d'honneur pour le seigneur de Chichén Itzá.  Initialement ce siège était peint et incrusté de jade qui a été érodé par le temps. Beaucoup d’archéologues croyaient que le gouverneur de la ville était ainsi assis sur ce trône pour présider des cérémonies publiques et religieuses ou pour rencontrer les courriers diplomatiques des autres parties du Yucatan. Auprès de ce jaguar, je pouvais observer les colonnes en forme de serpent avec leur tête à gueule grande ouverte à la base. Il y avait des bas-reliefs à l’effigie de guerriers fiers en armure. Mon livre illustrait l’intérieur du bâtiment inférieur, où il y avait une annexe décorée de colonnes peintes à l’orange brûlé, au bleu et verts pastel illustrant des chefs militaires avec leurs attributs de plume ou de peau de guépard portant des lances et des lanceurs de dards. Il y avait aussi plusieurs découpages du dieu Kukulkan. J’examinai les photos d'une fresque colorée sur le mur arrière de l'annexe qui montrait un dignitaire posé sur son trône avec des rangées des guerriers portant l’arme traditionnelle, le lanceur de dard. La porte au temple supérieur était marquée par deux grandes colonnes serpentines qui s'ouvre à une série de chambres dont les murs étaient peints de scènes militaires de l'histoire de Chichén Itzá. Le haut temple était aussi fermé au public pour protéger ses fresques murales peintes mais je retrouvai les fresques reproduites dans mon livre. Je constatai déjà à ce point comment les styles contrastaient entre les deux secteurs de la ville. Le nouveau Chichen Itza me laissait une impression nettement plus martiale, me montrant les mayas sous un aspect sanguinaire et terrifiant.

 

Juxtaposé au temple de jaguars, je découvrît la plus grande cours de boule de d’Amérique centrale. Elle mesurait 166 par 70 mètres orienté selon l’axe nord-sud. C’était une des sept autres cours de jeu de la ville. C’était aussi le terrain de boule le mieux préservé dans tout le monde de Maya. Il était en effet gigantesque et plus élaboré que ceux que j’avais vu à Cobá, il devait faite au moins une fois et demi la surface d’un grand terrain de football.Je remarquai qu’il s’agissait d’une merveille d’ingénierie acoustique, ses deux murs parallèles formant une enceinte qui pouvait refléter le son et produisait dans les deux sens des échos multiples qui amplifiaient le plus léger bruit. Au milieu des ses murs se levait un anneau de pierre décorés de serpents à une hauteur de 8 mètres.  Les bas-reliefs le long des murs latéraux représentaient des scènes de matches. Les joueurs avaient le corps couvert de multiples protections tout comme Rafaele l'avait décrit. Ils ressemblaient ainsi à des joueurs de crosse. Je vis également la scène choquante d’une décapitation illustrée sur un bas-relief qui était complète avec le sang giclant du cou décapité. S’agissait-il d’une représentation du match des jumeaux divins héroïques aux enfers Mayas raconté par Rafaele?  Je songeai un instant au jeune homme Maya que j’avais hâte de retrouver ce soir tout en admirant les figures de Quetzalcoatl sculptées sur les six colonnes du temple du sud. 

 

Ma visite m’amena ensuite à l’opposé de la cours de boule, dans un petit temple au nord qui avait été baptisée le temple de l’homme barbu. Ce temple dérive son nom d'un bas-relief  montrant un seigneur barbu, une représentation peu commune dans l'art de Maya, la pilosité faciale étant associée à la noblesse et à la puissance d'un dieu divin Kukulcán.  Le port de la barbe correspondait au plus haut rang de la société Maya contraignant le reste du peuple maya à rester imberbe.

 

Sur une base avec des murs inclinés se trouve un temple constitué d’une plateforme 14 mètres de long et 8 mètres de large. J’éprouvais un étrange sentiment en montant son escalier central pour accéder au temple surélevé. Au sommet des arbres illustrés se trouvait des oiseaux dans un motif qui immanquablement rappelait celui du disque d’Ishell.  L’escalier était bordé de magnifiques panneaux représentant des arbres, des papillons et des oiseaux par un panneau carré représentant le visage Kukulcán, l’homme aux attributs du serpent et de l’oiseau. Le temple lui-même n’était qu’une simple chambre couverte d’un toit voûté. Le mur arrière du temple était décoré d'une variété de scènes religieuses montrant un seigneur barbu et le dieu serpent Kukulcán accompagné de guerriers armés des flèches et plusieurs dignitaires assis habillé comme des aigles. Une autre fresque m’apparut comme une révélation. Son style était comparable à celles des  panneaux de l’escalier extérieur. Il représentait un arbre abritant différents animaux dont un oiseau jaguar à son sommet. Il s’agissait d’une présentation de l’arbre de vie sacré des Mayas, le Ceiba, dont les racines puisaient leur source dans le cenote primordial au centre du monde.  Au pied de l’arbre il y avait une tortue, et tout au dessus il y avait un Kukulcán resplendissant ayant les attributs du guépard et du serpent qui tenait une étoile. Je me demandai si il ne s’agissait pas originellement d’une représentation d’Itzamna. Si le dieu suprême Maya avait fondé la ville, je me serais attendu à voir des représentations de lui quelque part, surtout dans le vieux Chichen. Mais selon l’évidence, les toltèques dans leur conquête de la ville avait purgé la ville de ses anciens dieux à l’exception de Chaac, pour y édifier uniquement leur dieu et maître, Quetzalcóatl. Ce qui capta surtout mon attention fut l'étoile dont le motif rappelait celui du disque d'Ishell.

 

Un grand homme rentra dans le temple, également solitaire dans la foule.  Il était un colosse aux cheveux châtain clairs, soigneusement taillés courts et en brosse. Il me suggéra aussitôt par sa stature rigide un militaire habillé en civil. Il ne faisait évidemment pas parti d’aucun groupe de visite guidé et semblait déambuler au hasard. Fait curieux, j’avais la distincte impression qu’il me surveillait intensément en évitant de se faire remarquer. J’étais peut-être paranoïaque mais j’avais l'impression de l’avoir vu auparavant, en fait plusieurs fois pendant ma visite. Cela m’incita à la prudence. Je quittai le temple.

 

Je trouvai une surprenante plate-forme décorée de centaines de crânes sculptés dans la pierre qui était adjacente au terrain de balle.  Il s’agissait du Tzompantli ou de la plateforme des crânes en raison du panneau central de la plateforme découpé avec trois rangées horizontales des crânes sculptés dans la pierre.

 Une explication suggérée était qu’il s’agissait d’une plateforme centrale employée pour placer et montrer les crânes des guerriers ennemis défaits dans la bataille ou celui des victimes sacrificatoires. Il y avait d’ailleurs des illustrations de guerriers, d’aigles et de jaguars portant la tête de sacrifiés. Ceci était contesté par plusieurs archéologues par le fait que cette section de Chichen Itza était de vocation religieuse. Même la cours de balle et le jeu qu’y était joué avaient une signification profondément mystique.  Cette plateforme avait une structure en pierre renforcée en forme « T » d’environ soixante mètres de long et douze mètres de large.

Une explication alternative proposée est qu’il s’agissait d’une représentation du monde des morts de Xibalba. Les têtes coupées seraient celles des Seigneurs des enfers vaincus par les jumeaux héroïques.  Chose certaine, ce monument était sinistre.   Mon livre relatait aussi que de nombreux experts associent la structure du Tzompantli à l’influence des toltèques, de tels monuments se retrouvant dans leur ancien empire.

 

Voisinant la plateforme de crânes se trouvait une autre plateforme élaborée à quatre escaliers chacun ornée par deux énormes têtes de serpent. J’y retrouvais également les images d’aigles et de jaguars dévorant des cœurs humains. Les guerriers habillés en aigles avaient la réputation d’être des archers redoutables et les guerriers jaguars d’être les guerriers les plus féroces. Ces guerriers d’élites étaient représentés dans de nombreuses autres cultures du Nord du Mexique et avaient influencés même les grands Aztèques dont la civilisation ne commença qu’au treizième siècle et s’éteignit avec l’arrivée des espagnols menés par Herman Cortès en 1519.

 

Je me dirigeai vers une autre plateforme, dont l’architecture était semblable à la  plateforme des jaguars et des aigles avec les mêmes têtes de serpent qui couronnait l’escalier. J’y distinguais à sa façade ainsi qu’autour des bas-reliefs qui ressemblait à une demie fleur gravée sur laquelle une étoile cruciforme aux pointes effilées était superposée. D’autres fresques représentaient un diamant dont les contours répétés et superposés suggéraient une irradiation. Les escaliers étaient gardés de chacun de ses côtés par des images du serpent à plume. Il s’agissait d’après mon livre guide de représentations de la planète Vénus. Vénus, un symbole de pouvoir,  inspirait une crainte singulière chez les mayas anciens car elle signalait la guerre et le malheur. La simple lumière de cet astre était considérée comme néfaste. Plus tard, Vénus devint associée avec le dieu serpent Kukulcán, le dieu incontesté de la nouvelle ville de Chichen Itza. D’ailleurs il y avait une représentation du visage humain de ce dieu émergeant de la gueule d’un serpent.

 

Je songeai à ce culte de Vénus. Vénus par sa position devait ressembler à un compagnon proche et fidèle du soleil. Elle précédait le soleil comme étoile du matin alors qu’en d’autre temps Vénus était l’étoile du berger qui suivait le soleil pour disparaître avec lui le soir. Les Mayas adorait le soleil comme une divinité suprême et craignait sa puissance. Il faisait croître leur champs et mûrir leurs récoltes mais il amenait aussi parfois sécheresse et famine. Il n’était donc pas étonnant que Vénus soit ainsi vénéré.  Mon guide littéraire ajoutait que cette plateforme de vénus était employée pour des cérémonies religieuses en l’honneur du dieu. Il y avait d’ailleurs une illustration montrant Kukulcán dans son rôle de Venus, possédant la langue bifurquée du serpent et les griffes du jaguar ayant un grand serpent qui émergeait de sa gueule. J’appris que cette plateforme est également connue comme le tombeau de Chac-Mool, un nom qui lui a été donné par l’explorateur Augustus Le Plongeon qui le premier a découvert la première statue de ce dieu à Chichén Itzá  vers la fin du dix-neuvième siècle. La biographie de cet explorateur en faisait un personnage particulièrement coloré et excentrique. La mention de ce français me fit repenser à mes amis qui devaient être en vol quelque part au dessus de l’Atlantique. Curieusement, je lu que l’on ne savait rien de ce Chac-Mool : son vrai nom et sa signification sont toujours inconnus même si il est présenté comme un messager des dieux. Des idoles de Chac Mool ont été également trouvées à Tula la capitale originale des Toltèques et d'autres villes du Mexique central.

 

Je parti à la rencontre de Chac-Mool en procédant au Templo de los Guerreros, le « temple des guerriers », ainsi baptisé selon les sculptures de guerriers sur les piliers de la devanture et des colonnes de support. Trois bases rectangulaires servaient de fondation à un haut temple. Cette structure n’était d’ailleurs pas typiquement Maya mais s’associait plutôt au style toltèque, une analyse renforcée selon mon livre par la présence de Chac Mool comme autel sacrificiel anthropomorphique qui est virtuellement identique à ceux de Tula et de Tenochtitlan. 

 

Je montai? ensuite au temple supérieur dont l'entrée est gardée par une statue de Chac-Mool. Je l'examinai de près: il s’agissait d’une statue représentant un homme couché sur le dos, aux genoux fléchis, aux épaules redressées, avec sa tête tournée sur le côté dont les mains tiennent un réceptacle sur son ventre pour contenir les sacrifices aux dieux. Le bol de ce messager des dieux avait peut-être contenu le cœur des victimes sacrifiées. Pourtant cette statue ne suscitait rien de martial ou de sinistre plutôt une certaine innocence. Curieusement ses traits n’étaient pas non plus typiquement Maya avec ses yeux ronds, son nez droit et sa petite bouche. Je remarquai, en m’efforçant de ne pas réagir, l’homme du temple de Kukulcán qui me suivait toujours comme une ombre. Je pensai qu’il pouvait peut-être s’agir d’un policier assigné par Morales pour me surveiller. 

 

L'entrée principale était aussi bornée par deux colonnes sculptées en pierre ayant la forme du corps et de la queue d’un crotale dont les bases correspond à tête du serpent à sonnettes. La corniche du temple supérieur est presque totalement couverte de motifs d’aigles et des jaguars. Il y a également des images de Kukulcán comme étant le soleil de la terre. À l'intérieur du bâtiment, on y retrouve une multitude de peintures vivement colorées montrant la vie de Chichén Itzá. J’y voyais par exemple des pirogues blanches transportant des guerriers avec leur bouclier levé transporté sur une mer de poissons, raies, crabes et coquillages. Je pouvais y distinguer une agglomération de huttes avec des gens affairées a leur tâches quotidiennes, comme la poterie, le tissage, l’agriculture et la préparation de nourriture dans des foyers. Il y avait aussi un personnage prosternée devant une représentation du serpent à plume dans ce qui semblait être l’enceinte d’un temple.

 

Je découvris la place des mille colonnes qui était juxtaposée au temple des guerriers. Il s’agit en fait une multitude (je ne les ai pas comptées) de piliers et de colonne qui formait une structure de trois enceintes rectangulaires formant un « T » dont une partie servait de devanture au temple.  Ces colonnes étaient à l'origine couvertes de plâtre et peintes et soutenait un toit qui au fil des centenaires s’est effondré et a disparu. Les experts supposaient qu’il s’agissait autrefois d’un grand hall de réunion. Tout ce qui restait des peintures originales ainsi que des représentations de la caste des prêtres qui régissaient la ville indiquait que l’endroit avait était décoré en honneur du dieu Chaac. L’ajout de guerriers sur les piliers s’était faite plus tardivement suggérant que cet endroit avait une vocation civile englobant des aspects religieux et militaires. La place des milliers de colonnes faisait peut-être partie d’une grande plazza englobant le temple des guerriers, le  Mercado (marché), le bain vapeur et de quelques autres structures qui restaient encore à reconstituer. Au marché l’acoustique était parfaite, un simple mot parlé sur sa surface était facilement audible dans tout le secteur du marché.

 

Ma visite n’aurait jamais été complète sans aller inspecter la ruine qui est sans aucun doute la plus reconnue de tout l’univers Maya et qui trônait au centre de la plaine herbeuse de Chichén Itzá. Il s’agissait de la  fameuse pyramide du dieu  Kukulcán ou nommée également El Castillo « le château » en raison des espagnols qui la nommèrent ainsi lors de sa découverte. Je songeai que les Espagnols avaient du nommer ainsi toutes les structures magistrales et dominantes qu’ils avaient rencontrés lors de leur conquête de l’Amérique centrale. Ce bâtiment de pierre était vraiment imposant, c’était quelque chose de le voir sur des photos mais l’avoir ainsi devant soi, masquant le soleil de l’après-midi, j’étais absolument ébahi.  La pyramide comporte une base carrée qui s’élève sur neuf étages qui d’après mon guide, évoquait les neuf niveaux des enfers Mayas. Les escaliers situés sur les quatre côtés de la pyramide totalisent 364 marches, un nombre qui correspond, si l’on tient aussi compte de la plateforme du sommet à chacun des 365 jours de l’année. La pyramide est constituée de 52 panneaux de chaque côté représentant le cycle de 52 ans du calendrier de Maya. Je fus fasciné par les gueules béantes de deux serpents grimaçants qui semblaient garder férocement l’escalier de la façade nord. Mon guide littéraire mentionnait qu’au crépuscule des équinoxes du printemps et de l’automne, l’ombre projeté par ce rebord de la pyramide dessine un motif sinueux qui ondule sur l’ensemble de l’escalier et reproduit ainsi le corps d’un serpent. En regardant les têtes monstrueuses et les paliers superposés en zigzag de la structure, il était facile d’imaginer ce serpent d’ombre.

 

Une autre merveilleuse caractéristique de cet édifice était que l’écho d’un claquement de main depuis le sol reflété par son sommet était déformé et ressemblait à un cri d’oiseau. Les acoustiques de l'endroit sont hallucinantes. Je fixai le regard vide de la tête de serpent de Kulkucan, n’en ayant pas cru mes oreilles. Je retapai mes mains trois fois et cette structure de pierres taillées par des humains antiques, modula et distordit l’écho de mes claquements de main qui revint comme des cris stridents. L’ingénierie acoustique nécessaire à une telle réalisation technique me dépassait.

Je réalisé que je regardais fixement un amplificateur, une caisse de son constitué par rien d’autres que de la pierre à chaux et le génie Maya des mathématiques, de la physique et de l’architecture. Cela me donna des sueurs froides malgré le soleil de 38 degrés Celsius et humidité de 90%.  Je compris aussi que du temple là-haut, la voix pouvait être portée à des kilomètres de distance.

 

J’appris que la pyramide de Kukulkan avait été bâtie par-dessus une autre pyramide et qu’il y avait un temple à l’intérieur accessible. Le design de la pyramide originale correspondait à un calendrier lunaire contrairement à la nouvelle pyramide de Kukulkan qui avait une vocation de calendrier solaire. Après avoir grimpé un étroit passage depuis la base de l’escalier nord, j’atteignis la salle interne au sommet de la pyramide?. Cette salle contenait un imposant et vénérable trône à l’effigie d’un jaguar, une sculpture de pierre peinte d’un rouge vif avec des tâches de jade. Il s’y trouvait aussi plusieurs représentations du dieu Maya de la pluie Chaac, qui m’inspira encore un profond respect. Je regardai la quinzaine d’autres visiteurs, c’était le maximum de personne admissibles en ces lieux. Ils étaient tous essentiellement silencieux sauf un couple qui causa un incident. La femme s’était assise sur le trône du Jaguar le temps que son mari la prenne en photo. Un agent les apostropha rapidement, leur indiquant que cela était interdit et démontrait un manque de respect face à la culture que représentait ce jaguar. La réponse de ce couple intransigeant ne se fit pas attendre : ils avaient payer pour leur accès au site et avaient droit de profiter des lieux comme il l’entendaient. Le gardien voulait leur confisquer leur appareil photo, ils protestèrent. J’étais comme les autres inconfortables devant cette escalade qui profanait l’esprit des lieux et nous redescendîmes à la queue leu leu, croisant deux agents de sécurité qui montait et nous tassait au point de nous écraser dans le minuscule passage.

 

 

Par A. Saint
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Samedi 27 juin 2009 6 27 /06 /2009 22:23

  9 Cimi 4 Yax

Toute ma perception se limitait à une mosaïque d'images fades, difformes, discontinues et entrecoupées. Le vieux shaman était là, je sentais sa présence comme une petite voix chuchotant dans mon esprit. Je me concentrai sur lui.  Il m'apparut, tout drapée d'un blanc éclatant. Il se détacha de la noirceur qui m'encerclait et s'approcha pour me prendre la main avec tout le réconfort d'un parent calmant son enfant.

- ErKsiniarnaK, ne soit pas effrayé ! me répétait-il d’une voix réconfortante.

 

Il me disait que mon corps était une enveloppe vide car mon esprit était avec lui, que je ne ressentais aucune douleur et ne devais avoir aucune crainte. Ils ne pouvaient me faire aucun mal.

J'étais bien avec lui et heureux de l'avoir retrouvé. Mais, « ils » ? De qui parlait-il ? N’étais-je pas dans la tente aux Monts Torngat ? Je regardai vers le bas et vit mon corps étendu sur le lit. Je ressentis un grand vertige, c'était comme si en me voyant ainsi je perdit équilibre et tombai. Je n'étais plus avec Shaman et me retrouvai sur mon matelas, dans ma chambre de l’Allure, complètement à découvert et nu. Une étrange sensation parcourait mon corps, comme si j’étais traversé par un courant électrique. Je ne pouvais bouger, aucun muscle ne répondait à ma volonté. Une étrange lumière m’entourait. Je n’était pas seul, il y avait des gens autour de mon lit.

 

C’est alors que les perçus dans ma vision périphérique, tarés dans l’ombre, les monstres de la nuit, des créatures de cauchemar. Ils étaient des démons dont l'apparence me révulsait au plus profond de mon âme.  Je voulais désespérément abaisser mes paupières et me fermer les yeux mais je ne pouvais pas, je n’avais aucun contrôle. Je ne pouvais crier ou même réagir. L’une de ces créatures se rapprocha et m'examina minutieusement à quelques centimètres de mon visage. Ils étaient petits, près d’un mètre, avec un corps mince et des membres exagérément longs. Leur peau tendue avait un teint cadavérique. Leur tête au menton triangulaire était disproportionnée par rapport au reste de leur corps.  Il n’avaient qu’une fente en guise de bouche ainsi qu’un long nez mince et aplatit.  C’étaient leurs yeux qui étaient le plus terrifiants : des yeux énormes, noirs, ovales. Ils rappelaient en quelque sorte celui des insectes ou de certains reptiles. J’avais l’impression en regardant leur tête, en particulier la structure du visage et de leur joue d’y voir quelque chose de presque humain. C'était cette portion d'humanité qui me rendait le plus inconfortable, qui m'effrayait le plus.

Qui étaient-ils ?

Les Wayobs, les serviteurs des Dzolobs !

La réponse venait du Shaman pour me laisser savoir qu'il ne m'avait pas abandonné. Il ne m'avait pas parlé, c'est plutôt comme si j'entendais ses pensées et curieusement dans l'absurdité de ma situation cela ne m'apparaissait en rien extraordinaire. Ce n'était qu'un rêve après tout. Certains avaient des rêves érotiques; moi je faisais des rêves bizarres.

La créature pointa sur moi un bâton de cristal noir, pas plus grand qu’un stylo, qui devint luminescent à son approche de mon visage et qui sembla causer une explosion de lumière violette au contact de mon front. Il n’y avait plus que cette lumière et j’y revécu, tel un film en boucle continue, ma rencontre avec Ishell, son baiser, la bagarre, l'inspection de son sac, encore et encore dans tous ses détails. Je sentais les scènes devenir de plus en plus intense au point d'en devenir insupportables.  Tout s’arrêta lorsque le bâton fut retiré de mon front. La créature émit quelques grognements à peine perceptible et s’en alla suivie par les siens.

J’entendis alors des voix parfaitement humaines :

- Nous avons regardé partout et n’avons rien trouvé. Les senseurs n'ont rien détecté. Si au moins nous savions ce que nous cherchons.

- Elle lui a donné ou lui a révélé sa cachette, j’en suis certain ! Elle n’a pas pu parler à personne d’autre, je n’ai pas relâché ma surveillance un instant ! Fouillez encore !

- Que disent les Anciens ?

- Ils disent que cet homme ne semble absolument rien savoir. Mais leur sonde n’est pas infaillible, il est possible de bloquer leur balayage mental.  Cela est improbable, son esprit n’a aucun entraînement. Mais il reste la possibilité, même minime, qu’il aurait une habilité naturelle à les bloquer. Il sera donc nécessaire de le soumettre à des traitements plus puissants et plus profonds mais ceux-ci endommageraient irrémédiablement son cerveau et risquent de nous faire perdre toute information utile. D'ici là, il faudra continuer à le suivre. Les autres pourraient tenter de le contacter. Elle l'a sûrement choisit pour une raison, bien qu'il ne pourrait être après tout qu'une diversion.

- Il ne se rappellera de rien ? demanda une voix particulièrement avide.

-Non, répondit l’autre. C’est le temps de partir pour nous aussi. Il n’y a rien ici !

-Je couvre vos arrières, allez-y.

Après quelques minutes, la personne revint, c’était une ombre vague, indistincte.

-Tu es tout à moi ! me souffla t’elle à l’oreille.

 

Je me réveillai subitement en sursaut, tout en sueurs, au son de l'alarme de mon réveil.J’étais complètement désorienté en réalisant que je n’étais plus dans mon appartement à Montréal. Il était cinq heures trente. Mon cœur battait à se rompre. Je grelottais, j'avais froid. J'avais fait le rêve le plus bizarre et le plus effrayant, mais mes souvenirs s'effaçaient à mesure que je reprenais pleinement conscience. Je ne me sentais pas bien. J'avais la nausée. Je me sentais comme fiévreux. J’éprouvais une pénible migraine et sentais mes muscles lourds, engourdis. Je me redressai péniblement dans mon lit et prit de grande respiration. Je me précipitai aussitôt à la toilette et vomis de la bile.

Je me rafraîchis avec une serviette mouillée. J'allais un peu mieux et pris ma douche. C'est alors que je remarquai les ecchymoses sur mon corps sans comprendre. Sur mes tempes et mon front se trouvaient aussi de curieuses marques géométriques. Comment diable m’étais-je fait cela ? Je ne savais quoi en penser sur le moment, le souvenir de mon rêve était trop vague et trop évasif. Je finissais de me raser lorsque l’on cogna à ma porte.

- Señor, le petit déjeuner spécial que vous avez commandé !

J'avais oublié! Je m'empressai d'ouvrir la porte. Il était parfaitement à l’heure.

- ¡ Mucho Gracias ! lui dis-je en signant la note et en lui laissant son pourboire.

Je tassai le chariot, finit de m'habiller et de préparer mon sac à dos. Mes vêtements de la veille étaient encore trempés. J'étais prêt à partir, j’avais retrouvé mon entrain et la bonne humeur. Je fermai la porte derrière moi et poussai le chariot jusqu'au 1113 et frappai à la porte.

- Toc ! Toc ! Toc ! Il y a quelqu’un ?

 Ludovic m'accueillit ne portant que des boxers.

- Putain de bordel, pourquoi fais-tu tout ce boucan ? maugréa-t-il à moitié endormie. Quelle heure est-il ?

- Onze heure quarante cinq !

- Quoi ?

- Cinq heures quarante cinq du matin heure locale, mais tu dois te réhabituer au fuseau horaire français !

- Je sautai dans le lit avec Dominique qui m’attaqua aussitôt avec un oreiller.

- Je me rend!  lui dis-je dramatiquement. J’ai amené des gages de paix!

Je me levai et amenai le chariot.

- J'ai voulu casser une dernière fois la croûte avec vous tous ! Je vais chercher Rachel et Émile !

J’allai cognai au 1112 et trouvai Rachel déjà debout et Émile préparant déjà leur valises. Ils voulaient ainsi sauver du temps et pouvoir pleinement profiter une dernière fois de la plage avant d'être contraints de partir. Ils s'envolaient de Cancun à en début d’après-midi.Je les invitai à nous joindre.

Nous commençâmes par le champagne et jus d’orange. Je leur présentai ensuite tous leur favoris que j’avais observés au déjeuner. Pour Dominique son Muesli et œufs bénédictines, pour Ludovic son assiette de bacon, jambon, saucisses et œufs miroirs, pour Rachel sa salade de fruits et ses bagels fromages à la crème avec saumon fumé et pour Émile ses traditionnelle tartines à la confiture de framboises avec un double expresso allongé. Nous avons mangé, bavardé pour finir avec nos derniers adieux, accolades et embrassades. 

Rachel me laissa sur ses mots qui me laissèrent perplexe :

- Alexandre, si je peux me permettre, je te connais assez pour vous donner un conseil; libre à toi de faire ce que tu en veux. Cesse de vivre ici, fis-elle en pointant ma tête. Et vit un peu plus ici ! Elle pointa mon cœur. C'est là que la vie prend tout son merveilleux sens ! 

 

Elle me fit un clin d'œil et retourna avec Émile, son bien-aimé, dans leur chambre.J'abandonnai à mon tour Dominique et Ludovic. J’enfilai ma casquette, ramassait mon sac à dos remplit de bouteilles d’eau avec un tube de lotion solaire. Mon coeur était plein de tristesse mais Chichen Itza m’attendait.

 

J’attendis  au lobby de l’hôtel. L’autobus de mon tour organisé arriva parfaitement tel que prévu. L’autobus était plein de touristes provenant des différents centres hôteliers au Nord de l’Allure. J’étais le dernier passager sur leur liste. Il ne restait qu’un siège disponible à côté du guide responsable du tour. Aussitôt que je fusse assis, le guide pris son micro et nous souhaita la bienvenue. En espagnol, il ne parlait qu’en espagnol ! Dans mon empressement de joindre la première visite de Chichen Itza, j’avais négligé de vérifier le langage du tour.  Ce n’était pas grave. L’important est que je me rendais à destination et je comprenais quand même assez bien l’espagnol pour me débrouiller. Nous passâmes devant l’entrée du chemin menant aux ruines de Tulum et tournâmes à droite u carrefour sur le même chemin qui menait à Cobá pour joindre la route 180 à partir du village de Chemax pour nos nous rendre à Chichén Itzá.

Ezequiel, qui dirigeait notre excursion, était un descendant Maya. Il était petit (il faisait un peu plus qu’un mètre et demi; j’étais un géant en comparaison) et trapu à la chevelure grisonnante dans le début de sa quarantaine. Il nous demanda si nous étions excité à l’idée de visiter une des merveilles du monde. De multiples voix répondirent « ¡Si! » en cœur. Pour ma part je n’étais pas excité mais franchement nerveux. L’idée de trouver une trace d’Ishell et peut-être même la retrouver me rendais anxieux. 

Le voyage à Chichen Itza était long; il prenait presque trois heures. J’avais négligé de m’amener de la lecture ou de la musique pour tuer le temps. La route était rurale et me charma en traversant plusieurs petits villages, notamment dans lesquels notre autobus devait ralentir, quasiment à l’arrêt, en raison de nombreux dos d’ânes installés pour contrôler la circulation. Nous eûmes ainsi une brève fenêtre sur la vie typique de ce coin du Mexique cachée derrières les nombreux kiosques d’artisanats et les présentions de souvenirs sur le rebord de la route.

 

J’entamai une conversation avec Ezequiel avec mon espagnol élémentaire alors qu’il était tranquille. Je lui parlai de mon grand intérêt pour les coutumes et culture de son peuple.J’avais peur de l’importuner. Mes questions étaient tellement naïves que je m’attendais qu’il roule ses yeux avec une expression tordue en pensant qu’il avait encore un de ces gringos obsédés! Il sympathisa avec moi et continua à me parler en anglais.

 

Je lui demandai de me parler des dieux Mayas. Il m’expliqua qu’ils étaient perçus avant tout par le peuple Mayas comme des incarnations des énergies cosmiques super naturelles et invisibles qui se manifestaient par les phénomènes naturels tels la pluie, la foudre ou dans les animaux. Le cosmos lui-même était un acte divin des dieux qui l’ont crée afin de préserver leur existence et prospérité en engendrant un être différent de tous les autres qu'ils avaient créés, un être conscient de son existence et du monde qui l’entourait, c'est-à-dire l'homme. Il m’appris que les Temples mayas étaient référés comme étant des « waybi », c'est-à-dire des dortoirs  où les dieux normalement endormis étaient réveillés et se manifestaient. Un rituel mal fait, le manque de respect pour une divinité, faire couler du sang qui n’était pas commis à un sacrifice pouvait mériter le châtiment des dieux tels qu’épidémies, famines, mort, guerres, feux, sécheresse, inondation.

 

Il m’avertit que les Mayas avaient d’innombrables dieux  pour toutes les sortes de fonctionnalité associées avec l'existence et que le même dieu était associé à plusieurs aspects, noms et festivités ce qui confondait encore plus les choses.  Il  y avait des dieux dans le panthéon maya qui étaient particulièrement bien illustrés dans les codex et anciennes cités.

Il me parla brièvement par exemple du dieu solaire Kinich Ahau qui était à la fois craint et vénéré; de Chaac le dieu des pluies bienfaisant mais qui en colère causait les inondations ou au contraire la sécheresse en retenant ses faveurs; Ah Punch le dieu squelettique à la chair décomposée de la mort et de la maladie, Ixchel qui dans sa vieille incarnation s’appelle Ix Chak Chel et dans sa jeune incarnation de la lune est Ix Sak Un;  de la sœur d'Ixchel, Ixtab la déesse des suicides qui étaient considérés comme une mort respectable par les mayas;  Ek Chuah le dieu marchand et bien sûr du dieu souverain du ciel, Itzamna.

Malgré tous ces dieux,  les mayas auraient eu le concept d’un dieu unique au pouvoir absolu, Hunab Ku. Ce dernier, occupé aux schèmes du Cosmos, avait délégué son fils Itzamna, le grand dragon céleste, dieu du ciel et du soleil, pour prendre soin de la terre et des hommes.

 

Cela m’amena à questionner sur la correspondance entre le serpent à plume, Kulkucan de Chichen Itza et Itzamna.  Ezequiel me dit que la réponse n’était pas évidente.

Il est convenu que Kulkucan, Quetzalcóatl pour les aztèques, a été amené par une autre culture chez les Mayas, par les Nahuatl de Teotihuacan et Toltèques qui ont eu un profond impact sur la civilisation des Mayas du Yucatan.

 

Il existe d'ailleurs plusieurs correspondances entre les dieux  Mayas et Aztèques. Huitzilopochtli était leur dieu guerre et du soleil similairement à Kinich Ahau. Coatlicue la mère des dieux, Xochiquetzal la dame des fleurs, pourraient tout deux être considérées comme des aspects d’Ixchel. Tlaloc était le dieu de l'eau tout comme Chaac.

 

Tlahuizcalpantecuhtli est le dieu dont le nom en Nahuatl, le langage des Toltèques et Aztèques signifie « Seigneur de la maison de l’étoile de l’Aube », le dieu de la couleur rose de l’aurore et personnification de la planète Vénus. Il est une personnification de Quetzalcóatl dans un récit qu' Ezequiel raconta.

Quetzalcóatl a été rendu ivre par des prêtres ennemis pour se retrouver déchu, vaincu et banni par son ennemi mortel Tezcatlipoca. Il a été forcé d’émigrer vers l'est où, après avoir fondé quelques villes, il se brûla sur un bûcher et se transforma en Vénus, étoile du matin. Son frère jumeau Xolotl qui voulais l’accompagner devint Vénus l’étoile du soir.   Il y a correspondance entre cette histoire et le mythe d’Itzamna colonisant le Yucatan. L’histoire pourrait être une parabole sur la conquête des Mayas et du rejet par ses conquérants de l’ancien ordre religieux et social.

 

Il ajouta que Tezcatlipoca était une sombre divinité, la plus crainte de toutes les divinités aztèques.  Dans l’ordre de pensée dualiste des mésoaméricains, Tezcatlipoca était à la fois le frère et le pire ennemi de Quetzalcoatl. Il était le dieu noir, l’opposé, l’antithèse de Quetzalcóatl le blanc. Son nom signifie littéralement « Miroir fumant ». Tezcatlipoca possédait également différents épithètes charmant qui reflétait  différents aspects de sa divinité : Titlacauan (« Nous sommes ses esclaves »), Ipalnemoani (« Celui par qui nous vivons »), Necocyaotl (« Ennemi des deux côtés »), Tloque Nahuaque (« Seigneur du proche et du lointain ») et Yohualli Ehecatl (« Nuit, Vent »), Ome acatl (« Deux roseaux »), Ilhuicahua Tlalticpaque (« Possesseur du ciel et de la terre »).

 

Pour Ezequiel, il était certain que Chichen Itza, surtout l’ancien Chichen Itza, avait été initialement consacré au dragon céleste d’Itzamna et que c’est plus tard que le serpent à plumes, Quetzalcóatl devint le patron divin absolu de la cité. Dans les dernières années de Chichen Itza, le serpent à plume ressemblait plus au terrible Tezcatlipoca en tempérament que le bénéfique Quetzalcóatl.

 

J'ai été sacrément impressionné avec Ezequiel. Il me rappelait Rafaele me confirmant que les Mayas étaient des gens remarquables. Il était non seulement un guide touristique, il était un archéologue et explorateur accompli empreint d’une grande spiritualité. Il avait effectués des excavations régions les plus sauvages du Guatemala, El Salvador et Nicaragua.   Il était curieux et insatiable de connaissances et d'expériences profondes. Je l’intéressai à mon tour sur mon coin du monde. Il voulait tout savoir sur le Canada et mes expériences avec les Inuits.

 

Il me recommanda, si j’aimais ma bien ma visite de Chichen Itza, de visiter Elk Balam, une autre citée Maya récemment excavée et ouverte au public.

 

Il se leva: nous approchions déjà de Chichen Itza. Ezequiel annonça que nous avions 4 heures de visite par après nous allions nous rafraîchir au magnifique cenote de Ik Kil à cinq minutes des ruines.  Nous étions tous excités à l’approche de l’entrée du site archéologique, même si tout ce que nous pouvions distinguer était un grand centre de visiteurs, une légion de vendeurs d’objets et d’artisanat divers, des boutiques de souvenirs et les salles de bain.  Ce qui me frappa immédiatement était à quel point il y avait du monde partout. Chichen Itza avait l’atmosphère d’un parc d’attraction. En descendant de l’autobus, la chaleur intense et accablante du midi m'engloutie. Quel contraste! Heureusement qu’ils nous avaient offerts un choix de boissons froides ou une bouteille d’eau à la sortie du véhicule.

 

Il nous avisa de bien noter notre numéro d’autobus et son stationnement et de se retrouver ici dans un peu moins que quatre heures.

 

Nous fîmes un arrêt au guichet et aux salles de bain. Ezequiel nous distribua ensuite nos billets d’accès au site. Je décidai de visiter les ruines par moi-même non pas que le langage me dérangeait, mais j’étais venu ici chercher quelque chose de précis.  Je ne savais pas quoi encore, mais je voulais être libre de le découvrir.

 

Après avoir bien noté mentalement le numéro de mon autobus et l’heure du retour, je désertai le tour officiel et profitai pour me promener dans le centre des visiteurs et trouvai plusieurs affichages instructifs ainsi qu’une maquette de la ville. Le centre des visiteurs était très affairé. Je m’arrêtai à un magasin appelé la Hutte Maya qui vendait de l’artisanat, des tissus, vêtements, bijoux et livres. Quelque chose attira vivement mon attention. Il s’agissait d’une  petite médaille en terre cuite. Elle avait en son centre un maya assis. Il portait à force de ses deux bras un immense symbole sur son dos, retenu par une banderole autour de sa tête. Les détails étaient remarquables incluant son genoux fléchit relevé, l’autre reposant contre le sol, son collier et ses apparats au mollets et poignets, son front prononcé, son nez long et proéminents caractéristiques des mayas.  Ce personnage était entouré de 19 autres symboles répartis dans un cercle. Ses glyphes avaient le même style que ceux que j’avais observés sur le disque d’Ishell. La vendeuse m’expliqua gracieusement que chacun des symboles représentait un jour maya. Le maya portait le glyphe du dernier et vingtième jour du cycle, nommé Ahau. La dame m’indiqua aussi que tout achats et donations commanditaient le programme de la Fondation Maya de conservation de la nature et des habitats d’oiseaux. J’achetai le disque et me procurai aussi un guide détaillé que je trouvai en français de Chichen Itza qui incluait plusieurs photos. Je découvris une publicité du Hacienda Chichen Resort qui montrait que le site archéologique abritait un hôtel spa de luxe, une réserve écologique et un paradis pour les adeptes ornithologie. J’avais un creux. Je me laissai tenter par les snack bars et m’empiffrai de tortillas, de salsa et guacamole fait sur place où étaient ajouté à la purée d’avocat tous les condiments que l’on pouvait désirer. 

 

J’entamai mon livre. Je pouvais y lire une courte description de l'histoire de la ville. J’appris que Chichén Itzá est une ville antique dont le nom signifie "Dans la bouche des puits de l'Itzá" et qui fait sans doute références aux deux cenotes, ces puits naturels, qui alimentaient les habitants en eau et auxquels ont attribuait des origines divines. Cette citée qui fut le centre de la puissance politique, religieuse et militaire dans Yucatán et du sud-est Amérique Centrale du dixième au treizième siècle.  La ville est divisée en deux principaux secteurs: Chichén Viejo (le vieux Chichén) et Chichén Nuevo (le nouveau Chichén) ce qui était reflété par leurs différents styles d’architecture.

Chichén Viejo fut fondé par les Mayas Itzas mené par Itzamna après la séparation d'Acalon au environs des l'années 435-455.

 

Je posai mon livre. L’implication de cette dernière phrase fut pour moi une révélation. Elle impliquait que Itzamna, le dieu suprême et fondateur des anciens Mayas, avait été un homme réel. Il n’était pas un abstrait concept métaphysique mais bien quelqu’un d’historique. D’ailleurs les Mayas effectuaient la déification des ancêtres. La glorification des héros était quelque chose de commun dans les anciennes villes. Je ne doutais  pas que les dieux mayas aient été originellement des êtres humains remarquables montés au niveau de la divinité.

 

Je continuai mes lectures.

 

J’appris que l’ont retrouve à Chichén Viejo l’architecture classique des mayas caractérisée par beaucoup de représentations du dieu Chaac, le dieu Maya de pluie. Ce modèle d’architecture maya traditionnelle est nommé Puuc et se retrouve également à la ville d’Uxmal ainsi que dans les autres emplacements mayas de la péninsule du Yucatan.

 

Chichén Nuevo correspond à l’établissement et à la reconstruction de la ville par le peuple des Itzas aux environ de 900 après Jésus Christ. Il y avait évidence de la présence d’un chef toltèque appelé Topiltzin Ce Acatl Quetzalcóatl à Chichen Itza dès l’an 987.  La présence toltèque provenant du centre du Mexique contribua à faire de Chichen Itza la ville la plus puissante et dynamique du Yucatan dont la sphère d’influence s’étendait depuis le centre du Mexique pour l’obsidienne jusqu’au sud de l’Amérique centrale pour le trafic de l’or. Le culte de la ville devint centré sur le dieu Kukulcán, connu par les Toltèques et les aztèques sous le nom de Quetzalcóatl. D’ailleurs les dirigeants de la ville s’attribuaient le nom du dieu le serpent à plume. La nouvelle Chichén témoigne d’ailleurs de la grande influence architecturale provenant des Toltèques et de leur antique capitale de Tula.

 

Il y avait évidence qu’une révolte des Mayas contre les dirigeants de Chichen Itza s’était produite en 1221. La ville ne fut pas abandonnée par après,  mais continua son déclin définitif. Les Itzas régnèrent jusqu’au quatorzième siècle jusqu’à ce qu’ils cèdent à la ville rivale Mayapan. Chichén Itzá  était considérée comme la dernière grande cité Maya et son histoire coïncidait avec le déclin de la civilisation des mayas des basses terres. Les Conquistadors espagnols découvrirent la ville au seizième siècle en 1531.

 

Un voyageur et écrivain Benjamin Norman redécouvrit la ville, suivit de John Lloyd Stephens dont je connaissais déjà une partie de l’histoire. Ce dernier passa 40 ans à Chichen Itza jusqu’à ce qu’il soit expulsé et banni par le gouvernement Mexicain. En 1924, un projet de l’institut Carnegie de Washington dirigé par Sylvanus Morley continua de façon plus supervisée la restauration de ruines. Je trouvai intéressant que même si les ruines et structures de Chichen Itza appartiennent au gouvernement fédéral du Mexique et qu’elles étaient maintenues et développées par l’Institut National d’Anthropologie et d’histoire (INAH) que les terrains eux-mêmes appartenaient au privé, à la famille Barbachano. 

 

J’avais fini de manger et m’étirai en songeant à mes objectifs à Chichen Itza. Je savais que le disque d’Ishell était associé à Chichen Itza. Je voulais trouver et comprendre quelle était cette connexion. J’étais résolu à regarder la ville dans tous ses détails, dans l’idée que j’y trouverais peut-être un élément pouvant me permettre d’éclaircir le mystère d'Ishell et du disque que je lui avais récupéré. De plus Ishell avait été ici, j’en étais certain; qui sait elle y était peut-être encore!  Il était donc le temps pour moi d’explorer la ville de Chichen Itza.

 

Je présentai mon billet et franchi le tourniquet. Je fus ébahi par la scène qui m’attendait à la fin du court sentier. Le site des ruines était immense dominé par la majestueuse pyramide centrale. J’avais l’impression que quatre heures pour visiter Chichen Itza ne serait pas assez  que j’aurais aisément pu y passer plusieurs jours.

 

J’observai les nombreux groupes organisés de touristes. Je préférai faire ma propre visite en utilisant mon livre comme guide. Je voulais éviter les trop grands bains de foule et y aller à mon propre rythme.

 

Je me dirigeai dans la partie plus ancienne de Chichén Itzá qui était moins achalandée. Je me trouvai à un bâtiment nommé l’ossuaire ou le tombeau du Grand prêtre.  Il s’agit d’une pyramide de neuf niveaux semblables à la grande pyramide de Kukulcán qui dominait  toute la scène de Chichen Itza malgré sa distance. Il y avait quatre escaliers axiaux dont l’accès semblait défendu par de grands serpents menaçants avec leur gueule ouverte et tête triangulaire écaillées.  Une cheminée de 14 mètre traverse la pyramide jusqu’à son sommet suggérant que la structure a servi de crematorium. La cheminée était alimentée en bois depuis une tranchée à la base de l’ossuaire. J’appris que ce bâtiment couvre une caverne profonde reliée par un puit central à la pyramide. Ce puit devait représenter pour les mayas l’entrée au monde des morts que l’on croyait sous terrain dans leur mythologie. Le puits est décoré de représentation du monde des enfers et des Cieux et on y avait  trouvé à son intérieur plusieurs tombeaux incluant celui d'un haut prêtre ou d’un roi avec des offrandes de jade, coquillage, cristal de roche et cloches de cuivre.

 

Je découvris tout près un autre bâtiment appelé Chichanchob qui signifie les "petits trous". Le nom a été sans doute donné à cette structure en raison des petits trous sur la crête du toit. Le bâtiment était également connu sous le nom de "la Chambre rouge" en raison de la peinture de cette couleur qui pouvait être encore vue dans les fresques dans la chambre intérieure. Il restait dans cette même section de la ville les vestiges de la maison à trois portes du chevreuil reposant sur une grande plateforme trapézoïde et de la maison de la santé, formant avec la maison rouge une section nommée l’hôpital en raison de leur vocation médicale.

 

Il faisait très chaud. J’épongeai la sueur abondante qui s’accumulait sur mon front. Toute cette section du site archéologique de Chichen Itza était dégagé et déboisé, il y était impossible de se cacher du soleil ardent. Je continuai jusqu’à un large bâtiment de pierre curieusement nommé « la chambre des nonnes » ou le monastère. Il s’agissait d’un grand un complexe près de vingt mètres de hauteur. Je comprenais que lorsque les premiers explorateurs espagnols avaient visités les ruines, ils ont crû que les nombreuses chambres du temple ressemblaient aux chambrettes des soeurs religieuses dans un monastère et l’ont baptisée Las Monjas (Chambre des nonnes). Je lisais que les chercheurs croyaient que ce bâtiment était originellement un palais pour les grands Maîtres de Chichen Itza.

 

La chambre des nonnes avait aussi une annexe, un bâtiment ornementé de riches sculptures dont un souverain à l’image d’un dieu au dessus de la porte. Ce personnage avait une coiffure de plume séparée en deux au milieu de son crâne et était assis à « l’indienne » dans un motif rayonnant représentant possiblement le soleil.  Tout l’ensemble du bâtiment de l’annexe suggérait dans la distance une tête stylisée dont l’entrée principale avec sa rangée de dents correspondait à la gueule.

 

Je passai ensuite à un vaste complexe des bâtiments, dont un appelé Eglesia « église » par les premiers visiteurs espagnols. Ce bâtiment de pierre n’avait qu’un étage avec un toit voûté. Il reposait sur une plateforme de 66 cm de hauteur. La porte faisait face à l’ouest, ce qui suggérait que ce bâtiment ait servi de tombe, l'ouest étant le lieu où mourait le soleil à chaque soir. Le bâtiment était exceptionnel avec ses fresques grecques et ses masques du dieu de la pluie soigneusement découpés à sa devanture. Des masques de Chaac se retrouvaient aussi à chacun des coins de l’édifice. À chacun des côtés de ces masques, je remarquai de petites représentations de crabe, d’escargot, d’armadille et de tortue qui soutiennent le ciel depuis la terre selon les croyances Mayas. Rafaele m'avait parlé de ces légendes qui confèrent à des arbres ou à des Jaguars divin, les Baccabs, ce rôle de supporter le ciel aux quatre points cardinaux tout comme ces petits animaux.  Au-dessus de ces images se trouvait la représentation d’un serpent au corps sinueux qui suggérait le mouvement. Je restai plusieurs minutes à regarder ces sculptures dont le symbolisme évoquait le même que celui du disque d'Ishell d'après l'interprétation deRafaele. Tout cela avait donc une signification ancrée dans les croyances mayas les plus anciennes manifestée ici à Chichen Itza.

 

Je retournai mon regard vers une la plus grande fresque de Chaac et réalisa à quel point les sculptures de ce dieu aux grand nez en trombe recourbé et pointu étaient plus soignées ou du moins en meilleur état. Chaac inspirait révérence et respect mais pas la terreur. Son visage de masque de Carnaval dégageait pour moi un air moqueur, malicieux et quasiment paternel. Je compris que le dieu de la pluie était un gardien bienfaisant des Mayas et qu’il devait se confondre avec Itzamna, le dieu suprême du ciel. Il était celui qui donnait l’eau et par ce fait était primordial pour une civilisation dépendante de l'agriculture pour son existence. Je me demandai un instant si ce n’était pas ce dieu Maya qui s’était amusé à me lancer la foudre ou à me protéger le soir précédent. Le regard profond du visage de Chaac ne me donna aucune réponse. Je restai longtemps à méditer devant cet édifice.


The road to Chichén Itzá par bertobox
064 On the road to Chichen Itza, with dog and speed bump IMG_1306 par Jerry 1
Road to Chichen Itza par bluepowdamonkey
071 On the road to Chichen Itza IMG_1324a par Jerry 1
059 On the road to Chichen Itza IMG_1292a par Jerry 1
061 On the road to Chichen Itza IMG_1297 par Jerry 1
Road to Chichen Itza par bluepowdamonkey
2008_02_01_Road_To_Chichen_Itza_ 260 par gerebphoto
Road from Chichen Itza par amyandchriswelsh

 

IMG_3116 Cancan Vacation Road Signs to Chichen Itza 1 (Jun 21, 2005) 3 par SF Tascheks

Chichén Itzá par star5112


Par A. Saint
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Samedi 27 juin 2009 6 27 /06 /2009 21:57

Sur le chemin du retour vers le stationnement, je tentai de rationaliser ma décision en me disant que "qui ne risque rien, n’as rien!". Le fait d’avoir partager mon secret me soulageait grandement et je ne pouvais penser à personne d’autre que Rafaele pour cela.  Mais ne plus avoir ce disque en ma possession me rendait mal à l’aise ; il me manquait terriblement. J’avais un doute qui subsistait, une anxiété, l’impression d’avoir trahi Ishell en agissant ainsi.

Une question persistait: cet homme inconnu avait-il intentionnellement gravé ce symbole comme une révélation ou un avertissement ?

Je m’arrêtai au cabanon touristique et y ramassai de la documentation sur les sites touristiques de la région et sur les mayas et regagnai l'autobus où le chauffeur me laissa aimablement rentrer. L'air frais, conditionné fut un véritable soulagement.

 

Je m'écrasai dans un siège et songeai à mon immersion chez les mayas. J'en avais appris tellement sur ce peuple dont j'ignorais tout hier. Tout ce que j'avais vu à Cobá et ce que Rafaele avait expliqué dépassait mon entendement. Je retenais de ma visite surtout les fantastiques accomplissements de ce peuple brillant. Certaines des avancements de leur science surpassaient par un millénaire les connaissances des autres civilisations de leur époque. J'avais vu notamment à quel point leur mathématique était très élaborée. Ils furent aussi la première civilisation à représenter et utiliser le zéro.  Ils tant qu'ingénieur, je reconnaissais la valeur et complexité de tels accomplissements.

Je savais aussi que les Mayas avaient leurs origines aux environ de 2600 avant Jésus Christ et qu’ils avaient connu leur age d’or au troisième siècle après Jésus Christ. Ce que je ne comprenais pas c'était pourquoi une civilisation aussi illuminée s'éteignit subitement avant le onzième siècle laissant son peuple dispersé et désorganisé dans les régions les plus sauvages de l'Amérique central. Qu'importe la réponse à ce mystère, les Mayas avaient gagnés mon plus grand respect et mon admiration.

 

Je pensai à Ishell. Était-elle maya comme son nom le supposait? J'y repensai; en fait Ishell n’était même pas son nom. Elle avait dit qu’elle était "fille d’Ishell". Elle était donc tout comme Rafaele la fière héritière de ce peuple.

 

Le ciel était sombre et la pluie commença à tomber. En regardant la pluie coulisser sur les vitres, je m’interrogeai si Ishell pensait aussi à moi parfois. L’orage fut bref et le soleil revint rapidement et forma un spectaculaire double arc-en-ciel que j’interprétai comme un bon présage de la Dame. À la vue de ces couleurs vives et pures, ma tristesse s’effaça.

 

Étant encore seul, je décidai de profiter du temps qui me restait pour aller voir le lac de Cobá. Il était très petit en comparaison aux grandes étendues d’eau que j’étais habitué de voir dans les vastes territoires du Nord. Le lac était tout de même remarquable par ses eaux bleu clair, laiteuses et paisibles qui me semblaient particulièrement invitantes sous la radiation torride du soleil qui était revenu. Je changeai d'avis à la vue d'une affiche où était inscrit «crocodile visit 5 pesos»  à la fin d'un quai de bois. Je compris en regardant plus prêt que ce que j'avais prit pour un tronc d’arbre flottant était le reptile en attente de son prochain repas. Je m'empressai de retourner à mon autobus.

 

Les autres revinrent peu de temps après. Dominique et Rachel furent les premières à me joindre,  toute deux concernée par mon "état".

- Ca va? demanda Rachel.

- Rafaele nous a dit que tu avais eu un malaise compléta Dominique.

Je regardai le jeune guide qui me salua de façon complice.

J'improvisai la première chose qui vint à mon esprit:

- Ca va mieux! La turista, je suis arrivé juste à temps....

 - Cela explique pourquoi tu es parti comme si tu avais la mort à tes trousses, gloussa Ludovic.

- Mon pauvre, tu as probablement bu de la mauvaise eau ou mangé un fruit mal nettoyé. Tu veux de l’Imodium? offrit Dominique.

- J’en ai! dit Rachel. Elle parcouru son sac sortant  des tablettes de chocolat, de la crème antibiotique, des tablettes de Listerine, une bouteille de Pepto Bismal, du gel Aloe Vera, de l’hydrocortisone, du maquillage, des rouge à lèvres, une brosse à cheveux, du fard à paupières, du papier mouchoir, des pansements, des analgésiques, des suppléments de repas, de l’iode, de la gomme à mâcher, de l’insectifuge, un écran solaire, des cartons d’allumettes, des condoms, une brosse à dent, du dentifrice, un obscène objet phallique, du lubrifiant et enfin l’Imodium.

- Dire que j’ai déjà tout utilisé dans ce sac, sauf le Pepto Bismal et l’Imodium! dit-elle en me faisant un clin d’œil.

 

J’acceptai gracieusement l’anti-diarrhée même si je n'en avais pas besoin. Je jouerais le jeu en prenant note de trouver une meilleure excuse la prochaine fois.

Je pris siège dans l’autobus totalement à l’arrière tout près de la porte de la salle de bain pour garder les apparences. Cela n’empêcha pas mes amis français de me joindre.

 

Avant de retourner à l'Allure, nous fîmes une courte escale dans le village Maya voisin.

Rafaele nous avertit de mettre de côté nos valeurs occidentales car ces gens ne devaient aucunement être considéré comme faisant parti du tiers monde ou comme étant dans le besoin. Il comptait bien nous le prouver.

 

Nous débarquâmes dans le village et Rafaele nous amena devant la devanture d’une hutte.

Il s’adressa à nous.

-Vous allez penser peut-être que les enfants ici sont malheureux car ils n’ont aucun jouet. Détrompez vous!

 

Il nous montra un singe araignée docile et en laisse. Le petit singe affectueux était prêt à serrer tout le monde de ses longs bras difforme.

Notre groupe fut instantanément charmé par l'adorable bête.

Rafaele donna au petit singe une pomme que l’animal réjoui mangea par petites bouchées mastiquant avec un plaisir gourmand.

 

Il nous demanda:

- Si vous étiez un petit garçon ou une petite fille, que préféreriez vous comme jouet?  Un G.I. Joe, une Barbie ou un petit singe comme celui-ci?

 

L’argument de Rafaele était bien reçu. Je comprenais aussi que le singe soit en laisse car dans l’après-midi sous la chaleur, il pourrait s’aventurer au point d’eau le plus proche qui était le lac où j'avais vu les crocodiles attendre patiemment leur prochain dîner.

 

Nous trouvâmes ensuite face à face avec un autre curieuse bête: un fourmilier domestiqué dans un jardin qui servait à éliminer les insectes nuisibles dans les huttes et l'environ des résidences.

 

Rafaele fit la démonstration d’une petite fleur magenta qui une fois brûlée donnait une cendre bleue foncée, une source de colorant naturel pour les textiles mayas.

 

Nous effectuâmes la visite d’une résidence. Rafaele nous expliqua de ne pas être mal à l’aise. Nous n'y étions pas des intrus; nous étions au  contraire le bienvenue. Notre visite contribuait à l’ensemble des revenus nécessaires pour l'installation d’un système moderne de purification d’eau qui profitera à l'ensemble des habitants du village dont la famille qui habitait ici.

 

La dame de la maison était affairée à préparer une robe avec sa machine à coudre, une antiquité de fonde noir du temps de ma grand-mère. Elle nous accueillie gracieusement sans aucune réserve malgré notre invasion de son domicile. Sa maison était nôtre. Son mari, comme les autres hommes du village, était parti travailler à la ferme.

 

Le seul confort moderne de sa hutte était un réfrigérateur que Rafaele nous montra vide excepté pour la glace de la section du congélateur.

Un gigantesque hamac se trouvait de l’autre côté de la hutte et toute la famille y dormait ensemble. Rafaele commenta que par sa conception le hamac maya offrait un parfait support stable. Son tissu voilé offrait une protection se rabattait pour fournir une protection contre les moustique.

Rafaele nous rappela les  résidences modernes que nous  avions vues lorsque nous avions traversés des villages lors de notre route vers Cobá. Il nous dit que si nous avions visités ces maisons, nous les aurions trouvés vide, les familles mayas préférant habiter leur hutte traditionnelle. Lorsque l'ouragan Emily frappa la Riviera Maya, la tempête causa de nombreux dégâts et de sérieux dommages aux constructions modernes. Les huttes mayas s'en sortirent comparativement indemnes parce qu'elles étaient perméables aux vents.

 

Je comprenais ce que Rafaele tentais de démontrer; les Mayas d'ici vivaient selon leurs nécessités quotidiennes; leur style de vie était parfaitement adapté à leur environnement.J'aurais pu en dire autant de mes amis Inuits.

 

Les enfants mayas nous entourèrent au retour à notre autobus. Parfaitement disciplinés, ils attendaient les petits cadeaux que Rafaele leur avaient amenés: crayons, stylos, papiers de cartons et des livres, un ballon de soccer, une balle. Ils connaissaient tous bien Rafaele et étaient très familier avec lui comme si il était leur "grand frère". Je crû comprendre qu'ils l'appelaient "Ahulane" lorsqu'ils s’adressait à lui dans le langage maya.

Une fois les gâteries distribuées, les enfants à l’unisson nous dirent ensuite :

- Dyos bootik!

Rafaele nous traduisit ce que nous avions déjà deviné : Dyos bootik voulait dire merci! Nous répétâmes aux enfants amusés les mêmes mots.

Je reg   ardai Rafaele satisfait et fier de ses gens.

Alors que nous rentrions dans l’autobus, Rafaele laissait aux soins des femmes du village des achats qu’il avait fait pour elles.

 

Sur le chemin ver Tulum, nous avons croisé des adolescents marchant nu pied sur la route. Ces enfants revenaient de l’école. Rafaele expliqua que les mayas ont tendance à avoir les pieds larges et que pour accommoder cette largeur ils doivent porter des souliers trop grand, mal ajusté, de pointures beaucoup trop longues qui étaient inconfortables ou même qui les blessaient. C’est pourquoi certains d'entre eux préféraient marcher nu pied. 

 

Nous retournâmes sur l’autoroute en direction de Tulum.

- Puis vous avez aimé votre visite? demandais-je à mes amis français.

- Super! me répondit Dominique. C’était la dernière ville Maya que nous visitions avant de rentrer en France et je suis bien contente que nous l’ayons vue. De toutes les ruines que nous avons vues, ce sont celles de Cobá qui avaient le plus leur beauté originale, qui avaient été les moins retouchées, remodelées par notre civilisation moderne. Il était vraiment facile de s’imaginer que nous étions d’intrépides explorateurs là-bas!

Ludovic approuva en levant le pouce.

Je parlai à mon tour:

- Pour moi c’était ma première visite chez les mayas et cela m’a laissé toute une impression, j'ai été émerveillé, je n’avais aucune idée de la grandeur de leur civilisation avant aujourd’hui.

- Un grand peuple en effet, rajouta Rachel, encore plus grands que tout ce que l’on nous a dit jusqu'ici.

Je m’adressai à elle intrigué:

- Que veux-tu dire Rachel ?

- Que tu n'as encore rien vu mon cher! me répondit Dominique.

Ils me racontèrent leur visite des ruines de Sayil où se dresse un imposant palais de trois étages. Ils me parlèrent des magnifiques fresques de la cité de Labna, des majestueuse ruines d'Edzna et de la spectaculaire citée d’Uxmal. Ils me décrivirent toutes les merveilles qu’ils y avaient vues et à les entendre, ils me communiquèrent  leur enthousiasme me laissant rêver d’explorer ces citées par moi-même. Ils me décrivirent  les observatoires mayas qu'ils avaient visités et de la grande maîtrise de l’astronomie du peuple maya.  Leurs astronomes savaient prévoir exactement les éclipses solaires et lunaires, la course des planètes et la position de la voie lactée dans le ciel et cela de façon inégalée par aucune autre civilisation ancienne avec une précision comparable à notre science moderne. En particulier Rachel mentionna que la fin du calendrier Maya au solstice d’hiver de 2012 correspondait à une conjonction entre notre soleil et le plan équatorial de notre galaxie la Voie Lactée qui correspondait selon certains à la fin du monde aussi prédite par les aztèques et même par un ancien calendrier oracle chinois.

- Cela doit être prévu par les mêmes qui avait annoncé le bug de l’an 2000! plaisanta Ludovic.

Les rires furent suivis par un bref silence dans lequel je ressentis chez mes amis français, une certaine nostalgie à la réalisation que leur aventure Maya s'achevait alors que la mienne commençait.

Nous parlâmes des légendes de l’Atlantide et des autres civilisations oubliées et des corrélations intéressantes entre les civilisations Mayas, Égyptienne, Sumérienne et Indiennes. Rachel discuta ensuite des dieux Mayas Itzamna et Kukulkan et de leur correspondance avec le dieu Inca Viracocha et le dieu aztèque Quetzalcoalt, ce qui suggérait une influence commune entre ces civilisations.  Dominique ajouta que beaucoup de spéculations existaient d'ailleurs sur ces dieux suggérant qu'ils s'agissaient d'extraterrestres selon certains, ou même d'une incarnation de Jésus Christ ou d’un ses apôtres selon d'autres, en raison de leur description commune d'homme blanc, au visage pâle et à la barbe ce qui les démarqueraient complètement des peuples indigènes locaux.

Rachel considérait que le peuple maya était non seulement avancé scientifiquement mais qu'ils étaient également de grand maîtres spirituels. Je lui parlai de mes expériences avec la spiritualité des Inuits ce qui suscita son plus grand intérêt.

 

Je remarquai aussi Madame Morris assise tout proche. Je la comprenais un peu, seule en vacance alors que c'est tellement plus agréable avec des amis. Je m'adressai à elle:

- Puis, pensez vous que les Canadiens feront les séries cette année?

 

Nous arrivâmes à l’Allure dans la demie heure suivante ce qui me laissait tout juste quelques minutes pour me préparer pour le mariage de Ted et Judith. Rafaele invita tout le monde à se rafraîchir dans un cenote tout près mais je déclinais son offre. Je le saluai et remerciai pour la visite. Il était poli mais je le sentais distrait, quelque peu distant, visiblement préoccupé. Je fis de brefs et tristes adieux à mes amis qui retournaient en France demain.

  

Je m’arrêtai à la conciergerie pour me renseigner sur les excursions à Chichen Itza. Je pris les arrangements nécessaires afin de me joindre à la visite du lendemain. J'en profitai aussi pour organiser un petit déjeuner spécial.  Je me précipitai ensuite à ma chambre, pris une bonne douche fraîche et m’habillai formellement pour la cérémonie du mariage. Je devais admettre que cela était quelque peu pénible dans la canicule de porter une chemise, une cravate et un veston. De plus, le bref orage n’avait pas chassé l’humidité mais l’avait au contraire augmenté. Je voulais faire quand même bonne impression car j’escortais la sœur du marié. Je pressai le pas en direction de la chapelle du complexe hôtelier juste à temps pour retrouver Angela tout à fait élégante dans une splendide robe de satin gris perle. Je la complimentai sur son apparence et elle rougit. La prenant doucement pas le bras je l’escortai à l’intérieur de la chapelle où Ted attendait impatiemment. Il nous accueillit avec un sourire nerveux la gorge sèche. Je lui serrai la main. Il me présenta à ses parents, ainsi qu’à la famille de Judith. La chapelle était petite, simple et élégante. Son intérieur blanc me rappelait celui des vieilles églises catholiques coloniales de la californie.  Elle ne possédait pas plus de douze bancs décorés de rubans de soie blancs et de fleurs en honneur de l’évènement. Le père religieux nous demanda de prendre nos places. Il était américain et d’après ce que je comprenais, un ami de la famille venu spécialement pour célébrer l’évènement. Il était assisté par le « Padre » habituel du complexe. La marche traditionnelle maritale entama son air. Nous nous levâmes et toutes les têtes se tournèrent vers l’entrée de la chapelle où une silhouette gracieuse voilée de dentelle blanche, délicatement drapée de satin blanc et ivoire, tout ornementée de perles attendait. Elle tenait un magnifique arrangement de roses blanches, et rouges. Escorté par un homme trop jeune pour être son père, Judith s’avança d’un pas solennel vers Ted et l’autel. L’homme plaça la main de Judith dans celle de Ted et retourna auprès de la mère de cette dernière qui lui serra la main, visiblement émue. On amena deux grandes chaises blanches que l’on plaça devant l’autel et tous furent invités à s’asseoir.  Le prêtre commença son sermon qui fut suivit par les déclarations touchantes de Ted et de Judith. Il y eu l’énoncé de vœux et l’échange des anneaux. Finalement, après une brève cérémonie religieuse, Ted et Judith furent enfin attitré mari et femme devant Dieu et les hommes. Ted leva en tremblotant le voile de sa mariée qu’il embrassa d’un baiser long, tendre et timide.  La cérémonie avait été tout simplement belle et poignante. Les nouveaux mariés sortirent de la chapelle suivit par tous leur invités.

 

Une tente avait été installée sur la plage pour la réception; le champagne y coulait à flot. Je profitai d’un instant tranquille pour féliciter Ted et embrassai Judith sur la joue. Elle me présenta son grand frère Glenn de Minneapolis qui l’avait donné en mariage. Je compris que son père était décédé il y a plusieurs années. Judith s’excusa pour effectuer sa dernière obligation de la journée : le traditionnel lancé du bouquet. Ce fut nul autre qu’Angela qui l’attrapa à la plus grande joie du marié, son frère.  Angela me souffla à l’oreille avec un sourire narquois qu’effectivement en fin de compte elle aurait besoin d’aller au Canada, ce qui nous fit rire de bon cœur.

 

Les nouveaux mariés s’installèrent à la table d’honneur, devant la beauté naturelle de la plage et de la mer. Le repas était servi, je m’installai à table avec Angela.  Nous étions placés auprès de trois de ses tantes ainsi que du mari de l’une d’elle. J’appris ainsi que le côté maternel d’Angela avait des racines cajuns. Je connaissais déjà  Jeanne et son mariRichard. J’adorai immédiatement sa tante Rosalynn, une femme dynamique de soixante ans. Elle parlait le vieux français avec les nuances que j’avais déjà entendu en Acadie. Elle habitait la Nouvelle-Orléans et espérais pouvoir bientôt réintégrer sa petite auberge « Le gîte du passant » quelle avait été contrainte d’abandonner en fuyant l’ouragan Katrina. Sa résidence avait été submergée par la crue des eaux résultant de la rupture des digues, mais elle n’était pas abattue. Au contraire, elle était déterminée de tout restaurer et rebâtir.

- C’est pour cela que je paye des assurances ! disait-elle en souriant. 

 

Nos discussions furent constamment interrompues par le tintamarre traditionnels des coutelleries frappant la table, intimant à chaque fois les nouveaux mariés de s’embrasser devant nous, remerciés ensuite par la clameur d'applaudissements.

Je fit le commentaire à la table que lorsque je me marierai, je m’assurerai que la coutellerie du souper est en plastique. Le souper était exceptionnel de première classe. Il se termina par la coupe du gâteau de noce et le service de thé, café et digestifs. Les tables de réceptions centrales furent ensuite déplacées pour laisser place à la danse qui s'ouvrit sur un succès et classique et romantique de Queen, « One year of Love ».J'accompagnai Angela dans cette valse lente, nos corps entrelacés, serré l'un contre l'autre, sa tête reposant sur mon épaule. Il y eu ainsi plusieurs danses classiques alors que s’enchaînaient Cha-cha-cha, Samba, Rumba entrecoupés par de la musique de danse contemporaine. Angela et moi étions heureux de découvrir que nous connaissions les mêmes pas de danse. Je n'étais pas mécontent de tous ces dimanches de cours de danse moderne que m'avaient imposé mes parents lorsque j’étais tout jeune. Nous avons ainsi dansé toute la soirée jusqu'aux grandes danses country western.

 

Le flash d’un éclair proche fut suivit quelques secondes plus tard par le bruit assourdissant du tonnerre. La foudre avait frappé à moins d’un kilomètre j’estimai.  En l’espace d’un instant le vent se leva, tourbillonnant et violent entraînant avec lui une pluie diluvienne qui frappa sans prévenir comme un mur d’eau. La tente n’offrait qu’un abri précaire. Je vis ces gens en chics toilettes de soirées qui couraient en cherchant un abri, se retrouvant entassé les uns contre les autres sous le toit du bar ou le refuge de la hacienda. Je plaignais les nouveaux mariés, leur réception était gâchée. Je tentai de les consoler en leur disant qu’un mariage pluvieux garantissait un mariage heureux.

 

Après quelques minutes, la direction de l’hôtel nous annonça que la réception continuerait à la discothèque. Les mariés et leur groupe d’honneur furent escortés sous des parapluies. Moi, je ne bougeai pas en levant les bras au ciel et souhaitant bienvenu à cette tempête tropicale. Je me douchais sous la pluie chaude, je n’avais jamais vu autant d’eau tomber en si peu de temps. La foudre tomba alors très proche dans le fracas d’une explosion, tout juste interceptée par le paratonnerre de la chapelle. La panique s’installa chez certaine gens qui s’empressèrent de trouver un abri intérieur.  Je me retrouvais seul.J’enfonçai ma tête dans mes épaule et couru dans la tempête battante en tentant de rejoindre le plus proche abri.  Soudain je fus enveloppé par une lumière aveuglante rosée, un tintamarre éclatant et retentissant. Quelques minutes passèrent avant que je n’ose ouvrir les yeux, incrédule de me trouver indemne. Le vent et la pluie furieuse me fouettaient toujours mais j’étais vivant! L’éclair devait avoir frappé un poteau à seulement quelques mètres de distance. L’orage passa et ses éclairs étaient désormais lointains déchirant par sa lumière serpentine le ciel et la mer au large.

 

 

Je me trouvai à la discothèque complètement trempé et dégoulinant. Je trouvai Angela, qui n’était pas seule, mais en bonne compagnie. Sa nouvelle amie, Julia, était avec elle. Je ne fus donc pas mal à l’aise de m’excuser auprès d’elle et de la quitter ; en fait je me rendit compte que cette opportunité de passer le reste de la soirée avec Julia devait l’arranger.Je remerciai les mariés encore un fois et les quittai, pressé de me débarrasser de mes vêtement mouillés. De retour à ma chambre, je repensai à Ishell, aux Mayas, à Rafaele, au disque et au mystérieux associé d’Ishell que j’avais revu pour la deuxième fois. Au son de la pluie qui tambourinait toujours sur mon balcon, je me laissai choir et m’endormit aussitôt.

 

 

Gopher Snake par rdodson76
Sonoran Gopher Snake south Arizona par TomSpinker


 

mayan village par GBrosseau

Chato the Monkey par aar0n5150
Making Tortillas par *snapdragon

 

Par A. Saint
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