Concours

Recommander

Samedi 27 juin 2009 6 27 /06 /2009 21:11

5 Ik 0 Yax (03/10/2005-Lundi)

 

Je me réveillai avec la lumière du soleil qui perfusait au travers de mes rideaux.  Le beau temps était donc au rendez-vous! Mon réveil indiquait près de six heures trente. J’avais mal à la tête et la gorge sèche. J’avais la gueule de bois, pas la meilleure des façons que j’avais imaginé pour commencer mes vacances. Je pris ma douche et me rasai. En regardant ma réflexion dans le miroir je trouvais que j'avais mauvaise mine : mes yeux étaient cernés, ternes et sans vie. La fatigue et mon stress des derniers mois étaient marqués dans mon visage.

- C'est donc cela des vacances! murmurais-je à moitié amusé. Je bu une bouteille d’eau minérale en regardant la cour intérieure. Il y avait des nuages, mais le soleil s’imposait dans le ciel et il semblait magnifique, scintillant sur l’eau qui s’écoulait de la fontaine de pierre voisine.  Je ne voyais aucune activité. Je m’habillai pour le gymnase et commençai ma journée en joggant plusieurs fois autour du complexe et remarquai qu’à cette heure matinale, il y avait beaucoup de personnel affairé à l’entretient méticuleux des terrains.

 

Le gymnase était à l’extrémité ouest du complexe, près de l’autoroute. Je fus agréablement surpris de le trouver aussi bien équipé. Il y avait deux tapis roulant, trois vélos stationnaires et assez d’équipement Nautilus et de poids libre pour un entraînement sérieux. Je n’aurais donc pas de vacances concernant mon programme de musculation et de conditionnement physique. Depuis l’an dernier, je m’entraînais presque tous les jours que je le pouvais pour m'aider à maintenir la forme et diminuer le stress. Cela m'avait été une nécessité pour maintenir ma santé physique et mentale après mon accident quasi-mortel en terres Inuit que j'avais prospectées. Cette attaque d’ours m’avait laissée deux semaines dans le coma et avait nécessitée trente longues semaines de convalescence pour réchapper et rétablir mon corps brisé et déchiré. C’est au prix de laborieux et intenses efforts impliquant différentes thérapies et réadaptation que je pu retrouver une vie normale. Les médecins attribuaient mon miraculeux et complet rétablissement à ma jeunesse, vitalité et excellente condition physique. Je l'attribuais pour ma part aux soins du Shaman qui m'avais sauvé la vie. La gym était ainsi devenue pour moi une cure.J’admettais que j’aimais bien le développement corporel qui en découlait. Je n’avais pas un physique de culturiste; mes muscles n’étaient ni noueux, boursouflés ou veineux mais gracieux, flexibles et durs. Je perdais peut-être bientôt la jeunesse tumultueuses de mes vingt ans, mais je me considérais enfin mature et au sommet de ma forme physique pour ma trentaine. Du moins c’est ce que j’aimais croire dans mes élans narcissiques.

 

J’étais seul au centre de conditionnement physique. Il y avait un stéréo que j’allumai et choisi un disque compacts. Il n’y avait pas grand choix,  je sélectionnai une compilation des meilleurs succès des années quatre-vingt. Je reconnu la première chanson comme un succès original de la bande du film « Top Gun ». Tant pis, il n’y avait que cela. En tout cas, cela sera un entraînement sous le signe de la nostalgie ma jeunesse. Je me promis d’amener mes propres disques demain. Je fit vingt minutes de vélo stationnaire et travaillai mes muscles. J’avais presque terminé l’ensemble de mes exercices lorsque  la musique d’un succès du groupe « Alan Parson’s Project »  appelée  « Eye in the sky »  s’amorça. Je me mis à la chanter à gorge déployée: 

- I am the Eye in the Sky looking at you… I can read your mind… I can read your mind….

Je réalisai subitement que je n’étais plus seul. Un jeune homme au physique de sportif,  à la peau ambrée et aux cheveux noirs était là qui me contemplait bouche bée. Je m’arrêtai immédiatement totalement embarrassé et lui sourit comme un imbécile. Il ne voulait pas me rendre mal à l’aise mais il ne pouvait s’empêcher de me dévisager de façon bizarre.

- Hola Señor! dit–il enfin

- Hola!, répliquai-je perplexe.

Il continua en anglais :

-Je suis Rafaele, vous venez au tour des ruines de Tulum en bicyclette?

-Non répondis-je. Une autre fois peut-être. Mucha Gracias!

Je l’observai à mon tour. Je vis qu’il retournait à l’extérieur du gymnase devant le terrain de tennis où quelques gens étaient déjà rassemblés et enfourchaient des bicyclettes prêtes pour leur excursion. Il me semblait tout de même sympathique ce Rafaele. Vraiment une autre fois peut-être.

 

Il  était déjà neuf heures. Je les saluai et rentrai à ma chambre et me douchai. Je remarquai que ma chambre avait déjà été nettoyée et qu’un lapin se dressait sur mon lit avec deux chocolats. Mon réfrigérateur était de nouveau plein. J’enfilai un Speedo noir que je couvris d’un short de la même couleur et mis une chemise flottante à manche courte.J’avais des sandales aux pieds et me dirigea vers la hacienda pour déjeuner. Nous y étions accueillis par une table offrant jus d’orange et champagne, avec en plus des  Mimosas, Saumon, fromages à la crème ainsi que des biscotte. Il y avait même un bol d'œufs d’esturgeons sur glace.  Je n’avais pas l’esprit à consommer de l’alcool; j’avais bien retenu la leçon de ma dégustation de Tequila d’hier.  Je pris une table et aussitôt une hôtesse souriante m’offrit un jus d’orange fraîchement pressé et un café. Je la remerciai.Je visitai le buffet. Il contenait des gaufres, omelettes préparées et servies avec les condiments de son choix. Il y avait une grande sélection de pain, fromages, fruits et céréales et yaourt. Il serait très facile de manger « santé » ici. Je commandai des pains dorés assaisonnés de cannelle que j’accompagnai d'une montagne de fruits. Je ramassai un journal, l’article principal affiché sur la première page parlait de Stan qui forçait l’évacuation des 270 travailleurs de cinq plateformes pétrolières du Golfe du Mexique. On craignait que Stan se renforce dans le golfe du Mexique pour devenir un ouragan. Le gouvernement Mexicain avait décrété une alerte nationale pour la région de Veracruz. Je pensai avec sarcasme de nouveau à Kris qui m’avait pourtant dit que septembre et non octobre était la saison des orages; elle m’avait encore moins parlé d’ouragans! Je terminai mon déjeuner et me dirigeai vers le bureau de la concierge où la préposée enregistra ma réservation du soir pour le restaurant italien. Il restait heureusement de la place. Je me trouvai une chaise longue à la piscine et m’installai pour profiter du soleil. Il était temps de donner des couleurs à ma peau blanche!  J’étais à peine assis lorsque les deux  monitrices, Maria et Cheryl vinrent me recruter pour la séance matinale d’étirement. Par après je me joignis de bon cœur pour la session d’aérobic aquatique. L’exercice fut revigorant et me fixa définitivement dans l’esprit des vacances.  Il ne restait plus rien de toutes mes craintes passées, de Montréal, de mes anciens patrons, du  travail et des compagnies minières. Je vivais pleinement dans le présent. Je sorti de la piscine commença à me sécher lorsque le barman passa et me laissa une boisson fraîche.

- Je n’ai rien commandé affirmais-je.

- C’est pour goûter Señor,  répliqua le barman. Daiquiri à la banane, à votre santé!

Je levai mon verre et goûtai. C’était un breuvage crémeux absolument délicieux.

Je remerciai le barman :

- Gracias!

- De nada! répondit-il en souriant.

Je réalisai alors que la majorité les gens entourant la piscine dégustait le même breuvage.Je n’eu pas le temps de vider mon verre avant de me laisser entraîner dans un féroce match de Water-polo avec Cheryl. J’étais du côté du personnel de l’Allure contre un amalgame de Français, d’Italiens et d’Américains incluant Ted.  Ce dernier était en bonne forme physique et se montra férocement compétitif. Les échanges de ballons furent intense et le match attira l’attention de tous autour de la piscine, plusieurs encourageant les membres de leur groupe respectifs. C’est avec satisfaction qu nous avons remporté le match haut la main. Les perdants étaient frustrés et nous lancèrent aussitôt un défi en fin d’après-midi dans une joute de Volley-ball qui fut accepté.

J’allai rejoindre Ted et lui serrai la main.

- Vous êtes un sacré athlète complimenta t’il.

-Merci! Vous aussi! Et pas trop nerveux à quelques jours du mariage? demandais-je.

-Non, nous avons eu notre première rencontre pour les préparatifs plus tôt ce matin, ils prennent vraiment soin de tous les détails! continua Ted. Il soupira profondément laissant transparaître sa nervosité.

Il me mena à leur place ou Judith et Angela profitait d’un bain de soleil. Cette dernière sembla m’ignorer. Tant pis.

-Quel match! commenta Judith. Je ne pourrai pas être la cette après-midi, j’ai rendez-vous au Spa. Il faut que je sois la plus belle jeudi!

-Vous serez la plus belle, j’en suis certain! lui répondis-je sincèrement. Cette remarque la toucha profondément.

-Je vais au bar annonça Angela. Quelqu’un veux quelque chose?

-Une bière dit Ted.  Judith hocha la tête en signe de « non », remis ses lunettes soleil et se s’allongea sur sa chaise.

-Je prendrais bien un autre daiquiri répondis-je. Je vais t’accompagner!

Le langage corporel d’Angela montra sans subtilité que je m’imposais. Mais je m’immisçai quand même. Une fois arrivé au grand bar du Sugar Reef,  je la confrontai.

-Si j’ai fais quoi que ce soit qui t’a blessé je m’excuse Angela lui dis-je doucement. Mais je ne vois pas quoi!

- Vous vous intéressez à moi répliqua Angela, bouleversée. Vous êtes beau, je suis flattée mais jamais je ne pourrais…

-Parce que c’est Lydia que tu aimes! lui annonçais-je tout simplement.

Elle s’étouffa :

- Quoi? Tu savais!!!!

-Tu n’es pas ma seule amie lesbienne!

Elle paniqua :

-Mon frère! Ma famille ne peut rien savoir, mon Dieu, personne ne doit savoir….

Je la serrai contre moi pour la calmer.

-Il n’y a pas de danger de ça. Je suis ton ami et pour moi tu as le droit à une vie privée envers ton frère et ta famille et pour moi c’est sacré. Seul toi décideras, si un jour tu aimes quelqu’un au point que tu voudras partager ton amour avec toute ta famille.

Je lui essuyai les larmes coulant sur son beau visage et elle me regarda perplexe.

Je me plaignis tout penaud:

- C’est bien ma chance : non seulement je suis du mauvais sexe pour la fille la plus superbe de tout l’Allure, mais celle-ci va me ravir tout autres filles que je pourrais intéresser...

Je soupirai de façon exagérée en souriant et lui serrant la main.

Angela refoula ses sanglots et pouffa de rire :

- Tu es complètement fou!

 

Elle m’expliqua ensuite comment sa vie avait été difficile. Même en ces jours à l’extérieur de la sécurité du campus universitaire, on la condamnerait, détesterait sans raison et on refuserait de la comprendre. Au moins son milieu professionnel était plus ouvert.  J’admis qu’à Montréal les homosexuels profitaient d’une plus grande tolérance. Après tout, le mariage gai était désormais force de Loi au Canada.

J’invitai alors Angela et sa copine à venir éventuellement chez moi ce qu’elle n’écarta pas. Elle commencerait bientôt une ronde d’interviews qui pourrait l’amener au Canada afin de développer sa carrière et se joindre à une troupe d’opéra.

-Ca prend du temps pour une bière! se plaignit Ted en nous interrompant.

-Vous faites un beau couple! ajouta t’il innocemment, tout satisfait.

Angela et moi nous somme regardés et éclatâmes aussitôt en rires. Ted nous regarda hébété alors que nous rions aux larmes incapables de nous arrêter.

 

Je laissai Ted et Angela le cœur léger en leur promettant de les retrouver plus tard. Je trouvai un petit bar particulier près de la plage, il était rond en bois gris avec un toit pointu en chaume. Ce qui était remarquable était les bancs qui l’encerclaient. Il s’agissait de simples balançoires constituées d’une planche de bois suspendue du toit par deux cordes solides. Le barman m’accueillit chaleureusement et se présenta a me serrant la main, il se nommait Tiburcio. Il me félicita de mes exploits sportifs précédents et m’offrit à boire. Devant mon hésitation, il me demanda de lui faire confiance. Il mélangea savamment une concoction qu’il me servit avec un soupçon de grenadine.

- Ma version de « Sex on the beach » présenta fièrement le barman.

J’en bu une gorgée et approuvai. Je venais de trouver ma boisson favorite. Je fis part de mon compliment à Tiburcio qui commença aussitôt à m’en préparer un autre avec le plus grand des plaisirs. Nous eûmes alors une conversation, échangeant un peu sur nos vies.Je finit de boire mon premier verre et entama l’autre que j’amenai avec moi en me dirigeant vers la tour du maître nageur.

-Hola! dis-je au surveillant.

-Hola! répondit-il. Il s’agissait d’un grand jeune homme athlétique au profile classique d’un nageur de compétition. Je le reconnu, il s’agissait de Gerry, un de mes co-équipier dans le match de water-polo précédent.

-Vous savez si vous abusez des boissons de Tiburcio, je dois vous empêcher de vous baigner, plaisanta t’il.

-Bien compris! répondis-je en riant.

-Si vous voulez vous baigner aller a la plage à ma droite; il n’y a pas de corail et de roche.Je vous recommande aussi d’aller à la station de plongée. Demandez à Aaron de vous diriger au meilleur point du corail. Vous m’en reparlerez!

J’acquiesçai et le remerciai.

 

Je trouvai Aaron au magasin de plongée. Je l'avais vu précédemment donner des cours de plongée dans la piscine et enseigner l'utilisation d'un scaphandre autonome. Il n’était pas un latino typique. Il était musclé, trapu, au torse poilu et je devinais par son physique un héritage italien ou méditerranéen. Je lui dis simplement que Gerry m’envoyait pour une plongée. Je l’informai que j’avais déjà ma licence de plongeur. Tout enthousiaste, il me présenta un masque de plongée et un tube que je chargeai à ma chambre. Il m’invita dans un kayak et m’amena à environ 400 mètres de la plage, complètement à gauche de la zone de baignade délimitée par les câbles de sécurité.  Une pointe de corail se dressait hors de l’eau, tout juste avant le bris de vagues en provenance des profondeurs de la mer des caraïbes. Elle devait lui servir de repère. Aaron m’expliqua qu’à ce point se trouvait la sortie d’un cenote et que son eau douce et froide attirait de nombreux poissons ainsi que leur prédateurs. Il m’indiqua de plonger. Je me jetai à l’eau, mis mon masque, nettoyai mon tube et m’immergeai dans le monde sous-marin. Je notai qu’effectivement l’eau me sembla étrangement froide et cela me prit un peu de temps pour m’habituer. J’eu alors la curieuse impression de flotter dans un nouveau monde liquide, une planète silencieuse. Je voyais des plantes magnifiques, des coraux chromatiques, quelques anémones qui passive au courant me semblait presque luminescentes. Je pris le plus grand soin d’éviter le corail fragile. Je savais d’expérience que le simple toucher pouvait ruiner ce qui avait prit des années à la nature à construire.  J’allai plus profondément à la rencontre des autres habitants du corail. Il y avait des poissons perroquets en bande et ainsi que des poisson clown aux couleurs vives qui fuyait devant moi. J’étais fasciné par la grâce spectrale des poissons anges. J’aperçu aussi un petit requin qui me sembla perdu en changeant constamment de cap en nageant.  Je perçu également des habitants plus sinistre de ce monde bleue, comme ce barracuda long et effilé qui rôdait autour, des raies enfouies sous le sable marin, les oursins de mer au épines noires et venimeuses, une méduse ayant capturée un poisson dans ses tentacules toxiques ainsi qu’une murène menaçante qui tel un serpent se terrait dans le corail à l’affût d’une proie. Je remontai à la surface et retrouva  Aaron qui m’attendait patiemment. Je lui communiquai mon émerveillement face à tout ce que j’avais vu et en même temps lui fit part de mes inquiétudes concernant les espèces potentiellement dangereuses que j’avais rencontré. Il m’assura qu'il n'y avais que peu de danger, il connaissait bien la murène qu'il avait baptisé Sam. Cette murène était docile, complaisante avec amplement de nourriture à sa portée. Sam lui mangeait même parfois dans sa main. Je trouvais risqué d’approcher ce monstre marin dont les mâchoires acérées comme des lames de rasoirs pouvaient facilement couper un doigt ou blesser sérieusement. Je le remerciai chaleureusement lorsque nous regagnions la plage. Je lui serrai la main en le remerciant une fois encore et en lui suggérant qu’il serait un plaisir de plonger prochainement avec lui. Il me recommanda alors d’essayer la plongée à Xel-Ha ou de considérer les grottes sous-marine des cenotes de Dos Ojos ou encore mieux d’aller à Cozumel qui est considéré comme un des meilleurs sites de plongée dans le monde.

 

Il n’y eu pas de match de revanche au Volley-ball de plage, l’équipe qui nous avait défié se présenta incomplète. Ted manquait par exemple et je soupçonnais fortement ce dernier de profiter d’un massage en profondeur pour expier une anxiété grandissante à mesure que les heures le rapprochaient du grand jour. Il y eut tout de même un match amical de Volley qui fut des plus plaisant. J’y fit la connaissance de deux couples de Français qui m’invitèrent à ce joindre à eux pour une excursion organisée par l’hôtel demain après-midi à la ville voisine de Playa del Carmen. J’acceptai volontiers. Il approchait quatre heures, même si le soleil était encore haut à l’horizon. Je décidai de rentrer à mes quartiers. Très vite, à chacun de mes pas je sentais le dessous de mes pieds cuire sur les tuiles de terra cota chauffées sous le soleil. Je sursautai de douleur entre les points d’ombre pour trouver un court soulagement avant de me décider de sprinter vers ma chambre. Un fois arrivé, je repris mon souffle et me jurai de plus négliger de m’amener une paire de sandales. 

           

En me préparant à une douche pour me rafraîchir je réalisai que ma peau était brûlée. Mes cicatrices étaient encore plus visibles, ces dernières étant mises en évidences par leur parcours resté blanc sur le fond écarlate de ma peau. J’avais effectivement abusé du soleil et négligé ma  protection solaire. Ce qui ne me sembla pas grave, je me disais c’était normal en un premier jour. Je pensais naïvement que tout dérougirait pour demain. Je m’enduis copieusement de crème solaire sur tout le corps. Trop peu, trop tard, je le savais que trop bien;  je raisonnai que tout au moins ma peau resterait ainsi hydratée. J'enfilais lentement et péniblement mon pantalon et ma chemise et nouai ma cravate.

 

Les restaurants Gohan, Senggigi et Casanova  étaient ensemble sous le même toit, juste en face de la Hacienda.  Un maître d’hôtel m’accueillit à l’entrée du Casanova et vérifia ma réservation dans son livre et me mena à ma table. L’endroit était à la fois intime, somptueux et simple. Le rouge et l'or y était à l’honneur. L’éclairage y était tamisé, mettant en évidence la pure radiance des chandelles. Je saluai un couple de canadien à une table voisine que j’avais entrevu hier lors du souper. Ils m’invitèrent à les joindre. Nous jasâmes en prenant nos apéritifs.  J’appris qu’il s’agissait d’un couple dans la cinquantaine de York en Ontario tout récemment devenu grands-parents et venu pour le mariage de Ted etJudith. Elle se nommait  Jeanne Boudreaux, heureuse de rencontrer en moi quelqu’un qui prononçait son nom correctement. Elle était tout à fait charmante et particulièrement fière de son héritage francophone. Son mari, Richard Verrazzano, était plus sérieux, austère et m’intimidait quelque peu.  Il était de descendance italienne comme son nom l’indiquait bien. Il avait fait fortune dans l’immobilier et il m’était évident qu’il avait l’habitude ce genre existence luxueuse. Je l’entendis commenter et critiquer la liste des vins disponibles tels un œnologue accompli. Pour ma part je ne connaissais pas les vins et me fiai à ses recommandations, un Chanti classique de Toscane et Shiraz du Chili. 

Jeanne et Richard partagèrent un Antipasti pour deux alors que je j’avais choisi leur Bruschetta. Je savourai ensuite la délicatesse d’une assiette de linguinis aux crevettes alors que de la lasagne à la sauce rosée et des linguinis à la sauce carbonara était servi d’un côté et de l’autre de la table. Je goûtai au vin rouge chilien qui était sec, riche en tanins et arômes fruités.  Mon verre était continuellement plein et j’étais impressionné par le travail extrêmement professionnel, attentionné et de première classe de notre serveur, Marcello.  Il servit nos plats principaux: une superbe bavette de bœuf Angus à l’échalote pour Richard, un délicieux rizotto Al funghi, au trois champignons pour Jeanne et enfin une côtelette d’agneau à la sauce porto cuit à la perfection et exquis comme tout le reste. Le Chianti était exceptionnel et sublime avec le repas. Et pour couronner le tout, le dessert était le meilleur Tiramisu que je n’ai jamais goûté. Jeanne profita des truffes au chocolat, elle admettait être complètement accroc de tout ce qui était chocolaté, alors que son mari préféra le gâteau fromage. Je terminai avec un café Brésilien. Tout avait été exceptionnel, j’avais apprécié le service et toute sa complaisance. Richard aussi n’avait que des commentaires positifs et provenant d’un Italien je considérais cela comme la plus haute des louanges possibles. Je laissai mes meilleurs remerciements aux personnel du Casanova et mes salutations au couple canadien. 

 

Je quittai le restaurant et entendit le massacre auditif de « I will always love you » originellement interprété par Whitney Houston qui venait du bar près de la piscine. Je vis une petite blonde américaine sur un podium qui tenait devant un micro, les yeux tournés sur un téléprompteur. C’était effectivement la soirée Karaoké. J’aperçu Angela  prendre la scène à son tour, elle effectua en premier une chanson de Cher, « Believe » avec une voix suave, riche et puissante. Elle avait beaucoup de talent. Elle enchaîna avec un succès récent de Madonna, « Music » en démontrant tout l’entrain nécessaire. Elle termina sa prestation avec « I shall go on » le célèbre thème du film Titanic quelle parodia avec une expression faciale exagérée de Céline Dion et sa manie de se marteler la poitrine. Je me tordais de rire à sa vue et je n’étais pas le seul. Angela maintint sa concentration et termina sa chanson dans la  clameur enthousiaste d’applaudissements. Elle délaissa son micro et rejoignit la jeune femme blonde. Je m’approchai d’elle pour la féliciter. Angela était absolument resplendissante, mais je n’étais pas le seul à l’avoir remarqué.  C’était aussi l’avis de la jeune californienne typique qui se présenta à moi sous le nom de Julia. Elle devint dès lors, l’amie inséparable d’Angela pour tout le reste de son séjour. Je m’excusai auprès de ces dames en les laissant entre elles; elles semblaient si bien ensemble. Le barman Daniel m’attrapa au passage et insista pour que j’essaye sa boisson « drapeau mexicain » ainsi qu’un de ces fameux  Kamikazes dont il se vantait. Je savourai mes verres tout en écoutant la chanson « I still haven’t found what I’m looking for » qui était correcte mais dont le chanteur n’avait rien de commun avec Bono. Pendant la prestation pénible d’un succès de Britney Spears méconnaissable, je crois qu’il s’agissait de « Lucky », je délaissai le bar et retournai à ma chambre.

Il était près de une heure du matin et je ne désirais rien d'autre que de m’abandonner au sommeil mais toute position m’était inconfortable, douloureuse. Je me battais contre mon oreiller, je ne pouvais même pas supporter le drap le plus léger. Ma peau me brûlait partout. Je me levai en m’enduit complètement le corps de Solarcaine qui me rafraîchit quelque peu et j’avalai deux comprimés d’analgésique. La fatigue me gagna finalement et je trouvai un sommeil sans rêves.

Par A. Saint
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 27 juin 2009 6 27 /06 /2009 20:56

Le complexe contenait de nombreux exemples de la magnifique architecture mexicaine de type hacienda aux couleurs vives pour ses chambres et les structures de service. Il y avait aussi plusieurs ouvrages de fer forgé travaillé, rouillé qui donnait une impression d’antiquité remontant à l’époque coloniale. Je trouvai la magnifique piscine désertée, en raison de la température maussade, par les nombreuses gens adulé du soleil qui normalement devaient relaxer étendues sur les chaises longues vides tout alentour. Juste à la droite de la piscine se trouvait un grand bar où dans un coin tranquille, j’observai une monitrice donner à l’aide d’un tableau effaçable ce qui me sembla être une leçon d'espagnol rudimentaire à quelques touristes. Derrière le bar était situé une petite cabine sous des palmiers liés entre eux par de grands hamacs. Un jeune homme y était posté pour nous fournir de grandes serviettes bleues et moelleuses à volonté. Je remarquai le filet de Volley-ball à proximité. Je me dirigeai ensuite sur la plage à la rencontre des eaux chaudes de la mer des caraïbes. Je savourai l’air du large que je respirais à fond. Je sentait le sable était doux sous mes pieds. J’hésitai un moment, regardai tout autour et décidai enfin de laisser tomber ma pudeur et enlevai mon T-shirt que je déposai sur la plage et m’aventurai dans l’eau salée et chaude qui était sans arrêt agitée par les vagues. Malgré le temps couvert, l’eau était vraiment délicieuse.  Je notai qu’après une certaine distance de quelques mètres de la plage que les fonds de sablonneux devenaient rocailleux. Cela ne m’empêcha de plonger dans la  vague qui venait. Je nageai ainsi pendant une bonne heure, finalement heureux, lavé de mes soucis.

 

Je sorti finalement de l’eau et me séchai et continua ma visite. Je croisai un bar achalandé où l'on me fit découvrir le goût d'un mohitos pour la première fois. Toute l'opulence qui caractérisait cet hôtel « tout inclus » me fascinait.  Je me sentais coupable de m’adorner de toute cette luxure, je savais bien que le mexicain moyen n’était pas aussi fortuné mais il était tellement simple de céder aux charmes et confort de l’endroit. J’étais timide alors que le personnel me demandait d’abord ma permission pour me servir et qu’il me remerciait après que je leur aie donnée. Si jamais je déclinais leur offre, je me sentais presque honteux comme si je les avais laissé tomber. Je compris assez vite qu’ils faisaient leur travail avec cœur. Tout comme à Cuba, cette Riviera Maya, avec ses complexes hôteliers accolés les uns aux autres, misait sur l’industrie touristique et l’argent des gringos comme moi pour leur fournir des emplois et faire rouler leur économie. Mais en rien je voulais n’abuser des gens de cette terre; ils étaient mes égaux. Tout en  continuant de me promener, je savourais un autre Mohitos.  Je réalisai avec bonheur que malgré sa richesse et sa prestance, l’Allure n’avait pas un iota de prétention.

 

Je trouvai le Spa adjacent à la piscine et découvrit derrière un restaurant sous une grande terrasse. Il était désert. Je trouvai le personnel à la grande plazza adjacente. Il était affairé à y arranger des chaises et des tables et d'y placer des couverts. De nombreux cuisiniers installaient tout autour d'eux de grandes tables aux nappes blanches équipées de réchauds. Ils préparaient un somptueux banquet. Une jeune animatrice de l'hôtel m'aperçu et vint à ma rencontre. Elle était un magnifique petit bout de femme tout enjoué. Elle avait troquée son maillot rouge, dans lequel je l'avais remarqué auparavant à la piscine, pour un bustier blanc de coton et de dentelle assortie une jupe noire se terminant par une bande au motif fleuri et multicolore. Elle était belle ainsi maquillé et coiffée dans un costume traditionnel. Elle s'appelait "Cheryl" selon l'inscription que je lu sur sa plaque d'identité doré.  Elle me confirma que ce soir, dès six heures trente, le souper de la Fiesta Mexicaine serait servi. Il s'agissait d'un grand repas gastronomique que je ne devais absolument pas manquer. Je salivais à l’idée de manger de l’authentique mexicain. Ma réaction devait être facilement lisible car Cheryl me demanda aussitôt si j'avais faim. Je lui confirmai que oui. Ma réponse lui fit plaisir. Elle me prit par le bras :

- ¡Perfecto! Suivez-moi Señor. Je vais vous donner à manger!

Son français était quelque peu saccadé alors qu'elle cherchait les bons mots pour s'exprimer.

 

Elle m'amena vers le bar du "Sugar Reef" où un cours de cuisine mexicaine se préparait. Zac, un des collègues de Cheryl, attendait son public. Ce colosse d'un mètre soixante quinze, coiffé d'un chapeau de chef cuisinier, amenait les vacanciers aux chaises disposées tout autour de la table de cuisine. Cheryl me laissa à une chaise et alla poser un tablier. Ils étaient pour nous montrer comment préparer de l'authentique guacamole. Il présentèrent les ingrédients: avocat, oignons, tomates, lime, coriandre frais, sel, piments serrano ou jalapeños chile. Zac coupa les avocats en deux pour leur retirer le noyau tout en expliquant comment sélectionner des avocats parfaitement mur selon la mollesse de leur chair. Il décolla habillement leur peau avec l'endos d'une cuillère. Zac parlait et gesticulait de façon exagérée tel un chef cuisinier d'un infomercial. Il était hilarant et blaguait tout en commentant le travail de Cheryl qui était affairée à réduire la chair d'avocat en purée dans un bol de pierre, à hacher les oignons, émincer les tomates, couper la coriandre et les piments. Elle faisait tout le travail; Chef Zac n'avait, qu'a la tout fin, à asperger le mélange de jus de lime fraîchement pressé et à le saupoudrer de sel. La guacamole ainsi obtenue était distribuée avec des tortillas. C'était absolument savoureux, onctueux, d'une fraîcheur inégalée. Je m'empiffrai de leur croustille de maïs maison et de leur guacamole.

Zac nous demanda ensuite si nous avions soif. Sur ce, il nous invita à rester assis pour la dégustation de Tequila qui suivait. Deux autres jeunes animateurs de l'Allure, Auguste et Philipe prirent la relève et nous exposèrent aux secrets de cet illustre alcool mexicain.J’appréciais beaucoup leur démonstration; je connaissais après tout rien de la Tequila. 

 

J'appris que la tequila est une boisson alcoolisée produits au Mexique à partir de l'agave bleu nommé agave tequilana fabriqué dans état de Jalisco. Je demandai quel était le ver que l'on retrouvait dans la tequila. Auguste me corrigea aussitôt en expliquant qu'il ne fallait pas confondre la Tequila avec le Mezcal, une autre boisson produite par l'état de Oaxaca qui utilise une autre espèce d'agave, l'agave falcata espadina. Ce n’était pas un ver mais bien une chenille parasite qui se nourrissait des feuilles de l'agave qui se retrouvait traditionnellement dans le fond d'une bouteille de Mezcal. La croyance populaire était qu'avaler la chenille donnait pouvoir et virilité.

 

La tequila et le mezcal sont préparés essentiellement de la même façon. Les agaves sont récoltés après avoir mûris pendant plusieurs années, entre six à douze ans. Les feuilles acérées de la plante sont coupées alors que l'on conserve uniquement le coeur, la piña qui ressemble à un gros ananas de 30 à 60 Kg. Les piñas sont cuites dans de autoclaves industrielles, broyée et moulue à la pierre. On ajoute de l'eau à la purée et fermente dans une cuve pendant trente jours en laissant les sucres naturels de l'agave se transformer en alcool par l'action de ses propres levures. Dans une tequila de moins bonne qualité, du sucre ou du miel est ajouté à la fermentation. Le liquide obtenu est distillé deux fois pou obtenir une concentration entre 35 et  55° d'alcool, pour un standard de 40° d'alcool en général.

 

Il y avait deux classe de tequila : la 100%  de agave et la « mixto » qui doit  contenir un minimum de 51% d’agave Azul complété avec de l’alcool bon marché. La tequila a plusieurs classes. Il y a la blanche, la claro, la tequila de base aucun vieillissement. C’était la préférée des femmes selon Auguste. Ils nous en fournirent un petit verre à boire. Il n’y avait pas de sel ou de citron à mordre; une bonne Tequila se déguste telle quelle indiqua Philip en calant son verre. Je l'imitai et avalai la tequila d’un trait. Elle me sembla          à une eau vie comme bien d'autres, sans aucun caractère spécial, mais cela n'était pas mauvais du tout.  Ils nous amenèrent ensuite un second verre, de la tequila dorée, especial, distillée deux fois et mises dans des fûts de chêne importé d'Espagne.  Sa couleur légèrement ambrée provenait de la diffusion des essences du bois dans la tequila. Le goût se distinguait aussi de la blanche. Le verre suivant était de la tequila reposée, reposado, qui était vieillie dans des barils de chêne pendant un minimum de deux mois ce qui lui donnait une couleur et un goût plus marqué. Ils nous préparent ensuite un verre de la meilleure des Tequilas, la tequila vieillie, l’añejo, qui était laissée dans des barils de chêne pendant 3 ou 4 années et distillée  annuellement. Elle avait une couleur foncée, un goût raffiné avec arômes subtils et marqués du chêne qui me rappelait ceux du porto. Chose certaine, cette boisson méritait d’être considéré comme un grand alcool. Il y avait dix sortes de Tequila disponibles au total à goûter et un verre n’en attendait pas un autre. La mixto était jaunâtre en apparence et sa saveur plus sucrée et arrière-goût âpre ne me plût pas.

 

Sentant l’effet grandissant de l’alcool, je décidai de marcher un peu. C’est non sans efforts de concentration que je réussis à quitter le Sugar Reef pour me trouver dans la salle de réception voisine de l’hôtel. Je découvris que le bâtiment abritait au-delà de la salle de réception  un autre bar le Licuado, aussi surnommé le « smoothie » bar, reconnu pour ses  « bloody Mary ». Il y avait aussi un salon de thé adjacent à une grande salle à dîner de la Hacienda qui servait un gigantesque et splendide buffet.

Je me rendis compte qu’il était déjà 5 heures 30 et que j’avais rendez-vous à l’auditorium pour la réunion d’orientation. En chemin, je croisai Angela et les futurs mariés qui se rendaient au même endroit.

-N’est ce pas tout a fait extraordinaire! clama Ted en Anglais complètement enthousiaste.  Apparemment, lui aussi avait également déjà entamé l’alcool de l’Allure.

- Et le personnel est si gentil et courtois commenta Judith. J'acquiesçai d'un sourire.

-On se sent comme de la royauté continua t’elle.

-La réunion d’orientation est de l’autre côté de l’allée, pressa Angela, et c’est bientôt l’heure!

 

Ted enlaça Judith qu’il embrassa tout en se dirigeant dans la direction indiquée par sa sœur. Je pris la main d’Angela que je retirai immédiatement ayant détecté un malaise croissant en elle.  Le bâtiment avait une grande salle de conférence et une petite salle ne cinéma qui annonçait  "Adventures of Shark Boy and Lava Girl in 3-D" pour demain soir. Mais en attendant, cette salle était occupée par les nouveaux invités à l’hôtel Allure, leur nouveauté trahis par leur teint aussi pâle que le mien. Je m’assis auprès d’Angela mais celle-ci me sembla distante. J’aurais voulu lui demander pourquoi mais je ne savais pas quoi lui dire.

Notre hôtesse, la même femme qui nous avait accueillit à l’aéroport, commença et se présenta. Elle se nommait April. Elle était affiliée à Air Transat et nous souhaita tous en français et en anglais la bienvenue et expliqua que cette réunion serait d’abord en français et qu’elle serait répétée en Anglais pas les représentants affiliés de Sunquest et de Sunscape dans 15 minutes. Mes amis américains se levèrent et nous quittèrent alors que je reconnu parmi les gens qui restaient d'autres gens qui étaient arrivés avec le même vol d’Air Transat que moi.

 

April nous apprit que l’hôtel avait 238 chambres et que nous avions un service de chambre de 24 heures. Elle nous parla des restaurants. Elle mentionna le El Charro que j’avais déjà entrevu, du Hacienda qui servait un buffet et déjeuner continental en plus d’un buffet pour le dîner et le souper; du restaurant de grillade Surf & Turf sur la plage, du restaurant italien le Casanova, du restaurant français Bordeaux, du Senggigi le restaurant oriental et de Gohan le bar Sushi. Elle expliqua que pour ces quatre derniers restaurants, il était nécessaire de faire une réservation à la station de la Concierge en raison du nombre de places limitées mais nous n’étions pas limité quant aux nombres de réservations que nous pouvions faire.  Le Casanova et Bordeaux avaient tout deux un code vestimentaire et le Bordeaux en particulier était uniquement réservé aux adultes.

 

Elle nous énuméra les activités quotidiennes à la piscine et à la plage dont les voiliers, kayaks, pédalos, plongée sous-marine, tennis, soccer, Volley-ball, Water-polo, bicyclettes, randonnée équestre, cours de plongée, exercices aquatiques. Elle nous présenta les clubs pour les enfants et le club pour les adolescents, le Spa et tous ses services disponibles, les quatre bars du complexes, les services de nettoyage et de buanderie, le bureau d’échange d’argent, les soins médicaux, les différentes excursions disponibles, les centres de distribution des cartes téléphoniques internationales pré-payées, ainsi que le café internet. Elle mentionna brièvement quelques uns des attraits locaux; les ruines de Tulum, le parc écologique de Xel-ha, le parc d’Xcaret, la ville de Playa del Carmen et d’un terrain de Golf proche.  Je fus surpris d’entendre que nous avions accès au plus grand banc de corail dans le monde après celui de l’Australie. Elle m’apprit aussi que si nous désirons voir un cenote, que nous n’avions pas à aller loin, puisqu’il  y a en avait un à la base de la Hacienda tout juste avant la piscine. Ce que j’avais prit pour un étang était en fin de compte une ouverture sur la nappe phréatique d’eau de la région. Il s'agissait, pour moi du moins, d'une merveilleuse caractéristique géologique du Yucatan.

 

Elle répondit brièvement à quelques questions posées par l’audience. Puis on se leva, laissant place aux anglophones qui attendaient. Je fus gré de ne pas revoir Angela, et je retrouvai ma chambre et me changeai pour le souper de la Fiesta Mexicaine.

 

Je trouvai la grande place festive, décorées par de nombreuses banderoles et éclairée par ses lanternes colorées.  J’étais parmi les premiers arrivants. Un garçon solennellement vêtu d'un smoking m’accueilli avec un grand sourire et me plaça à une table tout en avant près de la scène. Il m’offrit un cocktail mais je préférai de l’eau froide. J'avais eu ma dose d'alcool pour la journée. Les nombreux cuisiniers et serveurs encadraient la Plazza et attendaient tout simplement; tout était déjà prêt. J’examinai mon centre de table, un arrangement soigné et magnifique de bougies et de fleurs tropicales. Il me semblait irréel de me retrouver en ces lieux alors, qu'il y a quelques jours à peine, je me préparais à passer un autre hiver rigoureux aux limites de l'arctique canadien. D'autres gens arrivaient enfin; ainsi il me gênais moins de m'attaquer le buffet. Je me levai pour aller inspecter toutes les stations culinaires.

 

Il y avait plusieurs entrées offertes tel que la sopa xochitl, la soupe aztèque, un potage de légumes, la soupe pozole à base de crème de maïs avec viande de porc et de poulet. Je trouvai aussi les tortillas frits appelés tostadas et bien sûr les tortillas natures assortis de guacamole et de différentes salsas fruitées ou fortement épicées qui étaient garantie de faire pleurer même les plus coriaces. A la table suivantes étaient présentés les tacos, ces tortillas roulé farcies "buche" ou "al pastor".  Je me laissai tenter par les enchiladas variés, farcis au poulet ou fromage et mijoté dans une sauce chili avec tomate et oignons, les quesadillas au fromage ou quesadilla sincronizada farci avec jambon, avocat, fromage et jalapeños, ainsi qu'un plat de Panucho, un  plat yucatèque local fourré à la purée d'haricots.

 

Une grande table exposait ensuite les broches de barbacoa dont un cochon parfaitement braisé et un gros poisson grillé parmi les autres plats de viandes qui étaient présentés tels que les Bacabaqui,  Tinga, Carnitas et Mixiote aux sauces variées dont une sauce "mole" au Cacao épicé que j'empilai dans mon assiette. Des plats à base de maïs tels que corunda, gordita, huchepo, tosdadas étaient aussi montrés. Mon préféré devint les tamales de maïs à la viande et aux piments sucrés.

 

Le poisson était à l’honneur à la station suivante dans un potage de fruits de mer et des plats tels que le Jaibas en chilpachole, le pescado zarandeado et les délicieuses bouchées de Huchinango à la Veracruzna. Il y avait aussi les chilaquiles et de nombreux plats de piments dont la mole Negro de Oaxaca. Je n'avais plus de place et mon amoncellement de nourriture qui était très précaire et instable. Je regagnai ma table et me promis de revenir pour un autre service.

 

Je passai tout près de la section des desserts. Il y avait des flans crème caramel (pan dulce), du gâteau au trois laits (Pastel de tres leches) que je ne connaissait pas. Je vis diverses tartes dont une alléchante à la crème pâtissière et aux fruits tropicaux, de fantastiques gâteaux chocolat dont un au chocolat poivré. Et parlant de chocolat, il y en avait une fontaine toute entourée de fruits ainsi qu'une spectaculaire pyramide Maya d'un mètre toute sculptée dans le chocolat derrière laquelle un cuisinier était affairé à la préparation de beignets et pâtisseries maisons. Il y avait aussi  un choix de glaces "helados"et de sorbets qui faisait la joie des petits et des grands.

 

Je me régalai et dévorai le contenu de mon assiette, je n'avais jamais rien mangé de semblable. Il s’agissait d’une savoureuse symphonie d'ingrédients, arômes et saveurs qui m'étaient inconnues auparavant. Je n'étais pas le seul à apprécier à en juger par l’appétit vorace de mes voisins de tables.  Georges et Pénélope, étaient tout deux originaire de Sussex en Angleterre et célébraient leur dixième anniversaire de mariage. Dans le cas de Pénélope, ces vacances étaient aussi en quelque sorte un retour aux sources, sa mère étant native du Mexique.  Elle était attentive et absorbait tout de la culture qui l’entourait, redécouvrant un héritage avec les yeux écarquillés et pétillant d’un enfant exposé à un nouveau monde. Son enthousiasme était communicatif, je me sentais comme elle. Tout au long du repas, un groupe dynamique de Mariachis, les "Los Bohemios", nous jouait les plus belles et populaires musiques du Mexique. Ils étaient excellents et tout comme John, Pénélope, je me laissai charmer et emporter sur leurs airs latins. La foule battit la mesure lorsque qu’on entama « La Cucaracha » qui sans être traditionnelle, était bien connue par nous les touristes. Les musiciens eurent droit à une ovation debout lorsque leur prestation se termina et qu’ils nous saluèrent une dernière fois. 

Les desserts était entamés lorsque un succession d'enfants, les yeux bandés, armés d'un bâton essayèrent casser une piñata géante afin de récupérer les sucreries cachés à l'intérieur. Pendant ce temps était chanté :

« Dale, dale, dale, no pierdas el tino; Porque si lo pierdes pierdes el camino.

Dale, dale, dale, Dale y no le dió; Quítenle la venda, Porque siguo yo ¡Se acabó! »

Un jeune gaillard réussit d’un coup solide à décrocher l’étoile en papier mâché qui s’ouvrit en se fracassant contre le sol et livra tout ses trésors aux enfants ravis qui accouraient toute part pour prendre leur butin de bonbons et jouets jonchant les carrés de pierre.

Les serveurs amenèrent ensuite les digestifs. Je ne pu refuser le Porto qui m’était offert. Je le buvais doucement lorsqu’un spectacle folklorique commença. Les danseurs en couple,  montraient successivement les chorégraphies et musique de différentes régions du Mexique avec les leurs costumes traditionnels. Dans une de leur danse, il conservait un verre plein sur le tête qui malgré tous leur mouvements ne perdit pas une seule goutte.J’étais ébahie. Tous à table étaient autant fascinés. Tout en les regardant, j’avais l’impression de découvrir un nouveau monde excitant mais j'avais en même temps l’étrange conviction que j’étais enfin dans ma vie au bon endroit, au bon moment. J’étais soudainement surpris et surtout timide lorsqu’un danseur vint me chercher; il avait besoin d’assistance. Il me demanda tout simplement de tenir un poteau lors de leur prochaine prestation. Ce poteau se terminait par un cerceau à son sommet où étaient attaché plusieurs rubans de soies colorées. Me retrouver ainsi en avant scène avec les danseurs était intimidant. Mais ces derniers étaient chaleureux et très vite j’oubliai ma gêne. La musique était joyeuse et foraine. Chaque artiste prit un ruban et tout au long de leur danse ils tournait les uns autour des autres alors que leur rubans se lovaient, s’enlaçaient  et se raccourcissait les rapprochant de moi pour ensuite se dérouler et s’ouvrir au pas de leur valse. J’étais heureux d’avoir eu en fin de compte l’occasion de participer à cela.  La danse se termina et je saluai tous les interprètes avant de regagner ma place. Pénélope etJohn me félicitèrent. Je fut heureux de constater qu’on avait de nouveau remplit mon verre de Porto. J’en avais besoin.

Les animateurs du complexe hôteliers prirent ensuite la scène en nous invitant encore une fois à applaudir tous les artistes de la soirée. Les animateurs se présentèrent ensuite un par un: Maria de Mexico City, Cheryl de Monterrey,  Auguste de Puebla, Philipe de León, Zac de Vera Cruz  et finalement l’animateur chef, Gabriel natif de San Luis Potosí . Ils étaient tous de jeunes gens athlétiques et dynamiques dans la vingtaine. Gabriel invita les citoyens de différents pays à s’identifier en levant la main: l’Australie, l’Autriche, l’Angleterre, la France, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, l’Allemagne, le Mexique et les États-Unis étaient bien représentés. Nous fûmes une dizaine à nous lever lorsque Gabriel mentionna le Canada. Il m’impressionna en parlant de façon fluide l’espagnol, l’anglais, le français, l’Allemand et l’Italien à l’audience.

 

Les jeux de la soirée commençaient et Gabriel demandait des hommes volontaires. Personne ne lui répondit.  Il pointa et désigna quelques hommes au hasard. Je me calai dans ma chaise tentant de me faire petit. Je ne voulais pas y aller. J’avais déjà fait ma part; j’avais participé.  Mais Gabriel du me remarquer car il me pointa et dit :

- Et vous aussi Monsieur le Canadien!

Je retournai en avant, étant poussé par John et Pénélope.

Gabriel invita les gens à nous applaudir, nous les « volontaires ».

Gabriel nous rappela de ne pas être mal à l’aise car « ce qui se passe au Mexique, restait au Mexique... »

Puisque nous venions tous de débarquer au pays, Gabriel était pour nous montrer comment les vrais hommes au Mexique se comporte. 

Il plaça un énorme sombrero noir sur sa tête.

- Un homme du Mexique est viril! expliqua t’il en marchant de façon sexy et en se déhanchant de façon exagéré.

- C’est un homme d’action!

Sur ce il lança son sombrero au sol et au son de la musique, il dansa tout autour.

- Il boit d’un trait sa tequila!

Gabriel but un verre qui lui était présenté.

- Il sait exprimer sa passion.

Sur ce, Gabriel émit un cri guerrier. Il fut applaudit.

- Maintenant montrez nous que vous pouvez être de vrais hommes!

Il voulait que nous l’imitions.

 

Nous pensâmes un par un. Le pire était d’être le dernier. Par chance que le ridicule ne tuait pas.  Ils me donnèrent enfin le sombrero que je mis sur ma tête. Je déboutonnai ma chemise et marchai avec l’assurance du parfait macho de Cow-boy dans un western. Puis en gardant les yeux fixés sur l’audience, je lançai le chapeau par terre avec vigueur. Au son de la musique, je dansai tout autour du sombrero, en tapant avec force du talon. Ils me tendirent ensuite un verre de Tequila. Pas un petit verre, mais un grand verre plein. Je le calai d’un coup. La boisson était initialement douce au goût mais donnais l’impression d’une traînée de feu vif dans la gorge jusqu’à l’estomac. Je du faire une grand effort pour ne pas grimacer. J’émis spontanément un grand cri.

- ¡Ay Ay Ay Ay Ay! ¡Ay Caramba!¡Santa Tequila!

 

Tous éclatèrent de rire. Gabriel ne pouvait s’empêcher de s’esclaffer.

Il parvint à dire :

- Je ne savais pas que nous avions Señor Speedy Gonzalez parmi nos vacanciers à l’Allure!

Tous croulèrent en rires de nouveau. J’avais soudainement très chaud.

Gabriel demanda à l’audience de porter jugement. Qui avait été le meilleur véritable homme mexicain parmi nous? Je fus surpris de réaliser que j’avais le plus fort volume en applaudissements. J’avais gagné. Gabriel me donna même un prix, une grande bouteille de Tequila añejo. J’étais bouche bée. J’en connaissais la valeur.

 

Je serrai la main de Gabriel et saluai l’audience.  Je reconnu deux de mes fans hystériques, Ted et Judith à l’arrière. J’allai les rejoindre. Angela n’était pas avec eux.

Je leur tendis la bouteille.

- Un cadeau de noce...

Cela me sembla très approprié, surtout qu’ils m’avaient invité à leur cérémonie de mariage. Je savais qu’un grille-pain ou vase aurait été peut-être plus conventionnel, mais c’était l’intention qui comptait.

- Mais voyons nous ne pouvons accepter; vous l’avez bien mérité!, dit Judith.

- Cela me ferais très plaisir, insistais-je, et cela vous fera un souvenir!

- Dans ce cas merci beaucoup! répondit Ted en prenant la bouteille et lisant son étiquette. Lui aussi semblait bien connaître la tequila.

 

La soirée continuait, mais j’étais complètement brûlé. Je regagnai ma chambre. Quelle soirée!

Dire que j’avais 13 jours à passer ici. Qu’est ce qui m’attendait plus tard dans la semaine?

 

Cela me prit beaucoup d’effort pour me déshabiller. Mon équilibre était chancelant. J’étais trop paresseux pour enfiler mon short et je me laissai tomber nu dans mon lit.
guacamole lessons par staciek

Mexico 107 par Lisa Mardell

Mexico 108 par Lisa Mardell


Chocolate ruins par JoshEEE
Mexico 109 par Lisa Mardell
Mexico 125 par Lisa Mardell
Par A. Saint
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 27 juin 2009 6 27 /06 /2009 20:36

2 Cauac 17 Chen (30/09/2005) Montréal, Québec, Canada

 

Nous étions au dernier jour du mois de Septembre. En ce vendredi soir d’automne, je me retrouvais à rien avoir à faire, sans boulot, sans travail pour la première fois de ma vie. Je déambulais sans but précis sur la rue de la Commune parmi les touristes. Cette route longeant le port de Montréal était une des plus pittoresque de ville. Mais je ne la voyais pas. Je marchais en essayant en vain de ne penser à rien et d’oublier, ne serait-ce qu'une minute, que je venais d’être congédié par la compagnie minière où je travaillais comme ingénieur. Mais cela m’était impossible. Je fulminais à la pensée qu’ils m’avaient rappelé de Kuujjuaq pour m'annoncer mon congédiement sans aucun avertissement!  Pourtant j’avais bien fait mon travail. J’avais fait pour eux la découverte de nouvelles zones minéralisées démontrant des teneurs élevées en Cuivre et Nickel et qui étaient riche en palladium, platine, cobalt et or et même en uranium, cela à moins de 10 mètres de profondeur dans mes travaux dans le nord de la ceinture de Smith.

Au diable le fait qu’ils n’avaient pas jugés ces aventures assez rentables! Mes découvertes  représentaient deux mines exploitables et trouver ces sites et évaluer leur praticabilité était mon job. Je n’étais quand même pas responsable de la faiblesse de la valeur des métaux sur les marchés internationaux!

 

Je m’arrêtais sur un quai d’où je pouvais voir les puissants flots du fleuve St-Laurent. Je pris une grande respiration et humait l’air humide.  Les lumières vives et multicolores de laRonde, de l’autre côté du pont Jacques Cartier, miroitaient et semblaient danser sur l’eau. La réflexion montrait aussi derrière moi la ligne des gratte-ciels et de lumière blanche qui découpait le Mont-Royal. Mais cette beauté cosmopolite ne me touchait nullement, je ne me rappelais pas d’avoir jamais été aussi bouleversé. Je venais de passer quatre heures à me défoncer à la gym comme un malade en tentant d’y passer ma frustration. Mais cela avait été peine perdue, car si je m’étais épuisé physiquement, la colère dominait toujours mon esprit.  Je n’y pouvais rien, je me sentais complètement trahi. Pendant plus de quatre années j’avais travaillé pour cette même compagnie à rechercher des minerais précieux dans les régions les plus repoussées du Canada.  Lors de ma première année avec eux, j’avais réalisé pour eux la prospection qui avait amené à la découverte d’une veine de vanadium dans le grand Nord du Québec.  J’avais même initié le projet d’extraction de minerai et mon plan d’ingénierie avait été considéré une grande réussite par tous, y compris par le gouvernement Canadien qui en avait fait mention, en raison de la façon dont j’avais surmontées toutes les difficultés liées au travail tout en respectant un environnement aussi délicat que difficile. La clé de mon succès avait été les ententes que j'avais conclues avec les collectivités locales qui participaient pleinement au projet et en partageait les profits. Il m’était facile de négocier un traité avec les Cris ou Inuits. Ils avaient mon plus grand respect et ils me le rendaient. Mais tout cela ne m’avait valu aucune reconnaissance de la compagnie malgré que ce projet demeure encore aujourd’hui le plus lucratif de leur division minière. À leurs yeux, j’étais payé pour cela et ils n’attendaient rien de moins de moi. Mais pire encore, pour ce projet je n’avait que récolté que jalousie de leur part ainsi que leur reproches d’avoir passé les intérêts indigènes avant ceux de la compagnie.

 

Je me trouvais maintenant sur la rue St Paul avec sa multitude de restaurants et bars. Sous mes pieds je sentais les pavées de pierres. Devant moi, défilaient les artistes de ruelles et l’animation de la place Jacques Cartier. Je ne m’arrêtai pas. Je voyais des gens discutant joyeusement ensemble autour d’une bière, des couples d’amoureux prenant un dîner romantique et je les enviais terriblement. Je trouvais cela injuste.  Comment pouvaient-il être aussi heureux alors que j’était complètement misérable, seul, sans job et sans vie. J’aurai 30 ans le neuf octobre prochain et maintenant je me rendais compte à quel point j’avais sacrifié inutilement plusieurs aspects de ma vie pour mon travail. 

 

La rage me consumait toujours, je goûtais même la bile dans ma gorge. Je résistai à la tentation de me saouler, de noyer mon chagrin dans l’alcool et décidai plutôt de retourner chez moi. Tout en chemin, je ne pouvais m’empêcher de me poser certaines questions restées en suspens. Pourquoi m’avaient-ils vraiment congédié? Pourquoi maintenant?  La réponse m’était subitement évidente sans doute parce qu’enfin mon courroux avait recédé quelque peu.

J’avais effectivement localisé dans le site delta 4 la maudite kimberlite qui m’avait presque coûté la vie et qui m’avait valu de longs mois de convalescence.  Trouver une kimberlite est une chose, mais cela nécessitait ensuite de déterminer ensuite la taille du gisement, son contenu en diamants et également la taille et la qualité des diamants ces deux derniers facteurs étant primordial puisque dans l’industrie du diamant, le produit final est évalué à la pièce. La distribution des diamants doit être également connue afin de déterminer la stratégie d’extraction, soit une extraction en surface ou souterraine. Pour formellement déterminer le contenu en diamants des kimberlites, il est nécessaire de recueillir et traiter des tonnes de roche provenant du sommet de leur cheminée. Une concentration en diamants d’environ 0,5 carat par tonne est suffisante pour que l’exploitation d’une mine soit jugée rentable; une concentration variant entre 2 et 4 carats par tonne est excellente. Il faut donc comprendre avec tout cela que toutes les kimberlites ne sont pas diamantifères ou économiquement exploitables.

Avant de s’engager dans des opérations aussi laborieuses et coûteuses, il est pratique d’effectuer des forages et des examens pétrologiques qui peuvent également évaluer l’étendue du gisement et son contenu en diamants?.

Mes analyses minérales montraient un fort degré d’oxydation et une basse température pour le matériel de la kimberlite impliquant que le magma avait eu le temps de s’équilibrer graduellement en pression et température lors de sa montée en surface. La présence de quantités importantes de carbonates et de graphite confirmait cette interprétation. Ceci confirmait que la montée du magma avait été lente ce qui allait de pair avec le fait que la kimberlite au site delta 4 était très étroite comme l’avait démontré mes études de réflexion séismique peu profonde?. Une telle petitesse est vulnérable à toute obstruction et contraint le flux de magma ce qui l’empêche de s’évacuer rapidement. Enfin, je ne croyais pas que cette petite kimberlite avait ses racines assez profondément enfouies dans le manteau supérieur terrestre, c’est à dire à 150-200 kilomètres de profondeur où se trouvaient les pressions températures nécessaires pour la formation de diamants. Je devais donc en conclure que les conditions étaient défavorables à la présence de diamants à la kimberlite du site delta quatre. Il ne pouvait qu’y exister tout au plus une quantité minime de diamants ce qui rendait tout développement de ce site non viable.

 

Ce n’était pas ce que ma compagnie désirait entendre et encore moins présenter aux investisseurs. On m’avait donc demandé de réviser mon rapport en lui donnant une vision plus « optimiste ». J’avais refusé. Le Vice-président lui-même m’avait ensuite convoqué pour m’expliquer à quel point la survie de la compagnie dépendait d’injection de capital neuf.

Ils étaient prêt à investir 18 millions de dollars pour réaliser un échantillonnage en vrac de 500 tonnes de matériel kimberlitique au site. Ils voulaient promettre aux investisseurs un résultat d’au moins 300 carats de diamants lors de ces travaux, incluant plus d’une douzaine de diamants de poids supérieurs à 1 carat. Je savais ces objectifs étaient irréalistes et irréalisables. De tels investissements seraient un gaspillage, sans compter qui pilleraient le site naturel des Monts Torngat et le patrimoine de Nanuvik pour rien. Je suis resté intraitable. Le VP rejeta tous mes arguments scientifiques et résuma tout cela à une simple différence d’opinion entre lui et moi.

 

J’avais été convoqué en cet avant-midi au siège social de Montréal par les ressources humaines qui m’annoncèrent alors qu’on me laissait partir parce que l’on avait jugé que je n’étais plus un membre productif et positif de l’équipe. Ils me mirent dehors sur le champ et ils confisquèrent tout mon matériel. Ils n’avaient pas tenu compte que je faisais une grande partie de mon travail chez moi et qu’en fait tout l’essentiel était là-bas.

 

C’est alors que je réalisai que maintenant que je n’étais plus là, les salauds pouvaient s’approprier ma découverte et l’utiliser comme ils l’entendaient. Pensaient-ils vraiment s’enrichir en exploitant des diamants dans le grand nord du Québec ou tenteraient-ils, avec leur mirage, de leurrer des gens avides de fortunes rapides? Je pris note d’en parler à mon Ordre des ingénieurs ainsi qu’à mes contacts au ministère de l’énergie, des mines et des ressources. Non pas qu’il s’agissait de vengeance de ma part, mais de les prévenir d’une activité potentiellement frauduleuse. J’étais aussi décider à porter plainte aux normes québécoises du travail pour mon renvoi injustifié. Mes démarches engendreraient sûrement d’épineux problèmes à mes anciens employeurs mais même cette pensée ne me fournissait aucun réconfort. Enfin, j’avais déjà communiqué dès ce midi avec mes amis Inuits afin de les prévenir et les protéger contre ces gens sans scrupules.

 

J’étais tout près de chez moi sur le boulevard Maisonneuve lorsque je passai, comme je l’avais fait des centaines de fois précédemment, devant la vitrine de l’agence de voyage « Terre Humaine ». Je m’arrêtai pour contempler les affiches accrocheuses de ses vitrines qui montraient des jeunes gens souriants, profitant du soleil, de la plage et d’une mer d’azur. Plusieurs destinations internationales alléchantes y étaient annoncées : Barcelone, Paris, Miami, Acapulco, Rio. L’agence de voyage était déjà fermée à neuf heures. Je songeai en parcourant ces publicités que la meilleure chose que je pouvais faire serait de partir loin d’ici quelques temps et de faire le point. Je me promis d’y revenir à la première heure demain.

3 Ahau 18 Chen (01/10/2005)

Montréal, Québec, Canada

 

Je me retrouvais devant l’agence de voyage. Après une certaine hésitation, j’ai enfin osé franchir la porte de la boutique. Une agente m’accueillit aussitôt. On pouvait lire « Kris » sur l’épinglette de laiton accrochée sur sa poitrine. Elle était une jolie petite femme dynamique dans le début de ses vingt ans, aux cheveux noisette avec des yeux noisettes pétillants. Son sourire accroché entre deux mignonnes fossettes était tout à fait charmant.

- Je peux vous aider? offrit-elle avec les traces d’un petit accent anglophone.

- Avez-vous des forfaits de vacances tout inclus? demandais-je.

Elle m’invita à son bureau et s’affaira à son ordinateur.

-Cela serait pour quand? Vous voyagez seul? Vous avez une préférence pour la destination?

- Le plus tôt possible serait le mieux et je serai seul, répondais-je visiblement embarrassé.Je n’ai aucune préférence concernant le lieu.

- Un forfait de dernière minute. Ce sont souvent les forfaits les plus avantageux assura-t-elle en souriant comme pour me réconforter.

- Il y a les Club Med proposa-t-elle. Cela vous conviendrait?

Je lui signalai oui de la tête.

Elle s’excusa :

-Malheureusement, je n’ai rien de disponible avant la deuxième semaine d’octobre et cela en Tunisie.  Mais attendez, j’ai quelque chose qui pourrait vous intéresser continua-t-elle en pianotant le clavier de son ordinateur. Que diriez vous du Mexique, la péninsule du Yucatan? Je pourrais personnellement recommander un complexe hôtelier/Spa de 5 étoiles où je suis moi-même allée. Je le recommande à mes amis. Il s’agit d’un « tout inclus ». Ce complexe hôtelier de luxe est sur la plage à la portée de nombreux intérêts touristiques en plus de plusieurs sites archéologiques.

De nouveau elle afficha son merveilleux sourire.

Elle me présenta une brochure que je parcouru rapidement. Je contemplai pendant quelques minutes les photos d’une mer de saphir aux écumes d’argent  s’embarquant sur une plage blanche albâtre piquée par des palmiers aux couleurs d’émeraudes, des chambres luxueuses, de magnifiques bâtiments stylisés de couleur jaune orangé, des salles à dîner somptueuses, de riches buffets, diverses activités aquatiques et sportives. Il y avait plein de gens semblant avoir le meilleur temps de leur vie. On pouvait également y lire:

5 stars-6 apples

This outstanding 24-hour All Inclusive is located on one of the most unique beaches in theRiviera Maya. The Allure Mayan Riviera Resort, just 5 minutes from Tulum and 30 minutes from Playa del Carmen, provides upscale surroundings and combines fun and relaxation with the ancient world of the Maya. It is the only resort in the Riviera Maya where you can view the ancient ruins of Tulum from your beach!

Contact Info:
Allure Mayan Riviera Resort
Riviera Maya Km. 234
Tulum Quintana
Roo, Mexico C.P. 77780
52.984.871.3333 Phone
52.984.871.3357 Fax

Tout y semblait magnifique et invitant. Cela correspondait exactement à tout ce que je désirais à ce moment.

- Ils offrent des prix avantageux  comme vous voyez, et si vous restez pour une deuxième semaine, elle ne vous coûtera que la moitié du prix régulier! indiqua Kris.

Pour quatorze jours, incluant l’avion et les taxes, le forfait revenait ainsi à moins de dix-neuf cents dollars.

- Pourquoi un prix aussi bas ? demandais-je en me méfiant quelque peu.

 

- Cette promotion a pour but d’y attirer de nouveau les touristes. Vous savez peut-être que la Rivera Maya a subit un ouragan le mois de juillet dernier? répondit Kris. Mais rassurez-vous, il n’y a là-bas aucun dommage ou désagrément résiduel au passage de l’ouragan. Je dois aussi vous indiquer que le mois de septembre est le mois des orages tropicaux là-bas. Mais ce mois sera déjà passé à votre arrivée là-bas. Pour le mois d’octobre, vous pouvez vous attendre à un ou deux brefs orages pendant l  a semaines avec du soleil et des températures chaudes d’environs 30 degrés Celsius.

Elle me regarda dans les yeux avec un air des plus sincère et m’assura :

- J’ai vraiment eu à l’Allure, les meilleures vacances de ma vie et je compte y retourner au printemps prochain. Croyez-moi, il s’agit d’une véritable aubaine si vous recherchez un endroit luxueux  parfait pour vous reposer ou au contraire pour vous dépenser dans une multitude d’activités...

Le discours de Kris m’avait convaincu et de toute façon comment pourrait-on refuser quoi que ce soit à son séduisant sourire? Je pouvais très bien y aller car rien ne me retenait. Dans deux jours, j’aurai trente ans et je devais célébrer cela et non en faire un enterrement. De plus,  je n’avais pris de vraies vacances depuis plus de cinq ans.  J’avais bien sûr vu le soleil de minuit depuis la toundra canadienne mais je savais bien que ce pâle et froid fantôme n’était pas le soleil énergisant des caraïbes.  Je me décidai enfin en estimant que je pouvais très bien me permettre cette dépense. À mon retour seulement, je me concernerai avec la recherche d’un nouvel emploi. À défaut de d’autres choses, je trouverai là-bas, peut-être malgré moi, du plaisir ou une certaine paix.

-Vendu! dis-je simplement. Je sortit mon portefeuille et lui présentai ma carte de crédit d’Or Visa.

-Vous n’êtes pas un client qui a de la difficulté à se faire une idée! sourit Kris.  Mes préférés!

 


4 Imix 19 Chen (02/10/2005)

Montréal, Québec, Canada

Je quittai le centre-ville de Montréal très tôt le matin du dimanche pour me retrouver à l’aéroport de Dorval. Je n’avais qu’une valise sur roue comme compagnon. L’aéroport normalement affairé et grouillant de voyageurs était en grande partie encore endormi. Il était étrange de le voir ainsi presque vide. Je retrouvai les comptoirs de ma compagnie aérienne qui était une des seules à être ouvert à cette heure matinale. L’essentiel des destinations annoncées étaient aux Mexique et caraïbes. Je suis allé voir la représentante et lui présentai mon passeport. Elle m’enregistra machinalement pour le vol et me souhaita un bon voyage tout en me tendant une carte de préembarquement qu’elle venait d’imprimer.  Je pris le billet en la fixant de mon plus beau sourire en lui disant un chaleureux merci en tentant de susciter une quelconque réaction chez elle. C’était peine perdue, car je n’existais déjà plus pour elle lorsqu’elle appela de sa voix rauque et monotone:

-Suivant! Next!

 

Je passai la sécurité en présentant mon passeport et mon billet d’avion. Ma valise fut l’objet d’une fouille méthodique. On ne voulait rien laisser au hasard depuis les incidents du onze septembre. Après avoir passé sous l’arche des senseurs de la sécurité, un préposé me passa rapidement un détecteur de métal et me laissa joindre mon terminal. Étant en avance par plusieurs heures, j’aurais pu en profiter pour dormir un peu comme bien des gens que je voyais roupiller sur les bancs du quai d’embarquement, mais je ne pouvais pas. Non pas parce que j’étais heureux et excité, mais plutôt parce que j’éprouvais une étrange appréhension et nervosité que je ne pouvais m’expliquer. Je ressentais une insécurité persistante et me remettais constamment en cause pour la sagesse de cet acte spontané. Après tout j’étais au chômage. Je me répliquais alors avec sarcasme que ce voyage était sans doute une meilleure alternative que de rester chez moi à rien faire en attendant ma première prestation d'assurance emploi ou que de sauter du haut du pont Jacques Cartier!  En trempant mes lèvres dans un café, je regardai par les grandes vitres panoramiques l’extérieur où des nuages lourds défilaient devant un ciel gris. Une journée d’automne qui s’annonçait pluvieuse et froide. 


 

Une préposée d'Air Transat s'installa au comptoir du quai d'embarquement qui afficha alors notre numéro de vol et l'heure prévue pour le départ. Il s'agissait d'une petite hispanique dynamique et riante qui s'occupa attentivement des questions simultanées dont la bombardait plus d'une demi-douzaine de passagers. Je compris que plusieurs d'entre eux n'avaient pas de réservations et étaient en attente. Peu de temps après, le groupe des pilotes, officiers et agentes de bord défilèrent devant elle et franchirent la porte qui s'ouvrait sur le corridor d'accès à l'avion. Je terminai d'un trait mon café et me levai, car approchait le temps de s’enregistrer de d’embarquer. Un sourire me vint alors spontanément à la pensée que Montréal connaîtrait une après-midi misérable lorsque j’aurai les pieds trempés dans les eaux chaudes des caraïbes sous les feux du soleil du Mexique.


L’embarquement se déroula dans la demi-heure qui suivie. Après avoir de nouveau présenté ma carte d'embarquement je m'engageai dans la passerelle qui menait au cockpit. Une agente de bord m'y accueillit chaleureusement et me dirigea vers mon siège.Je fus impressionné par l’intérieur de l’avion, vaste et tout y semblait neuf. Je comptais plus de douze rangées de sièges. J’évaluai que l’avion était rempli aux trois quarts de sa capacité lorsqu’on commença à présenter les mesures de sécurités pré enregistrées sur les écrans vidéo. Je regardai les agents de bords que j'imaginai soulagées de ne pas avoir à répéter ces présentations routinières et monotones surtout qu’elles se faisaient successivement en français, anglais et espagnol.

Je terminai d'un trait mon café et me levai, car approchait le temps de s’enregistrer de d’embarquer. Un sourire me vint alors spontanément à la pensée que Montréal connaîtrait une après-midi misérable lorsque j’aurai les pieds trempés dans les eaux chaudes des caraïbes sous les feux du soleil du Mexique.

L’embarquement se déroula dans la demi-heure qui suivie. Après avoir de nouveau présenté ma carte d'embarquement je m'engageai dans la passerelle qui menait au cockpit. Une agente de bord m'y accueillit chaleureusement et me dirigea vers mon siège.Je fus impressionné par l’intérieur de l’avion, vaste et tout y semblait neuf. Je comptais plus de douze rangées de sièges. J’évaluai que l’avion était rempli aux trois quarts de sa capacité lorsqu’on commença à présenter les mesures de sécurités pré enregistrées sur les écrans vidéo. Je regardai les agents de bords que j'imaginai soulagées de ne pas avoir à répéter ces présentations routinières et monotones surtout qu’elles se faisaient successivement en français, anglais et espagnol.

L’avion prit position sur la piste de décollage et peu de temps après son envol. J'étais toujours aussi impressionné par le vrombissement des réacteurs et de l'accélération du décollage qui nous collait au fond de nos sièges. J’avais pris l’avion des centaines de fois dans mes voyages au grand nord avec la compagnie d'air Inuit, mais il s’agissait de petits avions à quelques places. Ceci était tellement différent!   Je  feuilletai les magasines laissé devant moi, dans une poche à l’endos du siège précédent. Il y avait un catalogue d’articles hors taxe ainsi qu’un magasine de voyage que je feuilletai. Il y avait un article sur Vancouver, les plages d’Acapulco, les plaisirs gastronomiques du New York métropolitain.Je délaissai le magazine et fermai les yeux et tentai de relaxer. La voix du capitaine me tira de mes rêveries, il annonçait que nous avions atteints notre altitude de croisière et que nous devrions atterrir à Cancun pour 15 heures quinze, heure locale.

Peu de temps après, une agente de bord m’offrit une collation et un breuvage que je mis simplement de côté. La présentation du film “La guerre des Mondes” version Spielberg avec Tom Cruise commença alors.  N’ayant aucun intérêt pour ce film, je me lançai dans la lecture du « Seigneur des Anneaux : Bilbon le hobitt ». J’avais déjà lu le livre lorsque j’étais au Secondaire, mais depuis que j’avais vu la trilogie des films du Seigneur des Anneaux,  je voulais le relire mais n’en avais jamais eu le temps auparavant. J’appréciais, tout en lisant,  de plus en plus l’idée de ne rien avoir à faire d’autres que de profiter de mon temps en égoïste. C’était donc cela des vacances!

 

Les hôtesses servirent le dîner, elles offraient du une assiette de pâtes ou du poulet (quoi d’autres!). J’avalai rapidement la poitrine de poulet mariné dans une sauce barbecue. Je fus déçu de ne rien apercevoir de mon hublot depuis notre départ de Montréal, sauf une épaisse couche de nuage. Nous éprouvions parfois de petites turbulences qui devinrent plus fréquentes et plus sévères. Il ne tarda pas au capitaine de rallumer l’insigne nous indiquant de garder nos ceintures de sécurité bouclées. Il s’adressa de nouveau à nous en anglais et français :

-Mesdames et messieurs, nous éprouvons des turbulences à notre approche de Cancun. Vous pouvez en blâmer les restes de l’orage tropical Stan qui  traverse la péninsule du Yucatan et devrais émerger dans  le golf du Mexique.  Il pleut présentement à Cancun avec des vents en rafale de 35 miles à l’heure et une température de 87 degrés Fahrenheit. Rassurez-vous, nous ne nous attendons pas à aucune complication pour notre atterrissage. Cette dépression s’éloigne et son influence aura de beaucoup diminué lorsque nous serons à Cancun.

J’observai pendant l’avis du pilote que les agentes de bord éprouvaient elles-mêmes de la difficulté à se déplacer et à se stabiliser. J’acceptai volontiers le café qu’elle servit.

 

Je tentai de me replonger dans mon livre mais cela était difficile avec l’avion que je sentais continuellement secoué. Tout service fut alors interrompu et le pilote demanda aux hôtesses de regagner leur siège et boucler leur ceinture. Ma voisine de siège était malade une agente de bord pris promptement soin d’elle.

Ces vacances ne commençaient vraiment pas comme je l’avais imaginé! Les mots rassurants de Kris me revirent à l’esprit :

« ...vous pouvez vous attendre à un ou deux jours de pluies avec du vent sur deux semaines.... ».
J’espérais qu’elle disait vrai autrement cela risquait d’être des vacances plutôt pitoyables! M’étais-je fait avoir? Ce que je ne ferais pas pour le sourire d’une fille... Plus jamais je ne me ferai prendre!

Le capitaine nous avisa de notre approche finale pour Cancun alors que les agents de bords s’affairaient à nous préparer à l’atterrissage. De mon hublot, je réalisai que nous avions enfin traversé le plafond nuageux et je pouvais entrevoir parfois, selon l’orientation de l’aile, un  tapis vert à perte de vue. Lors de la descente, les seules indications de présence humaine étaient le tracé des lignes électriques, les chemins de terre, une colonne de fumée où la forêt venait tout juste d’être abattue. J’entrevis les eaux turquoise et saphir se perdant dans l’infinité de l’est, découpées par le littoral parsemé de nombreux complexes hôteliers juxtaposés.

 

Dès que l’avion se posa et que ses pneus touchèrent le sol, des applaudissements se firent entendre dans la cabine.  Je réalisai alors que seuls les québécois applaudissaient.Je me demandais le fondement de cette tradition exactement. Etait-ce pour remercier Dieu d’avoir survécu le vol, le pilote de son accomplissement ou simplement la joie d’être arrivé? Probablement les trois à la fois. L’avion roulait encore et malgré que l'on nous demanda de rester assis à nos sièges tant que l’appareil ne se serait pas immobilisé, les gens commençaient impatiemment à ramasser leurs effets personnels et à s’empresser vers la porte. Lorsqu’elle s’ouvrit enfin, je senti l’air chaud et humide de l’extérieur s’engouffrer dans l’habitacle de l’avion. Tous débarquèrent et  ramassèrent le reste de leurs valises sur les chariots pour se diriger vers le service d’immigration Mexicain. Cette section de l’aéroport me rappelait un immense amphithéâtre dont l’unique passage en labyrinthe délimité par des barrières de sécurité aboutissait à six agents d’immigration terrés dans des cabines de verre. Pour la première fois, je portai attention aux passagers. Il y avait de nombreux couples de différents ages ainsi que quelques jeunes familles dont la peau blanchâtre trahissait leur citoyenneté canadienne.   Je semblais être le seul jeune homme célibataire à bord. J’atteignis éventuellement un agent d’immigration qui vérifia mes papiers et me souhaita la bienvenue au Mexique. Il me restait la sécurité et les douanes à traverser que je trouvai assez particulière. On devait d’abord presser sur un gros bouton de plastique rouge, de la grosseur du poing d’un enfant. Si la lumière correspondante était verte, le passage n’était qu’une formalité. Si par contre la lumière s’avérait rouge, on procédait à une fouille minutieuse des bagages ainsi qu’à un interrogatoire en règle. Je fus soulagé d’obtenir une lumière verte.

 

Une pluie battante m’attendait à la sortie de l’aéroport. Mon imperméable était inaccessible au fond de ma valise. Mais cela ne me dérangeait pas, la pluie chaude, l’air salin portée par le vent m’était vivifiant. Par contre, il faisait vraiment  très chaud. C’était extrêmement accablant et torride pour moi qui étais habitué à une chaleur de dix degré Celsius aux meilleurs de l’été dans le Grand Nord. J’étais impatient d’échanger mes jeans pour un short léger.  Je suivis les autres voyageurs à la rencontre d’un groupe de jeunes gens mexicains qui étaient dehors malgré les intempéries et criaient pour attirer notre attention.  Ils brandissaient différents écriteaux, dont certaines étaient des affiches élaborées et imprimées en couleur qui contrastaient avec d’autres simplement écrites à la main sur un carton mouillé avec les noms de différents hôtels et clubs. Je trouvai finalement une petite demoiselle enjouée aux cheveux noirs qui portait un écriteau «Allure MayanRiviera Resort».

Je me présentai à elle, elle vérifia mon nom sur sa liste qu’elle cocha et me dirigea vers un autobus. C’était un vieil autobus scolaire jaune qui était déjà presque plein. J’étais trempé jusqu’à l’os mais réalisai que je n’étais pas le seul. En me cherchant un siège je réalisai qu’il n’y avait que peu de gens qui apparemment avait partagé le même vol que moi.J’étais à peine assis au fond de l’autobus lorsque nous démarrâmes. Notre jeune hôtesse nous souhaita la bienvenue et nous avisa que notre voyage prendrait environ une heure et demie, de relaxer et profiter du transport.  Elle distribua un ensemble de dépliants et guides touristiques concernant notre hôtel et ses environs. Je fus déçu de réaliser que nous avions déjà quitté la région de Cancun sans rien voir de la ville. Je remarquai que nous empruntions l’autoroute « Mex 307 » en direction sud.

Je lu que la péninsule du Yucatan comporte trois états mexicains : Quintana Roo, qui inclut la côte orientale, et où était mon hôtel « tout inclus » ; le Yucatan, dans le nord-ouest, et Campeche dans le sud-ouest, que je n'avais pas l’intention de visiter.

 

De nombreuses affiches touristiques bordaient la route dont celles du parc d’attraction de Xcaret, des randonnées équestres de Puerto Aventuras, des attraits de l’île de Cozumel ainsi qu’une affiche montrant un homme et une femme en plongée sous-marine dans des grottes appelées « cenoles ou cénotes » qui retinrent particulièrement mon attention. Géologiquement, je savais déjà que la péninsule du Yucatan se composait d’une galette tout à fait plate de pierre calcaire, qui jusqu'à la dernière période glaciaire reposait au fond de la mer ce qui expliquait  le réseau de grottes et de cenotes qui transperçait la péninsule. Le Yucatan  était unique par la région du golfe du Mexique qui composait le cratère de Chicxulub résultant de la collision de la terre avec un bolide cosmique et qui avait peut-être contribué à l’extinction des dinosaures.  

Un autre panneau montait des merveilles naturelles de Xel-Ha ainsi que la possibilité de nager avec des dauphins. Je me promis d’essayer plein d’activités pendant mes vacances. Une chose était certaine: si je m’ennuyais pendant ces vacances, cela serait uniquement de ma faute.

Un jeune couple voisin, me sourirent et tentèrent d’entamer une conversation. Leur anglais trahissait un fort accent du sud des États-Unis. Il se présentèrent comme étant Ted etJudith de Louisville au Kentucky. Il était un homme sympathique dans la mi-vingtaine aux cheveux châtains soignés et aux yeux bleus; elle était une petite blonde plus réservée aux cheveux bouclés. Ils ne pouvaient contenir leur excitation et pour cause : ils devaient se marier dans la petite chapelle du complexe hôtelier en ce Jeudi et célébrer leur lune de miel. Ils m’apprirent également que certains membres de leur famille respective nous accompagnaient. Ils se tenaient constamment les mains en me défilant l’histoire leur première rencontre, leur plaisir mutuel d’avoir enfin rencontré l’âme sœur, la demande formelle en mariage. Ted embrassa la main de sa fiancée. Ils étaient tout à fait charmants jusqu’à ce qu’ils interrompirent leur histoire en réalisant que je n’avait pu jusque là glisser un seul mot. Je me présentai à eux. Ted me demanda alors la question fatidique, si j’étais marié. Je lui répondis tout simplement que je n’avais jamais eu la fortune de rencontrer mon âme sœur. Bizarrement, cette réponse les réjouit au plus haut point. Judith expliqua que Ted avait posé cette question parce que sa sœur n’avait pas d’escorte au mariage. Elle me prit la main tout en me regardant dans les yeux en disant qu’elle serait heureuse de me voir me joindre à leur célébration ainsi qu’à leur réception après. Son regard me disait qu’elle n’accepterait pas un non de ma part. Je promis en souriant que j’y serai. Ted voulu aussitôt me présenter sa sœur, mais sa fiancée l’en empêcha en lui serrant le bras.J’aimais bien cette Judith.  Je retournai mon attention vers ma fenêtre, où la pluie était devenue bruine. Je voyais essentiellement défiler des boisés interrompus par les entrées barricadées de complexes hôteliers alors que ces derniers restaient eux-mêmes invisibles masqués par une végétation abondante. À mi-chemin nous rencontrâmes notre premier signe évident de civilisation, une petite ville que nous traversâmes rapidement.  A part quelques intersections de rues perpendiculaires j’y vis également un centre commercial d’une couleur rose saumon.

 

Une jeune et jolie femme s’approcha de mon siège et me demanda si elle pouvait s’asseoir avec moi. Elle avait de longs cheveux châtain clair et un  petit nez retroussé. C’était vraiment une très belle femme et j’avais reconnu le lien de parenté. Je la désarmai aussitôt en lui demandant si elle n’était pas la sœur de Ted. Je jetai un regard vers Judith qui cachait son visage dans ses mains et Ted qui regardait avec le plus grand intérêt. Je l’invitai à se joindre à moi. J’appris qu’elle s’appelait Angela et qu’elle était une chanteuse classique. Elle terminait ses études supérieures à l’université d’Indiana à Bloomington.  Elle parlait très bien le français ainsi que l’allemand et l’italien.  Notre conversation s’anima; je me retrouvai ainsi en charmante compagnie. Nous discutâmes d'opéra et de chansons classiques. Elle me parla aussi de sa co-locataire Lydia qui lui manquait beaucoup. En fait, elle parlait avec émotion de « sa » Lydia, une élève pianiste à l’académie de musique.  J’interceptai un clin d’œil complice que Ted destina à sa sœur.Je vis Judith lever les yeux au ciel.

Le voyage continua et les indications routières nous informaient que nous nous approchions d’une ville d’importance, Tulum, ce qui signifiait également que nous nous approchions de notre destination. Une borne à Xel-Ha  indiquait un centre archéologique proche ce qui m’intrigua. Je scrutai le bord de la route pour effectivement distinguer des structures de pierres en ruines perdues dans la forêt tropicale. Peu de temps après, on croisa un panneau indiquant le centre hôtelier « Allure Mayan Riviera Resort », souligné par cinq étoiles, à moins de 1 kilomètres et demi. Tout juste avant notre arrivée à l’hôtel, il y avait sur le bord de la route un petit centre d’artisanat mexicain affichant des tapis et tissus au couleurs chaudes et criantes. L’autobus atteignit enfin un portail élaboré en fer forgé noir qui s’ouvrit à notre rencontre sur un chemin de pierres imbriquées délimité par de grands palmiers. Excité, j’entrevis alors les terrains de tennis, une salle de spectacle à ciel ouvert, des bâtiments blanc et jaune soleil, munis de véranda et d’une architecture typiquement mexicaine. Je ne voyais aucun bâtiment qui ne dépassait deux ou trois étages, aucune structure élevée. L’autobus s’arrêta devant un grand bâtiment aux baies et portes vitrées qui semblait être le bâtiment principal du complexe. J’émergeai le tout dernier de l’autobus, heureux de réaliser que malgré le ciel couvert, toute précipitation avait cessée. Nous étions aussitôt accueillit par les membres du personnel qui souriaient en nous appelant tous par nos prénoms et en nous souhaitant la bienvenue « chez nous ».J’accompagnai Angela lorsqu’on nous invita à l’intérieur en nous passant des serviettes fraîches d’eau de rose qui étaient bienvenues dans la chaleur et humidité ambiante. Alors que nous nous tamponnions nos visages, le champagne glacé nous était offert et sur un plateau d’argent par un monsieur à la peau brune dans un costume noir de trois pièces avec la cravate en argent. J’étais inconfortable de me voir servir ainsi comme un richard. Ce n’était vraiment pas mon genre.

 

La salle de réception de l’Allure était grande, vaste, rectangulaire. Son plancher était de lattes d’un bois marron foncé entrelacées. Une table, immédiatement à l’entrée, offrait du encore plus de champagne conservé sur glace ainsi que des hors d’œuvres appétissants comme pour nous souhaiter cordialement la bienvenue. De nombreux valets étaient affairés à nous aider avec nos bagages. Sur notre gauche se trouvaient un valet et une préposée stationnés à un pupitre identifié « Concierge » muni d’un ordinateur. Derrière ce pupitre je pouvais distinguer une grande bibliothèque toute garnie dans une salle de lecture toute de verre, comportant des livres et des journaux avec une vue imprenable sur la piscine, la plage et l'océan. De nombreux meubles anciens de guingois ainsi que des fauteuils et divans de bois sculptés se trouvaient dans la salle, tous  aussi confortables et à la portée de nombreux téléphones de courtoisie. Enfin, il y avait sur la droite le bureau de la réception vers lequel je me dirigeai avec Angela que j’invitai à passer avant moi. Elle fut accueillie par une jeune mexicain qui n’avait même pas atteint la vingtaine, habillé d’un pantalon noir, chemise blanche  et d’une veste de couleur bourgogne. Après quelques minutes Angela se tourna vers moi et m’annonça qu’elle se rendait à sa chambre et que l’on se reverrait plus tard.

-Chambre deux mil cent huit! dit-elle en me quittant accompagnée d’un valet qui s’occupait de ses bagages.

Le jeune réceptionniste s’adressa alors à moi, sa plaque d’identification dorée épinglée sur sa poitrine indiquait le nom d’Enrique :

-Buenas tardes! Good afternoon! Bonjour!

-Bonjour répondis-je. J’ai une réservation au nom de Alexandre Michel.

Il consulta son registre sur ordinateur.

-Si Señor Michael, vous êtes à chambre trois-un-zéro-deux confirma le préposé en s’efforçant de me parler en français.

Il me tendit ma carte-clé à bande magnétisée ainsi qu’un plan du complexe hôtelier énumérant également tout les services disponibles. Il leva la main et un valet se présenta aussitôt.  Il lui ordonna d’amener mes bagages à la chambre. 

-Señor Michael,  indiqua le préposé, il y aura une réunion d’orientation en francés à cinq heures trente à la salle de cinéma. On expliquera et répondra à vos questions. Bienvenu à l'Allure Monsieur!

- Muchas Gracias Señor! répliquai-je dans mon meilleur espagnol.

Je suivis le valet qui traînait ma valise à roulette.  Nous nous engageâmes sur ce qui me sembla être l’allée principale du complexe faite de tuiles de terre cuite rouge. Elle était bordée d’une haie soigneusement taillée et d’immenses bols de terre cuite contenant des arrangements floraux. Sur le terrain j’observai de magnifiques arbres ornementés de fleurs ayant la forme du lys et la couleur de l’ivoire ainsi que des bosquets de petites fleurs rouge et magenta. Je tentai d’éviter en marchant les nombreuses flaques d’eau, vestiges de l’orage tropical qui venait de passer. On passa sous un premier bloc de deux étages de chambres dont le tunnel s’ouvrit sur un jardin centré d’une splendide fontaine de pierre. D’autres bâtiments se trouvaient devant, à gauche et à droite. Il s’agissait de l’agglomération des deux mil deux cents. Je notai les balcons munis de deux chaises, d’une table en verre et fer forgé ainsi qu’un grand hamac ayant vue sur la cour jardin intérieure. Nous continuâmes vers le complexe suivant et tournâmes vers le bâtiment sur la droite qui abritait les trois mil cents où se trouvait ma chambre.

Nous passâmes devant un carré de boisé sauvage ou j’aperçu un gros iguane qui paresseusement leva la tête à notre passage. Ma chambre, une suite junior, se révéla tranquille, accueillante et vaste.  Je remerciai le valet et lui laissai un pourboire qu’il accepta gracieusement. J’examinai la chambre. Les plafonds étaient élevés, ils faisaient près de dix pieds. Une paire d’éventails à palme y était accrochée.  Il y avait deux grands lits blancs de style californien colonial sur lequel avait été déposé des pétales de fleur écarlate et une serviette qui avait été soigneusement pliée dans la forme d’un cygne. J'y trouvai également deux petits chocolats enrobés dans un papier d’aluminium coloré ainsi qu’une carte me souhaitant la bienvenue signé à la main part de la femme de chambre qui s’occupait de mes quartiers dénommée Chantel. Il y avait un grand téléviseur et dessous un petit stéréo avec un lecteur de disques compacts intégré. J’étais heureux de m’être amené quelques disques de ma collection.

Il y avait un mini réfrigérateur que j’ouvrai pour compter 4 bouteilles d’eau, plusieurs choix de boissons gazeuses, jus de fruits ainsi que de la bière Dos Equis XX. J’avais un grand placard ainsi qu’une belle commode en bois sculptés, un grand divan confortable avec un pupitre et chaise. Dans le placard se trouvait un coffre de sûreté électronique à combinaison digitale. Le plancher de la chambre était de marbre blanc tout comme. J’allai voir les tuiles, le lavabo et la douche de la salle de bain. La douche était assez grande pour pouvoir accommoder deux personnes. Il y avait trois grandes étagères de bois marron dans la salle de bain sur lesquelles je plaçai mes effets personnels. Je mis mon portefeuille passeport, billets d’avion en sécurité dans le coffre, rangeai rapidement mes vêtements dans le placard et la commode et me changeai en enfilant un short sportif. Je m’arrêtai devant le miroir. Le short était court et exposait les cicatrices de mes cuisses. Mon torse aussi montrait une toile de scarifiages séquelle de ma rencontre avec cet horrible démon de l’arctique. Je n’avais pas songé qu'avec cette chaleur, je me m’exposerais ainsi à la vue de tous. Je détestais les regards curieux et inconfortables. Je changeai pour un pantalon court kaki descendant jusqu’au bas du genou et enfilai un T-shirt à manches courtes. J’espérais qu’en bronzant éventuellement le tracé des mes plaies de l’an dernier s’atténuerait. Je me lançai à l’exploration du complexe de l’Allure.  Je sortis de ma chambre en m’assurant que j’avais ma carte clé magnétique et tombai aussitôt face à face avec mon voisin reptilien, l’iguane, qui semblait me regarder négligemment de son bosquet de jungle. 

 

 

 

 

Par A. Saint
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 27 juin 2009 6 27 /06 /2009 20:22

  6 Chicchan 3 Xul : Tulum, Quintana Roo, Mexique (18/07/2005)

 

Le vent hurlait, proférant ses menaces de destruction à venir. Un homme défiait la pluie battante qui commençait à déferler violemment et contemplait avec appréhension l’océan depuis le flanc de la structure ancienne d’"El Castillo". Il était habillé d’un poncho imperméable, ne laissant qu’entrevoir une tête ébène aux cheveux lisses avec des yeux noirs limpides. Il avait une figure maigre à la peau brune, ciselée, racée, intelligente avec un nez busqué. Ahulane Kin Balam, baptisé sous le nom chrétien de Rafaele, observait la mer grise et écumeuse constamment déchirée par des vagues de plus en plus violentes qui assaillaient le littoral sans répit. Au delà de la mer, il scrutait un horizon opaque, impénétrable, tout aussi obscur que la nuit malgré le soleil de l’après-midi qui brillait encore derrière lui. Il savait qu’au-delà de cet horizon se terraient les forces destructrices et colossales de l’ouragan qui venait. Il crevait le cœur du jeune Maya de penser à la dévastation que pourrait causer l’ouragan sur la cité antique de Tulum.

Le dernier bulletin de nouvelles avait décrit les longues files de touristes apeurés qui avaient  envahi l’aéroport de Cancun en voulant fuir devant le cyclone tropical de catégorie 5, le maximum de l’échelle de la force des ouragans de Saffir-Simpson. Le gouvernement du Mexique avait d’ailleurs déclenché depuis samedi une évacuation massive des centres hôteliers et des plateformes pétrolières maritimes alors que l’ouragan s’apprêtait à déferler avec ses vents de plus de 200 kilomètres par heure sur la péninsule du Yucatan. Les dernières estimations des météorologues du Centre National américain des ouragans à Miami  avaient projeté que l’œil, le centre du cyclone appelé Emily, toucherait terre à la Riviera Maya dans la soirée.

 

- C’est la furie de Huracan qui te fait peur?

Rafaele sourit et se tourna vers Papah, le plus ancien des préposés à l’entretien du site archéologique de Tulum qui venait tout juste de le joindre. Le vieil homme était protégé par un vieil imperméable de caoutchouc kaki et surveillait l’est à son tour.

Rafaele comprenait bien l’allusion du vieil homme. Dans la mythologie Maya, Huracan, le cœur des cieux, était un des dieux originaux du vent, de l’orage et du feu qui vivait dans les vents et nuages.  Ce dieu avait tenté d’éradiquer par le Grand déluge l’humanité qui avait irritée les autres dieux. Son nom était d’ailleurs à l’origine du mot ouragan, « Hurricane » en anglais. Rafaele répondit au vieux maya :

- Avant ceci, j’ai survécu à des tremblements de terre et aux guerres de mon pays natal, mais ceci est mon premier ouragan. Je dois admettre que « le dieu à une jambe » m’inquiète, non pas pour moi-même, mais pour les autres indigènes mayas qui n’ont que des refuges rudimentaires contre sa furie.

Il ajouta en regardant les ruines derrière lui:

- Il me peine aussi de penser que cette ville pourrait disparaître...

Papah l’interrompit :

- Ce n’est pas le premier ouragan de Tulum ou des mayas du Yucatan!

Ce lieu  a survécu aux guerres, famines, épidémies, conquistadores espagnols, évangélisation, civilisation moderne, pollution et jusqu’ici aux touristes!!!

 

Sur ce dernier mot, il fit une grimace sarcastique qui fit rire Rafaele.

Il avait beaucoup d’affection pour Papah. Il avait été un mentor pour lui en lui communiquant son héritage culturel et spirituel en tant que membre de la tribu des Itzas. De plusieurs façons, il avait été aussi le père qu’il n’avait jamais pu avoir en grandissant dans son territoire de Peten natal avant d’avoir étudié aux États-Unis.

- Maintenant, dit le vieil homme en  martelant le jeune maya de son index, toi tu n’est pas de pierre tout comme cette cité! Tu devrais aller à ton abri!

Rafaele ne bougea pas.

- Va! ordonna Papah en lui mettant ses mains ridées sur ses épaules. On a tout fait ce qui était à faire. On a recouvert les fresques de plastiques, consolidé les structures les plus fragiles. Il n’y a rien d’autres à faire. C’est dans les mains du seigneur Chac. Cela sera selon sa volonté!

Il y eu alors un éclair lointain suivit d’un roulement sourd de tonnerre comme pour souligner le nom du dieu maya bienveillant du tonnerre et de la pluie qui assurait la fertilité et les récoltes.

- Tu vois Chac est d’accord avec moi! insista Papah avec un sourire amusé.

Rafaele savait que Papah avait raison. Le dieu Chac,   avec son visage grimaçant et de son nez éléphantesque tordu était un des dieux les plus vénérés des mayas. Il amenait la pluie et assurait l'abondance des récoltes.

Rafaele et Papah échangèrent un regard en voyant de nouveau la foudre transpercer la mer au large. La pluie augmentait en intensité.

-Tu viens avec moi? demanda le jeune Maya à son aîné.

Le vieil appariteur hocha la tête.

- Moi, je dois faire un dernier tour, tout vérifier une dernière fois. C’est mon travail et pas le tien! Toi, tu vas aller te réfugier! ordonna de nouveau Papah.

Le vieil homme ajouta sur un ton grave pour calmer une fois pour toutes les hésitations du jeune homme:

- Va! Fait confiance, ait foi. N’oublie jamais qui tu es et ton héritage en tant que fils d’Itzamna.

Ce fut les dernières paroles que Rafaele entendit de Papah.

 

 

Rafaele était terré dans la petite chapelle du complexe hôtelier qui avait été transformé en un refuge de fortune. Seule la lumière faible et blafarde des lampions éclairait leur abri en raison de l’électricité avait failli et du soucis d’économiser les piles des lampes de poche. Ce petit refuge était remplit par d’autres employés du complexe hôtelier où il travaillait  ainsi que des membres de leur famille. Ils avaient tous choisi de rester à l’Allure malgré le risque de la mer proche. Pour ces derniers, le complexe de vacanciers était leur seule famille et moyen de subsistance. Les clients de l’hôtel avaient été depuis longtemps été évacués par autobus à l’auditorium du collège de Valladolid à plus de 100 kilomètres à l’intérieur des terres.

 

Seulement l’épaisseur d’un mur en blocs de béton et de ciment se dressait entre eux et la tempête. Les grandes portes en bois massif de l’église avaient été barricadées.  Rafaele pouvait entendre la furie qui rageait à l’extérieur de la chapelle. Par-dessus le puissant sifflement strident des vents, il percevait parfois le claquement de portes, la chute d’arbres ou de poteaux ainsi que le fracas d'objets s’écrasant contre les plaques de tôles qui protégeaient leurs fenêtres. Assises sur les bancs et fixant l’autel et la croix au fond de la petite église, un quatuor de femmes récitaient de façon monotone leur chapelet, le son de leurs prières couvertes par les cris et pleurs d’enfants effrayés et de la voix calmante de leur mères. Il tourna son attention à son Yaesu VX-5RS, sa petite radio à ondes courtes portable. Tout en gardant son oreille contre le haut-parleur, il balaya la bande de fréquences à la recherche de communications ou d’informations concernant l’ouragan et la région. Il ne trouva qu’une seule station radio de Cancun perceptible de façon erratique dans le bruissement de la statique. On y annonçait que l’ouragan avait été réduit à un niveau 4 et qu’il avait d’abord frappé l’île de Cozumel de plein fouet avant de relâcher toute sa furie sur Puerto Aventuras où son œil avait touché terre. C’était à ce lieu, à une trentaine de kilomètre au Nord de Tulum qu’on s’attendait à retrouver les pires dommages. Cela le concerna grandement : il connaissait beaucoup de gens à Puerto Aventuras.

 

Rafaele ferma les yeux et se permit de s’assoupir un instant assis par terre, le dos contre un mur. Toute la fatigue cumulée de la journée le rattrapa et il tomba rapidement dans un profond sommeil.



  6 Chicchan 3 Xul : Chichen Itza, Yucatan, Mexique

 

Elle était enveloppée par les vents, la pluie et le tonnerre et telle une déesse, elle se dressait du haut des hautes parois rocheuses. Il était évident à la lueur des éclairs, que cette apparition à la silhouette gracieuse drapée de blanc était bien de chair. Son visage délicat affichait une grande inquiétude et appréhension alors qu’elle surveillait le puit sacré dont le fond montait, constamment gonflée par les pluies diluviennes.

Deux bras musclés émergèrent des eaux turbulentes et, entre les deux bras apparut une tête noire aux cheveux lisses, aux yeux d’un bleu violet profond qui semblait limpide même dans cette obscurité. Il avait une figure symétrique, parfaitement ciselée avec un nez droit. Il était magnifique, de la même race qu’elle. Il ne portait qu'une bombonne d'air comprimé et des gants.

 

Le jeune homme regarda au sommet du puit du cenote pour croiser le regard attentif de sa compagne qui cachait difficilement son désappointement. Il échangea quelques mots avec elle dans une langue que la Terre n’avait pas entendue depuis des millénaires. Elle pensa un moment et ordonna à l’homme de continuer.  Ce dernier lui signala d’un geste de la tête qu’il avait bien entendu. 

Il continua ainsi ses plongées jusqu’à ce qu’elle lui indique à contrecoeur d’abandonner. Sa voix était triste alourdie par son espoir trahi: leur recherche n’avait produit aucun résultat.  À l’aide d’une corde, il remonta rapidement l'enceinte du puit sacré maya apparemment sans effort et avec une agilité extraordinaire. Il se débarrassa de sa bombonne d’air comprimé, complètement nu, révélant un corps aussi puissant que parfait. Il lui prit la main doucement en la regardant avec ses yeux toujours aussi résolus et plein de compassion. C’est sans équivoque qu’il signala qu’il était impératif de partir. Il s’engagèrent dans le sentier désert qui quittait les abords du cenote sacrificiel et s’arrêtèrent subitement. Elle montra un panneau battu par les vents et la pluie et demeura devant perplexe. Le visage de l’homme s’alluma dans un éclair de compréhension. Une lueur s’alluma dans son regard, tout comme dans celui de la femme: celui de l’espoir qui renaissait.

Ils reprirent leur chemin et disparurent dans la nuit et la tempête.

 

 

7 Cimi 4 Xul: Tulum, Quintana Roo, Mexique

 

Rafaele se réveilla en sursaut. Il s’était endormi malgré lui; il avait même rêvé. Un rêve des plus étranges d’ailleurs. Il y avait gravi l’escalier d’une haute pyramide. Il se rappelait vivement du  ciel cristallin, bleu, riche et sombre comme un saphir. Au zénith de ce ciel trônait une étoile fixe et étincelante autour de laquelle tous les autres astres du firmament orbitait révérencieusement. Cette étoile était au sommet d’un arbre, le Ceiba. Il y avait trois animaux autour de l’arbre : un ours au pelage jaune ivoire, une chouette blanche ainsi qu’un jaguar noir. Les animaux prirent forme humaine et devinrent deux hommes et une femme. La femme qui était sur sa droite était jeune, très belle, toute drapée de blanc éclatant. Son front était orné d’un fin diadème avec un croissant argent, comme celui de la lune à sa première phase avec ses pointes dirigées vers le haut, qui retenait de longs cheveux aux boucles serpentines de la couleur de la nuit. En face de lui, de l’autre côté du tronc de l’arbre, se dressait un puissant guerrier armé d’une lance. Il semblait tout droit sorti d’une fresque ancienne. Il portait armure et un couvre chef à l’effigie du guépard. Son regard de fauve était particulièrement féroce et perçant. Il tenait la main de la femme. C’est l’autre homme qui se tenait à sa gauche dont l’apparence le choqua le plus. Un homme blanc, athlétique, aux cheveux d’or et yeux d’un bleu limpide, à la gueule carrée comme de nombreux touristes de la Riviera Maya. Il s’était donné les attributs du dieu soleil, c’était un sacrilège, il était un homme blanc! 

 

Maintenant qu’il y repensait, Rafaele étaient convaincu que cela n’avait pas été un rêve ordinaire, ses souvenirs demeurant encore si vivides. Il comprenait certain des symbolismes de son rêve. Il y avait juste ce profanateur d’homme blanc pour lequel il ne trouvait pas d’interprétation, mais il n’avait pas le temps d’y méditer plus longtemps.  Ils avaient survécu à la tempête pendant la nuit. Il voulait avec la levée du jour quitter l’abri et affronter l’extérieur malgré la mauvaise température qui persistait encore. Il était accompagné par d’autres volontaires, tous ouvriers de l’hôtel. Alors qu’ils ouvraient les deux grandes portes de l’église, tous avaient le cœur serré en appréhendant la désolation qui pouvait les attendre. Rafaele se dirigea vers la plage et trouva l’ensemble de la piscine, patio complètement submergé en partie par l’océan furieux et le cenote qui débordait. C’est en marchant avec de l’eau jusqu’au cheville qu’il découvrit qu’une partie du restaurant d’El Charro, ainsi que les huttes, cabanes et quai près de la plage avaient été soufflés hors d’existence. Il pouvait observer quelques cocotiers et arbres jonchant le sol, complètement déracinés.  Les bâtiments principaux avaient quelques baies vitrées brisées mais leur structures étaient indemnes mis à part quelques légers dommages à leur toit.  Les chambres de l’hôtel n’avaient pas subit de dommage apparents. Il n’y avait aucune électricité et pour cause: il ne restait rien à certains endroits du réseau de distribution électrique qui avait été arraché.  Les lignes téléphoniques étaient dans le même état. Le complexe hôtelier était quelque peu mal amoché mais dans son ensemble restait essentiellement intact. Rafaele ne douta pas un instant que les autres employés réussiraient très vite à restaurer par leur labeur le complexe hôtelier à sa pleine splendeur d’avant le passage de ouragan. Il le rassurait de penser que sans doute d’ici deux jours tout au plus, les touristes pourront revenir et profiter de nouveau du déjeuner qui sera servi à la Hacienda.  Et si l’hôtel avait ainsi survécu à l’ouragan, qu’en était-il des ruines de Tulum? Il quitta avec empressement les autres employés de l’hôtel qui dans l’allégresse générale remerciait Dieu d’avoir protégé leur hôtel.

 

Il décida de marcher sur les dix kilomètres le séparant des ruines de Tulum. Il aurait pour autant s’agir de 100 kilomètres tellement que la route était longue et pénible alors qu’il était constamment battu par les rafales brutales de vents et la pluie incessante. Mais il n’avait pas le choix, la route était inondée à plusieurs endroits et couverte de détritus ce qui auraient rendu toute circulation automobile périlleuse ou sinon impossible. Il était résolu de continuer car il s’agissait bien du seul moyen d’atteindre les ruines en ce moment. Il entrevit en chemin les toits arrachés d’hôtels de luxe, les pylônes utilitaires de bétons brisés et de métal tordus, étalés tout le long de la route. Tout près du site archéologique de Tulum, Rafaele remarqua qu’il ne restait rien d’un charmant complexe hôtelier de huttes aux toitures de chaume qui existait le long d'une bande reculée de la plage. Il connaissait bien l’endroit qui avait été particulièrement populaire avec les randonneurs et jeunes touristes. Un autre hôtel rose et bleu situé à l'intersection de l'autoroute et du chemin menant au site archéologique avait aussi été visiblement éprouvé par l'ouragan. Il n'y avait plus aucune trace d'une petite boutique de souvenirs, une cabane de bois, qui se trouvait auparavant tout près de l’entrée du stationnement à l’ouest. Cela lui fit craindre le pire alors qu'il sauta la barrière de métal et emprunta le chemin de terre menant aux ruines de l'antique citée de Tulum.

 

Il vit d’abord, dans la distance, la muraille de 5 mètres qui sur trois côtés enclavait les ruines et qui se dressait apparemment toujours intactes.  Il traversa l'enceinte de la billetterie et gravit rapidement les marches de pierre et accouru sur le site de l’ancienne ville Maya. Il inspecta tour à tour les extérieurs de la maison du puits, du temple des fresques, le temple miniature, du grand palais, du temple du dieu descendant, de l’oratoire, du Castillo, du temple de la stèle initiale ainsi que les autres structures et plateformes répertoriées. Il n’avait trouvé aucun dommage significatif. Même la paire des tours d’El Torreón qui était déjà précaire avait, comme le reste de la ville Maya, bien survécues à l’ouragan. Rafaele sourit ne sachant pas trop si il devait remercier Dieu ou Chac de ce miracle. En fait, il était fort surpris d’être le premier arrivé sur le site, même avant Papah. Il continua sa visite sans attendre en se rendant vers l'océan. Les plages étaient submergées par la mer encore furieuse. L’érosion causées par la tempête était flagrante. À certains endroits la falaise surplombant la plage s’était même effondrée. Il trouva même le coin de ce qui semblait être à première vue une pierre de fondation de la ville qui s’était déterrée tout juste derrière le Castillo, sans doute révélée à la suite du bouleversement des sols. Elle était très proche de la falaise.  Rafaele se rapprocha de la pierre prudemment car quelque chose d’inusité y avait attiré son attention. Il y avait bien quelques taches de couleur rouge sur cette pierre. En prenant toutes les précautions, il tassa le sable et dégagea encore plus délicatement la terre à la surface de la pierre pour y découvrir à sa plus grande surprise la tête de Chac coiffé d’une tête de jaguar en bas relief qui portait encore les traces de sa peinture rouge originale et qui ne faisait qu’une petite partie d’un plus grand ensemble. Il passa sa main tremblante sur la pierre. À sa grande surprise, il réalisa qu’il n’avait pas découvert une pierre mais bien une stèle. Il y devinait d’autres glyphes sculptés dans la pierre autour et au-dessus le jaguar. Une partie des glyphes arrangés en colonnes indiquaient la date par le long compte, c’est à dire le nombre de jour écoulé depuis la date du 14 août 3114 avant Jésus-Christ. Il calcula rapidement que la stèle datait du début du dixième siècle. Il pouvait aussi interpréter une partie des autres écrits visibles qui référaient au Dieu Chac et à Hobnil comme gardien bacab de l’est et dont la couleur rouge et les années Kan lui était assigné.

Il était surexcité, c’était peut-être la découverte de la décennie pour Tulum. Rafaele recouvra nerveusement la partie exposée de la stèle avec une couche de sable ainsi que de son propre poncho imperméable afin de la protéger de la pluie même si elle avait évidemment résistée aux éléments jusque là depuis plus d'un millénaire. Il avait hâte de partager avec Papah sa grande découverte. Mais en fait où était-il? Il devait sûrement être à Tulum depuis le temps. Le vieux maya devait être ailleurs également affairé à inspecter les ruines ailleurs. Il commença à parcourir les ruines à la recherche de Papah mais en vain. Il cria depuis la plateforme des danseurs au centre du complexe mais ses appels restèrent sans réponse. Il semblait être la seule âme vivante à Tulum. Un sentiment grandissant d’inquiétude l’envahissait, une crainte qui se concrétisa lorsqu’il trouva la vieille jeep olive de Papah stationnée près du rempart sud du site archéologique. Elle était couverte de feuille et débris et avait passée selon toute évidence l’ouragan à cet endroit. Ce qui voulait dire que vieil homme avait affronté l’ouragan ici, dans l’enceinte de Tulum.
Rafaele cria encore et encore le nom de Papah et chercha cette fois à l’intérieur des structures partout sur le site.

 

Il le trouva dans le temple des vents. Il y était allongé sur le plancher de pierre, les yeux fermés, son visage figé dans une expression paisible. Il était habillé d’un costume cérémoniel maya. Non pas celui qu’on montrait au touristes, mais un véritable habit de grand prêtre. Il était habillé d’un pagne de coton ajusté et matelassée richement ornée avec de lourds colliers de jade, obsidienne, turquoise, perles et coquillages. Il portait, tel une cape, une peau de jaguar sur ses épaules. Il avait aussi de larges boucles d’oreille ainsi que des bracelets de jade ciselés et massifs.  Il chaussait des sandales complémentées de protège chevilles taillé également en peau de jaguar. Mais ce qui restait le plus spectaculaire était son couvre chef élaboré dont la forme évoquait aussi la tête du félin sacré dont les yeux étaient des turquoises. La tête était couronnée par de magnifiques plumes vertes de quetzal, l’oiseau sacré maya.  Il portait dans sa main droite le bâton sacré que Rafaele savait légué par son père et transmis par des générations d’ancêtres avant lui. Ce sceptre était un symbole d’autorité et indiquait un haut rang religieux. Sa main gauche était rouge, teintée par son propre sang coagulé.

Rafaele ne savait que faire; d’une part il n’avait jamais vu Papah ainsi. Mais il était paralysé par une plus grande crainte. Maladroitement il s’adressa à Papah :

-Hé! Ce n’est pas le temps de dormir, amigo!

Mais il n’y eu pas de réponse, le silence mis à part les plaintes du vent. C’est avec le souffle court et appréhension qu’il toucha le corps à peine tiède. Il rechercha sans succès un pulse au poignet et dans le cou. Il s’obstina pendant un bon 15 minutes à prodiguer des techniques de réanimation inutiles avant d’accepter l’évidence que Papah était mort depuis trop longtemps. Il se jeta par derrière et se réfugia dans un coin recroquevillé, en sanglotant comme un enfant pendant un long moment. Il reprit sur lui-même et remarqua un bol presque complètement vidé de son contenu qui semblait être un potage de maïs et qui avait été répandu aux quatre coins de la salle sans doute en offrandes aux dieux. Il reconnu aussi la senteur encore présente de copal qui avait été brûlé comme encens. Papah s’était lui-même coupé la main dans un rituel de sang et il avait imprégné sa main sanglante sur le mur faisant face à la mer y laissant ainsi l’empreinte d’une main rouge, le symbole d’Itzamna. Tout près de Papah, il y avait aussi une gourde laissée ouverte qu’il ramassa et  sentit. Il y trempa ses lèvres et y goûta. Il s’agissait bien de la boisson rituelle du balché, où l’écorce de cet arbre est fermentée dans un mélange d’eau et de miel et parfois entremêlée d’hallucinogène.

Une poussée de colère étreint Rafaele.

-Que faisais-tu vieux fou? Que faisais-tu? Par ton rituel tu espérais quoi? Tu voulais l’intervention de tes dieux?  Pourquoi? Pour sauver Tulum?

Seul le vent sifflant lui répondit en brisant le silence.

- Qu’importe cela ne valait pas ta vie, vieux fou ! cria-t-il sèchement et amèrement et frappant le bol d’un coup de pied.

Il s’arrêta net, saisi par un puissant sentiment de honte.

Il réalisa soudainement qu’on ne pouvait retrouver Papah ainsi. Il ne pouvait laisser ce souvenir de lui, cette image, à la vue de tous. Tout le ridicule qui en découlerait; Papah avait dédié toute sa vie à Tulum et méritait mieux. Bientôt des agents gouvernementaux et des journalistes viendront à leur tour visiter Tulum pour constater les dégâts laissés par l’ouragan. L’ancienne ville côtière maya était une propriété gouvernementale mexicaine maintenant et on y avait prohibé la pratique des anciens rituels. Il pouvait facilement imaginer l’embarras causé par les titres du genre « Anciens rites païens encore pratiqué dans paradis touristique! ». Cela ne pouvais être l’héritage légué par Papah qui passerait alors que pour un vieil illuminé. Il avait dédié sa vie à Tulum et méritait mieux que cela.

Rafaele se résolu à enlever de la dépouille de Papah son habit cérémoniel pour l'échanger avec ses vêtements habituels. Ce faisant, il se sentait coupable d'être ainsi devenu un profanateur en trahissant la mémoire de Papah qu’il savait une homme fier.

 

Que lui avait dit Papah tout juste avant qu’ils se quittent?

De ne pas oublier son héritage Maya. Chose certaine, il n’oublierais jamais Papah.

Pour la sauvegarde de l’âme de son défunt mentor, Rafaele implora et pria en son nom tous les dieux qu’il connaissait, incluant celui du Christ mort sur la croix.  Il avait foi d’aider ainsi à force de prières son vieil ami afin qu’il ne soit pas retenu ni par le dieu de la mort Yum Cimil ou par le dieu du monde obscur des morts de Xibalba, Ah Punch. Il se laissa ensuite aller et pleura, s’affligeant de la perte de celui qui avait été pendant si longtemps sa seule famille. Il passa ainsi plus de six longues heures, seul avec la dépouille avant que quelqu’un vienne enfin.

 


Par A. Saint
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 27 juin 2009 6 27 /06 /2009 20:06

Je m’ouvris les yeux. Tout ce que je ressentais était de la souffrance. Je n’avais pas de corps, pas de torse, pas de bras ou de jambes; tout ce qui restait de moi n’était qu’un amalgame de douleurs insupportables, crues et vives.  Il faisait sombre, il n’y avait que la  faible lumière orangée d’une lampe à l’huile. J’étais dans une tente exigu dans un abri de fortune. Taliriktoq et Amaroq avaient donc décidé de ne pas me déplacer. Mes blessures devaient être trop graves pour que je sois bougé.  Inspirer et expirer m’était pénible, presque impossible. Je devais me concentrer pour respirer.  J’avais probablement de nombreuses côtes de brisées et possiblement un poumon perforé.  Je ne pouvais pas bouger, même pas ma tête. J’étais dans l’immobilité la plus complète sur ce sol de pierre glacé en permanence. De toute façon je ne voulais pas voir, je devais n’être qu’une bouillie sanguinolente complètement déchiquetée. Je voulais mourir, je ne voulais plus vivre, j’étais certain d’être infirme ou paralysé. Mourir à bout de mon sang, c’est ce que je souhaitais, mon Dieu par pitié.....

Je criai d’une voix rauque et faible :

- Taliriktoq! Amaroq!

 

Mais ils ne vinrent pas. M’avaient-ils ainsi abandonnés? Je paniquai :

 

- Par pitié! Au secours! Help! Ikajulaunga!     

           

- IkajorungnarKagît? (Je peux vous aider?)

 

La voix provenait d’un vieillard aux longs cheveux blancs qui entra dans la tente et se pencha sur moi avec un sourire complètement édenté mais un visage plein de compassion. Sa présence me calma. J’essayai de lui parler de façon saccadée en inuit:

- IkajortauneKadlariaKarpunga!  (J’ai besoin d’aide désespérément) nanortaq! (Victime d’ours blanc)  IkajorniarKingâ? (Allez vous m’aider?)

 

- Taliriktoq, Amaroq : aodlapoq. Ikajortut tikkiniarput mânakut! (Taliriktoq, Amaroq : parti au loin. De l’aide viendra bientôt!) rassura le vieil homme. Il montra une direction au-delà de la toile de la tente.

Je compris que mes amis Inuits étaient partis sans doute chercher des secours.

 

-  You understand English? Tukkisivêt Englisetût? (Comprenez vous l’anglais?)

Je savais qu’en général les vieux Inuits connaissaient l’anglais plutôt que le français.

Le vieillard me répondit :                     

- oKarungnangilanga Englisetût; Tukkisivêt Inuktût? (Je ne parle pas anglais; Comprenez vous le langage Inuit?)

 

- oKarungnarpunga kêtamik,  oKarasuarniarpunga Inuktût ! (Je suis capable d’en parler un peu, je vais essayer de parler Inuktût).

Il me demanda :

- Kinauvêt? (Quel est ton nom?)

 

- atteKarpunga Aleksandro Mikaelo (Mon nom est Alexandre Michel).

 

- Kuviasukpunga illitarilerapkit! (Heureux de faire votre rencontre)

Sa réponse courtoise me sembla bizarre dans les circonstances. Je l’interrogeai à mon tour :

-  kinauvêt?     

-  Angakkuq, erenaliopoq!

Il ne s’agissait pas d’un nom de personne. J’étais certain du premier mot qui voulait dire Shaman. Je n’étais pas certain du sens du deuxième mais je croyais qu’ils voulaient dire magicien. Taliriktoq et Amaroq m’avaient donc laissé avec un Shaman en attendant leur retour. Mais comment était-il parvenu jusqu’ici au milieu de nulle part?  Je ne savais pas d’où il venait, mais j’étais certain qu’il était ce qui se rapprochait le plus d’un soigneur au millier de kilomètre à la ronde.

 

- KanoêKêt? (Comment vas-tu?) me demanda l’homme visiblement concerné.

 

- kanoêpunga KanimaseK ânianarpoK (je ne vais pas bien!) Keujanarpunga! (J’ai froid) erKsilerpunga!(J’ai peur).

 

- erKsiniarnaK  (ne soit pas effrayé) me dit-il d’une voix réconfortante mais forte.

 

Il commença à m’examiner.  Il m’enleva méticuleusement tous mes vêtement, de la façon la plus délicate qu’il pouvait en coupant les tissus avec une lame lorsque nécessaire. Cela était la pire des tortures et me faisait horriblement mal lorsqu’il retirait le matériel pris à l’intérieur de mes plaies. Je les sentais mes blessures se rouvrir toute grandes et saigner abondamment. Je ne pouvais retenir mes sanglots et mes larmes. 

 

- Keaniarnak! (Ne pleure pas s’il vous plait!).

Mais je ne pouvais pas m’empêcher, j’étais en choc et je tremblotais. Il compléta son inspection. J’avais besoin de plusieurs minutes pour me remettre quelque peu et pouvoir me concentrer sur ce qu’il me disait.

Il m’annonça son diagnostic :

- niutit serKomitauvoK tullimatît  koppisimavut. (Tes jambes sont brisées; tes vertèbres fracturés). unuktut killeK una angijôvoK; amishut  aok asiuyoq ; aok kuvioq (plusieurs blessures sont profondes; beaucoup de sang s’est perdu, le sang coule encore).

 

Je lui ajoutai :

 - talliga serKominasugimara! (je pense aussi que j’ai le bras cassé!).

 

Il confirma d’un signe de tête. Il dit alors gravement :

 

- sumik pijomavêt? inuovoq ubvalu toqovoq (Que veux-tu? Vivre ou mourir?) 

 

Sa question me choqua. Offrait-il de m’abattre comme on tue un animal blessé afin d’abréger ses souffrances? Avait-il deviné mes pensées et mes craintes? Étais-je vraiment blessé au point de ne plus avoir de chance d’une vie normale? La mort serait alors une échappatoire attirante et clémente devant tous les maux que je subissais maintenant et qui subsisteraient si jamais je continuais à vivre. Je sentais aussi le regard de l’homme sur moi et il attendait une réponse. Curieusement la crainte de le décevoir surpassait ma peur de vivre et je lui répondis :

-Inuvoq! (Vivre!)

 

L’homme en était absolument réjouit et dit avec douceur et enthousiasme :

Pioyoq ! taîmatsiaq, igvitmut  sapiyuittoq ! (Bien! C’est très bien ainsi pour toi qui ne se décourages pas).

 

Le Shaman s’affaira autour de moi. Il embrassa des amulettes qu’il plaça respectueusement autour de moi. Il alluma de l’encens et des bougies. La senteur me fit tousser et cracher du sang, un arome que je ne reconnaisais pas. Il fit un long chant solennel, primordial dans un langage qui m'étais inconnu et qui était d’une beauté qui me faisait vibrer au plus profond de mon être et me fit oublier jusqu’à ma douleur.

 

Je l’entendis verser un liquide. Il me le montra un grand bol contenant un liquide parfaitement clair et transparent en spécifiant:

 

- imeK  Pingaluit imek (Eau, eau de Pingaluit). 

 

Voulais t’il dire de l’eau du cratère? Ce cratère était à plus de 500 kilomètres d’ici complètement de l’autre côté de la Baie d’Ungava. Il y a quelques semaines seulement, j’étais au parc national de Pingaluit qui en langue inuktitut, signifie le "grand bouton éruptif " et qui n’existait officiellement que depuis moins d’un an. J’ai réalisé là-bas un de mes rêves de géologue en visitant le magnifique cratère de Pingaluit, anciennement connu sous le nom du cratère du Nouveau-Québec, une dépression circulaire d'un diamètre de 3 km et d'une profondeur de plus de 400 m, a été formé par la chute d'un météorite gigantesque il y a 1,5 million d'années. Le lac qui s'y est créé serait le plus profond en Amérique du Nord. Son eau douce, d'une pureté unique au monde, provient exclusivement des précipitations et de la fonte des neiges. Les légendes des Inuits attribuent d’ailleurs à cette eau des propriétés magiques.

 

Il ajouta en trempant un linge dans l’eau:

- ivsornaineK erKanadlarpok! (La propreté est importante!)

Il commença à nettoyer mes plaies avec autant de douceur que si j’aurais été un nouveau né en commençant par mon visage.

J’ai du perdre conscience car la chose suivante que j’entendis était « Pijarêrpunga! » ce qui signifiait qu’il avait finit.  Il m’enroba d’un drap propre sur lequel était imprégné différents glyphes et symboles ésotériques dont je ne pouvais discerner des visages stylisés et l’empreinte d’une main rouge comme le sang.


Il quitta la tente en m’ordonnant :

-merngoerserlaurit iglime!


Ce qui voulais dire de rester au lit. Il avait vraiment un sens de l'humour particulier; comme si je pouvais aller quelque part dans mon état! Curieusement, je n’avais plus autant mal, en fait la douleur était presque tolérable. Je n’avais plus froid. Je m’endormis.

           

Je me réveillai. Je pouvais péniblement bouger ma tête. Plusieurs heures devaient s’être passées. Mon bras droit avait été soigné et immobilisé dans une écharpe. Mes jambes aussi avaient été traitées, arrangées et prête pour le transport. Mes plaies avaient été pansées. Le Shaman avait réalisé tout cela seul, sans que j’en aie été conscient. J’avais encore terriblement mal, mais j’aurais pleuré de joie pour cette atroce douleur que je ressentais et qui provenait de mon bassin jusqu'au bout de mes orteils; je sentais mes jambes!

J’étais seul dans la tente. J’interpellai :

- Angakkuq?

La porte de la tente s’ouvrit ballottée par le vent. Le vieil inuk entra sa tête et sourit. Sa présence me rassura. Mais ce que j’aperçu derrière lui me terrorisa. Je m’affolai à la vue de l’énorme ours blanc aux poils enduits de sang couché jonchant le sol et dont la tête regardait dans ma direction. Quelques battements de coeur plus tard, j’ai pu discerner le regard vide et ses yeux de mort de la bête. Je réalisai avec soulagement que ce monstre ne bougeait pas et qu’en fait il ne bougerait plus jamais. Le Shaman avait observé ma réaction et s’adressa à moi d’un ton qui semblait être un reproche :

- Kaujimavêt nenuit sapputi jaungmatta nunapta perKojanginût? (Vous savez que les ours polaires font partie des espèces protégées?)

Je ne savais que penser.

Il se mit à rire malicieusement. Je n’avais pas le cœur à rire, mais cela me raviva les esprits et il avait réussit à me faire sourire. Il faisait clair dehors, mais le temps était gris;  il semblait y avoir du brouillard ou une épaisse bruine. Je ressentais le froid. Il était pour neiger sûrement; déjà la première neige ! Je pouvais entrevoir le vieil Inuk inspecter l’ours de plus près. Je l’entendis commenter:

-Pioyoq ! taîmatsiaq! annarpanarmêK! (Bien! C’est très bien ainsi; il a eu son compte!) 

Il s’adressa ensuite à moi et je cru comprendre :

- naluayonerpâingminik pionerksaq,  pidguyoqnerksaq,  erksituittoqnerksaq katshunggaitoqnerksaq; igvit pitsiapoq (toi-même prouver être meilleur, plus fort, plus brave, plus courageux; tu fait le bien).

 

Je ne savais que répondre; je n’étais même pas certain de comprendre ce qu’il disait. Ce vieil homme inconnu semblait m’estimer beaucoup. Était-ce seulement parce que j’avais affronté ce monstre polaire?

Après un moment je lui posai une question qui m’intriguait depuis que je l’avais vu :

- Sumik piniarKêt mane? (Que faite vous ici?)

Après tout nous étions ici loin de tout, dans une des contrées les plus sauvages de la Terre. Comment s’était-il trouvé ici?

Il me répondit tout en dépeçant une partie de la bête:

- ubvaqa malik’poq una nanoq it, ataoseq pionngitoq tarneq;  âtsioqigvit (moi suivre cet ours, un mauvais esprit; lui m’amener à toi).

                                                          

J’aurais voulu lui demander de m’expliquer ce qu’il voulait dire, mais il entra avec sa viande fraîchement coupée.

- kâlerKêt (Avez-vous faim?).

Je déclinai son offre :

- kâlungilanga !

Il insista en amenant un bol à ma bouche  et je compris qu’en raison de tout le sang que j’avais perdu que je n’avais pas le choix. Je fus soulagé de voir qu’en fait il avait préparé une fine bouillie. Cela avait une saveur de viande tartare salé mêlé avec quelque chose de sucré et épicé. Je détectai un goût que je connaissait trop bien, celui du sang. Était-ce celui de l’ours? J’appréhendais d’avaler ce curieux mélange, j’avais peur de vomir mais j’ai pu effectivement tout ingérer sans avoir de nausées.

 

- Imertomavêt? (Tu veux de l’eau?)

 

Il approcha la gourde de mes lèvres. L’eau était délectable, douce et fraîche. L’eau la plus pure que j’ai goûtée de ma vie. 

Le vieil homme ajouta :

- Imerdlarlaurit! imerlaurit illûnânik mâna Salutivagit! (Bois beaucoup d’eau s’il te plait, tu dois tout boire maintenant pour ta bonne santé!).

 

J’obéis et me laissai choir la tête contre le sol. Je ne me sentais plus tout à fait aussi faible. Je semblais avoir prit des forces.

Le vieux Shaman semblait très satisfait et commença à manger à son tour.

Il termina rapidement son assiette qu’il mit de côté.

Il s’agenouilla ensuite et frotta ses mains l’une contre l’autre quelques minutes comme pour les chauffer et les imposa sur ma tête. Il ferma simultanément les yeux, il semblait prier ou méditer.

 

Je ne connaissais pas le détail des pratiques spirituelles Inuites. Je savais que pour eux, toutes choses qui existaient et se manifestaient dans l’univers possédaient une ou plusieurs âmes, qu’il s’agisse de la plus simple pierre, d’une plante ou d’un animal. Il en était de même pour les humains qui possédaient au moins deux, sinon plus, d’âmes ou esprits différents. En croyant ainsi que toutes choses avaient des âmes comme celles des humains, les chasseurs devaient constamment montrer le respect approprié envers leurs proies animales et effectuer la prière coutumière car autrement les esprits relâchés par la mort se vengeraient.  Pour les Inuits, offenser un esprit risquait d’avoir ce dernier interférer avec leur existence déjà périlleuse et précaire où le moindre malheur pouvait engendrer la mort. 

 

J’avais déjà entendu dire que les Inuits expliquaient la cause de la maladie par le vol ou la perte d’une âme qui s’est détachée de son corps ou qui a été volée par un esprit ou shaman malveillant. Le vol d’une âme rend quelqu’un malade ou affaibli sans tuer immédiatement parce ce qu’il est la cumulation de plusieurs autres âmes. Seul le talent du  Shaman peut guérir en ramenant et réintégrant l’âme perdue ou volée.

 

Je regardai le vieil Inuk qui priait toujours et ne m’avait pas lâché. Son toucher était sécurisant, apaisant. J’avais déjà rencontré d’autres Shamans de communautés Inuits auparavant. Traditionnellement, ils aident à la relâche de l’âme des animaux assurant ainsi une bonne chasse, ils s’occupaient des malades et des blessés, ils offraient leur sagesse et invoquaient les esprits en aidant les gens dans leur vie de tous les jours. Mais je ressentais chez cet homme quelque chose de plus profond, quelque chose de puissant qui dépassait les autres Shamans auxquels j’avais été mis en présence.

Est-ce que les Shamans possédaient vraiment la connaissance du monde des âmes, étaient-ils de véritables médiateurs entre le monde des esprits et les vivants?  Dans le cas de l’homme qui me soignait, j’avais foi, au plus profond de moi-même, que cela était véritablement le cas.  De la façon qu’il s’occupait de moi, c’était comme si j’étais pour lui la personne la plus importante du monde. Les Shamans sont réputés de pouvoir faire l’expérience ou d’induire des visions. Je me demandais si il voyait quelque chose de particulier en moi pour ainsi prendre soin moi qui n’étais même pas un Inuit. Je savais que si je survivais à tout cela, je lui devais ma vie.

J’avais dû me rendormir de nouveau car je trouvai le vieil homme assit sans que je m’en rende compte. Il me sembla épuisé; les traits de sont visage étaient prononcés et tirés.

Je réalisai que j’avais perdu tout concept de temps. Combien de temps s’était passé depuis l’attaque de l’ours? Depuis combien de temps étais-je allongé immobile ici?

- Sunaliâk mânâ? (Quelle heure est-il maintenant?)

-  uvlârme, sitamaoyunngígaqtoq (il est 7 heures le matin)

- Mânepunga uvluttikkitut nâvlugit? (Je suis ici depuis quelques jours?)

- Ikperksânemit! (Depuis le jour avant-hier)

 

Nous étions donc vendredi. Il y avait eu deux jours depuis l’attaque de l’ours. Je réalisai que Taliriktoq et Amaroq devaient être au point de rendez-vous pour joindre l'hélicoptère qui devait revenir nous chercher! Et comment exprimer ma reconnaisance à cet homme qui me soigne depuis et qui est à mon chevet et qui m'a maintenu en vie depuis tout ce temps?

Je le remerciai simplement :

- Nakormêk! pitsiadlartôvotit (Merci, vous êtes très aimable!)

J’aurais voulu lui dire quelque chose d’autre de plus profond, mais il s’agissait des seuls mots Inuktût que j’avais en tête.

 

Il me regarda gravement et me pris ma main indemne.

- igvit! Aleksandro Mikaelo! IkajorniarKingâ? (Toi, Alexandre Michel! M’aideriez vous?)

J’étais déconcerté par cette question et pensais ne pas bien avoir compris. Comment pouvais-je être d’une aide quelconque dans l’état où j’étais? Je ne pouvais rien lui refuser, il m’avait littéralement arraché de la mort et  redonné vie. Je me sentais prêt à tout pour lui.

Je lui répondis:

- imaka, ahaîla ahammarik. Nakormêk angijomik (Je suppose, oui certainement, je vous dois beaucoup). Sunamut IkajorungnarKêK? sunamik piniartuksauvêk? (Que puis-je faire pour vous aider? Que dois-je faire?)

 

- Ikajortut tikkiniarput mânakut, Ittertuksauvotit KanimajoKautimut. illaginiarKingâ? (L’aide arrivera bientôt, Tu dois aller à l’hôpital. Vas-tu m’amener avec toi?)

 

- ahaîla! (Oui, certainement).

C’était pour moi la moindre des choses que je pouvais faire pour lui.

Il murmura :

- aulasaraijomavunga aKKunaKsoaKarniarpoK (Je suis pressé; une grosse tempête s’en vient); stundit annigorput ; aulartuksauvungaa (Il est tard; je dois partir)

 

Ce que je cru entendre m’angoissa au plus grand point. Il me laissait seul? Je lui demandai la gorge nouée:     

- Namut ainiarKêt? (Où allez vous?)

Il me rassura :             

- mânêgannerniarpunga, tâmanngát; aulaKattigêniarpagit!

 (Je reste ici pour toujours; je vais aller avec toi).

Il partait, il restait? J’étais confus, tout ce qui me disait me semblait cryptique, dénué de sens propre.

- sumik tukkeKarkKâ? tukkisitilaunga? tukkisingilanga tukkisilungilanga!  (Qu’est ce que cela veut dire? S’il-vous plait expliquez moi? Je ne comprends pas!)

Il plaça sa main sur mon front, elle était chaude. Il mit un doigt sur ma bouche me signifiant de me taire. Il me commanda:

 - mâna sinninasualaurit! sinnilaurit! (Essaye de dormir maintenant! Dors maintenant s’il-te plait).

Je ne pu résister à son ordre et tombai dans un profond sommeil.

 

Je me réveillai en voyant Taliriktoq et Amaroq autour de moi alors qu’un autre homme, un secouriste, m’installait un col afin d’immobiliser mon cou. Ils me transférèrent sur un brancard. Le secouriste inséra promptement une aguille dans mon bras qu’il brancha à un cathéter et solution intraveineuse.

Par-dessus une couverture, ils mirent en place et serrèrent les sangles avant de me soulever.  De là, ils m’amenèrent vers un hélicoptère. Le soleil se couchait et sa lumière rouge embrasait le ciel.   Je cherchai le Shaman. Je ne le voyais nul part. Ne voulait-il pas venir avec moi?

- Angakok! Angagok!

Je vis Amaroq baisser les yeux et tourner la tête vers la carcasse de l’ours. À ses côtés je reconnu le linceul blanc à la main rouge du Shaman, le même qu’il avait utiliser pour me couvrir. 

-Non! Non, répétais-je en réalisant ce que je voyais. Il enveloppait quelque chose; il dissimulait un corps!

Amaroq me souffla :

-toqungáyoq! Angagok toqoKadlapoq! (Mort, Shaman mort subitement!)

Mais je continuai hystérique refusant de croire que le vieil homme avait ainsi trépassé.

Je criai :

- Angakok! Angagok!!

- Soyez calme! ordonna le secouriste.

Amaroq me dit gravement tout en me retenant:

- toqodjutígivâ quarpoq igivit! (Il est mort pour toi!)

Cela me fit l’effet d’une gifle.

Il m’avait redonné la vie, il avait perdu la sienne!

- Angagok!!!

On m’injecta un calmant ou anti-douleur car je m’assoupis et senti ma gueule devenir molle et pâteuse. Tout juste avant de perdre conscience je cru voir le Shaman auprès de moi, sourire et me tenir la main comme il l’avait fait  tant de fois depuis les derniers jours.



Saying goodbye to civilisation par angus.duncan
Par A. Saint
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés