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2 Cauac 17 Chen (30/09/2005) Montréal, Québec, Canada
Nous étions au dernier jour du mois de Septembre. En ce vendredi soir d’automne, je me retrouvais à rien avoir à faire, sans boulot, sans travail pour la première fois de ma vie. Je déambulais sans but précis sur la rue de la Commune parmi les touristes. Cette route longeant le port de Montréal était une des plus pittoresque de ville. Mais je ne la voyais pas. Je marchais en essayant en vain de ne penser à rien et d’oublier, ne serait-ce qu'une minute, que je venais d’être congédié par la compagnie minière où je travaillais comme ingénieur. Mais cela m’était impossible. Je fulminais à la pensée qu’ils m’avaient rappelé de Kuujjuaq pour m'annoncer mon congédiement sans aucun avertissement! Pourtant j’avais bien fait mon travail. J’avais fait pour eux la découverte de nouvelles zones minéralisées démontrant des teneurs élevées en Cuivre et Nickel et qui étaient riche en palladium, platine, cobalt et or et même en uranium, cela à moins de 10 mètres de profondeur dans mes travaux dans le nord de la ceinture de Smith.
Au diable le fait qu’ils n’avaient pas jugés ces aventures assez rentables! Mes découvertes représentaient deux mines exploitables et trouver ces sites et évaluer leur praticabilité était mon job. Je n’étais quand même pas responsable de la faiblesse de la valeur des métaux sur les marchés internationaux!
Je m’arrêtais sur un quai d’où je pouvais voir les puissants flots du fleuve St-Laurent. Je pris une grande respiration et humait l’air humide. Les lumières vives et multicolores de la Ronde, de l’autre côté du pont Jacques Cartier, miroitaient et semblaient danser sur l’eau. La réflexion montrait aussi derrière moi la ligne des gratte-ciels et de lumière blanche qui découpait le Mont-Royal. Mais cette beauté cosmopolite ne me touchait nullement, je ne me rappelais pas d’avoir jamais été aussi bouleversé. Je venais de passer quatre heures à me défoncer à la gym comme un malade en tentant d’y passer ma frustration. Mais cela avait été peine perdue, car si je m’étais épuisé physiquement, la colère dominait toujours mon esprit. Je n’y pouvais rien, je me sentais complètement trahi. Pendant plus de quatre années j’avais travaillé pour cette même compagnie à rechercher des minerais précieux dans les régions les plus repoussées du Canada. Lors de ma première année avec eux, j’avais réalisé pour eux la prospection qui avait amené à la découverte d’une veine de vanadium dans le grand Nord du Québec. J’avais même initié le projet d’extraction de minerai et mon plan d’ingénierie avait été considéré une grande réussite par tous, y compris par le gouvernement Canadien qui en avait fait mention, en raison de la façon dont j’avais surmontées toutes les difficultés liées au travail tout en respectant un environnement aussi délicat que difficile. La clé de mon succès avait été les ententes que j'avais conclues avec les collectivités locales qui participaient pleinement au projet et en partageait les profits. Il m’était facile de négocier un traité avec les Cris ou Inuits. Ils avaient mon plus grand respect et ils me le rendaient. Mais tout cela ne m’avait valu aucune reconnaissance de la compagnie malgré que ce projet demeure encore aujourd’hui le plus lucratif de leur division minière. À leurs yeux, j’étais payé pour cela et ils n’attendaient rien de moins de moi. Mais pire encore, pour ce projet je n’avait que récolté que jalousie de leur part ainsi que leur reproches d’avoir passé les intérêts indigènes avant ceux de la compagnie.
Je me trouvais maintenant sur la rue St Paul avec sa multitude de restaurants et bars. Sous mes pieds je sentais les pavées de pierres. Devant moi, défilaient les artistes de ruelles et l’animation de la place Jacques Cartier. Je ne m’arrêtai pas. Je voyais des gens discutant joyeusement ensemble autour d’une bière, des couples d’amoureux prenant un dîner romantique et je les enviais terriblement. Je trouvais cela injuste. Comment pouvaient-il être aussi heureux alors que j’était complètement misérable, seul, sans job et sans vie. J’aurai 30 ans le neuf octobre prochain et maintenant je me rendais compte à quel point j’avais sacrifié inutilement plusieurs aspects de ma vie pour mon travail.
La rage me consumait toujours, je goûtais même la bile dans ma gorge. Je résistai à la tentation de me saouler, de noyer mon chagrin dans l’alcool et décidai plutôt de retourner chez moi. Tout en chemin, je ne pouvais m’empêcher de me poser certaines questions restées en suspens. Pourquoi m’avaient-ils vraiment congédié? Pourquoi maintenant? La réponse m’était subitement évidente sans doute parce qu’enfin mon courroux avait recédé quelque peu.
J’avais effectivement localisé dans le site delta 4 la maudite kimberlite qui m’avait presque coûté la vie et qui m’avait valu de longs mois de convalescence. Trouver une kimberlite est une chose, mais cela nécessitait ensuite de déterminer ensuite la taille du gisement, son contenu en diamants et également la taille et la qualité des diamants ces deux derniers facteurs étant primordial puisque dans l’industrie du diamant, le produit final est évalué à la pièce. La distribution des diamants doit être également connue afin de déterminer la stratégie d’extraction, soit une extraction en surface ou souterraine. Pour formellement déterminer le contenu en diamants des kimberlites, il est nécessaire de recueillir et traiter des tonnes de roche provenant du sommet de leur cheminée. Une concentration en diamants d’environ 0,5 carat par tonne est suffisante pour que l’exploitation d’une mine soit jugée rentable; une concentration variant entre 2 et 4 carats par tonne est excellente. Il faut donc comprendre avec tout cela que toutes les kimberlites ne sont pas diamantifères ou économiquement exploitables.
Avant de s’engager dans des opérations aussi laborieuses et coûteuses, il est pratique d’effectuer des forages et des examens pétrologiques qui peuvent également évaluer l’étendue du gisement et son contenu en diamants?.
Mes analyses minérales montraient un fort degré d’oxydation et une basse température pour le matériel de la kimberlite impliquant que le magma avait eu le temps de s’équilibrer graduellement en pression et température lors de sa montée en surface. La présence de quantités importantes de carbonates et de graphite confirmait cette interprétation. Ceci confirmait que la montée du magma avait été lente ce qui allait de pair avec le fait que la kimberlite au site delta 4 était très étroite comme l’avait démontré mes études de réflexion séismique peu profonde?. Une telle petitesse est vulnérable à toute obstruction et contraint le flux de magma ce qui l’empêche de s’évacuer rapidement. Enfin, je ne croyais pas que cette petite kimberlite avait ses racines assez profondément enfouies dans le manteau supérieur terrestre, c’est à dire à 150-200 kilomètres de profondeur où se trouvaient les pressions températures nécessaires pour la formation de diamants. Je devais donc en conclure que les conditions étaient défavorables à la présence de diamants à la kimberlite du site delta quatre. Il ne pouvait qu’y exister tout au plus une quantité minime de diamants ce qui rendait tout développement de ce site non viable.
Ce n’était pas ce que ma compagnie désirait entendre et encore moins présenter aux investisseurs. On m’avait donc demandé de réviser mon rapport en lui donnant une vision plus « optimiste ». J’avais refusé. Le Vice-président lui-même m’avait ensuite convoqué pour m’expliquer à quel point la survie de la compagnie dépendait d’injection de capital neuf.
Ils étaient prêt à investir 18 millions de dollars pour réaliser un échantillonnage en vrac de 500 tonnes de matériel kimberlitique au site. Ils voulaient promettre aux investisseurs un résultat d’au moins 300 carats de diamants lors de ces travaux, incluant plus d’une douzaine de diamants de poids supérieurs à 1 carat. Je savais ces objectifs étaient irréalistes et irréalisables. De tels investissements seraient un gaspillage, sans compter qui pilleraient le site naturel des Monts Torngat et le patrimoine de Nanuvik pour rien. Je suis resté intraitable. Le VP rejeta tous mes arguments scientifiques et résuma tout cela à une simple différence d’opinion entre lui et moi.
J’avais été convoqué en cet avant-midi au siège social de Montréal par les ressources humaines qui m’annoncèrent alors qu’on me laissait partir parce que l’on avait jugé que je n’étais plus un membre productif et positif de l’équipe. Ils me mirent dehors sur le champ et ils confisquèrent tout mon matériel. Ils n’avaient pas tenu compte que je faisais une grande partie de mon travail chez moi et qu’en fait tout l’essentiel était là-bas.
C’est alors que je réalisai que maintenant que je n’étais plus là, les salauds pouvaient s’approprier ma découverte et l’utiliser comme ils l’entendaient. Pensaient-ils vraiment s’enrichir en exploitant des diamants dans le grand nord du Québec ou tenteraient-ils, avec leur mirage, de leurrer des gens avides de fortunes rapides? Je pris note d’en parler à mon Ordre des ingénieurs ainsi qu’à mes contacts au ministère de l’énergie, des mines et des ressources. Non pas qu’il s’agissait de vengeance de ma part, mais de les prévenir d’une activité potentiellement frauduleuse. J’étais aussi décider à porter plainte aux normes québécoises du travail pour mon renvoi injustifié. Mes démarches engendreraient sûrement d’épineux problèmes à mes anciens employeurs mais même cette pensée ne me fournissait aucun réconfort. Enfin, j’avais déjà communiqué dès ce midi avec mes amis Inuits afin de les prévenir et les protéger contre ces gens sans scrupules.
J’étais tout près de chez moi sur le boulevard de Maisonneuve lorsque je passai, comme je l’avais fait des centaines de fois précédemment, devant la vitrine de l’agence de voyage « Terre Humaine ». Je m’arrêtai pour contempler les affiches accrocheuses qui montraient des jeunes gens souriants, profitant du soleil, de la plage et d’une mer d’azur. Plusieurs destinations internationales alléchantes y étaient annoncées : Barcelone, Paris, Miami, Acapulco, Rio. L’agence de voyage était déjà fermée à neuf heures. Je songeai en parcourant ces publicités que la meilleure chose que je pouvais faire serait de partir loin d’ici quelques temps et de faire le point. Je me promis d’y revenir à la première heure demain.
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3 Ahau 18 Chen (01/10/2005)
Montréal, Québec, Canada
Je me retrouvais devant l’agence de voyage. Après une certaine hésitation, j’ai enfin osé franchir la porte de la boutique. Une agente m’accueillit aussitôt. On pouvait lire « Kris » sur l’épinglette de laiton accrochée sur sa poitrine. Elle était une jolie petite femme dynamique dans le début de ses vingt ans, aux cheveux noisette avec des yeux noisettes pétillants. Son sourire accroché entre deux mignonnes fossettes était tout à fait charmant.
- Je peux vous aider? offrit-elle avec les traces d’un petit accent anglophone.
- Avez-vous des forfaits de vacances tout inclus? demandais-je.
Elle m’invita à son bureau et s’affaira à son ordinateur.
-Cela serait pour quand? Vous voyagez seul? Vous avez une préférence pour la destination?
- Le plus tôt possible serait le mieux et je serai seul, répondais-je visiblement embarrassé. Je n’ai aucune préférence concernant le lieu.
- Un forfait de dernière minute. Ce sont souvent les forfaits les plus avantageux assura-t-elle en souriant comme pour me réconforter.
- Il y a les Club Med proposa-t-elle. Cela vous conviendrait?
Je lui signalai oui de la tête.
Elle s’excusa :
-Malheureusement, je n’ai rien de disponible avant la deuxième semaine d’octobre et cela en Tunisie. Mais attendez, j’ai quelque chose qui pourrait vous intéresser continua-t-elle en pianotant le clavier de son ordinateur. Que diriez vous du Mexique, la péninsule du Yucatan? Je pourrais personnellement recommander un complexe hôtelier/Spa de 5 étoiles où je suis moi-même allée. Je le recommande à mes amis. Il s’agit d’un « tout inclus ». Ce complexe hôtelier de luxe est sur la plage à la portée de nombreux intérêts touristiques en plus de plusieurs sites archéologiques.
De nouveau elle afficha son merveilleux sourire.
Elle me présenta une brochure que je parcouru rapidement. Je contemplai pendant quelques minutes les photos d’une mer de saphir aux écumes d’argent s’embarquant sur une plage blanche albâtre piquée par des palmiers aux couleurs d’émeraudes, des chambres luxueuses, de magnifiques bâtiments stylisés de couleur jaune orangé, des salles à dîner somptueuses, de riches buffets, diverses activités aquatiques et sportives. Il y avait plein de gens semblant avoir le meilleur temps de leur vie. On pouvait également y lire:
5 stars-6 apples
This outstanding 24-hour All Inclusive is located on one of the most unique beaches in the Riviera Maya. The Allure Mayan Riviera Resort, just 5 minutes from Tulum and 30 minutes from Playa del Carmen, provides upscale surroundings and combines fun and relaxation with the ancient world of the Maya. It is the only resort in the Riviera Maya where you can view the ancient ruins of Tulum from your beach!
Contact Info:
Allure Mayan Riviera Resort
Riviera Maya Km. 234
Tulum Quintana Roo, Mexico C.P. 77780
52.984.871.3333 Phone
52.984.871.3357 Fax
Tout y semblait magnifique et invitant. Cela correspondait exactement à tout ce que je désirais à ce moment.
- Ils offrent des prix avantageux comme vous voyez, et si vous restez pour une deuxième semaine, elle ne vous coûtera que la moitié du prix régulier! indiqua Kris.
Pour quatorze jours, incluant l’avion et les taxes, le forfait revenait ainsi à moins de dix-neuf cents dollars.
- Pourquoi un prix aussi bas ? demandais-je en me méfiant quelque peu.
- Cette promotion a pour but d’y attirer de nouveau les touristes. Vous savez peut-être que la Rivera Maya a subit un ouragan le mois de juillet dernier? répondit Kris. Mais rassurez-vous, il n’y a là-bas aucun dommage ou désagrément résiduel au passage de l’ouragan. Je dois aussi vous indiquer que le mois de septembre est le mois des orages tropicaux là-bas. Mais ce mois sera déjà passé à votre arrivée là-bas. Pour le mois d’octobre, vous pouvez vous attendre à un ou deux brefs orages pendant la semaine avec du soleil et des températures chaudes d’environs 30 degrés Celsius.
Elle me regarda dans les yeux avec un air des plus sincère et m’assura :
- J’ai vraiment eu à l’Allure, les meilleures vacances de ma vie et je compte y retourner au printemps prochain. Croyez-moi, il s’agit d’une véritable aubaine si vous recherchez un endroit luxueux qui serait parfait pour vous reposer ou au contraire vous dépenser dans une multitude d’activités...
Le discours de Kris m’avait convaincu et de toute façon comment pourrait-on refuser quoi que ce soit à son séduisant sourire? Je pouvais très bien y aller car rien ne me retenait. Dans deux jours, j’aurais vingt-neuf ans et je devais célébrer cela et non en faire un enterrement. De plus, je n’avais pas pris de vraies vacances depuis plus de cinq ans. J’avais bien sûr vu le soleil de minuit depuis la toundra canadienne mais je savais bien que ce pâle et froid fantôme n’était pas le chaud soleil énergisant des caraïbes. Je me décidai enfin en estimant que je pouvais très bien me permettre cette dépense. À mon retour seulement, je me concernerai avec la recherche d’un nouvel emploi. À défaut de d’autres choses, je trouverai là-bas, peut-être malgré moi, du plaisir ou une certaine paix.
-Vendu! dis-je simplement. Je sortit mon portefeuille et lui présentai ma carte Visa Or.
-Vous n’êtes pas un client qui a de la difficulté à se faire une idée! sourit Kris. Mes préférés!
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4 Imix 19 Chen (02/10/2005)
Montréal, Québec, Canada
Je quittai le centre-ville de Montréal très tôt le matin du dimanche pour me retrouver à l’aéroport de Dorval. Je n’avais qu’une valise sur roue comme compagnon. L’aéroport normalement affairé et grouillant de voyageurs était en grande partie encore endormi. Il était étrange de le voir ainsi presque vide. Je retrouvai les comptoirs de ma compagnie aérienne qui était une des seules à être ouvert à cette heure matinale. L’essentiel des destinations annoncées étaient aux Mexique et caraïbes. Je suis allé voir la représentante et lui présentai mon passeport. Elle m’enregistra machinalement pour le vol et me souhaita un bon voyage tout en me tendant la carte de préembarquement qu’elle venait d’imprimer. Je pris le billet en la fixant de mon plus beau sourire en lui disant un chaleureux merci en tentant de susciter une quelconque réaction chez elle. C’était peine perdue, car je n’existais déjà plus pour elle lorsqu’elle appela de sa voix rauque et monotone:
-Suivant! Next!
Je passai la sécurité en présentant mon passeport et mon billet d’avion. Ma valise fut l’objet d’une fouille méthodique. On ne voulait rien laisser au hasard depuis les incidents du onze septembre. Après avoir passé sous l’arche des senseurs de la sécurité, un préposé me passa rapidement un détecteur de métal et me laissa joindre mon terminal. Étant en avance par plusieurs heures, j’aurais pu en profiter pour dormir un peu comme bien des gens que je voyais roupiller sur les bancs du quai d’embarquement, mais je ne pouvais pas. Non pas parce que j’étais heureux et excité, mais plutôt parce que j’éprouvais une étrange appréhension et nervosité que je ne pouvais m’expliquer. Je ressentais une insécurité persistante et me remettais constamment en cause pour la sagesse de cet acte spontané. Après tout j’étais au chômage. Je me répliquais alors avec sarcasme que ce voyage était sans doute une meilleure alternative que de rester chez moi à rien faire en attendant ma première prestation d'assurance emploi ou que de sauter du haut du pont Jacques Cartier!
En trempant mes lèvres dans un café, je regardai par les grandes vitres panoramiques l’extérieur où des nuages lourds défilaient devant un ciel gris. Une journée d’automne qui s’annonçait pluvieuse et froide. Une préposée d'Air Transat s'installa au comptoir du quai d'embarquement qui afficha alors notre numéro de vol et l'heure prévue pour le départ. Il s'agissait d'une petite hispanique dynamique etriante qui s'occupa attentivement des questions simultanées dont la bombardait plus d'une demi-douzaine de passagers. Je compris que plusieurs d'entre eux n'avaient pas de réservations et étaient en attente. Peu de temps après, le groupe des pilotes, officiers et agentes de bord défilèrent devant elle et franchirent la porte qui s'ouvrait sur le corridor d'accès à l'avion. Je terminai d'un trait mon café et me levai, car approchait le temps de s’enregistrer de d’embarquer. Un sourire me vint alors spontanément à la pensée que Montréal connaîtrait une après-midi misérable lorsque j’aurai les pieds trempés dans les eaux chaudes des caraïbes sous les feux du soleil du Mexique.
L’embarquement se déroula dans la demi-heure qui suivie. Après avoir de nouveau présenté ma carte d'embarquement je m'engageai dans la passerelle qui menait au cockpit.
Une chaleureuse hôtesse de l'air m'y accueillit et me dirigea vers mon siège. Je fus impressionné par l’intérieur de l’avion, vaste et tout y semblait neuf. Je comptais plus de douze rangées de sièges. J’évaluai que l’avion était rempli aux trois quarts de sa capacité lorsqu’on commença à présenter les mesures de sécurités pré enregistrées sur les écrans vidéo. Je regardai les agents de bords que j'imaginai soulagées de ne pas avoir à répéter ces présentations routinières et monotones surtout qu’elles se faisaient successivement en français, anglais et espagnol.
L’avion prit position sur la piste de décollage et peu de temps après son envol. J'étais toujours aussi impressionné par le vrombissement des réacteurs et de l'accélération du décollage qui nous collait au fond de nos sièges. J’avais pris l’avion des centaines de fois dans mes voyages au grand nord avec la compagnie d'air Inuit, mais il s’agissait de petits avions à quelques places. Ceci était tellement différent!
Je feuilletai les magasines laissé devant moi, dans une poche à l’endos du siège précédent. Il y avait un catalogue d’articles hors taxe ainsi qu’un magasine de voyage que je feuilletai. Il y avait un article sur Vancouver, les plages d’Acapulco, les plaisirs gastronomiques du New York métropolitain. Je délaissai le magazine et fermai les yeux et tentai de relaxer. La voix du capitaine me tira de mes rêveries, il annonçait que nous avions atteints notre altitude de croisière et que nous devrions atterrir à Cancun pour 15 heures quinze, heure locale.
Peu de temps après, une agente de bord m’offrit une collation et un breuvage que je mis simplement de côté. La présentation du film “La guerre des Mondes” version Spielberg avec Tom Cruise commença alors. N’ayant aucun intérêt pour ce film, je me lançai dans la lecture du « Seigneur des Anneaux : Bilbon le hobitt ». J’avais déjà lu le livre lorsque j’étais au Secondaire, mais depuis que j’avais vu la trilogie des films du Seigneur des Anneaux, je voulais le relire mais n’en avais jamais eu le temps auparavant. J’appréciais, tout en lisant, de plus en plus l’idée de ne rien avoir à faire d’autres que de profiter de mon temps en égoïste. C’était donc cela des vacances!
Les hôtesses servirent le dîner, elles offraient du une assiette de pâtes ou du poulet (quoi d’autres!). J’avalai rapidement la poitrine de poulet mariné dans une sauce barbecue. Je fus déçu de ne rien apercevoir de mon hublot depuis notre départ de Montréal, sauf une épaisse couche de nuage. Nous éprouvions parfois de petites turbulences qui devinrent plus fréquentes et plus sévères. Il ne tarda pas au capitaine de rallumer l’insigne nous indiquant de garder nos ceintures de sécurité bouclées. Il s’adressa de nouveau à nous en anglais et français :
-Mesdames et messieurs, nous éprouvons des turbulences à notre approche de Cancun. Vous pouvez en blâmer les restes de l’orage tropical Stan qui traverse présentement la péninsule du Yucatan et devrais émerger dans le golf du Mexique. Il pleut présentement à Cancun avec des vents en rafale de 35 miles à l’heure et une température de 87 degrés Fahrenheit. Rassurez-vous, nous ne nous attendons pas à aucune complication pour notre atterrissage. Cette dépression s’éloigne et son influence aura de beaucoup diminué lorsque nous serons à Cancun.
J’observai pendant l’avis du pilote que les hôtesses éprouvaient elles-mêmes de la difficulté à se déplacer et à se stabiliser. J’acceptai volontiers le café qu’elle servit.
Je tentai de me replonger dans mon livre mais cela était difficile avec l’avion que je sentais continuellement secoué. Tout service fut alors interrompu et le pilote demanda aux hôtesses de regagner leur siège et boucler leur ceinture. Ma voisine de siège était malade une agente de bord pris promptement soin d’elle.
Ces vacances ne commençaient vraiment pas comme je l’avais imaginé! Les mots rassurants de Kris me revirent à l’esprit :
« ...vous pouvez vous attendre à un ou deux jours de pluies avec du vent sur deux semaines.... ».
J’espérais qu’elle disait vrai autrement cela risquait d’être des vacances plutôt pitoyables! M’étais-je fait avoir? Ce que je ne ferais pas pour le sourire d’une fille... Plus jamais je ne me ferai prendre!
Le capitaine nous avisa de notre approche finale pour Cancun alors que les agents de bords s’affairaient à nous préparer à l’atterrissage. De mon hublot, je réalisai que nous avions enfin traversé le plafond nuageux et je pouvais entrevoir parfois, selon l’orientation de l’aile, un tapis vert à perte de vue. Lors de la descente, les seules indications de présence humaine étaient le tracé des lignes électriques, quelques minces chemins de terre, une colonne de fumée où la forêt venait tout juste d’être abattue. J’entrevis les eaux turquoise et saphir se perdant dans l’infinité de l’est, découpées par le littoral parsemé de nombreux complexes hôteliers juxtaposés.
Dès que l’avion se posa et que ses pneus touchèrent le sol, des applaudissements se firent entendre dans la cabine. Je réalisai alors que seuls les québécois applaudissaient. Je me demandais le fondement de cette tradition exactement. Etait-ce pour remercier Dieu d’avoir survécu le vol, le pilote de son accomplissement ou simplement la joie d’être arrivé? Probablement les trois à la fois.
L’avion roulait encore et malgré que l'on nous demanda de rester assis à nos sièges tant que l’appareil ne se serait pas immobilisé, les gens commençaient impatiemment à ramasser leurs effets personnels et à s’empresser vers la porte. Lorsqu’elle s’ouvrit enfin, je senti l’air chaud et humide de l’extérieur s’engouffrer dans l’habitacle de l’avion. Tous débarquèrent et ramassèrent le reste de leurs valises sur les chariots pour se diriger vers le service d’immigration Mexicain. Cette section de l’aéroport me rappelait un immense amphithéâtre dont l’unique passage en labyrinthe délimité par des barrières de sécurité aboutissait à six agents d’immigration terrés dans des cabines de verre. Pour la première fois, je portai attention aux passagers. Il y avait de nombreux couples de différents âges ainsi que quelques jeunes familles dont la peau blanchâtre trahissait leur citoyenneté canadienne. Je semblais être le seul jeune homme célibataire à bord. J’atteignis éventuellement un agent d’immigration qui vérifia mes papiers et me souhaita la bienvenue au Mexique. Il me restait la sécurité et les douanes à traverser que je trouvai assez particulière. On devait d’abord presser sur un gros bouton de plastique rouge, de la grosseur du poing d’un enfant. Si la lumière correspondante était verte, le passage n’était qu’une formalité. Si par contre la lumière s’avérait rouge, on procédait à une fouille minutieuse des bagages ainsi qu’à un interrogatoire en règle. Je fus soulagé d’obtenir une lumière verte.
Une pluie battante m’attendait à la sortie de l’aéroport. Mon imperméable était inaccessible au fond de ma valise. Mais cela ne me dérangeait pas, la pluie chaude, l’air salin portée par le vent m’était vivifiant. Par contre, il faisait vraiment très chaud. C’était extrêmement accablant et torride pour moi qui étais habitué à une chaleur de dix degré Celsius aux meilleurs de l’été dans le Grand Nord. J’étais impatient d’échanger mes jeans pour un short léger. Je suivis les autres voyageurs à la rencontre d’un groupe de jeunes gens mexicains qui étaient dehors malgré les intempéries et criaient pour attirer notre attention. Ils brandissaient différents écriteaux, dont certaines étaient des affiches élaborées et imprimées en couleur qui contrastaient avec d’autres simplement écrites à la main sur un carton mouillé avec les noms de différents hôtels et clubs. Je trouvai finalement une petite demoiselle enjouée aux cheveux tressés qui portait un écriteau «Allure Mayan Riviera Resort».
Je me présentai à elle, elle vérifia mon nom sur sa liste qu’elle cocha et me dirigea vers un autobus. C’était un vieil autobus scolaire jaune qui était déjà presque plein. J’étais trempé jusqu’à l’os mais réalisai que je n’étais pas le seul. En me cherchant un siège je réalisai qu’il n’y avait que peu de gens qui apparemment avait partagé le même vol que moi. J’étais à peine assis au fond de l’autobus lorsque nous démarrâmes. Notre jeune hôtesse nous souhaita la bienvenue et nous avisa que notre voyage prendrait environ une heure et demie, de relaxer et profiter du transport. Elle distribua un ensemble de dépliants et guides touristiques concernant notre hôtel et ses environs. Je fus déçu de réaliser que nous avions déjà quitté la région de Cancun sans rien voir de la ville. Je remarquai que nous empruntions l’autoroute « Mex 307 » en direction sud.
Je lu que la péninsule du Yucatan comporte trois états mexicains : Quintana Roo, qui inclut la côte orientale, et où était mon hôtel « tout inclus » ; le Yucatan, dans le nord-ouest, et Campeche dans le sud-ouest, que je n'avais pas l’intention de visiter.
De nombreuses affiches touristiques bordaient la route dont celles du parc d’attraction de Xcaret, des randonnées équestres de Puerto Aventuras, des attraits de l’île de Cozumel ainsi qu’une affiche montrant un homme et une femme en plongée sous-marine dans des grottes appelées « cenoles ou cenotes » qui retinrent particulièrement mon attention. Géologiquement, je savais déjà que la péninsule du Yucatan avait été façonné par l'impact de la Terre avec un bolide cosmique qui, selon nos théories modernes, avait causé l’extinction des dinosaures. Les profondeurs du golfe du Mexique cachaient le cratère de Chicxulub, résidu de cette collision cataclysmique. La péninsule du Yucatan est essentiellement composée d’une galette tout à fait plate de pierre calcaire, qui jusqu'à la dernière période glaciaire reposait au fond de la mer. L'érosion et la pluie on sculptés dans cette pierre frêle le réseau de grottes et de rivières souterraines qui sont devenues les cenotes.
Un autre panneau montait des merveilles naturelles de Xel-Ha ainsi que la possibilité de nager avec des dauphins. Je me promis d’essayer plein d’activités pendant mes vacances. Une chose était certaine: si je m’ennuyais pendant ces vacances, cela serait uniquement de ma faute.
Un jeune couple voisin, me sourirent et tentèrent d’entamer une conversation. Leur anglais trahissait un fort accent du sud des États-Unis. Il se présentèrent comme étant Ted et Judith de Louisville au Kentucky. Il était un homme sympathique dans la mi-vingtaine aux cheveux châtains soignés et aux yeux bleus; elle était une petite blonde plus réservée aux cheveux bouclés. Ils ne pouvaient contenir leur excitation et pour cause : ils devaient se marier dans la petite chapelle du complexe hôtelier en ce Jeudi et célébrer leur lune de miel. Ils m’apprirent également que certains membres de leur famille respective nous accompagnaient. Ils se tenaient constamment les mains en me défilant l’histoire leur première rencontre, leur plaisir mutuel d’avoir enfin rencontré l’âme sœur, la demande formelle en mariage. Ted embrassa la main de sa fiancée. Ils étaient tout à fait charmants jusqu’à ce qu’ils interrompirent leur histoire en réalisant que je n’avait pu jusque là glisser un seul mot. Je me présentai à eux. Ted me demanda alors la question fatidique, si j’étais marié. Je lui répondis tout simplement que je n’avais jamais eu la fortune de rencontrer mon âme sœur. Bizarrement, cette réponse les réjouit au plus haut point. Judith expliqua que Ted avait posé cette question parce que sa sœur n’avait pas d’escorte au mariage. Elle me prit la main tout en me regardant dans les yeux en disant qu’elle serait heureuse de me voir me joindre à leur célébration ainsi qu’à leur réception après. Son regard me disait qu’elle n’accepterait pas un non de ma part. Je promis en souriant que j’y serai. Ted voulu aussitôt me présenter sa sœur, mais sa fiancée l’en empêcha en lui serrant le bras. J’aimais bien cette Judith. Je retournai mon attention vers ma fenêtre, où la pluie était devenue bruine. Je voyais essentiellement défiler des boisés interrompus par les entrées barricadées de complexes hôteliers alors que ces derniers restaient eux-mêmes invisibles masqués par une végétation abondante. À mi-chemin nous rencontrâmes notre premier signe évident de civilisation, une petite ville que nous traversâmes rapidement. A part quelques intersections de rues perpendiculaires j’y vis également défiler un centre commercial d’une couleur rose gomme.
Une jeune et jolie femme s’approcha de mon siège et me demanda si elle pouvait s’asseoir avec moi. Elle avait de longs cheveux châtain clair et un délicat petit nez retroussé. C’était vraiment une très belle femme et j’avais reconnu le lien de parenté. Je la désarmai aussitôt en lui demandant si elle n’était pas la sœur de Ted. Je jetai un regard vers Judith qui cachait son visage dans ses mains et Ted qui regardait avec le plus grand intérêt. Je l’invitai à se joindre à moi. J’appris qu’elle s’appelait Angela et qu’elle était une chanteuse classique. Elle terminait ses études supérieures à l’université d’Indiana à Bloomington. Elle parlait très bien le français ainsi que l’allemand et l’italien. Notre conversation s’anima; je me retrouvai ainsi en charmante compagnie. Nous discutâmes d'opéra et de chansons classiques. Elle me parla aussi de sa co-locataire Lydia qui lui manquait beaucoup. En fait, elle parlait avec émotion de « sa » Lydia, une élève pianiste à l’académie de musique. J’interceptai un clin d’œil complice que Ted destina à sa sœur. Je vis Judith lever les yeux au ciel.
Le voyage continua et les indications routières nous informaient que nous nous approchions d’une ville d’importance, Tulum, ce qui signifiait également que nous nous approchions de notre destination. Une borne à Xel-Ha indiquait un centre archéologique proche ce qui m’intrigua. Je scrutai le bord de la route pour effectivement distinguer des structures de pierres en ruines perdues dans la forêt tropicale. Peu de temps après, on croisa un panneau indiquant le centre hôtelier « Allure Mayan Riviera Resort », souligné par cinq étoiles, à moins de 1 kilomètres et demi. Tout juste avant notre arrivée à l’hôtel, il y avait sur le bord de la route un petit centre d’artisanat mexicain affichant des tapis et tissus au couleurs chaudes et criantes. L’autobus atteignit enfin un portail élaboré en fer forgé noir qui s’ouvrit à notre rencontre sur un chemin de pierres imbriquées délimité par de grands palmiers. Excité, j’entrevis alors les terrains de tennis, une salle de spectacle à ciel ouvert, des bâtiments blanc et jaune soleil, munis de véranda et d’une architecture typiquement mexicaine. Je ne voyais aucun bâtiment qui ne dépassait deux ou trois étages, aucune structure élevée. L’autobus s’arrêta devant un grand bâtiment aux baies et portes vitrées qui semblait être le bâtiment principal du complexe. J’émergeai le tout dernier de l’autobus, heureux de réaliser que malgré le ciel couvert, toute précipitation avait cessée. Nous étions aussitôt accueillit par les membres du personnel qui souriaient en nous appelant tous par nos prénoms et en nous souhaitant la bienvenue « chez nous ». J’accompagnai Angela lorsqu’on nous invita à l’intérieur en nous passant des serviettes fraîches et parfumées d’eau de rose qui étaient bienvenues dans la chaleur et humidité ambiante. Alors que nous nous tamponnions nos visages, le champagne glacé nous était offert et sur un plateau d’argent par un monsieur à la peau brune dans un costume noir de trois pièces avec la cravate en argent. J’étais un peu inconfortable de me voir servir ainsi comme un richard. Ce n’était vraiment pas mon genre.
La salle de réception de l’Allure était grande, vaste, rectangulaire. Son plancher était de lattes d’un bois marron foncé entrelacées. Une table, immédiatement à l’entrée, offrait du encore plus de champagne conservé sur glace ainsi que des hors d’œuvres appétissants comme pour nous souhaiter cordialement la bienvenue. De nombreux valets étaient affairés à nous aider avec nos bagages. Sur notre gauche se trouvaient un valet et une préposée stationnés à un pupitre identifié « Concierge » muni d’un ordinateur. Derrière ce pupitre je pouvais distinguer une grande bibliothèque toute garnie dans une salle de lecture toute de verre, comportant des livres et des journaux avec une vue imprenable sur la piscine, la plage et l'océan. De nombreux meubles anciens de guingois ainsi que des fauteuils et divans de bois sculptés se trouvaient dans la salle, tous aussi confortables et à la portée de nombreux téléphones de courtoisie. Enfin, il y avait sur la droite le bureau de la réception vers lequel je me dirigeai avec Angela que j’invitai à passer avant moi. Elle fut accueillie par une jeune mexicain qui n’avait même pas atteint la vingtaine, habillé impeccablement d’un pantalon noir, chemise blanche et d’une veste de couleur bourgogne. Après quelques minutes Angela se tourna vers moi et m’annonça qu’elle se rendait à sa chambre et que l’on se reverrait sans doute plus tard.
Le jeune réceptionniste s’adressa alors à moi, sa plaque d’identification dorée épinglée sur sa poitrine indiquait le nom d’Enrique :
-Buenas tardes! Good afternoon! Bonjour!
-Bonjour répondis-je. J’ai une réservation au nom de Marc-Antoine Michel.
Il consulta son registre sur ordinateur.
-Si Señor Michael, vous êtes à chambre trois-un-zéro-deux! confirma le préposé en s’efforçant de me parler en français.
Il me tendit ma carte-clé à bande magnétisée ainsi qu’un plan du complexe hôtelier énumérant également tout les services disponibles. Il leva la main et un valet se présenta aussitôt. Il lui ordonna d’amener mes bagages à la chambre.
-Señor Michael, indiqua le préposé, il y aura une réunion d’orientation en francés à cinq heures trente à la salle de cinéma. On expliquera et répondra à vos questions. Bienvenu à l'Allure Monsieur!
- Muchas Gracias Señor! répliquai-je dans mon meilleur espagnol.
Je suivis le valet qui traînait ma valise à roulette. Nous nous engageâmes sur ce qui me sembla être l’allée principale du complexe faite de tuiles de terre cuite rouge. Elle était bordée d’une haie soigneusement taillée et d’immenses bols de terre cuite contenant des arrangements floraux. Sur le terrain j’observai de magnifiques arbres ornementés de fleurs ayant la forme du lys et la couleur de l’ivoire ainsi que des bosquets de petites fleurs rouge et magenta. Je tentai d’éviter en marchant les nombreuses flaques d’eau, vestiges de l’orage tropical qui venait de passer. On passa sous un premier bloc de deux étages de chambres dont le tunnel s’ouvrit sur un jardin centré d’une splendide fontaine de pierre. D’autres bâtiments se trouvaient devant, à gauche et à droite. Il s’agissait de l’agglomération des deux mil deux cents. Je notai les balcons munis de deux chaises, d’une table en verre et fer forgé ainsi qu’un grand hamac ayant vue sur la cour jardin intérieure. Nous continuâmes vers le complexe suivant et tournâmes vers le bâtiment sur la droite qui abritait les trois mil cents où se trouvait ma chambre.
Nous passâmes devant un carré de boisé sauvage ou j’aperçu un gros iguane qui paresseusement leva la tête à notre passage. Ma chambre, une suite junior, se révéla tranquille, accueillante et vaste. Je remerciai le valet et lui laissai un pourboire qu’il accepta gracieusement. J’examinai la chambre. Les plafonds étaient élevés, ils faisaient près de dix pieds. Une paire d’éventails à palme y était accrochée. Il y avait deux grands lits blancs de style californien colonial sur lequel avait été déposé des pétales de fleur écarlate et une serviette qui avait été soigneusement pliée dans la forme d’un cygne. J'y trouvai également deux petits chocolats enrobés dans un papier d’aluminium coloré ainsi qu’une carte me souhaitant la bienvenue signé à la main part de la femme de chambre qui s’occupait de mes quartiers dénommée Chantel. Il y avait un grand téléviseur et dessous un petit stéréo avec un lecteur de disques compacts intégré. J’étais heureux de m’être amené quelques disques de ma collection.
Il y avait un mini réfrigérateur que j’ouvrai pour compter 4 bouteilles d’eau, plusieurs choix de boissons gazeuses, jus de fruits ainsi que de la bière Dos Equis XX. J’avais un grand placard ainsi qu’une belle commode en bois sculptés, un grand divan confortable avec un pupitre et chaise. Dans le placard se trouvait un coffre de sûreté électronique à combinaison digitale. Le plancher de la chambre était de marbre blanc tout comme les tuiles, le lavabo et la cabine de la douche de la salle de bain. La douche était assez grande pour pouvoir accommoder deux personnes. Il y avait trois grandes étagères de bois marron dans la salle de bain sur lesquelles je plaçai mes effets personnels. Je mis mon portefeuille passeport, billets d’avion en sécurité dans le coffre, rangeai rapidement mes vêtements dans le placard et la commode et me changeai en enfilant un short sportif. Je m’arrêtai devant le miroir. Le short était court et exposait les cicatrices de mes cuisses. Mon torse aussi montrait une toile de scarifiages séquelle de ma rencontre avec cet horrible démon de l’arctique. Je n’avais pas songé qu'avec cette chaleur, je me m’exposerais ainsi à la vue de tous. Je détestais les regards curieux et inconfortables. Je changeai pour un pantalon court kaki descendant jusqu’au bas du genou et enfilai un T-shirt à manches courtes. J’espérais qu’en bronzant éventuellement le tracé des mes plaies de l’an dernier s’atténuerait. Je me lançai à l’exploration du complexe de l’Allure. Je sortis de ma chambre en m’assurant que j’avais ma carte clé magnétique et tombai aussitôt face à face avec mon voisin reptilien, l’iguane, qui semblait me regarder négligemment de son bosquet de jungle.