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Mercredi 30 décembre 2009 3 30 /12 /2009 02:52

Rafaele me réveilla gentiment. C’est curieux, dans la première vision que j'eu de lui, il était entouré d'une aura rouge. Je réalisai qu'il ne s'agissait que des feux splendides du soleil levant qui perfusaient par la fenêtre.  J'avais mal à la tête; extrêmement mal et pour cause: j'avais une bosse de la grosseur d'une prune à la nuque; un souvenir d'hier. Peut-être après tout je n'avais pas la tête aussi dure que je le pensais ! Je grimaçai en tâtant ma bosse.

Il me lança une enveloppe de cellophane transparente que je réussis tout juste à attraper.  C’était en fait un sac scellé sous vide qui contenait mes vêtements de la nuit précédente. Ils étaient impeccablement propres et pliés. En ouvrant le sac, un arôme frais de lavande se rependit dans la chambre.

 

-           Nous pouvons partir tout de suite après le petit déjeuner annonça Rafaele.

 

Quoi? Où?

Je réalisai que nous n'avions toujours pas repéré le second artefact et qu’il restait à trouver.

 

-           Je suis confiant que nous pourrons le localiser l'objet précisément avant la fin de la journée et évaluer les moyens nécessaires pour l’extirper, continua Rafaele tout   en finissant de charger son sac à dos.

 

Il avait raison. Il fallait bouger. Alan et les siens rodaient sans doute encore dans les parages. Je m'habillai.

 

J'étais inquiet. Je pensais toujours que j'avais été marqué. Je n'en avais pas encore parlé à Rafaele mais il me faudrait le faire à la première occasion. J'aimerais aussi lui mentionner mon rêve d’avant-hier avec ce personnage sur la pyramide; peut-être pourrait-il l'identifier ou en comprendre le symbolisme. Je réalisai que pour la première fois depuis que j'avais quitté Montréal, je ne me rappelais pas d'avoir rêvé la nuit précédente.

 

Je réalisai avec satisfaction que tout avait déjà été préparé et que Rafaele avait tout prévu.

Nous ramassâmes les sacs à dos et le reste du matériel nécessaire pour notre expédition et descendîmes.

Ce fut pour moi plus un agacement qu'une surprise que de trouver Jillian Mercurio au salon de l’hôtel. Elle était nerveuse.

A notre vue, elle se leva:

-           J'avais bien deviné que vous partiriez ce matin. J'aimerais vous accompagner et    vous aider dans vos recherches plaida-t-elle.  Je ne demande rien en retour; ce qui sera trouvé sera votre découverte, votre propriété! Je veux seulement y participer. J’ai l’impression que votre découverte sera quelque chose de très spécial.

 

Je ne dis rien. De son côté, Rafaele argumenta:

-           Elle a beaucoup d'expérience en terrain alors que je n'en ai que très peu, son  expertise pourrais nous être précieuse !

 

Je ne doutais nullement de la valeur de cette femme; elle me l'avait bien montrée hier. D'ailleurs, j'avais cru en elle au point de lui révéler notre secret hier soir. En fait, ce qui me préoccupait était fondamentalement sa sécurité et je lui fis part de mes inquiétudes :

 

-           Après hier, n'es-tu pas consciente du danger?

 

-           Oui et j'ai choisi d'en prendre le risque; j'en assume la responsabilité.  Je suis même prête à signer une décharge légale si vous le désirez !

 

Elle était déterminée et le désirait vraiment ! Je regardai Rafaele qui me dit :

-           Tu sais ce que j'en pense, je me conformerai bien sûr à ta décision!

 

Je tendis ma main à Mercurio et lui annonçai simplement : 

-           Vous êtes bienvenue de nous accompagner.

Nous nous serrâmes la main avec enthousiasme.

Je lui posai une question même si j’en connaissais déjà la réponse :

-           Tu as besoin de combien de temps pour te préparer?

-           Je suis prête maintenant!

-           Pas maintenant ; après le déjeuner ! nous supplia Rafaele.

-           Apres la bouffe! Je lui confirmai.

 

À la sortie de l’hôtel, je fus déçu de voir le ciel déjà voilé de gris. Une chaleur étouffante et insupportable annonçait une autre pluie prochaine. Le soleil matinal aura été éphémère.

Par contre j’ai été agréablement surpris de voir Mercurio s’amener dans sa Land Rover, un véhicule utilitaire tout terrain. Je pensai que cela pouvait effectivement nous faciliter les choses.  Nous parcourûmes la route principale, la Carretera Pavimentada Principal en direction de l’est.

Jillian nous fit remarquer l’autoroute menait à El Puente Ruinas , un autre site de ruines mayas. Il était plus petit que celui de Copán et développé tout récemment. Qui sait? C’était là-bas peut-être.

 

La route d’asphalte épousait le contour de la rivière et parcourrais les verdoyantes collines du Honduras. Les plantations de tabac se succédaient jusqu’à  la petite ville de Santa Rita. J’identifiai un séchoir de feuilles de tabac adjacent à une ferme.

 

Nous traversâmes l’agglomération de Santa-Maria, un village moderne avec ses rues et résidences. Il y avait un petit bâtiment bleu qui était un Pulpera, l’équivalent d’un dépanneur chez moi.  Nous nous y arrêtâmes pour quelques petites emplettes, incluant une bonne lotion pour éloigner les moustiques.   Nous traversâmes ensuite la petite agglomération  d’El Jaral, complète avec son Cinéma et aquaparc. Nous étions encore loin des jungles denses et sauvages. La route divergeait ensuite le Nord-est. Au loin nous apercevions le plus haut mont de la région, le Varada Cohete. C’était trop au nord selon le compas de Chibirias qui était presque exactement orienté vers l’est d’où nous étions. Je notai le vecteur sur la carte. Il y avait une route secondaire de terre qui descendait vers le sud-est  et qui traversait la rivière. Nous décidâmes d’y faire un bout de chemin et d’y faire le point.

 

Cette route se terminait à une agglomération baptisée Mirasol qui était reconnue selon le guide touristique de l’hôtel pour sa ferme organique. Nous nous arrêtâmes à mi-chemin.  Le compas pointait toujours l’est et la triangulation plaçait la location du second artefact près d’El Mirador sur la carte. Il correspondait à la longitude que nous avions originellement déterminée au Mexique.

 

C’est alors que je remarquai le nuage de poussière vers le nord, tel celui que ferait un véhicule lourd ou une série de véhicules sur le chemin de terre. J’avais encore une fois de plus un mauvais pressentiment.  Je ramassai les jumelles et regardai. Je reconnu les mêmes véhicules qu’à Nicolás Bravo. Ils m’avaient encore traqué ; il n’y avait pas de doute,  j’avais mis tout le monde en péril.

 

Je laissai le compas dans les mains de Rafaele et lui expliquai :

-           Écoutes, nous n’avons que peu de temps ; ils nous ont suivis. C’est moi qu’ils suivent à la trace. Nous allons nous séparer, je vais faire de mon mieux pour attirer leur attention. Vous en profiterez pour vous rendre à la ferme et  les perdre. Vous devez trouver le deuxième des bacabs. Je vous attendrai à l'hôtel.

 

-           Non pas question; tous ensemble ou pas du tout ! clama Rafaele fermement.

  

-           Pas cette fois !, répliquais-je durement. Allez, vous n'avez plus de temps !           

 

-           Non !, s'obstina Rafaele. Je vais avec toi !

 

-           Ça va bien aller lui assurais-je.

 

Je me tournai vers Mercurio et l’implorai :

-           Jillian, au nom du Ciel, allez-y maintenant !

 

Elle me compris bien et accéléra. Alors qu’ils s’éloignaient, je vis Rafaele se débattre  pour sauter hors du véhicule en marche.

Mercurio le retenais d’une main et conduisait de l’autre. Rafaele émit un cri déchirant.

Les autres véhicules se rapprochaient. Je me réfugiai dans le boisé à ma droite. Je blasphémai : j’avais fait un mauvais choix. J’avais la rivière dans mon dos.  

Les véhicules stoppèrent comme je m’en était attendu. Caché dans le feuillage, j’observai un homme qui pointa exactement dans ma direction comme si il me voyait. Je détestais avoir raison.

 

Sans hésiter je me lançai dans la rivière. Elle était peu profonde; c'était en fait un ruisseau gonflé par les dernières pluies. Son eau froide contrastait avec la température tropicale.

Lorsque j'atteignis la berge opposée, je regardai derrière. Ils étaient six à me poursuivre; le cours d’eau ne les avait pas découragés. Je me consolai en me disant que cela en faisait toujours six de moins à suivre Rafaele et Mercurio et augmentait leur chance de réussir. Le site du second des bacabs n'était pas loin et le compas les y amènerait directement.

 

Je fonçai devant à pleine vitesse. Le relief était irrégulier et la jungle était parfois si dense qu'elle formait un mur solide et infranchissable par endroit. Je montai une colline et restai à son sommet à l'affût des boisés environnants. De mon point de vue élevé, je vis un groupe noir de singes atèles aux membres grêles qui hurlaient en fuyant, enragés contre les envahisseurs de leur territoire. Leurs cris d’alarme m’indiquèrent que mes poursuivants me traquaient toujours et qu’ils étaient proches.

Je m'empressai de descendre sur le flanc opposé. Je tassai une série de lianes pendantes qui bloquaient mon chemin. Une des ses lianes d'un vert brillant presque fluorescent se détendit subitement et tenta de me mordre. J'échappai tout juste à la morsure du serpent qui hissa sa frustration.

 

Je reparti nerveux et angoissé en réalisant que la jungle pouvait représenter un danger tout aussi mortel que celui de mes poursuivants. Je m'arrêtai pour reprendre mon souffle quelques instants. Les avais-je perdus?  J'en doutais. Par contre j'étais certain d'une chose; je m'étais perdu. Je regardai tout autour de moi. La profusion végétale qui me cernait me n’engendrait que confusion. Comment pouvais-je discerner quoi que ce soit dans cette débauche de feuilles et de branche si imbriquées, si touffues qu’elles perdent toute identité propre pour ne former qu’un immense toit de verdure ? À quarante mètres au dessus de moi, le feuillage dément du tropique tresse une voûte si serrée que le sous-bois entier baignait dans la pénombre. Je ne pouvais voir le ciel, je n’avais aucun moyen de situer les points cardinaux. Tout était dans une semi-obscurité où l’on ne voyait rien de précis et je devais deviner mon chemin. L’écrasante forêt avait sapé toute mon  assurance ; j’avais perdu tous mes moyens. Il y avait des moustiques acharnés qui harcelaient sans cesse mon visage, mes mains et chaque centimètre de peau qu’ils pouvaient trouver dénudée. Avec les pluies abondantes d’hier, toute la région s’était transformée en un gigantesque marécage. A plusieurs endroits je devais patauger dans la boue et tous mes vêtements suintaient l’humidité.  La jungle était aussi une fournaise ou le corps ruisselait en permanence et la  sueur de mon front me coulait dans les yeux par vagues successives et les irritaient au point ou ma vue était  trouble. Pire encore, je n’avais rien avec moi ; je n’avais amené aucune eau ou provision avec moi. Je me raisonnai en me rappelant que la rivière au nord ou à l’ouest n’étaient  qu’à quelques kilomètres et que de là je trouverais facilement une route ou de l’aide.

 

Deux aras affolés et criards s’envolèrent dans la distance en étalant brièvement la splendeur de leur plumage colorés. Quelque chose leur avait fait peur. Je réalisai que la forêt frémissait comme sous une averse torrentielle. Je sentais la rumeur qui devint un grondement sourd  qui s’approchait et s’amplifiaient me laissant à peine le temps de me jeter de côté. La horde empressée fracassa le mur végétal et passa aveugle devant l’arbre ou je m’étais réfugié. J’avais honte d’avoir eu ainsi peur d’un petit groupe de pécaris.

 

Je regardai de nouveau l’épaisse couverture végétale couronnée d’arbres, des arbres démesurés qui se dressaient à chaque pas devant moi pour me bloquer le passage. Je remarquai que ces cochons sauvages implacables avaient tassé et écrasé toute végétation sur leur chemin. Cela me faisait un petit sentier que je pouvais suivre. Je décidai de prendre la direction d’où les pécaris venaient. Il y eu une série de coup de feu tout proche. Je regardai derrière et compris que les pécaris venaient de rencontrer mes poursuiveurs. Je me m’apprêtais à repartir à la course, lorsque j’aperçu cet oiseau magnifique qui avait la taille d’un perroquet avec une queue de quatre plumes de vert intense et de bleu ciel qui faisait près d’un mètre de longueur. Il était l’impériale majesté de cette  forêt. Son ventre était d’une splendide couleur écarlate brillante. Il était coiffé d’une couronne majestueuse de petites plumes ébouriffées de couleur cyan dégradant au vert émeraude.

 

Cette distraction me coûta cher. Je n’eus même pas à me retourner. Je savais qu’ils étaient derrière moi. Je levai les mains. J’abandonnai. Rien ne servait de fuir s’ils pouvaient effectivement me traquer en tout temps. J’espérais qu’après ma capture qu’ils m’amèneraient où ils détenaient Chibirias. C’était mon seul réconfort.

-           You gave us quite a chase! (Tu nous a donné toute une poursuite!) dit une voix.

-           A good hunt! (Une bonne chasse!) confirma un autre.

-            A shame that it is already time to put down the prey: I was just starting to have some fun! (Dommage qu’il soit déjà le temps d’abattre la proie: je commençais tout juste à m’amuser!) rajouta un autre!

Ils parlaient avec une satisfaction morbide et perverse, comme si la poursuite n’avait été qu’un sport; ils étaient les chasseurs et moi la bête qu’ils venaient de débusquer!

Je leur criai en en me retournant lentement:

- I have no weapons. I am defenseless; I surrender!  (Je n’ai aucune arme, Je suis sans défense; je me rends!)

 

Je vis qu’ils étaient trois, toutes  armes braquée sur moi.

Celui du centre avait un regard amusé et sadique lorsqu’il m’annonça :

-           Our orders are to kill and retrieve; nothing about bringing you alive! (Nos ordres sont de tuer et récupérer; rien au sujet de vous ramener vivant!)

 

 

-           Still, he will make a nice trophy ! commenta celui à sa droite. Sa voix tremblait d’excitation.

 

Je remarquai que quelque chose bougeais dans les hauteurs du Ceiba derrière eux; quelque chose de massif!

Je n’aurais même pas les avertir si j’aurais voulu. Un énorme éclair d’or foudroya celui du centre avant de bondir sur un deuxième homme, Je regardai pétrifié par l’horreur le jaguar lui broyer la gorge. Le troisième tira en vain sur la bête qui se rua sur lui. Adossé  au tronc d’un arbre, il fut déchiqueté sans merci par les griffes et crocs du puissant félin.

 

La bête rugit. Elle me regarda. Je restai figé. Je savais que même à la course, je ne pouvais échapper à la vitesse d’un jaguar. La bête restait silencieuse et me fixait toujours. Elle se tourna, recula de quelques mètres et se coucha et commença à se nettoyer avec sa langue du sang qui tachait sa fourrure.

Son comportement était singulier. Pourquoi avait-il tué? Surement pas pour de la nourriture car il semblait n’avoir aucun intérêt pour les corps qu’il avait réduit en bouillie sanguinolentes de chair humaine. Que devais-je faire? Fuir? Ces hommes possédaient des armes et surement d’autres choses pouvant me donner une chance de survie; par contre ce fauve pouvait terminer ma vie en un seul instant.

Par A. Saint
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Mercredi 30 décembre 2009 3 30 /12 /2009 02:36

Je vis au loin, au rebord de la route, le taxi jaune. Je fis un dernier sprint et l’atteignit à bout de souffle. J’étais alarmé. Il était vide.

Les portières du véhicule avaient été laissées ouvertes. Le pare-brise était fracassé, il avait apparemment éclaté sous l’impact d’un projectile. Plusieurs pensées lugubres se chambardaient et bousculaient dans ma tête alors que j’examinai l’intérieur du véhicule. Il n’y avait pas de sang. Il ne s’agissait pas d’un accident. S’ils en avaient été capables, ils auraient pris le chemin du retour vers l’hôtel. Je les aurais alors croisés. Je craignais qu’il s’agisse du travail de Lilith et de son frère. Lilith reconnaîtrait Rafaele surement. J’étais terrifié à l’idée du jeune Maya dans ses griffes et des horreurs qu’elle pourrait lui faire. J’espérais encore que Rafaele et les autres avaient simplement eu à abandonner le taxi et trouver refuge que part.

 

Je scrutai tout autour aussi loin que je pouvais dans l’obscurité ; il n’y avait aucune trace d’eux. Je captai du coin de l'œil un flash jaune-orangée; une allumette avait été allumée près du site de la billetterie. Il y avait quelqu'un là-bas.

Je restai prudent et m’avançai lentement. Je sautai le tourniquet et me dirigeai vers  la source de cette furtive lumière que j’avais aperçue. J’aperçu sous le porche de l’entrés des salles de bain le petit point rouge ardent d’un bout de cigarettes dont l’incandescence éclairait un long et maigre visage caucasien. Il n’y avait aucun doute ; il s’agissait bien d’un membre du groupe de Lilith. Je croyais même le reconnaître depuis notre confrontation à Tulum.  

 

Je réalisai trop tard qu’il y avait un autre de ces salauds dissimulé dans l’ombre derrière moi. Il n’y n'y avait rien que je puisse faire sauf fuir droit devant, à pleine vitesse, sans vraiment y penser. Je tombai face à face avec un troisième de ces bandits. Ils m’avaient piégé! Alors que j’étais toujours dans mon élan, il planta d’un geste rapide le canon de son arme dans mon estomac et le souleva brutalement accrochant mon menton et coupant ma lèvre inférieure. J’en perdis le souffle et fut sonné. Celui de derrière m’avait rattrapé me frappa brutalement avec la crosse de son fusil. Lors du dur impact contre ma nuque, tout est devenu noir pendant quelques instants. Je titubai et m’affalai lourdement face contre terre. Je n’étais qu’étourdis mais hors d’état de combattre, surtout contre trois assaillants. Je feignis d’être complètement inconscient et inerte malgré les vicieux coups de pieds qu’ils m’administraient.

 

-           We have another one! (Nous en avons un autre!)

L’un d’eux alluma une lampe de poche qu’il braqua sur moi.

-           What do we have here? (Qu’avons nous ici?)

Je m’efforçai désespérément de maîtriser mes nerfs et contraindre mon corps à l’immobilité.

 

Ils  me retournèrent et me saisirent par le devant mon imperméable et tirèrent sur mes pieds pour mieux m’examiner. Je me rendis compte qu’ils étaient penchés dur moi. J’avais un mal fou à garder mes paupières baissées et c’était au prix d’un intense effort de volonté que je parvenais à maintenir ma respiration à un rythme lent et régulier de rapprochant de celui du sommeil. C'était encore plus difficile à simuler avec la pluie intense qui me martelait le visage. 

 

-           It’s that damn Canadian! (C’est ce maudit Canadien!) s’exclama l’un d’eux.

 

Il en semblait  ravi!

 

-           I believe that you are right! (Je crois que tu as raison!) dit l’autre.

 

-           Lilith and Alan will be very happy! (Lilith et Alan seront tres heureux!)

            Cette troisième voix devait être celle du fumeur.

 

-           Will he be out for long? questionna le fumeur. (Va-t-il être inconscient pour longtemps?)

 

Quelqu’un me saisit la tête sembla la regarder une minute avant de la rejeter.

           

-           He should be out for a few more minutes at least. I was able to hit him good and hard. Nobody can just walk up after that after a hit like that! And if he wakes up I  will just knock him out again, no trouble!  (Il devrait être inconscient pour encore  quelque minute, J’ai été capable de bien le frapper solidement, Personne ne  peux de relever d’un tel coup! Et s’il se réveille, je l’assomme! Aucun problème).

           

Il n’avait aucune idée à quel point j’avais la tête dure celui là! J’avais bien réussi à les tromper; ils me croyaient bien assommé. Je me surprenais du focus et  de la concentration dont j’étais capable dans les circonstances. Ils étaient trois et ils étaient armés; je n’avais pas d’autre choix que de continuer à faire le mort en continuant à rester tranquille. Le troisième commenta :

 

-           I hope you did not damage this one like the other one you did. You cracked open his skull, remember? You put him in a coma! (J’espère que tu ne l’a pas   endommagé comme l’autre. Tu lui as entrouvert le crâne, tu te rappelle? Tu l’as mis dans un coma.)

 

Cela m’inquiéta au plus haut point : de qui parlait-il? Avait-il blessé Rafaele?

 

L’un d’eux me prit les poignets alors que l’autre me souleva les pieds.

 

-           Talk about “dead” weight! se plaignit l’un d’eux. (Tu parles d’un poids mort! )

 

Ils rirent tout les trois.

-           Here is the rope! (Voilà la corde!)

 

Ils s’apprêtaient à me ligoter. Je devais faire quelque chose. Mais quoi?

 

Soudain ils se turent. Ils étaient subitement tendus. Je discernais le bruit d’une voiture qui s’en venait tranquillement. J’espérai qu’il s’agissait enfin des policiers. Pour moi, c’était le moment d’agir pendant qu’ils avaient leur attention détournée.  Je saisis solidement les bras de celui qui me retenait les poignets et en même temps je libérai un pied que je portai directement dans l’entre-jambe de l’autre devant moi. Je sentis son scrotum s’aplatir. Il me lâcha immédiatement et s’agenouilla en lançant une plainte. En utilisant tout mon poids et mes forces, je réussis à entraîner le deuxième homme par terre.  Il se défendit férocement en corps à corps. Je réussis à lui donner un coup de poing avec ma droite qui écrasa son nez. Son sang gicla et ruissela sur son visage. Je l’avais sonné ses attaques étaient devenus grossières et manquaient de force et de coordination. Je l’achevai d’un double crochet à la mâchoire et à la tempe. Une fois assuré qu'il était hors combat, je retournai au premier qui récupérait encore de ma précédente attaque à ses parties intimes.

Il fit l'erreur de chercher son arme plutôt que de me parer. J’étais sur lui avant même qu’il ait relevé la tête. D'une main je réussi tout juste à saisir son  arme et en le contraignant à maintenir son canon pointé loin de moi. J'avais également fermé mon autre main libre en poing et je l'utilisai pour lui servir une série d'attaques vicieuses concentrée sur ses parties génitales que je savais vulnérables. Ce n'était peut-être pas une technique de combat raffinée ou honorable, mais dans ce combat inégal c'était ma meilleure chance de survie. Il lâcha son arme et pendant qu'il se crispait de douleur, je poussai sa tête vers le bas et il reçu mon genou en plein sur son visage. Ce fut suffisant pour l’envoyer au sol. Il ne se releva pas.

J'allai à son fusil pour confronter le dernier des hommes qui restait, le fumeur. Mais ce dernier m'avait déjà en joue avec son arme.  

 

- You son of a bitch; you are dead! (Fils de pute! Tu est mort) me beugla-t-il.

 

Je ne doutais pas que cela était son intention. Je reculai et m’éloignai des fusils par terre. Il regarda ses deux complices que j’avais neutralisés et il semblait quelque peu au dépourvu. Il n’en était pas moins dangereux, c’était tout le contraire.

 

Je sursautai lorsqu’une autre voix gueula derrière moi.

 

-           Put down your weapon now!

 

Je tournai légèrement la tête pour apercevoir un officier de la police avec le canon de son arme à feu braquée sur le fumeur.

 

-           I will kill him if you do not back off!  menaça à son tour le fumeur.

 

-           Sir this is your last warning! I will not say again. Put your weapon down! ordonna de nouveau le policier.

 

Je voyais la rage bouillir dans son regard glacial alors que le policier lui criait son ultimatum. Il n'était pas pour obtempérer et capituler.  Il était résolu à m'abattre même si cela signifiait sa perte. Il m'avait à bout portant de son arme. C’était la deuxième fois en quelques jours que je me retrouvais ainsi menacé devant le canon d’une arme. Au son de la détonation, je baissai mes paupières. Il y eu un deuxième coup de feu. J'ouvris les yeux. J'étais sauf!

Le fumeur s'écroula devant moi.

 

Le deuxième policier arriva et vint me joindre. Je compris qu’il était celui qui avait abattu le fumeur. Il avait du nous contourner pour prendre dans sa mire le fumeur à découvert  pendant que son collègue nous tenait en respect. Je lui devais ma vie.

-           Vous allez bien? me demanda-t-il.

 

Je me redressai.

-           Oui, merci, merci beaucoup!

 

Ils m’informèrent qu’ils avaient parlé à Morales et la police fédérale Mexicaine et qu’il leur avait confirmé l’essentiel mes dires. Je n’aurais jamais cru me sentir reconnaissant envers Morales. 

Les policiers s'assurèrent que le trio maléfique soit définitivement hors d'état de nuire. Ils étaient particulièrement impressionnés par leur arsenal.

 

Après avoir embarqué le dernier de leur prisonnier menotté, un des policier se figea et pointa sidéré des lueurs fantomatiques qui tels des feux follets hantaient les profondeurs du site archéologique.

Je leur confirmai qu’ils s’agissaient de d’autres du même groupe surement affairés à piller les ruines.

Le plus jeune d’entre eux exprima son appréhension :

-           ¡Esto es demasiado grande! ¡Eso es demasiado para nosotros de manejar!

(C'est trop gros! C'est trop pour nous !)

 

Il suggéra qu’il serait peut-être mieux d’alerter les autorités et de rentrer au poste pour y livrer leurs prisonniers. Après tout ils étaient plus nombreux que nous et ils étaient bien armés.

Je leur fis part de mes inquiétudes concernant mes amis disparus. Ils ne pouvaient pas les abandonner. Je relatai aux policiers ce que j'avais entendu concernant un homme que ces bandits auraient blessé. J’argumentai qu’il aurait surement besoins de soins médicaux urgents.

 

Ils échangèrent un regard dur et résolu. Je constatai qu'ils s’agissaient bien d’hommes honorables et de devoir. L'un d'eux alla à la radio de leur auto-patrouille pour rapporter ce qui se passait ici et demander des renforts pendant que l'autre officier, j'appris que son nom était Raul, m'accompagnerais et m'aiderais à chercher mes amis.

 

Je songeai que si Rafaele et les autres avaient été capturés par le trio, ils devaient les avoir gardés tout près d'ici pour les avoir à l'œil.

Nous commençâmes par l'endroit où  j'avais vu le fumeur. Il était devant l'accès à la salle de bain pour les hommes. La porte était barricadée et cadenassée. Chose curieuse, et Raul remarqua la même chose, la salle de bain des femmes avait son accès libre.

Nous tapâmes contre la porte et Raul cria simultanément:

 

- ¡Policía! Había alguien? (Police ! Il y a quelqu'un?)

- Sí! Necesitamos ayuda. Hubo un accidente aquí. (Oui!  Nous avons besoin d'aide. Il y a un blessé ici.)

Je reconnu la voix de Mercurio. Cela ne me rassura pas; j'aurais aimé entendre la voix de Rafaele. Je craignais qu'il ne puisse pas parler, qu'il était la personne blessée.

- Rafaele ??? demandais-je au travers ce la porte.

Je n'eu aucune réponse.

 

J'aurais voulu l'appeler de nouveau, mais le policier me tassa.

 

- ¡Aléjese de la puerta! ¡Vamos a abrirlo! (Éloignez vous de la porte, nous allons l'ouvrir.)

Cela prit de nombreux efforts avant de venir à bout du cadenas obstiné. Nous défonçâmes ensuite la porte.

Le chauffeur de taxi fut le premier que j'aperçu : il était blême et éprouvé. Il expliqua :

- ¡Me amenazaron con matarnos! (Ils ont menacé de nous tuer!)

 

Je vis Mercurio agenouillé prés d'un corps étendu sur le plancher sa tête reposant dans une flaque de sang. Je m'avançai  plein d'appréhension craignant le pire. L'uniforme gris m'indiqua qu'il ne s’agissait pas de Rafaele. Je déduis qu'il s'agissait du gardien du site.

 

Cela ne me donna aucun soulagement mais un étrange sentiment d'ambivalence. Rafaele n'était pas ici; où était-il? Il avait aussi cet homme devant moi qui était sérieusement blessé et peut-être mourant. Le policier avait de la difficulté à regarder l'homme étendu par terre; il était à la fois choqué et horrifié, il semblait indécis et pris au dépourvu. Dans la petite ville de cinq mille habitants de Copán, il était certain qu'il connaissait l'homme qui gisait sur le plancher blessé. Peut-être était-il un proche, un ami ou de la famille.

 

Je n'étais pas sans responsabilité pour ce qui était arrivé à cet homme; Lilith et les siens m'avaient suivi ici. Si ce n'eut été de moi, rien de cela ne serait arrivé ici. Je devais essayer de le soigner et de le sauver ne serait-ce que pour compenser en partie le mal que j'avais amené avec moi à Copán.

 

Je m'agenouillai et me penchai sur le blessé. Je croisai le regard lourd et préoccupé de Mercurio. Je remarquai qu’elle avait étendu son imperméable sur le corps pour lui faire une couverture. Pour elle aussi ce n'était pas un étranger; il devait lui avoir été présenté par Maca et elle avait peut-être travaillé avec cet homme dans le site archéologique. Tout ce que je savais de cet homme était qu'il était un jeune et marié d'après le jonc d'or cernant son annulaire.

 

Je l'examinai. Son pouls était faible; presqu’imperceptible. Je soulevai une de ses paupières: son le regard était vitreux et il n'y avait aucune réaction de la pupille. Je n'avais pas besoin de mon entraînement de premier intervenant pour déduire que son  traumatisme crânien était grave. De plus, il faisait une hémorragie dont je ne pouvais trouver l'origine. Je craignais de voir sa vie s'éteindre entre mes mains, mes mains couvertes de son sang.  Mon cœur se serra: je refusais d'abandonner.

Je passai délicatement mes mains à la surface de son crâne jusqu'à sa nuque. Je ne décelais aucune  meurtrissure, enflure ou la source du saignement; cela m'était incompréhensible.

Je sursautai: il avait subitement ouvert yeux et regardait autour de lui. Il essaya de lever la tête.

 

- ¡Relax mi amigo; no se mueva! Usted tuvo un golpe muy malo a la cabeza! (Relaxe mon ami; ne bouges pas ! Tu as eu un très mauvais coup à la tête !)

Il était initialement confus et réalisa avec surprise et inquiétude que du sang l'entourait de toute part. À  la vu de Raul et de Mercurio, il relaxa, affichant un grand soulagement.

 

Je lui demandai:

- ¿Cómo te llamas?(Quel est ton nom?)

 

- Mi nombre es Juan Pedro Chavez.

 

- ¿Cómo te sientes? (Comment te sens-tu ?)

 

Il hésita un moment et répondit amusé :

- ¡Muy bien!

 

Il semblait avoir complètement récupéré et n’avoir aucune séquelle de son coup. J’étais heureux de m’être complètement trompé lors de mon évaluation originelle de son état. J’expliquai au policier que Juan Pedro ne devait pas être déplacé tant qu’un médecin serait sur les lieux.

-           Qu’avez-vous fait ? me questionna Mercurio. J’étais certain qu’il était presque mort !

-           Rien, ses blessures étaient moins gravent qu’elles ne semblaient l’être !

 

Elle semblait très septique, mais je le questionnai à mon tour concernant ce qui était le plus important pour moi : 

-           Où est Rafaele? A-t-il réussit à fuir?

 

Son regard devint évasif, elle hésitait.  Je lui redemandai avec insistance :

-           Rafaele? Qu’est-il arrivé?

 

-           Ils l’ont amené!

 

Ce qu’elle me dit m’ébranla fortement. C’était le scenario que j’avais tant redouté.

Pendant que Mercurio me parlait, mes yeux dérivaient dans le vide.

-           Ils l’ont reconnu. Il l’on d’abord menacé et ensuite assuré qu’ils nous tueraient un à un devant lui si il ne collaborait pas. Il leur as dit que ce que vous cherchiez était à la  tombe...

 

-           Mais il n’y a rien au tombeau ! dis-je sans comprendre.

 

-           Nous le savons, mais pas eux. Ils vous avaient épiés ce matin et ils l’ont donc cru. Ils l’ont donc amené avec eux pour qu’il leur trouve et leur donne ce que vous étiez venu chercher ici pendant qu’un autre groupe allait vous ramasser à hôtel. Ils l’ont averti que s’il leur avait menti, ils l’exécuteraient sans hésiter. Je suis désolée ;  il n’y avait rien que nous pouvions faire !

 

            Elle était bouleversée et même fragilisée par ce qui s’était passé. J’ai même eu l’impression qu’elle avait honte en quelque sorte alors qu’elle n’avait rien à se reprocher et je lui dis. Cela la rassura. 

 

Je pensais aussi à quel point il avait été brave et rusé ce Rafaele. Il avait ainsi gagné du temps et sauvé les vies de Mercurio et des autres qui auraient été tués sans aucun doute dès que Lilith et les autres auraient  accomplit leur sale besogne dans le site archéologique. Il n’était pas question de le laisser Rafaele se sacrifier. J’étais pour le sortir de là ; je me le jurais. 

 

J’étais dans mon élan pour partir  lorsque le policier s’interposa. J’étais submergé par l’émotion et avait de la difficulté à trouver mes mots.

-           Il manque toujours une personne. Il est détenu par les autres, je sais où ils sont allé.

 

Le policier essaya de me raisonner :

-           Je ne peux vous laisser partir. Ces gens sont dangereux, ils peuvent vous tuer. Vous mettre à votre tour en danger serait la dernière chose que votre ami voudrait.

 

Je lui affirmai :

-           Si je n’essaye pas de le sauver, je pourrai difficilement vivre avec moi-même ; ma vie ne vaudra pas grand-chose. Vous ne pouvez rien faire pour m’arrêter.

 

-           Je comprends. dit le policier, mais...

 

-           Il n’y va pas seul, je serai avec lui annonça Mercurio. Elle s’était complètement ressaisie.

 

J’étais complètement en désaccord avec elle, je ne voulais pas qu’elle risque sa vie elle aussi.

 

Mercurio argumenta d’un ton ferme et catégorique que je ne lui connaissais pas :

-           Nous perdons un précieux temps à nous obstiner. Je ne pouvais rien faire précédemment, maintenant je pourrais peut-être aider à sauver Rafaele.

 

Elle annonça déterminée qu’elle allait nous chercher des armes. Elle était toute une femme cette Mercurio.

 

Je vis le policier déchiré entre nous assister et ses obligations.

 

-           Je dois rester ici, s’excusa-t-il, attendre les ordres. Je ne peux pas vous aider.

 

-           Peut-être que vous nous aider en détournant leur attention quelques minutes. Cela nous aiderait à nous approcher d’eux ans être vus.  


Le chauffeur de taxi compris et m’assura tout heureux de pouvoir aider :

 

-           Distracción? ¡Usted recibirá una! ¡Voy a hacer una! (Distraction? Vous allez en   avoir une! Je vais en faire une!)

 

Mercurio revint et me présenta un fusil. C’était une des armes de la police.

-           Tu sais comment l’utiliser? me demanda-t-elle.

 

Je pris l’arme et lui signalai que oui. Je lui dis alors impatiemment :

-           Allons-y!

 

Le tombeau était à moins d’un demi-kilomètre mais sous les averses et dans la nuit, l’endroit me sembla infiniment lointain. Nous les aperçûmes depuis l’acropole et nous approchèrent graduellement en nous dissimulant derrière les structures de pierres et rampant contre terre. J’entendis Alan dans la distance et le repérai. Il semblait donner des ordres à tout le monde et diriger les opérations. Ils étaient effectivement tous affairés aux alentours du tombeau. Je voyais qu’ils avaient déjà ouvert un tunnel et  ils travaillaient à la hâte à creuser encore en utilisant des truelles et même une pelleteuse mécanique tout pataugeant dans la boue. Mercurio me fit remarquer que leur labeur était désordonné et grossier sans aucune technique et j’étais d’accord avec lui. Dans les conditions qui prévalaient sur le terrain ils travaillaient sans aucunes précautions. Etait-ce par inexpérience ou empressement ?  Je remarquais la pluie se cumulait dans une petite rivière qui s’engouffrait dans le tunnel et de la glaise mêlée avec de l’eau qui dégoulinait à son entrée. Je ne voyais pas Rafaele nulle part. Il devait être à l’intérieur du tombeau en train de prospecter pour eux.

J’attendais toujours la distraction promise. Leur réaction déterminera ce que Mercurio et moi pourrions faire.

Nous entendîmes le cri des sirènes de la police, quelques coup de feu, non celui de fusées, des fusées éclairantes ! Soudainement, ces feux de Bengale éclairaient les ruines comme en plein jour accompagné par  une voix beuglant dans les haut-parleurs qu’ils étaient de la police, qu’ils étaient entouré et de se rentre d’avancer les mains en l’air. Toute activité cessa, les gens sous les ordres d’Alan figèrent regardant les lumières dans le ciel ou les lueurs rouges, bleues et blanches à l’entrée du site.

Le policier ajouta que si ils résistaient qu’ils n’hésiteraient pas à tirer. Cela fut suivit par une série rapide de détonations comme celle que ferait une mitraillette.

 

- Des pétards me souffla Mercurio. Ils aiment les pyrotechniques à Copán !

La distraction était réussie au-delà de mes espérances. Je me levai, me maintenant à mi-couvert et répétai à voix forte ce qu’avait dit le policier. Je leur donnais ainsi l’impression qu’ils étaient bel et bien entourés.

 

Je vis Alan consterné alors que les siens détalèrent et l’abandonnèrent après une brève hésitation. Alan tira dans notre direction. Nous répliquâmes aussitôt. Il chercha refuge  dans l’entrée du tunnel. Il y eu entre nous un échange de coup de feu et soudainement, sans prévenir, l’entrée de leur galerie et une partie du monticule tomba sur lui en se déferlant comme une monstrueuse vague visqueuse.

 

Je restai bouche bée devant l’horreur qui venait de se produire.

Mercurio me saisit et m’entraîna vers le monticule. Nous n’avions que peu de temps.

 

Nous creusâmes à la main le gravier et la terre ramollie. Je trouvai un bras. Mercurio m’aida. Nous tirâmes Alan Morris hors des restes de son tunnel effondré. Il était encore vivant.

Je lui demandai :

Combien d’autres ? Rafaele était à l’intérieur ?

Il me répondit impunément qu’il y était seul alors que nous avions vu plusieurs des siens y entrer et  que Rafaele devais s’y trouver !

Non! soufflais-je bouleversé, horrifié, à la pensée de Rafaele et des autres enterrés vivants.

Je me lançai désespéré vers le monticule et ramassai une pelte abandonnée. Je m’obstinai à futilement à essayer de creuser une tranchée alors que chaque pelletée était remplacée au fur et à mesure par de l’eau et de la boue.

Mercurio m’arrêta. Elle tenta de me raisonner.

-           Seul le tunnel d’accès s’est effondré. La chambre funéraire est  renforcée et doit être intacte. Si Rafaele y était, il est encore vivant !

 

Cela me rassura ; il restait vraiment un espoir qu’ils ne soient pas mort.

Je réalisai qu’Alan n’était plus là.  Il en avait profité pour fuir ! Que le diable l’emporte !

Des gens venaient vers nous, ils étaient plus d’une vingtaine. D’autres les suivaient; je reconnu Raul. C’étaient tous des gens de Copán.

Je les suppliai :

-           ¡Necesitamos ayuda! El cerro se derrumbó con la gente adentro. ¡Ayúdenos a    encontrarlos y desenterrarlos! (Nous avons besoin d'aide ! Le monticule s'est  effondré avec des gens à l'intérieur. Aidez nous à les retrouver et à les déterrer!)

 

Mercurio avait étudié le monticule et monta un endroit à l’opposé du tunnel effondré.

Elle cria avec empressement :

-           ¡Aquí! ¡Debemos profundizar aquí! (Ici! Il faut creuser ici !)

 

Tous se mirent au travail. En peu de temps un nouvel accès était creusé à la chambre funéraire. Je retenais mon souffle. J’aidai à tirer un homme hors du trou. Un autre homme en émergea. Il fut suivit par une femme. Nous dûmes la hisser, son corps était inerte. Je fus choqué de reconnaître Lilith. Rafaele fut le dernier à sortir. J’en étais profondément soulagé. Nous n’eûmes même pas le temps d’un échange. Il se préoccupa immédiatement de Lilith.

-           La voûte lui est tombée dessus. Elle ne respire plus! expliqua Rafaele.

 

Tant mieux songeai-je, avec tout le mal que cette femme cruelle avait fait! Je pensai aussi à Alan, ce monstre qui avait ainsi abandonné sa sœur à la mort. Je ne voulais pas être comme lui. Je regardai avec honte Rafaele qui s’appliquait à la ranimer. J’allai l’assister. Après quelques efforts, son cœur recommença à battre ses poumons à inspirer et expirer de l’air. Rafaele et moi échangèrent un regard complice, heureux d’avoir réussit à sauvegarder une vie. Elle reprit rapidement conscience. Cette femme avait une constitution physique hors du commun. En me voyant, ces yeux se remplirent d’effroi.

-           C’est pour me faire souffrir d’avantage, pour me voir consommé complètement  rongée à l’os que tu ne m’as pas laissée mourir? Je t’ai sous-estimé, tu n’es pas    mieux que moi!

 

-           Je ne suis rien comme toi. Je ne t’ai rien fait.

 

-           Et ça c’est quoi? répliqua-t-elle en retirant ses manches et enlevant ses gants.

 

Le temps d’un clignement de paupière,  je vis cette affreuse couche de gale et pustules, cette phage qui la dévorait et qui commençait à ses poignets marqué par des empreintes de mains, mes mains, et qui s’étendait jusqu’à l’épaule léchant le bas de son cou. Je ne voulais pas cela. Je ne voulais pas causer un tel mal, même à Lilith. En regardant de nouveau,   ce que j’avais pris pour de la nécrose et putréfaction  n’était que de la pluie ruisselante sur sa peau dénudée. Il ne restait rien. Je doutais que cette gangrène avait vraiment existé même si pour Lilith cela avait été réel.

 

Elle regarda sa peau avec hystérie et ses mains absolument stupéfaite!  

Rafaele sourcilla. Il ne comprenait rien de ce que Lilith disait.

 

-           Les anciens ne pouvaient rien faire! Tu dois être  vraiment celui qu’ils craignent, celui qui va amener la fin du monde. Avoir su, je t’aurais tué sans hésitation la    première fois que je t’ai rencontré!

 

Elle fit sa remarque avec un grand sourire  pervers et vicieux. Lilith était revenue à elle-même. Elle n’avait été déstabilisée qu’un instant. Et cette histoire de fin du monde d’où détenait-elle cela? Je l’avais entendu deux fois auparavant! Devais-je y croire? Certainement pas de la bouche de cette démone. Je ne me laissai pas perturber et l’interrogeai :

-           Les anciens, tu veux dire les Dzolobs? Tu sers les Dzolobs?

 

La mention du nom des Dzolobs causa une révulsion marquée chez Rafaele.

Elle sourit :

-           Je crois que cela est un nom qui peut leur être attribué comme bien d’autres.

Tu dois savoir qu’ils ne sont pas intéressés à aucun objet; ils ont déjà les anciennes connaissances. Leur but est de vous empêcher coûte que coûte de réussir car ils aiment ce monde tel qu'il est; ils en sont les maitres !

 

À ce moment, Raul vint pour elle. Je lui pausai une dernière question :

-           Chibirias, est-elle encore vivante?

 Elle haussa ses épaules.

-           Sache que je ne t’ai jamais menti, je n’ai pas de raison pour te mentir de toute  façon.  Elle finit par me dire:

-Oui celle que tu as rencontrée à Playa del Carmen est encore vivante! finit-elle par me dire. Cette femme et ceux de sa race représentent la pire menace que notre monde ait connue n’as-tu pas encore compris? Ce sont eux les Dzolobs!!!

 

Le policier lui prit le bras. Elle me laissa avec un petit sourire malin et arrogant en me disant :

 

 -          Nous nous reverrons plus tard mon beau!

 

Le policier l’amena pour un examen médical avant qu’elle joigne les autres en détention.

J’imagine qu’elle ferait face à des charges d’enlèvement, de séquestration, en plus d’avoir profané une réserve nationale sous la protection de l’Unesco et d’avoir violé un monument national. Peut-être après qu’elle soit jugée ici, Lilith serait extradée au Mexique ou d’autres charges l’attendaient. Chose certaine, je ne la reverrais pas de sitôt! J’étais content de ne plus l’avoir dans ma vie.

 

D’autres policiers nous rejoignirent. Ils vérifièrent que Rafaele allait bien et lui demandèrent de raconter son histoire. J’entendis à quel point Alan et Lilith l’avait menacé et malmené. J’en avais le cœur meurtri.

 

Je me tournai vers Rafaele lorsqu’il avait complété sa déposition:

-Ça va toi?

- Plus de peur que de mal! Merci d'être venu pour moi!

Comment aurais-je pu faire autrement? Je ne savais quoi répondre. Il continua :

 

-           J’étais certain qu’ils étaient pour me tuer. Je pensais à toi. Je pensais à ce que tu   ferais et c’est qu’est ce qui m’a donné du courage et permis de passer au travers!

 

Je voyais bien qu’il était plus ébranlé qu’il ne laissait paraître. J’ouvrai mes bras et le serrai. Il me serra fortement. Il étouffa un sanglot.

 

Je remerciai le chauffeur de Taxi, je remerciai les policiers. Ils nous donnèrent la permission de regagner l’hôtel. Mercurio resta derrière pour sécuriser le tombeau.

Bien entendu, couvert de boue, nous n’entrâmes pas au hall de réception de l’hôtel ainsi accoutrés. Nous nous débarrassâmes de nos vêtements sales qui furent ramassés par le portier. Ensuite, simplement couvert de la robe de chambre qu’il nous avait fournie, nous montâmes à notre chambre. Je pris un douche et m’écrasai dans mon lit en regardant le disque du compas. Ses reflets rouges dansaient au plafond.  Les dires empoisonnés de Lilith préoccupèrent mon esprit. Il m’était évident que pour ceux qui se pensaient maître du monde et de l’ordre établi, Chibirias, Al Hulneb et leur peuple constituaient une grande menace. Pour ces Dzolobs, la fin du monde pouvait simplement signifier la fin de leur règne. Je passai ensuite à deux pensées me réjouissaient: Rafaele était sauf et Chibirias était encore vivante! Je lui avais fait la promesse de la retrouver, une promesse que je comptais bien réaliser. Je serrai le disque contre mon cœur et me laissai gagner par le sommeil.  

Par A. Saint
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Mercredi 30 décembre 2009 3 30 /12 /2009 02:27

Il était déjà près de quatre heures lorsque nous quittions le musée. La pluie avait cessé de tomber alors que nous revenions en ville.

Rafaele me sembla quelque peu songeur. Je lui demandai :

 

-           Tu as aimé la visite?

 

Son visage s'alluma d'un grand sourire.

-           Si, beaucoup! Je me suis rendu compte qu’à force de voir les mêmes ruines tous   les jours comme celles de Tulum ou de Cobá, il est facile d'oublier de les voir, de vraiment les regarder; tu comprends?

Il est facile d’oublier alors de les apprécier;  de devenir insensibilisé concernant leur importance et leur signification. Pour moi, avoir ainsi découvert de nouvelles ruines et en revoyant ce dont mes ancêtres ont été capables, me redonne un regard neuf, réveille mon sens d'émerveillement.

 

Je le comprenais parfaitement ;  ce que je ressentais était semblable. J'étais sastifait de lui avoir fait partager cela. Avant que je puisse dire un mot, il ajouta:

 

-           Tu sais, aux États-Unis, je n'étais qu'un réfugié. J'y ai grandi ne pouvant qu'espérer que de devenir là-bas un citoyen de deuxième classe. Ce n'est que      lorsque j'ai appris sur les Mayas et qu'ils étaient mes ancêtres que, pour la toute    première fois, j'étais fier de qui j'étais et  me savais l'égal de n'importe quel autre homme. Aussi à la vue de leurs accomplissements, j'ai réalisé que rien n'est  impossible à réaliser.

 

Je comprenais mieux ce qui avait amené et motivé Rafaele à venir au Yucatan pour étudier l'archéologie.

 

Il pausa sa marche et me dit, avec une petite gêne, main dans les poches:

-           Il n'y a pas un jour où j'oublie de rendre grâce au ciel pour tout ce qu'il m'a donné dans ma vie: une nouvelle famille, des amis fidèles et pour toutes les choses que j'ai vu, ...et même pour toi!

 

Il m'avait, je ne sais pas pourquoi, mentionné avec gêne, comme une arrière-pensée. Il semblait craindre ma réaction.

 

Je lui rendis la pareille le plus sérieusement du monde:

-           Je sais que je me répète, mais je ne sais trop quel dieu invoquer, mais je remercie ma bonne fortune de t'avoir rencontré; je ne sais pas ce que je serais devenu sans toi!

 

Il était visiblement heureux de ma réponse.

Nous fûmes accueillis par le son de la joyeuse musique marimba qui s'élevait et résonnait le long des rues étroites pavées de pierres, bordées par différentes résidences, édifices publics, nombreux cafés, restaurants et hôtels tous aussi colorés. Les voix animées des citadins occupaient la plazza centrale devant la magnifique Église coloniale toute blanche. Différents petits kiosques touristiques étalaient divers artisanats locaux, des sculptures en bois et en pierre, des poupées peintes fabriquées à partir d'épis de maïs, différent objets de cuirs soigneusement travaillés. Il y avait aussi des colliers, bracelets et bagues en argent ornés de pierres semi-précieuses. Je trouvais la ville de Copán intime, amicale et vibrante de couleurs chaudes.  Dans l'air s'entremêlaient les humeurs tropicales mouillées et  les senteurs de viandes épicées, fèves mijotés et de tortillas frais grillé. Cela me rappela que j’avais faim.

Nous nous arrêtâmes donc au petit restaurant Pupusa Mary réputé pour offrir les meilleurs mets typiques de la ville de Copán dont ses fameuses soupes et pupusas garnis. Nous y avons bien mangé et bu. C’était bon d’enfin  relaxer et de reprendre des forces. Vraiment cette journée avait été jusqu’ici merveilleuse, presque magique. À notre sortie du restaurant, nous attendait une pluie intense. Rafaele rigolait et dansait sous la pluie. Il était parfaitement heureux comme je ne l’aurais jamais imaginé et c’était contagieux. C’était un de ces rares moments qui vous semble parfait dans votre existence ou vous vous oubliez complètement pour vivre totalement consacré l’instant présent.

 

Nous avions à peine franchi la porte de l'hôtel lorsque Mercurio vint à notre rencontre d'un pas décidé. Il était évident qu'elle nous attendait impatiemment depuis un bout de temps. Nous la saluâmes. Rafaele la questionna sur leur progrès à la tombe. Sa question sembla quelque peu désarmer l'initiative de Mercurio. Elle répondit qu'ils avaient déjà commencé à remblayer les excavations en après-midi jusqu'à ce que la pluie ait forcé l’interruption de leurs travaux. 

 

Sa réplique me sembla distante; elle n'était définitivement pas la même femme sans son sourire habituel.  Je devinais en elle de la frustration. J'avais raison: Mercurio nous confronta aussitôt directement et sans détours :

 

-           Qu'êtes- vous vraiment venus chercher ici?

 

Rafaele et moi nous regardâmes; nous ne savions quoi lui répondre. Nous tentâmes de jouer les innocents tout en cherchant quoi lui dire. Mercurio n'était pas naïve: elle répéta mots pour mots tout ce que j'avais murmuré à Rafaele lorsque nous étions au tombeau.

 

Je réalisai que Mercurio était devenu un problème tout aussi sérieux et qu'épineux. Je regardai Rafaele qui était tout aussi embarrassé que moi. Il fallait lui répondre; que pouvions nous lui révéler?

 

Nous fûmes interrompus par le concierge qui me pria de me présenter immédiatement à la réception. Il était très solennel et sérieux. J'en profitai pour m'excuser auprès de Mercurio et suivit le concierge au comptoir.

 

J'étais très mal à l'aise, je craignais un autre problème. Était-ce à cause de la carte de crédit que j'avais utilisé? Je tentai de me rassurer. Ma carte était toujours valide et j'y avais même avancé des fonds. Qu'est-ce que cela pouvait être d'autre? Je n’avais aucune idée de ce que devais anticiper. J'arrivais au comptoir et ne tarderais pas de toute façon à le savoir.

 

Le préposé avait un sourire nerveux. Il était visiblement tout aussi inconfortable que moi alors que le concierge nous surveillait attentivement.

Il commença à dire gravement:

-           Monsieur Michel, une femme s'est présentée comme étant votre  épouse cet après- midi. Elle désirait avoir accès votre chambre.

Je l’interrompis :

-           Je ne suis même pas marié!

 

Le préposé sembla soulagé.

 

-           Nous lui avons refusé l’accès à votre chambre et encore moins révélé numéro de celle-ci. La dame avait été très convaincante et insistante, nous craignions d’avoir peut-être mal agis.

 

-           Vous avez très bien fait! Je n'attends personne!  leur confirmais-je.

 

J'étais songeur. Je craignais ce que cet incident impliquait. C’est avec angoisse, la gorge nouée que je demandai au préposé:

 

-           Décrivez-la-moi!

 

Je craignais la réponse à ma question.

 

-           Une belle femme aux cheveux roux et aux yeux verts. Il y avait quelque chose d'inusité: elle portait de longues manches et des gants malgré la chaleur et   l'humidité.

 

Cela confirma ce que j'appréhendais plus que tout: Lilith m'avait retrouvé!

 

-           Où est-elle? questionnais-je empressement.

 

Le concierge me répondit:

-           Nous l'avons invité à vous attendre au Lobby mais elle n'y est jamais restée. Elle a été trouvée avec un autre individu en train de flâner dans l'hôtel cherchant à entrer dans des chambres; nous avons dû les expulser.

 

-           Vous avez très bien fait. En avez vous avisé la police? questionnais-je.

 

-           Est-ce bien nécessaire Monsieur? me demanda le concierge

 

Je lui affirmai avec beaucoup de conviction:

-           Oui  j'en suis certain! Ce sont des criminels dangereux recherchés au Mexique.

 

Je m'empressai de les quitter; je voulais alors immédiatement vérifier la chambre.

J'accrochai Rafaele au passage qui était toujours accaparé par Mercurio.

 

-           Ils sont ici! lui dis-je urgemment.

 

Il regarda aussitôt nerveusement tout autour de lui.

 

-           Comment nous ont-ils retrouvés? souffla-t-il avec inquiétude.

 

Je n'en avais pas la moindre idée ! Chose certaine, il ne s'agissait pas de coïncidence. Je m'empressai de monter à notre chambre en enjambant plusieurs marches à la fois. J’atteignis le pas de la porte. Je vérifiai qu'elle était verrouillée. J'ouvris la porte. Je fus soulagé de trouver la chambre vide et tranquille. J'inspectai rapidement les lieux. Les lits avaient été faits, des serviettes fraîches ajoutées à la salle de bain. Tout le reste était à sa place exactement comme je me rappelais de l'avoir laissé, incluant le contenu du coffre de sécurité.  Il n'y avait aucune évidence d'intrusion autre que le ménage de la femme de chambre. J'étais rassuré; je ne croyais pas que Lilith ait eu le temps d'atteindre la chambre. J'avais de toute façon gardé sur ma personne tout ce qui était le plus précieux.

 

Rafaele arriva et répéta depuis le pas de porte:

-           Ils nous ont retrouvé mais comment? Ils n'ont pas pu nous suivre à la trace quand même!

 

Sa voix était empreinte de crainte et de peur.

 

Une autre voix, exaspérée celle-là, se fit entendre.

 

-           « Ils » : de qui parlez-vous enfin?

 

Il s’agissait de  Mercurio qui n’avait pas lâché Rafaele d’une semelle.

 

Je fis signe à Rafaele qu'il pouvait parler et lui expliquer. Pour ma part, Mercurio ne me préoccupait pas. Elle était à mes yeux une nuisance. Le vrai problème est que Lilith, Alan et les siens, nous avaient encore retrouvés. Je réfléchissais à ce que Rafaele m’avait dit. Il avait tort ; l'évidence était au contraire que Lilith et ses gens étaient effectivement capables de nous suivre à  la trace! Il fallait savoir comment : autrement, nous n’avions aucune chance de compléter notre quête.

 

Mon regard croisa le GPS que Rafaele avait remis sur la table. Cela m’inspira : et s’il s'agissait de technologie, d’un appareil qui agissait comme un traceur donnant constamment ses coordonnées ? Si tel était le cas, où cette chose était cachée?

Je savais que Lilith et son frère avait fouillé ma chambre à l'Allure ce qui leur avait donné amplement l'occasion de planter un mouchard électronique dans mes effets personnels. Mais si cela  était vraiment le cas, Lilith aurait dû directement trouver notre chambre sans la rechercher comme elle l’a fait. Même simple, un mouchard avec la technologie d’aujourd’hui était capable de beaucoup de précision.  Ce n’était donc pas cela. Je refusais tout de même de rejeter complètement cette idée qui collait trop bien aux faits que je connaissais. Lilith m’avait suivie partout à Cobá, Tulum, sur la plage, dans ma chambre et jusque dans le sauna. Elle semblait savoir où j’étais en tout temps. 

Les hommes de Lilith m’avaient retrouvé à Chichen Itza, Xel-Ha et même dans le sud du Yucatan. Ils avaient par contre été incapables de nous retrouver lorsque Rafaele et moi nous étions réfugiés dans le cenote. Pourquoi ?

 

Je me mordis la lèvre. Il était évident qu’il n’y avait qu’une chose commune dans tout cela, moi ! C’est moi qu’ils détectaient ; le traceur devait être sur moi ou en moi et cela n’était pas si ridicule que ça comme idée !

 

Je remémorai mes premières visites nocturnes au Yucatan  par ces êtres étranges qui étaient les Dzolobs. Je me rappelais de leurs tests, de leurs procédures quasi-médicales. Lilith et les siens devaient être leur serviteurs.  Que m’avaient-ils fait? J’étais stupéfait, choqué, paniqué. Je mettais toute notre  mission en danger.

 

J’étais complètement absorbé et Rafaele m’appela plusieurs fois pour me sortir de ma torpeur. Il voulait que je porte attention à Mercurio qui s'adressait à moi.

 

-           Si je comprends bien, nous disait-elle de façon pompeuse, un groupe organisé de chasseurs de reliques aurait été surpris en pleine nuit en train de faire des excavations clandestines dans un des sites les plus populaire et touristique du Mexique et ils seraient selon vous maintenant à Copán...

 

Elle conclut avec un sarcasme incisif qu'elle n'avait pas encore vu le mémo de l’INAH publié là-dessus.

 

J’aurais voulu qu’elle parte. Je n'étais vraiment pas d'humeur à supporter des railleries. Je m'adressai sèchement à elle:

-           Vous avez voulu savoir, maintenant vous savez!

 

Elle roula ses yeux; il était évident qu'elle ne croyait pas un seul iota de ce que nous lui avons dit. Quelles grandes stupidité et arrogance, songeais-je en  la regardant.

 

J'explosai:

-           Rafaele est ici, assigné à cette affaire, en tant que le représentant désigné par       l'Ordre de la croix parlante et en raison de l’importance et du caractère sacré de Tulum pour eux.

 

Elle comprit l’allusion et se tourna et regarda Rafaele différemment. Je n'avais pas encore fini avec elle :

 

-           Et ne faites pas l'erreur de prendre ces gens à la légère Madame Mercurio;  ils sont très dangereux. Ils ont assassiné un couple de Canadiens innocents à notre hôtel  juste parce qu'ils étaient au mauvais endroit, au mauvais moment !

 

Je repris mon souffle. J'avais disjoncté et j’avais parlé avec colère. Rafaele me regarda avec stupéfaction.

 

Le visage de Jillian changea ; il devint sombre.

 

-           J'ai entendu parler de ce couple; ils ont été massacrés dans leur chambre d’hôtel; cela a fait les premières pages des journaux et présentés au bulletin   d’information.

            C'était à la Riviera Maya, tout près de Tulum ! C'est de là que vous venez, réalisa-           t-elle. Vous y étiez vraiment lorsque c'est arrivé?

 

C’est avec un grand chagrin que lui répondit :

-           J’étais là quand ils ont ouvert la chambre et découvert les corps. Cela était tout    juste  après qu’ils m’aient torturé et presque tué.

 

Je revoyais vivement de toute l’horreur de cette journée. Je ne pouvais plus endiguer ces images et ces souvenirs.  Ma voix s’étrangla; je ne pouvais plus parler.

 

Mercurio me dévisagea. Elle voyait bien que ma détresse était sincère.

Elle redemanda à Rafaele:

- Tout est vrai? Tout ce que tu m’a dit est vrai ?

 

Ce dernier lui répondit simplement "oui". Son regard était franc, intense et ne laissait aucune place au doute.

 

-           Que sont-ils venus faire ici? vociféra Mercurio.

 

-           La  même chose qu'à Tulum ! appréhenda Rafaele.

 

Je baissai les yeux, je savais qu’il avait raison. Mercurio aussi avait fini par le croire. Elle demanda la permission d’utiliser notre téléphone. Je lui donnai l’appareil. Je compris qu’elle contactait sont ami son ami Maca afin de lui suggérer d’augmenter la sécurité du site archéologique.

 

Elle termina son appel et après avoir raccroché, elle nous demanda :

 

-           Comment saviez vous qu'ils viendraient ici?

 

Je lui répondis :

-           Parce ce  qu'ils nous suivent. Ils recherchent la même chose que nous. Quant à ce qui nous a amené ici...

 

Je sortis l'artefact de Chibirias. Rafale me regarda avec appréhension, il n'était pas certain que c'était une bonne idée. Moi non plus, je n’en étais pas certain ; mais si jamais j'étais contraint à abandonner la quête, j'avais besoin que quelqu'un d'autre soit informé de ce qui se tramait, quelqu’un de capable de la poursuivre et la compléter. J’en croyais cette Mercurio capable. Je ne voulais pas qu'incombe uniquement à Rafaele tout le fardeau de cette aventure si je n’étais plus là.

 

Mercurio leva ses lunettes et examina le disque que je lui avais présenté.

-           Qu'est-ce métal? Il est rouge! Je n'ai jamais rien vu de semblable. Cette écriture   sur le disque: je crois que c’est maya mais cela semble différent d'une certaine           façon ! Les glyphes sont détaillés et complexes; j'ai l'impression qu'il s'agit peut-  être d'une écriture plus ancienne que la période classique. C'est curieux: cela        m’est familier mais en même temps, je ne peux en faire aucun sens. Vous avez   décrypté ce texte?

 

Rafaele lui reprit le disque entre ses doigts en lui disant:

-           Ce sont le nom de divinités, celles du ciel et de la terre. Maintenant regarde!

            Il déposa le disque sur la surface d'un verre d'eau qu'il venait se verser. Le disque oscilla un moment avant de trouver son orientation.

 

-           I do not fuckin’ believe it! commenta Mercurio à voix haute.

 

Il retoucha le disque en tentant de le perturber mais dès qu’il le laissa tranquille, il reprit son alignement. Même après tout ce temps, je devais admettre que je restais moi aussi toujours aussi impressionné devant ce phénomène.

 

-           C'est absolument incroyable! Tu avais raison rajouta-t-elle à l’attention  de Rafaele avec enthousiasme : ils (les mayas) ont déjà navigué avec le compas !

 

 

Le téléphone sonna. Je répondis. C’était Maca. Il était inquiet et me demanda de lui passer Jillian (Mercurio).

 

-           Tu lui fais confiance? demandais-je à Rafaele au sujet de Mercurio pendait qu’elle parlait avec Maca.

 

-           C'est une femme intègre, une experte. Oui je lui fais confiance ! confirma Rafaele.

 

Je conclus:

-           Et moi j’ai confiance en ton jugement !

 

Il me remit le disque que je rangeai.

 

Après quelques secondes d’échange, j’entendis Mercurio dire à son interlocuteur :

-           Continuez  d’essayer de le rejoindre; ce n’est probablement rien ! Il est juste sorti !

 

Mercurio se faisait rassurante au téléphone mais lorsqu’elle raccrocha, elle était au contraire soucieuse.  Elle nous confirma ce que nous avions déjà deviné ; Maca avait été incapable de rejoindre le gardien du site. Cela n’augurait rien de bon. Je craignais que Rafaele ait bien raison; ce qui était arrivé à Tulum se répétait ici.  

 

-           Allons jeter un coup d’œil là-bas, voir si tout vas bien! proposa Rafaele

 

Mercurio et moi étaient bien de son avis.

 

Nous descendîmes au lobby. La police venait d’arriver. J’étais en hâte de partir, mais le concierge m’intercepta pour me rappeler qu’ils étaient ici à ma demande.  Je grimaçai; je devais m’en occuper.

 

-           Ne m’attendez pas ; allez voir ! Je vous suivrai dès que possible Ne prenez pas de risque inutile, si vous voyez quoi que ce soit d'anormal, revenez  immédiatement ! N'investiguez pas plus. C’est le job des policiers!

 

-           Oui pépé ! répliqua Rafaele en me taquinant.

 

Je laissai donc Rafaele partir avec Mercurio. Je les vis prendre un Taxi, s’expliquer pendant une minute avec le conducteur incrédule et obstiné qui leur rappela plusieurs fois que le parc était fermé pour la nuit.

 

J’allai me présenter aux officiers. Je leur parlai de Lilith et de son frère, les mandats de recherche qui les impliquait au Mexique. J'ai même répété et épelé leurs noms.  Je leur donnai les coordonnées de Morales que j’avais conservées dans mon portefeuille à des fins de vérifications. Ils étaient trop polis. Ils ne réagissaient pas attendant patiemment leur confirmation. Je voyais bien qu’ils doutaient de mes histoires abracadabrantes ou ils étaient franchement dépassés par ces évènements inhabituels. J’avais aussi un mauvais pressentiment. Plus de quinze minutes s'étaient écoulées.  Le voyage au site archéologique ne prenait que cinq minutes en voiture. Rafaele et Mercurio auraient dû être revenus à moins qu’ils aient décidé de bien tout inspecter.

 

Le policier informa qu’ils avaient des problèmes avec le fax, qu’ils devaient retransmettre de nouveau leur perquisition.

J'en pouvais plus. J’étais stressé alors qu’eux prenaient tout leur temps. Je pensais à Rafaele et à Mercurio; leur était-il arrivé quelque chose ? Est-ce que tout allait bien aux ruines ?

 

Impatiemment j’annonçai aux policiers que j’allais vérifier si mes amis au parc archéologique allaient bien. Je n’attendis pas leur réponse. Ils ne réagirent pas, ils ne firent rien pour s’interposer. Je quittai le hall de réception de l’hôtel et parti courir dans la pluie battante. Les rues de Copán étaient mortes et désertes. Au-delà des limites de la ville, je franchis un épais rideau de pluies ténébreuses. Je me hâtai, m’ordonnant d’aller de plus en plus vite.

Par A. Saint
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Mercredi 30 décembre 2009 3 30 /12 /2009 02:25

Nous nous éloignâmes et commençâmes notre exploration des autres ruines du site archéologique. J’acquittai les frais d’entrée de 25 dollars américain à l’entrée du parc pour la totale, la visite incluant les anciens tunnels d’excavation ouvert au public et le musée de sculptures adjacent aux ruines.

Rafaele dit avec enthousiasme que Copán est avec Chichén Itzá et Tikal l'un des trois meilleurs sites mayas reconstitué en considérant son architecture, son art et sa grandeur. Ce n’était pas seulement son avis mais aussi celui de nombreux experts,  Il avait raison si l’on considérait les statistiques affichées : quelques 4509 structures et objets avaient été répertoriées à Copán dont 3450 avaient été retrouvées dans un territoire de 24 km ² autour du groupe principal. Cela me suggéra que l’endroit qu’indiquais le compas pouvait être en fin de compte dans les confins de la banlieue de l’ancienne métropole Maya.

Alors que nous examinions la maquette de la ville, Rafaele me fit  remarquer que la disposition générale de la ville est conforme à la pensée cosmologique maya du monde orienté selon les quatre points cardinaux entourant un axe central.  À Copán, le Groupe principal constitué d'une Grande Place et d'une Acropole, représente l'axe du monde. Il est entouré de secteurs d'habitations situés aux quatre points cardinaux et reliés au centre par des sacbes. Ce thème était persistant pour les mayas que ce soit dans la structure du cosmos ou de leur art et architecture. Toh Pepem et le vieux prêtre m’avait montré ce même arrangement et le compas de Chibirias lui-même était l’incarnation de ce principe.

Historiquement, les traces de peuplement les plus anciennes de la vallée de Copán indiquent que l'occupation de la vallée de Copán a commencé dès le douzième siècle avant Jésus Christ. Pour des raisons qui restent inexpliquées, elle a été en grande partie abandonnée de l’an -300 jusqu'aux environs de l’an 150 pour être ensuite repeuplée.

La ville de Copán a connu son apogée au septième après. J.-C et a été définitivement abandonnée aux environs du dixième siècle. Il semblerait que ce soit un problème environnemental qui ait provoqué la chute de Copán. En effet, à cause de la déforestation : on estime qu'à la fin du huitième siècle, il n'y avait plus un seul arbre debout dans les 30 km à la ronde. La forêt était consommée a un rythme effrénée pour répondre aux besoins de la population croissante et à la construction de nouveaux développements. La population fut conséquemment obligée de cultiver les versants abrupts de la vallée et, à cause de l'érosion du sol, de défricher toujours et encore plus la forêt tout autour. Cette spirale infernale de déboisement-érosion aurait entraîné un appauvrissement des terres agricoles et des inondations. La population aurait ainsi souffert de plus en plus du problème de la culture des terres ; en examinant les restes squelettiques datant des  huitième et neuvième siècles, les archéologues ont relevé des signes de malnutrition et constaté un accroissement de la mortalité infantile à Copán.

Cela était difficile à croire à la vue de la jungle qui avait envahit le site et le dominait de nos jours. La reconstitution de Copán avait nécessité un travail titanesque. Lorsque les premiers archéologues arrivèrent ici, ils ne trouvèrent que des monticules de terres couvert par de la végétation.  La jungle avait réclamée tout le territoire et ensevelie les anciens structures et temples. Pendant un siècle, les buissons ont été arrachés,  la végétation a été défrichée, la terre et la boue enlevées pour révéler les structures de cette ville perdue. Ils eurent à repousser et contenir le fleuve, assécher les marécages, une tâche absolument monumentale.

 

Sortant du couvert d'un grand Ceiba, nous sommes entrés dans la Grande Place de Copán célèbre pour les stèles et les autels qui la recouvrent. Sur le gazon se trouvaient des stèles absolument majestueuses et grandioses, certaines de trois à cinq mètres de hauteur et d’autres de deux à trois mètres environ. Ces chefs-d’œuvre étaient sculptés en haut relief extrêmement complexe. Ils étaient les portraits des plus grands souverains de l'histoire de la ville. Rafaele commenta qu’il était normal pour les Mayas d’ainsi aduler et craindre leur Rois car il n’était pas seulement le noble dirigeant de la ville, il était aussi l’intermédiaire avec les dieux et les forces surnaturelles du monde.  Il me fit aussi remarquer que les stèles sont orientées est-ouest de façon à être éclairées par le soleil levant et le soleil couchant.

Une stèle représentait le souverain vu de face, tenant dans ses bras une barre cérémonielle (appelée aussi barre-serpent). La tête était disproportionnée par rapport au corps et les jambes sont massives. Une autre incarnait le Dieu du Maïs pendant que celui-ci exécutait une danse cérémonielle. J’admirai une stèle qui représentait dramatiquement le dieu de la pluie Chac émergeant des mâchoires d’un monstre terrestre représentant l’entrée de Xibalba.

Je reconnu que les sculpteurs avaient utilisé à Cobá un matériel particulièrement tendre, le tuf volcanique, un amas de téphras, d’éjectas volcaniques, agglomérés ensemble par l'eau.  

Je remarquai que le site était pratiquement désert. Les touristes semblaient, pour la plupart, avoir été découragés par la bruine persistante. Non pas que cela me décevait; j'appréciais beaucoup au contraire l'intimité de notre visite. J’appréciais de me balader parmi ces paysages sylvestres révélant de magnifiques œuvres d’art anciennes au détour de chaque chemin. Pour moi ces structures n'étaient pas inertes mais bien vivante portant un vibrant témoignage de leur passé. Je pouvais facilement imaginer ressentir le résidu des multitudes de présences anciennes qui émanait de la pierre et entendre les échos de ce qui fût jadis dans cette ancienne ville.

Nous nous retrouvâmes au terrain de jeu de balle.  Il était bien préservé. Il était le deuxième plus grand terrain d'Amérique Centrale, après celui de Chichen Itza.  

Après avoir contemplé le terrain, j’admis à Rafaele que je ne voyais toujours pas comment il était possible de compter dans ces anneaux du jeu de balle sans utiliser ses mains ou ses pieds. Il m’expliqua qu’il s’agissait avant tout d’un travail d’équipe. Un joueur montait la balle et la passait à un autre joueur placé au niveau du but, tout près de l’anneau, qui défléchissait la balle en utilisant son corps dans l’ouverture pour compter. Rafaele me mima la scène. Son mouvement de hanche aurait pu être comique mais il était très sérieux. Il avait plusieurs fois joué à ce jeu. Il raconta que son tout premier véritable emploi au Yucatan avait été celui de figurant et ensuite d’artiste à Xcaret.  A chaque jour de la semaine, il avait évolué comme joueur maya lors de la proportion pre-hispánico et danseur dans les segments de la deuxième partie, México Mestizo de leur spectacle de soirée. Une autre chose que j’apprenais sur lui.  C’est ainsi qu’il avait accumulé assez d’économies pour s’inscrire à l’université. Il devint alors stagiaire volontaire pour aider à la modernisation du site archéologique de Tulum et plus tard devint moniteur à l’Allure qu’il avait sélectionné en raison de sa proximité du site archéologique. Tout un parcours de vie pour quelqu’un d’aussi jeune. Il l’avait effectué essentiellement en solitaire jusqu’à sa rencontre avec Papah qui transforma sa vie. Pour ma part, je ne pouvais que lui raconter qu’un cheminement de vie plutôt linéaire, études, carrière jusqu’à ma fatidique rencontre avec le Shaman. 

Nous montâmes ensuite à l’acropole, un ensemble de structures surélevées dominant le site. Son centre est occupé par une grande cour et différents temples; sa pyramide était la plus élevée de Copán. Rafaele mentionna que cette disposition architecturale était conforme à une autre des pensées religieuses maya: le temple-pyramide correspond à une montagne («witz'» en maya), tandis que la place est l'équivalent de l'océan sur lequel flotte la terre («naab» en maya).

Au sommet de la pyramide nous trouvâmes une vue fantasmagorique.  Au dessus de nos têtes l’épaisse couverture de nuages était si basse que nous aurions pu la toucher à bout de bras. En dessous nous apercevions la place centrale noyée dans l’épais couvert émeraude de la forêt.  C'était comme se retrouver coincé entre deux surfaces solides, perdu dans une autre dimension suspendue dans le temps. J’aimais imaginer qu’au dessus des nuages les dieux Mayas veillaient sur nous et qu’en dessous, sous le tapis de végétation, les fantômes des anciens Mayas hantaient toujours les lieux. Nous restâmes là-haut pendant de longues minutes à méditer. Pour ma part j’exprimais grâce pour cette vue magnifique et irréelle que je n’aurais jamais pu imaginer.

Un fois redescendu, je m’arrêtai stupéfait devant une tête sculptée jonchant le sol. Son front dominant était prononcé et entouré par un bandeau. Son visage était rond et ridé avec de grands yeux en amande, un grand nez écrasé, des joues bouffies. Il affichait un sourire aux dents manquantes. Il était l’image de mon Shaman. Rafaele remarqua ma fascination et en était intrigué. Je lui dis pourquoi. Il examina la tête de près.

La tête était identifiée comme étant celle d’un Pauahtun ou Pawahtun, un autre nom que celui des Bacabs pour les dieux cardinaux. J’en étais surpris; j’avais toujours imaginé les bacabs comme des dieux Atlas classiques. Cela n’était pas surprenant pour Rafael. Il raconta que dans des représentations anciennes qui ne sont pas limitées au Yucatan, les Bacabs sont souvent représentés par de vieux hommes portant le grand dragon céleste car ils symbolisaient aussi les ancêtres. Cette tête de vieillard pouvait donc effectivement représenter l’un d’eux. Les Pauahtuns avaient aussi parfois les attributs d’une conque, de la tortue, des toiles d'araignée, ou des abeilles. Il confirma également qu’il était vrai que souvent les bacabs étaient aussi représentés par de jeunes hommes pourvu d’une musculature impressionnante, portant une énorme charge sur leur dos, maintenue en place par un bandeau autour de la tête. Parfois cette charge était une stèle marquant une date car ils étaient associés aux premiers jours du nouvel an du calendrier. Pour cette raison, les bacabs étaient également interpellés comme devins car ils connaissaient ce que le nouveau cycle du calendrier amenait.

Il y avait le concept du cinquième bacab central, Thup, qui m’intriguait. Il supportait l’axe central du ciel et de la terre. Rafaele mentionna qu’il faisait aussi parti de certaines légendes. Il était reconnu comme étant le plus puissant et le plus craint de bacabs. Les anciens Lacandons dans leurs cérémonies n’oublient jamais d’inclure pour lui un sacrifice au centre de l’autel en plus de leurs offrandes à chacun des points cardinaux. 

Je me demandais si dans ce contexte, s’il ne serait pas possible d’interpréter que ce cinquième Bacab ne serait nul autre que Xaman Ek ou Itzamna lui-même. Rafaele souri en disant que cela était possible parce que dans panthéon maya le même dieu avait de multiples personnalités et aspects. Certaines divinités avaient plus d’un sexe, d’autres pouvaient être à la fois jeunes et âgées comme c’est le cas des bacabs. Chaque dieu associé à un corps céleste possédait dans le monde souterrain un visage différent qui se révélait chaque matin ou dans le cas du soleil chaque soir. Pour moi il restait donc possible que cette tête corresponde bien au cinquième bacab, l’incarnation du dieu de l’Étoile Polaire ou du Roi du Ciel et qu’ils étaient intimement interreliés avec mon Shaman. Je saluai en révérence la tête incorporelle une dernière fois avant de continuer la visite.

Nous admirâmes ensuite un autel, un bloc de pierre sculpté, de base carrée, de 1,50 m de côté. La partie supérieure de l’autel est couverte d’hiéroglyphes. Seize personnages assis les jambes croisées sont représentés quatre par quatre sur les côtés. Ils représentaient les seize souverains d'une même dynastie de Copán, celle du roi Yax Pasaj. Ils portaient tous, sauf une exception, une espèce de «turban», caractéristique de Copán. Le détail et la précision des ces représentations était absolument remarquable. Une des figures passaient les emblèmes traditionnels du pouvoir à la dernière, le roi Yax Pasaj. Rafaele me fit comprendre que cette œuvre d'une grande virtuosité démontrait un message au cœur de la pensée politico-religieuse des Mayas classiques: le souverain tire son pouvoir de ses ancêtres, avec qui il communique directement.

Tout juste à côté de l’autel, il y avait une crypte où les archéologues ont découvert les restes de quinze jaguars sacrifiés. Il était présumé qu’ils correspondaient aux quinze ancêtres représentés sur l’hôtel. Chez les Mayas le jaguar est fréquemment associé à la royauté ainsi qu'au soleil nocturne traversant les enfers sous-terrain dans lesquels il tombait chaque soir, pour réémerger victorieux chaque matin.

L’escalier hiéroglyphique constituait une des structures les plus célèbres de Cobá. Il s’agissait d’une structure absolument majestueuse, qui comporte le plus long texte maya connu avec ses 2200 glyphes, sculpté avec beaucoup de détails dans la pierre des contremarches. Malheureusement, sur les 63 marches originelles, seulement 15 avaient été retrouvées encore à leur place, et de celles-ci, cinq avaient été découvertes partiellement détruites. N’ayant pu résister aux ravages du temps, les autres glyphes étaient tombés ou effacés.  Ils avaient été replacés de façon arbitraire lors de la restauration de l'édifice en 1935. Conséquemment, il est impossible de déchiffrer le texte original dans son intégrité.  Par contre l’interprétation de la partie restée lisible montrait qu’il s’agissait, tout comme l’autel que nous avions vu précédemment, d’une chronique de la dynastie copanèque depuis son tout premier roi K’inich Yax K’uk’ Mo’.

Nous pénétrâmes ensuite dan le tunnel Rosalila. A la recherche des structures les plus anciennes, enterrées par les Mayas sous les bâtiments plus récents, les archéologues avaient creusés des tunnels dans la masse de l'Acropole. Il y avait plus de quatre kilomètres de tunnel accessibles. En pénétrant dans ce trou artificiel,  je craignais qu'un tel ouvrage soit également nécessaire pour trouver l’objet que pointait le compas de Chibirias. Conséquemment, cela pourrais prendre des semaines, des mois, ou même plus, pour trouver l'accès et déterrer l'artefact que nous recherchions. Je  pris mentalement note  d'amener une paire de bonnes pelles demain.

Par le tunnel que nous avions emprunté, nous avons vu  une partie de l'édifice Rosalila enterré sous  l'Acropole et qui devait son nom à sa couleur rose-lilas. Ce bâtiment à deux étages, décoré de masques en stuc était jugé comme étant un des plus remarquables - sinon le plus remarquable des bâtiments de Copán, notamment en raison de son état de conservation. Il avait été découvert en 1991 par l'archéologue hondurien Ricardo Agurcia. L’édifice datait de la période Classique moyenne. Une inscription hiéroglyphique nous apprend qu'il a été dédicacé par le dixième roi de Copán, Lune-Jaguar, en l’an 571. La Structure Rosalila est le dernier bâtiment stuqué à avoir été construit à Copán : signe avant-coureur des maux qui devaient affliger la cité au IXe siècle, la déforestation de la région était déjà tellement avancée que les Mayas ne disposent plus de bois à brûler en quantité suffisante pour réduire le calcaire en plâtre.

Le second tunnel, le tunnel des Jaguars, qui donne accès à la Tombe Galindo, du nom de son découvreur. Sous l'Acropole, il n'existe pas moins de cinq niveaux de tunnels, jusqu'à une profondeur de plus de 15 mètres.  Une autre structure souterraine à un niveau inférieur à celui du Temple Rosalila, et plus ancienne que cette dernière, avait été baptisée Margarita. Sa façade stuquée, partiellement conservée, est ornée de têtes entrelacées d'aras (k'uk en maya) et de quetzals (mo' en maya). Ces oiseaux étaient vénérés par les Mayas comme étant une grande source de pouvoir et une manifestation divine. On y avait découvert une crypte contenant des restes humains d’une femme d’une cinquantaine d’années couverts de cinabre, le minerai rouge du sulfure de mercure.  La dépouille était ornementée d'une grande quantité de jade. Il s’agissait de la femme d’un roi. Sous la structure Margarita, se trouvent encore deux structures plus anciennes: Yehnal et enfin Hunal, tout deux contemporaines des débuts de la dynastie copanèque. Dans cette structure typique de l'architecture de Teotihuacan, reposait la sépulture de Yax K'uk Mo', premier roi de Copan qui était venu d’ailleurs, de l’ancienne métropole impériale au cœur du Mexique.

De retour à l’air libre, nous nous dirigeâmes à l'ouest du Groupe Principal des  ruines  vers un petit groupe de structures appelé «Las Sepulturas». Les archéologues y ont dégagé un bâtiment qui a jeté une lumière nouvelle sur l'histoire de Copán: la Structure était connue sous le nom de «Maison des Bacabs» mais n’avait que peu de chose en relation avec eux. Il s'agissait du palais d'un lignage aristocratique, dont au moins deux représentants étaient des scribes. Le dernier, appelé Mac Chanaal, a laissé une inscription à la gloire non seulement du souverain de l'époque, Yax Pasaj, mais aussi célébrant - chose inhabituelle - ses propres ancêtres. Les archéologues y voient l'indication qu'à la fin du VIIIe siècle, le souverain de la ville n’était plus absolu, il devait partager le pouvoir avec l'aristocratie en place.

Une fine pluie tombait lorsque nous trouvâmes refuge au « Museo de Escultura Maya ». Il s’agit d’un grand édifice de deux étages qui contient plus de 3000 pièces partagées entre 59 expositions. Le musée abrite une reproduction grandeur nature de l'Édifice Rosalila qui est vraiment splendide. Nous restâmes un long moment à l’admirer. Dans le musée nous retrouvions aussi les originaux de plusieurs sculptures qui avaient été placées ici pour les protéger des intempéries. Il y avait l'Autel dynastique ainsi que plusieurs des stèles que nous avions déjà vues. Nous avions donc auparavant admiré des copies qui avaient été installées à l’emplacement des originaux.

Par A. Saint
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Mercredi 30 décembre 2009 3 30 /12 /2009 02:06

J’étais assis seul à ma table de restaurant, j’avais déjà fini de manger mon omelette. Toujours pas de Rafaele!  S’était-il rendormi? Je décidai de lui laisser encore un peu de temps pour me joindre.

Je me servi une autre tasse à partir du presse-café qui avait été laissé à ma table. Le liquide noir, délicieusement aromatique était absolument délectable. C’était sans exagération le meilleur café que j'ai bu de toute ma vie. Il était fait à partir de fèves locales cueillie dans la vallée de Copán et fraichement rôties.

 

Je vis Madame Mercurio s’amener, elle se cherchait une place pour déjeuner. Je lui signalai de se joindre à moi. Nous échangeâmes nos salutations matinales. Elle était heureuse de me voir. Elle affichait toujours son grand sourire. Aussitôt assis, une servante s’amena pour s’occuper d’elle en lui offrant café et jus d'orange. Elle commanda ce qu'elle appelait son habituel: 2 crêpes, deux œufs miroirs,  tranche de jambon et tomate. Son assiette arriva rapidement. Elle la huma avec un grand plaisir gourmand en expliquant que ce qui lui manquait plus que tout dans ses expéditions archéologiques dans la jungle reculée était un bon petit déjeuner cuisiné.              

 

-           J’ai été surpris de voir Rafaele ici, me commenta t'elle en tartinant son pain grillé. Les Chontrons sont quand même loin d’ici! Il a étendu son sujet de thèse?

 

Elle était plutôt indiscrète cette Madame Mercurio! Peut-être essayait-elle simplement d'amorcer une conversation. Je détestais mentir, mais il me fallait bien lui répondre quelque chose. Je lui dis calmement:

 

 

 

Tout ce que j'avais dit était essentiellement vrai et j'espérais avoir satisfait sa curiosité.

 

-           Je comprends; cela est très intéressant! poursuivit Mercurio entre deux bouchées. Lorsque vous aurez terminé et serez prêt à publier, je serais très intéressé à vous lire. J'ai de bons contacts au National Geographic.

 

Cela m'impressionna. Je la remerciai poliment.

 

-          Quel sera votre prochain site après Copán? Je pourrais vous suggérer des sites qui vous intéressaient sûrement!

 

-           Quand nous aurons terminé ici, nous planifions d'aller vers l'ouest.

 

Elle approuva et en profita pour me parler de son travail au Guatemala et des fantastiques cités oubliées qui s'y trouvaient. Je regardai Mercurio comme si c'était la première fois que je réalisais que c'était une femme et c'était une très belle femme. Elle semblait constamment pausée, toujours de bonne humeur, mais on devinait en elle une grande dynamique et  passion. Il était évident qu'elle était en amour avec ce qu'elle faisait. Il fallait qu'elle soit forte, résolue pour ainsi travailler seule dans cette profession dominée traditionnellement par les hommes.

 

Elle me confia qu’elle avait cela dans le sang : ses parents étaient eux-mêmes explorateurs et historiens et ils l'avaient amenée partout, même sur les sites d'excavation. Les glyphes Mayas avaient été parmi les premiers dessins qu'elle avait faits avec ses pastels. Elle se rappelle intensément d'une visite à Elk Balam et de ces anges, ces guerriers Maya ailés, qui l'avaient complètement impressionnée.

 

En continuant à jaser avec elle, il me devint évident qu'il s'agissait d'une femme absolument brillante qui avait décidé de dédier sa vie aux anciens mayas. Elle me parlait constamment d’eux  avec une fervente passion et un respect évident pour cette ancienne culture. J’appris également son prénom : Jillian.

 

Je la trouvais de plus en plus sympathique cette docteure Mercurio, mais je maintenais une certaine réserve;  j'étais une fraude et cette femme était de plus associé avec l'Université de Harvard et le musée de Peabody ce qui me rappelait la provenance illégale de l’artefact de Chibirias.

 

Le visage de Jillian s'alluma alors qu’elle finissait son assiette.

- Vous êtes peut-être la meilleure personne pour répondre à une question qui à rapport à des excavations récentes !

Elle fouilla dans son sac à dos et en sortit plusieurs petits sac de plastique. Ils contenaient différents objets sculptés et fragment de pierres.

Je reconnu aussitôt, malgré les différentes couleurs, le minerai fin et très dur de la famille des pyroxènes,  le jade jadéite. La couleur verte plus ou moins foncée de plusieurs de ces échantillons confirmait leur nature hors de tout doute.

Je regardai Mercurio dans les yeux, me testait-elle? J’étais intimidé par elle et voulais me valoriser et me rendre crédible.

Je lui relatai mes observations en lui expliquant qu'à son état pur le jade est blanc et que ce sont les sels qu'il contient dans sa structure cristalline qui lui confère une autre couleur. Les sels de chrome donnent une couleur verte. Je lui pointai un échantillon bleu-vert dont la couleur provenait des sels de cobalt qu'il contenait. J'ajoutai que le jade noir doit sa couleur à des sels de titane alors que le jade rose contient des sels de fer et de manganèse.

Je lui montrai qu’il existe deux types de jade. La première est un clinopyroxène sodique, un aluminosilicate naturel de sodium. Il correspondait à l'ensemble de ses échantillons sauf deux, taillés comme des perles, d'une  couleur olive vitreuse et opaque. Il se distinguait des autres échantillons par sa structure cristalline. J’étais certain qu'il s'agissait du deuxième type de jade, la néphrite, une variété d'actinolite, un aluminosilicate de calcium.

Mercurio était excitée: je venais de confirmer ce qu'elle soupçonnait déjà depuis un certain temps. Un des échantillons prélevé dans des ruines mayas n'était non pas du jade d'Amérique mais de Chine!

J’admettais que sa découverte était absolument remarquable, car chose certaine on ne pouvait trouver de la néphrite en Amérique Centrale où la jadéite dominait complètement. Je voulu amener à Mercurio une importante précision, sans pour autant tuer son enthousiasme. Je lui confirmai qu’il est vrai que l'on trouve de la néphrite en Chine et que dans l'antiquité elle y était une pierre précieuse connue aussi sous le nom de  la pierre Impériale. Mais, il est également possible de retrouver de la Néphrite en Russie, en Nouvelle-Zélande et au Canada qui en est le principal producteur mondial de ce minerai. Il était donc  possible que ce Jade précieux ait été amené et conservé depuis le passage du détroit de Behring par les Amérindiens ou qu’il provienne d’échange avec des tribus du Nord de l’Amérique.

Seul un examen approfondi des impuretés du minerai ou un profil isotopique détaillé en comparaison avec des échantillons standards provenant de différentes régions permettrait de cerner la provenance de ce minerai. Mercurio était parfaitement d'accord et prit note des tests  que je lui recommandais.

Elle m'informa que la jadéite fut grandement prisée par les civilisations précolombiennes.

J'appris que le jade bleu-vert est appelé "jade des Olmèques", alors que le jade vert foncé est dit " jade des Mayas ". Le minerai provenait du Guatemala, des hautes terres du pays (Sierra de las Minas). Elle connaissait bien une collègue archéologue au
Guatemala qui avec son mari avaient découvert d'anciens gisements de jade dans la région d'Antigua les rives du fleuve Motagua qui furent minés par les Mayas à l'époque précolombienne. Ils exploitaient encore aujourd'hui leur découverte sous le couvert d'une société minière. Si j’étais intéressé à leur opération, Mercurio m'assura que cela pouvait être facilement arrangé. Je répondis spontanément que cela m'intéressait effectivement beaucoup mais que j'avais du travail à compléter avant de pouvoir considérer y aller.

 

Rafaele arriva enfin. Il était de bonne humeur, son regard clair pétillant à l'opposé de celui que j'avais laissé dans notre chambre. Moi et Mercurio le regardâmes fascinés alors qu'il engloutît en quelques minutes la montagne de crêpes contenue dans son assiette. Il avala d'un trait sa tasse de café et s'essuya les lèvres avec sa serviette de table; il était prêt à partir.

 

Il en était presque temps; je reconnu les gens avec qui nous avions échangés la nuit précédente. Ils arrivaient tous, venus eux aussi pour visiter la tombe. Un autre homme, inconnu celui- là se joignit à nous.   Il était un homme distingué  dans la quarantaine, à la barbe courte et soignée, sa tête couverte par un chapeau de style safari et ses yeux dissimulés derrière des verres fumés,. Mercurio nous le présenta comme étant le docteur Maca qui avait découvert la tombe que nous allions visiter. Il nous salua tous humblement. Il était un archéologue et anthropologue de l’Université de Colgate de l’état de New York aux États-Unis.

Nous procédâmes ensuite vers le site des ruines. Il s'agissait d'une marche très agréable d’une quinzaine de minutes pendant laquelle notre groupe continua de bavarder. Je regardais le soleil qui demeurait timide incapable de percer la brume tombante des montagnes.

J’étais excité alors que nous nous approchions d’un vaste complexe de ruines blanchâtres formés de plusieurs plazzas, nombreux temples et structures construites sur différents niveaux. Nous étions également entourés par la vallée incroyablement verdoyante de Copán  traversée par la Chamelecón Rio. Ses montagnes rondes densément boisées étaient parsemées ça et là par des plantations de cafés, d’ananas ou de larges champs dorés de tabac. Je me rappelais jusqu’à quel point j’avais grandement apprécié au petit déjeuner le café qui provenait de la plantation, ou finca, de la famille Welchez à quelques kilomètres de Copán. Il s’agissait de la même famille qui avaient fondé et exploitaient encore l’hôtel Marina.

 

Nous arrivâmes à environ 400 mètres à l'ouest de l'Acropole, le noyau cérémoniel de l’ancien Copán. À part d'un trou ouvert un petit monticule de terre, il n’y avait que peu à voir. Je jetai un coup d’œil discret sur le compas et fut déçu. Ce n'était pas ici: nous étions encore loin de l'endroit qu'il indiquait. J'observai Rafaele ravi de pénétrer dans la terre; je ne lui dis rien ne voulant pas lui gâcher son moment. Je regardai tout autour et réalisai que ce que pointait le disque de Chibirias était beaucoup plus loin que le site touristique des ruines, quelque part dans les jungles au-delà de la vallée de Copán.

 

Pendant ce temps, j'écoutais d'une oreille distraite le discours de Monsieur Maca qui nous relatait les éléments les plus remarquables de cette tombe d'un membre d'élite de l'empire antique Maya. Selon leur première estimation, la sépulture datait aux environs de  650 après Jésus Christ.  Il nous apprit qu'il s’agissait du squelette d’un homme de 50 ans  affligé par diverses maladies. Le squelette avait même des modifications dentaires, communes parmi le Maya antique.

 

La dépouille reposait droite dans son tombeau avec ses jambes entrecroisées, ce qui était peu commun. Son corps, lorsqu’il a été trouvé, était flanqué de coquillages, poterie, bateaux miniatures et ornements de jade.

 

La position du corps, la structure du tombeau, et plusieurs objets façonnés inattendus suggéraient que l'individu enterré a été un important dirigeant politique ou un membre du sacerdoce. Maca ajouta que l'individu enseveli a été trouvé avec un pectoral de jade pendu d'un collier des douzaines de perles de jade de diverses tailles et puisque le jade était un produit précieux, ces bijoux représentent donc un niveau de d’influence et de contrôles ressources économiques.  Les symboles inscrits sur le pectoral de jade indiquaient un titre politique ou une affiliation sociale à  des emplacements importants autour de la ville.

 

Maca admit que cette découverte avait été inattendue ainsi en dehors du centre cérémonieux de Copán  alors que les tombeaux appartenant aux membres de la dynastie de la cour royale de Copán sont typiquement trouvées dans l'Acropole de Copán, c’est pourquoi les archéologues avaient typiquement focalisé leur recherche dans la zone centrale de l’ancienne ville de Copán pendant les dernières décennies.

« Nous commençons maintenant à penser, dit-il,  plus largement à la grande ampleur de la ville et de ses banlieues, de la façon de protéger ce grand territoire contre le pillage et la croissance démographique moderne. Nous comprenons maintenant que la dynastie de Copán a manifesté sa puissance dan des secteurs jamais été  exploré et peut-être même au-delà de la vallée de Copán. »

 

Je regardai de nouveau vers l’est ; il ne savait pas jusqu’à quel point il avait raison.

           

Il mentionna que les poteries trouvées, certaines représentant de navires, provenaient probablement du Salvador actuel.  Maca nous a expliqué qu’il était ainsi peu probable que ceux-ci aient été faits dans Copán et qu'elles signifient une certaine sorte d'affiliation culturelle avec la région de leur provenance. Les coquillages ont été également retrouvée dans le tombeau et leur disposition semblaient indiquer une carte cosmologique et peut être une représentation des eaux originelles de la mythologie de la création de Maya. Maca nous a indiqué que les coquillages proviennent sûrement d’échanges commerciaux avec la côte. Cette découverte  fournissait aux archéologues et anthropologues  une idée plus précise de la société de Copán de la période Classique qui était culturellement beaucoup plus diverse que l’ont avait crû jusqu’ici. Maca conclut que la découverte leur fournissait un cadre archéologique peu commun les aidera à augmentent leur connaissance de la complexité sociopolitique et culturelle de la ville antique et du paysage funéraire et rituel de la vallée de Copán pendant le septième siècle (A.D.)

 

À ce moment Rafaele émergea du sous-sol absolument enchanté remerciant chaleureusement le docteur Maca pour ce moment privilégié. J’exprimai également ma gratitude. La visite était finie, le groupe commençait à se disperser.

 

Je pris Rafaele par le bras et lui dit à voix basse :

 

Ce n’est pas ici ! J’ai vérifié le compas. D’après ce que je peux estimer, cela pourrais être à dix ou tout au plus vingt kilomètres d’ici en direction de l’est.

 

Rafaele était songeur.

Tu es certain ? C’est bien loin d’ici; cela nous mènerait quelque part dans les montagnes.

Je bougeai affirmativement  la tête.

Cela correspond à la longitude que nous avons originellement déterminée.

Tu as l'air déçu! commenta-t-il en me regardant.

Je lui admis:

Je suis juste un peu frustré: j'avais tellement espéré que cela serait plus  facile cette fois!

 

Moi aussi !, admit Rafaele. Je me console en me disant que si cela serait facile, il y a longtemps que cela aurait été découvert par quelqu'un d'autre.

 

En effet!  acquiesçai-je.

 

Cré Rafaele ! Il n’était pas du tout contrarié pour autant.

Je vais préparer tout ce qui est nécessaire pour l’expédition annonça-t-il tout à fait résolu.  Tout fougueux, il s’apprêtait déjà à partir.

Je l’arrêtai et lui suggérai :

Il n’y a pas tant de presse, nous pourrions partir demain matin. Ne veux-tu pas en profiter pour visiter les autres ruines de Copán pendant que nous sommes ici ?  

Il me regarda avec gratitude. Il n’avait pas besoin de me répondre.

Nous fûmes alors conscients de la présence de Mercurio tout près de nous. Combien de temps avait-elle été là ?  Qu’avait-elle entendue ?

Elle nous regardait curieusement. Je pensais qu’elle était pour dire quelque chose mais elle ne nous dit rien alors que le docteur Maca vint la rejoindre pour discuter des travaux de remblayage.

Par A. Saint
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