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Samedi 27 juin 2009 6 27 /06 /2009 21:49

Nous avions ensuite une pause alors que l'heure du midi approchait. Un pique-nique copieux préparé par l’hôtel nous fut livré depuis l’autobus par des bicyclettes. Il y avait un grand choix de boissons froides, sandwiches, crudités, fromages, salades, fruits et de desserts très appréciée dans la chaleur torride.  Profitant de ce répit, je profitai de l’occasion pour m’approcher de Rafaele alors qu’il était seul et se désaltérait. Je voulais lui poser une question qui me trottait dans la tête depuis un certain temps et qui était reliée à la pièce qui m'avait été léguée par Ishell :

- Nous n’avons vu aucune évidence de métal ou d’utilisation de métaux nul part. Est-ce que les mayas connaissaient bien la métallurgie?

Ma question le surpris quelque peu, il répondit:

- Les procédés avancés de la purification du métal ont été développés par les mayas mais curieusement les métaux n'étaient que peu utilisés. On n'a jamais trouvé par exemple ce que l’on considérerait des outils métalliques usuels dans nos fouilles archéologiques. Les métaux tels que l'or, l'argent et le cuivre étaient utilisés à des fins ornementales ou comme monnaie d'échange seulement, une pratique remontant aux cinquième siècle.

- Minute! coupa Ludovic qui s’était joint à nous. Comment sans outils de métal les Mayas ont pu construire les citées de pierre que nous avons vus?

Plusieurs du groupe, incluant Dominique et Rachel se joignirent à nos discussions tout aussi curieuses de la réponse à cette question. Je remarquai aussi Lilith Morris également attentive à tout ce qui se disait.

Rafaele nous expliqua:

- Les mayas utilisaient d'autres outils que le métal pour accomplir le travail tout simplement. Par exemple l'obsidienne par son utilisation et sa versatilité a été surnommée le métal des mayas. Les mayas d’ici avaient aussi d'autres pierres dures à leur disposition tels que le silex, la balsamite et bien entendu le bois qu'ils avaient en abondance.

 

Je connaissais bien l’obsidienne, cette roche vitreuse volcanique qui résultait du refroidissement rapide d'une lave riche en silice, mais cette dernière ne pouvait pas provenir de la région du Yucatan. J'en déduis donc que les mayas devaient aller chercher l'obsidienne à l’ouest au-delà du Yucatan, aux Hautes Terres mexicaines ou au Guatemala, les régions les plus proches qui abritaient des formations volcaniques.J’ajoutai:

- Je crois aussi que la région d'ici abrite une grande richesse géologique, les pierres calcaires et d’après ce que j’ai vu ici, les mayas savaient très bien les exploiter.

 

Rafaele apprécia de mon intervention et me regarda avec un respect renouvelé:

- Effectivement, les mayas savaient extraire la chaux plusieurs siècles avant notre ère en brûlant la pierre dans des fours spécialement construits à cette fin. La poudre de chaux ainsi obtenue était la matière première du béton, stuc et plâtre à la base de la maçonnerie de leur cités. Mais la chaux avait un grand prix; le bois nécessaire pour alimenter les fours causa la destruction des forêts environnantes entraînant l'appauvrissement des sols et la destruction de leur agriculture rurale. C'est une des raisons pour laquelle les mayas ont été contraints d'abandonner leurs cités.

Je songeai qu'il était ironique que la splendeur des cités Mayas les aient rendues ainsi stériles.

-Je comprend, argumenta mon ami français, mais comment pouvaient-ils travailler la pierre à une si grande échelle et avec autant de minutie avec des outils aussi primitifs?

J'entendis Rachel suggérer une intervention extraterrestre.

Sa répartir m'amusa car je connaissais déjà une partie de la réponse à sa question et elle n'impliquait aucun petit bonhomme vert.

Je montrai à Ludovic un bloc de pierre tout proche:

- Cette pierre calcaire est ordinairement appelée pierre à savon à cause de sa consistance molle et grasse. Elle a la particularité d’être tendre lorsque elle est enterrée et de durcir peu à peu au contact de l’air.

 

- Exactement! poursuivit Rafaele. Il était donc possible aux anciens mayas de creuser facilement de véritables tranchées dans cette pierre fraîchement déterrée avec de simples ciseaux de basaltes pour délimiter par exemple le pourtour d’une future stèle dans le sol. Les mayas décollaient ensuite la stèle en creusant horizontalement sous la pierre. Lorsque le bloc était dégagé, il était halé avec l’aide de cordage d’agave ou de lianes. On y glissait des rondins en dessous ce qui permettait de transporter la stèle depuis les carrières à son lieu d’utilisation. La pierre était alors travaillée grossièrement et polie au sable et à l’eau. Les stèles devaient toujours être sculptées sur les lieux de leur exhibition finale. Les artistes mayas utilisaient des ciseaux de basalte, des maillets de bois et petits marteaux cylindriques de pierres pour graver la stèle.

 

- Tout un travail! s'exclama Ludovic en donnant ses remerciements pour ces explications.

 

J'étais bien d'accord avec Ludovic. Un travail laborieux, mais faisable. Ceci élucidait en partie le mystère des techniques de construction maya mais en rien ne diminuait mon admiration. Au contraire, ces explications augmentaient mon appréciation de leur travail et de leur génie.

 

J’aidai Rafaele a rempaqueter les restes du pique-nique qui furent réexpédié à l’autobus.Rafaele nous avertit que nous avions encore dix kilomètres à parcourir en après-midi et invita tout ceux qui le désiraient à louer une bicyclette ou à prendre les services d’un taxi qui attendaient tout près. Mes amis français et moi-même déclinâmes cette option.

Nous avons donc continué à pied dans la jungle jusqu’au  groupe de ruines de Macanxoc. Nous pouvions y contempler une collection de stèles entourées par de nombreux monticules en attente d’être excavés ainsi que de bâtiments couverts par les arbres et la végétation tropicale. Les stèles étaient superbes même si elles avaient été abîmées et usées par le temps. Leurs gravures étaient peut-être à peine évidentes et parfois effacées, mais les scènes qui y étaient sculptées étaient pittoresques.  Il y avait le portrait d’un guerrier de stature colossale, musclé et inspirant une grande force physique. Son torse était montré de face et il portait ce qui me semblait être une grande arme de guerre en forme de croix.  Une autre stèle à sa gauche représentait un maya au couvre chef stylisé habillé d’une robe tunique somptueuse et élaborée. Il suggérait une grande sophistication, propre au rang de noble ou grand prêtre. Je remarquai que alors le guerrier regardait vers la gauche alors que l’autre regardait dans la direction opposée à droite, est-ce que cela pouvait avoir une signification? Les visages montrés de profil étaient typiquement mayas. Je pensai que les nez mayas que j’avais vus jusqu’ici illustrés sur les gravures et les dessins étaient des exagérations tout comme la musculature développée proéminente de leur corps. C’est alors que je remarquai, comme pour la première fois, les mêmes traits et silhouette chez Rafaele. Par son profil racé, souligné par un long nez droit, ses cheveux ébène, ses yeux profonds et ses lèvres charnues, il était l’incarnation même d’un maya. J’avais devant moi un vrai maya vivant avec la même extraordinaire silhouette que sur ces stèles. Je fixai Rafaele pendant quelques minutes avant de réaliser que je pourrais ainsi le rendre mal à l’aise. Je me forçai de regarder ailleurs en retournant mon attention de nouveau aux stèles qui m'émerveillait par leurs détails et leur réalisme résultant du respect des artistes des proportions du corps.

 

Après un autre parcours d'environ d’un kilomètres dans la forêt tropicale, nous étions en vue d’un autre périmètre de ruines dominé par la grande pyramide de Nonoch Mul.Rafaele en profita pour nous nous donner une brève leçon sur le langage maya en nous expliquant que le nom « Noh » signifiait « grand » et « och » était un terme superlatif renforçant le mot Noh,  équivalant en français aux mots  « très » ou « le plus ». « Nohoch » se traduisait donc « la très grande » ou « la plus grande ».  « Mul » ou « Muul » signifiait montagne ou colline, plus spécifiquement pour décrire une structure artificielle comme une pyramide. Le nom  Nonoch Mul signifiait donc "la très grande pyramide" ou « la plus grande pyramide » ce qui était bien vrai puisque la pyramide de Nohoch Mul faisait 42 mètres de hauteur et 120 marches ce qui faisait d’elle la plus grande structure de Cobá et du Yucatan surpassant même la pyramide del Castillo de Chichen Itza. Rafaele nous raconta que ce lieu avait été le témoin du mariage historique d’une reine maya et d’un haut prêtre de la cité de Tikal. Il invita par la suite tous les braves à escalader la pyramide pour y admirer la vue la plus spectaculaire de Cobá et de la jungle environnante. Je remarquai que la surface des pas de marche était effrité et que de nombreuses pierres de cette pyramide étaient en morceaux. Cette pyramide, ravagée par le temps, était définitivement en moins bon état que la pyramide précédente et pour de bonne raison, Rafaele nous expliqua que les archéologues du début du siècle dynamitaient les ruines mayas comme celles-ci à la recherche de tombeaux de rois et de richesse. Rafaele nous invita à faire l’ascension de la pyramide. Je retrouvai Ludovic qui me défia à la monter et à arriver avant lui au sommet. J’entamai l'escalade à la course mais Ludovic, tenant un câble, montait comme un enragé sans aucune difficulté. Je n'étais pas aussi téméraire; je trouvais la montée traîtresse en en raison de sa façade raide et de ses paliers de pierre usées et brisés par les siècles. Les pas d'escaliers étaient hauts et distancés comme si ils avaient été conçus pour des géants. J’utilisais souvent mes mains pour m’aider dans mon ascension. Ludovic atteignit le premier le sommet où la pyramide supportait un cabanon. Nous tendîmes ensuite tout deux la main pour accueillir Dominique et l'aider à gravir les dernières marches. Je complimentai Ludovic sur son escalade; il admit que je n’avais eu aucune chance de remporter son défi car l’escalade était une passion pour lui; il était champion médaillé depuis son adolescence. Lilith Morris arriva à son tour; je lui tendis la main. Je remarquai qu’elle ne semblait nullement incommodée comme si elle avait fait cela toute sa vie. Elle ne cacha pas sa fierté. 

Rafaele nous joignit peu de temps après au sommet.

 

Notre guide attira notre attention sur deux découpages de pierres dans habitacle du temple. Il nous montra également l'image du « Dieu Descendant » mise à l'honneur de l'entrée du temple au dessus de la porte. Il souligna que ce même dieu était retrouvé et représenté de la même façon aux ruines de Tulum.  Je regardai la sculpture dans la pierre qui montrait un homme ailé qui me rappelait un ange qui descendait du ciel. Cette figure était interprété comme étant celle du "dieu des abeilles". Rafaele avait mentionné qu’il y avait encore plusieurs apiculteurs dans la région ce qui démontrait l'importance de cette culture traditionnelle pour les mayas.

 

Aux abords du temple, je contemplai le panorama et je devais donner raison à Rafaele; la vue était absolument incomparable. L'horizon était vert à perte de vue, jusqu'au point de voir la forêt empiéter sur le ciel lointain.  Je percevais à travers de la jungle environnante la réflexion tamisée du soleil provenant des lacs miroitants tout prêt. Seul le sommet du temple de l’Église perçait le tapis ouateux d’arbres à l’ouest. Il m’était facile de comprendre que les mayas avaient construits de telles pyramides pour se rapprocher des cieux et de leurs dieux. Dominique commenta que cette pyramide n’était peut-être pas aussi bien restaurée que ne l’était Chichén Itza mais qu’en rien elle n’était moins spectaculaire. L’ensemble du ciel à l’ouest, vers les terres au-delà du lac me préoccupa. Il était gris et terne, on aurait dit un horizon de plomb. Des nuages, des cumulo-nimbus avec leur profil caractéristique se formaient et la hauteur de leur colonne promettait un violent orage plus tard. La plateforme était top petite avec tous ces gens tout autour. Il y avait cette Lilith qui ne me lâchait pas d'une semelle. C'était dommage pour elle, mais l'intérêt n'était pas réciproque; une autre femme monopolisait toute ms pensées et mon coeur. Je décidai qu'il était le temps de redescendre.

 

Tout en regardant vers le bas, je craignais de perdre l’équilibre. La descente était moins évidente que la montée, la façade étant abrupte, longue et dangereuse. Il ne faillait vraiment pas être prône aux vertiges et je devais admettre que j’appréhendais moi-même de descendre. C’est alors que j’entendis un jeune garçon pleurnicher. Il ne faisait pas parti de notre groupe et il ne semblait pas être avec personne ici au sommet. Il était figé par la peur sur le bord de la pyramide. Il sanglotait :

- ¡No desciendo! ¡Tengo miedo de morir! (Je ne descends pas! J'ai peur de mourir!).

Je devinais que le garçon, intrépide comme plusieurs de son âge, avait monté la pyramide mais avait sous-estimé l’effort que prenait la descente. Je m’approchai de lui.

- ¡Hola! ¿Dónde son tus padres? (Allo! Où sont tes parents?)

Il me répondit :

- ¡En parte baja!

Ce qui voulais dire en bas. Je regardai et pouvais apercevoir à la base de la pyramide, deux adultes inquiets gesticulant et tentant d’encourager le jeune homme. Ils me semblaient minuscules d’où je me tenais. Je vis Rafaele s’approcher mais il gardait ses distances en m’observant et me laissant faire.

Je dis au jeune garçon :

- Sea mí, desciendo. Estaré justo detrás ti. ¡Descienda con mi!

J’espérais que je disais correctement  « Suis moi, je descends. Je serai tout juste derrière toi. Descends avec moi! ». Mon espagnol était loin, il datait de mes cours de langues secondes au CEGEP.

Le jeune hésitait. Je tentai de l’encourager :

- ¡No tienen miedo! ¡Soy justo detrás ti! ¡No puede caer! Voy a retenerte. Hasta puede basarse en mí. (N’ai pas peur! Je suis juste derrière toi! Tu ne peux pas tomber! Je vais te retenir. Tu peux même t’appuyer sur moi.)

Je m’assis en enfourchant le câble de descente, les pieds sur la première marche.

Le jeune homme était toujours dominé par ses craintes.

¿Y si ti liberó y tumba? (Et si toi tu lâche et tombe?)

Je lui affirmai :

- ¡No puedo liberarme, no liberaré: es ti que repartos el valor de descenderme!

 (Je ne peux pas lâcher, je ne lâcherai pas : c'est toi qui me donnes le courage de descendre!)

Il s’installa enfin tout juste devant moi. Je lui donnai mes derniers conseils :

- No observa detrás ti, observa exactamente ante ti, hacia arriba. Soy detrás ti, no esté impaciente. Hay suavemente, una marcha a la vez.

Je voulais lui dire de ne pas regarder derrière lui, de regarder juste devant vers le haut et que je restais derrière lui, de ne pas être inquiet. Que nous y allions doucement, une marche à la fois en gardant le câble dans nos mains.  

Nous descendîmes ainsi avec soin la pyramide et atteignîmes sans problèmes les dernières marches à quelques mètres du sol. Je lui dis :

- ¡Ve cómo es muy valiente! (Tu vois comment tu es très brave!).

Je garçon me m’affirma alors comme si de rien n’était :

- ¡Soy correcto. Voy bien ahora. Muchas gracias Señor! (Je suis correct. Je vais bien maintenant. Merci beaucoup Monsieur!).

Ses parents l’accueillirent aussitôt et le prirent dans leur bras. Ils n’avaient pas besoin de dire merci. Tout était dans leur regard.

 

Je retournai auprès de Rachel et son mari qui avaient choisi de ne pas monter et de rester au sol. Ils me félicitèrent pour ce que j’avais fait. C’est alors que je reconnu un homme à la camisole et aux cheveux noirs : il était l’homme que j’avais entrevu au Sweetwater. Il  était à la limite du terrain boisé par la jungle. J’étais absolument certain qu’il s’agissait de lui. Il devait sans doute m'épier, me suivre tel que l'avait supposé l'inspecteur Callas. Je voulais savoir qui il était, si il savait où était Ishell. Il me fallait le confronter. Il pouvait me fournir de l’information. Il se défila en réalisant que je l’avais aperçu. Je couru après lui, il détala avec la vitesse d’un guépard. Il s'engagea dans le premier petit sentier s'ouvrant à lui vers l'est où je le poursuivis. Je n’étais qu’à une seconde de le rattraper lorsque je le perdis soudainement de vue en arrivant aux abords du lac Macanxoc. Je ne trouvai aucune trace de lui sur la berge du lac désert; il n'y avait aucune empreinte récente sur le sable de sa plage. Je parcouru les sentiers avoisinants en le recherchant mais en vain. Il avait été furtif comme une ombre, il s’était simplement volatilisé.  Je me laissé choir à genou un moment tentant de récupérer mes reprendre mon souffle et mes esprits.

C’est alors que je vis le serpent se dresser et hissant contre moi. J’avais faillit écraser le reptile sans y porter aucune attention et il n’en était évidemment pas content. Il était vert gris avec de grandes taches noires en forme de carreau sur ses écailles. Il avait une tête triangulaire et légèrement aplatie et sa queue vibrait et fouettait le sol et l’air avec rage. Son sifflement était particulièrement fort et strident. Je ne pouvais reculer, j’avais le dos acculé à un arbre et juste tenter de me relever irritait le reptile encore plus. Il brandissait alors sa tête vers moi de façon menaçante, sa gueule prête à frapper. J’étais certain que j’avais un crotale devant moi.

- Redressez vous doucement et ignorez-le!

La voix de Rafaele se voulait rassurante. J’obéis et m’esquivai doucement. Le serpent était furieux mais il finit par abandonner et reprit son chemin en ondulant.

- Ça va? me demanda Rafaele visiblement inquiet.

Je lui signala que oui avec ma tête.

- Ce n’était qu’un « gopher snake » ou un  « brown tree snake » d'après ce que j'ai vu,  inoffensif, comme la couleuvre. Il chasse les œufs, rongeurs et les bêtes beaucoup plus petites que vous.

Alors que je me remettais de ma frayeur,  il m’accrocha le bras :

- Qu’est ce qui s’est passé? Vous pensiez que mes consignes de sécurité ne s’appliquaient pas à vous? 

Voulant minimiser l’incident je répondit :

- Ne vous inquiétez pas pour moi. Je suis habitué à la nature sauvage. J’ai fait les recoins les plus reculés et traîtres du Canada...

-  Mais pas la jungle de la péninsule du Yucatan! répliqua durement Rafaele. Quelqu'un de raisonnable et d'expérience ne serait justement pas en train de courir comme un fou à travers d’une forêt tropicale dont il ne connaît absolument rien! Ce serpent aurait pu être venimeux!!!

Son ton était plein de courroux et de reproches.

Il ajouta sur un ton sec et impératif :

- Je vous pensais mieux que cela!  J’ai délaissé les autres pour vous retrouver. Venez, ils nous attendent!

Je restai silencieux, honteux. Savoir que j’avais ainsi déçu Rafaele me peinait amèrement.J'aurais voulu lui expliquer mais j'étais incapable de trouver les mots justes ou de formuler une excuse. Je m’arrêtai subitement.

- Quoi encore? demanda Rafaele exaspéré.

Des marques avaient été fraîchement incisées dans un arbre, un fromager, à l’endroit exact où mon inconnu avait disparu. Il s’agissait d’un carré dont le tracé des côtés dépassait légèrement les angles droits en formant un « X »  à chacune de ses pointes. Une croix était centrée dans le carré dont chacune des branches étaient bissectrices aux angles. Ce symbole me rappelait immanquablement le motif de la surface du disque de Ishell. J’avais vu aussi le symbole de la croix représenté de façon proéminente sur le staff de la stèle du Roi de la place de l’église.

Rafaele avait vu aussi ce symbole et resta figé sur place.

- Vous connaissez ce symbole? lui demandais-je.

- Vous avez fait cela? me reprocha t’il sèchement.

- Non, je crois que l’homme que  je poursuivais a fait cela.

- Quel homme???

- Cela veux dire quelque chose? demandais-je sans répondre.

Rafaele était perplexe.

- Oui et non, difficile à dire sans connaître le contexte.

Je ne le croyais pas.

- N’est-ce pas un symbole maya aussi que vous connaîtriez?  insistai-je. J’ai vraiment besoin de savoir, c’est très important pour moi. Je vous promets de tout vous expliquer après.

Rafaele me regarda comme si il dévisageait un dément. Il hocha la tête.

- Ces explications sont mieux d’être bonnes! Le carré pourrait symboliser la terre dont les quatre coins représentent les quatre points cardinaux. Chacun des pointes pourraient aussi représenter les dieux gardiens connus sous les noms de baccabs ou pawatuns. Ils étaient les fils d’Itzamna et d’Ixchel dont je vous ai parlé. Ces dieux supportaient le ciel et la terre. Chacun d'entre eux était assigné à un des quatre points cardinaux et au centre de la terre. La croix centrale représenterait le Wakahchan, c'est-à-dire le Ciel relevé, l’Arbre de vie, le pilier de la voûte céleste au centre du monde. Mais ce que ce symbole fait ici je n’en ai aucune idée.

J’avais l’impression très nette que ce symbole signifiait pour lui quelque chose de plus intime et personnel pour lui.

Je lui dis simplement :

- C’est un message qui m’était adressé !  

Rafaele hocha la tête; il devait me penser fou.

Je retirai le disque de métal de ma poche.  C’était un acte de foi. Si quelqu’un pouvais m’aider c’était bien ce Rafaele. Il pourrait m’aider à élucider le mystère de ce disque; il semblait tout connaître des mayas. Il était après tout lui-même maya.

Il regarda la pièce et me demanda :

-Qu’est-ce que c’est ?

Il regarda rapidement le disque.

- Dites-moi qu’il s’agit d’une supercherie ! Où vous êtes procuré cela ? Une boutique de souvenirs ? questionna t’il impatiemment. Si vous avez payé quoi que ce soit pour cela vous vous êtes fait escroqué !

Puis en examinant les symboles sur le disque avec attention, il y vit quelque chose qui le bouleversa. C’est alors qu’il m’accusa avec une colère âpre qui me surprit:

-Si vous avez trouvé cela sur un de nos sites archéologiques et aviez pensé que cela ferait un beau souvenir….

-Non pas du tout lui assurai-je, tout à fait outré. Je garde cet item pour une femme, une femme qui me l’a confié et qui depuis a disparue. J’ai raison de croire que sa vie peut dépendre de ce disque. Il s’agit de cette Ishell que je vous ai mentionné auparavant.Rafaele ne m’écoutait à moitié alors qu’il examinait cet item de plus prêt. Il avait un drôle d’expression. Je m’adressai de nouveau à lui :

- Dites-moi ce dont vous en pensez?

Il me regarda intensément pendant un long moment puis me répondit en relâchant un peu de sa méfiance:

- Le style des gravures sur ce disque sont très anciens, du début de l’époque classique ou peut-être même avant, je dirais. Une chose est certaine, le symbole entaillé dans l’arbre et les symboles de ce disque son bel et bien inter reliés. Il y a justement ici une représentation de l’arbre de vie et du nom des quatre baccabs gravés sur le disque. Ces baccabs correspondent aux quatre grands glyphes illustrés dans chacun des coins de cette gravure. Le cinquième symbole central semble représenter "Thup", le cinquième des baccabs. Il y a aussi plusieurs glyphes que je ne peux interpréter sans une loupe et un peu de recherche.

Tout en pointant le centre du disque je lui demandai :

- Cette croix représente un arbre ? 

Rafaele me confirma que oui. Je lui repris le disque à sa plus grande déception. J’ai presque eu à lui arracher des mains. Je le rassurai :

- J’ai quelque chose d’autre à te montrer.

Je retirai le couvercle d’un de mes pots de pommade et le remplit d’eau. Je plaçai le disque à sa surface. Il oscilla un peu et se plaça selon les quatre points cardinaux.

Le jeune maya devint hystérique et surexcité.

- Si ce disque est vrai, il s’agit d’une découverte archéologique majeure.

- Est-ce que cela à beaucoup de valeur ?

La question embêta et déçu Rafaele.

- Pour un collectionneur peut-être. Mais il faut que tu comprennes qu’il ne s’agit pas d’une découverte originale. Il a déjà été découvert que les Olmèques, un peuple précurseur aux mayas, connaissait et utilisaient déjà la boussole. Il a été trouvé à San Lorenzo à Veracruz en 1975, un objet Olmèque façonné d'hématite qui était parfaitement opérationnel comme boussole et qui était équipé d’une marque de visée. Les analyses de radiocarbones montrent que cet objet datait de plus de mille ans avant Jésus Christ.  Il a été suggéré que les Olmèques utilisait la boussole pour déterminer l’orientation de leur monument et sépultures et, j’en suis personnellement convaincu, pour la navigation. La magnétite était comme le jade, un matériel prisé par les élites Olmèques.

 

Ce qui venait de me dire me surpris énormément. Les boussoles utilisées ici en Amérique avant même les chinois?

Je continuai:

- Je ne dis pas cela pour mon profit à moi. Est-ce que ce disque justifierait que l’on commette des crimes, de graves crimes pour le posséder ?

- Vous devez comprendre que la pauvreté règne par ici et quelques dollars peuvent être une fortune pour certains...

- Non je ne parle pas de gens d’ici. Laissez moi vous expliquer.

 

Je lui racontai tout, depuis l’incident de Playa del Carmen et de la façon dont je me retrouvai en possession de ce disque. Je lui parlai des révélations de la police sur les gens qui m’avaient attaqués et sur la visite d’Ishell au musée de Peabody en dehors de ses heures normales. Je lui mentionnai l’effraction dans ma chambre ainsi que cet individu que j’avais aperçu par deux fois maintenant.

 

Rafaele m’écouta avec le plus grand intérêt, absolument captivé.

 

- Oui, je comprends mieux maintenant. Bien de gens semblent désirer ce disque! commenta Rafaele. Mais pourquoi m’en parler à moi et non à la police ?

 

Je lui répondis spontanément :

- Parce que tu es la personne, en fait la seule personne experte sur ce sujet que je connaisse. Parce je crois aussi que le temps presse et que je peux te faire confiance. Je sens que tu es quelqu’un d’intègre et que je ne peux rien faire d’autre par moi-même. De plus, si il s’agit bien d’un item maya ancien, il appartient de droit aux descendants des mayas comme toi.

 

Mon commentaire le toucha. Il me demanda:

- Si vous le permettez je vais conserver ce disque pour l’étudier. Je pourrai vous en dire plus avec certitude et vérifier son authenticité. Demain soir, je vous retrouve dans votre chambre ?

 

- Cela serait bien correct avec moi. Mais je dois t’avertir que de prendre ce disque pourrais te mettre en grand danger.

 

- Ne craint rien pour moi. Il faut retourner maintenant!

 

Alors que le sentier bifurquait,  je lui suggérai de retourner au groupe alors que je me rendrais au stationnement et les attendrais. Je ne voulais pas que l’on nous voie ensemble question de ne pas prendre de risque inutile avec ce mystérieux homme dans les environs.Je ne voulais surtout pas que cet inconnu devine que je n'avais plus le disque et qu'il prenne Rafaele comme cible.

 

Un grondement lointain roula dans l’air.

 

- Tu n’auras pas à nous attendre trop longtemps! sourit Rafaele qui avait aussi entendu le tonnerre lointain.

 

 

Par A. Saint
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Samedi 27 juin 2009 6 27 /06 /2009 21:40

  8 Chicchan 3 Yax

 

Le bruit d’un tapement sur ma porte me réveilla brusquement :

-Toc! Toc!  Nous partons dans 10 minutes pour Cobá, êtes vous prêt Alex?

Après quelques secondes, je reconnus enfin la voix de Ludovic. Je bondis hors de mon lit. La lumière du soleil envahissait ma chambre. J’étais désorienté, je regardai mon réveil qui affichait sept heures cinquante-deux. Comment avais-je pu dormir aussi tard?

- Hé Bé! Il y a quelqu’un? La voix s’impatientait.

Je répondis :

- Oui, Ludovic. J’arrive, donnez-moi cinq minutes!

- C’est correct, on se retrouve tous à l'hacienda, à tantôt!

- C’est ça. Dans quelques minutes! Merci!

Je pris une douche éclair, me lavai les dents et m’habillai. Je m'empressai de ramasser trois bouteilles d’eau dans le frigo, un écran solaire, mes pommades et récupérai le disque d’Ishell. Je filai ensuite au pas de course vers le bâtiment principal qui était tout juste à côté. J’arrivai juste à temps; ils s’apprêtaient à partir sans moi. Je n'étais pas le dernier retardataire, une femme me suivait et dès qu'elle pénétra, la porte se referma derrière elle et l’autobus pris aussitôt son départ.

 

Dominique m’accueillit m’embrassant sur les deux joues.

- Merci d’être venu! Et voilà pour toi!

Elle me donna une grande tasse de café. Son arôme à lui seul était le meilleur des bonjours que j'aurais pu souhaiter.

- Noir! Comme tu l'aimes! Ça va bien? demanda-t-elle.

 Je lui confirmai que oui.

- Puisque nous ne t’avons pas vu à l’hacienda pour déjeuner, nous avons pensé d’amener le déjeuner à toi! annonça Rachel en me tendant un sac de papier brun.

Je l’ouvris. Il contenait des muffins, croissants et des fruits.  J’embrassai Rachel à son tour.

- Tout cela est beaucoup trop, commentais-je. Il y en a au moins pour deux!

- Je ne crois pas. Nous t'avons déjà vu manger! railla Ludovic.

- Tu as changé de chambre? demanda Dominique. Il a été nécessaire de demander l'aide de la réception pour te retrouver.

- Des ennuis avec la porte de mon ancienne chambre, expliquai-je entre deux bouchées.

- Tu as retrouvée ta dame? questionna Rachel.

- Non, répondis-je tristement.

J'ajoutai tout bas que je ne savais plus où aller ou quoi faire.

 

Je songeai à tout ce que Callas et Morales m'avait révélé et une question me revint à l'esprit que je voulais poser à mes amis français depuis hier soir.

- Vous êtes allés à Chichen Itza déjà, au puit sacré?

- Oui bien sûr confirma Rachel. De l'ensemble des sites que nous avons vus, Chichen Itza était le plus développé pour les touristes ce qui en ternit sa magie quelque peu. Mais les ruines y sont fantastiques.

- Le  nom de Thompson, Edward Thompson vous dis quelque chose?

Rachel réfléchit un instant.

- Je ne suis pas certaine, mais je crois que son nom nous a été mentionné là-bas. Je pense qu'il est celui qui a découvert les ruines de Chichen Itza. Attendez! Je connais quelqu'un qui peut vous répondre plus précisément!

Elle se leva et partit vers le derrière de l’autobus.

Dominique fut éberluée à la vue de Rachel qui revenait escortée par ce beau jeune homme au short orange et au gilet blanc, le même que j’avais vu hier au gymnase.

- Rachel profiterait de la moindre excuse pour le voir! bougonna Dominique.

Rachel reprit son siège en invitant Rafaele à s'asseoir près de moi. Il me dévisagea tout comme à notre première rencontre d’un regard curieux.

- Alexandre, laisse moi te présenter notre guide, Rafaele.

Je lui serrai la main et remarquai sa poigne forte et franche.

- Rafaele était notre guide lors de nos visites des ruines mayas de Chichen Îtza et de Tulum où il nous a enseigné des tonnes de trucs sur son peuple, expliqua Rachel.

- Oui, Rafaele est un expert sur l'histoire des mayas, compléta  Dominique. D'ailleurs il est en train d'écrire une dissertation universitaire sur le sujet, un doctorat?

Rafaele lui sourit et répondit affirmativement.

Rachel s'adressa au jeune maya:

- S’il vous plaît, notre ami Alexandre avait une question concernant le monsieur Thompson que vous avez mentionné je crois lors de notre visite de Chichen Itza.

- Qu'aimeriez vous savoir, Monsieur? me demanda t’il aimablement.

- Qui était ce Edward Thompson? Qu'est-ce qu'il a fait exactement? Et pas de "monsieur" s'il vous plaît avec moi; juste Alex.

 

- D’accord, comme tu le veux Alex!

Rafaele me répondit avec une éloquence surprenante; il maîtrisait parfaitement l’anglais et parlais un excellent français.  J’appris aussi qu’il parlait cinq autres langues incluant l’espagnol et le maya du Yucatan et de Petén.

 

- Edward Herbert Thompson est considéré un des grands explorateurs du Yucatan du début du vingtième siècle. À partir de 1847 et pour près de 60 ans, la guerre des castes faisait rage au Yucatan rendant tout voyage sur ces terres dangereux et empêchant l’accès aux ruines mayas. Pendant cette guerre raciale, aucun blanc ne pouvait rentrer et encore moins sortir du Yucatan vivant! Cela n'arrêta pas Thompson qui réussit à gagner la confiance de mayas en apprenant leur langage et en adoptant leur mode de vie. Avec l'accalmie de la guerre et l'aide de ses guides mayas, Thompson inspiré par les écrits originaux des explorateurs John Lloyd Stephens et Frederick Catherwood auteurs et artistes du livre « Incidents of travel in Yucatan », fit la visite de nombreuses ruines mayas.  À cette époque, bien qu’il n’ait aucune formation en anthropologie, Thompson écrit un article dont le titre était "L’Atlantide n’est pas un mythe". Cet article n'avait aucune base scientifique; il relatait les croyances de Thompson sur la correspondance de la culture Maya à celle du continent légendaire de Socrate. Cet article attira l’attention du Vice président de « American Antiquarian Society » qui consacra Thompson investigateur scientifique des ruines de la péninsule du Yucatan ce qui l'amena en 1895, au poste de Consul américain au Yucatan.

Il récita cette biographie de Thompson comme un leçon bien apprise tout en dégageant une certaine intimité. Je n’étais d’ailleurs pas le seul à l’écouter. Tous mes amis français étaient également fascinés par ses propos qu’il continua :

- Thompson est notamment célèbre pour l’acquisition d’un terrain de cent miles carrés incluant les ruines de Chichen Itza pour la modique somme de soixante-quinze dollars américain en 1890. Il était fasciné par les récits des anciens des prêtres espagnols racontant que traditionnellement les mayas effectuaient des sacrifices de bijoux et d’or et même des sacrifices humains au cenote sacré de Chichen Itza.  Il partit donc à la chasse au trésor en fouillant le cenote sacré. Il y découvrit en 1904 des vases, ornements, outils, des figurines à l’effigie des dieux maya, des disques d’or, des pierres de jades et des restes de squelettes humains. Ses découvertes furent teintées par la controverse lorsque qu'il fut révélé que Thompson envoyait secrètement la majorité des artefacts qu’il avait excavés aux Etats-Unis en utilisant le courrier diplomatique comme couverture. De nos jours cela reste un sujet sensible car même si une partie des artefacts ont été restitués au Mexique, la majeure partie des découvertes de Thompson est restée aux Etats-Unis.

Sur ce dernier point le ton de Rafaele devint amer.

Je pensai alors qu'il ne s'agissait pas d'archéologie mais du pillage de ressources historiques tout à fait uniques. Je comprenais mieux l'attitude de Morales hier soir et la motivation du Mexique voulant jalousement conserver son patrimoine.

Je lui demandai :

- Ces items, ne seraient-ils pas conservés en partie au musée Peabody de Boston?

- Oui confirma Rafaele intrigué. Comment le savez vous?

- Une amie à moi a visité le musée récemment et me l’avait mentionnée, mais je n’en connaissais pas le contexte avant que vous m’en ayez parlé, expliquai-je en disant essentiellement la vérité.

-J’ai eu moi-même le privilège de consulter une partie de leur collections sur l’Amérique Centrale lorsque j’ai fait une présentation sur le réseau maritime des mayas Itzas Chontals à l’université de Havard. Elle est très impressionnante en effet!

 

Je réalisai à ce moment que je détenais enfin une corrélation.  J'avais sérieusement considéré jusque là de terminer mon séjour au Yucatan et d'avorter mes vacances à la suite des derniers incidents. Mais plus maintenant, j'avais un début de piste que je suivrais jusqu'au bout. Je trouvais l'alternative d'abandonner et de vivre avec des regrets pire que la  toile d'intrigues et de menaces qui était entremêlée à Ishell et à toute cette affaire. Je devais aller à Chichen Itza. J'étais certain qu'Ishell y était allé et qu'elle pouvait encore s'y trouver.

 

-Votre amie s'intéresse à l’archéologie?

La question de Rafaele m'interrompit dans mes  ruminations. Sans trop y penser, je répondis:

- Oui, Ishell semble très impliquée, d'après ce que je sais, dans le domaine des artefacts anciens.

- Ixchel? Il s’agit d’un beau nom commenta Rafaele. C’est le nom de la dame de l'arc-en-ciel, la grande déesse de la lune et de la terre et de la mer pour les mayas. Vous le saviez?

 

Entendre ainsi le nom de Ishell monopolisa instantanément toute mon attention.

- Je savais bien que j'avais déjà entendu ce nom et qu'il était maya! s'exclama Rachel.

- Elle était aussi la déesse patronne des tisseuses et des femmes enceintes expliquaRafaele. Il y a de nombreuses institutions, organisations de la région qui emprunte son nom. Pour une femme maya du Yucatan, ce nom est en quelque sorte analogue au prénom de Marie pour les chrétiens.

 

Ishell était donc le nom d'une déesse maya. Effectivement je comprenais mieux ce qu’elle signifiait en se présentant comme une fille de Ixchel. Une autre chose nouvelle que j’apprenais.

En réalisant mon grand intérêt, Rafaele continua:

- Cela me rappelle une légende nous confia Rafaele. Elle raconte que Ixchel avait pris comme amant le dieu soleil mais que son grand-père, un des dieux créateurs, la tua avec sa foudre dans un élan de rage tellement qu'il désapprouvait de leur relation. 

-Il me fait penser à ton père en caractère celui-là!

Ludovic interrompit sa blague de façon impromptue. Son visage se crispa subitement et contorsionna dans une grimace de douleur. Tout en rétractant sa jambe, j’entendis Dominique maugréer:

-Vraiment n'importe quoi!

Je vis alors le pauvre Ludovic se frotter un pied meurtri alors que Dominique le regardait avec agacement avant de retourner son attention vers Rafaele qui poursuivait son récit.

- Étant déesse et immortelle, Ixchel reprit vie et se réveilla cent quatre-vingt-trois jours plus tard pour accompagner le soleil dans son palais céleste. Malheureusement le soleil devint jaloux et possessif à son égard; il l'accusa même d'entretenir une relation avec son frère l'étoile du matin. Le soleil la chassa du ciel. Ixchel trouva refuge sur terre à l'île de Cozumel qui devint ainsi l'île sacrée dédiée à son adoration. Le dieu soleil descendit du ciel pour s'excuser et persuader Ixchel de revenir avec lui. Mais peu de temps après son retour, le soleil redevint vite jaloux. Exaspérée par le comportement du soleil, Ixchel l'abandonna dans la nuit. Depuis, elle se cache et essaye de demeurer invisible à l'astre du jour lorsque ce dernier est dans le ciel. Depuis son palais nocturne, Ixchel assiste et prend soin des femmes enceintes. Selon certains, les éclipses solaires surviennent lorsque le soleil retrouve la déesse lunaire dans le ciel et qu'ils se disputent.

 

La référence de Rafaele me remémora les paroles d'Ishell; n'avait-elle pas dit qu'elle venait de Cozumel? Dire que j’étais à cette île hier et que je n’avais rien vu de tout cela! Je m’étais trop pressé là-bas. Je m’en voulais d’avoir manqué cela.

Une autre question me vint à l’esprit, par rapport à la photo que l’on m’avait montré hier :

 

-  Vous savez ce qu’est le « dieu D »? demandais-je.

Rafaele me regarda un moment, la nature de mes questions ou mon grand intérêt semblait le surprendre. Il me répondit gracieusement :

 

- "D" comme docteur! Le grand guérisseur!

Devant mon incompréhension, il expliqua:

- Un truc mnémotechnique! Les archéologues avaient anciennement que peu d’information sur la mythologie des mayas qui possédaient une multitude de dieux et qui se compliquait par le fait qu’il est très commun de voir le même dieu représenté sous plusieurs et différents aspects.  Les représentation et glyphes divins qui étaient trouvés lors des recherches étaient donc identifiés par une lettre à défaut de connaître avec certitude le nom propre du dieu représenté. La lettre A est associé avec l’incarnation du dieu de la mort, le B avec le dieu de la pluie Chaac. La lettre D désigne le dieu Itzamna, le dieu fondateur de la culture Maya et le patron des dieux des anciens Mayas. Itzamna était un dieu bon, le premier shaman, un grand guérisseur et magicien, celui qui apprit à l'homme la culture du maïs et du cacao, l'écriture, les calendriers, la médecine et les sciences. La ville d'Izamal lui était sacrée. La déesse Ixchel, la déesse O,  était la femme d’Itzamna, vénérée et en même temps crainte par les anciens mayas. Elle était perçue en général comme une déesse bénéfique, bien qu'elle présentait deux aspects, tout comme la déesse babylonienne/sumérienne Ishtar. Par exemple elle aidait les femmes à mettre au monde leurs enfants mais elle portait aussi la cruche des eaux qui menaçait à tout temps d’engloutir le monde dans un nouveau déluge. Dans les Codex, la déesse se retrouve représentée par une jeune femme "Ix Chel" ou par une très vieille femme "Chak Chel".

-Codex?  questionnais-je.

-Les codex sont des archives mayas transcrites sur des parchemins d'écorce d'arbres aplatie. Ils sont tout ce qui ont survécu des anciennes traditions écrites mayas à l’exception des stèles qui subsistent encore dans les ruines. Les Codex restent le peu qui a pu être sauvé de l'obsession du clergé catholique d'éradiquer tout le passé de ce peuple, de les purger de leurs croyances païennes.  C'est le cas en particulier de l'évêque franciscain Diego de Landa qui décida de brûler tout les livres mayas qu'il pouvait trouver dans un grand feu public parce qu'ils contenaient selon lui rien d'autres que les mensonges et les écrits du diable.

Un de ces Codex qui a survécu est conservé à Paris, un autre à Madrid et à Dresde. Ironiquement un seul de ces écrits est resté au Mexique. Pourtant il s'agit bien de l'héritage appartenant aux indigènes d'ici qui sont leurs descendants et héritiers!

Je sentais de nouveau une certaine frustration dans les paroles de Rafaele.

Il reprit son souffle un bref moment et poursuivit ses explications:

-Les Codex concernent quelques rubriques et légendes mayas, des notes sur leur calendrier ou même sur des données astronomiques complexes. Mais cela reste peu pour témoigner de leur passé. C'est pourquoi il y reste autant de mystères sur le passé ce peuple. J'admirais la prestance avec laquelle Rafaele nous parlait. Je lui admis:

- Je ne sais pratiquement rien des mayas, merci de m'en parler. J’ai appris beaucoup par ce que vous m’avez expliqué.

- Vous êtes bienvenue, je suis là pour cela!

Je sentis que Rafaele était gré de mon attention.

- Excusez-moi, je vous entendais parler. Vous êtes tous français? demanda un femme tout en s’approchant de nous.

Il s’agissait d’une belle femme aux cheveux châtains clair et aux yeux verts perçants qui s’accordait bien avec sa grâce féline.

- Oui nous le sommes tous, sauf Alexandre ici qui est du Canada et Rafaele notre guide.Je lui serrai la main.

- Moi aussi je suis du Canada! s’exclama la femme. Ce qu’elle dit ne m’accrocha pas. Il y avait quelque chose de forcée et d’éhontée dans son attitude.

Rafaele se leva pour lui laisser son siège. Je trouvais la venue de cette femme inopportune car j'aurais aimé discuter encore un peu plus avec le jeune guide.

La femme se présenta comme étant Lilith Morris, elle était pharmacienne au Royal Victoria de Montréal. Nous nous présentâmes tous à notre tour. 

Très vite il s’engagea avec Ludovic et Dominique à une conversation passionnée sur la pharmacologie en comparant les pratiques de la pharmacie au Canada et en France.

 

-Et vous Alexandre, vous n’êtes pas dans le domaine de la santé? questionna Madame Morris en tentant de m’impliquer dans leur conversation.

- Non je suis ingénieur, répondis-je distrait en regardant à l’extérieur. Je vis sur la route que nous passions tout près d’un centre d’apiculture. Nous traversions peu de temps après le petit village tranquille de Cobá. J’y vis la pauvreté de simples résidences au toit de chaume côtoyant quelques résidences de types hacienda ainsi que des coqs et chiens errants sur un parterre. Je croisai les regards d’enfants blasés qui n’en étaient pas à leur premier bus de touristes et qui se mirent à courir à la suite de notre autobus en tendant les mains.  Nous atteignîmes rapidement le lac de Cobá. Je lu en lettres oranges “ Cobá Zona Arqueológica Patrimonio Cultural del pueblo de Quintana Roo Patrimonio cultural de la Nación INAH” sur un  panneau annonçant l’entrée du parc archéologique de Cobá. C'était la fin de notre petite odyssée de cinquante kilomètres.

 

Le stationnement du site était plein aux environs du quart de sa capacité. Rafaele nous souhaita la bienvenue à Cobá, dont le nom Maya signifiait «eau soufflée par le vent ».  Il nous avisa que nous avions quinze minutes avant de commencer notre visite des ruines pour nous délier les jambes. Il nous indiqua l'emplacement des salles de bain et nous rappela enfin de ne pas oublier notre eau, chapeau et insectifuge.

Nous sommes débarqués de notre transport, nous étions vingt-sept en tout en incluant notre guide. Dans le périmètre du stationnement se trouvait dan un bâtiment rustique  l'immanquable boutique de souvenirs affichant des tapisseries, ponchos, robes et chapeaux aux différents motifs et couleurs criardes.  Il y avait aussi un grand espace pour la location de bicyclettes à proximité de la jungle.

 

Je regardai le plan du site montrant le lac Cobá tout près à l'ouest aux abords du stationnement. Un long sentier principal y était illustré. Il se faufilait dans la jungle vers l’est jusqu’au groupe des ruines de Nohoch Mul. Ce sentier se connectait à deux autres sentiers de façon perpendiculaires provenant du sud.  Le premier de ces sentiers menait vers le groupe des ruines de Cobá; le deuxième sentier plus à l’est menait à un deuxième lac, Macanxoc et à son groupe de ruines. A l’est de ce lac, totalement au sud des ruines de Nohoch Mul se trouvaient trois autres petits lacs.

 

Une fois tous regroupés devant le sentier menant aux ruines de Cobá, Rafaele nous distribua nos billets qu'il suggéra de garder comme souvenir. Il nous avisa que le territoire de Cobá faisait plus de 70 kilomètres carrés et qu'en raison de ses nombreux sentiers dans la jungle, il y  était facile de s'égarer. Il nous fournit les précautions d’usage, de rester ensemble et de s’en tenir aux sentiers officiels. Il ne voulait pas perdre personne. Il nous avertit des dangers très peu probables, mais tout de même possible, de rencontrer des espèces animales dangereuses pour insister de nouveau sur la nécessité de ne pas s'aventurer et rester en groupe sur les chemins bien identifiés pour notre propre sécurité. Il nous demanda de faire particulièrement attention aux tarentules qui se cachaient dans des petits trous parmi les ruines ou les monticules et qui pouvaient attaquer rapidement si elles se sentaient menacées. Il me fit aussi frissonner par sa description des différentes variétés de serpents venimeux dont les espèces de crotales et vipères indigènes aux jungles du Yucatan. Je détestait les serpents autant, sinon plus, que les ours.

 

Alors que nous quittions l’aire de stationnement et pénétrions dans la forêt, je me sentis débarqué sur une planète inconnue, une planète verte au ciel émeraude et aux nuages feuillus.  Ce monde grouillait avec ses nombreux habitants dissimulés dans les ombrages changeants des sols et des arbres. Ils se manifestaient  par leurs cris incessants qu'il s'agisse d'oiseaux, de singes ou de d'autres bestioles. J'étais assailli de toute part par les arômes musqués et épicés de la végétation riche et abondante qui poussait partout. La chaleur était intense, humide et inconfortable contrastant avec le bien-être de l’air conditionné de notre transport. Je n’étais pas préparé à cette expérience qui surchargeait tous mes sens. Un oiseau vint nous inspecter au passage, un bel oiseau émeraude à longue queue, avec une tête de geai et une coiffe bleue démarquée par une mince bande orange. Il était magnifique.

- Un motmot identifia Rafaele. Ils préfèrent habituellement les clairières plutôt que les forêts!

 

J'empruntai le sentier accompagné par mes deux amis français. La jungle verdoyante nous écrasait avec ses parfums, ses cris mystérieux, ses jeux d’ombres et de lumière. Un éclair de couleur lime, blanc, rouge, jaune et cyan déchira le rideau jade, il s’agissait de perroquets furtifs qui disparurent le temps d'un clin d'oeil. Aux abords du sentier, tout près, nous pouvions observer un toucan majestueux avec son long bec jaune et son plumage noir et blanc. Des papillons virevoltaient en ouvrant notre marche. Tout cela était féerique. Mais le bourdonnement strident, irritable et persistant des moustiques et l’ensemble des autres gens autour de moi brisaient le charme de cet exotisme naturel.

- N’est ce pas excitant, nous lança Dominique. Allons à la découverte des Mystérieuses cités d’Or!

Je connaissais la référence de Dominique à cette série animée qui avait, il y a si longtemps, meublé les samedis matin de ma jeunesse:

« ... À bord de ces navires des hommes avides de rêve, d’aventure et d’espace à la recherche de fortune. Qui n’a jamais rêvé de ces mondes souterrains, de ces mers lointaines peuplées de légendes ou d’une richesse soudaine qui se conquérrait au  détour d’un chemin de la cordillère des Andes? Qui n’a jamais souhaité voir le soleil souverain guider ses pas, au cœur du pays Inca vers la richesse et l’histoire des mystérieuse cités d’or? ».

Il n'y avait pas que les hommes qui pouvaient être avides d'aventures songeai-je tout en regardant Dominique qui jubilait comme une gamine.

- Moi je préfère Indiana Jones, cela n’est pas une aventure pour les enfants! dit Ludovic tout en ajustant son chapeau  style safari d’un air tout à fait macho.

Je m'adressai à Dominique.

-Mais les cités d’Or ce sont les incas pas les mayas.

Dominique me corrigea aussitôt :

-La série se terminait chez les Mayas. C’est ici que les a amené le Grand Condor et qu'ils trouvèrent leur cité d'or!

 

- Ne pense même pas d’argumenter avec elle, me souffla Ludovic. Tu peux être certain de ce qu'elle dit.  Elle écoute encore les épisodes de la série à chaque fin de semaine.

 

-Ne te plaint pas, c’est la raison pour laquelle nous avons choisi de venir ici et que nous avons profité de nos vacances pour visiter toutes les ruines que nous pouvions trouver.

 

- Une des raisons, admit Ludovic.

 

Je vis Rachel rire derrière nous et Emile hocher la tête. Lilith Morris nous regarda tous éberlué sans rien comprendre.

 

Rafaele attira notre attention. Il nous raconta que Cobá est un des sites les plus anciens du Yucatan et qu’il est un exemple du début de la période classique des Mayas. Sa fondation remontait à quelques siècles avant Jésus-Christ, bien avant l’avènement de l’empire romain.  Cobá avait connu son apogée au septième siècle et fut abandonnée dès le dixième siècle dans la période post-classique Maya. 

- Comme tous les autres Mayas souffla Rachel, ils sont tous disparus aussi mystérieusement!

Rafaele dû l’entendre car il la corrigea aussitôt :

- Les mayas n'ont absolument pas disparus bien qu’il soit vrai qu'ils n'existent plus comme entité culturelle ou politique dominante. Malgré l'intolérance et la cruauté du nouvel ordre religieux chrétien et les maladies amenées depuis le vieux continent à la fin du dix-septième siècle, les mayas ont subsistés. Ils sont estimés au nombre de six millions et restent vigoureux dans toute l'Amérique centrale au Yucatan, sud du Mexique, Belize, Guatemala, Honduras et Salvador en préservant encore certaines des traditions léguées par leur ancêtres. Autrement, je n’existerais pas et je ne serais pas ici à vous en parler! plaisanta Rafaele faisant une référence directe et évidente à son héritage Maya.

 

Il reprit son discours en relatant que la cité de Cobá a été ensuite oubliée pendant des siècles jusqu’à ce qu’elle soit mentionnée en 1841 par l’explorateur John Lloyd Stephens. Les ruines étant éloignées de toute civilisation, Cobá ne fut que revisitée beaucoup plus tard  en 1929 par le Docteur Thomas Gann et ensuite par Eric Thompson en 1932. Les travaux d’excavations des ruines de Cobá commencèrent en 1970 stimulée par le développement touristique de Cancun qui y amena des routes modernes. Je souris à la vue de mes amis français fiers lorsque Rafaele mentionna que le site archéologique et la ville de Cobá devaient en grande partie leur développement moderne à l’établissement d’un centre affilié aux clubs Med à Cobá.

 

Rafaele nous informa ensuite que le territoire de Cobá contenait selon les estimés des archéologues environ 6500 structures dont une infime partie, dix pourcent environ, avaient été  restaurée jusqu’ici. Il nous présenta des monticules et des collines couvertes d’une épaisse végétation et couronnés d’arbres dans la jungle proche comme étant des ruines en attente depuis des siècles d'être dégagées et révélées.

Quelqu’un questionna Rafaele sur le nombre d’habitants qu’avait abrité la ville de Cobá. Ce dernier me surpris en répondant que Cobá avait été une véritable métropole maya avec une population entre 50 000 et 100 000 personnes selon différents estimés.

Il enchaîna en nous soulignant que les ruines de Cobá étaient très intéressantes, non seulement par leurs deux pyramides et autres structures imposantes mais également par le fait que l’on y dénombrait trente-deux stèles sur son territoire dont vingt-trois avaient encore leurs gravures originales visibles.

 

Il parla également du réseau développé de des nombreux «sacbeob », dont le nom signifiait « voies blanches ». Il s’agissait de routes relevées d’une hauteur de un à deux mètres ayant entre trois à neuf mètres de largeur construites à partir de pierres et recouvertes de mortier blanc. Il nous appris que quarante de ces routes convergent à Cobá ce qui confirmait qu’il s’agissait autrefois d’une ville de première importance. Seize de ces routes étaient connectées à différentes villes ou autres centres de population. La plus longue de ses routes faisait près de 100 kilomètres et reliait Cobá à Yaxuma tout juste au sud-ouest de Chichen Itza. Un autre sacbeob se rendait jusqu'à Tulum.

Je pensai au plan d’urbanisme sophistiqué qu’un tel réseau de route demandait, ce que notre guide confirma en expliquant que la fabrication de ces routes avaient nécessité plus de main d’œuvre et de labeur que l’érection de la ville elle-même. La construction de ces chemins avait été essentiellement effectuée comme nos routes et trottoirs bétonnés d'aujourd'hui avec du ciment à pierre de chaux. Rafaele décrivit la découverte aux environs de Cobá d’un rouleau en pierre cylindrique de cinq tonnes qui était utilisé pour aplatir la route avant de la paver de la même façon que nos rouleaux compresseurs modernes.

Il nous intrigua en mentionnant que la fonction de ces routes n’était pas parfaitement connue. En effet les mayas de l’époque n’utilisaient pas la roue et il n’y avait pas de chevaux. Les archéologues supposaient donc que ces routes étaient utilisées pour les cortèges officiels et pèlerinages religieux. Rafaele nous proposa sa propre hypothèse encore plus simple et pratique: ces routes avaient été originellement conçues comme nos trottoirs pour permettre aux mayas de marcher sur de grandes distances en sécurité les pieds au sec, ce qui est très appréciable en considérant les dangers de la forêt et le fait que certaines zones restaient inondées pendant la saison des pluies. Je trouvais que l'interprétation de Rafaele avait beaucoup de sens considérant la hauteur de ces routes. C’était la première fois que j’entendais parler d’un réseau de routes pavées chez les mayas, mais quelque chose me disait que ce peuple me réservait encore plusieurs autres surprises.

 

Après une brève marche, nous nous retrouvâmes devant le terrain de boule. Il s’agissait d’un stade dont le terrain de jeu était délimité par deux murs parallèles inclinés de pierres lisse et deux espaces opposés pour les spectateurs. L’assemblage des pierres était stupéfiant dans ses détails. Sur chacun de murs inclinés se dressait un anneau essentiellement intact à leur pleine hauteur et mi-longueur.

Rafaele commenta qu’il s’agissait du plus grand terrain de deux à Cobá et que des cours de boule semblables sont ainsi trouvées dans de nombreuses villes de Maya du Yucatán mais qu'aucune n'est aussi vaste ou aussi bien construite que celle de Chichén Itzá. Une affirmation avec laquelle mes amis français qui avaient visité Chichen Itza étaient bien d’accord.

 

Le jeu balle, tel qu’expliqué par Rafaele, avait pour but de passer une boule en caoutchouc dur au travers de l’anneau de marquage sur les murs opposés du champ de boule.  Dans ce jeu, la balle de caoutchouc est jouée et passée entre les joueurs qui ne peuvent utiliser leurs mains. Les joueurs avaient leur corps couvert de multiples protections.  Tout cela évoquait pour moi la passion du sport, un mélange de soccer, de basket-ball et football. 

Rafaele montra une cartouche incorporée dans la structure de pierre qui contenait six colonnes de glyphes et indiquait des dates.

Il nous présenta ensuite un deuxième terrain de balle presque identique. Ludovic attira mon attention sur une tête de mort sculptée en plein centre de la façade du terrain de balle sous l’anneau. 

Était-ce pour rappeler aux gagnant ou aux perdants, comme le spéculait Ludovic, qu’ils seraient sacrifiés aux dieux après le match ?

 

Rafaele nous assura du contraire. Le squelette représentait un des seigneurs et habitants de Xibalbá, le lieu de l’effroi, le domaine de la mort, les enfers Mayas qui sont curieusement aussi associé au jeu de la balle.  Rafaele précisa que même si la balle était jouée pour le sport, le jeu revêtait aussi une profonde et ancienne croyance religieuse pour les mayas. Il raconta que dans les écrits de histoire de la Création, le Popol Vuh, les jumeaux et héros divins Hunahpu et Ixblalanqué jouèrent à ce même jeu contre les seigneurs des enfers, les sinistres habitants de Xibalbá, dans le but de libérer leur père, Hun Hunahpu, le dieu créateur. Ixblalanqué avait même été contraint  par les Seigneurs des enfers de jouer avec la tête décapitée de son frère selon les anciennes écritures mayas. Heureusement ce dernier réussit à remettre éventuellement la tête Hunahpu sur son corps et qu’ensemble ils vainquirent les hordes infernales. Rafaele montra l’image gravée d’un guépard décapité tenant sa tête entre ses mains. Il  nous expliqua que pour les mayas le guépard est un animal sacré vénéré comme le dieu de la forêt et qu’il était associé au soleil et aux autres divinités. La décapitation du guépard était symbolique, elle signifiait la représentation du dieu soleil Hunahpu.

 

La pyramide de Castillo de Cobá se trouvait devant moi. Il s'agissait d'une structure de pierre blanchâtre de calcaire à différents paliers superposés qui ressemblait plus au ziggurats légendaires de Babylone qu’au pyramide d’Égypte. J’estimai qu’elle faisait plus d'une trentaine de mètres de hauteur.

Rafaele nous montra ensuite les ruines de l’église ou « Iglesia » tel que nommée par les espagnols, une autre structure pyramidale entourée d'arbres. Une petite stèle effacée se trouvait protégée par un petit toit rudimentaire en chaume reposant directement sur le sol devant la structure de l’Iglesia.  Le sommet du temple, le deuxième plus élevé de Cobá présentait une vue fantastique du lac Macanxoc à l'est et du lac Cobá au sud-ouest.

 

Nous sommes ensuite allés visiter un passage à la base de la pyramide de l'église qui était remarquable par ses voûtes supportant le dessus du tunnel et ses murs de pierres.Rafaele nous souligna que ce motif de fausses voûtes que l'on pouvait observer était un élément commun pour les constructions mayas. Il nous précisa qu'en fait il s'agissait de "fausses" fausses voûtes selon le sens classique du terme. Il nous expliqua que pour les mayas les fausses voûtes n’étaient qu'un ornement purement esthétique et non pas structural alors qu'une "vraie" fausse voûte est la voûte en encorbellement où le poids des pierres assure la stabilité de l'ensemble. Il nous montra comment, autour d’une charpente de bois, les murs de pierres sont montés par paliers qui se rapprochent graduellement à partir d'une certaine hauteur jusqu’à fermer la voûte. L’échafaudage de bois était ensuite couvert de béton et de stuc comme finition ou le bois restait à découvert sculpté. Les poutres d’origine étaient conservées dans certains cas pour suspendre des tentures.

 

Rafaele nous fit découvrir, tout près, un impressionnant monolithe sculpté dans un cabanon au toit de chaume spécialement construit pour le protéger des intempéries. Il y avait affiché à côté un simple panneau blanc montrant un dessin de la stèle. La stèle faisait plus de deux mètres par un mètre et demi de large, très bien préservée. Sur la stèle était gravé un personnage central avec couvre-chef spectaculaire. Ce personnage qui me sembla être un guerrier, avait les bras et son corps représentés presque de face alors que son visage était complètement de profil. Il portait des brassards et serrait une massue ou un sceptre. Ses pieds étaient montrés avec leurs orteils pointant de chaque côté opposé. À droite de ce personnage principal se trouvait également illustré un captif qui à genoux, avait les mains dans le dos et les chevilles liées. Rafaele nous indiqua deux colonnes de glyphes dans le coin supérieur à gauche qui indiquaient que la stèle avait été érigée en l’an 684.

Il nous amena à une reconstitution colorée de la stèle sur un fond rouge du jaune, des tons de gris bleu, du vert. Je vis alors de nombreux détails qui m’avaient échappés, le personnage principal était debout sur un piédestal reposant sur le dos et épaules de deux esclaves accroupis. Il y avait deux prisonniers à genoux à sa gauche et à sa droite. Esclaves et prisonniers étaient individualisés se distinguaient par leur détails.  Le personnage central devait être un roi conquérant et autoritaire. Sa coiffe était un amalgame de deux têtes d’oiseaux, dont un au bec crochu évoquant un aigle alors que l’autre rappelait le profil d’un toucan, le tout surmonté d'une tête simienne. Sa coiffe se terminait effectivement par de longue plumes vertes, les plumes d’un quetzal d’après ce que je compris des explications de Rafaele, un oiseau des plus sacré pour les mayas. Le bâton qu’il portait était une aberration par ses deux têtes monstrueuses à chacun de ses embouts.  Deux têtes humaines réduites étaient accrochées à sa ceinture. Nous pouvions distinguer tous les détails de ses sandales protége pieds ainsi que de son habit couvrant sa tunique.

 

Notre arrêt suivant fut le temple du carrefour, une structure pyramidale arrondie de quatre étages dont l’entrée était un simple toit de chaume maintenu par des troncs d’arbres.

Nous pouvions également observer plusieurs autres ruines moins importantes dont certaines n'étaient que des amoncellements de pierres éparses.

 

En reprenant la route vers l'est nous entendîmes les cris des singes hurleurs, alarmés par notre passage sur leur territoire. J'admirais la richesse des plantes et arbres tropicaux, les grands arbres de bois dur, les fougères, les arbres de paume. Rafaele qui m’accompagnait m'indiqua les différentes variétés d’arbres dont l’arbre à coton, le Kapokier, qui était l’arbre national du Guatemala ainsi que les fromagers, de très grands arbres aux racines serpentines dissimulés parmi les lianes et les agaves.  Il m’apprit que le fromager se nommait ainsi en raison de son bois très tendre qui était aussi facile à couper que le fromage. Cet arbre à écorce grise était sacré pour les mayas. Il montra également  le Chechem, l’arbre dont la sève irritante et caustique était un poison et dont l’arbre Chacha était l’antidote naturel.  Plus loin, Rafaele nous montra un essaim d'abeilles sauvages. Sans aucune crainte il mit sa main dans la ruche. Nous étions horrifiés alors qu'il sourit malicieusement et nous expliqua que les abeilles indigènes du Mexique n'avaient pas de dard contrairement à leurs cousines importées d'Europe.

 

Nous surprîmes quelques mouvements dans des arbres proches. En allant investiguer, un groupe de petits singes araignées fuirent et protestèrent contre notre approche. Rafaele était visiblement satisfait de sa découverte de certains arbres dont les fruits ressemblaient à des kakis. Ces fruits qui jonchaient le sol étaient partiellement mangés, la majeure partie d’entre eux entamés par une seule petite bouchée. Rafaele les identifia ces arbres comme étant des sapotiers, aussi connu sous le nom de sapotilliers. Il montra ces arbres à tout le groupe. Il nous apprit alors que pour les mayas ces arbres avaient une grande importance. Ils produisaient bien sûr de succulents fruits mais ils étaient également appréciés pour leur sève de chiclé, la base de la gomme à mâcher, ainsi que pour son bois dur. Le bois de sapotier est un bois de qualité toujours résistant qui était utilisé dans toutes les constructions mayas, y compris les grands ouvrages de maçonnerie. Les charpentes originales des structures voûtées que nous avions vue étaient en bois de sapotiers. Des poutrelles de sapotier se trouvaient dans tous les vieux temples du Yucatan, retenant depuis plus d'un millénaire l’écartement des fausses voûtes des salles intérieures.

Rafaele nous assura que la présence des ces arbres à Cobá n'avait rien de naturel: les mayas parsemaient et entouraient leur cités sacrées d’arbres rares aux fruits savoureux. Après l’abandon des lieux, les espèces fruitières ont continuées à prospérer et à proliférer. Ce fait a permis la découverte des ruines d’anciennes cités mayas autrement invisibles, ensevelies par la jungle sauvage. Rafaele nous expliqua que les singes étant très friands du fruit des sapotiers, une concentration de singes dans la jungle pouvait donc indiquer la présence de sapotiers.  Si des sapotiers étaient effectivement trouvés en abondance, il y avait probablement des ruines mayas toute proches.



En prenant les devants sur le sentier nous croisâmes une borne indiquant tout près, à moins de 200 mètres, le groupe des ruines de Conjunta Pinturas. Elle indiquait aussi les directions du groupe de ruines Nohoch Mul et du groupe de Macanxoc équidistante à un kilomètre dans des directions différentes. Il y avait deux bicyclettes taxis qui nous offraient leurs services. Leurs conducteurs nous prévenaient, en tentant de nous persuader de les engager, que nous pouvions nous perdre si nous marchions ainsi dans la forêt. Ils n’insistèrent plus et abandonnèrent à la vue de Rafaele.

 

Ludovic commenta que pour quelqu'un comme lui qui apprécie la visite de ruines sans l'encombrement des foules et qui est vraiment intéressé par l'Histoire, Cobá était un emplacement merveilleux à voir. J'étais bien d'accord avec lui, Cobá était hantant par sa beauté sauvage, presque vierge.  Dominique attira notre attention sur une ligne énorme de fourmis absolument monstrueuses qui avec une précision militaire marchaient en rang serré à travers notre sentier pour ensuite se perdre dans la forêt.  Rafaele nous avertit de faire attention car la morsure de ces insectes était douloureuse.

 

Notre groupe, à la suite de Rafaele, trouva un petit terrain dégagé en pleine forêt où siégeait une petite pyramide. Je trouvai l’ensemble fantastique par ses colonnes de blocs de pierres empilés et ses ruines. Dans les restes d’un bâtiment effondré, un seul mur se dressait encore. Il était possible d’y voir encore les détails du travail de plâtrage de stuc.  On parcouru le chemin défini par les rangs de colonnes pour monter vers le temple surplombant la pyramide. Ce temple se distinguait des autres structures que j’avais vues par sa grande ouverture divisée en deux entrées par une large colonne. Le temple contenait les traces visibles de la peinture rouge originale d’une grande fresque queR afaele nous mis en évidence. C’est en raison de ce qui reste des muraux trouvés à l'intérieur du temple que l’ensemble des ruines portait le nom espagnol de Conjunto Las Pinturas ce qui voulait dire le regroupement des peintures.

 

 

Trois représentation d'IxChel, comme la lune elle montre un visage jeune et une visage vieux.

Le bon vieux Itzamna.

Un Motmot.


La cour du jeu de balle Elles ne sont pas dangeureuses
Par A. Saint
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Samedi 27 juin 2009 6 27 /06 /2009 21:31
Je retournai à Playa del Carmen tout penaud.  J’avais tant espéré, même si dans le fond je savais que cet espoir avait été déraisonnable. J’avais au moins le réconfort d’avoir essayé, mais c’est tout ce que je ramenais avec moi.

En fait il me restait toujours la roue de bronze d’Ishell.
Je tâtai ma poche et sentit le disque dur. Je sorti à l’air libre et vit une troupe de dauphins enjouées qui nous escortaient. Il dansaient, chantait, faisait des bonds et des culbutes spectaculaires. Ils faisaient un vrai spectacle encouragé par les applaudissements des autres passagers sur le pont.

Il devait être aux environs de vingt heures trente lorsque je remarquai la nervosité de l’équipage et ce n’était pas ces clowns acrobates marins qui les dérangeaient. Il y avait une lumière brillante sous l’eau qui éclairait la mer comme le jour. Il m’était évident que cette lumière n’émanait pas du traversier lui-même mais d’une source sous la coque qui voyageait à la même vitesse que nous et qui n’avait pas de silhouette visible.
Je pensais qu’il ne pouvait s’agir que d’un sous-marin. La lumière devint encore plus intense mais ne faisait pas mal aux yeux. L’océan se mit à vibrer, traversé par des émulsions et des remous comme ceux de l’eau d’un bain tourbillon. Je senti alors simultanément le disque d’Ishell bouger. Je le remis dans ma poche. Il s’agitait toujours avec de plus en plus de vigueur comme si il réagissait au phénomène. L’interaction était devenue telle que je craignais de voir le disque de bronze arraché de ma poche par cette puissance invisible comme un magnétisme intense. Soudain plus rien: la lumière était partie avec la vitesse d’une torpille en direction du continent.

L’océan redevint noir et silencieux. Les dauphins eux-mêmes nous avaient abandonnés.
J’arrêtai un préposé et lui demandai ce qui venais de se passer. Il haussa les épaules nonchalamment en répondant qu’il n’en savait rien; qu’il s’agissait d’un mystère de plus pour la mer de la Riviera Maya. Je cru comprendre aussi que cela n’était pas la première fois que cela se produisait à sa connaissance. J’éprouvai à partir de ce moment le mal de la mer.


Je tentai d’oublier ma nausée en me concentrant sur une explication scientifique pour ce que je venais de voir.  Je pensai aux gaz tels que le méthane qui étaient emprisonnés dans bas-fonds marins qui pouvaient être subitement libérés à la suite d’un bouleversement souterrain, par exemple résultant d’une activité sismique. Un tel dégagement causerait des bulles éclatant à la surface et de l’effervescence à la surface de l’eau. Ce bouillonnement pouvait même créer une charge électrique et un champ magnétique local par ses ions bousculés par les turbulences. Cela correspondait bien avec ce que j’avais observé. D’ailleurs un géochimiste canadien du nom de Donald Davidson avait proposé que ce phénomène puisse expliquer certains des phénomènes étranges observés dans le triangle des Bermudes. Je devais admettre que j’avais beaucoup de difficulté à me convaincre moi-même.

 

J’avais les jambes encore chancelantes lorsque nous débarquâmes au quai de Playa del Carmen. Je n’étais toujours pas rétabli de cette expérience des plus insolite. Je ne voulais que repartir et retrouver mon lit.


Un dernier arrêt s'imposait avant de  prendre le chemin du retour de mon hôtel. Je me rendis au bar du Sweetwater que je trouvai particulièrement affairé en ce milieu de soirée. Je trouvai Dago derrière le bar. Il était ravi de me revoir. Je le saluai et lui présentai les disques compacts que je lui avais apportés. Il était tout excité, ne cessant de me répéter "gracias" lorsqu'il compris que je lui en faisait cadeau. Il insista de me donner un verre pour me remercier. Je lui demandai un verre de la sangria maison. Je lui demandai également si je ne pouvais pas commander quelque chose de la cuisine au bar. Après tout je n’avais ni dîner et ni souper et j’avais l’estomac vide ce qui avait sans doute contribué à ma nausée sur le traversier. Dago me donna le menu et très vite je sélectionnai un cheeseburger.


Il me servit mon verre, s'excusa quelques minutes alors que je goûtait à sa rafraîchissante boisson de vin rouge et de jus de fruits. Dago revint au son de Vertigo de U2 qu'il faisait jouer à tus tête tout en dansant de façon endiablée derrière le bar. Cela donna de l’atmosphère dans le bar et le restaurant à l’appréciation de tous.  Dago me servit un second verre alors que mon hambourgeois m’était servit. Je le dévorai en quelques minutes et nous discutâmes de nouveau des évènements de la veille. J'eus l'idée de demander à Dago de garder l'oeil ouvert pour Ishell à Playa del Carmen, car après tout le jeune homme me semblait bien branché sur ce qui se passait en ville. J'inscrivit sur une serviette de papier mes coordonnées afin que Dago puisse me rejoindre si il y avait quoi que ce soit.  Je refusai poliment un nouveau service, car je me sentais amorti et curieusement de plus en plus las.

 

Je sentais que plus rien d’urgent ne m'importait, je n’étais plus pressé. J'étais  bien, ne pensait à rien et pendant quelques minutes je perdit conscience de tout ce qui se passais autour de moi. Je sentis une présence singulière qui me sortit de ma torpeur. Je me tournai et remarqua qu'il y avait un homme dans la rue qui s'était arrêté pour m’étudier. Je le dévisageai à son tour. Sous des cheveux lisses de couleur de l'ébène, il avait un beau visage au tracé sculptural et symétrique avec une mâchoire carrée et volontaire. Ces sont ses yeux qui étaient le plus remarquables: ils étaient d’un violet électrique profond qui s’assombrissaient en un regard perçant comme un aigle. Il avait un long corps râblé et souple et sa camisole noire bordait deux bras bruns puissamment musclés. C’était un homme magnifique mais en même temps menaçant. Il avait une expression sévère et intimidante. Il était de la même trempe que Ishell et je sentis une étrange connexion, un certain rapprochement. Je réalisai que cela était réciproque chez l’homme et me perdit un instant dans la franchise de son regard. Son visage s’illumina brièvement puis devint très grave comme si il tentait de me prévenir d’un danger proche.


Il me fallait partir immédiatement, j’en étais certain. C’est comme j’en avais reçu l’ordre. Je réalisai que Dago avait disparu de derrière le bar et restait introuvable. Je laissai rapidement 500 pesos pour régler ma note et me levai.  J’étais plus ivre que je pensais car marcher droit me demandait toute ma concentration. Pourtant je n’avais prit que deux verres de sangria!

 

Un taxi venait de livrer ses passagers de l’autre côté de la rue à une restaurant de steak argentin. Son temps était impeccable, je plongeai dans le taxi et ordonnai aussitôt au chauffeur de m’amener à l’Allure. Il s’exécuta en se dirigeant vers l’entrée de l’autoroute. En partant j’aurais juré avoir aperçu du coin de l’œil des hommes qui tels que de sombres rapaces infestait les rues de toute part et qui couraient après mon taxi.

Le chauffeur haussa les épaules en disant :

-¡Es demasiado tarde! ¡Ya tengo un cliente!

Ce qui voulait dire qu’ils étaient trop tard, il avait déjà son client. Je lui dis :

- ¡Gracias, mucho gracias Señor!

 

Était-ce juste mon imagination galopante sous l’effet de l’alcool ou l’homme que j’avais entrevu venait de me sauver d’une réelle menace? Les autres personnages qui avaient tenté d’intercepter mon taxi ressemblaient à ceux qui avaient agressés Ishell et à l’individu que j’avais réussi à capturer et à livrer aux policiers. Je me fermai les yeux un moment en tentant de comprendre ce qui venait de se passer...

 

La seconde suivante, le chauffeur me réveillait alors que nous étions déjà au portail de l’hôtel. J’étais complètement désorienté et surpris de m’être complètement assoupi ainsi. Deux verre de Sangria et je suis sonné! Serais-ce à cause de la chaleur ardente? Je repris mes esprits et remerciai le chauffeur en le payant plus de deux fois le tarif normal.

 

Je trouvai la porte de ma chambre d’hôtel entrouverte. Je l’avais pourtant bien fermé et son verrouillage électronique est automatique. J’entrai avec précaution. Tout y était en désordre, sans dessus, dessous. Mon lit et les lampes avaient été renversés, mes vêtements répandus sur le plancher, le coffret de sécurité vidé de son contenu qui se trouvait éparpillé sur le plancher, jusqu’à mes items de toilette avait été touchés.


J’étais alarmé. Rien à première vue ne semblait vraiment manquer et il ne s’agissait pas de simple vandalisme non plus. Il s’agissait selon tout évidence d’une fouille systématique de ma chambre. Jusqu’au stéréo qui avait examiné à fond. La raison en était évidente, le disque d’Ishell. Je vérifiai que j’avais toujours la pièce dans la poche de ma ceinture. Je ramassai le téléphone et communiquai avec la réception en demandant la sécurité. Un homme arriva dans les minutes qui suivirent. Je reconnu le gardien qui surveillait le portail de l’entrée du complexe hôtelier.  Il constata les dégâts et m’assura que jamais il n’avait jamais rien vu de semblable. Il observa que ma serrure avait été forcée, il était nécessaire de la remplacer. Mon entrée était en partie caché par un bosquet de jungle devant ce qui a rendu ma chambre vulnérable à une telle effraction. Je lui assurai que rien n’avait été volé car heureusement j’avais gardé tous mes papiers importants et cartes sur moi.

Il contacta la police qui se présenta une demi-heure plus tard.  Ils m’interrogèrent, questionnèrent le gardien. Je trouvai l’inspecteur Rodrigue Callas qui m’attendait sur le pas de la porte à son tour. 


Je lui serrai la main et lui demandai avec un gentil sarcasme :

-  Bonsoir! Vous faites aussi les appels de simples entrés par infraction la nuit?


-  Le soir est mon horaire assigné, expliqua l’inspecteur.  Dès que j’ai entendu le mot « Allure » et votre nom sur le canal de police je me suis empressé de venir.  Depuis plusieurs heures déjà nous avons essayé de vous joindre pour vous rencontrer et discuter de d’autres choses, bien que ce dernier incident confirme mes soupçons...


Un autre homme en complet brun et en verre fumé, même à cette heure nocturne, l'accompagnait. Il était ventru, aux cheveux gras. De lui émanait une senteur désagréable de Cologne mêlée à la sueur. Il contrastait avec Callas qui présentait une tenue fraîche et impeccable. Il me présenta son collègue Gustavo Morales que je saluai à son tour. Morales, si j'avais bien compris était affilié à une unité fédérale de la police alors que Callas était assigné à la région de Playa del Carmen.

Je les invitai à rentrer.


 En entrant Callas émit un sifflement admiratif.

- Ce sont de belles chambres, je ne les avais jamais vues de l’intérieur auparavant!


- Imaginez les en bon ordre, elle sont alors plus belles! plaisantais-je en ramassant rapidement divers items jonchant le plancher et en les rejetant sur un des lits.


Je leur indiquai de s’asseoir sur le divan que je venais de libérer de toutes ses encombres. J’ouvrai mon petit réfrigérateur.


- Vous prendriez quelque chose, de l’eau froide, jus de fruit, boisson gazeuse? Je savais mieux que de leur offrir de la bière.


- De l’eau serait très appréciée, il fait chaud ce soir! me répondit Morales poliment. C'était la première fois qu'il prenait parole.


Je lui donnai une bouteille d’eau avec un verre, offrit une seconde à l'inspecteur Callas et je m’ouvrit une autre bouteille d’eau glacée pour me réveiller.


- Gracias!


- De nada!, répliquais-je. Si c’est chaud pour vous, imaginez pour moi!


Mon commentaire les amusa alors qu’ils prenaient une première gorgée d’eau froide.

Je m’assis sur la chaise du bureau.

 

La voix de Callas devint très sérieuse et concernée:

-Je veux vous informer avant tout que l'homme que nous avons arrêté mardi soir n'est plus sous notre juridiction.  Nous avons découvert qu'il était "Persona non grata" au Mexique et il a été déporté ce matin. Comment vous sentez-vous avec cela ?


-  Cela explique probablement cette intrusion répondit-je sèchement. Comment je me sens? Aussi bien que vous pouvez imaginer pour quelqu'un qui viens d'apprendre que l'homme qui l'a menacé de mort est expulsé du pays où il passe ses vacances mais qui au retour sera peut-être à l'attendre devant sa porte chez-lui. Mais cela n'est pas de votre faute, en fait personne n'y peut rien. Mais au moins dites-moi qui il était, ce qu'il voulait ? Est-ce une histoire de cartel criminel, de drogues ?


-  Non rien de cela. Je comprends que vous devez avoir probablement plusieurs questions à ce sujet mais je ne peux pas vous répondre; tout ce que je sais c'est que des hombres en vestons et cravates l'on sortit de prison en outrepassant toute notre bureaucratie. Après cela, c'est devenu une affaire diplomatique.

 

Ses explications ne m'intéressaient guère, je lui posai la seule question qui m'importait vraiment et qui me brûlait les lèvres:

- Ishell, cette femme qui était avec moi, vous en avez eu des nouvelles?

 

L'inspecteur Callas regarda gravement son collègue, Morales. Ce dernier retira des photos d’une enveloppe brune tout en prenant la parole sur un ton qui contrairement à Callas était froid, distant et détaché:

- Pouvez-vous identifier quelque chose sur ces photos?


Il me donna les clichés que j’examinai. Je m’efforçai à ne montrer aucune émotion à la vue de la première photo couleur. Le premier cliché montrait un disque de terre cuite très érodé et abîmé par le temps que je connaissais bien et que j’avais malencontreusement détruit ce matin. Sur la photo, des détails étaient beaucoup plus évidents tels que les traces des peintures originales rouge, jaune, noir, blanc et vert alors qu’ils m’avaient été à peine perceptibles de l’objet. Le motif étampé était aussi beaucoup plus clair avec son soleil rayonnant et de du lézard de profil que je pouvais identifier à un iguane. L’art était grossier et naïf comme si un jeune enfant l’avait effectué. L’objet était photographié sur un fond clair avec une règle montrant l’échelle en centimètres. J’hochai la tête négativement en prétendant que je n’avais jamais rien vu de semblable. Les autres photos étaient noir et blanc, floues avec une résolution grossière mais tout mon cœur se serra lorsque je la reconnue. Il s’agissait bien d’Ishell.


Ayant sans doute lu ma réaction, l’inspecteur Morales me demanda gravement :

- C’est elle?


Je lui confirmai que oui. Sur certaines photos elle était accompagnée d’un homme.

Je le pointai à l’inspecteur sur une des photos :

- Lui aussi je l’ai vu, ce soir même à Playa del Carmen. Je crois qu’il me surveillait. Qui est-il?


- Son complice; nous ne connaissons pas son nom pas plus que celui de la dame.


- Complice?  dis-je bouche bée.


L’inspecteur Callas expliqua d’une voix pausée :

- Ces photos proviennent des caméras de surveillance du Peabody Museum dans la ville de Boston où votre « Ishell », si c’est son vrai nom, et cet homme ont  pénétré par effraction.

Je remarquai dans le coin inférieur droit des photos de surveillance une date, 08-06-2005, apposée avec un temps variant de 03:15 à 03:45 am selon la photo.


Devant mon incrédulité apparente il continua :

- Ce sont des professionnels, ils n’ont déclenché aucune des alarmes de sécurité. D’après le FBI ce sont des chasseurs de reliques. Sur ces photos, ils fouillaient d’ailleurs pour des artefacts mayas dans une collection fermée au public.


- Qu’ont-ils volés? lui demandais-je gravement. Cet objet?

Je leur montrai la photo de l’objet de céramique.


Morales me répondit:

- Cet objet a été le seul item reporté manquant de l'inventaire du musée après leur visite. Ce que je ne comprends pas c’est qu’ils avaient l’opportunité de prendre des objets ayant beaucoup plus de valeur en jade ou même en or.


Je trouvai des notes au recto de la photo qui se lisaient:

 

Peabody Number :

07-7-20/C4527

Display Title :

Sacrificial pendant with God D representation

Descriptive term :

Ornament, ceramic pendant; complete vessel; God D inscription

Date :

AD 900-1200

Artist :

 

Artist date :

 

Culture :

Maya

Provenience :

Central America, Mexico, Yucatan, Chichen Itza, Sacred cenote

Dimensions:

3.6 cm diameter

Materials:

Terra Cotta

Collector/Donor:

Edward Herbert Thompson collection

 

 

Remarquant sans doute mon intérêt, Morales s'empressa à m'enlever les photos et continua :

- Vous devez comprendre qu’il existe tout un marché pour les antiquités et objets d'arts anciens tels que les artefacts mayas, aztèques et autres. Certains individus seraient prêts à payer de grosses sommes d'argent afin de mettre la main et posséder de tels items.


Il pausa un instant, le temps de boire un peu d'eau et reprit:

- D’ailleurs tenter de faire la contrebande ou d'exporter hors des frontières du Mexique de tels objets, considérés comme des trésors nationaux, constitue un crime des plus sérieux garant de peines sévères...


- Vous faites fausse route si vous me soupçonnez de quoi que ce soit, répondis-je âprement. Je suis un ingénieur pas un collectionneur...


- Nous avons déjà fait des vérifications : Ingénieur et géologue spécialisé pour les exploitations minières, donc un expert en digues et également en pierres et métaux précieux...


- Je suis ici en vacances insistais-je, et vous devez savoir comme le reste, que je n'ai aucun antécédents judiciaires.


- En effet, confirma t’il, selon ce que nous avons pu vérifier jusqu'ici.

 

Je n’aimais vraiment pas le ton qu’il avait utilisé avec sa phrase. J'étais sur le point de dire à ce Morales ce que je pensais vraiment de lui et de ses insinuations vicieuses mais Callas s'adressa à moi dans un ton conciliant et dans un effort évident de réduire la tension.


- Nous pensons que cette femme que vous avez rencontré possédait encore l'objet qu'elle a volé au musée et qu'il s'agissait de quelque chose que ces hommes à Playa del Carmen désiraient et que vous êtes tout bonnement tombé au milieu d’une affaire ayant tourné mal pour elle. Depuis, son complice vous surveille sans doute en pensant qu'elle vous aurait confié ou dit quelque chose. C’est pour cela que lui ou quelqu’un d’autre a fouillé votre chambre lors de votre absence.

 

Callas avait fait une excellente déduction que je devais admettre parfaitement logique et qui correspondait aux faits tels que je les connaissais.

Je ne dis rien, perdu dans mes pensées. Ishell, une vulgaire voleuse? Je refusais de le croire. Pourtant tout cela collait tellement bien aux évidences.

 

- Elle vous a dis ou donné quoi ce soit? me redemanda Morales avec insistance.


Je mentis :

- Non, j'ai déjà rapporté tout ce qu’elle m’avait dit à l'inspecteur Callas.


- Si je peux me permettre, je ne crois pas que cette femme en vaut la peine Señor!


- Sans l'avoir rencontrée, vous l'avez jugée et condamnée. Moi je l'ai tenue dans mes bras, je l'ai défendue contre ces hommes...


Callas intervint à son tour et souligna:

-Elle vous a ainsi entraîné avec elle dans une dangereuse intrigue. Pour votre propre sécurité, oubliez-la. Je sais que vous êtes une personne honnête. Mais tout ceci ne peux que vous amener de gros ennuis, croyez-moi!


Je ne l’écoutais plus, quelque chose me vint soudainement à l’esprit :

- Vous devriez interroger Dago, il a été avec elle aussi. En fait, il a été la dernière personne avec elle avant qu’elle ne disparaisse!


Rodrigue Calla consulta ses notes:

- Non, d’après son témoignage, il s’est joint à vous pour vous porter main forte dans la bagarre. Il ne rapporte rien sur cette femme.


- Dago était avec elle,  j’en  suis catégorique répliquais-je sèchement.


L’inspecteur me regarda.

- Je vous crois et cela ne me surprend pas. Dago est reconnu pour être un petit arnaqueur. Il pourrais avoir menti sur ce détail, ne serait-ce que pour éviter encore plus d'attention sur lui de la part de la police ou même de ces hommes qui vous ont menacés. Je vais lui reparler dès mon retour à Playa del Carmen.


Je réalisai que Dago lui-même était possiblement en danger, les agresseurs d’Ishell pouvant penser qu’il possédait son disque de bronze.


- Quand avez vous prévu de retourner au Canada?


- Je reste à l'Allure jusqu'au quinze octobre ensuite je pensais peut-être visiter la région du golfe du Mexique. Je dois retourner le vingt-deux au plus tard.


- Peut-être dans les circonstances vous devriez songer à rentrer le plus tôt possible, señor, suggéra Morales.


Je ne répondis rien.


-Vous n’avez rien à ajouter? questionna une dernière fois l’inspecteur en s’apprêtant à se lever.


Je lui signalai que non.


Morales me tendit sa carte et ajouta:

- Vous comprenez que si vous revoyez Ishell ou cet homme ou qu’ils tentent d’entrer en contact avec vous...


Je complétai sa phrase en prenant sa carte:

-Je vous en informe immédiatement, bien sûr!


-Si il y a quoi que ce soit, sentez vous libre de me contacter, ajouta l'inspecteur Callas.


Je leur serrai la main en les remerciant et les escortèrent à ma porte.

- ¡Buena noches!


- ¡Buena Noches Señor! répondirent-ils en me saluant.


L'inspecteur Callas ajouta avant de partir :

- Essayez d’oubliez tout cela cette nuit, profitez de votre séjour ici!

 

Ouais,  comme si cela était possible maintenant!


Peu de temps après le départ des policiers, le personnel de l’hôtel m’offrit de me transférer à une autre chambre ce que j’acceptai. Après tout, j’aurais au moins une illusion de sécurité dans une nouvelle chambre, intouchée, inviolée. À la réception, on me fournit une clé pour ma nouvelle chambre. Je ramassai mes affaires et m’installai rapidement dans mes nouveaux quartiers. Ma chambre était proche de la piscine et avait vue sur la plage. Elle était plus spacieuse que ma chambre originelle. Son grand lit de format King était couvert d’une serviette blanche pliée à l’effigie d’un singe accompagné d’une fleur et deux chocolats. Je me laissai tomber sur le matelas. À l’extérieur, le complexe était baigné dans la musique joyeuse de la discothèque qui ajoutait une dimension irréelle à tout ce qui s’était passé.

 

Je repensai à tout ce qui avaient été dit. Je reniai l’hypothèse qu’Ishell ait été une criminelle. Je ne pouvais dire pourquoi, mais j’avais foi en elle. Ce que j’avais ressenti avec elle était vrai, je n’en avais aucun doute. Je sorti et contemplai la roue de bronze. Je savais très bien que c’était l’objet qui était recherché par ceux qui avaient fouillés ma chambre. Je savais maintenant que cette pièce de métal était cachée dans un item dérobé au musée de Peabody. Il était temps d’en savoir plus. Je sortis le vinaigre, la farine et le sel que je m’étais procuré à Cozumel.

Je commençai par tremper le disque dans une solution de vinaigre et d’eau chaude afin de dissoudre le limon et les résidus calcaires. Je fus surpris de voir que le disque ne s’engloutissait pas dans la solution mais flottait simplement à sa surface et que je devais le forcer à rester submergé. Il ne pouvait donc s’agir de bronze. Je dissous une cuillérée à thé de sel dans une tasse de vinaigre et y ajouta assez de farine au mélange pour former une pâte dont j’enduis la pièce. Je frottai et laissai la pâte sécher une trentaine de minute et rinçai avec de l’eau chaude. Le métal révélait son éclat peu à peu. J’effectuai le nettoyage plusieurs fois avec ma pâte de nettoyage artisanale. Le disque était enfin propre. Je l’examinai. Il n’était pas plat mais concave. Seul la face convexe montrait des inscriptions contenues dans cinq cercles concentriques. Je comptai quarante glyphes complexes.  Cinq de ces glyphes étaient plus proéminents et importants que tous les autres: quatre d’entre eux étaient placés aux pointes d’un carré central où s’imbriquait un cercle alors que le dernier symbole était en son plein centre. Les deux cercles extérieurs avaient des suites de symboles entrecoupés par les gravures de quatre triangles et quatre pointes de flèche plus grandes et élaborées tels un grand « ? » stylisé. Ils étaient tous équidistants et pointaient vers la circonférence extérieure du disque. Les pointes les plus importantes étaient associées au quatre glyphes périphériques marqués par un glyphe juxtaposés du carré. Dans le cercle central, il y avait une croix formée par différents glyphes,  15 en tout superposés formant un « T » chapeauté par un étrange oiseau. Tous ces glyphes étaient essentiellement dans des cartouches carrés et certains d’entre eux me suggéraient des visages difformes. En particulier le glyphe à la base de la croix était monstrueux. Par leur style, ils rappelaient celui de certains symboles de la monnaie mexicaine tout en étant différents. Les glyphes étaient en relief, je sentais leur protubérance sous mes doigts. Le travail de frappe de ce disque était raffiné, détaillé et absolument remarquable.  Le disque me semblait aussi très ancien. L’endos du disque était complètement lisse et parfaitement polie. 

 

Je voulu vérifier une propriété du disque de Ishell que j’avais noté lors de son nettoyage et qui expliquait peut-être en partie ce qui j’avais observé au traversier. Je remis la pièce dans un verre d’eau et qu’importe ce que je faisais la pièce refusait de couler, elle flottait tout simplement à la surface. Ce qui était le plus particulier c’est qu’elle revenait toujours obstinément dans la même position, avec ses glyphes et pointes dans la même orientation. C’est alors que je compris que le disque se réorientait selon le champ magnétique terrestre : il s’agissait d’une boussole, d’un compas. Les symboles et grandes pointes de flèches indiquaient les points cardinaux, Nord, Est, Sud, Ouest.  Le disque devait donc contenir une limaille de fer magnétisé. Je pris mes clés  résidentielles et les approchai, pour voir  aussitôt le disque réagir et mes clés de métal se dresser et se coller au centre du disque. Ceci confirmait mes doutes mais ne m’expliquait pas en quoi une boussole pouvait être le centre de tant de convoitises même si le disque était ancien.

 

J’étais certain qu’il ne s’agissait pas juste de cela, la détresse d'Ishell était trop profonde, sa crainte et la convoitise de ses hommes qui l’avaient attaqué, la fouille de ma chambre, il y avait quelque chose de plus important en jeu, quelque chose de sinistre. J’examinai la pièce de nouveau, les glyphes étaient peut-être la clé mais j’avais besoin de quelqu’un qui pouvait m’aider à les interpréter.

 

Car après tout  la boussole n'était pas une technologie extraordinaire par soi, elle était connus depuis au moins plusieurs années avant Jésus Christ. Les chinois l’utilisaient bien avant le début du millénaire et les arabes l’avaient adaptés à la navigation.?

 

Il se faisait tard.  Je décidai de ne pas le laisser le disque d’Ishell dans le coffre. Je dévissai le récepteur de mon téléphone et y cachai le disque à la base du haut-parleur qui était lui-même aimanté. Je sais que cela était de la paranoïa avancée, mais ainsi je me sentais rassuré et me couchai. J’étais complètement épuisé de ma journée et tombai dans un sommeil profond dès que ma tête tomba sur l’oreiller.

 


our room par staciek
Par A. Saint
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Samedi 27 juin 2009 6 27 /06 /2009 21:26

  7 Kan 2 Yax (05/10/2006-mercredi)

 

Un bruit étrange me réveilla. Un rire taquin.

J'entrouvris paresseusement mes paupières pour voir le jour commençait à peine.

Ce matin était arrivé trop vite!

Je me tournai la tête la couvrant avec un oreiller. Je ne restai ainsi que dix secondes avant de me coucher sur le ventre. Cela ne m'aidait nullement. Je me sentais épuisé mais aucune position ne me convenait, rien ne me permettait de relaxer et de me rendormir. Je me sentais encore nerveux, incapable de rester immobile.  Je me dressai dans mon lit, en me frottant les yeux, m'étirant et baillant devant le nouveau soleil.

 

Mon premier réflexe fut de vérifier que la pièce d’Ishell était toujours dans la poche de pantalon où je l’avais négligemment laissée. Je fut soulagé de la retrouver et la conservai désormais précieusement près de moi. A sa vue, j'avais un constant rappel qu’Ishell et les évènements d'hier avaient été bel et bien réel. J’examinai la pièce de plus près. Un simple disque de céramique, peut-être un médaillon. Les engravures sur une de ses faces montraient une espèce de tête de lézard dans le coin inférieur droit sous un soleil dans le coin supérieur gauche. Le style artistique ressemblait beaucoup à ce que j’avais vu de l’art mexicain traditionnel. Il était couvert d’une couche épaisse de limon et sédiments calcaires ce qui me suggérait que cet item avait passé beaucoup de temps sous l’eau.   En voulant le nettoyer d’avantage, j’endommageai le disque ce qui me rendis extrêmement mal à l’aise. J’avais élargi accidentellement la cassure à la surface et observai qu’il y avait une autre surface sous l’épaisseur de terre cuite. En voulant examiner de plus près, le disque fragilisé se fragmenta en une multitude de fragments révélant un disque de métal qui avait été dissimulé dans la terre cuite Un mystère dans un mystère! Il s’agissait d’une curieuse roue en bronze. Son motif me suggérait des cercles concentriques séparés en quatre quadrants. Il faisait environ un peu moins de centimètres de diamètre, à peine plus grand qu’une pièce de 10 pesos. Ce disque était étonnamment dur et résistant malgré qu’il fût très mince et très léger. Il était partiellement couvert par des résidus incluant de l’argile, du limon et du vert de gris. L’eau avait sûrement perfusée depuis la surface de terre cuite jusqu’au disque de métal.  Il y avait apparemment des lignes et des symboles sur le disque mais rien que je ne pouvais discerner clairement.

 

De nouveau le bruit et une voix étrange dehors. Un cri, j’en étais certain. Je sursautai et cachai la pièce d’Ishell dans ma poche avant de m’avancer doucement vers ma porte que j’ouvris subitement pour me trouver face à face à un perroquet perché dans les petits arbres du carré de bosquet devant ma chambre. L’oiseau effrayé battit des ailes et criailla.Je tentai de le calmer en lui parlant doucement.  Il était magnifique avec sa coiffe rouge écarlate, son dégradé de plumes orange, jaune et blanche sur le ventre avec ses ailes et son dos bleu turquoise et cobalt.

- Tu t’appelles comment? demandais-je à l’oiseau. Je répétai de nouveau la question en espagnol :

- ¿Cómo ti llamado ti? ¿Ti ti llamado cómo?

Le perroquet me regarda sans comprendre puis croassa :

¿Ti ti llamado cómo?

- Je me nomme Alexandre. Tu as un nom? Je m’appelle Alex. Alex es mi nombre. ¿Cuál es tu nombre bonito pájaro? ¿Quién es -tú?

Je n’avais que le silence comme réponse alors que l’oiseau hochait bêtement sa tête. Je retournai dans ma chambre et lui amenai quelque grain de raisins que je lui offris. Il me les déroba de mes mains à la vitesse de l’éclair. J’avais sursauté derrière, sachant bien comment le bec d’un perroquet peut être tranchant.  L’oiseau ricana et répéta:

-¿Quién es -tú?

 Je perdais mon temps. Le perroquet se moquait de moi.

Je pris ma douche et me rasai. En regardant ma réflexion dans le miroir je remarquai que la couleur rouge de mon épiderme avait déjà commencée à recéder tout comme la sensation la sensation de feux ardents sur ma peau s'était enfin éteinte. J’étendis sur mon corps les pommades prescrites par Dominique. Je vis que le perroquet était toujours là convoitant sans doute d’autre nourriture de ma part. 

Je me résolu enfin sans enthousiasme à commencer mon jogging et ma séance d’exercice quotidienne tout en gardant le disque métallique d'Ishell avec moi. La journée s'annonçait déjà extrêmement chaude et humide avec une température avoisinant les trente-cinq Celsius.  Le ciel était partiellement couvert ce qui ne me déplaisait pas. J’avais décidé de retourner à Playa del Carmen afin d'y rechercher Ishell; je commencerais par l'endroit où je l’aperçus pour la première fois. Je me résolu enfin sans enthousiasme à commencer mon jogging et ma séance d’exercice quotidienne tout en gardant le disque d'Ishell avec moi. Après mes exercices, je m'empressai de me diriger vers le buffet pour le petit déjeuner.  J'y fus accueilli par des voix que je connaissais bien malgré l’heure encore matinale:

- Tiens! Tiens! Comme on se retrouve!

- Oui! Le revoilà notre grand canadien perdu!

Je retrouvais mes amis français qui me convièrent à leur table. Sans qu'on ne le lui demande, le serveur, un jeune homme au pantalon noir et à la chemise blanche soignée, arriva rapidement à leur table afin d'y rajouter un couvert ainsi qu'une chaise à mon attention. On m'offrit aussitôt du jus d'orange fraîchement pressé et du café. Avant de m'asseoir, je me ramassai rapidement un petit tas des crêpes accompagnées d’une montagne de fruits et de crème anglaise.

Dominique m’accueilli en m’embrassant sur les deux joue à la française.

- Ca va bien? demanda-t-elle. Je lui confirmai que oui.

- Nous étions inquiets hier. J’ai entendu qu’un couple s’était fait attaquer par des brigands sur la plage....

-Tiens, tiens, notre brebis perdue! commenta Rachel. Elle me salua avec son "bien aimé", la tasse de café à la main.

-  Oui, où diable as-tu disparu hier Alexandre? dit à son tour Ludovic.

J’hésitai sur ce que je pouvais leur révéler.

- Bien je vous ai perdu sur la cinquième avenue....

- Sans doute lorsque nous somme entré dans ce café-internet clama Dominique.

- Qui était-elle? demanda Rachel du tac au tac, sans aucune gêne.

Je faillis m'étouffer avec mon jus d'orange.

- Bien quoi! insista Rachel, ce regard béant, cette expression à la fois d'extase et de douleur je la reconnais. Vous êtes en amour jeune homme!

Je pensai que j’avais devant moi Rachel la thérapeute. Elle affichait un sourire félin, arrogant qui démontrait son assurance. Je n’osait rien dire, car elle avait raison, du moins partiellement. Sauf que je n'étais pas amoureux d'Ishell; troublé, oui, mais pas en amour, du moins je ne pensais pas. Pourtant, la simple évocation de son nom dans mon esprit me causait un pincement au cœur. Je regardai aux alentours, en évitant le franc regard deRachel.

- Quoi! Tu as rencontré une nana? C’est pour cela que tu nous as faussé compagnie? coupa malicieusement Ludovic.  Qui est-elle, quel est son nom?

Je répondis :

-Ishell…

-C’est exotique comme nom…. Vous allez vous revoir? questionna Dominique sans cacher une curiosité presque enfantine.

- J’espère sincèrement que oui! Je lui ai laissé mon numéro de téléphone…

- Dans ce cas bonne chance! soupira Ludovic en s’écrasant au fond de son siège. 

Dominique se contenta de me faire une moue et des gestes signifiant d’oublier les commentaires pessimistes de son chum.

- Ishell, roucoula Rachel. C’est un nom Maya si je me souviens bien? 

Je ne savais pas quoi lui dire. Elle regarda en vain son mari pour une confirmation mais ce dernier ne leva que ses sourcils, incapable de lui répondre. Dominique et Ludovic haussèrent les épaules à leur tour.

- La demoiselle doit être native de la région? renchérit Rachel.

J’admis, complètement embarrassé, que je ne savais pas et qu’en fait je ne savais rien d’elle. Après une longue hésitation, je décidai de me confier à eux. J’avais besoin de parler à quelqu’un de mon aventure d’hier. Je leur annonçai :

- Le couple à la plage, c’était Ishell et moi!

 

Émile laissa tomber son journal et me regarda. Rachel abandonna son café et se redressa complètement attentive à chacun de mes mots. Dominique et Ludovic étaient eux aussi accrochés à mes moindres paroles. Je leur racontai l’histoire de l’agression à Playa del Carmen en omettant le détail de l’objet qu’elle m’avait confié.

 

- Hé bé! La chevalerie n’est pas encore complètement morte soupira Rachel à la fin de mon récit.

 

- Tout cela pour une femme souffla Ludovik. Si il y a quelque chose qu’un Français est capable de comprendre c’est bien cela!

 

- Cette femme tu dois l’aimer pour qu’elle t’aie laissée une telle impression! commenta Dominique.

 

- Vous croyez vraiment qu’elle est en danger? Que fait la police? demanda Rachel fascinée.

 

Émile interrompit sa bien-aimée :

- Je suis certain que les gendarmes locaux font tout ce qui leur est possible.

Il s’adressa à moi :

- Il faut garder le courage mon garçon!

Il y eut quelques minutes inconfortables de silence.

Dominique ensuite prit la parole. Elle me semblait gênée.

- Est-ce que quelqu’un aurait vu quelque chose d’inhabituel dans le ciel hier?

Ludovic détourna le regard comme si il était embarrassé pour ce qu’elle était pour dire.

Personne ne lui répondit. Elle raconta tout de même le phénomène dont elle avait été témoin :

- Il était approximativement minuit, au plus tard une heure du matin. Le ciel était parfaitement clair et sans nuages. Notre chambre a une vue directe sur l’océan et j’avais décidé de profiter de l’air frais du large avant d’aller au lit.  Je regardais les étoiles et j’ai trouvé un satellite que je pointai à Ludovic. Nous avons observé le satellite alors qu’il traversait le ciel en ligne droite. Nous étions face à l’océan vers l’est et le satellite se déplaçait du nord au sud. Après quelques secondes sa trajectoire est devenue erratique;  il ralentit et commença à bouger dans la direction inverse, à reculer rapidement, très rapidement. Cette chose avait tournée à cent quatre vingt degrés pour ensuite accélérer et disparaître. Cela m’a vraiment impressionnée.  J’en ai discuté avec Ludovic, nous nous sommes questionné mutuellement pour vérifier si nous avions vu la même chose...

- Nous sommes habitué à regarder le ciel la nuit mais n’avons jamais rien vu de semblable admit Ludovic.

 

Je ne savais que dire.

Rachel nous regarda tous avec un intérêt renouvelé et annonça :

- Je n’en suis pas surprise. Nous sommes après tout sur une terre ancienne empreinte de spiritualité et mystères. De nombreux Ovnis ont été et sont encore observés au Mexique. Par exemple, il a plusieurs années aux ruines d’Uxmal, une cinquantaine de personne avaient observé un disque à 150-200 mètres d’altitude, un disque qui faisait 25 à 30 mètres de diamètre. Il bougeait doucement dans le sens contraire des aguilles d’une horloge. Il était jaune et orange lumineux sur ses bords et il avait ce qui ressemblait à des tubes néons incrustés qui changeaient constamment de couleur. Ces lumières se sont rétractées aux abords du disque alors qu’il tournait au dessus des gens. De son dessous bombé émanait une lumière rouge. Alors que le disque avançait, il  prit aussi de l’altitude. Un autre disque lumineux orangé apparut plus haut dans le ciel. Le disque s’éleva pour le rejoindre. Tous les deux prirent la direction de l’ouest avant que l’on les perde de vue. Plusieurs pensaient que cela faisait partie intégrale du spectacle de lumière des ruines. C’est quelque chose dont ont parle encore même après tout ce temps; c’est quelque chose que l’on n’oublie jamais et qui reste la chose la plus impressionnante qu’ils aient eu l’occasion de voir de leur vie.

Elle prit la main de son bien-aimé.

- J’ai déjà entendu des témoignages d’Ovnis mais jamais avec autant de détails commentais-je.

- C’est parce que « on » n’exclue pas la personne qui parle, corrigea Émile. C’est notre deuxième visite au Mexique.

- Vous étiez là, vous avez donc vu ce disque ?

La question provenait de Dominique.

- Et vous nous l’avez jamais dit reprocha Ludovic.

Rachel ajouta :

- Tout récemment un objet volant non identifié métallique a été photographié stationnaire au-dessus des ruines de Tulum par des touristes. Donc je vous crois lorsque vous dites avoir vu quelque chose d’étrange par ici ajouta Rachel.

 

Je ne savais que penser de tout cela.  Je réalisai qu’il me fallait partir si je voulais atteindre Playa del Carmen assez tôt. Tous avaient fini de déjeuner et étaient prêt à quitter la table.

 

- Nous allons profiter du soleil aux abords de la piscine, tu te joins à nous? demanda Ludovic en tentant d’alléger l’atmosphère.

 

- Il n'en est pas question! interrompit Dominique. Pas de soleil pour lui aujourd’hui!

 

Elle se rapprocha de moi en m’examinant avec satisfaction.

- Je vois que les pommades que je t’ai prescrites t’on aidé, ton coup de soleil s’est bien résorbé. Mais il te faudra continuer de faire attention!

 

Effectivement mon épiderme avait prit un teint hâlé quoi qu’encore avec un ton cuivré.

 

- Je sais! Bien compris et merci beaucoup Dominique!

 

- Il n’y a pas de quoi, faut faire attention la prochaine fois!

 

- Ne soit pas inquiète, je n'irai pas m'exposer à l’astre du jour. Je pensais effectuer un aller-retour à Playa del Carmen...

 

-Et retrouver ta belle? questionna Ludovic.

 

- Oui!

 

Il leva son pouce en signe d'approbation.

- Je ferais exactement la même chose à ta place.

 

- Si nous ne revoyons pas aujourd’hui, nous allons demain visiter les ruines de Cobá m'annonça Dominique. Viens avec nous!

 

- Je dois aller à un mariage demain, je ne crois pas pouvoir y aller.

 

-  A quelle heure demain?

 

- Quatre heures.

- L'expédition est le matin. Cobá est tout près. Tu serais de retour bien avant ton mariage insista Ludovic à son tour.

 

- S’il te plait, pria Dominique. Viens avec nous, rappelle toi, nous quittons vendredi matin. C’est une dernière occasion d’être tous ensemble.

 

Je promis à Dominique d’essayer d’y aller.  Je l’embrassai  alors qu’elle était sur son départ.

Rachel ouvrit ses bras à son tour attendant mon embrasse. Alors que je baisai ses joues elle me dit, concernée:

- Mon mari a raison, tu as déjà fait tout ce qui était humainement  possible, tu ne peux rien faire d’autre que de patienter. Fait attention à toi!

 

Ludovic me tapa sur l’épaule,  Émile me serra la main.

Je me retrouvai seul à table, mais curieusement je me sentais allégé de m’être ouvert et d’avoir partagé tout cela avec mes nouveaux amis.

 

Je passai rapidement par ma chambre. J’y ramassai quelques disques compacts dont les plus récents albums de U2, Coldplay, Madonna ainsi que de d'autres artistes moins connus dont le disque du rocker Montréalais Jonas. Un cadeau que je voulais laisser au Sweetwater afin de renouveler un peu leur discographie stagnante des années quatre vingt dix. Je calai ma casquette sur ma nuque et traversai le complexe hôtelier et me dirigeai jusqu’au bord de l'autoroute à l'affût d'un taxi communautaire. En moins de cinq minutes d’attente, une camionnette blanche s'arrêta.

-Playa del Carmen por favor! dis-je au conducteur. Il était typiquement mexicain avec ses cheveux et sa barbe sel et poivre qui contrastait avec sa peau brûlée. Je lui offris de l'argent qu'il refusa d'un simple geste signifiant "plus tard". Il me fit signe de pénétrer en m'indiquant une place libre sur la deuxième banquette en arrière. Je me retrouvai assis auprès d’une femme et de son tout jeune enfant, une fillette de moins d'un an, joufflue, mignonne comme tout. Ainsi drapée dans une couverture artisanale aux couleurs vives, elle semblait être une délicate poupée. Le bébé me regardait intensément avec ses grands yeux noirs écarquillés. Je lui fis quelques gestuelles et grimaces qui semblèrent l'intriguer d'abord et l'amuser par la suite. La mère tout à fait charmante était heureuse de voir son poupon ainsi distrait. Dans le reste du véhicule je comptais une autre jeune femme et quatre hommes.  Tous étaient habillés d’habits ou d'uniformes de différentes couleurs, mis à part l'homme qui accompagnait le conducteur.  Ce dernier était un jardinier ou cultivateur comme le témoignais sa salopette et ses mains usées. Ces gens furent déposés lors de différents arrêts devant différents complexes de vacanciers. Ils étaient remplacés par d'autres employés aux tenues informelles et relaxes venant de terminer leur quart de travail.

Nous arrivâmes à Playa del Carmen qui vraiment était radieuse et animée sous le soleil de l’avant-midi. Je visitai de nouveau la plage encombrée par les nombreux touristes et adorateurs du soleil. Je déambulai dans rues et avenues achalandées sans trouver Ishell.Je m'arrêtai au Blue Parrot pour m'entretenir avec la réceptionniste. Bien qu'elle était vaguement au courant de l'incident de la soirée d'hier, elle n'avait aucune information à me reporter. Tout en quittant l'hôtel, je contactai la police pour prendre des nouvelles. J’étais frustré par leur nonchalance et le fait que les évènements d’hier avaient été relégués à celui d’un incident mineur. Ils promirent tout de même de communiquer avec moi si ils apprenaient quoi que ce soit de neuf dans le dossier.

Je consultai un bottin téléphonique; Playa del Carmen n’avait pas d’hôpital. J’appelai tout ce qui était un service médical dans la ville incluant la Clinica Medica del Carmen, laCamara Hiperbarica, Playamed ainsi que tous les médecins en liste. Tous me donnèrent la même réponse: Il n’y avait rien eu de notable hier et personne n’avait vu de femme correspondant à la description d’Ishell.

Je songeai au conseil de Rachel, de relaxer et tout laisser tomber. J’étais déchiré en même temps à Ishell ainsi qu'aux sentiments d'urgence et d'importance dont elle m'avait imprégnés lors de notre rencontre. Ce que je craignais le plus, c'est que ces hommes crapuleux aient pu mettre la main sur elle. Je devenais de plus en plus effrayé d'imaginer tout ce dont de tels bandits seraient capables pour arriver à leurs fins. Surtout que je savais bien que Ishell n'était pas une femme du type à se laisser intimider et céder devant ces hommes. Il m'était clair qu'elle refuserait de collaborer avec eux, de leur donner ce qu'ils désiraient. Je refusai de considérer plus longtemps cette éventualité en songeant à l'horrible sort qu'ils pourraient faire subir à la jeune femme.

Je parcouru la ville en inspectant de nouveau désespérément les nombreux restaurants, magasins et salle de réception d’hôtels. Je ne trouvai aucune trace d’Ishell. Nul ne la connaissaient ou ne se souvenait de l’avoir vu. 

 

Depuis les quais, je contemplai l'océan en direction de l'île de Cozumel en me demandant si Ishell n'y avait pas trouvé refuge. Je savais que de nombreuses navettes assurent chaque jour une vingtaine de liaisons entre Cozumel et Playa del Carmen. Je trouvai le traversier qui se préparait à partir bientôt. Je m’empressai à m’acheter un billet aller-retour et rejoignit le bateau. La traversée de dix-neuf kilomètre sur la mer agitée nécessita quarante minutes pour joindre le quai de l’Île de Cozumel. 

L’île était entourée par une mer turquoise d’une beauté exceptionnelle dont les tons de bleus plus pâles cachaient le spectaculaire chapelet de récifs coralliens qui avait donné à Cozumel sa réputation de paradis pour les plongeurs. Je pouvais distinguer à notre approche quelques bateaux de croisière en escale, les plages blanches qui ceinturaient l’île ainsi que la dense végétation qui lui donnait une couleur émeraude.

Nous accostâmes dans la petite ville de San Miguel qui était l’unique centre de population de l’île. Le quai menait sur l’avenida Benito Juarez où une bannière entre deux poteaux de bois nous souhaitait, en anglais et en espagnol, la bienvenue d’un côté et un bon voyage de l’autre. La ville de San Miguel n’était pas ce que j’avais imaginé : elle était beaucoup plus vaste et importante avec ses parcs, marchés, musés et hôtels de luxe. Ses rues s'entrecroisent à angle droit, tout comme à Playa del Carmen, ce qui me permettait de m'y retrouver très facilement. Je remarquai le choix habituel de boutiques et de restaurants longeant l'avenida Rafael E. Melgar, une promenade au bord de mer. Je croisai une petite épicerie/quincaillerie dans un petit centre d’achat et y pénétrai. Je cherchais des agents pour nettoyer le métal. Ne trouvant rien qui convenait, je me résolu à ma recette maison et j’achetai un petit sac de farine, du vinaigre blanc et du sel.

Je trouvai beaucoup d’activité au parc principal de la ville nommé la Plazza San Miguel. Je flânai dans la ville à la recherche Ishell. Je me rendis vite compte de la futilité de mon voyage. L'île s'étendait  sur 48 kilomètres du nord au sud et 16 kilomètres d'ouest à l'est. La ville de San Miguel regroupait plus de 90 000 habitants, je ne pourrais jamais trouver Ishell même si je savais pour certain qu’elle était ici. C’était déjà la fin de l’après-midi Je me résignai à consulter tout de même, sans succès, la police locale et le centre médical. Je raisonnai enfin que si Ishell était libre et voulais me contacter qu'elle pouvait le faire facilement en contactant elle-même les policiers. J'avais même le fol espoir qu'elle avait tenté de m’appeler et déjà laissé un message à l'Allure. J'étais maintenant pressé de rentrer. Je pourrais toujours revenir à Cozumel plus tard, il y avait d’après ce que j’avais entrevu de nombreuses ruines mayas et vestiges intéressants éparpillés sur l’île.

 



Véritable photos sans trucage; le photographe a remarqué le mystérieux objet des années après en classant ses photos de voyage.

Ferry to Cozumel par OneTigerFan
view of Cozumel from the ferry par Minnie_Adventures
Cozumel par pmntl
San Gervasio 2, Cozumel, Mexico par Mario De Leo
Maya statue par Planet 3
San Gervasio, Q. Roo par orion cc
Mexico, Cozumel, The Door par esinuhe69
Mexico 2008 Cozumel #5 par jdww
Par A. Saint
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Samedi 27 juin 2009 6 27 /06 /2009 21:17
4/10/2006-Mardi)

 

Un réveil fut pénible : chaque centimètre carré de mon corps me faisait souffrir. C’est avec précaution que je pris ma douche qui fut une véritable torture. Il était tôt, je décidai d’enfiler mon speedo et de profiter de la piscine que je savais déserte à cette heure. Je plongeai dans l’eau tiède et commençai à nager. Je pratiquai ainsi longueurs après longueurs de crawl. L’exercice et l’eau vivifiante ne firent oublier ma mauvaise nuit et me mirent de bonne humeur. Lorsque que réalisai que le complexe de l’Allure commençait à s’animer, je sortis de la piscine et m’engageai dans l’allée centrale. Le soleil brillait, il semblait se moquer de moi, lui qui était devenu mon pire ennemi. Je retrouvai dans le bosquet devant ma chambre mon ami l’iguane tout tranquille qui me fixait de ses yeux globuleux. Je me changeai et allai déjeuner tout en pensant qu’il me fallait considérer des activités alternatives aujourd’hui qui ne m’exposerait pas à l’astre du jour. Je repensai à cette visite à la ville voisine de Playa del Carmen qui était organisée en après-midi. Je m’y inscrit à la conciergerie et passai le matin tranquille sous un parasol.  

 

Nous n’étions en tout une vingtaine de personnes dans l’autobus en direction de Playa del Carmen, mis à part de notre chauffeur et notre guide. Je me joignis aux deux couples dont j’avais brièvement fait connaissance au courant de l’après-midi d’hier. Ils étaient déjà dans une discussion animée dans un français marqué par l’épais accent caractéristique du Sud de la France. Nous fîmes plus amplement connaissance. Le jeune homme séduisant dans la vingtaine avec une gueule de modèle était Ludovic. Je m’étais déjà mesuré à lui hier au Water-polo. Il présenta sa copine Dominique, une jolie jeune femme du même âge tout aussi athlétique que lui. Émile, plus âgé et réservé me serra la main à son tour. Il devait approcher la mi-trentaine. Il avait à ses côtés Rachel, sa femme. Je me rappelai de cette voluptueuse et exubérante rouquine qui prenait des bains de soleil à l’Européenne près de la piscine, n’ayant que comme seule pudeur une minuscule culotte ou un tong serré. Elle portait d’ailleurs en un ensemble de style bikini orange qui se voulait sexy mais que je jugeai provocant et de mauvais goût. J’avais l’impression désagréable qu’elle me déshabillait de ses yeux de la tête au pied. Elle sembla approuver d’un sourire. Je pensai méchamment que même le sourire de cette femme ne semblait pas plus naturel que le reste de son corps. J’appris que tous les quatre provenaient de la région de Lyon. 

-Vous avez abusé du soleil à ce que je vois dit Dominique en regardant ma rougeur corporelle avec sympathie. Ne savez vous donc pas au sujet de la couche d’ozone?

-Ne le gronde pas, coupa Ludovic. Tu avais toi-même la complexion d’un coquelicot la semaine dernière.

-Toi aussi, rouspéta Dominique. Ne l’oublie pas!

Elle griffonna une note qu’elle me donna.

Je fus surpris de lire qu’il s’agissait d’une prescription médicale.

Elle expliqua :

-La première est une pommade à base de benzocaïne et cortisone qui en plus de calmer la douleur préviendra toute inflammation. La deuxième est une lotion fabriquée localement à base d’Aloès et d’herbes naturelles qui fera des merveilles. Vous trouverez tout cela à  Playa del Carmen.

Je la remerciai en mettant la prescription dans ma poche.  Le teint hâlé de Dominique et de Ludovic constituait la meilleure des garanties qu’il s’agissait du meilleur remède pour ma peau brûlée. J’appris ainsi qu’ils étaient tous deux pharmaciens et qu’il possédait leur propre commerce. Émile m’informa à son tour qu’il était opticien et que sa femme était psychothérapeute spécialisée en sexologie. Il m’a fallut un immense effort de volonté pour ne pas m’étouffer de rire lorsqu’il m’annonça cela.

Ludovic s’efforça d’amorcer la conversation en racontant qu’il avait précédemment visité Montréal avec Dominique et qu’il adorait. Il ajouta qu’il s'agissait d'une ville qui avait de l’âme, une métropole d’Amérique avec des échos de son héritage Européen. Ils connaissaient bien le vieux Montréal où ils firent la promenade en calèche. D'ailleurs le terme « vieux Montréal » le faisait sourire. En effet qu'étaient quelques centenaires passés lorsque l'histoire de son propre pays s'étendait sur des millénaires? Il raconta qu'avec Dominique, ils avaient habité à l’hôtel Omni au coin de Peel et de Sherbrooke et en avait profité pour explorer tout le centre-ville et le Vieux Montréal adjacent. Ils avaient essayés les bagels de Fairmount et la viande fumée de chez Schwartz, tout deux de réputation internationale. Ils parlèrent d’un de leur restaurants préférés, le Zen au sous-sol de leur hôtel que connaissais et aimais également bien, ainsi que de l’Exception sur la rue St Hubert qui leur servit les meilleur hambourgeois qu’il n’aient eu l’occasion de goûter.

- Sans oublier les poutines! ajouta Dominique.

-Les quoi? demanda Rachel intriguée.

-La poutine, c’est une frite sauce avec du fromage à l’intérieur, c’est dégueu mais que c’est bon! expliqua t’elle avec enthousiasme. Leur meilleure était celle au fromage bleue et à la sauce aux trois poivres!

Rachel grimaça et s’adressa alors à moi, sans aucune gêne, avec tous ses charmes de requin femelle :

-Est-ce que les gens de Montréal sont tous des spécimens comme vous?

Je la regardai incrédule ainsi qu’Émile qui ne semblait nullement consterné. Nul ne pouvait me voir rougir avec mon coup de soleil, mais mon malaise devait être évident.

Dominique répondit à ma place :

-Oui, en grande partie tous aussi beaux et charmants!

La conversation se termina ainsi, notre guide nous informant que nous étions arrivés. Le voyage était heureusement court,  Playa del Carmen n’étant qu’à une trentaine de minutes de notre hôtel. Nous nous engageâmes dans une sortie au niveau du centre d’achat que j’avais vu plus tôt avant-hier. C’était donc là, Playa del Carmen!

La guide prit la parole et nous expliqua que jusqu’aux années mil neuf cent quatre-vingts,  Playa del Carmen avait été un village de pêche tranquille, mais que depuis ce temps ce village connaissait un développement accéléré en voie de devenir une ville des plus importantes économiquement pour le Mexique. Sa population avait doublée au cours seulement des dernières années et continuerait à croître à un taux effréné avec le développement prévu dans la région. Ce développement était attribuable en grande partie aux européens qui ont redécouvert les plages blanches albâtre de Playa del Carmen, le surf, les coraux et le train de vie relaxe de ce coin du Mexique.

Elle illustra les méfaits du développement démesurée en nous donnant un autre exemple : En raison de la popularité croissante et de la croissance trop rapide de la ville on décida en 1994 de dépaver les rues et les creuser pour permettre l’installation d’égouts et d’aqueduc, ce qui bien sûr était une bonne chose. Elle ajouta ensuite que même aujourd’hui en raison de manque de financement, la ville n’avait pas assez d’argent pour repaver l'ensemble de ses rues ce qui a conséquemment laissé de nombreuses avenues comme des champs de guerre. Les rues étaient parsemées de cratères et de trous d’eau qui rendaient la circulation difficile en nécessitant de constamment naviguer et zigzaguer entre ces obstacles.

Je pensai à ce moment, amusé, que l'on observait exactement les mêmes problèmes à Montréal.  Notre guide continua sa présentation en nous invitant à explorer la rue principaleJuarez, aussi appelée cinquième avenue, qui agglomérait restaurants et boutiques en bordure de la plage. Elle nous informa qu'il y avait un terrain de golf dans la région et c’était des quais de Playa del Carmen qu’on pouvait prendre le traversier vers la luxueuse île de Cozumel. On trouvait d’ailleurs à Cozumel les plus beaux coraux de toute la région faisant parti d'un banc qui s’étendait sur près de 1000 kilomètres englobant les côtes du Mexique, de Belize, du Guatemala et du Honduras.

Elle conclue en nous invitant à apprécier Playa del Carmen telle qu'elle était aujourd’hui en nous avertissant que demain ou dans quelques années cette petite ville risquait d’être méconnaissable et d'ainsi perdre le charme qui la rendait unique dans sa transformation en « nouvelle Cancun du sud ».

Elle ajouta que l’autobus quittait Playa del Carmen à huit heures mais que nous pouvions profiter de vie nocturne de la ville en prenant une des navettes blanches de la dixième rue (Calle) qui nous déposerait à l’hôtel pour la somme modique de 20 pesos ou de prendre un taxi en faisant attention de ne pas se laisser berner par les prix.

Ludovic me guida à une pharmacie et j’achetai les pommades que m’avait prescrites Dominique. Nous nous dirigeâmes vers la plage qui était vide de tout adorateur du soleil, son sable fin martelé par les attaques d’une mer agitée. La marée semblait haute et les vagues violentes au grand bonheur évident des surfers. Je profitai de la plage pour enlever ma chemise et m’enduire le corps des deux onguents médicamentés sous l’œil appréciatif de Rachel. Le soulagement fut immédiat. Aussitôt, j’eu l’impression que le feu vif qui me torturait l’épiderme depuis la fin d'après-midi s’était enfin éteint. Je me sentais parfaitement bien et d’excellente humeur. 

Nous gagnâmes la cinquième avenue qui était l’artère touristique de Playa del Carmen, une avenue piétonnière achalandée et particulièrement féerique. A chaque pas nous étions harcelé par des vendeurs enthousiastes nous invitant avec insistance à visiter leur boutiques. De nombreux restaurants tout aussi alléchants les uns que le autres avaient aussi pignon sur rue. Des restaurants italiens dans des décors de jungle, des grillades présentant leurs steaks gigantesques aux abords de la rue, des restaurants mexicains animés et  bien sûr des poissonneries toutes aussi impressionnantes par la grosseur des prises monstrueuses affichées.  Tous semblaient de première classe mais mes amis français étaient déjà familier avec la ville, il choisirent un restaurant, le Captain’s Bob où nous fûmes accueillit par une jeune et jolie hôtesse qui m’apprit être originaire de Vancouver en Colombie Britannique. Le restaurant était en grande partie à ciel ouvert, installé dans un jardin sauvage. Ils nous offrirent de goûter à des crevettes à la noix de coco et  servirent différentes entrées. Mes amis choisirent de partager un Château Briand et moi l’assiette de fruit de mer du Capitaine. Les conversations étaient joyeuses et informelles et j’avais l’impression de me retrouver parmi de vieux amis que je connaissais depuis toujours. J’appris qu’avant d’être vacanciers à l’Allure, ils étaient restés à Campeche. Mais que si ils avaient su, ils seraient venus directement à l’Allure.  C’était leur dernière semaine de vacances, ils retournaient en Europe vendredi, ce qui me chagrina quelque peu. Même Rachel me surpris avec une grande profondeur. Elle croyais beaucoup aux valeurs spirituelles et était avide de tout ce qui constituait les religions du nouvel âge. Je l'avais mal jugée, elle était d'excellente compagnie lorsque l'on comprenait que son flirt n'était qu'un jeu, sa façon non conventionnelle à elle de nous provoquer afin de nous connaître. J’avais quatre invitations à venir visiter Lyon et Nice et réciproquement je les invitai tous à Montréal. Nous nous régalâmes de banane flambées et crème glacée maison comme dessert.

Après toute cette bonne chaire bien arrosée, nous nous dirigeâmes vers le phare. Un escalier extérieur en ciment lovait, tel un serpent, ce bâtiment jusqu’à son sommet. Nous regardâmes de là-haut un spectaculaire crépuscule où le ciel lui-même sembla s’embraser lors de la descente du disque nacre du soleil sur les terres émeraude de l'ouest et dont la lumière mourante sanguine colorait la mer derrière nous. Nous prîmes quelques photos et nous rejoignîmes de nouveau la cinquième avenue alors toute apprêtée de lumières colorées et festives afin de profiter de la vie nocturne trépidante de Playa del Carmen. J’analysai en chemin l’architecture qui défilait devant moi et détectai une forte influence italienne et allemande dans différents bâtiments. Cet amalgame d’esprit européen jumelé à l’esprit mexicain et des caraïbes créait une ambiance unique et des plus sympathique. Ainsi distrait, je perdis de vue mes amis qui avaient sans doute pénétré dans une des nombreuses boutiques de la rue sans prévenir. Je me trouvai devant le Blue Parrot, un hôtel bar particulièrement invitant. L’hôtel était un bâtiment blanc aux lignes blanches et fluides avec un design gracieux. Dans son antre, j'y retrouvai une piscine serpentine se faufilant entre des balcons arrondis. Le Blue Parrot n’avait rien à envier aux structures d’Art Déco de Miami. L’hôtel avait un bar directement situé sur la plage, bordé par des torches et animée par des spectaculaires danseurs du feu. Mais cette animation ne m’attirait pas; je m’éloignai vers le phare, vers la quiétude de la mer.

C’est alors que je la trouvai, telle une magnifique nymphe des mers, scrutant l’horizon lointain. À la vue de cette grande femme, j’en eu le souffle coupé. Jamais, au grand jamais, je n’avais vu une femme d’une aussi grande beauté. Sur ses longs cheveux de grès dansaient, selon les caprices du vent et des éclairages, des reflets iridescents tels une multitude d'étoiles scintillantes dans le firmament. Et telle la lune magnifique et resplendissante entrecoupant les nuages de minuit, son doux et merveilleux visage illuminait l'auréole noire de sa coiffure.  Elle était vêtue d’une étoffe diaphane exotique, blanche et ivoire, qui révélait les formes exquises de sa chair ambrée et laissait deviner la ligne ravissante de ses épaules et de sa poitrine. Ses pieds fins étaient chaussés de sandales légères dont les fins lacets entouraient jusqu’au chevilles des jambes parfaites. Elle se tourna vers moi avec une expression qui exprimait la plus grande des détresses. Il m’était évident qu’elle avait besoin désespérément d’aide. J’accélérai le pas et alla la joindre. 

- Ça va mademoiselle? Vous avez besoin d’aide?

Puis dans mon espagnol de touriste :

- ¿Eso va señorita? ¿Necesitan ayuda?

Elle me répondit :

- Je suis fille d’Ishell comme ma mère avant moi et une multitude de mères avant elle. J’ai perdu mon Vigil et j’ai en effet besoin de votre aide.

-Que voulez vous dire? demandais-je sans rien comprendre à cette phrase énigmatique.

Comme réponse, elle s’accrocha à mon cou et m’administra un profond baiser, long et langoureux. Je ressentais toute sa passion, mais aussi sa mélancolie et sa tristesse. Je me sentais dissoudre en elle tout comme elle fondait en moi. C’était comme si à un niveau fondamental nos essences s’entrelaçaient, se mélangeaient.

- Je regrette .... dit-elle tristement en terminant son embrasse.

Encore choqué et éberlué, j'eu peine à lui demander d'un souffle :

- Quoi? Ce baiser?

- Non, pas du tout! Je regrette d'avoir été aussi égoïste et imprudente et surtout de vous mettre ainsi dans un terrible danger. Mais je n'ai plus de choix! s'excusa t'elle.

- Je ne comprends pas, lui dis-je tout simplement. Pourquoi moi? Nous ne nous connaissons pas du tout! D'où venez vous?

 - J'ai un faible pour les hommes aux cheveux à la couleur du soleil du midi et aux yeux de la couleur du ciel, admit-elle en me touchant la joue et laissant son visage s'illuminer d'un sourire. Et je vous connais déjà un peu. J'ai senti à quel point vous êtes fort et valeureux. Je crois que vous avez peut-être une chance de réussir là ou j’ai échouée avec mon Vigil.

Je ne comprenais rien de ce qu'elle disait; que diable était un vigil? Je ressentais pourtant que tout ce qu’elle me disait était de la plus haute importance et qu'elle n’était pas une hystérique. Sa peur et son désespoir étaient pour moi presque palpables. J’avais constamment l'impulsion de la serrer contre moi, de vouloir la rassurer. Elle ajouta qu'elle avait débarquée à Cozumel, ce qui avait du sens, cette île étant à proximité et possédant un aéroport international. Je voulais désespérément comprendre ce qui pouvait terrifier une telle femme, mais je n’en eu pas le temps. C’est à ce moment que des ombres menaçantes fondirent sur nous et nous entourèrent avant que nous ayons eu le temps de réagir. Fait surprenant, il s’agissait d'hommes caucasiens qui se jetèrent brutalement sur nous comme des chacals enragés. Je m’efforçai gauchement de rendre coup sur coup en protégeant la jeune femme de mon corps mais j’étais submergé. Alors que je pensais à Ishell qui était en danger, je retrouvai ma concentration ainsi qu'une nouvelle vigueur. Avant que l’un des mes agresseurs ait pu relever le bras, j’abattis brutalement mon poing sur sa gueule. Je sentis son nez s’aplatir sous mes phalanges et ses dents céder sous l’impact. Hors de combat, il se réfugia, tout son visage sanglant, en arrière de deux autres hommes qui se ruèrent aussitôt sur moi. L’un me prit à la gorge tandis que l’autre me frappait sans relâche, tout deux cherchant à me déséquilibrer et à me faire tomber. Je cédai volontairement et me laissai choir sur un genou laissant ainsi mes deux agresseurs désarçonnés pendant un instant. Avant qu’ils ne reprennent leurs attaques, j'en profitai pour saisir le bras de celui qui m’étranglait à la gorge pour le faire tournoyer. Je positionnai sa hanche qui y était connecté contre mon flanc et le soulevai à force de bras et le précipitai contre mon autre agresseur. Le corps de l’homme effectua un bref vol plané pour s’écraser contre son complice et finir inerte sur la plage, étendu de tout son long. Je réalisai avec soulagement du coin de l’œil que Ishell allait bien et qu’elle profitait de l’aide impromptue d’un jeune homme qui tenait en respect un de ses assaillants. Cette distraction aurait pu m’être mortelle; j'ai faillit être surpris par l'agresseur restant qui revenait à la charge en fonçant avec un couteau au poing. Je n’hésitai aucunement et allai à sa rencontre en adoptant une position défensive. J’esquivai de justesse son coup de lame et réussit à lui empoigner sa main armée au retour et lui tordit son bras de toutes mes forces. L’os ne résista pas: je l’entendis craquer dans un bruit sinistre. L’homme émit aussitôt un cri de douleur et s’écroula dans le sable en se tordant et en gémissant tout en tentant de soutenir son bras branlant. Il restait encore deux hommes. L’un menaçait Ishell de son arme, l’autre emprisonnait le jeune homme venu nous aider dans une prise. Je m’avançai vers eux d’un air résolu. Je vis qu'il y avait aussi à ce point d'autres gens qui se rapprochaient sans doute attirés par les cris du combat. Les deux hommes me regardèrent ainsi que leur trois camarades gémissant à mes pieds. L’un lâcha prise et pris la fuite tandis que l’autre du coup de son couteau trancha la sangle du sac à main d’Ishell et lui arracha avant de courir à toute jambe à la suite de son complice. Je partis aussitôt à la poursuite du voleur. Je le rattrapai dans mon sprint et plongeai en lui empoignant les chevilles. Il tomba à plat ventre sur le sable et sur le coup, le sac à main tomba en se vidant de son contenu.  Je retins l’homme contre le sol de tout mon poids en lui forçant le visage contre terre. J’étais talonné par le jeune homme qui avait assisté Ishell.Réalisant que cette dernière avait été laissée seule, je me retournai et regardai derrière.Je ne vis aucune trace d’elle dans le groupe grandissant de curieux qui s’assemblaient.

J'émis un juron. Ishell avait disparu ainsi que les agresseurs que j’avais précédemment blessés. Au moins j’en tenais un!

-Qui êtes-vous? beuglais-je, en lui resserrant comme un étau la clé que j’effectuais avec mon bras autour de son cou. Que nous voulez vous? Que voulez vous à Ishell?

-Vous feriez mieux de me laisser partir, souffla l’homme d’un ton glacial et sinistre, ou vous ferez face à des forces dont vous ignorez tout, et qui je vous promet, vous détruiront sûrement!!!

Je ne me laissai nullement intimider et le retint immobile.

La police arriva enfin. M’éclairant de sa lampe de poche, un officier m’ordonna de lâcher prise à la menace de son arme. Je m’écartai doucement en gardant mes mains bien en vue des officiers et en reculant. L’homme se releva et m’adressa furtivement une menace sinistre:

- You are dead! (Vous êtes mort!)

Sa coupe de cheveux ras, son apparence me suggérait un militaire. Mais de quelle armée? Il n’était évidemment pas, avec sa peau blanche et ses cheveux pâle, un mexicain.Il s’adressa aux officiers en disant:

-Este perro vicioso me atacó sin razón. Él estaba después del dinero de mi esposa.

Ce qui voulait dire que j’avais volé l’argent de sa femme et que j’étais un chien vicieux qui l’avait attaqué sans raison.

-¡Es une mentira! C’est un mensonge! répliquais-je aux policiers. Ils me fouillèrent et me prirent mon portefeuille et examinèrent mes pièces d’identité. 

 

Le jeune homme qui m’était venu en aide s’approcha de l’officier. Il me pointa du doigt :

-¡Hola! ¡Soy un testigo! ¡El hombre rubio grande está diciendo la verdad! ( Je suis un témoin! Le grand homme blond dit la vérité !)

 

Il semblait être connu des policiers qui lui posèrent des questions précises. Il raconta toute notre histoire devant les officiers attentifs ainsi qu’un homme vêtu en civil. Je devinais qu'il s'agissait d'un officier supérieur ou d'un détective. Il fit un signe à ses subalternes qui procédèrent aussitôt à une fouille en règle de l’agresseur d’Ishell alors qu'on lui forçait à garder les mains à sa tête. Les policiers consternés trouvèrent en plus de son poignard à lame rétractable, un pistolet automatique. Il n’avait apparemment aucune pièce d’identité sur lui. L'homme ne dit pas un mot alors que l'on l'informait de ses droits. Je croisai son regard plein de haine et de mépris au moment où les officiers lui passèrent les menottes. Les policiers l'escortèrent de force vers leur véhicule illuminé par ses brillants gyrophares.  J'observais tout autour de moi les nombreux curieux venus assister à cette scène. J'étais à la fois inquiet et déçu de ne voir Ishell nul part.  Je regardai la voiture de police démarrer et partir avec ce brigand qui se retrouverais probablement avec des charges criminelles d'assaut à arme blanche avec intention de blesser, de vol ainsi que de possessions d’armes illégales déposées contre lui. Ses menaces ne m'avaient nullement inquiétées car je savais qu’il serait en prison un bon bout de temps. J’avais la permission d'un policier de les aider à ramasser le contenu du sac d’Ishell. J'examinai le contenue dispersé du sac et à première vue, il n’y avait rien de valeur mis à part d’un peu d’argent. Le jeune homme qui était venu au secours d'Ishell m’assista en s’occupant des billets de pesos poussé par le vent alors que je ramassai du change, des pièces de un, cinq et dix pesos qui s’étaient réparties sur la plage.  Pendant ce temps, j’entendis les policiers s’adresser à la foule en recherchant des témoins :

- ¿Hay otros testigos? Are there any other witnesses?

Quelques gens se présentèrent et les policiers notèrent leur déposition.

Je me rappelais d'avoir lu ou entendu que le sac à main d'une femme en révélait beaucoup sur elle. Le sac d'Ishell était élégant mais tout ce qu'il y avait de plus ordinaire; un sac artisanal probablement acheté dans une des nombreuses boutiques touristique de la cinquième avenue. Mis à part la petite somme d'argent, il n'y avait rien dans ce sac; aucun objet personnel, aucun trousseau de maquillage, pas même un rouge à lèvre, du fard à paupière, brosse à cheveux, gomme ou simple papier. Bref, il n'y avait rien de ce que je me serais attendu de retrouver dans le sac d'une femme, rien qui m’apprenait quoi que ce soit sur cette Ishell. Le jeune homme vint me joindre et me présenta la liasse de billets qu'il avait rassemblée. Je le remerciai, remis l'argent dans le sac et le restituai aux policiers. J'aurais voulu entamer une discussion avec le jeune homme mais ce dernier était affairé à raconter et à mimer de façon exagérée son aventure à ce qui semblait être un groupe d'ami. Ces derniers me regardaient parfois furtivement d'un air incrédule ou fasciné.

Je profitai de ce moment pour retourner à l’endroit ou j’avais laissé Ishell. Il n’y en avait aucune trace. Aux alentours, le sable de la plage était souillé de taches sombres, celle du sang de ceux qui nous avait agressés. Ils avaient eux aussi tout comme Ishell disparus! Je contemplai mes propres mains sanguinolentes. J'étais complètement abasourdi. A court d'adrénaline, je me laissai choir par terre, choqué, épuisé, vidé de toute mon énergie. Je réalisais à peine l'ampleur de ce qui venais de se passer tellement que tout cela me semblait irréel. Je me demandais comment j'avais été capable de mener ce combat de forcené; la réponse m'était toute simple: Ishell!

L’officier de la police vint me joindre. Il me remis mes papiers et avait déjà noté mon identité. Il s’adressa à moi en anglais:

-Monsieur Michael, vous allez bien? Vous n’êtes pas blessé ?

Je lui hochai négativement la tête en m'efforçant péniblement  de me relever. Je tremblais de tout mon corps sans pouvoir m'arrêter; j'avais le souffle court, mes jambes elle-même me semblaient molles et chancelantes, menaçant de défaillir. Je me ressaisis en faisant un grand effort de volonté et m'efforçant à prendre de lentes et profondes respirations.  

-Vous pouvez me raconter votre histoire en détails ? demanda l'officier, stylo à la main et carnet de notes ouvert. 

Je lui parlai de ma rencontre avec Ishell, de l’attaque que nous venions de subir et de sa disparition.

L’officier était attentif et sympathique à tout ce que je disais. Il fut surpris d’apprendre que je n’avais jamais rencontré Ishell auparavant et que je ne connaissais même pas son vrai nom. Il était tout comme moi surpris et déçu que son sac ne fournisse aucun indice sur son identité.  Il sembla satisfait de mon témoignage. Nous étions tout deux perplexes sur le fait que les agresseurs étaient tous des hommes blancs et non des gens locaux et il me demanda si j'avais une idée là-dessus.  Je ne pouvais que lui répondre négativement de toute bonne foi.

Il conclut :

-Si je comprends bien, vous n’avez été qu'un bon samaritain et cette femme était la cible visée par cette agression et ce vol?

-Absolument, il faut que vous la retrouviez, elle peut-être en danger! répliquai-je urgemment au policier.

-Nous avons sa description. D’un demi-sourire, il tenta de me rassurer :

- Une femme comme cela, ça se remarque! On va sûrement la retrouver!

Il hésita un moment à poser la question suivante.

- Ceci est tout à fait en confidence entre vous et moi. Parlez sans crainte de poursuite. Est-il question de drogues ici ? Vous ou elle ?

- Bien sûr que non répondis-je sèchement.

- Prostitution ?

- Non ! Ce n’est pas ce genre de femme. 

J’étais amer après avoir traversé tout cela et d’entendre de tels soupçons de la part de l’inspecteur.

Il remarqua ma réaction et continua :

- Votre version des faits corrobore celles de tous les témoins que j’ai entendus. Il fallait que je vous pose ces questions. Vous restez à l’Allure?

Je lui fit signe que oui.

-Nous communiquerons avec vous si nous en avons besoin. Et si nous retrouvons la damoiselle, nous la prions de vous rejoindre. Nous laisserons un avis au personnel du « Blue Parrot » et aux hôtels des environs à son effet et garderons son sac d’ici à ce qu’elle le réclame. Attendez un moment s’il vous plaît, vous serez examiné pour s’assurer que vous n’avez pas subit de blessures graves. Je vous reviens après.

Deux hommes m’escortèrent dans le fourgon derrière une ambulance. Malgré toutes mes assurances que j’allais bien et que ce n’était pas nécessaire, les ambulanciers insistèrent tout de même et procédèrent à un examen de routine et traitèrent mes abrasions avec un antiseptique. Ils me laissèrent aller quelques minutes plus tard. Je les remercia et saluai alors qu’ils fermèrent leur l’ambulance et se préparaient à repartir.

Je repensai aux agresseurs et restais perplexe : l’inspecteur avait raison, tout cela avait l’apparence d’une affaire criminelle, une guerre de cartel. Ces hommes avaient sans doute convoité quelque chose qui leur était d'une très grande valeur. Leur attaque n’avait pas été dirigée contre la personne d'Ishell; c'était son sac qu'ils avaient tenté de lui dérober et pourtant je savais bien qu'il ne contenait rien qui aurait pu justifier une telle agression.J'étais certain qu'ils n'avaient pas eu le temps de mettre la main sur quoi que ce soit en raison de mon intervention.  D'ailleurs le voleur avait été scrupuleusement fouillé devant moi et il n'avait rien d'exceptionnel sur lui mis à part son arsenal. Ishell devait donc avoir en sa possession quelque chose de précieux ou sans prix pour ces hommes sans scrupules. Je déduis donc qu'elle était en danger plus que jamais...

 

Danger... Que m'avais t’elle dit déjà? Qu'elle regrettait de m'avoir ainsi mis en danger! Pourtant elle ne m'avait rien laissé mis à part ce baiser! Je me rappelais la douceur de ses lèvres contre les miennes et de ses mains enlaçant mes hanches...  Je réalisai ce qui avait dû véritablement transpirer à ce moment et souhaitais de tout mon coeur d'avoir tort. Tout en replaçant mon portefeuille, je  parcouru rapidement mes poches de pantalon à la recherche d'une fiole, sachet ou tout autre objet qui aurais été laissé par Ishell. Je trouvai une pièce ronde dissimulée dans ma poche arrière. Ceci confirma mes doutes. Cette poche était vide auparavant; je n'y laisse jamais rien. Elle m'avait donc été confiée par Ishell, c'est donc cela qu'elle cherchait à me dire. Le baiser n’avait été qu'un subterfuge pour me refiler cette pièce. Cette réalisation me déçu amèrement; j'avais été utilisé, manipulé et mis en danger. Et tout cela pourquoi au juste? J’examinai rapidement la pièce d'Ishell : il s’agissait d’un disque de terre cuite d’environ trois centimètre et demi. Il était ancien, grossier et endommagé, il y avait même une fissure sur son diamètre. Je craignis que je l’aie endommagé dans ma bagarre. Une inscription s’y trouvait à peine visible, effacée et couverte par des résidus.

Ce disque à première vue me sembla sans aucune valeur apparente, du moins rien qui pourrais justifier la convoitise de ces bandits.   La découverte de cette pièce de Terra Cota évoquait d'ailleurs dans mon esprit plusieurs questions sans me laisser pour autant aucun élément de réponse. Je m'interrogeais sur ce que cela pouvait être et surtout sur ce que devais-je faire avec.  Je regardai avec suspicion les gens autour de moi en craignant qu’ils dissimulent d'autres filous. Je décidai donc que prudence était de mise et remis le disque discrètement dans ma poche en résistant à ma tentation de l'examiner d'avantage.Je songeai alors que de résoudre le mystère de cet objet éclaircirait l'énigme qu'était Ishell. L'inspecteur de la police revint. Il me tendit une carte. J’y lu son nom, officier détective Rodrigue Callas.
-Si vous vous souvenez de quoi que ce soit d’autres, contactez-moi immédiatement!

Juste à ce moment, j'aurais été tenté de me confier à lui et de tout lui dire de ma découverte mais je ne lui dit rien d'autre qu'un remerciement distrait en ajoutant sans conviction:

- Oui, bien sûr! Et vous si jamais vous retrouvez la femme prévenez-moi s’il vous plaît, ne serait-ce que pour me dire qu’elle va bien.

-Vous avez terminé avec lui? demanda le jeune homme qui m’accompagnait depuis cette attaque.

-Si! répondit l’officier. Je le laissais partir justement! Tu es en retard à ton travail Dago!

L’officier me serra la main, s’adressa à moi une dernière fois avec un conseil amical :

-Essayez Señor d’éviter les ennuis!  

-J’essaierai! Je lui promis. Il nous salua de la main et partit.

Dago me prit par le bras et m’entraîna avec lui sur la dixième rue. C’était un jeune latino aux cheveux brun foncés et d’un aspect soigné. Il ne devait être au début de la vingtaine.  Nous nous arrêtâmes avant la dixième rue tout juste avant la dixième avenue devant une affiche « Sweetwater Bar&Grill ».

Je lui demandai alors la question brûlait mes lèvres depuis que nous avions quitté la plage:

- Dis-moi cette dame que nous avons aidée à la plage, tu la connaissais, tu sais où je pourrais la retrouver?

- No señor! Je pensais qu'elle était votre petite amie répondit-il simplement.

Il ajouta, sans doute en raison de mon évidente déception:

 -Je suis désolé señor de ne pouvoir vous aider d'avantage!

- Merci de ton aide Dago lui dis-je en lui serrant la main. Je dois la rechercher, la retrouver et m'assurer qu'elle va bien.

Dago me pria :

-S’il vous plaît, Monsieur. J'ai à mon tour besoin de votre aide. Vous expliquerez pourquoi je suis en retard à mon patron.

-Pourquoi moi? demandais-je quelque peu amusé par ce jeune homme nerveux et énergétique.

- Il va vous écouter vous, tenta t’il d’expliquer, ou du moins vous allez sûrement l’impressionner.

J’aurais préféré rechercher Ishell dans la ville immédiatement mais la détresse du jeune homme me semblait tellement sincère que j’étais prêt à l’aider. Un détour de quelques minutes, tout au plus. Il m’amena au petit bar, tout juste à droite de l’entrée.

Dago salua tout le monde et pris la place derrière le Bar. Il était vraiment sympathique. Je notai le drapeau arc en ciel et compris tout de suite où j’étais.  Un homme dans la quarantaine, mince aux cheveux argent fit son apparition. Il avait un visage angulaire basané et un air sévère mais sa chemise bleu poudre et ses jeans blancs démesurément serrés n’avaient rien de macho.

Il faudrait jouer la carte de charme souriais-je. Je me dressai devant lui avant même qu’il puisse atteindre Dago. Je le dépassais d’une tête et m’adressai à lui en lui serrant la main :

-Je suis venu remercier ce jeune homme héroïque. Il est venu m’aider à la rescousse d’une femme qui a été attaquée.

Je voyais que je l’impressionnais physiquement en tout cas mais je détectais un scepticisme de sa part. Je lui remis la carte du policier.

-Vous pouvez vérifier.

-C’est pas nécessaire. Je vous crois mon ami. Vous n’êtes pas une de ses fréquentations habituelles répondit-il avec un sarcasme dirigé vers le jeune barman.

Il ajouta :

-Dago un verre pour le Monsieur. Que désirez vous?

-Vodka tonique serait parfait merci!

-Vous êtes de quel région? demanda t’il en m’offrant une cigarette que je déclinai. Il s’en alluma une et engagea la conversation. J’appris ainsi qu’il s’appelait Enrique, un espagnol originaire de Madrid.  Il parlait même un peu le français. Je réalisai également qu’il était très tactile car il utilisait le prétexte de chacune de ses paroles pour me toucher quelque part. Au moins j’avais réussit à capter toute son attention et il avait oublié Dago.

Il m’apprit que le complexe s’étendait de la sixième jusque à la dixième rue et qu’on y trouvait un café, une discothèque, un grand restaurant et même un salon de tatouage. Il était même possible d’arranger des excursions de pêche ou de plongée au large de Cozumel. Sweetwater était un des rares établissements de la région de Riviera Maya dédiés « aux amis de Dorothée ». En fait Rodrigue expliqua que si j’avais demandé aux gens de la ville de m’orienter pour trouver cet endroit on m’aurais sûrement menti et donné de fausses direction. Devant mon air incrédule, il commenta en soufflant la fumée de sa cigarette :

-Ce n’est pas tout le monde qui nous aime, même au paradis!

Rodrigue fut demandé à l’arrière cuisine. Il écrasa sa cigarette et s’excusa. Je lui souris poliment de toutes mes dents en lui promettant de le revoir plus tard.

Dago me servit une nouvelle rasade d’alcool que j’avalai d’un trait.

-Merci, merci! répéta le jeune barman. Vous avez fait de lui l’homme le plus heureux du monde et quand il est heureux nous, nous sommes tous heureux!

Il me montra tout le personnel environnant, les cuisiniers et les serveurs.

Je comprenais comment Rodrigue pouvait être austère. J’avais décelé en lui un homme d’affaire avant tout et il avait vraiment le cœur dans son commerce. Je le vis du fond de complexe me saluer et me pointer du doigt en me montrant à d’autres clients et employés.Je ne me rappelais pas d’avoir été ainsi le centre d’attention de tout un bar, il fallait bien que je vienne à Playa del Carmen pour cela.

Mes pensées se dirigèrent vers Ishell. Qui était cette femme mystérieuse? Pourquoi me faisait-elle autant d’effet. D’où venait-elle? Elle évoquait par sa stature élancée, sa peau ambrée et ses cheveux d'ébène la noblesse des anciennes races méditerranéennes. De plus les traits gracieux de son visage semblaient parfaitement assignables aux indigènes du Yucatan, les mayas, si ce n’était de sa grandeur. Quels périls la guettaient et de quels dangers me prévenaient-elle? La menace de l'homme que j'avais capturé résonna dans mon esprit.

Je n’avait pas finit mon verre que déjà  Dago m’en servait un autre que je bu avec la même avidité. Le choc du combat, la vision d’Ishell me revenait, j’en tremblotais. Ces gens qui la traquaient qui étaient-ils, d’où venaient-ils? Dans quoi je venais de m’embarquer?

-Quel combat! dit Dago admiratif. Vous vous êtes battu comme un vrai fauve!

-C’est la première fois que je me battais ainsi pour vrai lui révélais-je, du moins contre des hommes. Je me suis déjà battu contre un ours!

Il pensait que je blaguait et ne me prit pas aux sérieux. Devant son incrédulité, je lui montrai les cicatrices sur mon torse. Il en resta bouche bée.

Tout en ballottant le contenu de mon verre, je me demandais encore pour la centième fois d’où provenaient ces hommes que j’avais blessés. Sûrement qu’ils auraient besoin de soin médicaux. Ils seraient ainsi possibles de les retrouver.  Peut-être quelque chose à mentionner aux policiers bien que j'étais certain qu'ils y avaient déjà songé eux-mêmes.

Dago commençait  la préparation d'un autre verre, mais je l’interrompis. Jusque là, l'alcool m'avait fait du bien et relaxé m'ayant lavé en quelque sorte de mes frayeurs et de ma nervosité. Je n'en voulais pas plus, désirant avant tout de partir à la recherche d'Ishell qui peut-être j'espérais, m’attendait quelque part. J'insistai pour régler ma note, saluai Dago avec la promesse de revenir. Pendant des heures, je déambulai en vain sur la plage et les rues éclairées de la ville en guettant tout les gens que je croisais. J'étais à l'affût de ma mystérieuse inconnue dans les différentes boutiques, bars, restaurants et lobbys d’hôtels.Je poursuivis mes recherches jusqu'à ce que la cinquième avenue soit abandonnée par ses marchands et touristes et que la ville elle-même, enfin tranquille, sembla s'endormir. Je  me résignai donc à abandonner et hélai un taxi en lui demandant de me ramener à l'Allure. Le chauffeur était agréable et me demanda si j’avais bien fêté.  Je lui répondis que je rentrais et que j’avais assez vu d’action aujourd’hui. Il me demanda d'où je venais. Je lui répondis Montréal au Canada.

Il me sourit dans son rétroviseur:

- Hiver là-bas! Neige, froid, pas comme ici!

Je lui répondis simplement par un hochement de tête et un sourire forcé. J'avais le coeur lourd et n'avais aucune envie de m'engager dans une conversation. Le ciel à ma droite s’illuminait à la lueur d’éclairs de chaleurs lointains. Nous arrivâmes enfin à l’hôtel. Je remerciai le chauffeur et le paya en lui laissant un généreux pourboire. Je rejoignis ma chambre pour découvrir, avec frustration, que ma clé magnétique ne fonctionnait plus. Je me rendis au bureau de réception où ma clé fut remplacée. L’air frais du large me réveilla.  Tant qu’à être tout près, je me rendis à la plage. Tout y était calme et paisible. Je m’étendit sur une chaise longue et m’abandonnai au murmure répété des vagues.

Tu parles de vacances!

Le ciel était clair, je distinguais parfaitement le trait céleste de la voie lactée. Je reconnaissais aussi l’arrangement des différentes constellations en regardant tour à tour Orion, la grande ourse, la lyre, l’aigle, le cygne. Le faisceau périodique du phare de Tulum balayait aussi l’horizon. Je méditais sur tout ce qui venait de se passer. Je repensai Ishell, j’avais honte d'une part de l’avoir ainsi abandonné mais de l'autre je craignais d'avoir futilement perdu mon temps. J'émis un profond soupir: Comment cette belle inconnue avait-elle pu me toucher aussi profondément? Je ne croyais pas aux coups de foudre mais notre baiser m’avait laissé l’impression étrange d’une communion intime et profonde. Mais qui était-elle, d’où venait-elle? Chose certaine, elle était entouré d’intrigues et de grands dangers. Il s’ajoutait à tout cela bien sûr cette pièce d’argile cuite qu’Ishell m’avait laissé. En quoi ce disque pouvait avoir de la valeur? Apporterait-ils des réponses à l’énigme de Ishell? Comment le savoir? Je relaxai tout simplement lorsque je remarquai une nébulosité croissante dans le ciel et la lueur fantomatique d’éclairs au large. Je décidai de rentrer. Il ne restait plus personne autour de la hacienda et le bar était fermé. Je regagnai ma chambre sans presse en respirant l’air humide imprégnée d’arômes tropicaux subtils et en faisant un dernier adieu au ciel noir transpercé par les mystères et le scintillement froid d’une infinité de soleils lointains.

 

Par A. Saint
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