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Mercredi 30 décembre 2009 3 30 /12 /Déc /2009 02:06

J’étais assis seul à ma table de restaurant, j’avais déjà fini de manger mon omelette. Toujours pas de Rafaele!  S’était-il rendormi? Je décidai de lui laisser encore un peu de temps pour me joindre.

Je me servi une autre tasse à partir du presse-café qui avait été laissé à ma table. Le liquide noir, délicieusement aromatique était absolument délectable. C’était sans exagération le meilleur café que j'ai bu de toute ma vie. Il était fait à partir de fèves locales cueillie dans la vallée de Copán et fraichement rôties.

 

Je vis Madame Mercurio s’amener, elle se cherchait une place pour déjeuner. Je lui signalai de se joindre à moi. Nous échangeâmes nos salutations matinales. Elle était heureuse de me voir. Elle affichait toujours son grand sourire. Aussitôt assis, une servante s’amena pour s’occuper d’elle en lui offrant café et jus d'orange. Elle commanda ce qu'elle appelait son habituel: 2 crêpes, deux œufs miroirs,  tranche de jambon et tomate. Son assiette arriva rapidement. Elle la huma avec un grand plaisir gourmand en expliquant que ce qui lui manquait plus que tout dans ses expéditions archéologiques dans la jungle reculée était un bon petit déjeuner cuisiné.              

 

-           J’ai été surpris de voir Rafaele ici, me commenta t'elle en tartinant son pain grillé. Les Chontrons sont quand même loin d’ici! Il a étendu son sujet de thèse?

 

Elle était plutôt indiscrète cette Madame Mercurio! Peut-être essayait-elle simplement d'amorcer une conversation. Je détestais mentir, mais il me fallait bien lui répondre quelque chose. Je lui dis calmement:

 

 

 

Tout ce que j'avais dit était essentiellement vrai et j'espérais avoir satisfait sa curiosité.

 

-           Je comprends; cela est très intéressant! poursuivit Mercurio entre deux bouchées. Lorsque vous aurez terminé et serez prêt à publier, je serais très intéressé à vous lire. J'ai de bons contacts au National Geographic.

 

Cela m'impressionna. Je la remerciai poliment.

 

-          Quel sera votre prochain site après Copán? Je pourrais vous suggérer des sites qui vous intéressaient sûrement!

 

-           Quand nous aurons terminé ici, nous planifions d'aller vers l'ouest.

 

Elle approuva et en profita pour me parler de son travail au Guatemala et des fantastiques cités oubliées qui s'y trouvaient. Je regardai Mercurio comme si c'était la première fois que je réalisais que c'était une femme et c'était une très belle femme. Elle semblait constamment pausée, toujours de bonne humeur, mais on devinait en elle une grande dynamique et  passion. Il était évident qu'elle était en amour avec ce qu'elle faisait. Il fallait qu'elle soit forte, résolue pour ainsi travailler seule dans cette profession dominée traditionnellement par les hommes.

 

Elle me confia qu’elle avait cela dans le sang : ses parents étaient eux-mêmes explorateurs et historiens et ils l'avaient amenée partout, même sur les sites d'excavation. Les glyphes Mayas avaient été parmi les premiers dessins qu'elle avait faits avec ses pastels. Elle se rappelle intensément d'une visite à Elk Balam et de ces anges, ces guerriers Maya ailés, qui l'avaient complètement impressionnée.

 

En continuant à jaser avec elle, il me devint évident qu'il s'agissait d'une femme absolument brillante qui avait décidé de dédier sa vie aux anciens mayas. Elle me parlait constamment d’eux  avec une fervente passion et un respect évident pour cette ancienne culture. J’appris également son prénom : Jillian.

 

Je la trouvais de plus en plus sympathique cette docteure Mercurio, mais je maintenais une certaine réserve;  j'étais une fraude et cette femme était de plus associé avec l'Université de Harvard et le musée de Peabody ce qui me rappelait la provenance illégale de l’artefact de Chibirias.

 

Le visage de Jillian s'alluma alors qu’elle finissait son assiette.

- Vous êtes peut-être la meilleure personne pour répondre à une question qui à rapport à des excavations récentes !

Elle fouilla dans son sac à dos et en sortit plusieurs petits sac de plastique. Ils contenaient différents objets sculptés et fragment de pierres.

Je reconnu aussitôt, malgré les différentes couleurs, le minerai fin et très dur de la famille des pyroxènes,  le jade jadéite. La couleur verte plus ou moins foncée de plusieurs de ces échantillons confirmait leur nature hors de tout doute.

Je regardai Mercurio dans les yeux, me testait-elle? J’étais intimidé par elle et voulais me valoriser et me rendre crédible.

Je lui relatai mes observations en lui expliquant qu'à son état pur le jade est blanc et que ce sont les sels qu'il contient dans sa structure cristalline qui lui confère une autre couleur. Les sels de chrome donnent une couleur verte. Je lui pointai un échantillon bleu-vert dont la couleur provenait des sels de cobalt qu'il contenait. J'ajoutai que le jade noir doit sa couleur à des sels de titane alors que le jade rose contient des sels de fer et de manganèse.

Je lui montrai qu’il existe deux types de jade. La première est un clinopyroxène sodique, un aluminosilicate naturel de sodium. Il correspondait à l'ensemble de ses échantillons sauf deux, taillés comme des perles, d'une  couleur olive vitreuse et opaque. Il se distinguait des autres échantillons par sa structure cristalline. J’étais certain qu'il s'agissait du deuxième type de jade, la néphrite, une variété d'actinolite, un aluminosilicate de calcium.

Mercurio était excitée: je venais de confirmer ce qu'elle soupçonnait déjà depuis un certain temps. Un des échantillons prélevé dans des ruines mayas n'était non pas du jade d'Amérique mais de Chine!

J’admettais que sa découverte était absolument remarquable, car chose certaine on ne pouvait trouver de la néphrite en Amérique Centrale où la jadéite dominait complètement. Je voulu amener à Mercurio une importante précision, sans pour autant tuer son enthousiasme. Je lui confirmai qu’il est vrai que l'on trouve de la néphrite en Chine et que dans l'antiquité elle y était une pierre précieuse connue aussi sous le nom de  la pierre Impériale. Mais, il est également possible de retrouver de la Néphrite en Russie, en Nouvelle-Zélande et au Canada qui en est le principal producteur mondial de ce minerai. Il était donc  possible que ce Jade précieux ait été amené et conservé depuis le passage du détroit de Behring par les Amérindiens ou qu’il provienne d’échange avec des tribus du Nord de l’Amérique.

Seul un examen approfondi des impuretés du minerai ou un profil isotopique détaillé en comparaison avec des échantillons standards provenant de différentes régions permettrait de cerner la provenance de ce minerai. Mercurio était parfaitement d'accord et prit note des tests  que je lui recommandais.

Elle m'informa que la jadéite fut grandement prisée par les civilisations précolombiennes.

J'appris que le jade bleu-vert est appelé "jade des Olmèques", alors que le jade vert foncé est dit " jade des Mayas ". Le minerai provenait du Guatemala, des hautes terres du pays (Sierra de las Minas). Elle connaissait bien une collègue archéologue au
Guatemala qui avec son mari avaient découvert d'anciens gisements de jade dans la région d'Antigua les rives du fleuve Motagua qui furent minés par les Mayas à l'époque précolombienne. Ils exploitaient encore aujourd'hui leur découverte sous le couvert d'une société minière. Si j’étais intéressé à leur opération, Mercurio m'assura que cela pouvait être facilement arrangé. Je répondis spontanément que cela m'intéressait effectivement beaucoup mais que j'avais du travail à compléter avant de pouvoir considérer y aller.

 

Rafaele arriva enfin. Il était de bonne humeur, son regard clair pétillant à l'opposé de celui que j'avais laissé dans notre chambre. Moi et Mercurio le regardâmes fascinés alors qu'il engloutît en quelques minutes la montagne de crêpes contenue dans son assiette. Il avala d'un trait sa tasse de café et s'essuya les lèvres avec sa serviette de table; il était prêt à partir.

 

Il en était presque temps; je reconnu les gens avec qui nous avions échangés la nuit précédente. Ils arrivaient tous, venus eux aussi pour visiter la tombe. Un autre homme, inconnu celui- là se joignit à nous.   Il était un homme distingué  dans la quarantaine, à la barbe courte et soignée, sa tête couverte par un chapeau de style safari et ses yeux dissimulés derrière des verres fumés,. Mercurio nous le présenta comme étant le docteur Maca qui avait découvert la tombe que nous allions visiter. Il nous salua tous humblement. Il était un archéologue et anthropologue de l’Université de Colgate de l’état de New York aux États-Unis.

Nous procédâmes ensuite vers le site des ruines. Il s'agissait d'une marche très agréable d’une quinzaine de minutes pendant laquelle notre groupe continua de bavarder. Je regardais le soleil qui demeurait timide incapable de percer la brume tombante des montagnes.

J’étais excité alors que nous nous approchions d’un vaste complexe de ruines blanchâtres formés de plusieurs plazzas, nombreux temples et structures construites sur différents niveaux. Nous étions également entourés par la vallée incroyablement verdoyante de Copán  traversée par la Chamelecón Rio. Ses montagnes rondes densément boisées étaient parsemées ça et là par des plantations de cafés, d’ananas ou de larges champs dorés de tabac. Je me rappelais jusqu’à quel point j’avais grandement apprécié au petit déjeuner le café qui provenait de la plantation, ou finca, de la famille Welchez à quelques kilomètres de Copán. Il s’agissait de la même famille qui avaient fondé et exploitaient encore l’hôtel Marina.

 

Nous arrivâmes à environ 400 mètres à l'ouest de l'Acropole, le noyau cérémoniel de l’ancien Copán. À part d'un trou ouvert un petit monticule de terre, il n’y avait que peu à voir. Je jetai un coup d’œil discret sur le compas et fut déçu. Ce n'était pas ici: nous étions encore loin de l'endroit qu'il indiquait. J'observai Rafaele ravi de pénétrer dans la terre; je ne lui dis rien ne voulant pas lui gâcher son moment. Je regardai tout autour et réalisai que ce que pointait le disque de Chibirias était beaucoup plus loin que le site touristique des ruines, quelque part dans les jungles au-delà de la vallée de Copán.

 

Pendant ce temps, j'écoutais d'une oreille distraite le discours de Monsieur Maca qui nous relatait les éléments les plus remarquables de cette tombe d'un membre d'élite de l'empire antique Maya. Selon leur première estimation, la sépulture datait aux environs de  650 après Jésus Christ.  Il nous apprit qu'il s’agissait du squelette d’un homme de 50 ans  affligé par diverses maladies. Le squelette avait même des modifications dentaires, communes parmi le Maya antique.

 

La dépouille reposait droite dans son tombeau avec ses jambes entrecroisées, ce qui était peu commun. Son corps, lorsqu’il a été trouvé, était flanqué de coquillages, poterie, bateaux miniatures et ornements de jade.

 

La position du corps, la structure du tombeau, et plusieurs objets façonnés inattendus suggéraient que l'individu enterré a été un important dirigeant politique ou un membre du sacerdoce. Maca ajouta que l'individu enseveli a été trouvé avec un pectoral de jade pendu d'un collier des douzaines de perles de jade de diverses tailles et puisque le jade était un produit précieux, ces bijoux représentent donc un niveau de d’influence et de contrôles ressources économiques.  Les symboles inscrits sur le pectoral de jade indiquaient un titre politique ou une affiliation sociale à  des emplacements importants autour de la ville.

 

Maca admit que cette découverte avait été inattendue ainsi en dehors du centre cérémonieux de Copán  alors que les tombeaux appartenant aux membres de la dynastie de la cour royale de Copán sont typiquement trouvées dans l'Acropole de Copán, c’est pourquoi les archéologues avaient typiquement focalisé leur recherche dans la zone centrale de l’ancienne ville de Copán pendant les dernières décennies.

« Nous commençons maintenant à penser, dit-il,  plus largement à la grande ampleur de la ville et de ses banlieues, de la façon de protéger ce grand territoire contre le pillage et la croissance démographique moderne. Nous comprenons maintenant que la dynastie de Copán a manifesté sa puissance dan des secteurs jamais été  exploré et peut-être même au-delà de la vallée de Copán. »

 

Je regardai de nouveau vers l’est ; il ne savait pas jusqu’à quel point il avait raison.

           

Il mentionna que les poteries trouvées, certaines représentant de navires, provenaient probablement du Salvador actuel.  Maca nous a expliqué qu’il était ainsi peu probable que ceux-ci aient été faits dans Copán et qu'elles signifient une certaine sorte d'affiliation culturelle avec la région de leur provenance. Les coquillages ont été également retrouvée dans le tombeau et leur disposition semblaient indiquer une carte cosmologique et peut être une représentation des eaux originelles de la mythologie de la création de Maya. Maca nous a indiqué que les coquillages proviennent sûrement d’échanges commerciaux avec la côte. Cette découverte  fournissait aux archéologues et anthropologues  une idée plus précise de la société de Copán de la période Classique qui était culturellement beaucoup plus diverse que l’ont avait crû jusqu’ici. Maca conclut que la découverte leur fournissait un cadre archéologique peu commun les aidera à augmentent leur connaissance de la complexité sociopolitique et culturelle de la ville antique et du paysage funéraire et rituel de la vallée de Copán pendant le septième siècle (A.D.)

 

À ce moment Rafaele émergea du sous-sol absolument enchanté remerciant chaleureusement le docteur Maca pour ce moment privilégié. J’exprimai également ma gratitude. La visite était finie, le groupe commençait à se disperser.

 

Je pris Rafaele par le bras et lui dit à voix basse :

 

Ce n’est pas ici ! J’ai vérifié le compas. D’après ce que je peux estimer, cela pourrais être à dix ou tout au plus vingt kilomètres d’ici en direction de l’est.

 

Rafaele était songeur.

Tu es certain ? C’est bien loin d’ici; cela nous mènerait quelque part dans les montagnes.

Je bougeai affirmativement  la tête.

Cela correspond à la longitude que nous avons originellement déterminée.

Tu as l'air déçu! commenta-t-il en me regardant.

Je lui admis:

Je suis juste un peu frustré: j'avais tellement espéré que cela serait plus  facile cette fois!

 

Moi aussi !, admit Rafaele. Je me console en me disant que si cela serait facile, il y a longtemps que cela aurait été découvert par quelqu'un d'autre.

 

En effet!  acquiesçai-je.

 

Cré Rafaele ! Il n’était pas du tout contrarié pour autant.

Je vais préparer tout ce qui est nécessaire pour l’expédition annonça-t-il tout à fait résolu.  Tout fougueux, il s’apprêtait déjà à partir.

Je l’arrêtai et lui suggérai :

Il n’y a pas tant de presse, nous pourrions partir demain matin. Ne veux-tu pas en profiter pour visiter les autres ruines de Copán pendant que nous sommes ici ?  

Il me regarda avec gratitude. Il n’avait pas besoin de me répondre.

Nous fûmes alors conscients de la présence de Mercurio tout près de nous. Combien de temps avait-elle été là ?  Qu’avait-elle entendue ?

Elle nous regardait curieusement. Je pensais qu’elle était pour dire quelque chose mais elle ne nous dit rien alors que le docteur Maca vint la rejoindre pour discuter des travaux de remblayage.

Par A. Saint
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Mercredi 30 décembre 2009 3 30 /12 /Déc /2009 01:43

J’avais à peine descendu mes paupières que je me retrouvais propulsé dans cet univers prismatique aux vapeurs d’argent. Je ne rêvais pas, j’étais de retour dans cette dimension astrale du monde de Naum.

 

Je me réjouissais à l’idée d’avoir la possibilité de contacter Chibirias. Je cherchais sa présence. Comme réponse, j’entendis alors ses cris désespérés. Elle m’appelait à l’aide. Elle était en détresse. Sa voix venait de partout et de nulle part. Je cherchai frénétiquement tout autour de moi. Je me concentrai sur Chibirias et elle m’apparut enfin dans la distance. J’accouru vers elle. Je la serrai contre moi.

Je sentis alors que quelque chose n’allait pas. Elle avait la voix de Chibirias, elle avait son corps mais ce n’était pas elle!

Un piège et je m’étais jeté dedans comme un parfait con!  Je la repoussai. Elle ricanait monstrueusement. Je sentis quelque chose m’encercler les chevilles et monter le long de mes jambes. Je regardai et à ma stupeur vis deux serpents terrifiants qui grimpaient, lovés jusqu’à mes genoux.

Je ne paniquai pas, je ne fus effrayé qu’un moment. Je me concentrai et évoquai l’épée tout comme je l’avais fait auparavant et l'arme apparue dans mes mains. En deux coups vifs, j’avais tranché les reptiles et avais de nouveau mes jambes libres.

 


 

Je me tournai et vis la foudre tomber tout près. L’éclair commença à devenir plus sombre, plus opaque donnant l’impression d’être traversé par une pluie de lumière noire. Il se constitua en une ombre plus sombre. Informe,  d’abord tremblotante, elle se condensa et cessa de trembloter, pris forme une grande pyramide Maya typique.

Du sommet de cette pyramide un homme en descendait, il était titanesque.

Il n’étais qu’à quelques mètres de moi; je reculai et le gardai en respect avec mon épée.

Cela le fit rire, il s’avança jusqu’à ce que ses yeux d’un gris clair laiteux soient à la hauteur des miens. Je le reconnu. Il était le Consul de la sorcière que j’avais entrevu lors du massacre de Xochicalco. Il avait à la fois le visage d’un ange déchu, luciférien, impérieux, cruel et magnifique. Son regard prônait une grande puissance et une singulière arrogance. Il continua vers moi jusqu’au point de s’empaler lui-même sans aucune hésitation sur mon épée. Son visage souriait triomphalement, ne trahissant aucune douleur ou inconfort. Je retirai la lame et du même geste tenta de lui trancher la tête. Il arrêta la lame et la retint entre son pouce et son index. J’essayai de toute mes forces de bouger l’épée mais c’était en vain, elle ne bougeait pas d’un millimètre; elle était immuable. Il avait bien réussit à me démontrer que je pouvais rien contre lui.

Il me faisait peur maintenant.  Pourtant il n’avait rien fait pour m’attaquer et je ne doutais pas qu’il aurait pu facilement me détruire; qui était-il et que voulait-il?

 

Il me parla. Il ne montra aucune hostilité, sa voix était au contraire douce.

-           Je sais comment ton entreprise est sans espoir ! N’ait pas peur de moi! Je te fais peur?

-           Non lui répondis-je avec défi. Non, tu ne me fait pas peur!

-           Bien, je ne veux pas que tu aie peur de moi!

Au ton de ses paroles suaves j’étais étrangement calme je me sentis la proie d’une agréable léthargie tandis que je continuais à écouter son mélodieux murmure.

-           Tu as vu mes gens, mon peuple;  ils sont en décadence. Ils pourrissent. Ils ont régressé, ils sont tombés!

Son peuple? De qui parlait-il? Des Mayas? Qui diable était-il?

Je n’étais plus tout à fait sous son charme, j’étais en passe de recouvrir ma vivacité d’esprit.

Je lui demandai d’un ton accusateur :


L'homme nullement concerné repris  ses trompeuses inflexions suaves et rassurantes.

-           Non, je n’ai rien à voir avec cela et tu en as ma parole. Je n’ai rien à voir avec ces pitoyables ténébreux et ceux qui les servent. C’est toi, seulement toi, qui m’intéresse et je ne te veux aucun mal, au contraire!

 

Il m’avait rassuré. Je sentais qu’il me disait la vérité.

 

Il remonta son escalier en m'invitant à le suivre. Il continua avec ses paroles mielleuses:

 

- Si jadis, ils avaient entendu mon conseil, ils formeraient toujours un grand peuple, fort, plein de vitalité, maître du monde.  Et l’Antique  sagesse n’aurait pas périe;  elle aurait modelé un monde meilleur, meilleur que ce monde malade présentement.

 

Oui, il me parlait bien des Mayas ou des Aztèques. Comme pour me le confirmer, il ajouta :

 

-           Tu as vu ces gens, et je pense que tu les as jaugés. Je sais que tu les aimes.  Je les aurais conduits plus loin sur les chemins de la puissance et de la sagesse. Je les aurais placés sur les hauteurs, je les aurais amenés dominer toute les étoiles! Ils ne seraient pas ainsi conquis, déchus et dispersés aux limites de l’extinction!

 

Je réfléchissais. Il était quelque peu difficile de penser avec cette agréable sensation de paresse que j’éprouvais. Je cessai de réfléchir et me dis alors que oui, que tout ce qu’il avait dit jusque là était vrai. Je n’avais pas à me méfier de lui.

Il me souffla alors :


Le murmure se fit plus doux :


 

J’étais bien d’accord avec lui, j’étais un homme valeureux et diablement courageux!

 

Sa voix devenait un chant éthéré qui s’introduisait en douceur dans mes pensées.


 

Oui! J’étais bien celui qui pouvait tous les sauver, celui qui pouvait améliorer le monde. C’était ma destinée! J’étais prêt à tout faire pour cela.

 

Il pausa un moment avant de continuer:


 

Le murmure se tut.

Je songeai qu’en acceptant, je serais comme un dieu tout puissant! Je n’avais qu’à lui dire oui!

Je montai pas à pas l’escalier de la pyramide. Il m’attendait au sommet, son regard penché sur moi, et il me faisait des signes insistants et impatients, me demandant de le joindre.

Ce qu’il me demandait n’était pas grand-chose après tout. J’avais déjà vécu quelque chose comme cela avant. Le souvenir était très lointain; je cherchais à me rappeler. Le Shaman! Je me rappelais maintenant du Shaman!

Le charme fut rompu.

Je regardai cette chose en haut de la pyramide; elle n’était pas comme le Shaman, elle était au contraire pernicieuse. J’étais à mi-chemin dans l’escalier. Je m’empressai redescendre absolument terrifié.

 

Il me fixait sa tête reposant  sur ses mains. Je le voyais embarrassé et en colère. 

 

Il entama : 

-           Alex! Ne tourne pas le dos à mon peuple. Ils ont désespérément besoin de nous où ils ne survivront pas!

 

Il jouait la carte de la culpabilité et je devais admettre qu’il me connaissait bien car cela me fit hésiter un moment. Il semblait vraiment être concerné pour eux.

De son sommet, il intercéda :


 

Non! Non! Je me haïssais pour avoir éprouvé le désir de me donner à cette chose afin de lui permettre de fondre en moi.

Il insista :


C’était présomptueux de sa part. Pourquoi moi? Il n’avait qu’à en choisir un autre! Le Shaman m’avait déjà dit que j’étais spécial… était-cela qui attirais cette entité trônant sur cette pyramide?

Comme si il avait lu mes pensées, il dit :


Son ton devint menaçant :


 

Je ne voulais que fuir et quitter  cet endroit mais une pensée me retenait; je voulais m'assurer que Chibirias n'était vraiment pas ici. Cette entité me lisait bien. Elle me dit alors:


 

Hébété, je regardai autour de moi. Elles venaient de toutes les directions vers moi, des femmes d’une merveilleuse beauté, des nymphes aux peaux blanches et brunes, des bacchantes au sein opulents, de virginales et mince dryades. Elles tendaient vers moi des bras chargés de désirs, il y avait dans leurs yeux la promesse d’inimaginables délices. Elles vinrent, me touchèrent sensuellement  attisant le feu de mon sang pour m’amener jusqu’à la flamboyante extase du désir. Quelles femmes!  Celle à la couronne de tresse aurait pu être Hélène de Troie alors que sa sœur à la chevelure d’or était le portrait d’Aphrodite elle-même. Une flute chanta et sa musique ne fit qu’attiser le feu dans ses veines. Je me laissai noyer dans cette vague de passion, pourquoi aurais-je du résister? Elles me tiraient vers le haut de la pyramide avec leurs garanties de plaisir ardent et fébrile.

Une cinquième femme sortie du groupe. Elle avait une chevelure de nuit qui lui couvrait le visage, elle pleurait! Pourquoi pleurait-elle alors que toute les autres chantaient et étaient heureuses d'être avec moi? J’avais autrefois connu une fille dont les cheveux étaient tissé dans cette même brume de nuit-qui? Qu’importe qui elle était, il ne fallait pas qu’elle pleure!  Elle ne devait pas pleurer;  comment s’appelait-elle déjà?

Chibirias!

Une vague de honte et de pitié s’empara de tout mon être éteignant le feu fringant de ces enchanteresses.

-           Chibirias hurlais-je. Ne pleure pas! C’est toi que j’aime!

La musique de la flute se tût; le sortilège se dissipa. Je me rendis compte qu’au lieu de quatre magnifiques femmes, j’étais retenu par quatre homme ayant saisi et retenant mes poignets et mollets en m’entraînant dans l’escalier de la pyramide.

L’homme au sommet de se pencha vers moi frémissant d’impatience et murmura :

-           Prête-moi ton corps Alex, tout le monde t’appartiendra, si tu acceptes seulement de me prêter ton corps!

Je me débattais comme désespéré, je voulais fuir ce cauchemar.


L’homme se mit debout. La colère qui l’agitait et qui s’en exhalait me frappa comme un coup de poing. Il parla, son murmure était empreint de méchanceté et d’une froideur étudiée.

-           Ne sait-tu pas qui je suis? Dans ce cas je prendrai ton corps de force, je te le volerai et tu l’occuperas avec moi comme un esclave condamné. Les horreurs que je causerai en étant maître de ton corps; ce que tu verras te torturera tellement que tu m’imploreras de t’exterminer pour abréger ta folie et tes souffrances! Et alors je ne te ferai pas la grâce de te terminer, je te maintiendrai en vie tout aussi longtemps que ta torture m’amusera.

 

-           Il t’a dit non! Je sais que tu n’es pas habitué à ce que l’on ne cède pas à tes caprices ou tes menaces, mais cet homme t’a résisté, il a gagné, et ce, malgré tous tes efforts!

Je reconnus le Shaman. Il me regarda de façon rassurante avec affection.

-           Tu ose me défier, vieux grand-père! Cet homme  m’appartient,  je l’ai choisi et je le veux!

-           Désolé, mais cet homme s’appartient, insista le Shaman, et il a prouvé son mérite!

Le Shaman s'approcha et tout en me touchant, il m'ordonna tout simplement:

-           Réveille-toi!

 

Je me réveillai confus et désorienté, le cœur battant à tout rompre. J’étais tout en sueur et à bout de souffle. Ce cauchemar battait définitivement tout les autres! Est-ce que cela avait été simplement un mauvais rêve? J'avais l'impression de m'être vraiment battu pour la possession de mon âme et de mon esprit contre cette figure luciférienne. Qui était-il? Le pire, qui qu’il soit,  c'est qu'il  avait presque réussit à me séduire si ce n'eut été de . . . Chibirias. Son souvenir m'avait sauvé. N'y avait-il pas eu aussi mon vieux Shaman dans ce rêve? Tout commençait déjà à être floue et à devenir un vague souvenir. Je trouvai Rafaele blottit contre moi. Il avait quitté son lit au courant de la nuit pour me joindre  dans le mien. Je n'en pensai rien, dans son état au coucher cela m'était compréhensible. Le fait de ne pas être seul, sa présence, me confortait. Devais-je lui parler de mon expérience? Je décidai que cela ne serais pas pour l’instant; notre relation commençait tout juste à se développer et je ne voulais pas l’accaparer, surtout pas l’effrayer avec ces bizarreries qui me harcelaient encore.

 

Je me levai doucement en faisant attention de ne pas déranger Rafaele. Je me rendis à la fenêtre et tirai les rideaux. Notre chambre était au niveau supérieur de l'hôtel de trois étages et la fenêtre me donnait une vue spectaculaire de la ville, une mosaïque de tuile rouge de terre cuite imbriquées avec en arrière-plan de majestueuses montagnes verdoyantes dont les cimes crevaient le plafond de nuages ouateux. Il y avait apparence de pluie pour la journée. Je regardai le compas de Chibirias. Il indiquait plein Est ce qui n'était en accord avec le GPS nous positionnait à 14°50’ 21.53’’ Nord par 89°09’21.87’’ ouest, ce qui était  quelque peu éloigné de la longitude que nous avions déterminé de 89°01. Tout celai confirmait que nous étions dans le bon secteur. Les ruines de l'ancienne cité de Copán étaient justement vers l'est de notre hôtel.  Satisfait, je mis de côté le compas et le GPS. 

Je pris ma douche et m'habillai avant de secouer Rafaele pour le réveiller. Je dû insister avant qu'il daigna donner signe de vie et qu'il entrouvrit un œil.

 

Il bailla:

-           Quelle heure est-il?

-           Presque sept heures!

Je ramassai et plaçai dans mon sac à dos tout ce que je pensais nécessaire pour notre visite des ruines.

Voyant Rafaele toujours étendu immobile dans le lit, je n’eus aucune pitié.

D'une geste vif, je soulevai les draps. Il réagit lorsque je menaçai de lui soutirer également son oreiller.

 

-           Ça va j'ai compris! grommela Rafaele et s'étirant et se levant. Tel un zombie aveugle, il déambula lentement vers la salle de bain.

 

Je lui indiquai:

-           Je t'ai laissé de l'aspirine et de l'anti-nausée près du lavabo, tu vois?

 

-           Oui! me répondit Rafaele sur le ton d’un enfant exaspéré.

 

Il suggéra en sortant la tête de la salle de bain, brosse à dent encore dans la bouche:       

-           Tu peux descendre au restaurant, je t'y rejoins dans quelques minutes! Commande moi une grande tasse de café, s'il-te-plaît!

 

-           D'accord, je t'attendrai en bas!M15601941041310926815


 

Par A. Saint
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Vendredi 11 septembre 2009 5 11 /09 /Sep /2009 02:42


Le petit aéroport de Chetumal n’avait aucun vol direct qui se rendait au Honduras. J’étais déçu de trouver que le nombre de destination desservi par cet aéroport était très limité. Par contre je trouvai la représentante d’Air Mexicana très accommodante. Elle m’informa qu’il était possible de joindre San Pedro Sula au Honduras depuis la ville de Mexico. Cela pouvais sembler un détour mais si tout allait bien, nous serions à Copán pour la soirée. C’était vraiment notre meilleure option. J’inscris Rafaele et moi-même sur le premier vol matinal vers la capitale fédérale Mexicaine. Une fois rendu là-bas, nous prendrions la correspondance pour le Honduras.

           

Pendant le vol, Rafaele me confia qu’il était excité par le prospect de ce voyage. Il n’avais jamais vu les ruines de Copán auparavant. Il ne serait pas le guide cette fois-ci!

 

Nous arrivâmes en quelques heures à San Pedro Sula Honduras. Le passage à l’immigration fut une simple formalité. La ville de San Pedro Sula était vraiment métropolitaine et moderne, pleinement digne d’être la capitale économique du pays. Nous ne vîmes que brièvement son centre-ville alors qu’une navette nous amena au terminal municipal d’autobus depuis l’aéroport. Notre temps était parfait; nous arrivâmes à temps pour l’autobus menant à Copán. Ce fut un voyage mémorable alors que nous étions tassés pendant plus de 2 heures trente minutes sur les routes du Honduras avec un air conditionné défaillant. 

 

Ce fut un soulagement de nous trouver enfin à notre hôtel le Marina Copán. L'histoire de l'hôtel était elle-même intéressante: son nom faisait honneur à Doña Marina Welchez qui avait fait bâtir ce site en 1945 pour honorer la tradition familiale d'offrir gîte et accommodations aux explorateurs des ruines de Copán. Depuis, elle a continué à développer ce gîte avec tous les conforts et les services associés à un hôtel moderne de première classe.

 

La réception nous accueillit avec une grande courtoisie et affabilité. Nous étions chanceux; il y avait encore une chambre double disponible. Je la pris. Je trouvai notre chambre vaste, scrupuleusement propre et de première classe. Nous déposâmes nos bagages et m’empressai de vérifier le compas. Il réagissait montrant que nous étions proches de notre objectif. Satisfait, Rafaele suggéra une baignade pour se rafraîchir. Cela était parfait après notre petit voyage. Il n’était pas pudique ce Rafaele, il se dévêtit et changea devant moi.

 

— Tu viens? me demanda-t-il avec impatience.

           

Je me déshabillai à mon tour et enfilai mon speedo et l’accompagnai à la piscine. Elle était déserte en ce début de soirée. Rafaele couru et se jeta dans l’eau le premier. Je préférai descendre graduellement par l’escalier. Rafaele me trouva trop timide; il m’éclaboussa et m’arrosa. Je lui rendis la pareille. Je ne pouvais m’empêcher de sourire en voyant Rafaele jubiler comme un gamin espiègle. Il était vraiment dû pour des vacances. Nous passâmes moins d’une heure sans aucun souci avant de décider de se sécher et retourner nos chambres. Une courte douche éclair et nous étions prêt pour le souper.

 

Le restaurant affilié à l’hôtel, le Glifos, était par réputation un des meilleurs restaurants de Copán. Nous commençâmes avec leur Crema Campesina, un riche potage fermier au maïs. J’étais ensuite tenté par leur steak flambé mais j’optai pour un poulet traditionnel avec une sauce assaisonnée d’une variété d’herbes et épices mayas rehaussée de grains de sésame et de courge broyés. Un vrai délice! Je ne m’étais pas attendu à une gastronomie d’aussi grande richesse et qualité dans ce coin du monde perdu dans les jungles du Honduras.  Je déclinai le dessert malgré leur choix alléchant de gâteaux et de flancs. Rafaele ne pu résister à leur banane flambée au rhum. Tout avait été succulent et parfait. C’était agréable d’ainsi apprécier un repas après tout ce qui s’était passé la nuit dernière.

           

Nous croisâmes ensuite le bar achalandé de Jaguar Venado qui était adjacent à la piscine. Rafaele s’arrêta subitement. Il venait d’y voir quelque chose qui venait de capter son attention. Je me tournai vers ce qu’il regardait. Il fixait une femme assise à une table engagée dans une discussion avec ses voisins de table. Elle avait les cheveux foncés courts et bouclés, un visage de gamine avec un petit nez retroussé sous de grands yeux marron; je devinais un héritage italien. Je l’écoutai pendant qu’elle parlait: son accent était définitivement américain. Elle expliquait comment l’imagerie par satellite était pour révolutionner l'archéologie. Dans plusieurs locations les ruines sont envahies et couvertes par la jungle qui pouvait être dense au point de cacher des structures, les rendant invisibles aux yeux de l’homme à peine à quelques mètres de distance. En raison de leur construction calcaire, les monuments des ruines affectent la chimie des sols environnant en se détériorant. Ceci affecte la végétation environnante qui conséquemment est appauvrie, déficiente,  parfois même décolorée ou mourante. C’est quelque chose qui peut-être mis en évidence par  la vision des satellites dans le domaine des spectres infrarouges et visibles. D'innombrables structures archéologiques inconnues commençaient déjà, aux dires de Mercurio, à être répertoriées démontrant que la civilisation Mayas avait été beaucoup plus étendue et développée que ce qu'il avait été crû jusqu'ici.

 

Rafaele s’avança vers elle :   


 

La femme cessa sa conversation, dévisagea Rafaele un moment et se leva pour lui serrer la main avec enthousiasme.  Cette femme présenta Rafaele à ses compagnons:

           


           

Rafaele était embarrassé par le compliment. Il ne savait pas non plus comment me présenter aux autres. Je préférai ne rien inventer et dire la vérité. Je leur dit que j’étais un ingénieur géologue qui s’intéressait à des applications dans le domaine de l’archéologie.

 

Mercurio et les autres nous firent place à leur table alors qu’ils continuèrent à discuter entre eux des technologies navales, de la métallurgie, de la conception d'outil, du travail du bois et de l’ingénierie nécessaires pour construire des bateaux capable de naviguer en pleine mer des Caraïbes et de l’Atlantique. Ce qu’ils trouvaient le plus remarquable de ces mayas du Nord du Yucatan, était leur méthode de navigation sophistiquée pour les voyages en plein océan qui était basée sur leurs avancement des les mathématiques et l'astronomie.  Je regardai Rafaele qui était fort fier, parfaitement confortable dans son élément.

 

Ma voisine de siège, Véronique, était une étudiante française qui travaillait son doctorat en génétique appliqué à l’horticulture. Son sujet de thèse était le maïs qui n’était pas selon elle une plante native d’Amérique mais bien le résultat de cultures transgéniques effectuées par les mayas à partir de la téosinte, un frêle graminée sauvage natif du mexicaine. Ses analyses en biologie moléculaire confirmaient que la téosinte était l’ancêtre direct du maïs moderne. Elle effectuait des recherches en terrain concernant les techniques utilisés par les Mayas pour avoir ainsi réussi des modifications génétiques d’une espèce végétale par domestication. Je songeai qu’il s’agissait d’une autre chose à rajouter aux prodiges des Mayas. 

 

Le bar me semblait de plus en plus être un congrès d'archéologie enthousiaste qu'un havre de touristes. Pendant toutes ces conversations se servaient généreusement une excellente bière pas dispendieuse, appelée Salva Vida  (sauveur de vie), qui ne coûtait que 20 lempiras soit l’équivalent de 1,25 dollars canadien. La docteure Mercurio nous fit aussi connaître le Flor de Caña, un doux et savoureux rhum provenant du Nicaragua vendu à environ deux dollars le flacon.

 

À ces prix, il était difficile de résister et nous profitâmes tous de l'alcool de Copán alors que Pierre un archéologue français naturalisé américain nous parla des mayas Lacandon qu'ils avaient récemment visités et étudiés dans les jungles de l'état Chiapas près de la frontière commune entre le Mexique et le Guatemala. Il nous raconta que pendant longtemps ces mayas avaient été parmi les plus isolés et conservateurs de leur culture qu’ils avaient maintenu jalousement leurs religion et coutumes. Il nous dit avec une pointe de tristesse qu’il avait été témoin lors de sa dernière visite à quel point notre civilisation moderne avait fini par rattraper les Lacandons dans leur jungles isolées. Jusqu'au vingtième siècle les  mayas Lacandon avaient continué d'utiliser des arcs pour leur chasse traditionnelle avec des pointes de flèches fabriquées à partir d’éclats de bois durs trouvé dans la jungle; ces mêmes pointes de flèches étaient aujourd'hui vendues par les Lacandon comme souvenirs aux touristes.   Pierre avait eu le privilège de rencontrer un de leurs derniers Shaman, une  mémoire vivante de ce peuple. Il conclut en nous avertissant sévèrement que cette zone du Mexique était devenue très dangereuse en raison de la rébellion des Zapatistes.

 

Les Zapatistes? Je ne connaissais pas. Rafaele m'expliqua qu'avec sa ratification du NAFTA, l’accord de libre échange de l’Amérique  du Nord impliquant les États-Unis, le Mexique et le Canada,  de nombreux territoires abritant des communautés indigènes du Mexique avaient perdus leur statut protégé. Le gouvernement au lieu de  reconnaître le droit des indigènes sur leur territoire, les arrachaient encore de force de leur maison pour les relocaliser. Les Zapatistes sont des rebelles contre le gouvernement Mexicain et sa politique contre ses propres aborigènes. Cela m’attrista profondément que même en 2005, nous n’étions toujours pas mieux que ces conquistadores espagnols.

 

Mercurio nous expliqua qu’elle était ici afin d’aider à la supervision d’une tombe Maya tout récemment inhumée. Il s'agissait alors d'une extraordinaire découverte par soi car peu de tombes sont trouvés intactes avant le passage de pilleurs. Cela démontra à quel point le travail d'excavation et d'exploration des ruines de la région de Copán étaient loin d’être achevés. En fait, moins de 25% de l’ancienne métropole Maya avait été excavée; Copán réservait donc encore potentiellement encore de nombreuses surprises.

Une fois la chambre funéraire renforcée et quelques restaurations préliminaires terminées,  la tombe serait ré-enterrée d’ici quelques jours pour la protégée contre les pilleurs, sa location étant sans surveillance hors du domaine protégé des ruines de Copán. Elle nous invita à voir cette tombe avant qu’elle soit refermée. Rafaele accepta aussitôt avec joie. Tous autour de la table l'imitèrent. Pour ma part je songeai avec espoir que cette tombe pouvait être l’endroit que nous recherchions.

 

Ce n'était pas à Copán la première découverte du genre; Mercurio relata également la découverte d'une autre tombe royale, il y avait dix ans.  Ce tombeau était rempli par de splendides offrandes de jade et de céramique peinte.  Le tombeau, situé à mi-chemin entre l'Acropole de Copán et la ville moderne de Copán Ruinas, avait été  découvert par hasard pendant les travaux d'excavation, de drainage et reconstruction qu’avaient nécessité les dégâts causés par l'ouragan Mitch, qui avait frappé l'Amérique Centrale au mois d'octobre 1998.

 

Autant j'appréciais toutes ces conversations et essayais de mon mieux d’y porter toute mon attention dans le cas où  s'y trouveraient un indice sur ce que Rafaele et moi devions trouver ici, je combattais de plus en plus la fatigue qui me gagnais. J'appréhendais aussi demain une autre journée tout aussi éreintante alors que nous avions prévu de visiter la fameuse tombe en matinée. J'observai Rafaele qui avait de la difficulté à garder les yeux ouverts. Je consultai ma montre; une heure du matin approchait. Je m'excusai, me levai en souhaitant à tous une bonne nuit. Rafaele hésita un moment et se  dressa à son tour pour m'accompagner non sans difficulté. Sa démarche était chancelante et chaotique; Rafaele était ivre! Il se défendit bien d'admettre qu'il était saoul alors qu'il titubait dans l'escalier et que je supportais de crainte de le voir tomber.

Pendant que je le mettais Rafaele au lit, il me marmonna qu'il m'aimait bien et que j'étais en quelque sorte la seule famille qui lui restait. Il craignait  plus que tout de se retrouver seul, abandonné et oublié lorsque tout sera fini et que je n'aurai plus besoin de lui. L'alcool parlait. J'avais devant moi un petit garçon inquiet et effrayé.

Je lui assurai que je ne l'abandonnerais jamais et qu'il était mon frère de sang et ma seule famille.


Je lui promis:


Il sembla satisfait, laissa tomber sa tête sur son oreiller et s'endormi paisiblement en ronflant presque aussitôt.

 

Ce fut mon tour de me dévêtir et de prendre place dans le second lit mais je ne trouvai pas un sommeil tranquille.

 

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Par A. Saint
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