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6 Chicchan 3 Xul : Tulum, Quintana Roo, Mexique (18/07/2005)
Le vent hurlait, proférant ses menaces de destruction à venir. Un homme défiait la pluie battante qui commençait à déferler violemment et contemplait avec appréhension l’océan depuis le flanc de la structure ancienne d’"El Castillo". Il était habillé d’un poncho imperméable, ne laissant qu’entrevoir une tête ébène aux cheveux lisses avec des yeux noirs limpides. Il avait une figure maigre à la peau brune, ciselée, racée, intelligente avec un nez busqué. Ahulane Kin Balam, baptisé sous le nom chrétien de Saul, observait la mer grise et écumeuse constamment déchirée par des vagues de plus en plus violentes qui assaillaient le littoral sans répit. Au delà de la mer, il scrutait un horizon opaque, impénétrable, tout aussi obscur que la nuit malgré le soleil de l’après-midi qui brillait encore derrière lui. Il savait qu’au-delà de cet horizon se terraient les forces destructrices et colossales de l’ouragan qui venait. Il crevait le cœur du jeune Maya de penser à la dévastation que pourrait causer l’ouragan sur la cité antique de Tulum.
Le dernier bulletin de nouvelles avait décrit les longues files de touristes apeurés qui avaient envahi l’aéroport de Cancun en voulant fuir devant le cyclone tropical de catégorie 5, le maximum de l’échelle de la force des ouragans de Saffir-Simpson. Le gouvernement du Mexique avait d’ailleurs déclenché depuis samedi une évacuation massive des centres hôteliers et des plateformes pétrolières maritimes alors que l’ouragan s’apprêtait à déferler avec ses vents de plus de 200 kilomètres par heure sur la péninsule du Yucatan. Les dernières estimations des météorologues du Centre National américain des ouragans à Miami avaient projeté que l’œil, le centre du cyclone appelé Emily, toucherait terre à la Riviera Maya dans la soirée.
- C’est la furie de Huracan qui te fait peur?
Saul sourit et se tourna vers Papah, le plus ancien des préposés à l’entretien du site archéologique de Tulum qui venait tout juste de le joindre. Le vieil homme était protégé par un vieil imperméable de caoutchouc kaki et surveillait l’est à son tour.
Saul comprenait bien l’allusion du vieil homme. Dans la mythologie Maya, Huracan, le cœur des cieux, était un des dieux originaux du vent, de l’orage et du feu qui vivait dans les vents et nuages. Ce dieu avait tenté d’éradiquer par le Grand déluge l’humanité qui avait irritée les autres dieux. Son nom était d’ailleurs à l’origine du mot ouragan, « Hurricane » en anglais. Saul répondit au vieux maya :
- Avant ceci, j’ai survécu comme enfant à des tremblements de terre ainsi qu'aux guerres de mon pays natal et grandi dans le chaos de la Cité des Anges. Ceci est mon premier ouragan. Je dois admettre que « le dieu à une jambe » m’inquiète, non pas pour moi-même, mais pour les autres Mayas qui n’ont que des refuges rudimentaires contre sa furie.
Il ajouta en regardant les ruines derrière lui:
- Il me peine aussi de penser que cette ville pourrait disparaître...
Papah l’interrompit :
- Ce n’est pas le premier ouragan de Tulum ou des mayas du Yucatan!
Ce lieu a survécu aux guerres, famines, épidémies, conquistadores espagnols, aux révoltes, à l'évangélisation, la civilisation moderne, la pollution et jusqu’ici aux touristes!!!
Sur ce dernier mot, il fit une grimace sarcastique qui fit rire Saul.
Il avait beaucoup d’affection pour Papah. Il avait été un mentor pour lui en lui communiquant son héritage culturel et spirituel en tant que membre de la tribu des Itzas. De plusieurs façons, il avait été aussi le père qu’il n’avait jamais pu avoir ayant été arraché de son Peten natal pour être adopté aux États-Unis.
- Maintenant, dit le vieil homme en martelant le jeune maya de son index, toi tu n’est pas de pierre tout comme cette cité! Tu devrais aller à ton abri!
Saul ne bougea pas.
- Va! ordonna Papah en lui mettant ses mains ridées sur ses épaules. On a tout fait ce qui était à faire. On a recouvert les fresques de plastiques, consolidé les structures les plus fragiles. Il n’y a rien d’autres à faire. C’est dans les mains du seigneur Chac. Cela sera selon sa volonté!
Il y eu alors un éclair lointain suivit d’un roulement sourd de tonnerre comme pour souligner le nom du dieu maya bienveillant du tonnerre et de la pluie qui assurait la fertilité et les récoltes.
- Tu vois Chac est d’accord avec moi! insista Papah avec un sourire amusé.
Saul savait que Papah avait raison. Le dieu Chac, avec son visage grimaçant et son nez éléphantesque tordu, était un des dieux les plus vénérés des mayas. Il amenait la pluie et assurait l'abondance des récoltes.
Saul et Papah échangèrent un regard en voyant de nouveau la foudre transpercer la mer au large. La pluie augmentait en intensité.
-Tu viens avec moi? demanda le jeune Maya à son aîné.
Le vieil appariteur hocha la tête.
- Moi, je dois faire un dernier tour, tout vérifier une dernière fois. C’est mon travail et pas le tien! Toi, tu vas aller te réfugier! ordonna de nouveau Papah.
Le vieil homme ajouta sur un ton grave pour calmer une fois pour toutes les hésitations du jeune homme:
- Va! Fait confiance, ait foi. N’oublie jamais qui tu es et ton héritage en tant que fils d’Itzamna.
Ce fut les dernières paroles que Saul entendit de Papah.
Saul était terré dans la petite chapelle du complexe hôtelier qui avait été transformé en un refuge de fortune. Seule la lumière faible et blafarde des lampions éclairait leur abri en raison de l’électricité qui avait failli et du soucis d’économiser les piles des lampes de poche. Ce petit refuge était rempli par d’autres employés du complexe hôtelier où il travaillait ainsi que des membres de leur famille. Ils avaient tous choisi de rester à l’Allure malgré le risque de la mer proche. Pour ces derniers, le complexe de vacanciers était leur seule famille et moyen de subsistance. Les clients de l’hôtel avaient été depuis longtemps été évacués par autobus à l’auditorium du collège de Valladolid à plus de 100 kilomètres à l’intérieur des terres.
Seul l’épaisseur d’un mur en blocs de béton et de ciment se dressait entre eux et la tempête. Les grandes portes en bois massif de l’église avaient été barricadées. Saul pouvait entendre la furie qui rageait à l’extérieur de la chapelle. Par-dessus le puissant sifflement strident des vents, il percevait parfois le claquement de portes, la chute d’arbres ou de poteaux ainsi que le fracas d'objets s’écrasant contre les plaques de tôles qui protégeaient leurs fenêtres. Assises sur les bancs et fixant l’autel et la croix au fond de la petite église ainsi que l'icône sacré de Sa grande Dame, un quatuor de femmes récitaient de façon monotone leur chapelet, le son de leurs prières couvertes par les cris et pleurs d’enfants effrayés et de la voix calmante de leur mères. Il tourna son attention à son Yaesu VX-5RS, sa petite radio à ondes courtes portable. Tout en gardant son oreille contre le haut-parleur, il balaya la bande de fréquences à la recherche de communications ou d’informations concernant l’ouragan et la région. Il ne trouva qu’une seule station radio de Cancun perceptible de façon erratique dans le bruissement de la statique. On y annonçait que l’ouragan avait été réduit à un niveau 4 et qu’il avait d’abord frappé l’île de Cozumel de plein fouet avant de relâcher toute sa furie sur Puerto Aventuras où son œil avait touché terre. C’était à ce lieu, à une trentaine de kilomètre au Nord de Tulum qu’on s’attendait à retrouver les pires dommages. Cela le concerna grandement : il connaissait beaucoup de gens à Puerto Aventuras.
Saul ferma les yeux et se permit de s’assoupir un instant assis par terre, le dos contre un mur. Toute la fatigue cumulée de la journée le rattrapa et il tomba rapidement dans un profond sommeil.
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6 Chicchan 3 Xul : Chichen Itza, Yucatan, Mexique
Elle était enveloppée par les vents, la pluie et le tonnerre et telle une déesse, elle se dressait du haut des hautes parois rocheuses. Il était évident à la lueur des éclairs, que cette apparition à la silhouette gracieuse drapée de blanc était bien de chair. Son visage délicat affichait une grande inquiétude et appréhension alors qu’elle surveillait le puits sacré dont le fond montait, constamment gonflée par les pluies diluviennes.
Deux bras musclés émergèrent des eaux turbulentes et, entre les deux bras apparut une tête noire aux cheveux lisses, aux yeux d’un bleu violet profond qui semblait limpide même dans cette obscurité. Il avait une figure symétrique, parfaitement ciselée avec un nez droit. Il était magnifique, de la même race qu’elle. Il ne portait qu'un réservoir d'air comprimé.
Le jeune homme regarda au sommet du puit du cenote pour croiser le regard attentif de sa compagne qui cachait difficilement son désappointement. Il échangea quelques mots avec elle dans une langue que la Terre n’avait pas entendue depuis des millénaires. Elle pensa un moment et ordonna à l’homme de continuer. Ce dernier lui signala d’un geste de la tête qu’il avait bien entendu.
Il continua ainsi ses plongées jusqu’à ce qu’elle lui indique à contrecoeur d’abandonner. Sa voix était triste alourdie par son espoir trahi: leur recherche n’avait produit aucun résultat. À l’aide d’une corde, il remonta rapidement l'enceinte du puit sacré maya apparemment sans effort et avec une agilité extraordinaire. Il se débarrassa de sa bombonne d’air comprimé, complètement nu, révélant un corps aussi puissant que parfait. Il lui prit la main doucement en la regardant avec ses yeux toujours aussi résolus et plein de compassion. C’est sans équivoque qu’il signala qu’il était impératif de partir. Il s’engagèrent dans le sentier désert qui quittait les abords du cenote sacrificiel et s’arrêtèrent subitement. Elle montra un panneau battu par les vents et la pluie et demeura devant perplexe. Le visage de l’homme s’alluma dans un éclair de compréhension. Une lueur s’alluma dans son regard, tout comme dans celui de la femme: celui de l’espoir qui renaissait.
Ils reprirent leur chemin et disparurent dans la nuit et la tempête.
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7 Cimi 4 Xul: Tulum, Quintana Roo, Mexique
Saul se réveilla en sursaut. Il s’était endormi malgré lui; il avait même rêvé. Un rêve des plus étranges d’ailleurs. Il y avait gravi l’escalier d’une haute pyramide. Il se rappelait vivement du ciel cristallin, bleu, riche et sombre comme un saphir. Au zénith de ce ciel trônait une étoile fixe et étincelante autour de laquelle tous les autres astres du firmament orbitait révérencieusement. Cette étoile était au sommet d’un arbre, le Ceiba. Il y avait trois animaux autour de l’arbre : un ours au pelage jaune ivoire, une chouette blanche ainsi qu’un jaguar noir. Les animaux prirent forme humaine et devinrent deux hommes et une femme. La femme qui était sur sa droite était jeune, très belle, toute drapée de blanc éclatant. Son front était orné d’un fin diadème avec un croissant argent, comme celui de la lune à sa première phase avec ses pointes dirigées vers le haut, qui retenait de longs cheveux aux boucles serpentines de la couleur de la nuit. En face de lui, de l’autre côté du tronc de l’arbre, se dressait un puissant guerrier armé d’une lance. Il semblait tout droit sorti d’une fresque ancienne. Il portait armure et un couvre chef à l’effigie du guépard. Son regard de fauve était particulièrement féroce et perçant. Il tenait la main de la femme. C’est l’autre homme qui se tenait à sa gauche dont l’apparence le choqua le plus. Un homme blanc, athlétique, aux cheveux d’or et yeux d’un bleu limpide, à la gueule carrée comme de nombreux touristes de la Riviera Maya. Il s’était donné les attributs du dieu soleil, c’était un sacrilège, il était un homme blanc!
Maintenant qu’il y repensait, Saul étaient convaincu que cela n’avait pas été un rêve ordinaire, ses souvenirs demeurant encore si vivides. Il comprenait certain des symboles de son rêve. Il y avait juste ce profanateur d’homme blanc pour lequel il ne trouvait pas d’interprétation, mais il n’avait pas le temps d’y méditer plus longtemps. Ils avaient survécu à la tempête pendant la nuit. Il voulait avec la levée du jour quitter l’abri et affronter l’extérieur malgré la mauvaise température qui persistait encore. Il était accompagné par d’autres volontaires, tous ouvriers de l’hôtel. Alors qu’ils ouvraient les deux grandes portes de l’église, tous avaient le cœur serré en appréhendant la désolation qui pouvait les attendre. Saul se dirigea vers la plage et trouva l’ensemble de la piscine, patio complètement submergé en partie par l’océan furieux et le cenote qui débordait. C’est en marchant avec de l’eau jusqu’au cheville qu’il découvrit qu’une partie du restaurant d’El Charro, ainsi que les huttes, cabanes et quai près de la plage avaient été soufflés hors d’existence. Il pouvait observer quelques cocotiers et arbres jonchant le sol, complètement déracinés. Les bâtiments principaux avaient quelques baies vitrées brisées mais leur structures étaient indemnes mis à part quelques légers dommages à leur toit. Les chambres de l’hôtel n’avaient pas subit de dommage apparents. Il n’y avait aucune électricité et pour cause: il ne restait rien à certains endroits du réseau de distribution électrique qui avait été arraché. Les lignes téléphoniques étaient dans le même état. Le complexe hôtelier était quelque peu mal amoché mais dans son ensemble restait essentiellement intact. Saul ne douta pas un instant que les autres employés réussiraient très vite à restaurer par leur labeur le complexe hôtelier à sa pleine splendeur d’avant le passage de ouragan. Il le rassurait de penser que sans doute d’ici deux jours tout au plus, les touristes pourront revenir et profiter de nouveau du déjeuner qui sera servi à la Hacienda. Et si l’hôtel avait ainsi survécu à l’ouragan, qu’en était-il des ruines de Tulum? Il quitta avec empressement les autres employés de l’hôtel qui dans l’allégresse générale remerciait Dieu d’avoir protégé leur hôtel.
Il décida de marcher sur les dix kilomètres le séparant des ruines de Tulum. Il aurait pour autant s’agir de 100 kilomètres tellement que la route était longue et pénible alors qu’il était constamment battu par les rafales brutales de vents et la pluie incessante. Mais il n’avait pas le choix, la route était inondée à plusieurs endroits et couverte de détritus ce qui auraient rendu toute circulation automobile périlleuse ou sinon impossible. Il était résolu de continuer car il s’agissait bien du seul moyen d’atteindre les ruines en ce moment. Il entrevit en chemin les restants de toits arrachés, les pylônes utilitaires de bétons brisés et de métal tordus, étalés tout le long de la route. Saul remarqua qu’il ne restait rien d’un charmant complexe hôtelier de huttes aux toitures de chaume qui existait le long d'une bande reculée de la plage tout près du site archéologique de Tulum. Il connaissait bien l’endroit qui avait été particulièrement populaire avec les randonneurs et jeunes touristes. Un autre hôtel peint rose et bleu situé à l'intersection de l'autoroute et du chemin menant au site archéologique avait aussi été visiblement éprouvé par l'ouragan. Il n'y avait plus aucune trace d'une petite boutique de souvenirs, une cabane de bois, qui se trouvait auparavant tout près de l’entrée du stationnement à l’ouest. Cela lui fit craindre le pire alors qu'il sauta la barrière de métal et emprunta le chemin de terre menant aux ruines de l'antique citée de Tulum.
Il vit d’abord, dans la distance, la muraille de 5 mètres qui sur trois côtés enclavait les ruines et qui se dressait apparemment toujours intactes. Il traversa l'enceinte de la billetterie et gravit rapidement les marches de pierre et accouru sur le site de l’ancienne ville Maya. Il inspecta tour à tour les extérieurs de la maison du puits, du temple des fresques, le temple miniature, du grand palais, du temple du dieu descendant, de l’oratoire, du Castillo, du temple de la stèle initiale ainsi que les autres structures et plateformes répertoriées. Il n’avait trouvé aucun dommage significatif. Même la paire des tours d’El Torreón qui était déjà précaire avait, comme le reste de la ville Maya, bien survécues à l’ouragan. Saul sourit ne sachant pas trop si il devait remercier Dieu ou Chac de ce miracle. En fait, il était fort surpris d’être le premier arrivé sur le site, même avant Papah. Il continua sa visite sans attendre en se rendant vers l'océan. Les plages étaient submergées par la mer encore furieuse. L’érosion causées par la tempête était flagrante. À certains endroits la falaise surplombant la plage s’était même effondrée. Il trouva même le coin de ce qui semblait être à première vue une pierre de fondation de la ville qui s’était déterrée tout juste derrière le Castillo, sans doute révélée à la suite du bouleversement des sols. Elle était très proche de la falaise. Saul se rapprocha de la pierre prudemment car quelque chose d’inusité y avait attiré son attention. Il y avait bien quelques taches de couleur rouge sur cette pierre. En prenant toutes les précautions, il tassa le sable et dégagea encore plus délicatement la terre à la surface de la pierre pour y découvrir à sa plus grande surprise la tête de Chac coiffé d’une tête de jaguar en bas relief qui portait encore les traces de sa peinture rouge originale et qui ne faisait qu’une petite partie d’un plus grand ensemble. Il passa sa main tremblante sur la pierre. À sa grande surprise, il réalisa qu’il n’avait pas découvert une pierre mais bien une stèle. Il y devinait d’autres glyphes sculptés dans la pierre autour et au-dessus le jaguar. Une partie des glyphes arrangés en colonnes indiquaient la date par le long compte, c’est à dire le nombre de jour écoulé depuis la date du 14 août 3114 avant Jésus-Christ. Il calcula rapidement que la stèle datait du début du dixième siècle. Il pouvait aussi interpréter une partie des autres écrits visibles qui référaient au Dieu Chacal Bacal, ce qui signifiait le Bacab rouge, dont le nom était Hobnil, comme gardien bacab de l’est et dont les années Kan lui était assigné. Il trouva aussi le nom associé de Chak-Xib-Chac, c'est à dire le dieu Chac rouge de la pluie.
Saul était surexcité, c’était peut-être la découverte de la décennie pour Tulum. Saul recouvra nerveusement la partie exposée de la stèle avec une couche de sable ainsi que de son propre poncho imperméable afin de la protéger de la pluie même si elle avait évidemment résisté aux éléments jusque là depuis plus d'un millénaire. Il avait hâte de partager avec Papah sa grande découverte. Mais en fait où était-il? Il devait sûrement être à Tulum depuis longtemps. Le vieux maya était surement affairé à inspecter les ruines et estimer l'étendu des dégâts.
Saul commença à parcourir les ruines à la recherche de Papah mais en vain. Il cria depuis la plateforme des danseurs au centre du complexe mais ses appels restèrent sans réponse. Il semblait être la seule âme vivante à Tulum. Un sentiment grandissant d’inquiétude l’envahissait, une crainte qui se concrétisa lorsqu’il trouva la vieille jeep olive de Papah stationnée près du rempart sud du site archéologique. Elle était couverte de feuille et débris et avait passée selon toute évidence l’ouragan à cet endroit. Ce qui voulait dire que vieil homme avait affronté l’ouragan ici, dans l’enceinte de Tulum.
Saul cria encore et encore le nom de Papah et chercha cette fois à l’intérieur des structures partout sur le site.
Il le trouva dans le temple des vents. Il y était allongé sur le plancher de pierre, les yeux fermés, son visage figé dans une expression paisible. Il était habillé d’un costume cérémoniel maya. Non pas celui qu’on montrait au touristes, mais un véritable habit de grand prêtre. Il était habillé d’un pagne de coton ajusté et matelassée richement ornée avec de lourds colliers de jade, obsidienne, turquoise, perles et coquillages. Il portait, tel une cape, une peau de jaguar sur ses épaules. Il avait aussi de larges boucles d’oreille ainsi que des bracelets de jade ciselés et massifs. Il chaussait des sandales complétées par des protège chevilles taillé également en peau de jaguar. Mais ce qui restait le plus spectaculaire était son couvre chef élaboré dont la forme évoquait aussi la tête du félin sacré dont les yeux étaient des turquoises. La tête était couronnée par de magnifiques plumes vertes de quetzal, l’oiseau sacré maya. Il portait dans sa main droite le bâton sacré que Saul savait légué par son père et transmis par des générations d’ancêtres avant lui. Ce sceptre était un symbole d’autorité et indiquait un haut rang religieux. Sa main gauche était rouge, teintée par son propre sang coagulé.
Saul ne savait que faire; d’une part il n’avait jamais vu Papah ainsi. Mais il était paralysé par une plus grande crainte.
Maladroitement il s’adressa à Papah :
-Hé! Ce n’est pas le temps de dormir, amigo!
Mais il n’y eu pas de réponse, le silence mis à part les plaintes du vent. C’est avec le souffle court et appréhension qu’il toucha le corps à peine tiède. Il rechercha sans succès un pulse au poignet et dans le cou. Il s’obstina pendant un bon 15 minutes à prodiguer des techniques de réanimation inutiles avant d’accepter l’évidence que Papah était mort depuis trop longtemps. Il se jeta par derrière et se réfugia dans un coin recroquevillé, en sanglotant comme un enfant pendant un long moment. Il reprit sur lui-même et remarqua un bol presque complètement vidé de son contenu qui semblait être un potage de maïs et qui avait été répandu aux quatre coins de la salle sans doute en offrandes aux dieux. Il reconnu aussi la senteur encore présente de copal qui avait été brûlé comme encens. Papah s’était lui-même coupé la main dans un rituel de sang et il avait imprégné sa main sanglante sur le mur faisant face à la mer y laissant ainsi l’empreinte d’une main rouge, le symbole d’Itzamna. Tout près de Papah, il y avait aussi une gourde laissée ouverte qu’il ramassa et sentit. Il y trempa ses lèvres et y goûta. Il s’agissait bien de la boisson rituelle du balché, où l’écorce de cet arbre est fermentée dans un mélange d’eau et de miel et parfois entremêlée d’hallucinogène.
Une poussée de colère étreint Saul.
-Que faisais-tu vieux fou? Que faisais-tu? Par ton rituel tu espérais quoi? Tu voulais l’intervention de tes dieux? Pourquoi? Pour sauver Tulum?
Seul le vent sifflant lui répondit en brisant le silence.
- Qu’importe cela ne valait pas ta vie, vieux fou ! cria-t-il sèchement et amèrement et frappant le bol d’un coup de pied.
Il s’arrêta net, saisi par un puissant sentiment de honte.
Il réalisa soudainement qu’on ne pouvait retrouver Papah ainsi. Il ne pouvait laisser ce souvenir de lui, cette image, à la vue de tous. Tout le ridicule qui en découlerait; Papah avait dédié toute sa vie à Tulum et méritait mieux. Bientôt des agents gouvernementaux et des journalistes viendront à leur tour visiter Tulum pour constater les dégâts laissés par l’ouragan. L’ancienne ville côtière maya était une propriété gouvernementale mexicaine maintenant et on y avait prohibé la pratique des anciens rituels. Il pouvait facilement imaginer l’embarras causé par les titres du genre « Anciens rites païens encore pratiqué dans paradis touristique! ». Cela ne pouvais être l’héritage légué par Papah qui passerait alors que pour un vieil illuminé. Il avait dédié sa vie à Tulum et méritait mieux que cela.
Saul se résolu à enlever de la dépouille de Papah son habit cérémoniel pour l'échanger avec ses vêtements habituels. Ce faisant, il se sentait coupable d'être ainsi devenu un profanateur en trahissant la mémoire de Papah qu’il savait une homme fier.
Que lui avait dit Papah tout juste avant qu’ils se quittent?
De ne pas oublier son héritage Maya. Chose certaine, il n’oublierais jamais Papah.
Pour la sauvegarde de l’âme de son défunt mentor, Saul implora et pria en son nom tous les dieux qu’il connaissait, incluant celui du Christ mort sur la croix. Il avait foi d’aider ainsi à force de prières son vieil ami afin qu’il ne soit pas retenu ni par le dieu de la mort Yum Cimil ou par Ah Punch, le roi du monde obscur des morts de Xibalba,. Il se laissa ensuite aller et pleura, s’affligeant de la perte de celui qui avait été pendant si longtemps sa seule famille. Il passa ainsi plus de six longues heures, seul avec la dépouille avant que quelqu’un vienne enfin.