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Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 19:35

 

Il y avait un mini réfrigérateur que j’ouvrai pour compter 4 bouteilles d’eau, plusieurs choix de boissons gazeuses, jus de fruits ainsi que de la bière Dos Equis XX. J’avais un grand placard ainsi qu’une belle commode en bois sculptés, un grand divan confortable avec un pupitre et chaise. Dans le placard se trouvait un coffre de sûreté électronique à combinaison digitale. Le plancher de la chambre était de marbre blanc tout comme les tuiles, le lavabo et la cabine de la douche de la salle de bain. La douche était assez grande pour pouvoir accommoder deux personnes. Il y avait trois grandes étagères de bois marron dans la salle de bain sur lesquelles je plaçai mes effets personnels. Je mis mon portefeuille passeport, billets d’avion en sécurité dans le coffre, rangeai rapidement mes vêtements dans le placard et la commode et me changeai en enfilant un short sportif. Je m’arrêtai devant le miroir. Le short était court et exposait les cicatrices de mes cuisses. Mon torse aussi montrait une toile de scarifiages séquelle de ma rencontre avec cet horrible démon de l’arctique. Je n’avais pas songé qu'avec cette chaleur, je me m’exposerais ainsi à la vue de tous. Je détestais les regards curieux et inconfortables. Je changeai pour un pantalon court kaki descendant jusqu’au bas du genou et enfilai un T-shirt à manches courtes. J’espérais qu’en bronzant éventuellement le tracé des mes plaies de l’an dernier s’atténuerait. Je me lançai à l’exploration du complexe de l’Allure.  Je sortis de ma chambre en m’assurant que j’avais ma carte clé magnétique et tombai aussitôt face à face avec mon voisin reptilien, l’iguane, qui semblait me regarder négligemment de son bosquet de jungle. 

 

Le complexe contenait de nombreux exemples de la magnifique architecture mexicaine de type hacienda aux couleurs vives pour ses chambres et les structures de service. Il y avait aussi plusieurs ouvrages de fer forgé travaillé, rouillé qui donnait une impression d’antiquité remontant à l’époque coloniale. Je trouvai la magnifique piscine désertée, en raison de la température maussade, par les nombreuses gens adulé du soleil qui normalement devaient relaxer étendues sur les chaises longues vides tout alentour. Juste à la droite de la piscine se trouvait un grand bar où dans un coin tranquille, j’observai une monitrice donner à l’aide d’un tableau effaçable ce qui me sembla être une leçon d'espagnol rudimentaire à quelques touristes. Derrière le bar était situé une petite cabine sous des palmiers liés entre eux par de grands hamacs. Un jeune homme y était posté pour nous fournir de grandes serviettes bleues et moelleuses à volonté. Je remarquai le filet de Volley-ball à proximité. Je me dirigeai ensuite sur la plage à la rencontre des eaux chaudes de la mer des caraïbes. Je savourai l’air du large que je respirais à fond. Je sentait le sable était doux sous mes pieds. J’hésitai un moment, regardai tout autour et décidai enfin de laisser tomber ma pudeur et enlevai mon T-shirt que je déposai sur la plage et m’aventurai dans l’eau salée et chaude qui était sans arrêt agitée par les vagues. Malgré le temps couvert, l’eau était vraiment délicieuse.  Je notai qu’après une certaine distance de quelques mètres de la plage que les fonds de sablonneux devenaient rocailleux. Cela ne m’empêcha de plonger dans la  vague qui venait. Je nageai ainsi pendant une bonne heure, finalement heureux, lavé de mes soucis.

 

Je sorti finalement de l’eau et me séchai et continua ma visite. Je croisai un bar achalandé où l'on me fit découvrir le goût d'un mohitos pour la première fois. Toute l'opulence qui caractérisait cet hôtel « tout inclus » me fascinait.  Je me sentais coupable de m’adonner de toute cette luxure, je savais bien que le mexicain moyen n’était pas aussi fortuné mais il était tellement simple de céder aux charmes et confort de l’endroit. J’étais timide alors que le personnel me demandait d’abord ma permission pour me servir et qu’il me remerciait après que je leur aie donnée. Si jamais je déclinais leur offre, je me sentais presque honteux comme si je les avais laissé tomber. Je compris assez vite qu’ils faisaient leur travail avec cœur. Tout comme à Cuba, cette Riviera Maya, avec ses complexes hôteliers accolés les uns aux autres, misait sur l’industrie touristique et l’argent des gringos comme moi pour leur fournir des emplois et faire rouler leur économie. Mais en rien je voulais n’abuser des gens: j'étais fait ainsi. Tout en  continuant de me promener, je savourais un autre mohitos.  Je réalisai avec bonheur que malgré sa richesse et sa prestance, l’Allure n’avait pas un iota de prétention.

 

Je trouvai le Spa adjacent à la piscine et découvrit derrière un restaurant sous une grande terrasse. Il était désert. Je trouvai le personnel à la grande plazza adjacente. Il était affairé à y arranger des chaises et des tables et d'y placer des couverts. De nombreux cuisiniers installaient tout autour d'eux de grandes tables aux nappes blanches équipées de réchauds. Ils préparaient un somptueux banquet. Une jeune animatrice de l'hôtel m'aperçu et vint à ma rencontre. Elle était un magnifique petit bout de femme tout enjoué. Elle avait troquée son maillot rouge, dans lequel je l'avais remarqué auparavant à la piscine, pour un bustier blanc de coton et de dentelle assortie une jupe noire se terminant par une bande au motif fleuri et multicolore. Elle était belle ainsi maquillé et coiffée dans un costume traditionnel. Elle s'appelait "Cheryl" selon l'inscription que je lu sur sa plaque d'identité doré.  Elle me confirma que ce soir, dès six heures trente, le souper de la Fiesta Mexicaine serait servi. Il s'agissait d'un grand repas gastronomique que je ne devais absolument pas manquer. Je salivais à l’idée de manger de l’authentique mexicain. Ma réaction devait être facilement lisible car Cheryl me demanda aussitôt si j'avais faim. Je lui confirmai que oui. Ma réponse lui fit plaisir. Elle me prit par le bras :

- ¡Perfecto! Suivez-moi Señor. Je vais vous donner à manger!

Son français était quelque peu saccadé alors qu'elle cherchait les bons mots pour s'exprimer.

 

Elle m'amena vers le bar du "Sugar Reef" où un cours de cuisine mexicaine se préparait. Zac, un des collègues de Cheryl, attendait son public. Ce colosse d'un mètre soixante quinze, coiffé d'un chapeau de chef cuisinier, amenait les vacanciers aux chaises disposées tout autour de la table de cuisine. Cheryl me laissa à une chaise et alla poser un tablier. Ils étaient pour nous montrer comment préparer de l'authentique guacamole. Il présentèrent les ingrédients: avocat, oignons, tomates, lime, coriandre frais, sel, piments serrano ou jalapeños chile. Zac coupa les avocats en deux pour leur retirer le noyau tout en expliquant comment sélectionner des avocats parfaitement mur selon la mollesse de leur chair. Il décolla habillement leur peau avec l'endos d'une cuillère. Zac parlait et gesticulait de façon exagérée tel un chef cuisinier d'un infomercial. Il était hilarant et blaguait tout en commentant le travail de Cheryl qui était affairée à réduire la chair d'avocat en purée dans un bol de pierre, à hacher les oignons, émincer les tomates, couper la coriandre et les piments. Elle faisait tout le travail; Chef Zac n'avait, qu'a la tout fin, à asperger le mélange de jus de lime fraîchement pressé et à le saupoudrer de sel et rafler tout le mérite à  Cheryl. La guacamole ainsi obtenue était distribuée avec des tortillas. C'était absolument savoureux, onctueux, d'une fraîcheur inégalée. Je m'empiffrai de leur croustilles de maïs maison assorties de leur préparation.

 

Zac nous demanda ensuite si nous avions soif. Nous lui répondîmes tous oui en coeur. Sur ce, il nous invita à rester assis pour la dégustation de Tequila qui suivait. Deux autres jeunes animateurs de l'Allure, nommés Auguste et Philipe prirent la relève et nous exposèrent aux secrets de cet illustre alcool mexicain. J’appréciais beaucoup leur démonstration; je connaissais après tout rien de la Tequila. 

 

J'appris que la tequila est une boisson alcoolisée produits au Mexique à partir de l'agave bleu nommé agave tequilana fabriqué dans état de Jalisco. Je demandai quel était le ver que l'on retrouvait dans la tequila. Auguste me corrigea aussitôt en expliquant qu'il ne fallait pas confondre la Tequila avec le Mezcal, une autre boisson produite par l'état de Oaxaca qui utilise une autre espèce d'agave, l'agave falcata espadina. Ce n’était pas un ver mais bien une chenille parasite qui se nourrissait des feuilles de l'agave qui se retrouvait traditionnellement dans le fond d'une bouteille de Mezcal. La croyance populaire était qu'avaler la chenille donnait pouvoir et virilité.

 

La tequila et le mezcal sont préparés essentiellement de la même façon. Les agaves sont récoltés après avoir mûris pendant plusieurs années, entre six à douze ans. Les feuilles acérées de la plante sont coupées alors que l'on conserve uniquement le coeur, la piña qui ressemble à un gros ananas de 30 à 60 Kg. Les piñas sont cuites dans de autoclaves industrielles, broyée et moulue à la pierre. On ajoute de l'eau à la purée et fermente dans une cuve pendant trente jours en laissant les sucres naturels de l'agave se transformer en alcool par l'action de ses propres levures. Dans une tequila de moins bonne qualité, du sucre ou du miel est ajouté à la fermentation. Le liquide obtenu est distillé deux fois pou obtenir une concentration entre 35 et  55° d'alcool, pour un standard de 40° d'alcool en général.

 

Il y avait deux classe de tequila : la 100%  de agave et la « mixto » qui doit  contenir un minimum de 51% d’agave Azul complété avec de l’alcool bon marché. La tequila a plusieurs classes. Il y a la blanche, la claro, la tequila de base aucun vieillissement. C’était la préférée des femmes selon Auguste. Ils nous en fournirent un petit verre à boire. Il n’y avait pas de sel ou de citron à mordre; une bonne Tequila se déguste telle quelle indiqua Philip en calant son verre. Je l'imitai et avalai la tequila d’un trait. Elle me sembla  à une eau vie comme bien d'autres, sans aucun caractère spécial, mais cela n'était pas mauvais du tout.  Ils nous amenèrent ensuite un second verre, de la tequila dorée, especial, distillée deux fois et mises dans des fûts de chêne importé d'Espagne.  Sa couleur légèrement ambrée provenait de la diffusion des essences du bois dans la tequila. Le goût se distinguait aussi de la blanche. Le verre suivant était de la tequila reposée, reposado, qui était vieillie dans des barils de chêne pendant un minimum de deux mois ce qui lui donnait une couleur et un goût plus marqué. Ils nous préparent ensuite un verre de la meilleure des Tequilas, la tequila vieillie, l’añejo, qui était laissée dans des barils de chêne pendant 3 ou 4 années et distillée annuellement. Elle avait une couleur foncée, un goût raffiné avec arômes subtils et marqués du chêne qui me rappelait ceux du porto. Chose certaine, cette boisson méritait d’être considéré comme un grand alcool. Il y avait dix sortes de Tequila disponibles au total à goûter et un verre n’en attendait pas un autre. La mixto était jaunâtre en apparence et sa saveur plus sucrée et arrière-goût âpre ne me plût pas.

 

Sentant l’effet grandissant de l’alcool, je décidai de marcher un peu. C’est non sans efforts de concentration que je réussis à quitter le Sugar Reef pour me trouver dans la salle de réception voisine de l’hôtel. Je découvris que le bâtiment abritait au-delà de la salle de réception  un autre bar le Licuado, aussi surnommé le « smoothie » bar, reconnu pour ses  « bloody Mary ». Il y avait aussi un salon de thé adjacent à une grande salle à dîner de la Hacienda qui servait un gigantesque et splendide buffet.

 

Je me rendis compte qu’il était déjà 5 heures 30 et que j’avais rendez-vous à l’auditorium pour la réunion d’orientation. En chemin, je croisai Angela et les futurs mariés qui se rendaient au même endroit.

-N’est ce pas tout a fait extraordinaire! clama Ted en Anglais complètement enthousiaste.  Apparemment, lui aussi avait également déjà entamé l’alcool de l’Allure.

- Et le personnel est si gentil et courtois commenta Judith. J'acquiesçai d'un sourire.

-On se sent comme de la royauté continua t’elle.

-La réunion d’orientation est de l’autre côté de l’allée, pressa Angela, et c’est bientôt l’heure!

 

Ted enlaça Judith qu’il embrassa tout en se dirigeant dans la direction indiquée par sa sœur. Je pris la main d’Angela que je retirai immédiatement ayant détecté un malaise croissant en elle.  Le bâtiment avait une grande salle de conférence et une petite salle ne cinéma qui annonçait  "Adventures of Shark Boy and Lava Girl in 3-D" pour demain soir. Mais en attendant, cette salle était occupée par les nouveaux invités à l’hôtel Allure, leur nouveauté trahis par leur teint aussi pâle que le mien. Je m’assis auprès d’Angela mais celle-ci me sembla distante. J’aurais voulu lui demander pourquoi mais je ne savais pas quoi lui dire.

Notre hôtesse, la même femme qui nous avait accueillit à l’aéroport, commença et se présenta. Elle se nommait April. Elle était affiliée à Air Transat et nous souhaita tous en français et en anglais la bienvenue et expliqua que cette réunion serait d’abord en français et qu’elle serait répétée en Anglais pas les représentants affiliés de Sunquest et de Sunscape dans 15 minutes. Mes amis américains se levèrent et nous quittèrent alors que je reconnu parmi les gens qui restaient d'autres gens qui étaient arrivés avec le même vol d’Air Transat que moi.

 

April nous apprit que l’hôtel avait 238 chambres et que nous avions un service de chambre de 24 heures. Elle nous parla des restaurants. Elle mentionna le El Charro que j’avais déjà entrevu, du Hacienda qui servait un buffet et déjeuner continental en plus d’un buffet pour le dîner et le souper; du restaurant de grillade Surf & Turf sur la plage, du restaurant italien le Casanova, du restaurant français Bordeaux, du Senggigi le restaurant oriental et de Gohan le bar Sushi. Elle expliqua que pour ces quatre derniers restaurants, il était nécessaire de faire une réservation à la station de la Concierge en raison du nombre de places limitées mais nous n’étions pas limité quant aux nombres de réservations que nous pouvions faire.  Le Casanova et Bordeaux avaient tout deux un code vestimentaire et le Bordeaux en particulier était uniquement réservé aux adultes.

 

Elle nous énuméra les activités quotidiennes à la piscine et à la plage dont les voiliers, kayaks, pédalos, plongée sous-marine, tennis, soccer, Volley-ball, Water-polo, bicyclettes, randonnée équestre, cours de plongée, exercices aquatiques. Elle nous présenta les clubs pour les enfants et le club pour les adolescents, le Spa et tous ses services disponibles, les quatre bars du complexes, les services de nettoyage et de buanderie, le bureau d’échange d’argent, les soins médicaux, les différentes excursions disponibles, les centres de distribution des cartes téléphoniques internationales pré-payées, ainsi que le café internet. Elle mentionna brièvement quelques uns des attraits locaux; les ruines de Tulum, le parc écologique de Xel-ha, le parc d’Xcaret, la ville de Playa del Carmen et d’un terrain de Golf proche.  Je fus surpris d’entendre que nous avions accès au plus grand banc de corail dans le monde après celui de l’Australie. Elle m’apprit aussi que si nous désirons voir un cenote, que nous n’avions pas à aller loin, puisqu’il  y a en avait un à la base de la Hacienda tout juste avant la piscine. Ce que j’avais prit pour un étang était en fin de compte une ouverture sur la nappe phréatique d’eau de la région. Il s'agissait, pour moi du moins, d'une merveilleuse caractéristique géologique du Yucatan.

 

Elle répondit brièvement à quelques questions posées par l’audience. Puis on se leva, laissant place aux anglophones qui attendaient. Je fus gré de ne pas revoir Angela, et je retrouvai ma chambre et me changeai pour le souper de la Fiesta Mexicaine.

 

Je trouvai la grande place festive, décorées par de nombreuses banderoles et éclairée par ses lanternes colorées.  J’étais parmi les premiers arrivants. Un garçon solennellement vêtu d'un smoking m’accueilli avec un grand sourire et me plaça à une table tout en avant près de la scène. Il m’offrit un cocktail mais je préférai de l’eau froide. J'avais eu ma dose d'alcool pour la journée. Les nombreux cuisiniers et serveurs encadraient la Plazza et attendaient tout simplement; tout était déjà prêt. J’examinai mon centre de table, un arrangement soigné et magnifique de bougies et de fleurs tropicales. Il me semblait irréel de me retrouver en ces lieux alors, qu'il y a quelques jours à peine, je me préparais à passer un autre hiver rigoureux aux limites de l'arctique canadien. D'autres gens arrivaient enfin; ainsi il me gênais moins de m'attaquer le buffet. Je me levai pour aller inspecter toutes les stations culinaires.

 

Il y avait plusieurs entrées offertes tel que la sopa xochitl, la soupe aztèque, un potage de légumes, la soupe pozole à base de crème de maïs avec viande de porc et de poulet. Je trouvai aussi les tortillas frits appelés tostadas et bien sûr les tortillas natures assortis de guacamole et de différentes salsas fruitées ou fortement épicées qui étaient garantie de faire pleurer même les plus coriaces. A la table suivantes étaient présentés les tacos, ces tortillas roulé farcies "buche" ou "al pastor".  Je me laissai tenter par les enchiladas variés, farcis au poulet ou fromage et mijoté dans une sauce chili avec tomate et oignons, les quesadillas au fromage ou quesadilla sincronizada farci avec jambon, avocat, fromage et jalapeños, ainsi qu'un plat de Panucho, un  plat yucatèque local fourré à la purée d'haricots.

 

Une grande table exposait ensuite les broches de barbacoa dont un cochon parfaitement braisé et un gros poisson grillé parmi les autres plats de viandes qui étaient présentés tels que les Bacabaqui,  Tinga, Carnitas et Mixiote aux sauces variées dont une sauce "mole" au Cacao épicé que j'empilai dans mon assiette. Des plats à base de maïs tels que corunda, gordita, huchepo, tosdadas étaient aussi montrés. Mon préféré devint les tamales de maïs à la viande et aux piments sucrés.

 

Le poisson était à l’honneur à la station suivante dans un potage de fruits de mer et des plats tels que le Jaibas en chilpachole, le pescado zarandeado et les délicieuses bouchées de Huchinango à la Veracruzna. Il y avait aussi les chilaquiles et de nombreux plats de piments dont la mole Negro de Oaxaca. Je n'avais plus de place et mon amoncellement de nourriture qui était très précaire et instable. Je regagnai ma table et me promis de revenir pour un autre service.

 

Je passai tout près de la section des desserts. Il y avait des flans crème caramel (pan dulce), du gâteau au trois laits (Pastel de tres leches) que je ne connaissait pas. Je vis diverses tartes dont une alléchante à la crème pâtissière et aux fruits tropicaux, de fantastiques gâteaux chocolat dont un au chocolat poivré. Et parlant de chocolat, il y en avait une fontaine toute entourée de fruits ainsi qu'une spectaculaire pyramide Maya d'un mètre toute sculptée dans le chocolat derrière laquelle un cuisinier était affairé à la préparation de beignets et pâtisseries maisons. Il y avait aussi  un choix de glaces "helados"et de sorbets qui faisait la joie des petits et des grands.

 

Je me régalai et dévorai le contenu de mon assiette; je n'avais jamais rien mangé de semblable. Il s’agissait d’une savoureuse symphonie d'ingrédients, arômes et saveurs qui m'étaient inconnues auparavant. Je n'étais pas le seul à apprécier à en juger par l’appétit vorace de mes voisins de tables.  Georges et Pénélope, étaient tout deux originaire de Sussex en Angleterre et célébraient leur dixième anniversaire de mariage. Dans le cas de Pénélope, ces vacances étaient aussi en quelque sorte un retour aux sources, sa mère étant native du Mexique.  Elle était attentive et absorbait tout de la culture qui l’entourait, redécouvrant un héritage avec les yeux écarquillés et pétillant d’un enfant exposé à un nouveau monde. Son enthousiasme était communicatif, je me sentais comme elle. Tout au long du repas, un groupe dynamique de Mariachis, les "Los Bohemios", nous jouait les plus belles et populaires musiques du Mexique. Ils étaient excellents et tout comme John, Pénélope, je me laissai charmer et emporter sur leurs airs latins. La foule battit la mesure lorsque qu’on entama « La Cucaracha » qui sans être traditionnelle, était bien connue par nous les touristes. Les musiciens eurent droit à une ovation debout lorsque leur prestation se termina et qu’ils nous saluèrent une dernière fois. 

Les desserts était bien entamés lorsque un succession d'enfants, les yeux bandés, armés d'un bâton essayèrent casser une piñata géante afin de récupérer les sucreries cachés à l'intérieur. Pendant ce temps était chanté :

« Dale, dale, dale, no pierdas el tino; Porque si lo pierdes pierdes el camino.

Dale, dale, dale, Dale y no le dió; Quítenle la venda, Porque siguo yo ¡Se acabó! »

Un jeune gaillard réussit d’un coup solide à décrocher l’étoile en papier mâché qui s’ouvrit en se fracassant contre le sol et livra tout ses trésors aux enfants ravis qui accouraient toute part pour prendre leur butin de bonbons et jouets jonchant les carrés de pierre.

Les serveurs amenèrent ensuite les digestifs. Je ne pu refuser le Porto qui m’était offert. Je le buvais doucement lorsqu’un spectacle folklorique commença. Les danseurs en couple,  montraient successivement les chorégraphies et musique de différentes régions du Mexique avec les leurs costumes traditionnels. Dans une de leur danse, il conservait un verre plein sur le tête qui malgré tous leur mouvements ne perdit pas une seule goutte. J’étais ébahie. Tous à table étaient autant fascinés. Tout en les regardant, j’avais l’impression de découvrir un nouveau monde excitant mais j'avais en même temps l’étrange conviction que j’étais enfin dans ma vie au bon endroit, au bon moment. J’étais soudainement surpris et surtout timide lorsqu’un danseur vint me chercher; il avait besoin d’assistance. Il me demanda tout simplement de tenir un poteau lors de leur prochaine prestation. Ce poteau se terminait par un cerceau à son sommet où étaient attaché plusieurs rubans de soies colorées. Me retrouver ainsi en avant scène avec les danseurs était intimidant. Mais ces derniers étaient chaleureux et très vite j’oubliai ma gêne. La musique était joyeuse et foraine. Chaque artiste prit un ruban et tout au long de leur danse ils tournait les uns autour des autres alors que leur rubans se lovaient, s’enlaçaient  et se raccourcissait les rapprochant de moi pour ensuite se dérouler et s’ouvrir au pas de leur valse. J’étais heureux d’avoir eu en fin de compte l’occasion de participer à cela.  La danse se termina et je saluai tous les interprètes avant de regagner ma place. Pénélope et John me félicitèrent. Je fut heureux de constater qu’on avait de nouveau remplit mon verre de Porto. J’en avais besoin.

Les animateurs du complexe hôteliers prirent ensuite la scène en nous invitant encore une fois à applaudir tous les artistes de la soirée. Les animateurs se présentèrent ensuite un par un: Maria de Mexico City, Cheryl de Monterrey,  Auguste de Puebla, Philipe de León, Zac de Vera Cruz  et finalement l’animateur chef, Gabriel natif de San Luis Potosí . Ils étaient tous de jeunes gens athlétiques et dynamiques dans la vingtaine. Gabriel invita les citoyens de différents pays à s’identifier en levant la main: l’Australie, l’Autriche, l’Angleterre, la France, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, l’Allemagne, le Mexique et les États-Unis étaient bien représentés. Nous fûmes une dizaine à nous lever lorsque Gabriel mentionna le Canada. Il m’impressionna en parlant de façon fluide l’espagnol, l’anglais, le français, l’Allemand et l’Italien à l’audience.

 

Les jeux de la soirée commençaient et Gabriel demandait des hommes volontaires. Personne ne lui répondit.  Il pointa et désigna quelques hommes au hasard. Je me calai dans ma chaise tentant de me faire petit. Je ne voulais pas y aller. J’avais déjà fait ma part; j’avais participé.  Mais Gabriel du me remarquer car il me pointa et dit :

- Et vous aussi Monsieur le Canadien!

Je retournai en avant, étant poussé par John et Pénélope.

Gabriel invita les gens à nous applaudir, nous les « volontaires ».

Gabriel nous rappela de ne pas être mal à l’aise car « ce qui se passe au Mexique, restait au Mexique... »

Puisque nous venions tous de débarquer au pays, Gabriel était pour nous montrer comment les vrais hommes au Mexique se comporte. 

Il plaça un énorme sombrero noir sur sa tête.

- Un homme du Mexique est viril! expliqua t’il en marchant de façon sexy et en se déhanchant de façon exagéré.

- C’est un homme d’action!

Sur ce il lança son sombrero au sol et au son de la musique, il dansa tout autour.

- Il boit d’un trait sa tequila!

Gabriel but un verre qui lui était présenté.

- Il sait exprimer sa passion.

Sur ce, Gabriel émit un cri guerrier. Il fut applaudit.

- Maintenant montrez nous que vous pouvez être de vrais hommes!

Il voulait que nous l’imitions.

 

Nous pensâmes un par un. Le pire était d’être le dernier. Par chance que le ridicule ne tuait pas.  Ils me donnèrent enfin le sombrero que je mis sur ma tête. Je déboutonnai ma chemise et marchai avec l’assurance du parfait macho de Cow-boy dans un western. Puis en gardant les yeux fixés sur l’audience, je lançai le chapeau par terre avec vigueur. Au son de la musique, je dansai tout autour du sombrero, en tapant avec force du talon. Ils me tendirent ensuite un verre de Tequila. Pas un petit verre, mais un grand verre plein. Je le calai d’un coup. La boisson était initialement douce au goût mais donnais l’impression d’une traînée de feu vif dans la gorge jusqu’à l’estomac. Je du faire une grand effort pour ne pas grimacer. J’émis spontanément un grand cri.

- ¡Ay Ay Ay Ay Ay! ¡Ay Caramba!¡Santa Tequila!

 

Tous éclatèrent de rire. Gabriel ne pouvait s’empêcher de s’esclaffer.

Il parvint à dire :

- Je ne savais pas que nous avions Señor Speedy Gonzalez parmi nos vacanciers à l’Allure!

Tous croulèrent en rires de nouveau. J’avais soudainement très chaud.

Gabriel demanda à l’audience de porter jugement. Qui avait été le meilleur véritable homme mexicain parmi nous? Je fus surpris de réaliser que j’avais le plus fort volume en applaudissements. J’avais gagné. Gabriel me donna même un prix, une excellente bouteille de Tequila añejo. J’étais bouche bée. J’en connaissais la valeur à la suite de notre dégustation.

 

Je serrai la main de Gabriel et saluai l’audience.  Je reconnu deux de mes fans hystériques, Ted et Judith à l’arrière. J’allai les rejoindre. Angela n’était pas avec eux.

Je leur tendis la bouteille.

- Un cadeau de noce...

Cela me sembla très approprié, surtout qu’ils m’avaient invité à leur cérémonie de mariage. Je savais qu’un grille-pain ou vase aurait été peut-être plus conventionnel, mais je croyais sincèrement que c’était surtout l’intention qui comptait.

- Mais voyons nous ne pouvons accepter; vous l’avez bien mérité!, dit Judith.

- Cela me ferais très plaisir, insistais-je, et cela vous fera un souvenir!

- Dans ce cas merci beaucoup! répondit Ted en prenant la bouteille et lisant son étiquette. Lui aussi semblait bien connaître la tequila.

 

La soirée continuait, mais j’étais complètement brûlé. Je regagnai ma chambre. Quelle soirée!

Dire que j’avais encore treize jours à passer ici. Que m'amènerais le reste de mes vacances?

 

Cela me prit beaucoup d’effort pour me déshabiller. Mon équilibre était chancelant. J’étais trop paresseux pour enfiler mon boxer short et me laissai tomber dans mon lit. 



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Par A. Saint - Publié dans : récits
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