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Jeudi 19 janvier 2012 4 19 /01 /Jan /2012 20:37

Je me rendis tout d’abord aux ruines de Tulum. J’appris à la billetterie que j’avais manqué Saul que de peu; il venait à peine de quitter. Je l’avais peut-être même croisé dans le stationnement sans m’en rendre compte. Il avait été accaparé tout l’avant-midi au site archéologique, ce qui était compréhensible avec les évènements de la nuit précédente. Je songeai alors que je l’avais peut-être jugé trop sévèrement mais il restait tout de même que son comportement m’était incompréhensible et qu’il me cachait encore des choses. Je décidai de retourner à l’Allure au cas ou Saul y serait à ma recherche. Mais avant l’hôtel, je m'arrêtai à la station service de Tulum. Dans son petit garage, je saluai le mécanicien affairé à remettre la jeep de Saul en état. Je trouvai également Saul affairé sous le capot. Il me regarda tout aussi surpris et hébété que moi de se rencontrer ainsi.

 

- Que fais-tu ici ? me demanda le jeune Maya. Je venais te chercher mais je viens d'apprendre que la Jeep n'était pas encore prête !

 

J’hésitai un instant, gêné de répondre. Je ne voulais pas que Saul pense que je l’avais laissé tomber.

- Je n’en pouvais plus d’attendre à l’Allure. Je suis allé aux ruines d’abord, mais tu étais déjà parti. Je venais voir ici les progrès avec ton véhicule et régler la facture.

 

Le garagiste m’avait bien compris. Il s’adressa à moi tout souriant :

- ¿Facturación? ¡Yo Vuelvo en un minuto!

Il revint avec une feuille de papier. Je lu la liste qu’il m’avait donné avec étonnement : l’alternateur, le carburateur, le silencieux, les freins avaient été remplacés; la transmission et le radiateur avaient nécessité des réparations, les bougies d'allumage et l’huile avaient été changées.

- ¡Al igual que una nueva! assura le mécanicien avec complaisance.

 

"Comme une neuve !" Il avait bien raison, il ne restait pas grand-chose de la jeep originelle! Y avait-il eu initialement quelque chose de bon sous cette carcasse à moitié rouillée ?

Le nombre qui m’était chargé me stupéfia jusqu'à ce que je me rappelle qu’il s’agissait de pesos qui n’étaient qu’une fraction de mon dollar Canadien. Je réalisai de plus que le véhicule avait des phares neufs, qu’il avait été repeint et que cela n’avait pas été chargé, pas plus que le labeur. Je lui montrai la facture et lui indiquai que le total était insuffisant :

- ¡La facturación no es suficiente! Hay una falta de costo!

- ¡Si es correcto! afirma l’homme. Il me sourit gracieusement.

Je lui réglai ce qu’il me demandait mais j’insistai et lui laissai plus encore.

Pendant ce temps, Saul nous regardais avec malaise. Je serrai la main du mécanicien qui confirma que le véhicule serait prêt pour demain. 

J’offris à Saul de prendre place dans ma voiture.

 

- Merci ! me dit Saul tout à fait gêné.

 

-  Il n'y a pas de quoi ! rétorquais-je.

Je mis ma clé dans mais ne démarrai pas immédiatement le véhicule, laissant seulement l'air conditionné fonctionner et nous rafraîchir.

 

J'hésitai mais je continuai de lui dire franchement le reste de ma pensée :

- Vraiment, tu ne me dois rien Saul ! Tu n’as pas à rester avec moi ou à continuer cette quête par reconnaissance ou obligation à moins que tu ne le désires vraiment.

 

La voix de Saul se noua dans sa gorge.

- Pourquoi dis-tu cela ?

 

- Ta réaction ce matin; le disque que nous avons trouvé dans la stèle ne semblait vraiment pas t’intéresser.

 

- Non tu te trompes ! corrigea énergétiquement Saul.  À ce moment là, j'avais beaucoup trop de chose en tête. Je ne voulais pas te sembler indifférent mais j'étais très préoccupé. Il faut que tu comprennes que même encore aujourd'hui Tulum reste une ville sacrée. Cette stèle que nous avons détruite pour obtenir ce disque avait été révélée par le dernier ouragan qui a frappé ici. Pour les Mayas de la région, elle constituait une révélation faite par les dieux eux-mêmes.

 

- Des mayas comme ceux qui nous ont aider à chasser ces pilleurs de Tulum hier ? demandai-je .

 

- Les mêmes ! confirma Saul.

 

Ce que Saul disait me ramena brutalement à une réalité que j'avais négligée. Je fut saisi de honte : dans mon excitation, j’avais vraiment été un inconscient !   Je ne pouvais pas vraiment me prétendre meilleur que Lilith et son frère. Ce que nous avions fait avait eu des conséquences irréparables sur le patrimoine Maya en plus d’avoir blessé et risqué la vie de nombreuses gens. Il n’y avait vraiment pas de quoi d’ainsi se réjouir même si le disque trouvé était selon moi d’une valeur incommensurable. Les sermons de Morales me revinrent en tête. J’avais perdu ma perspective.

 

Je dis à Saul franchement navré :

- Nous devons rencontrer les autorités Mayas pour nous expliquer.

 

Saul fit une moue, fronça des sourcils. 

- Je crois que cela serait une mauvaise idée. L'autorité religieuse Maya dans la région est celle des Cruzobs, ceux de l'Ordre de la Croix Parlante. Ils sont intraitables. Ils ne permettent pas aux étrangers d'approcher de leurs lieux sacrés ou d'assister à leurs offices religieux.

 

Je connaissais déjà le nom Cruzobs, il désignait les descendants des farouches insurgés Mayas de la guerre des Castes qui avaient résistés aux coloniaux espagnols et ensuite au gouvernement Mexicain et réussis à garder la souveraineté de leur territoire jusqu'au vingtième siècle. Ils avaient été aidés par une croix parlante qui selon leur dogme leur avait transmise la parole des dieux et encouragé dans leur résistance. Les paroles de la Croix unirent des tribus mayas dispersées dans une action commune et concertée contre ceux qui voulaient briser leur identité et les assimiler, contre les envahisseurs et exploiteurs de leurs territoires. Saul les avaient mentionnés lors de notre visite de Cobá et celle de Tulum. D’ailleurs une affiche dans les ruines de Tulum relatait ces évènements. Je me rappelais également que Morales avait essentiellement formulé les mêmes craintes; il considérait les Cruzobs comme un élément potentiellement déstabilisateur de cette région du sud de Quintana Roo mais par après Saul m'avait assuré que l'inspecteur avait tort et qu'ils n'étaient pas belliqueux. Maintenant Saul était inquiet à leur égard. Avaient-ils l'esprit aigri à la suite du vandalisme de Tulum ?

 

Je comprenais maintenant pourquoi Saul m'avait laissé partir avec les deux disques sans faire d'histoire, en minimisant en fait l'importance de notre découverte. Il n'avait pas voulu attirer d'avantage d'attention; il avait vraiment peur pour moi. Je m'étais vraiment trompé sur toute la ligne sur les motivations de Saul. Je ne lui donnai pas pour autant raison. Cacher notre découverte aux Mayas équivalait aux actions de Thompson et de bien d'autres encore, qui comme lui avait renié au peuple Maya les droits à son héritage. Je voulais vraiment faire ce qui me semblait juste.

 

Ma décision était prise. Je dis à Saul convaincu :

- Je suis certain que si ces mayas ne seraient pas venus à notre rescousse comme ils l'ont fait, nous ne serions pas ici en train de discuter confortablement. Nous leur devons au moins la vérité et leur rendre des comptes ! Cette histoire les concerne plus que tout autres, elle prend ses racines dans leur passé, a coûté le sang de leurs ancêtres et déterminera peut-être leur avenir. Ils doivent être prévenus que des criminels dangereux et sans scrupules sont également sur cette quête. Tu peux arranger pour que nous rencontrions quelqu'un d’autorité ?

 

Saul était toujours en désaccord.

- Oui, mais jamais tu les convaincra, je les connais !

 

- Je ne doute pas que tu les connais bien ! Tu es toi-même un Cruzob n'est-ce pas ? lui demandais-je carrément.

 

Rafale resta stupéfait; je l'avais pris au dépourvu. Par son silence, il confirma que j'avais raison. Cela m'était alors tellement évident : tout ces mayas n'étaient-ils pas venus en réponse à son appel ? J'avais aussi remarqué plus tôt son tatouage tribal.

 

Je souris à Saul nullement déconcerté. Il sourit à son tour, rassuré par ma complaisance.

- Oui je le suis ! admit-il dignement.

 

Je continuai :

- La croix, les dieux et les baccabs de nos artefacts correspondent à des éléments de votre culte. J'ai raison ?

 

Saul confirma d'un geste timide de la tête.

 

- Ne penses pas à moi, je suis prêt à prendre ce risque ! Je ne suis pas effrayé, ne soit pas non plus inquiet; j’ai foi que tout ira pour le mieux ! lui affirmai-je.

 

J'ajoutai sur un ton réconfortant :

- Je peux être très convaincant lorsque cela est nécessaire tu sais !

 

- Cela reste à voir souffla Saul inquiet. Je vais m'en occuper, mais tu devras suivre mes instructions à la lettre !

Je promis de lui obéir.

 

- Tu penses toujours à faire ce qui est correct même quand cela risque de te mettre en danger ! C'est ...

 

- Noble ? suggérais-je.

 

- De la folie ! compléta Saul. Chose certaine, tu ne fais vraiment rien comme les autres; du moins comme personne d'autres que j'ai connu !

 

Sa voix avait de l'admiration et une certaine fierté. Il savait que j'avais pris la bonne initiative. Je le sentais soulagé. J'imaginais que j'avais résolu pour lui un conflit entre ses obligations envers son peuple et moi. Le fait qu'il avait considéré avant tout ma sécurité me toucha.

 

Nous passâmes à autre chose. Je lui racontai mes dernières observations avec le disque de Chibirias. Il était fasciné mais nullement surpris que le compas pointait maintenant la direction du sud. Il m'intrigua en nous suggérant une petite ballade en automobile.

Barry disassembling the carburettor of a Ford GPW par macspite
chunyaxche 023.jpg par Chunyaxche

 

Maya Blue House par Ilhuicamina

 

 

Muyil par orclimber
Beware: Guard Dog par Tim Gage
Muyil 1 par histoires2
Muyil Ruins par missjenny
DSCF9207 par elgranbano
Muyil 2 par histoires2
Muyil par Giese555
Muyil doorway? par nearlydocmiller

 

The blue stripe is original paint on the Temple door. par ktbreene
las ruinas @ Muyil par Paul Comstock
Muyil par Giese555
Muyil par Giese555
jungle trail at Muyil par orclimber
forest in Muyil. par bhoutrosj
Lagunas Muyil y Chunyaxché, Quintana Roo, México par pabluko
Chanel reported to be cut by ancient Maya to join Laguna Muyil with Laguna Chunyaxche within the Sian Ka'an Biosphere Reserve. par Yucatan09
butterfly swarm par chascow

 


Par A. Saint - Publié dans : récits
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Jeudi 19 janvier 2012 4 19 /01 /Jan /2012 20:32

Je n'avais pas compté sur Saul qui prit la parole le premier.

- C’est moi qui vous ai appelé en urgence et qui a alerté les autres aussi ! Nous avons arrêté ces vandales dans leur profanation mais plusieurs d’entre eux ont fuit !

- Et lui ?  demanda Morales à en m’indiquant à Saul.

 

- Il est avec moi répondit-il fermement.

- Un touriste innocent je suppose ? bafoua Morales.

- Non un ami ! répondit-il en me regardant, et un frère par le sang ! Sans lui, ces gens auraient pillé Tulum impunément, assura Saul. Il a risqué sa vie pour me sauver !

- C’est donc toi que ce gringo protégeait lors de son interrogatoire !

Saul ne comprenais pas ce Morales insinuait. Je regardai l'officier dans les yeux et lui confirma que sa déduction était correcte.

Il sourcilla et baissa la tête.

- Je ne le vois pas, je ne l’ai pas vu ! Qu’il parte !

-  J’ai besoin de lui ! protesta Saul. Nous devons faire un tour préliminaire pour constater les dégâts avant que les inspecteurs fédéraux arrivent.

- Tu me complique la vie Ahulane Kin Balam ! maugréa Morales. Pourrais-tu au moins me dire ce qui s’est passé ici ?

Ils continuèrent à discuter en langage Yucathèque. Je n’y comprenais rien mais il m’était curieux et évident que Saul commandait un certain respect de la part de Morales.

Un hélicoptère de la police passa bruyamment au-dessus de nos têtes et s’en alla vers l’océan. Je supposais qu'il s'en allait faire des recherches en mer pour localiser les fuyards.

Après un longue conversion animée avec Saul, Morales grommela en espagnol :

- Qu’est-ce ce que je vais faire avec tout cela ? Comment vais-je expliquer tout cela ? 

Il ne s’attendait pas à une réponse de notre part. Morales soupira et nous amena à d’autres officiers et il nous présenta Saul et moi :

- Ambos hombres son expertos. Ellos están ahí para comprobar los daños sufridos por el sitio arqueológico. (Les deux hommes sont des experts. Ils sont là pour vérifier les dommages causés au site archéologique.)

Il ordonna à notre égard :

- ¡Deje que el libre acceso al sitio! (Laisser libre accès au site!)

Je regardai Morales avec gratitude. L’inspecteur me regarda différemment qu’il ne l’avait fait jusqu’ici: il me sembla songeur.

Saul nous entraîna au bâtiment de billetterie. Avec sa clé, il pénétra dans le petit bureau, ouvrit un classeur et sortit un document.

- C’est la liste des vérifications qui doivent être faite après un ouragan expliqua Saul. Cela devrait convenir à la situation !

Il ramassa un stylo et me passa une torche électrique tout en disant avec craintes et anticipation :

- Allons vérifier les dégâts causés par ces gens et ce qui les intéressaient autant à Tulum ! 

Saul commença son examen minutieux des ruines, prenant son temps ne négligeant aucun détail. En examinant l’intérieur du temple des fresques il expliqua qu’il avait succédé à Papah à l’entretien et la surveillance des ruines de Tulum. Il était ainsi affilié par son travail et à ses études à l’INAH. Il rajouta que ce n’est pas ce boulot qui lui permettait gagner sa vie mais bien son travail de moniteur à l’Allure en attendant qu’il finisse sa thèse et deviennent pleinement archéologue. C'était du moins son plan de vie actuel.

La présence de Saul en ces lieux était donc légitime. Cela m’expliqua en partie le respect de Morales à son égard mais je me doutais qu’il y avait plus encore d'histoire entre les deux.

Nous avions terminé l’inspection du temple du dieu descendant et nous dirigions vers le Grand Temple du complexe du Castillo. Saul faisait assidûment tout le travail; je lui servais essentiellement d'éclairagiste.  Ils nous étaient de plus en plus évident que Lilith et ses gens n’avaient pas voulus laisser aucune trace de leur passage; si nous ne les avions pas surpris, personne n’aurait jamais su qu'ils étaient venus.

J’en profitai pour laisser Saul un instant et retourner à la cachette où j’avais laissé le compas. Je trouvai que la pierre avait été bougée, le compas n’était plus là. Mon cœur s’arrêta, je tombai à genoux et fouillai frénétiquement le sol. Sans que je l’aperçoive venir, le Vigil était soudainement là. Son regard était dur. Comme un reproche il ouvrit la main et me redonna le compas.

Je lui dis :

- Tu peux le garder ! Tu es plus capable que moi de garder cet objet, il te revient !

Il répliqua sévèrement :

- C’est toi qu’Elle a choisi ! Je respecte son choix; tu dois le respecter aussi.

- Dans ce cas, joins-toi à nous ! Nous avons besoin de toi; j’ai besoin de toi !

- J’ai bien vu cela souligna le Vigil, et par plusieurs fois !

Le ton du Vigil était neutre autrement je l’aurais soupçonné d’avoir été railleur et hautain à mon égard.

Il continua :

- Je ne me joindrai pas à vous. Il faut éviter d’attirer l’attention que notre plus grand nombre amènerait. Je dois être furtif face à des ennemis qui se tarent dans les ombres!

J’étais déçu de ce qu’il venait de me dire. Après avoir réfléchis un instant sur ses paroles, je lui adressai un commentaire :

- En d’autres mots, c’est moi, qui bien mis en évidence comme un appât, débusque tes ennemis alors que toi tu peux les abattre en douce en venant de l’arrière !

- La stratégie a bien fonctionné jusqu’ici ! confirma le Vigil.

Je ne savais qu’en penser. J’espérais que le Vigil était capable de sarcasme mais il était très sérieux en annonçant :

- Je compte trouver le lieu où ils se terrent et frapper ! Cette vermine doit être détruite une fois pour toute ! 

Je lui reprochai amèrement :

- Et Chibirias, ton Akna, dans tout cela ? Tu n’en parles pas. Tu l’as abandonnée ?

- Tu ne comprends pas ! Elle connaît mieux que quiconque les risques et les enjeux de ce qui viens !

J’étais furieux; je saisis le bras du Vigil et je le surpris par ma force.  Je lui demandais avec indignation :

-  Quoi ? Quels enjeux, qu’est ce qui plus important que sa vie ?

Il ne répondit pas. Je vociférai :

- Saches que je ne n’abandonnerai jamais Chibirias ! Ah Hulneb, je te le jures que je la retrouverai saine et sauve.

Il me fixa de ses yeux intenses tout en me parlant chaleureusement pour la première fois :

- Je te crois et si quelqu’un peux vraiment le faire, cela sera toi !

Il se retira de mon étreinte et ferma ma main sur le compas. Il s’en alla en me laissant sidéré. Je réalisai que le Vigil était humain après tout, moi qui en avais douté jusque là.  Un appel de Saul me ramena à la réalité.

Je le rejoignis au temple de la série initiale. Saul était découragé, il me montra la structure vide. La stèle qui y avait été placée avait été enlevée. Je n’abandonnai pas pour autant. Je regardai le compas. Le symbole du bacab montrait la direction générale de l’océan légèrement décalée vers le sud. La grande stabilité du disque me laissait supposer que la stèle n’était pas loin.

Je suivis la direction indiquée par le compas ce qui m’amena vers l’escalier. Je descendis à la plage. Je trouvai la stèle couchée sur le sable, toujours prisonnière de différents attelages et câbles qui avaient été utilisés pour la descendre. Lilith et les siens avait été contraints d’abandonner l’artefact dans leur fuite.  Saul se précipita vers l’artefact et se mis à genou. À son ravissement, le monument de pierre était intact.

Le disque du compas devenait fou à mon approche de la stèle; il oscillait et commençait à tournoyer. Je montrai cela à Saul. Il sortit le disque de son petit bocal de verre et regarda la stèle. Il me demanda de la lumière. Je braquai sur lui le faisceau de la lampe de poche. Le symbole du bacab sur le disque semblait le même que sur la stèle où Saul me montra le nom de Chaac suivit de celui du bacab "Hobnil, fils d’Itzamna, gardant l’est depuis son royaume de « Zama »". Saul mentionna que « Zama » signifiait aube et que c’était aussi l’ancien nom de la ville de Tulum.

Il plaça la pièce sur la stèle pour faire une meilleure comparaison des glyphes. Quelle ne fut pas sa surprise en voyant le disque se placer par lui-même sur le symbole correspondant de la stèle comme si il avait sa propre volonté. Il tenta de la reprendre l’artefact, mais celui sembla irrésistiblement accolé à la stèle. Saul me demanda de l’aider. Ce n’est qu’avec notre force combinée que nous pûmes bouger le disque quelque peu. Le disque ensuite bougea de plus en plus facilement. Je remarquai que la pierre tout autour prenait une consistance pâteuse qui devenait de plus en plus liquide. Nous réussîmes à extirper le disque mais quelque chose d’autre y était acollée. Un autre disque beaucoup plus grand. Le soleil se leva et un de ses premiers rayons frappa la stèle avec une couleur rouge irréelle. La pièce de Chibirias brilla comme une étoile de métal en fusion. J’avertis Saul de ne rien toucher. Avec le tissu de mon gilet en coton ouaté, je ramassai les deux disques et les trempèrent dans l’eau de l'océan. Je ne comprenais pas ce qui s’était passé exactement, mais pour ramollir et désintégrer la pierre de chaux ainsi, il ne pouvait s’agir que d’un fort acide concentré qui a du être libéré lors du contact du disque du compas avec la stèle. J’avais raison car le tissus de mon gilet était brûlé et troué et qu'il se désagrégeait rapidement.

J’étais fasciné à l’idée qu’un ancien Maya avait dissimulé ce second disque lorsque la stèle a été façonnée et que sa pierre était tendre. Il avait aussi une connaissance élémentaire de la chimie. J'imaginai que l'acide devait avoir été originellement prélevé d'un site volcanique. Le système de relâche de l'acide avait été des plus astucieux tout comme la technologie régissant ces disques. Par exemple, j'étais certain que c'était ce second disque qui avait fait réagir le compas; les deux disques s'étaient attirés initialement comme de puissants aimants. L’eau de la mer lava le nouveau disque et lui enleva un couche de poussière grise. S’agissait-il de magnétite? Cela expliquait  pourquoi il n'y avait plus aucune attraction maintenant, aucune influence mutuelle, bien que le petit disque flottant semblait toujours magnétisé.

Je regardai le disque nettoyés : le disque de la stèle était d’une couleur couleur rouge intense. La pierre qui le constituait était très dure et apparemment dense. Il était plus épais et massif que le premier, complètement plat et édenté dans un motif rappelant un soleil stylisé. Il y avait la même croix que sur le plus petit disque de Chibirias mais ce dernier se distinguait par des chiffres mayas et de nouveaux symboles associés qui étaient équidistants tout autour de sa circonférence ; j'en comptai vingt en tout.

Saul était surtout concerné par la stèle que nous venions d’abîmer et qui à ce point se désagrégeais en morceau.  Je comprenais que ce que nous venions de faire allait à l’encontre de toutes ses convictions profondes de protéger son ancien héritage mais j’étais certain que notre découverte en valait la peine; après tout ce disque avait suscité tant de convoitises. J’étais heureux de notre réussite mais Saul restait penaud. Je tentai de le consoler.

- Nous blâmerons ceux qui sont venus cette nuit de ce qui vient d’arriver. Cela sera approprié après tout ce qu'ils ont fait !

C'était opportuniste d'ainsi se disculper mais à mes yeux cela était parfaitement justifié.

Saul ne paraissait pas partager mon avis.

J'ajoutai avec enthousiasme :

- Cette stèle avait une utilité, une tâche qu’elle a bien accomplie : elle a gardé ceci pendant des centaines d’années !

Sur ce, je lui montrai le disque que je venais de nettoyer.

Saul le regarda et émit un rire nerveux. Il ne l’examina que quelques secondes et secoua la tête, désenchanté.

- Désolé, ce disque n’a rien de fantastique ou d’inconnu. Il correspond à une babiole que tu peux retrouver dans n’importe quel boutique de souvenir du Yucatan !

Je ne comprenais rien alors que pour lui c’était trivial, évident. J’ai dû insister pour qu’il m’explique.

Il me dit avec détachement :

- Ce disque représente les 20 jours sacrés du calendrier Maya. Il est la base de leur calendrier. Il n’a rien de mystérieux ou de magique; il est parfaitement connu.

Il me regarda intensément pendant un long moment puis m’expliqua en relâchant un peu de son amertume :

-Les mayas mesurent le temps à partir de plusieurs cycles tous interreliés pour marquer le mouvement du soleil, de la lune et de vénus. Leur calendrier rituel est appelé le Tzolkin, le cycle sacré : il est composé de 260 jours, le nombre de jour ou vénus est visible dans le ciel comme étoile du matin ou du soir. Le calendrier fonctionnait sur une base de chiffres allant de 1 à 13 qui étaient successivement associées avec un des 20 noms ou symboles solaire du Tzolkin que tu as en main. Les symboles du disque me semblent anciens mais je peux leur attribuer leur nom traditionnel. Il me montra le disque en pointant un a un les vingt symboles sur sa périphérie. Voilà Imix, représentant l’océan, le monde de l’eau où tout a été crée ; Ik, le vent, l’air ; Ak’Bal, la maison nocturne ; K’An, le bâtiment, labyrinthe ; Chicchan, le serpent ; Cimi : la mort ; Manik’ : la main ; Lamat : Vénus ; Muluc’ : l’eau ; Oc : le chien, Chuen; le singe homme de bois ; Eb ; la dent ; Ben ; le roseau ; Ix : le jaguar ; Men : l’aigle ; Cib : l’âme ; Kaban : la terre ; Etz’Nab ; le couteau, le silex ; Cauac: l’orage  et Ahau : le Seigneur . Les vingt jours du Tzolkin forment un mois, nommé Haab. Le cycle du calendrier est composé de 18 mois qui sont Pop, Uo, Zip, Zotz’, Zec, Xul, YaxKin, Mol, Ch’en, Yax, Zac, Ceh, Mac, Kankin, Muan, Pax, Kayab, Cumku. À cela le calendrier Maya ajoute un mois néfaste de 5 jours nommé l’Uayeb.

Je calculai mentalement :

Vingt multiplié par dix-huit égale trois cent soixante plus cinq donne :

-Les 365 jours de l’année ! m’exprimais-je à voix haute sans m’en rendre compte.

Saul m’entendit et sourit de ma compréhension. Je me rappelai également qu’il avait auparavant mentionné que le Compte Long du calendrier Maya commencé depuis le 31 août 3114 avant Jésus Christ se terminait au solstice de décembre 2012.

Pour moi cela fut une révélation :

- C’est la fin du Quatrième Soleil ! dis-je avec insistance. Ne comprends-tu pas Saul ? Tout cela commence à prendre du sens !  Chibirias m’a parlé du temps perdu ! Ceci est important !

Il était distant.

- Je ne sais pas, je ne sais plus...Laisse-moi y repenser; tout cela est trop pour moi...

Sa réaction me pris complètement au dépourvu.

- Je comprends ! exprimais-je faiblement. Je mentais : je ne comprenais absolument pas rien du tout dans son attitude ! J'étais immensément déçu, tout mon ravissement rabroué. 

Saul s’excusa. Il devait compléter et remettre son rapport le plus tôt possible afin que soit décidé si oui ou non le site archéologique ouvrait aujourd’hui. C'était avant tout sa première responsabilité.

Je lui demandai si on se revoyait plus tard au courant de la journée. Il me répondit sans entrain que nous nous reverrions sûrement, puisqu’il travaillait comme moniteur à l’Allure plus tard.

Ce n’était pas la réponse que j’attendais ou espérais.

Je quittai Tulum sous le regard de Morales pour retourner à l’Allure. Je ressentais la satisfaction d'un premier devoir accompli mais en même temps la réaction de Saul qui ne partageait pas mon ardeur m’avait quelque peu attristé.

L'important est qu'il m’avait laissé repartir avec les deux disques.

Je déjeunai seul dans ma chambre en contemplant les deux artefacts. J’étais certain que Saul avait tort d’être ainsi défaitiste et que j’étais sur la bonne voie. Si je savais quelque chose sur les anciens Mayas, c'est qu’ils vénéraient le temps au point d’en faire une obsession. Ce deuxième disque était certainement un véritable artefact et non une contrefaçon. Il était vieux d'au moins onze siècles d'après la date sur la stèle où il avait été dissimulé. La pierre était très dure et selon son poids très dense. Son grain était très fin, lisse et extrêmement serré, la pierre semblait onctueuse à la vue et au toucher et montrait des variations subtiles de ton d’un rouge sang à un rouge flamme.

La pierre restait froide au toucher et même si je la gardais longtemps dans mes mains.  Elle était donc peu conductrice de chaleur. J’estimai qu’il devait s’agir de jadeite, une variété de jade rouge. C’étais une pierre rare, semi-précieuse mais pouvait difficilement être considéré par elle-même un trésor inestimable.

La technologie qui avait permis la découverte de ce disque était par elle-même extraordinaire; elle dépassait mes connaissance du magnétisme. La magnétite peut devenir  un aimant naturel à la suite d’une décharge de la foudre mais en rien la magnétite pouvait expliquer à elle seule le puissant champ magnétique et sélectif du compas. Ce métal était quoi au juste? Il était crystalin noir comme de la magnétite naturelle mais il y avait éclat submétallique bleuté qui me mystifiait. Je ne connaissait aucun minerai qui pouvait avoir de telles caractéristiques. Quelles étaient ses propriétés électrique, magnétique et physique ? Ceci défiait toutes mes connaissances scientifiques. Ce matériel étaient rien de moins que révolutionnaires.

Comment Saul pouvait-il être ainsi désillusionné face à une telle découverte ? Qu'avait-il espéré d’autre; une révélation divine avec des trompettes célestes ? Je comprenais qu’il soit concerné par le danger, les possibles victimes et le potentiel destructeur associé à cette aventure; je l'étais aussi.

Peut-être que je me trompais complètement sur les sentiments de Saul. Je croyais que mon Shaman avait malheureusement eu raison à son égard. Il avait les connaissances mais le merveilleux ne touchait pas son cœur. Il devait en fait être embêté que notre quête ait produit une réelle découverte. Il avait jusque là du se sentir sécurisé alors qu’il ne s’agissait que d’une poursuite de gringos lunatiques avide d'El Dorado. Maintenant il devait avoir peur, toute cette histoire remettait trop de ses dogmes personnels en question, cela bousillait ses perceptions d’une réalité et d’un passé avec lequel il avait été confortable jusqu’à aujourd’hui. Je sympathisais pleinement, après tout j’avais eu moi-même ces dilemmes au point de considérer la folie et même encore je n’étais pas complètement certain de rien. Ce fut un long cheminement depuis ma rencontre initiale avec Chibirias, mais j’avais finalement accepté d’envisager toute les possibilités, même les plus fantastiques et un nouvel univers s'ouvrait à moi.  Je ne pouvais rien pour lui, c’est quelque chose qu’il devait résoudre par lui-même. Chose certaine, il me fallait continuer dans cette quête, avec ou sans Saul.

Je rangeai le disque de pierre dans mon étui de disques compacts que je garderais avec moi désormais. Je plaçai le disque de Chibirias de nouveau dans le compas en prenant soin d’utiliser de l’huile minérale légère, en fait de l’huile pour bébé,  au lieu de l’eau  Je ne voulais pas risque d’emdommage ou de rouiller le compas bien qu’’il m’avait semblé bien résister jusqu’ici.

Le symbole du bacab suivant le glyphe d'Hobnil sur le compas indiquait le Sud; je savais d’instinct qu’il s’agissait de la direction vers laquelle il fallait continuer. Le Sud, mais où exactement ? À un, dix, cent ou à plus de mil kilomètres ? Je voulais vérifier un détail qui pourrait m'aider à déterminer où je devais aller chercher.

Je retrouvai Aaron à sa cabane sur la plage. Comme je m'en étais souvenu, il n'était pas qu'un centre de location; il vendait également au détail.  Le choix était modeste, mais tout était de grande qualité avec les marques les plus connues. En me voyant arriver, il était prêt à me fournir de l'équipement de plongée, mais je lui demandai plutôt si il savait où je pouvais me trouver une boussole et une carte de la région. Il répondit qu'il pouvait me fournir tout cela, bien sûr ! Ma demande sembla l'intriguer quelque peu. Je lui expliquai que je me préparais une excursion au sud de Tulum.

Il fût heureux de me présenter d'abord une carte touristique de la région. Il commenta que la majorité des visiteurs de la Riviera Maya ne se rende jamais plus loin que Tulum ne sachant pas qu’il s'y trouve la plus grande partie de l’état de Quintana Roo ainsi que plusieurs des plus beaux sites du Yucatan. Aaron recommanda chaleureusement cette région relativement sous-développée qui était merveilleuse pour les amants de la nature et autres amateurs de ruines et d'aventures.

Il me suggéra de commencer mon voyage à Chetumal, la ville capitale de l'état de Quintana Roo à la frontière de Belize pour ses restaurants, ruines et son musée qui est un des plus important du Mexique dédié aux Mayas.

Aaron me mentionna qu'un autre bel endroit à visiter est le lac Bacalar (Laguna de los Siete Colores) à proximité de Chetumal. Le petit village de Bacalar est lui-même un fort espagnol ouvert pour les touristes qui surveillait la frontière mexicaine. Il me recommanda d’allez voir le lac lui-même qui est un endroit fantastique pour nager et faire du kayak en particulier près de sa rive sud à Rio Chaak.  C’est un de ses endroits préférés : il disait que nager dans cette crique au courant rapide est fantastique avec ses eaux chaudes parfaitement claires et sa jungle dense tout autour.

Il me montra sur la carte une excellente petite route à prendre qui amène à l'océan depuis Cafetal, tout juste après le nord du lac Bacalar à Majahual. Cette route amenait sur la dernière bande de plage déserte de la côte est de la péninsule du Yucatan. De là, il est facile de louer les services d'un bateau et d'explorer Chinchorro Banks, un grand atoll et complexes de coraux au large. Toute cette région inexploitée était destinée à devenir le prochain grand développement touristique. Il y avait déjà de nombreux projets hôteliers en branle. Je songeai que ce développement effréné changera sans aucun doute le caractère paisible et tranquille de cette région côtière du Sud-est comme ce fut le cas de Playa del Carmen.

Aaron m'offrit ensuite une carte routière détaillée du Yucatan et une autre carte géologique répertoriant les grottes et cenotes de l'est de la péninsule. Ces deux dernières cartes m'intéressaient particulièrement avec leur quadrillé référentiel de longitudes et latitudes. Je les achetai toutes. La boussole était rudimentaire, incorporée dans une plaque de plastique pouvant servir également de règle et de loupe. Si les scouts pouvaient s'orienter avec ce bidule, je le pouvais me débrouiller aussi. Je devais admettre qu'après la complaisance et la facilité du GPS à mon travail, cela constituait un retour en arrière pour moi.

Je chargeai tout à ma carte de crédit et remerciai Aaron. Je marchai sur la plage en direction de Tulum jusqu'à une charmante petite résidence désertée è cette heure du jour. D'après ce que je voyais la résidence avait un magnifique jardin avec un patio et une mezzanine surélevée perchée sur quatre poteaux. La vue d’en haut devait être magnifique.

Je regardai ensemble la boussole et le compas.

Première constatation : tout comme je m'y attendais, le disque de Chibirias influençait considérablement le compas. Il a été nécessaire de l'éloigner le disque de Chibirias du compas par une grande distance avant que le ce dernier ne retrouve le Nord magnétique. Le disque de Tulum n'avait aucun effet.

 

Comme il fut observé pour Tulum, je constatai que le bacab du disque flottant de Chibirias n'indiquait pas exactement un point cardinal; il montrait une faible inclinaison par rapport à l'axe magnétique nord sud définit par le compas. Cela me réjouit : cette inclinaison vers Sud Sud Ouest était quantifiable ce qui me permettrait éventuellement de calculer ma prochaine destination.

Je me rendis ensuite au lobby de l'hôtel pour arranger la location d'une voiture. J'attendis jusqu’à midi et n'ayant toujours pas revu ou eu de nouvelles de Saul, je pris la route du Sud après mon dîner.

coast-guard-helicopter_K8P3482 par mikebaird
tzolkin glifos par Espejo Gálactico Blanco

 

Par A. Saint - Publié dans : récits
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Jeudi 19 janvier 2012 4 19 /01 /Jan /2012 20:27

J’essayai de dormir en vain. Je tentai sans succès de conjurer Chibirias, la dimension de Naum. Mais chaque fois je commençais à relaxer et m’immerger dans le sommeil, je me réveillais en effroi mouillé par la sueur.

Saul s’endormit paisiblement à mes côtés. Je le laissai se reposer; je savais qu'il devait être épuisé.  Je sursautai. Il y avait un autre présence dan la chambre, j’en était certain ! J'allumai ma lampe de chevet. Je trouvai le shaman assis par terre tout près.

Il me dit doucement :

-Ne craint rien, nul esprit mauvais ne peux pénétrer ici, cet endroit est protégé, je m'en suis occupé.

 

Je remarquai les symboles arcanes qui avaient été dessinés au plafond, tout autour du lit et devant la porte patio.  Dans mon état de torpeur, j'étais incertain que si j'étais vraiment réveillé ou si je rêvais encore. Je frottai mes paupières. Je me redressai dans le lit. Curieusement, je n'avais plus aussi mal; en fait je me sentais plutôt bien.

- Je suis désolé de l'inconfort et des douleurs que tu as eu à subir, mais je suis ici maintenant pour t'aider.

 

Était-il en moi, résidait-il dans mon esprit ou était-il une entité spirituelle distincte? Il était bien plus que cela, il avait une réalité physique. Je ne doutais plus de son existence même si je n'étais pas encore certain de la nature de sa manifestation.  Était-il un fantôme ? Mon séjour chez les Inuits m'avait montré que pour ce peuple superstitieux, les esprits et le monde spirituel étaient constamment omniprésents dans leur vie de tous les jours. Un Inuit n'aurait jamais douté de la réalité de ce spectre et moi qui n’étais pas Inuit, j'étais hanté par l'esprit d'un de leur shaman.

Cette explication était fantastique, irrationnelle mais expliquait mes expériences. Je préférais cette perspective qu'à la conclusion que je souffrais d'aliénation mentale. Pourquoi se manifestait-il maintenant après plus d'un an et ici à la Riviera Maya, si loin du lieu de sa mort ?

 

Le Shaman me regardait intensément, avec un demi-sourire amusé comme si il partageait mes pensées. Je n'étais pas effrayé de soutenir son regard, un regard profond et sans âge. J'y détectais de la bonté, beaucoup de bonté, une étincelle espiègle mais également une très grande solitude et une immense tristesse dans laquelle se noyaient de nombreux visages que je ne réussissais jamais à discerner clairement. Je sympathisais pleinement avec lui. Sa véritable nature m'éludait toujours mais je reconnaissais en lui une grande dévotion, fidélité et noblesse qui vibraient dans mon être.

 

Dans l'ensemble des cultures que je connaissais, un revenant était l'esprit d'un mort qui ne pouvait trouver de repos en raison d'une tâche primordiale restée inaccomplie de leur vivant. Je repensai à l'urgence et à la détresse du Shaman dans ses dernières heures : "Je suis pressé; une grosse tempête s’en vient" ; "Il est tard; je dois partir" et comment il m'avait supplier de l'aider et de l'amener avec lui. Sauf que je réalisais enfin qu'il ne parlait pas de m'accompagner avec son corps mais plutôt avec son esprit, son âme. Je poursuivit mon raisonnement : cette grande tempête que le Shaman avait mentionné pouvait avoir son origine ici chez les Mayas. Les paroles de la prophétie de Morales me donnaient de nouveau la chair de poule. 

Le vieil Inuit se leva et me serra les mains.

- Tes yeux commencent à s’ouvrir ! Tu ne le savais pas mais tu as le vrai don du Shaman !  Tes mains sont celles d’un guérisseur me dit-il avec satisfaction. Pour toi, je serai à la fois ton « sak nil nahal », la conscience blanche de l’épanouissement, et ton « huay » puisque tu as perdu ces âmes avec ta première mort !

Ma première mort ? Cela devenait un peu trop mystique pour moi. Les noms de sak nil nahal et de huay n’étaient pas de consonance inuit; ils me semblaient mayas. Une question folle alors me passa à l’esprit :

- Est-tu Itzamna ?

Ma question le fit rire.

-  Itzamna est le dernier des créateurs et le premier Shaman. Je suis, comme tu as vu, le chasseur d'étoile venu quérir le grand-père des origines jusqu'à son trône. J’ai quêté le Créateur jusqu’à l’Étoile Xaman Ek pour laquelle le firmament tourne tout autour mais il n’était pas là-bas. Je l'ai attendu longtemps avant qu'enfin j'entende son appel, maintenant que le temps de sa création s’achève ! Mais mon incarnation était devenue trop frêle et c'est toi qui es fort et valeureux qui m’as été amené pour m'aider. C'est à toi que reviennent mes tâches et mon destin.

 

Je fis la moue; une simple oui ou non aurais été apprécié comme réponse. Je lui dis ensuite :

- C’est donc toi qui est responsable de tout ce qui m’arrive ?

 

- Je ne fais que te montrer le chemin. Je suis le guide.

 

Mon esprit criait : pourquoi moi ? Quel droit lui permettait de s'affranchir ainsi de ma vie. Je n'avais rien demandé de cela. J'étais profondément offusqué.

 

Il compris le sens de mes pensées car il rétorqua d'un ton sévère :

-Tu étais mort de toute façon. Ainsi, tu es vivant maintenant et tu as trouvé des choses pour lesquelles il vaut la peine de vivre, non ?

 

Il évoqua en moi tout ce que j'ai vécu au courant de la dernière année, les personnes que j'avais rencontrées, en particulier Chibirias et l'amour que je ressentais pour elle et instantanément ma colère se dissipa.  Je devais lui donner raison, pour Chibirias tout en valait la peine.

 

Le vieil homme rajouta malicieusement :

- Je t'ai demandé permission, sans te forcer dans aucun engagement et cela bien après que je t'ai ramené à la vie et tu a été d’accord !

J'admettais qu'il n'avait pas tort, j'avais accepté de l'aider de bonne foi. Je regrettais quand même de ne pas eu de choix car en même en étant parfaitement informé, j’aurais probablement décider volontairement d’aider le Shaman.

 

Il répondit encore directement à ma pensée :

- Moi, je n’avais plus le choix. Tu étais mon dernier espoir et les choses étaient trop graves pour risquer que tu ne me dises non !

Il sembla presque s’excuser sur ces propos.

Je me demandais si Chibirias et son artefact faisait parti des tâches dont il m’avait parlé.

Le vieil homme me sourit avec sa bouche édentée et il hocha la tête affirmativement.

Je me tournai vers Saul qui roupillait tout près, je voulais le réveiller et qu'il voit "mon" Shaman.

Le vieil homme me choqua en disant :

- Il ne peut pas me voir. Laisse lui du temps : son n’esprit n’est pas encore assez ouvert !

Je protestai :

- Il est valeureux, il comprendrait bien mieux ces choses que moi, il en a les connaissances. J'aimerais qu'il te voie ainsi que tout ce que je vois !

Le Shaman expliqua :

- Je reconnais sa grande valeur, mais il a encore plein de conceptions confuses sur ce que le monde devrait être. Il connaît bien les écrits sacrés de ses ancêtres dans sa tête mais ils ne sont pas dans son cœur où ils comptent vraiment.  Il ne comprend pas encore que l'ancienne sagesse et ses implications ne sont pas l'apanage de quelques élus auto-proclamés mais de tous les hommes et êtres de ce monde. Avec le temps ses yeux s’ouvriront peut-être comme les tiens ...

 

- J’aurais tellement voulu partager avec lui; je me sens tellement seul dans tout cela !

 

Il me répondit à ma plainte avec compassion :

-  Tu ne seras plus jamais seul. Je t'ai bien préparé.

 

Je lui posai timidement une autre question qui me tenait à cœur sans oser le regarder.

- Chibirias, la reverrais-je un jour ?

 

-  Tout dépend de toi !

Sa voix était amusée. Je voulu lui demander plus encore mais il n’était plus là. Je ne connaissais même pas son véritable nom,  mais j'étais décidé à ne plus renier son existence.

Saul se réveillait. Il se redressa dans le lit :

- Quelle heure est-il ?

-  Près de quatre heures.

- Il est temps d’y aller ! annonça Saul. Nous n’aurons pas grand temps !

Il me demanda ensuite intrigué entre deux bâillements :

- Ais-je rêvé ? Ne parlais-tu pas avec quelqu’un ?

Je lui répondis le plus sérieusement du monde :

- J’avais une discussion avec mon sak nil nahal et mon huay...

Ma réponse laissa Saul perplexe, il connaissait bien ces termes. Ce n’est pas ce qui le laissa bouche bée. Il me regardait la bouche grande ouverte, les yeux grands ouverts; il était complètement ébahi.

 

- Tes blessures !

 

Saul me traîna devant le miroir de la salle de bain. Je vis comme lui que mes meurtrissures s’étaient estompées, mes blessures avaient guéries comme si elles dataient de plusieurs jours déjà. Saul complètement incrédule m’examina de prêt et me regardais pour une explication.

Je lui dis coquinement :

- Tu ne me croirais pas si je te le disais !

- Essaie-moi pour voir !

Il pointa les glyphes de protection que le Shaman avait apposés.

 

Je lui racontai tout mais je constatai assez vite qu’il était sceptique et qu'il me prenait peut-être pour un illuminé. J’en étais embarrassé, mais au moins Saul restait respectueux. Je ne lui en voulais pas, après tout j’en doutais encore moi-même.

 

Je coupai court :

- On y va ? dis-je en mettant le compas de Chibirias dans ma poche. Nous n’avions après tout que deux heures avant l’aube !

 

Nous parcourûmes le chemin vers Tulum en pleine nuit en enfourchant chacun une bicyclette de l’hôtel. La jeep de Saul n'était pas disponible avant demain et je préférais cette approche discrète de toute façon. Tout en me dirigeant vers les ruines, je songeai que l'idée d'une corrélation entre les peuples Inuits et Mayas n'était pas ridicule. Ils y avait de plus en plus d'évidences génétiques démontrant que ces deux peuples, tout comme la plupart des aborigènes des Amériques étaient les descendants d'une seule et même tribu de nomades ayant réussie à traverser, il y a environ 25000 ans, le détroit de Béring depuis le Cap Dejnev en Sibérie orientale jusqu'au cap du Prince-de-Galles en Alaska. D'ailleurs les Inuits tout comme les indigènes Mayas que j’avais vus jusqu'ici démontraient un fort héritage mongolien.

 

Nous approchâmes le site archéologique. Saul nous arrêta net après le bloc des concessionnaires. Quelque chose n’aillait pas. La barrière de l’INAH qui devait être normalement descendues pour fermer l’accès des ruines était levée. Saul suggéra nerveusement de prendre une route alternative dans le boisé voisin qui était parallèle au sentier menant au ruine. Il s’agissait d’un petit sentier d’interprétation de la nature. Saul avait eu de bons instincts. Nous découvrîmes qu'il y avait des gens postés sur la route à cette heure tardive dans la nuit. Ils étaient à l'affût et effectuaient lune surveillance de la route. L'un d'eux avait une arme automatique suspendue par une sangle depuis son épaule. À notre passage nous effrayâmes malencontreusement des oiseaux endormis qui nous trahirent par leurs cris. Nous nous croupîmes contre le sol immédiatement dissimulé par l'obscurité et la végétation. Un des hommes braqua le faisceau lumineux d’une torche électrique dans notre direction et il avançait vers nous. J'étais certain qu'il finirait sûrement par nous découvrir; il était qu’à quelques mètres de nous.

- Stop wasting time! It must be some of those damn monkeys again! (Arrête de perdre ton temps ! Cela doit être encore un autre de ces maudits singes !).

Le commentaire provenait de son compagnon de garde mais cela ne l’arrêta pas pour autant. Il était méticuleux et semblait déterminé à investiguer la source du bruit qu’il avait entendu.  Il avançait résolument vers nous la main à sa ceinture où je devinais une arme à feu.

 

Son compagnon rajouta alors :

- Or it could be a snake; I read that they are common here in the swamp! (Ou il pourrait s'agir d'un serpent; j'ai lu qu'ils sont communs par ici dans les marécages!)

Instantanément l’homme recula prudemment. Son compagnon se moqua de lui et ricanait.

Saul et moi étions soulagé et profitions de l’occasion pour nous éloigner silencieusement de la route. Avec beaucoup de précautions, nous émergeâmes des boisés tout près de la muraille sud de Tulum.

 

Il était étrange d’avoir entendu ici de l’anglais et non de l’espagnol. Il était évident qu’ils n’étaient pas de la police fédérale ou d'une autre autorité Mexicaine. Ils me rappelaient le groupe d’hommes que j’avais confronté à Playa del Carmen, le groupe d'Alan et de Lilith Morris. J'avais peur; je savais ce dont ils étaient capables; il s'agissaient de véritables tueurs.

Je n'avais pas besoin de dire un seul mot à Saul; il avait lui aussi reconnu le danger.  Il était intense, nerveux et surtout inquiet. Il avait raison et je craignais le pire; que Lilith et Alan étaient possiblement dans les parages.

 

Au delà de la muraille de pierre nous découvrîmes l'ancienne citée occupée, bourdonnant d'activité dans l'obscurité. Il ne faisait doute, ces gens étaient affairés à une fouille et prospection minutieuse des ruines de Tulum. D'après ce que je voyais, ils occupaient le site archéologique depuis déjà un bon bout de temps et n'avaient pas négligé aucune surface du terrain. Ils étaient parfaitement équipés et organisés.

 

Mon coeur se noua. À leur vue, j'éprouvai un grand désespoir. Une bonne partie de leur effort était concentré au Castillo et aux environs de sa structure. Les efforts et moyens que je voyais déployés me confirmaient l'importance de ce qu'ils recherchaient. 

J'émis un juron. Nous arrivions trop tard, beaucoup trop tard !  Il était désolant d'ainsi nous voir usurper notre découverte si près du but. Je maudissais Lilith et son frère. J’étais frustré au point d'en trembler. Pire encore, si jamais ils trouvaient ici ce qu'ils cherchaient, ils n'auraient plus besoin de Chibirias. Elle ne leur survivrait pas.  Cette pensée me glaça le sang.

 

Je me tournai vers Saul. J'étais tellement préoccupé que je l’avais presque oublié. Il avait les larmes aux yeux, le visage tourmenté. Il semblait médusé, complètement dépassé par ce qu'il voyait. Il brisa son mutisme en disant avec colère :

- Qui sont ces gens ? ILS NE PEUVENT FAIRE CELA !

 

Je mis la main devant la bouche du jeune Maya pour le taire. Il était prêt à bondir et à tenter de les arrêter tous à lui tout seul mais je l'empêchai de partir le retenant avec force.

 

J'essayai de le raisonner.

- Tu risques de te faire tuer ! lui soufflais-je en lui faisant remarquer trois hommes armés qui étaient affairés à proximité au Temple de la mer.

 

Saul ne se calma pas pour autant.

- Nous ne pouvons pas rester ici à rien faire ! protesta-t'il. Ils sont en train de profaner les lieux, tout piller et saccager !

 

Je sympathisais profondément avec sa détresse, mais à deux, que pouvions nous faire ? Qu'est ce que j'aurais donné alors pour un téléphone cellulaire.

Je suggérai nerveusement à Saul que nous devions retourner au stationnement et trouver un téléphone pour alerter la police. Il était d'accord avec moi mais retourner ensemble augmentait le risque d'être découvert avec toute la surveillance qu'ils exerçaient. Saul voulait y aller seul. Il argumenta qu'il connaissait le terrain mieux que quiconque et qu'il pourrait facilement se faufiler inaperçu.

 

Il tenta de me rassurer et me suggéra de me cacher en attendant son retour. Je n'avais vraiment pas de choix; je ne voyais aucune autre possibilité.  À contrecoeur je le regardai partir.

Je retournai mon attention vers les ruines. Ils commençaient par endroit à ramasser leur équipement et à conclure leurs fouilles. Ils n'étaient plus que deux au Temple de la mer. J'espérais que cela ne signifiait pas pour autant qu'ils avaient trouvé ce qu'ils recherchaient mais qu'ils abandonnaient craignant d'être exposés par la lumière du matin qui se faisait proche.

Quelque chose se produisit vers la sortie principale qui perturba momentanément leurs activités. J'aperçus, dans la plus grande horreur, Saul brutalement escorté et malmené en direction du Castillo par trois hommes. Je paniquai. Il me fallait faire quelque chose. Il n'était pas question de fuir et de l'abandonner. Je cachai le compas sous une pierre ne voulant pas risquer sa perte si jamais j'étais capturé à mon tour et m'immisçai silencieusement en plein territoire occupé.

 

Je surpris complètement les deux hommes du temple de la mer. À la fin de ma course, je plaquai l'un d'eux brutalement. Il fut projeté sous l'impact jusque au bord de la falaise. Je le vis perdre pied et disparaître. Le deuxième alla à son arme plutôt que de prendre la défensive. Cela me laissait l'opportunité de l'attaquer. Au lieu de me relever, je pris ses jambes en ciseau entre les miennes et le déstabilisai. C'était une de prise de lutte que j'avais appris à l'université. Je me tournai subitement avec force et la rotation de mes hanches le fit basculer. Il tenta de se relever, mais il n'était pas assez rapide; j'étais déjà sur lui et l'écrasait de mon poids. Il tenta désespérément de m'enlever et de résister; il me rua de coups. J'étais immuable. Lorsque je fus en position, je lui administrai une série de crochets vicieux au visage qui lui firent perdre conscience. Je regardai tout autour; il n'y avait aucune réaction; personne n'avait rien remarqué. Je pris une profonde respiration. Je ramassai son arme et relevai. Je n'avais aucun autre plan que foncer dans le tas et improviser.  Je savais que cela était téméraire, stupide et sûrement suicidaire, mais j'étais résolu à tenter l’impossible pour sauver Saul. J'entendis alors une plainte désespérée toute proche :

- Help me! Someone help me, please!

 

Je regardai par dessus le rebord de la falaise. L'homme que j'avais poussé était toujours là, suspendu à plus de douze mètres au dessus des récifs sur lesquels s'écrasaient violemment les vagues amenées pas l'océan. Il se tenait précairement à force de bras; il devait être blessé car il semblait incapable de se supporter sur ses jambes. Sans aide, il était certainement pour mourir.

Je n'y réfléchis même pas; je lâchai mon arme et lui tendis ma main. Il me regarda d'abord incrédule, hésita un moment et il la saisit fermement. Je raisonnai qu'ainsi j'aurais deux otages à échanger contre Saul. Alors que je m'apprêtais à hisser un homme, j'avais négligé l’autre qui était moins sonné que je ne l'avais supposé. Il était à genoux, le canon de son pistolet braqué sur moi. Il enleva la sûreté, il avait le doigt sur la gâchette. Je vis le mépris dans ses yeux; je savais qu'il était décidé de m'abattre même si cela entraînait la mort certaine de son compagnon.

Soudain, son visage se convulsa. Il laissa tomber son arme alors qu’il regarda abasourdi la pointe de métal qui venait de transpercer sa poitrine. Il s’écroula mort. Je vis alors mon ange gardien, le Vigil de Chibirias accourir. Il n’était pas seul. Tulum s’éclaira de la lumière de multiples phares qui venaient après lui.

 

Je dis au Vigil :

- Saul a besoin d’aide. Va ! Je m’occupe de celui-là et je te rejoins.

Il me regarda une fraction de seconde sans rien dire et repartit en direction du temple.

Je remontai l’homme et le traînai sur le sol. Sa cheville gauche et son genou étaient enflés, l'os du fémur causait une protubérance à sa cuisse menaçant de transpercer sa peau. Sans prévenir, je saisis sa jambe fracturée, tirai d'un coup sec et replaçai l’os. L'homme faillit s'évanouir sous la douleur. Je l’avisai en anglais de ne pas bouger et que j’étais pour revenir pour lui.

Je suivis la traînée sanglante de victimes laissée par le Vigil alors qu'un groupe de mayas arrivaient en renfort depuis tous les accès au site archéologique. Saul avait bien réussit à demander de l’aide. Ils étaient des paysans de tout âges, armés de machette, fourches, bêches et bâtons et autre arsenal de fortune. Ils émirent des cris de guerre exprimant leur profonde indignation d'ainsi voir leur terre ancestrale violée. Le groupe de pilleurs tira quelques coups de semonce pour les intimider et les faire reculer. C’était peine perdue, ils furent submergés par la vague humaine. Pour les autres c’était la débandade, ils abandonnaient le terrain et battaient en retraite, fuyant vers l’escalier menant à la plage. Dans tout ce chaos, je trouvai le Vigil se battant férocement contre trois hommes alors que deux autres retenaient toujours Saul et s'en servaient comme un bouclier humain pour se protéger. Je sautai sur l'un d'eux. Il lâcha prise et tomba. Il se releva pressé de fuir et non de m'affronter ou de combattre. Je le laissai partir. Je regardai Saul qui finissait de s'occuper de l'autre homme qui l'avait retenu. Il savait également se battre. Il était bien en contrôle de la situation et il n'était pas blessé.

 

J’entrevis brièvement Lilith qui avait les mains bandées par des pansements. Elle fût choquée de me voir mais ne pu rien faire alors qu’elle était entraînée par les autres vers les embarcations qui les attendaient sur la plage. Les mayas crièrent victoire en regardant les profanateurs quitter Tulum et prendre le chemin de l’océan. Je priais qu’ils soient repartis bredouilles.

 

Des lumières bleues et rouges stroboscopiques se présentèrent enfin. Un haut-parleur beugla qu’ils étaient de la police fédéral, de rester sur place et de déposer les armes. Les mayas, nullement impressionnés, se dispersèrent dans la nuit. Le Vigil aussi en avait profité pour disparaître.

 

Saul et moi gardâmes les mains en l’air, bien en évidence en attendant qu’ils viennent.  Nous n’étions plus que quelques-uns sur le terrain, essentiellement des caucasiens, des pilleurs battus et blessés d’après ce que je pouvais voir. Cela n’avait pas été le carnage que j’avais imaginé et cela me soulagea. Je fixai l’océan et le ciel qui s’allumait. L’aube arrivait. Je remerciai Dieu et Itzamna que nous soyons encore en vie pour voir un autre matin. Les forces de l’Ordre s’occupèrent d’abord des blessés et des autres victimes avant de venir nous fouiller et nous escorter vers une patrouille. Quelle ne fût pas ma déception et mon malaise de nous retrouver devant nul autre que Morales. Il était ravi de me voir. Cela n'augurait rien de bon. Il me passerait les menottes sûrement et m'arrêterais cette fois.

 




Par A. Saint - Publié dans : récits
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Jeudi 19 janvier 2012 4 19 /01 /Jan /2012 20:05

Je me levai et quittai ma chambre décidé de retrouver Saul et l'avertir de tout ce qui se tramait. Au complexe hôtelier, tout se passait comme d’habitude, pas une seule indication la tragédie qui venait d’être révélée. J'en fus d’abord offusqué, mais je réalisai que le monde continuait de tourner malgré tous ces drames et qu’il était bien qu'il en soit ainsi. Il n’y avait aucune raison d’instaurer la panique. Je ne trouvai Saul nul part. Je me faisais dire partout que je l’avais manqué par quelques minutes. Je déambulai vers l'amphithéâtre près du complexe sportif où plein de gens s'assemblaient et prenaient place sur les chaises pliables déguisées par de grand pardessus de tissus blancs ajustés.

Je vit Gabriel, l'animateur senior de l'Allure, en train de discuter avec d'autres vacanciers derrière les rangs serrés de siège, tout près d'un projecteur mobile et de la console du système de son.

En me voyant, son visage souriant tomba.

Il me dit, visiblement préoccupé à mon égard, dans un français impeccable :

- Mon Dieu, Monsieur, que vous est-il arrivé ?

- Je vais bien ! Un simple accident..., expliquai-je. Je ne voulais rien dire d’autre.

Changeant de sujet, je lui demandai :

- Auriez-vous vu Saul ?

D'un air amusé et espiègle Gabriel me répondit :

- Il sera ici dans quelques minutes, asseyez-vous en attendant.

Gabriel me laissa pour rejoindre l'avant-scène pour commencer son animation. En cinq langues différentes il annonça :

- Mesdames et Messieurs, bonsoir ! Bienvenue à ce fantastique spectacle de danse. Non moins spectaculaire, laissez-moi vous présenter tout d'abord l'équipe d'animation de l'Allure qui travaille pour vous.

Zac, Auguste, Maria, Cheryl paradèrent la scène en nous saluant tous. Je ne voyais pas Saul. Où diable était Saul ? Il n'avait même pas été présenté !

Je m’apprêtais à me lever lorsque les lumières se s'éteignirent.

Le projecteur s'alluma révélant deux serpents lovés. Deux marionnettes géantes de serpents à plumes soutenues par de nombreux danseurs se lovaient, dansaient dans un curieux bal.  Un narrateur préenregistré racontait leur histoire, l’histoire du commencement, tel que reporté dans le Popol Vuh, le livre sacré des Mayas. Les grands serpents avec de magnifiques plumes bleu-vert qui flottaient sur la mer primordiale de brouillard étaient Gukumatz et Huracan.

Ces deux dieux dirent le mot «terre ». Comme pour obéir à leur ordre, les brumes causées par la neige carbonique se dispersèrent révélant la scène.

Nous pouvions ainsi apercevoir les musiciens accoutrés de tenues d'indigènes alors qu'ils jouaient tamtams, flûtes, un cor fait à partir d’un coquillage et un tronc d’arbre creux en percussion. Les serpents se retirèrent en arrière scène et s'immobilisèrent.

Dans un rythme chaotique des danseurs entrèrent et parcoururent la scène en pirouettant coiffé de la tête de différents animaux : le guépard, l'aigle, le perroquet, le cerf, le serpent. Leurs costumes étaient absolument magnifiques et leur corps soigneusement peints de couleurs vives.

La voix dans les haut-parleurs narra que les deux dieux créèrent ensuite les animaux et les oiseaux mais ces derniers n’avaient pas le don de la parole et ne pouvaient pas louanger leurs dieux créateurs comme ils le désiraient. Les dieux condamnèrent les animaux à vivre à l’état sauvage et aux plus faibles de servir de nourriture.

La musique changea et le danseur aigle étala ses ailes, il était à la chasse et tous les autres animaux tentaient de se cacher de lui. Il tourna par plusieurs fois sur la scène et confronta par plusieurs fois le serpent jusqu'à ce qu'il triomphe en gardant son pied sur le danseur serpent terrassé dans un grand cri de victoire.

Je m'avançai plus près, vers les sièges de devant, j'étais fasciné par le spectacle. Il invoquait pour moi une étrange sensation de déjà vu. D’autres danseurs firent ensuite irruption sur scène en représentant les premiers hommes. Un homme couvert d'argile fut le premier à se présenter. Il ne bougeais pas et n'avait aucune expression.

"Gukumatz et Huracan ont ensuite façonné pour la première fois des hommes avec de la boue, mais sous cette forme l'homme ne pouvait ni se déplacer ou parler. De plus, il se brisait sous le soleil ou était rapidement dissous dans l’eau. Huracan les détruisirent tous dans un déluge causé par sa pluie orageuse."

Dans une lumière stroboscopique et le fracas stimulant le tonnerre, le golem de terre d’écroula par terre et roula hors de la scène.

"Ils se réessayèrent de nouveau en créant des hommes avec le bois. Huracan tenta de les détruire car ils n’étaient que des mannequins en bois imparfaits, impassibles, sans émotions et ils ne faisaient aucune éloge aux dieux qui les avaient crées. Mais malgré ses efforts, Huracan ne pu les noyer tous puisque ces hommes de bois flottaient. Les survivants de bois retrouvés ont été alors transformés en singes par Gukumatz et condamnés à vivre à l’état sauvage."

Le danseur termina sa danse rigide et mécanique et se coiffa d'une tête simienne se dandinant de façon comique comme le ferais un singe avec quelques acrobaties et culbutes spectaculaires. Il fut chaleureusement applaudit.

Le narrateur continua son récit :

"Les dieux eurent du succès en créant des hommes à partir du maïs. Mais ces premiers hommes étaient trop parfaits, ils avaient une très longue vie, comprenaient toutes choses et leur vision était grande et perçante. Il voyait tout du plus petit au plus grand. Gukumatz et Huracan étaient craintifs que ces nouveaux êtres trop parfaits deviennent aussi puissants que les dieux eux-mêmes.

C’est pourquoi ensuite Gukumatz et Huracan réduisirent la vision de tout des hommes qui suivirent après et qu’ils les rendirent vulnérables aux maladies et leur donna un temps de vie plus limité. Il n’y a plus alors qu’un couple des premiers hommes véritables dans ce monde."

Les danseurs drapés de blancs éclatants entrèrent sur scènes dans une valse gracieuse qui donnait l'impression qu'ils étaient pour s'envoler.  Ils perdirent leur robe blanche un à un révélant alors des hommes et femmes ordinaires qui ne pouvaient plus danser au rythme divin. Seul un couple resta en blanc. Il s’arrêtèrent de danser et contemplèrent les hommes et femmes qui les entouraient et qui les suppliaient. Ils regardèrent ces humains de façon presque parentale et leurs ouvrèrent les bras. Hommes et femmes se mirent à genoux devant eux.

"Gukumatz et Huracan avaient raison, la race des premiers hommes véritables, les hommes Xi, sont devenus des dieux eux-mêmes et les fondateurs des sept grands peuples de la Terre qui ont suivis les douze routes au travers des mers. "

Les serpents disparurent remplacé par le grand-père et la grand-mère originale, le dernier couple de danseurs en blanc, qui furent les ancêtres de tous les dieux. Je connaissais leurs noms : ils étaient Itzamna et Ixchel.

Je cru plusieurs fois apercevoir mon shaman du coin de l'oeil se tenant derrière moi mais dès que je retournais la tête, il disparaissait. Je savais qu'il ne pouvait être un simple fantasme. Il avait arrêté Lilith, il n'y avait aucun doute qu'il avait une réalité physique.  Il m'avait de nouveau sauvé la vie, il me protégeait. L'idée de sa réalité m'était toujours aussi bizarre mais je devais admettre dans les circonstances actuelles le savoir avec moi me rassurait un peu.

La scène suivante nous amena dans le domaine des enfers, l’horrible Xibalba. Une jeune femme était venue voir un arbre avec un visage humain. En s’y approchant, le visage lui cracha dessus. Elle fuit à la surface de la terre et retrouva la grand-mère. La jeune femme accoucha de jumeaux, qui très vite grandirent. Ils étaient les héros Hunahpu et Xbalanque. Ils avaient respectivement leur corps peints en or et en argent et ils portaient la coiffe de plume du Quetzal. Quels ne furent pas ma surprise et mon soulagement de reconnaître Saul dans l'incarnation de Xbalanque. C'était donc ce qui avait amusé Gabriel auparavant lorsqu'il m'avait mentionné que je reverrais Saul dans quelques minutes. Ce dernier devait faire parti de ce spectacle depuis le début et je ne l'avais même pas remarqué. Connaissant Saul, son implication dans ce ballet le rendait plus qu'un simple divertissement; le folklore et les légendes mayas qu’ils présentaient devaient donc avoir une signification véritable pour les mayas.

Dans la chorégraphie qui se poursuivait, les jumeaux découvrirent par après le jeu de la balle mais ils jouaient avec tellement d’enthousiasme que tout comme leur père avant eux, ils dérangèrent et irritèrent les Seigneurs des enfers de Xibalba, représenté par des êtres noirs avec le crâne blanc et le squelette peint sur leur corps. Ils étaient neufs et portaient des couvre chefs de crâne humain, de hiboux, de chauve-souris, de jaguars noirs et de chien. Ils étaient absolument sombres et terrifiants et irrités proférant des menaces obscènes contre les deux jeunes joueurs de balle. Il faisait drôle de voir Saul jongler avec le ballon comme un professionnel. Il était définitivement meilleur en scène que sur le terrain de soccer !

Les démons sommèrent les jumeaux dans leur Royaume sous terre et les défièrent à un match de balle infernal. Les jumeaux acceptèrent leur défi. Il y eu un moment intense où Hunahpu perdit sa tête que son frère remplaça par une courge. Une tête de mannequin représentant la tête décapitée du jeune dieu servait alors de balle au grand plaisir des hideux seigneurs.  Heureusement Xbalanque réussit à récupérer la tête de son frère et à la rattacher à son corps original. Ainsi les jumeaux avec leur habilité et ruse réussirent à duper les forces infernales du Noir, du Froid, des Jaguar, des chauves-souris et des rasoirs. Mais les Seigneurs des enfers étaient amers, malgré le fait que les jumeaux aient réussit toute leurs épreuves, ils détruisirent tout de même les deux frères en les piégeant dans un grand four de Feu. De leurs cendres, les jumeaux héroïques ressuscitèrent et retournèrent à la cour des Seigneurs des enfers, incognito, leur visage soigneusement dissimulé dans des cagoules, prétendant être des faiseurs de miracles pouvant même ramener les morts à la vie. Xbalanque tua Hunahpu devant eux et le ressuscita pour le prouver dans ce qui n’était que prestidigitation.  Les Seigneurs de Xibalba se laissèrent berner et étant autrement immortels, ils avaient le désir morbide de faire par eux-mêmes l’expérience de la mort. Ils furent donc exécutés à leur demande par les jumeaux mais ces derniers ne les ramenèrent pas à la vie et furent laissé pour morts.  Ayant ainsi vécu le mal, les frères champions émergèrent des enfers en ramenant la dépouille de leur père qui se réincarna en tant que dieu du maïs,  Ils offrirent aux nouveaux hommes le cadeau du vrai soleil et de la lune qu’ils placèrent dans le ciel. Les deux danseurs représentant Hunahpu et Xbalanque nous montrèrent une sphère brillante de lumière jaune et blanche qui parcourent au bout de leur bras la scène d'est en ouest et avec le coucher du soleil, la scène redevint obscure.

L'histoire des hommes commençait avec une danse spectaculaire où les danseurs commémoraient le feu, un cadeau du dieu rouge sanglant Tohil. Ils se passaient entre eux une balle de feux qu’ils vénéraient. Ils firent ensuite une danse auteur d’une coupe de feu.  Ils n’avaient vraiment pas peur de se brûler, les flammes étaient devenues leurs partenaires de dans cette danse lumineuse déchirant le rideau de la nuit. Même les femmes manipulaient les torches enflammées de façon absolument spectaculaire.

Ensuite un danseur à la tête de cerf parcourait la scène en terreur. Il était pourchassé par de voraces chasseurs mayas. La bête se tomba dans une embuscade entourée de toute part. Les chasseurs tirèrent leurs arcs, lancèrent leur lance. Le cerf blessé chercha à fuir. Il fut prit dans un filet et les chasseurs l’entourèrent et l’achevèrent.

Dans un dernier numéro, un groupe de danseurs pratiquait une danse rituelle et ils suppliaient les dieux pour de la pluie. Ils s’adressaient aux quatre colossaux baccabs qui se dressaient en rouge, jaune, noir et blanc aux quatre coins de la scène. Le dieu Chaac, à la peau bleue, au nez éléphantesque arriva comme un coup de vent subitement sur scène. A la joie des protagonistes, il déplia son voile de gris étincelant qui comme une grande cape le suivait alors qu’il courrait sur scène suivi par les nuages de pluie qui donnaient fertilité à la terre des hommes. Les danseurs s’écartèrent du centre de la scène révélant un homme vêtu de vert tout recroquevillé, le corps du père de Xbalanque et Hunahpu. Au passage de Chaac, cet homme se leva, doucement et gracieusement. Il était ressucité!  Sa tête était coiffée d'épis et sa peau était jaune; il était maintenant Yum Kaax le dieux du Maïs. Il personnifiait la vie, la prospérité et l’abondance. Il était le cadeau ultime des dieux au peuple Maya. Les danseurs se prosternèrent devant lui alors que tous les autres artistes se présentèrent sur scène.

Nous nous levâmes debout dans une grande ovation et l’auditorium résonna longtemps sous le tonnerre de nos applaudissements.  Le spectacle avait été grandiose et élevant. J’avais été ému par cette prestation; j’en avais oublié mes récents supplices. Gabriel fit son retour sur scène et présenta les musiciens et les danseurs s’éclipsèrent un a un. Gabriel annonça que les artistes étaient encore pour rester quelques temps, pour nous laisser l’occasion de prendre des photos pendant qu'ils étaient en costumes. Je retrouvai Saul dans son déguisement de Yum Kaax et lorsque les demandes des photographes se calmèrent, je le rejoignis. Spontanément, je le serrai contre moi.

-Que fait-tu ? demanda nerveusement Saul, évidemment embarrassé. Tout le monde peut nous voir ici !

Je me fichais éperdument des autres. Sa présence était quelque chose de réel et de tangible qui me soutenait. Je le relâchai presque à contrecoeur. Sa peinture argent s’était partout transférée sur mon corps. J’étais à bout de mes forces comme si tout ce qui m’avait éprouvé dans les dernières heures me rattrapait subitement.

Je vis Saul m’examiner; il était stupéfait. Il réalisait pour la premières fois que j’avais été blessé. Je lui expliquai :

- J’ai fait de mauvaises rencontres depuis ce matin.  Ils m’on torturé pour me soutirer des informations; je ne leur ai rien dit. Il t’on menacé aussi. Ils ont tué deux clients de l’hôtel.

De la consternation et de l’horreur envahit le visage du jeune maya et il me serra à son tour dans mes bras pour me réconforter. Il me surprit complètement. Il n’y avait plus de gêne. Je sentais son inquiétude pour moi. Il me dit tout interloqué:

-J'avais entendu que la police était venue à l'hôtel à la suite d'un incident, mais rien d'aussi grave!

Il me souffla en m'examinant:

-Je suis désolé ! Je ne peux qu’imaginer ce que tu as souffert !

La place se désertait, il ne restait que lui et moi.

- Si tu vas assez bien, je vais te laisser quelques minutes, le temps de me débarrasser de tout cela.

Il indiqua son costume. Il était franchement désolé d'avoir à me quitter.

- Je te retrouve à ta chambre ?

- Oui, on se retrouve là-bas.

Il me laissa avec inquiétude.

Je marchai tranquillement le long de l'allée principale jusqu’au bar du Sugar Reef remplis de gens. Leur nombre me donna une illusion de sécurité, le temps que je collecte le courage de reprendre le chemin de ma chambre. Je regardai tout autour comme un paranoïaque. Chaque ombre me semblait menaçante; pourtant en rien la beauté des lieux avait vraiment diminuée. C'était mon cœur pesant et angoissé qui entachait mes perceptions. Mes pensées restaient fixées sur tout ce que ce j’avais subi depuis l'après-midi ainsi que sur la tragédie qui avait frappé si proche.

Saul vint finalement me joindre discrètement. J’étais déjà tout prêt à partir, mais il indiqua qu’il n’y avait aucune presse. Les ruines de Tulum ne seraient désertes qu’aux heures du matin. Il fallait patienter. J’en profitai pour lui raconter tout, y compris mon entrevue avec la police.

Pour sa part, il avait effectivement entendu parler d’un incident avec un couple de vacanciers de l’hôtel mais rien de précis. Il y avait eu pour tout le personnel de l’Allure une directive émise afin de ne pas discuter de rumeurs qui de toute façon ne pouvaient rien faire d'autre que d'inquiéter inutilement les gens.

Saul admit aussi qu’il connaissait bien les Mayas de la Croix parlante qui n’étaient qu’à quelques kilomètres au Sud de Tulum. Il m’assura qu’ils n’étaient pas les révolutionnaires que l’on m’avait décrits. Tant qu’à la prophétie, il la remit en contexte dans les nombreux mythes et légendes de ce peuple et des peurs de 2012.  Il ne tentait pas de me décevoir; il m’était évident qu’il n’y croyait tout simplement pas.

Il demanda si j’avais toujours la force de retourner à Tulum avec lui. Je lui assurai que pour rien au monde je ne manquerais cette visite; j’avais souffert le martyr pour cela et Tulum promettait un élément de réponse à mes questions. Saul suggéra tant qu’à attendre, nous faisions mieux de dormir un peu. Il comprenait mes craintes.  Il tenta de me rassurer en disant qu’il ferait le premier tour de garde pour une heure et qu’il veillerait sur moi; je pouvais être certain de dormir en toute sécurité. 

 

aube !

Quetzalcóatl par nikoontheroadagain

                   

Par A. Saint - Publié dans : récits
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Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 15:08

 

J'étais heureux de retrouver ma chambre et malgré l’appel de son lit douillet, je décidai plutôt d'aller au gymnase avant de dîner ce qui me fit le plus grand bien. Tout en mangeant, je repensai aux évènements des derniers jours.

Je n'avais pas eu de retour d'appel de mon inspecteur.  Il y avait tout de même une chose que je pouvais faire : de ma chambre j'effectuai un appel à Playa del Carmen. Je ne fus nullement surpris d'apprendre que Dago ne s'était pas présenté au Sweetwater depuis les deux derniers jours. Enrique, le propriétaire, était absolument furieux.  Je sympathisais; moi aussi je n'étais pas très content à l'égard de son barman. J'appris en même temps que la police était passée et qu'elle recherchait également Dago. Savoir que l'inspecteur Callas avait réagit à la suite de mon appel me rassura quelque peu. Il n'avait pas encore retrouvé le jeune barman c'est pourquoi il ne m'avait pas encore recontacté.

Je soupirai :

- Dago, dans quel pétrin t'es tu fourré ?

Je devais l'admettre, je m'inquiétai pour ce jeune rogue; je ne croyais toujours pas qu'il était originellement mêlé à toute cette histoire et qu'il s'était malencontreusement associé à des gens dangereux qu’à la suite des circonstances de notre première rencontre.

Je changeai la carte mémoire de ma caméra digitale qui était pleine et rangeai le tout. Je décidai de ressortir dehors. 

 

Je me rendis dans l'océan et me laissai entraîner par les vagues. J'étais distrait. Je songeai Angela que n'avais pas revue depuis le mariage et qui, je le craignais, était partie sans que je lui dise au revoir. J'eu une pensée pour mes amis Français et un sourire à l'idée des histoires que pourrais leur raconter. C'était curieux, malgré la résolution imminente du mystère de l'artefact de Chibirias, j'avais quand même le coeur lourd.

Chibirias, ma Ishell, je craignais constamment pour son sort.

Je retournai sur la plage et trouvai une chaise longue inoccupée où je m'étendis en gardant une main dans le sable blanc et mes yeux sur la mer bleue éclaircie par endroit par des coraux distants brisant parfois les eaux. J’étais épuisé après tout ce que j'avais subit la nuit dernière. Je m'endormis presque jusqu'à ce que un grand frisson me parcouru. J'ouvrai les yeux. Le paysage avait subitement changé : ma main se trouvait dans de la neige blanche et devant moi se trouvait une autre mer bleue limpide éclaircie par endroit par des glaces brisant les eaux.

- naluayonerpâingminik pionerksaq,  pidguyoqnerksaq,  erksituittoqnerksaq katshunggaitoqnerksaq; igvit pitsiapoq (toi-même prouver être meilleur, plus fort, plus brave, plus courageux; tu fait le bien).

Je me tournai et aperçu le Shaman inuit. Il me regardait d'un air bienveillant et fier. Ses yeux sans âges pétillaient. Il était entouré de chiens à traîneau magnifiques. Il flattait affectueusement la crinière d'un splendide samoyède.

Que faisait-il ici ? Comme pour me répondre il me dit :

- IllaginiarKingâ? (Vas-tu m’amener avec toi ?)

Je me rappelais vivement de cette scène; je lui avais alors promis :

- ahaîla! (Oui, certainement !)

Il avait également dit alors une autre chose bizarre :

- mânêgannerniarpunga, tâmanngát; aulaKattigêniarpagit!

 (Je reste ici pour toujours; je vais aller avec toi !)

Il était mort dans le grand Nord et je le sentais ici avec moi. Est-ce que c'était ce qu'il avait voulu me dire ?

Le visage du vieil homme s'illumina de son sourire édenté comme pour confirmer ma pensée.

Je lui demandai :

-Es-tu réel ou le fruit de mon imagination ?

La question le fit rire. Il prit mes mains. Son contact me sembla bien réelle.

J'aurais dû être complètement congelé mais je ne ressentais par le froid.

- Qui es-tu vraiment?  lui demandais-je.

Il me répondit:

- Je suis Kaxtik Ek', le chercheur d'étoiles. Il y a de cela longtemps j'ai fui la maison de mon père et grand-père lorsqu'elle fut envahie par les Nahuas. Je les ai vu subjuguer mon peuple, piller nos biens, nos terres et nos traditions. Ils ont massacrés nos guerriers et sacrifiés les derniers qui pouvaient se tenir debout à leur dieux sanglants.  Ils ont chassés nos dieux et tué sans pitié tout ceux qui osaient comme mon frère encore implorer leur noms. 

Ses yeux étaient embuées et je le sentait profondément triste. Dans un éclair de compréhension je fis la connexion et compris enfin qui il était: le jeune garçon qui avait été témoin du massacre de Dzacab au puits sacré! Mais cela ne faisait aucun sens: les évènements dont j'avais été témoin, si ils avaient été réels, dataient de plus d'un millénaire!

Un autre chose me laissa tout autant perplexe. Avais-je bien entendu ? Le Shaman, ne venait-il pas tout juste de me parler en français ?

- Ne soit pas si surpris, c'est ton langage maternel et je suis en toi tout comme tu fais parti de moi. Je sais tout de toi et toi avec le temps tu appendras tout de moi !

La scène tout autour de nous changea.

Descieux froids et noirs étaient alors embrasés par des aurores boréales dont les lumières fantomatiques miroitaient sur les collines enneigées et la grande étendue glacée devant nous. Les bandes incandescentes et colorées qui surgissaient du Nord se tordaient et dilataient au dessus de nos têtes s'étendant au-delà de l'horizon de l'ouest. Je reconnu les versants à pic et l'étendue gelée parfaitement circulaire: nous avions été transportés à Pingualuit.

- La brillance chatoyante de Gulla! Regarde, c'est comme si les treize cieux s'ouvraient à nous! clama le vieil homme émerveillé.

Le vieil homme continua son histoire:

Je suis parti dans la direction du  Xam-aan,  à la recherche de la lointaine patrie d'origine rejoindre les âmes des ancêtres. Je suis venu quêter l'aide des anciens dieux qui ont abandonné mon peuple. Le voyage jusqu'ici fut long et périlleux. Il m'a coûté toute ma jeunesse. J'ai traversé les territoires des Nahuas, parcouru déserts, marécages et contrées inconnues. J'ai confronté les ténébreux et j'ai combattu le grand Serpent du déluge et des orages dont les craintes me confirmèrent que j'étais sur le bon chemin.

J'ai rencontré bien des peuples que j'entendais bien mais que je ne comprenais pas. Je leur expliquais à chaque fois que je venais de loin au Sud, Nobol, d'au-delà des boisés et des déserts bien loin des territoires des tribus qu'ils connaissaient.

Malgré toutes nos différences, j'ai découvert que  nous avions toujours beaucoup en commun et à partager. Ils m'enseignèrent les ressources de la nature locale et la collecte des racines précieuses qui leur servait de la médecine. Moi qui était initialement l'étranger, le sorcier, il m'appelaient après un temps, leur frère. Pour les remercier, je leur donnais mon don le plus précieux en mémoire de mon peuple, l'héritage de Yum Kaax car ils ne connaissaient pas le maïs.

Les lumières nordiques se résorbaient et se faisaient plus discrètes; leur feux maintenant uniquement vert émeraude cédaient leur place aux étoiles qu'elles avaient drapées.

Le regard fixé sur le firmament, le vieillard commenta:

-J'aime bien le gens de ce peuple vivant sur les glaces commenta le vieux Shaman. Pour eux les étoiles ne brille pas dans le ciel seulement pour éclairer ou le guide du voyageur errant. Les étoiles sont des êtres vivants, qui errent dans le ciel dans leur trajectoire orchestrée par le grand Créateur. Parfois, dans les nuits les plus sombres, les Winik  ti'Yeeb, (gens sur la glace) prétendent que leurs ancêtres morts sortent pour danser et que les étoiles sont des lumières autour de la piste de danse.

Il pointa la constellation du Taureau:

-Pour eux, il s'agit de Nanuk, l'ourse, attaqué par une meute de chiens de chasse acharnée.

J'avais déjà entendu cette légende. L'amas des étoiles Pléiades personnifiait la meute de chiens esquimaux.

-Pour moi, je ne vois pas de de chiens mais bien Tzab-Ek, la  queue du serpent; en fait tout ceci est le reste du serpent interpréta le Shaman en me montrant les cieux étoilés.  Tu vois?

Je lui confirmai que oui. La gueule du serpent était dans le Sagittaire, son centre dans Orion et sa queue entre les Gémeaux et le Taureau. il s'agissait du tracé de la Voie Lactée, l'Arbre de Vie céleste.

Il indiqua ensuite la Grande Ourse.

Ici, ils voient un caribou géant et près du caribou des Winik  ti'Yeeb, ils considèrent ces trois étoiles comme des marches taillées dans la neige; ils appellent cela l'escalier de la Terre vers le ciel. Pour mon peuple, ces étoiles sont tout aussi importantes. nous les nommons Ak'Ek, le dos de la Tortue de la création. Et tout près de ces étoiles se trouve l'urne renversée (petite ourse) de laquelle s'écoule l'eau vierge.

Pourquoi m'avait-il amené ici?

Je n'eut rien à dire, le vieillard avait deviné ma pensée. Il m'expliqua:

Je suis ici à la fin de mon voyage: c’est ici que se trouvait les signes que je recherchais depuis longtemps.. Ce lac profond a été creusé par une étoile et ses eaux qui proviennent du ciel sont vierges. Nous somme tout près du pivot céleste de Xam-aan Ek et je sais que d'ici, le dieu roi suprême du Ciel doit m'entendre.

Il dit ensuite à voix basse avec le sourire nostalgique:

- En fait, c'est cette nuit qu'il m'avait entendu et qu'il était descendu. C'était la fin de mon histoire et le début d'une plus grande encore.

Je le fixai sans comprendre alors que le Shaman fixait le ciel. Je regardai dans la même direction et aperçu une étoile brillante venir au zénith. L'astre accroissait en intensité, il était resplendissant et devenait éblouissant. Il semblait venir vers nous. Il éclairait le paysage tout autour comme le soleil. Tout devint qu'une lueur aveuglante, une lumière chaude qui consumait tout. C'était électrisant, je sentait une énergie fourmiller sur ma peau. Je sentais qu'il y avait une intelligence ou conscience étrangère qui imprégnait cette étoile. Je vis le Shaman sembler être absorbé et disparaître dans la lumière. J'avais soudainement peur; Je ne voulais pas suivre. Je cachai mes les yeux devant la radiance.

Je me réveillai en sursaut, grelottant avec la chair de poule malgré la plage échauffée par le soleil mexicain de l'après-midi.

Je serais rentré directement à ma chambre si je n'avais été aussi bouleversé. J’étais effrayé à l'idée de dormir et de me perdre encore dans mes rêves et délires. Cette vision m’avait dérangé. Je devais être en train de sombrer dans la folie. Que devais-je penser du shaman : qu’est ce que cela voulais dire qu’il était avec moi ?  J'imaginai que peut-être j'étais encore en train d’agoniser dans cette tente aux Monts Torngat et que tout ceci était le rêve. Toutes ces histoires, le monde de Naum, un compas magnétique qui n’en est pas un, une ville Maya perdue, le nouveau soleil, la fin du monde, c’était trop. Je n’étais qu’un gars ordinaire et tout ceci était trop extraordinaire. Ma santé mentale et ma perception de la réalité semblait de plus en plus ébranlée, j’étais en train de me perdre et m’oublier dans tout cela.

Je songeai au Spa, un bain tourbillon, peut-être un massage me relaxerait sûrement. Je pris le chemin en regardant dehors avec un regard neuf. La végétation, les fleurs, les oiseaux tropicaux, les iguanes ci-là, la chaude caresse du soleil, le vent salé de l’océan. Si tout ceci était un rêve, j’avais une sacrée imagination. Si c’était cela vivre, je n’avais jamais vraiment vécu auparavant.

Depuis le vestiaire je trouvai le sauna sec. L'endroit était complètement désert ce qui était compréhensible en ce début d'après-midi magnifique dehors. Cela faisait en quelque sorte bien mon affaire. J'avais encore froid et j'étais incapable de me réchauffer.  J'étais complètement seul et m'étendit sur le banc de bois le plus élevé et fermai les yeux relaxé. Je me reposais enfin. La porte du sauna s'ouvrit brièvement. J'étais trop paresseux pour ouvrir un oeil et regarder la personne qui venait d'entrer.

Je sentis un doigt effronté passer entre pectoraux, descendre et glisser le long de mes abdominaux. Je saisis la main avant qu’elle ne descende plus bas; il s’agissait de la main d’une femme.

Je me redressai.

- Lilith ! Tu ne peux être ici ! C’est le vestiaire des hommes !

Elle me mit son index sur la bouche pour me faire taire et laissa tomber sa serviette et m’embrassa.

La porte du sauna s’ouvrit de nouveau. Je fus tout d’abord hébété. Nous étions prit en flagrant délit ! Je me retournai vers le nouvel arrivant.

Je fus choqué de reconnaître cet homme que j’aurais souhaité ne jamais revoir de ma vie. Il était celui que j’avais capturé à Playa del Carmen et que j’avais remis à la police à la suite de l’attaque contre Chibirias. Il avait été expulsé du Mexique d’après les dires de Callas et il était ici ?  Je pensai à Lilith, elle était en danger !  Je senti trop tard la serviette tordue se resserrer autour de ma gorge. Lilith était celle qui m’étranglait. L’homme me retenait le bras, sa main m’empêchait de hurler pour de l’aide. Je ne pouvais résister. La serviette se nouait de plus en plus serrée, je sentais que ma tête était pour exploser, ma vision devenait de plus en plus trouble et limitée. Je ne voyais plus que ce grand air de satisfaction chez l’homme. J’entendais un bourdonnement dans mes oreilles, les sons devinrent distordus pour devenir des échos de plus en plus lointains jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien.

Il me sembla émerger d’un long tunnel sombre lorsque je repris conscience à la senteur fétide de la sueur dégouttant des aisselles rasées et des seins de Lilith. L’homme me tenait debout derrière moi en me tenant solidement et me tordant les bras. J’étais encore complètement désorienté. Je me sentais faible, drogué; je n’avais pas de force je ne pouvais résister. Chacun des muscles me semblaient lourds, épuisés. Mon propre corps me trahissait, il refusait de répondre à ma volonté et restait inerte malgré mes efforts.

Les lèvres de Lilith se déformèrent dans ce qui devait être un sourire de satisfaction. J’avais un mal de tête comme si mon crâne avait été ouvert. La chaleur du sauna m'accablait.

Je pouvais difficilement garder conscience. Je fermai les yeux.

Sa main me gifla immédiatement avec force, projetant ma tête à l’arrière et sur le côté. J’ouvris mes yeux et je vis de nouveau son sourire sadique.  

- Il est impoli de s’endormir au milieu d’une conversation ! Tu dois rester réveiller pour nous parler.

Je fermai de nouveau mes yeux en essayant d’éclaircir mes esprits et sa main me frappa de nouveau lourdement au visage.

- Alors mon beau tu vas rester éveillé ou tu vas gâcher tout mon plaisir !

Je fixai mon regard sur elle. Ce n’était donc pas un rêve. Son attaque traîtresse m’avait pris par surprise. Je ne pouvais toujours pas bouger. Je vis une seringue vide reposant sur le banc en arrière d’elle. Elle m’avait effectivement injecté quelque chose.

Je me sentis de nouveau défaillir, j’avais de la difficulté à garder mes yeux ouverts.

Elle leva de nouveau sa main et recommença de nouveau me rosser répétitivement le visage.

Elle me fendit la lèvre. Elle goûta à mon sang et me le recracha au visage.

Elle me caressa ensuite tout le corps de façon presque sensuelle.

- Mmmmm! Tu es bon au toucher. Tant de beaux muscles puissants. Je pense avec plaisir à toutes les choses douloureuses que je compte faire subir à ce corps sexy.

Elle ria de façon sadique :

- Je vais adorer te faire souffrir !

Elle força sa lèvre sur les miennes. Alors qu’elle m’embrassait elle me m’administra un coup de genoux vicieux directement dans mes parties génitales. J’en eu le souffle coupé. La douleur fut intense et atroce; j’aurais agonisé écrasé sur le plancher si cet homme ne m’avait pas retenu solidement.

- Ceci est pour m’avoir rejeté ! Ne suis-je pas la femme parfaite ? Comment as-tu pu refuser ce corps ?

Elle exposa tous ses charmes comme une prostituée essayant d’allécher un client depuis son coin de trottoir.

-  Ce n’est pas tant le corps mais l’esprit qui me révulse !

Je fus surpris d’avoir eu la force d’avoir fait ce commentaire de façon aussi spontanée.

Lilith frappa de nouveau sans relâche. 

Je gémissais de douleur.

- Bien ! Maintenant tu chantes ma chanson. Tu peux crier et pleurer autant que tu veux mais mon frère s’est assuré que nul ne nous dérangerait pendant notre entretient.

- Tu sais ce que je pense ? ragea Lilith, je pense que tu aimes plutôt les jeunes hommes. Les beaux jeunes hommes comme notre guide Maya. Quel est son nom déjà ? Saul !

Elle observait ma réaction de près. Je ne trahis aucune émotion.

- Tu sais mon frère ici, lui au moins est un vrai homme !

L’homme parla pour la première fois avec une arrogance tortionnaire :

- Tu sais que j’ai passé des heures et des heures à baiser cette putain que nous avons ramassée à Playa del Carmen. Au début elle ne voulait pas mais maintenant elle est insatiable et en veux toujours plus de moi !

Sur ce il poussa son pelvis contre mon postérieur de façon répété.

Ceci me fit sortir de mes gonds. Je résistai contre son emprise. Je réalisais que l'effet de la drogue qu’ils m’avaient injecté s'effaçait doucement. Je me suis dis que si seulement je pouvais gagner du temps, j’aurais peut-être une chance.

- Bon ! Nous avons enfin une réaction !

Lilith était ravie. Elle força mon visage entre ses mains :

 - La situation est très simple : tu nous remets ce que cette femme t’a donné. Tu nous dit tout ce qu’elle t’a dis et ce que tu sais sur sa mission et tu survis ainsi que cette femme. Tu as ma promesse !

Je réalisai qu’ils ne savaient donc rien ! Cela me redonna des forces. Qui étaient donc ces gens ?

Je détournai mon regard sans souffler un mot.

Lilith me força à la regarder dans ses yeux vicieux.

– Écoutes-moi, elle n’en vaut pas la peine. Elle t’utilise. Tu es humain comme moi. Cette chose n’a rien d’humain sauf l’apparence !

Je rétorquai :

- Elle est plus humaine que toi. Cela j’en suis certain !

Dégouttée, Lilith lâcha ma tête en la rejetant cruellement en arrière.

- Imbécile ! commenta-t-elle avec dédain.

Elle ajouta de façon enjouée.

- C’est mieux ainsi; cela aurait été trop facile. Tu penses que tu es brave ? Voyons comment de supplices que tu peux prendre avant que je te brise.

Elle révéla différent instrument de torture, des aiguilles, des couteaux et lames de toutes sortes, des fils métalliques, un pistolet électrique et d’autres objets aussi obscènes que menaçants dont je ne pouvais imaginer l’utilisation.

Elle dit en prenant un couteau :

- Tu sais ce que j’aimerais faire ? Te peler la peau pendant tu es vivant ! Révéler tout ces muscles; toute cette viande parfaite. Tu dois être délicieux !

La lame affilée parcourue mon cou et descendis sur mon torse en ne brisant que la surface de la peau et laissant un tracé sanglant.

-Je commencerais par cette partie ! ajouta-t-elle malicieusement en menaçant de m’émasculer avec son couteau.  

Elle se lécha les lèvres.

Je m’efforçai de ne pas montrer aucune peur mais une partie de moi ne doutait pas qu’elle le désirait véritablement. 

Elle blasphéma frustrée : 

- Merde ! Avec toute la dose que nous t'avons donné tu aurais dû spontanément tout nous confesser et nous implorer à genoux. Tu devrais être incapable de résister.

Elle fit une moue avant de continuer.

- Peut-être as tu simplement besoin d'un peu plus de persuasion. . .

Elle me commença à me donner des coups l’abdomen, ses poings fermés me frappant avec force de façon méthodique tout en m’étudiant.

Elle martela mon torse avec l’expertise et le contrôle d’un boxer. Ses genoux commencèrent à frapper violemment de façon sporadique mes cuisses et mes testicules.

Je ne pouvais lui offrir aucune résistance.

Elle me frappa subitement dans l’estomac avec toutes ses forces. J’en perdis mon souffle. Mon corps entier se convulsa pendant que je cherchais à y inspirer de l’air. Elle continua encore et encore. Elle recula m'accordant un instant de répit et recommença son attaque avec rage. Il m'était évident qu'elle avait beaucoup d’expérience et qu'elle dérivait un grand plaisir de ce qu'elle faisait. Elle savait comment assaillir jusqu’à mes organes internes avec ses coups bien précis causant le maximum de douleur. Sa force aussi était incroyable.

Elle avait été entraînée à torturer. Qui était cette Lilith ? Pour qui travaillait-elle ?

Elle continua à me tabasser avec une pluie de coup. Elle me battait au point que j’avais le goût de vomir sur le plancher, au point que je me sentais m’écrouler morceau par morceau. Je ne pouvais plus penser à rien, il n'y avait que douleur et souffrance qui surchargeaient mon cerveau. Elle continua ainsi à me battre jusqu’à ce que le monde tout autour de moi se réduise à une spirale obscure.  Dans cette obscurité j’entendis son rire moqueur.

Elle ne me laissa pas m'évanouir.

Je vis son contentement pendant qu'elle me crachait de nouveau avec mépris à mon visage.

- Prêt à parler ou en veux-tu encore plus ?

Je ne dis rien. Non pas que j’étais stoïque mais plutôt faible et sans force.

Elle recommença encore plus déterminée.  Elle relâcha une rafale de coups à mon aine et abdomen. Je savais que je ne résisterais pas encore longtemps à son mauvais traitement. J’étais à peine conscient. Perdre connaissance me soutirerais de ces souffrances et me donnerais un répit. Mais elle me forcerait d’être de nouveau conscient et tout recommencerais. Il n’y avait aucune issue. C’était le traitement qu’ils avaient aussi fait subir à Chibirias. Chibirias, ma Ishell...

- Quoi ? Il pleure maintenant ! Je t'ai fait mal ? se moqua Lilith.

Effectivement des larmes me coulaient sur les joues. Je me rappelais alors du rêve où j'avais vu Chibirias pour la dernière fois et de ces harpies qui la torturaient, des harpies comme cette Lilith ! Je réalisai que je les avais battues avec mon esprit. 

Je fermai mes yeux et accueillis l'obscurité. En m'humiliant verbalement, Lilith m’avait donné un bref moment de sursis; mon esprit devint plus clair et plus focalisé. Cette torture n’était rien par rapport à ce que cet ours m’avait fait souffrir. J'essayai de me détendre et je cessai de gaspiller mon énergie à résister. Je fermai mon esprit à toutes les sensations de mon corps, j'invoquai la puissance de volonté afin de m’amener dans un état de détachement ou mon corps absorbait l'impact de chaque coup. J'imaginai que ma chair était une éponge indestructible et mes nerfs étaient bloqués, incapables de recevoir ou de transmettre de la douleur. Cela fonctionna et pendant quelques minutes, tout au plus, je ne sentis rien. J'étais calme. Je profitais de l’effet des endorphines qui étaient relâchées dans mon corps meurtri.

Je fus alors violemment entraîné par l’arrière.

- Tu perds ton temps ! Il faut une approche plus directe ! interrompit le frère de Lilith.

Je regardai Lilith qui n’était pas d’accord. Était-ce une lueur d'admiration réticente à mon égard que j’entrevis dans ses yeux verts d'agate ?

Son frère me força la tête vers le bassin de pierre qui réchauffait le sauna.

Il me donna son ultimatum :

- Je n’ai pas la patience de ma sœur. Tu parles immédiatement ou je détruis ton beau visage. Il sera tellement brûlé et abîmé que personne ne le reconnaîtra !

Il n’attendit pas plus qu'une seconde. Il mis toute sa force et sa pesanteur sur moi mais je ne cédai pas. Mais puisqu’il poussait ma tête, il ne retenait mes bras que par une seule main, il me donnait l’opportunité pour laquelle j’avais prié.

- Alan, non ! protesta Lilith.

J’étais si près des pierres que j’en ressentais leur radiance et mon visage cuisait.

Mes bras couverts de sueur étaient glissants et lorsque je forçai subitement sans prévenir, l’homme perdit sa prise sur moi. Je fléchit aussitôt et me laissai choir par terre sans prévenir évitant tout juste de m’écorcher sur le poêle. Puisque que le frère de Lilith reposait sur moi de tout son poids, il tomba dans le bassin de pierres brûlantes les mains premières. Il se releva dans cette odeur écoeurante de charogne grillée fuyant le sauna en hurlant de douleur et en gardant élevées ses mains brûlées.

Je n’étais pas sauf pour autant. Lilith se jeta sur moi me repassant sa serviette autour du cou. Elle serrait le garrot de toutes ses forces. Elle tentait aussi de joindre son couteau tout près. Elle voulait me tuer. J'étais trop faible; je me sentais déjà défaillir et perdre conscience. J’aperçu le Shaman, il était avec moi.

Je lui dis :

- IkajortauneKadlariaKarpunga!  (J’ai besoin d’aide désespérément).

C’est ce le signal qu’il attendait. Il s’avança sur Lilith et il mit ses mains sur les siennes. L’effet fut immédiat. Elle lâcha prise dans un hurlement horrible, inhumain. Elle m’abandonna. Je remarquai à son passage ses mains marquées au rouge : je pouvais y distinguer le contour de doigts profondément marqué dans sa chair.

Le shaman avait disparu. Il m'avait sauvé la vie encore une fois.

J’étais de nouveau seul, étendu sur le plancher incapable de bouger.

Les sorties de Lilith et de son frère avaient été remarquées. Quelqu’un de l'hôtel arriva dans les minutes qui suivirent finalement attiré par tout le vacarme.  Ils me trouvèrent au seuil de l'inconscience et firent un appel d’urgence. 

Ils me sortirent du sauna et me donnèrent de l’eau à boire. J’étais complètement déshydraté.

Le médecin de l'Allure m’examina soigneusement sur les lieux. Il me trouva très fortuné. J’avais plusieurs ecchymoses et meurtrissures, mon cou était écorché, mais je n’avais aucune côte de brisée ou apparemment d’hémorragies internes. Des ambulanciers attendaient. Le médecin recommanda d'aller à une clinique de Playa del Carmen ou à l'hôpital de Cancun pour plus de sûreté. Je rejetai sa suggestion; je n'en sentais pas le besoin. Le médecin me demanda dans ce cas de rester particulièrement prudent pour les prochains jours et d'être attentif à tout symptômes inhabituels.  Si il y avait quoi que ce soit qui n'allait pas, il insista que je le contacte immédiatement sans hésiter. Je lui promis que j'étais pour suivre ses ordonnances. Je ne devais pas être beau à voir. J'avais de plus dû admettre que j’avais été ainsi battu par une femme.

La police avait été avisée de l'agression. La sécurité de l’hôtel me demanda qui m’avait fait cela.

Je leur répondis Lilith Morris et son frère Alan.

Ils consultèrent le registre de l’hôtel. Personne de ce nom n’était inscrit à l’Allure.

J’insistai; elle devait s’être inscrit sous un autre nom. Je ne me rappelais pas du numéro de sa chambre mais je pouvais les y amener.

La sécurité de l’hôtel me demanda de le faire si j’en avais la force.

Nous marchâmes jusqu’à la chambre 2223. Il y avait toujours le carton de "ne pas déranger" qui y était affiché.

La sécurité mentionna que la chambre était enregistrée à un Richard Verrazzano et sa femme Jeanne. Je connaissais ces noms.  J’avais soupé avec eux au Casanova Lundi et les avais revu au mariage de Ted et de Judith. Il devait y avoir erreur !

Ils me demandèrent de reculer. Le balcon de la chambre avait déjà été sécurisé et surveillé par un autre garde de sécurité.

Ils déverrouillèrent la porte et deux hommes entrèrent prudemment. Il y eu cette odeur, une puanteur qu’aucun parfum ne réussissait à masquer, une odeur de putréfaction avancée, une odeur de mort que je sentais même d’où j’étais. Il y eu un cri d’horreur. Un des jeunes hommes de la sécurité sortit en courant. Il vomit et blême comme un drap balbutia :

-¡Mi Dios! ¡Hay dos muertes aquí! ¡Este horrible! ¡En el baño! Hay toda esta sangre.  ¡Este horrible! ¡Una verdadera matanza! (Il y a deux morts ici! C'est horrible ! Dans le bain ! Il y a tout ce sang. C'est horrible ! Un vrai carnage !).

Il était dans un état de choc, tout tremblant. Il ne réussissait pas à se calmer.

Ce qu’il avait dit m’horrifia. Je refusais d'y croire; cela ne se pouvait pas ! Tout changea pour moi, devenant encore plus sombre et macabre. Des vacances de rêves étaient subitement devenues le pires des cauchemars, mon paradis de l'Allure était irrémédiablement perdu.

Ils rappelèrent avec  urgence l’autre homme qui était resté dans la chambre :

¡Abandone el lugar! ¡No afecta a nada ¡La policía llega! (Ne touchez à rien quittez les lieux, la police arrive).

Ils fermèrent la porte et dispersèrent les curieux tout autour, sauf moi. Ils m’escortèrent à ma chambre.  Je restai étendu sur mon lit jusqu’à ce que les policiers viennent pour moi.

Ils frappèrent à ma porte et entrèrent.  Callas, Morales ainsi que quatre autres policiers pénétrèrent. Deux d'entre eux m'impressionnèrent habillés comme des soldats en guerre avec leur veste de Kevlar pare-balle noire, fatigue militaire et le fait qu'ils étaient armés jusqu’aux dents.  Il m’était pénible de me lever de mon lit. Je n’avais pas de côtes brisées mais elles étaient peut- être fêlées. J’avais l’impression d’être passé au travers d’un compacteur et d’un tordeur. J’avais peine à me déplacer et à respirer.

Ils avaient tous un air très sombre mais je devais être visiblement en mauvais état car j'eu l'impression que leur visage s’éclaircit avec un peu de sympathie.

Je fis ma déposition. Tout ce que je disais était enregistré et soigneusement noté. Je me concentrais pour ne rien oublier.

Je leur racontai de nouveau mon histoire depuis ma brève et unique réelle rencontre avec Chibirias sur la plage de Playa del Carmen, l'attaque de ces bandits, les menaces profanées par Alan Morris lors de son arrestation, l'infraction de ma chambre. J'insistai sur le fait que Chibirias n'avait eu le temps de me dire ou de me donner quoi que ce soit et que d'ailleurs j'avais été fouillé par la police ce soir là et qu'ils n'avait rien trouvé sur moi. Callas confirma tout ce que j'avais dit.

Je leur répétai tout ce que Dago m'avait mentionné lors de sa visite. Je leur racontai tout ce que je savais sur Lilith ainsi que les détails de nos rencontres. J'admis que j'avais de mon côté tenté de résoudre sans succès le mystère de mon inconnue de Playa del Carmen en la recherchant partout et posant beaucoup de questions ce qui avait sans doute attiré de l'attention sur moi. Je leur décrivis ma torture. Je leur soulignai que Lilith y avait confirmé qu'ils avaient kidnappé et détenaient encore Chibirias et que son frère Alan avait tenté de me provoquer en affirmant qu'il l'avait violée à répétition. Je vis ces hommes consternés et perplexes à la mention d'Alan Morris qui pourtant avait été supposément expulsé du Mexique.

Ils m'avisèrent de me méfier de tout ce que mes bourreaux m'avaient dis; il pouvait s'agir d'une tentative de me manipuler sans aucune part de vérité. 

Je subis par après leur interrogatoire et contre-interrogatoire sans aucune réserve. Ils ne me ménagèrent pas.

Ils me demandèrent une description de Lilith. J’avais mieux que cela : je partis chercher ma caméra. Elle avait disparue ! Frénétiquement je fouillai ma valise. Je retrouvai la carte mémoire que j'avais rangé et que je leur montrai de façon triomphale.  Lilith ou son frère ne l'avait pas trouvée. Un policier quitta ma chambre pour quêter une caméra.

Il revint rapidement avec le photographe de leur unité d’homicide qui venait tout juste de terminer son travail à la scène du crime. Il mit la cartouche dans sa caméra et au travers de mes photos des ruines de Tulum, je leur montrai les photos de Lilith au Castillo. Dans un gros plan, on distinguait clairement son visage.  Callas la reconnue, il l’avait déjà vue. Elle avait fait parti du groupe qui avait libéré Alan Morris de prison. Elle s’était présenté comme étant une avocate et une conseillère juridique.  Ils n’eurent même pas à le demander, je leur donnai toutes mes photos.

Ils laissèrent échapper que les deux victimes retrouvées avaient eu la gorge tranchée net comme seul un professionnel pouvait le faire. Je commentai qu’effectivement Lilith et son frère étaient effectivement des experts en torture. Nul ne savait qui ils pouvaient être : des mercenaires impitoyables ou des membres d’un cartel criminel ? Cette histoire devenait de plus en plus intrigante et dangereuse.

Je décidai de les aider de mon mieux et de leur en révéler plus. Je leur confiai mon impression en ce que cette affaire, comme Morales l’avait supposé depuis le début, concernait non pas la drogue mais un artefact maya que cette femme que j’ai vue à la plage de Playa del Carmen avait eu supposément en sa possession. Je déduisais qu'il s'agissait du même objet qui avait été volé au musée de Peabody et dont les inspecteurs Callas et Morales m’avait montré la photo. Je menti à moitié en ajoutant que cet artefact, d’après les questions que Lilith m'avait posé sous la torture, avait un rapport avec Itzamna et un trésor Maya oublié. Je leur jurai n'en avoir rien dit à Lilith. J'affirmai, avant même que l'on me pause la question, que je n'avais aucune idée concernant le lieu où se trouvait cet objet car je ne voulais pas compromettre Saul. Je n'avais pas dit toute la vérité mais je les avais informé de tout ce que je pouvais leur révéler.

L’inspecteur Morales du Fédéral sembla apprécier ma franchise. La situation le consternait grandement car cette histoire pourrait déstabiliser toute la région et c’était peut-être exactement ce que ces gens recherchaient. Il expliqua qu’il y avait encore des indigènes tout près d’ici qui avaient maintenu l’esprit de la rébellion maya du début du vingtième siècle qui étaient toujours hostiles et prêts à un soulèvement et à une nouvelle confrontation avec le gouvernement Mexicain. Ils accusaient ce même gouvernement qui pourtant heureux d’exploiter pour des raisons touristiques les ruines Mayas, d'écraser les droits du peuple qui les avaient pourtant construites. Le culte de la croix parlante était encore pratiqué par plusieurs et l’idée d’un ancien trésor d’Itzamna refaisant surface pourrais être interprété comme un signe que le temps était venu au Mayas de réclamer tout leur héritage, surtout en ces temps qui les rapprochaient de la fin de leur calendrier. Morales relata que les Mayas des villages de la croix parlante de Quintana Roo lui avait parlé en particulier de la prophétie d’une grande guerre qui impliquera les dieux eux-mêmes. Un Armageddon lorsque à la fin de cette création où un nouveau Roi et Magicien se réveillera à Chichen Itza pour être confronté à des milliers d’êtres d’une création passée et que le serpent à plume pétrifié reviendra à la vie pour infliger des ravages et amener destruction sur les créatures de cette création. Cela me donna un nouveau frisson. Cette prophétie résonnait en moi. Tout ce qui m’était arrivé de plus bizarre avait commencé à Chichen Itza. 

Je compris très bien ce que l’inspecteur disait. Gustavo Morales ne m’était plus autant antipathique.

Ils m'offrirent un support psychologique ce que je déclinai en assurant que je n'allais pas trop mal malgré les évènements. Ils insistèrent car j'étais encore selon eu sous l'effet du choc; il me laissèrent le numéro et les coordonnés d'un psychologue si jamais j'en ressentais le besoin.

La majorité des détectives finirent par me quitter suivi par Callas qui me salua poliment à sa sortie.

Morales resta avec moi.

- Vous serez soulagé d'apprendre que vous n'êtes pas considéré officiellement un suspect dans ces deux meurtres mais que vous avez été jugé un témoin important. Je vous rappelle donc que vous devez nous aviser de tous vos déplacements.

Je lui répondis machinalement :

- Bien sûr !

En remettant son chapeau il me dit aigrement :

- Un conseil en partant : vous faites un très mauvais menteur. 

- J'ai dit la vérité ! rétorquais-je défensivement.

- Mais pas toute la vérité ! reprocha l'inspecteur. Je ne peux vous forcer à cracher vos précieux secrets mais j'espère qu'ils valent les deux vies qui ont été perdues ici. Retenir volontairement de l'information dans une telle situation est une offense criminelle passible de prison.

Je me laissai choir subitement empreint d’une crise d’angoisse. Morales avait raison dans ses propos dévastateurs car si ce n'eut été de moi jamais cette maudite Lilith et son frère ne serait venu ici. Je me rendais compte que deux personnes, deux innocents, étaient morts à cause de moi.

Morales savait que son accusation m'avait bouleversé. Il ajouta :

- Je crois que vous essayez de protéger une ou plusieurs vies, peut-être celle de cette femme que vous avez rencontré. Mais est-ce que ces vies valent plus que ces deux vies perdues ce soir, plus que celles des autres qui mourront aussi ? Vous savez comme moi que cette affaire ne peut qu'empirer.

J'étais silencieux, je ne savais que dire, quoi répliquer, car effectivement j'étais rongé par la culpabilité.

Il me relança froidement et bêtement :

-  Vous devriez rentrer chez vous dans votre pays avant qu'à votre tour quelqu'un vous retrouve la gorge tranchée !

Si il avait tenté de me faire peur, il avait lamentablement échoué. Je le regardai avec rage; ce Gustavo Morales m’était de nouveau antipathique. 

- Je n'ai pas peur de la mort Monsieur Morales ! Sachez que bien avant cet après-midi, je l'avais déjà vue droit dans les yeux ! Des gens comme Lilith et son frère tuent sans scrupule et discrimination tous ceux qui ont le malheur d'être sur le chemin menant à leur objectif. Ils seront encore plus à craindre si jamais ils atteignent leur but.  Par un concours de circonstances, je me retrouve sur leur chemin leur barrant la route. Les arrêter est votre job cher inspecteur !  Mon devoir est de faire tout ce qui est en mon pouvoir afin de les empêcher de réussir et de retrouver cette femme. Vous savez qu’autrement beaucoup d'autres vies seront perdues dans le chaos et la destruction qui suivrait. Ceci est TOUTE la vérité, Monsieur Morales !

Ma voix était calme, forte et convaincue. Je ne me serais jamais cru capable d'une telle répartie dans de telles circonstances. À m'écouter, je m'étais rassuré moi-même jusqu'à ce que j'aie réalisé l'engagement que je venais implicitement de prendre.

Sur ce, Morales haussa les épaules et prit enfin la porte sans dire un autre mot. Je m'étendit sur mon lit et restai sans bouger pendant de longues minutes avant d'émettre un long sanglot. Un psy aurait été effectivement une bonne idée; ma solitude me semblait lourde à assumer. Je songeai qu'avec mes hallucinations, il m’aurait sûrement prescrit un internement dans un asile.  J'éprouvais un grand besoin de parler à quelqu'un; ces morts me hantaient toujours. Je les connaissais à peine mais je savais que Jeanne et Richard avaient été de bonnes gens.

Je pensai à Saul qui devait venir me revoir à la fin de son quart travail. Je compris aussi que le jeune Maya devait lui aussi connaître la prophétie mentionnée par Morales; sa réaction au sujet de ma chute dans le pluie sacrée de Chichen Itza et de ma vision là-bas semblai l'indiquer. J’étais soudainement de nouveau angoissé : Lilith avait mentionné Saul lors de mon interrogation et je craignais qu'elle s'en prenne à lui maintenant. Je savais qu'il était quelque part dans le complexe hôtelier et que tant qu’il serait en public ni Lilith ou son frère ne tenterait de l'approcher alors qu’ils étaient activement recherchés par la police.

Je regardai mon réveil qui indiquait 8 heures 40. Il était déjà si tard ? 

 


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Par A. Saint - Publié dans : récits
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