Partager l'article ! Partie 5: Mon réveil fut pénible : chaque centimètre carré de mon corps me faisait souffrir. C’est avec précaution que je pris ...
Mon réveil fut pénible : chaque centimètre carré de mon corps me faisait souffrir. C’est avec précaution que je pris ma douche qui fut une véritable torture. Il était tôt, je décidai d’enfiler mon speedo et de profiter de la piscine que je savais déserte à cette heure. Je plongeai dans l’eau tiède et commençai à nager. Je pratiquai ainsi longueurs après longueurs de crawl. L’exercice et l’eau vivifiante ne firent oublier ma mauvaise nuit et me mirent de bonne humeur. Lorsque que réalisai que le complexe de l’Allure commençait à s’animer, je sortis de la piscine et m’engageai dans l’allée centrale. Le soleil brillait, il semblait se moquer de moi, lui qui était devenu mon pire ennemi. Je retrouvai dans le bosquet devant ma chambre mon ami l’iguane tout tranquille qui me fixait de ses yeux globuleux. Je me changeai et allai déjeuner tout en pensant qu’il me fallait considérer des activités alternatives aujourd’hui qui ne m’exposerait pas à l’astre du jour. Je repensai à cette visite à la ville voisine de Playa del Carmen qui était organisée en après-midi. Je m’y inscrit à la conciergerie et passai le matin tranquille sous un parasol.
Nous n’étions en tout une vingtaine de personnes en tout dans l’autobus en direction de Playa del Carmen, mis à part de notre chauffeur et notre guide. Je me joignis aux deux couples dont j’avais brièvement fait connaissance au courant de l’après-midi d’hier. Ils étaient déjà dans une discussion animée dans un français marqué par l’épais accent caractéristique du Sud de la France. Nous fîmes plus amplement connaissance. Le jeune homme séduisant dans la vingtaine avec une gueule de modèle était Ludovic. Je m’étais déjà mesuré à lui hier au Water-polo. Il présenta sa copine Dominique, une jolie jeune femme du même âge tout aussi athlétique que lui. Émile, plus âgé et réservé me serra la main à son tour. Il devait approcher la mi-trentaine. Il avait à ses côtés Rachel, sa femme. Je me rappelai de cette voluptueuse et exubérante rouquine qui prenait des bains de soleil à l’Européenne près de la piscine, n’ayant que comme seule pudeur une minuscule culotte ou un tong serré. Elle portait d’ailleurs en un ensemble de style bikini orange qui se voulait sexy mais que je jugeai provocant et de mauvais goût. J’avais l’impression désagréable qu’elle me déshabillait de ses yeux de la tête au pied. Elle sembla approuver d’un sourire. Je pensai méchamment que même le sourire de cette femme ne semblait pas plus naturel que le reste de son corps. J’appris que tous les quatre provenaient de la région de Lyon.
-Vous avez abusé du soleil à ce que je vois dit Dominique en regardant ma rougeur corporelle avec sympathie. Ne savez vous donc pas au sujet de la couche d’ozone?
-Ne le gronde pas, coupa Ludovic. Tu avais toi-même la complexion d’un coquelicot la semaine dernière.
-Toi aussi, rouspéta Dominique. Ne l’oublie pas!
Elle griffonna une note qu’elle me donna.
Je fus surpris de lire qu’il s’agissait d’une prescription médicale.
Elle expliqua :
-La première est une pommade à base de benzocaïne et cortisone qui en plus de calmer la douleur préviendra toute inflammation. La deuxième est une lotion fabriquée localement à base d’Aloès et d’herbes naturelles qui fera des merveilles. Vous trouverez tout cela à la pharmacie de Playa del Carmen.
Je la remerciai en mettant la prescription dans ma poche. Le teint hâlé de Dominique et de Ludovic constituait la meilleure des garanties qu’il s’agissait du meilleur remède pour ma peau brûlée. J’appris ainsi qu’ils étaient tous deux pharmaciens et qu’il possédait leur propre commerce. Émile m’informa à son tour qu’il était opticien et que sa femme était psychothérapeute spécialisée en sexologie. Il m’a fallut un immense effort de volonté pour ne pas m’étouffer de rire lorsqu’il m’annonça cela.
Ludovic s’efforça d’amorcer la conversation en racontant qu’il avait précédemment visité Montréal avec Dominique et qu’il adorait. Il ajouta qu'il s'agissait d'une ville qui avait de l’âme, une métropole d’Amérique avec des échos de son héritage Européen. Ils connaissaient bien le vieux Montréal où ils firent la promenade en calèche. D'ailleurs le terme « vieux Montréal » le faisait sourire. En effet qu'étaient quelques centenaires passés lorsque l'histoire de son propre pays s'étendait sur des millénaires? Il raconta qu'avec Dominique, ils avaient habité à l’hôtel Omniprésent au coin de Peel et de Sherbrooke et en avait profité pour explorer tout le centre-ville et le Vieux Montréal adjacent. Ils avaient essayés les bagels de Fairmount et la viande fumée de chez Schwartz, tout deux de réputation internationale. Ils parlèrent d’un de leur restaurants préférés, le Zen au sous-sol de leur hôtel que connaissais et aimais également bien, ainsi que de l’Exception sur la rue St Hubert qui leur servit les meilleur hambourgeois qu’il n’aient eu l’occasion de goûter.
- Sans oublier les poutines! ajouta Dominique.
-Les quoi? demanda Rachel intriguée.
-La poutine, c’est une frite sauce avec du fromage à l’intérieur, cela peux sembler dégueu mais que c’est bon! expliqua t’elle avec enthousiasme. Leur meilleure était celle au fromage bleue et à la sauce aux trois poivres!
Rachel grimaça et s’adressa alors à moi, sans aucune gêne, avec tous ses charmes de requin femelle :
-Est-ce que les gens de Montréal sont tous des spécimens comme vous?
Je la regardai incrédule ainsi qu’Émile qui ne semblait nullement consterné. Nul ne pouvait me voir rougir avec mon coup de soleil, mais mon malaise devait être évident.
Dominique répondit à ma place :
-Oui, en grande partie tous aussi beaux et charmants!
La conversation se termina ainsi, notre guide nous informant que nous étions arrivés. Le voyage était heureusement court, Playa del Carmen n’étant qu’à une trentaine de minutes de notre hôtel. Nous nous engageâmes dans une sortie au niveau du centre d’achat que j’avais vu plus tôt avant-hier. C’était donc là, Playa del Carmen!
La guide prit la parole et nous expliqua que jusqu’aux années mil neuf cent quatre-vingts, Playa del Carmen avait été un village de pêche tranquille, mais que depuis ce temps ce village connaissait un développement accéléré en voie de devenir une ville des plus importantes économiquement pour le Mexique. Sa population avait doublée au cours seulement des dernières années et continuerait à croître à un taux effréné avec le développement prévu dans la région. Ce développement était attribuable en grande partie aux européens qui ont redécouvert les plages blanches albâtre de Playa del Carmen, le surf, les coraux et le train de vie relaxe de ce coin du Mexique.
Elle illustra les méfaits du développement démesurée en nous donnant un autre exemple : En raison de la popularité croissante et de la croissance trop rapide de la ville on décida en 1994 de dépaver les rues et les creuser pour permettre l’installation d’égouts et d’aqueduc, ce qui bien sûr était une bonne chose. Elle ajouta ensuite que même aujourd’hui en raison de manque de financement, la ville n’avait pas assez d’argent pour repaver l'ensemble de ses rues ce qui a conséquemment laissé de nombreuses avenues comme des champs de guerre. Les ruesétaient parsemées de cratères et de trous d’eau qui rendaient la circulation difficile en nécessitant de constamment naviguer et zigzaguer entre ces obstacles.
Je pensai à ce moment, amusé, que l'on observait exactement les mêmes problèmes à Montréal. Notre guide continua sa présentation en nous invitant à explorer la rue principale Juarez, aussi appelée cinquième avenue, qui agglomérait restaurants et boutiques en bordure de la plage. Elle nous informa qu'il y avait un terrain de golf dans la région et c’était des quais de Playa del Carmen qu’on pouvait prendre le traversier vers la luxueuse île de Cozumel. On trouvait d’ailleurs à Cozumel les plus beaux coraux de toute la région faisant parti d'un banc qui s’étendait sur près de 1000 kilomètres englobant les côtes du Mexique, de Belize, du Guatemala et du Honduras.
Elle conclue en nous invitant à apprécier Playa del Carmen telle qu'elle était aujourd’hui en nous avertissant que demain ou dans quelques années cette petite ville risquait d’être méconnaissable et d'ainsi perdre le charme qui la rendait unique dans sa transformation en « nouvelle Cancun du sud ».
Elle ajouta que l’autobus quittait Playa del Carmen à huit heures mais que nous pouvions profiter de vie nocturne de la ville en prenant une des navettes blanches de la dixième rue (Calle) qui nous déposerait à l’hôtel pour la somme modique de 20 pesos ou de prendre un taxi en faisant attention de ne pas se laisser berner par les prix.
Ludovic me guida à un drugstore et j’achetai les pommades que m’avait prescrites Dominique. Nous nous dirigeâmes vers la plage qui était vide de tout adorateur du soleil, son sable fin martelé par les attaques d’une mer agitée. La marée semblait haute et les vagues violentes au grand bonheur évident des surfers. Je profitai de la plage pour enlever ma chemise et m’enduire le corps des deux onguents médicamentés sous l’œil appréciatif de Rachel. Le soulagement fut immédiat. Aussitôt, j’eu l’impression que le feu vif qui me torturait l’épiderme depuis la fin d'après-midi s’était enfin éteint. Je me sentais parfaitement bien et d’excellente humeur.
Nous gagnâmes la cinquième avenue qui était l’artère touristique de Playa del Carmen, une avenue piétonnière achalandée et particulièrement féerique. A chaque pas nous étions harcelé par des vendeurs enthousiastes nous invitant avec insistance à visiter leur boutiques. De nombreux restaurants tout aussi alléchants les uns que le autres avaient aussi pignon sur rue. Des restaurants italiens dans des décors de jungle, des grillades présentant leurs steaks gigantesques aux abords de la rue, des restaurants mexicains animés et bien sûr des poissonneries toutes aussi impressionnantes par la grosseur des prises monstrueuses affichées. Tous semblaient de première classe mais mes amis français étaient déjà familier avec la ville, il choisirent un restaurant, le Captain’s Bob où nous fûmes accueillit par une jeune et jolie hôtesse qui m’apprit être originaire de Vancouver en Colombie Britannique. Le restaurant était en grande partie à ciel ouvert, installé dans un jardin sauvage. Ils nous offrirent de goûter à des crevettes à la noix de coco et servirent différentes entrées. Mes amis choisirent de partager un Château Briand et moi l’assiette de fruit de mer du Capitaine. Les conversations étaient joyeuses et informelles et j’avais l’impression de me retrouver parmi de vieux amis que je connaissais depuis toujours. J’appris qu’avant d’être vacanciers à l’Allure, ils étaient restés à Campeche. Mais que si ils avaient su, ils seraient venus directement à l’Allure. C’était leur dernière semaine de vacances, ils retournaient en Europe vendredi, ce qui me chagrina quelque peu. Même Rachel me surpris avec une grande profondeur. Elle croyais beaucoup aux valeurs spirituelles et était avide de tout ce qui constituait les religions du nouvel âge. Je l'avais mal jugée, elle était d'excellente compagnie lorsque l'on comprenait que son flirt n'était qu'un jeu, sa façon non conventionnelle à elle de nous provoquer afin de nous connaître. J’avais quatre invitations à venir visiter Lyon et Nice et réciproquement je les invitai tous à Montréal. Nous nous régalâmes de banane flambées et crème glacée maison comme dessert.
Après toute cette bonne chaire bien arrosée, nous nous dirigeâmes vers le phare. Un escalier extérieur en ciment lovait, tel un serpent, ce bâtiment jusqu’à son sommet. Nous regardâmes de là-haut un spectaculaire crépuscule où le ciel lui-même sembla s’embraser lors de la descente du disque nacre du soleil sur les terres émeraude de l'ouest et dont la lumière mourante sanguine colorait la mer derrière nous. Nous prîmes quelques photos et nous rejoignîmes de nouveau la cinquième avenue alors toute apprêtée de lumières colorées et festives afin de profiter de la vie nocturne trépidante de Playa del Carmen. J’analysai en chemin l’architecture qui défilait devant moi et détectai en plus des facades typiquement mexicaines, une influence italienne et allemande dans différents bâtiments. Cet amalgame d’esprit européen jumelé à l’esprit mexicain et des caraïbes créait une ambiance unique et des plus sympathique. Ainsi distrait, je perdis de vue mes amis qui avaient sans doute pénétré dans une des nombreuses boutiques de la rue sans prévenir. Je me trouvai devant le Blue Parrot, un hôtel bar particulièrement invitant. L’hôtel était un bâtiment blanc aux lignes blanches et fluides avec un design gracieux. Dans son antre, j'y retrouvai une piscine serpentine se faufilant entre des balcons arrondis. Le Blue Parrot n’avait rien à envier aux structures d’Art Déco de Miami. L’hôtel avait un bar directement situé sur la plage, bordé par des torches et animée par des spectaculaires danseurs du feu. Mais cette animation ne m’attirait pas; je m’éloignai vers le phare, vers la quiétude de la mer.
C’est alors que je la trouvai, telle une magnifique nymphe des mers, scrutant l’horizon lointain. À la vue de cette grande femme, j’en eu le souffle coupé. Jamais, au grand jamais, je n’avais vu une femme d’une aussi grande beauté. Sur ses longs cheveux de grès dansaient, selon les caprices du vent et des éclairages, des reflets iridescents tels une multitude d'étoiles scintillantes. Et telle la lune magnifique et resplendissante entrecoupant les nuages de minuit, son doux et merveilleux visage illuminait l'auréole noire de sa coiffure. Elle était vêtue d’une étoffe diaphane exotique, blanche et ivoire, qui révélait les formes exquises de sa chair ambrée et laissait deviner la ligne ravissante de ses épaules et de sa poitrine. Ses pieds fins étaient chaussés de sandales légères dont les fins lacets entouraient jusqu’au chevilles de jambes parfaites. Elle se tourna vers moi avec une expression qui exprimait la plus grande des détresses. Il m’était évident qu’elle avait besoin désespérément d’aide. J’accélérai le pas et alla la joindre.
- Ça va mademoiselle? Vous avez besoin d’aide?
Puis dans mon espagnol de touriste :
- ¿Eso va señorita? ¿Necesitan ayuda?
Elle me répondit :
- Je suis fille d’Ishell comme ma mère avant moi et une multitude de mères avant elle. J’ai perdu mon Vigil et j’ai en effet besoin de votre aide.
-Que voulez vous dire? demandais-je sans rien comprendre à cette phrase énigmatique.
Comme réponse, elle s’accrocha à mon cou et m’administra un profond baiser, long et langoureux. Je ressentais toute sa passion, mais aussi sa mélancolie et sa tristesse. Je me sentais dissoudre en elle tout comme elle fondait en moi. C’était comme si à un niveau fondamental nos essences s’entrelaçaient, se mélangeaient.
- Je regrette .... dit-elle tristement en terminant son embrasse.
Encore choqué et éberlué, j'eu peine à lui demander d'un souffle :
- Quoi? Ce baiser?
- Non, pas du tout! Je regrette d'avoir été aussi égoïste et imprudente et surtout de vous mettre ainsi dans un terrible danger. Mais je n'ai plus de choix! s'excusa t'elle.
- Je ne comprends pas, lui dis-je tout simplement. Pourquoi moi? Nous ne nous connaissons pas du tout! D'où venez vous?
- J'ai un faible pour les hommes aux cheveux à la couleur du soleil du midi et aux yeux de la couleur du ciel, admit-elle en me touchant la joue et laissant son visage s'illuminer d'un sourire. Et je vous connais déjà un peu. J'ai senti à quel point vous êtes fort et valeureux. Je crois que vous avez peut-être une chance de réussir là ou j’ai échouée avec mon Vigil.
Je ne comprenais rien de ce qu'elle disait; que diable était un vigil? Je ressentais pourtant que tout ce qu’elle me disait était de la plus haute importance et qu'elle n’était pas une hystérique. Sa peur et son désespoir étaient pour moi presque palpables. J’avais constamment l'impulsion de la serrer contre moi, de vouloir la rassurer. Elle ajouta qu'elle avait débarquée à Cozumel, ce qui avait du sens, cette île étant à proximité et possédant un aéroport international. Je voulais désespérément comprendre ce qui pouvait terrifier une telle femme, mais je n’en eu pas le temps. C’est à ce moment que des ombres menaçantes fondirent sur nous et nous entourèrent avant que nous ayons eu le temps de réagir. Fait surprenant, il s’agissait d'hommes caucasiens qui se jetèrent brutalement sur nous comme des chacals enragés. Je m’efforçai gauchement de rendre coup sur coup en protégeant la jeune femme de mon corps mais j’étais submergé. Alors que je pensais à Ishell qui était en danger, je retrouvai ma concentration ainsi qu'une nouvelle vigueur.
Avant que l’un des mes agresseurs ait pu relever le bras, j’abattis brutalement mon poing sur sa gueule. Je sentis son nez s’aplatir sous mes phalanges et ses dents céder sous l’impact. Hors de combat, il se réfugia, tout son visage sanglant, en arrière de deux autres hommes qui se ruèrent aussitôt sur moi. L’un me prit à la gorge tandis que l’autre me frappait sans relâche, tout deux cherchant à me déséquilibrer et à me faire tomber. Je cédai volontairement et me laissai choir sur un genou laissant ainsi mes deux agresseurs désarçonnés pendant un instant. Avant qu’ils ne reprennent leurs attaques, j'en profitai pour saisir le bras de celui qui m’étranglait à la gorge pour le faire tournoyer. Je positionnai sa hanche qui y était connecté contre mon flanc et le soulevai à force de bras et le précipitai contre mon autre agresseur. Le corps de l’homme effectua un bref vol plané pour s’écraser contre son complice et finir inerte sur la plage, étendu de tout son long. Je réalisai avec soulagement du coin de l’œil que Ishell allait bien et qu’elle profitait de l’aide impromptue d’un jeune homme qui tenait en respect un de ses assaillants. Cette distraction aurait pu m’être mortelle; j'ai faillit être surpris par l'agresseur restant qui revenait à la charge en fonçant avec un couteau au poing. Je n’hésitai aucunement et allai à sa rencontre en adoptant une position défensive. J’esquivai de justesse son coup de lame et réussit à lui empoigner sa main armée au retour et lui tordit son bras de toutes mes forces. L’os ne résista pas: je l’entendis craquer dans un bruit sinistre. L’homme émit aussitôt un cri de douleur et s’écroula dans le sable en se tordant et en gémissant tout en tentant de soutenir son bras branlant. Il restait encore deux hommes. L’un menaçait Ishell de son arme, l’autre emprisonnait le jeune homme venu nous aider dans une prise. Je m’avançai vers eux d’un air résolu. Je vis qu'il y avait aussi à ce point d'autres gens qui se rapprochaient sans doute attirés par les cris du combat. Les deux hommes me regardèrent ainsi que leur trois camarades gémissant à mes pieds. L’un lâcha prise et pris la fuite tandis que l’autre du coup de son couteau trancha la sangle du sac à main d’Ishell et lui arracha avant de courir à toute jambe à la suite de son complice. Je partis aussitôt à la poursuite du voleur. Je le rattrapai dans mon sprint et plongeai en lui empoignant les chevilles. Il tomba à plat ventre sur le sable et sur le coup, le sac à main tomba en se vidant de son contenu. Je retins l’homme contre le sol de tout mon poids en lui forçant le visage contre terre. J’étais talonné par le jeune homme qui avait assisté Ishell. Réalisant que cette dernière avait été laissée seule, je me retournai et regardai derrière. Je ne vis aucune trace d’elle dans le groupe grandissant de curieux qui s’assemblaient.
J'émis un juron. Ishell avait disparu ainsi que les agresseurs que j’avais précédemment blessés. Au moins j’en tenais un!
-Qui êtes-vous? beuglais-je, en lui resserrant comme un étau la clé que j’effectuais avec mon bras autour de son cou. Que nous voulez vous? Que voulez vous à cette femme?
-Vous feriez mieux de me laisser partir, souffla l’homme d’un ton glacial et sinistre, ou vous ferez face à des forces dont vous ignorez tout, et qui je vous promet, vous détruiront sûrement!!!
Je ne me laissai nullement intimider et le retint immobile.
La police arriva enfin. M’éclairant de sa lampe de poche, un officier m’ordonna de lâcher prise à la menace de son arme. Je m’écartai doucement en gardant mes mains bien en vue des officiers et en reculant. L’homme se releva et m’adressa furtivement une menace sinistre:
- You are dead! (Vous êtes mort!)
Sa coupe de cheveux ras, son apparence me suggérait un militaire. Mais de quelle armée? Il n’était évidemment pas, avec sa peau blanche et ses cheveux pâle, un mexicain. Il s’adressa aux officiers en disant:
-Este perro vicioso me atacó sin razón. Él estaba después del dinero de mi esposa.
Ce qui voulait dire que j’avais volé l’argent de sa femme et que j’étais un chien vicieux qui l’avait attaqué sans raison.
-¡Es une mentira! C’est un mensonge! répliquais-je aux policiers. Ils me fouillèrent et me prirent mon portefeuille et examinèrent mes pièces d’identité.
Le jeune homme qui m’était venu en aide s’approcha de l’officier. Il me pointa du doigt :
-¡Hola! ¡Soy un testigo! ¡El hombre rubio grande está diciendo la verdad! ( Je suis un témoin! Le grand homme blond dit la vérité !)
Il semblait être connu des policiers qui lui posèrent des questions précises. Il raconta toute notre histoire devant les officiers attentifs ainsi qu’un homme vêtu en civil. Je devinais qu'il s'agissait d'un officier supérieur ou d'un détective. Il fit un signe à ses subalternes qui procédèrent aussitôt à une fouille en règle de l’agresseur d’Ishell alors qu'on lui forçait à garder les mains à sa tête. Les policiers consternés trouvèrent en plus de son poignard à lame rétractable, un pistolet automatique. Il n’avait apparemment aucune pièce d’identité sur lui. L'homme ne dit pas un mot alors que l'on l'informait de ses droits. Je croisai son regard plein de haine et de mépris au moment où les officiers lui passèrent les menottes. Les policiers l'escortèrent de force vers leur véhicule illuminé par ses brillants gyrophares. J'observais tout autour de moi les nombreux curieux venus assister à cette scène. J'étais à la fois inquiet et déçu de ne voir Ishell nul part. Je regardai la voiture de police démarrer et partir avec ce brigand qui se retrouverais probablement avec des charges criminelles d'assaut à arme blanche avec intention de blesser, de vol ainsi que de possessions d’armes illégales déposées contre lui. Ses menaces ne m'avaient nullement inquiétées car je savais qu’il serait en prison un bon bout de temps. J’avais la permission d'un policier de les aider à ramasser le contenu du sac d’Ishell. J'examinai le contenue dispersé du sac et à première vue, il n’y avait rien de valeur mis à part d’un peu d’argent. Le jeune homme qui était venu au secours d'Ishell m’assista en s’occupant des billets de pesos poussé par le vent alors que je ramassai du change, des pièces de un, cinq et dix pesos qui s’étaient réparties sur la plage. Pendant ce temps, j’entendis les policiers s’adresser à la foule en recherchant des témoins :
- ¿Hay otros testigos? Are there any other witnesses?
Quelques gens se présentèrent et les policiers notèrent leur déposition.
Je me rappelais d'avoir lu ou entendu que le sac à main d'une femme en révélait beaucoup sur elle. Le sac d'Ishell était élégant mais tout ce qu'il y avait de plus ordinaire; un sac artisanal probablement acheté dans une des nombreuses boutiques touristique de la cinquième avenue. Mis à part la petite somme d'argent, il n'y avait rien dans ce sac; aucun objet personnel, aucun trousseau de maquillage, pas même un rouge à lèvre, du fard à paupière, brosse à cheveux, gomme ou simple papier. Bref, il n'y avait rien de ce que je me serais attendu de retrouver dans le sac d'une femme, rien qui m’apprenait quoi que ce soit sur cette Ishell. Le jeune homme vint me joindre et me présenta la liasse de billets qu'il avait rassemblée. Je le remerciai, remis l'argent dans le sac et le restituai aux policiers. J'aurais voulu entamer une discussion avec le jeune homme mais ce dernier était affairé à raconter et à mimer de façon exagérée son aventure à ce qui semblait être un groupe d'ami. Ces derniers me regardaient parfois furtivement d'un air incrédule ou fasciné.
Je profitai de ce moment pour retourner à l’endroit ou j’avais laissé Ishell. Il n’y en avait aucune trace. Aux alentours, le sable de la plage était souillé de taches sombres, celle du sang de ceux qui nous avait agressés. Ils avaient eux aussi tout comme Ishell disparus! Je contemplai mes propres mains sanguinolentes. J'étais complètement abasourdi. A court d'adrénaline, je me laissai choir par terre, choqué, épuisé, vidé de toute mon énergie. Je réalisais à peine l'ampleur de ce qui venais de se passer tellement que tout cela me semblait irréel. Je me demandais comment j'avais été capable de mener ce combat de forcené; la réponse m'était toute simple: Ishell!
L’officier de la police vint me joindre. Il me remis
mes papiers et avait déjà noté mon identité. Il s’adressa à moi en anglais:
-Monsieur Michael, vous allez bien? Vous n’êtes pas blessé ?
Je lui hochai négativement la tête en m'efforçant péniblement de me relever. Je tremblais de tout mon corps sans pouvoir m'arrêter; j'avais le souffle court, mes jambes elle-même me semblaient molles et chancelantes, menaçant de défaillir. Je me ressaisis en faisant un grand effort de volonté et m'efforçant à prendre de lentes et profondes respirations.
-Vous pouvez me raconter votre histoire en détails ? demanda l'officier, stylo à la main et carnet de notes ouvert.
Je lui parlai de ma rencontre avec Ishell, de l’attaque que nous venions de subir et de sa disparition.
L’officier était attentif et sympathique à tout ce que je disais. Il fut surpris d’apprendre que je n’avais jamais rencontré Ishell auparavant et que je ne connaissais même pas son vrai nom. Il était tout comme moi surpris et déçu que son sac ne fournisse aucun indice sur son identité. Il sembla satisfait de mon témoignage. Nous étions tout deux perplexes sur le fait que les agresseurs étaient tous des hommes blancs et non des gens locaux et il me demanda si j'avais une idée là-dessus. Je ne pouvais que lui répondre négativement de toute bonne foi.
Il conclut :
-Si je comprends bien, vous n’avez été qu'un bon samaritain et cette femme était la cible visée par cette agression et ce vol?
-Absolument, il faut que vous la retrouviez, elle peut-être en danger! répliquai-je urgemment au policier.
-Nous avons sa description. D’un demi-sourire, il tenta de me rassurer :
- Une femme comme cela, ça se remarque! On va sûrement la retrouver!
Il hésita un moment à poser la question suivante.
- Ceci est tout à fait en confidence entre vous et moi. Parlez sans crainte de poursuite. Est-il question de drogues ici ? Vous ou elle ?
- Bien sûr que non répondis-je sèchement.
- Prostitution ?
- Non ! Ce n’est pas ce genre de femme.
J’étais amer après avoir traversé tout cela et d’entendre de tels soupçons de la part de l’inspecteur.
Il remarqua ma réaction et continua :
- Votre version des faits corrobore celles de tous les témoins que j’ai entendus. Il fallait que je vous pose ces questions. Vous restez à l’Allure?
Je lui fit signe que oui.
-Nous communiquerons avec vous si nous en avons besoin. Et si nous retrouvons la demoiselle, nous la prions de vous rejoindre. Nous laisserons un avis au personnel du « Blue Parrot » et aux hôtels des environs à son effet et garderons son sac d’ici à ce qu’elle le réclame. Attendez un moment s’il vous plaît, vous serez examiné pour s’assurer que vous n’avez pas subit de blessures graves. Je vous reviens après.
Deux hommes m’escortèrent dans le fourgon derrière une ambulance. Malgré toutes mes assurances que j’allais bien et que ce n’était pas nécessaire, les ambulanciers insistèrent tout de même et procédèrent à un examen de routine et traitèrent mes abrasions avec un antiseptique. Ils me laissèrent aller quelques minutes plus tard. Je les remercia et saluai alors qu’ils fermèrent leur l’ambulance et se préparaient à repartir.
Je repensai aux agresseurs et restais perplexe : l’inspecteur avait raison, tout cela avait l’apparence d’une affaire criminelle, une guerre de cartel. Ces hommes avaient sans doute convoité quelque chose qui leur était d'une très grande valeur. Leur attaque n’avait pas été dirigée contre la personne d'Ishell; c'était son sac qu'ils avaient tenté de lui dérober et pourtant je savais bien qu'il ne contenait rien qui aurait pu justifier une telle agression. J'étais certain qu'ils n'avaient pas eu le temps de mettre la main sur quoi que ce soit en raison de mon intervention. D'ailleurs le voleur avait été scrupuleusement fouillé devant moi et il n'avait rien d'exceptionnel sur lui mis à part son arsenal. Ishell devait donc avoiren sa possession quelque chose de précieux ou sans prix pour ces hommes sans scrupules. Je déduis donc qu'elle était plus que jamais en danger...
Danger... Que m'avais t’elle dit déjà? Qu'elle regrettait de m'avoir ainsi mis en danger! Pourtant elle ne m'avait rien laissé mis à part ce baiser! Je me rappelais la douceur de ses lèvres contre les miennes et de ses mains enlaçant mes hanches... Je réalisai ce qui avait dû véritablement transpirer à ce moment et souhaitais de tout mon coeur d'avoir tort. Tout en replaçant mon portefeuille, je parcouru rapidement mes poches de pantalon à la recherche d'une fiole, sachet ou tout autre objet qui aurais été laissé par Ishell. Je trouvai une pièce ronde dissimulée dans ma poche arrière. Ceci confirma mes doutes. Cette poche était vide auparavant; je n'y laisse jamais rien. Elle m'avait donc été confiée par Ishell, c'est donc cela qu'elle cherchait à me dire. Le baiser n’avait été qu'un subterfuge pour me refiler cette pièce. Cette réalisation me déçu amèrement; j'avais été utilisé, manipulé et mis en danger. Et tout cela pourquoi au juste? J’examinai rapidement la pièce d'Ishell : il s’agissait d’un disque de terre cuite d’environ trois centimètre et demi. Il était ancien, grossier et endommagé, il y avait même une fissure sur son diamètre. Je craignis que je l’aie endommagé dans ma bagarre. Une inscription s’y trouvait à peine visible, effacée et couverte par des résidus.
Ce disque à première vue me sembla sans aucune valeur apparente, du moins rien qui pourrais justifier la convoitise de ces bandits. La découverte de cette pièce de Terra Cota évoquait d'ailleurs dans mon esprit plusieurs questions sans me laisser pour autant aucun élément de réponse. Je m'interrogeais sur ce que cela pouvait être et surtout sur ce que devais-je faire avec. Je regardai avec suspicion les gens autour de moi en craignant qu’ils dissimulent d'autres filous. Je décidai donc que prudence était de mise et remis le disque discrètement dans ma poche en résistant à ma tentation de l'examiner d'avantage. Je songeai alors que de résoudre le mystère de cet objet éclaircirait l'énigme qu'était Ishell.
L'inspecteur de la police revint. Il me tendit une carte. J’y lu son nom, officier détective Rodrigue Callas.
-Si vous vous souvenez de quoi que ce soit d’autres, contactez-moi immédiatement!
Juste à ce moment, j'aurais été tenté de me confier à lui et de tout lui dire de ma découverte mais je ne lui dit rien d'autre qu'un remerciement distrait en ajoutant sans conviction:
- Oui, bien sûr! Et vous si jamais vous retrouvez la femme prévenez-moi s’il vous plaît, ne serait-ce que pour me dire qu’elle va bien.
-Vous avez terminé avec lui? demanda le jeune homme qui m’accompagnait depuis cette attaque.
-Si! répondit l’officier. Je le laissais partir justement! Tu es en retard à ton travail Dago!
L’officier me serra la main, s’adressa à moi une dernière fois avec un conseil amical :
-Essayez Señor d’éviter les ennuis!
-J’essaierai! Je lui promis. Il nous salua de la main et partit.
Dago me prit par le bras et m’entraîna avec lui sur la dixième rue. C’était un jeune latino aux cheveux brun foncés et d’un aspect soigné. Il ne devait être au début de la vingtaine. Nous nous arrêtâmes avant la dixième rue tout juste avant la dixième avenue devant une affiche « Sweetwater Bar&Grill ».
Je lui demandai alors la question brûlait mes lèvres depuis que nous avions quitté la plage:
- Dis-moi cette dame que nous avons aidée à la plage, tu la connaissais, tu sais où je pourrais la retrouver?
- No señor! Je pensais qu'elle était votre petite amie répondit-il simplement.
Il ajouta, sansdoute en raison de mon évidente déception:
-Je suis désolé señor de ne pouvoir vous aider d'avantage!
- Merci de ton aide Dago lui dis-je en lui serrant la main. Je dois la rechercher, la retrouver et m'assurer qu'elle va bien.
Dago me pria :
-S’il vous plaît, Monsieur. J'ai à mon tour besoin de votre aide. Vous expliquerez pourquoi je suis en retard à mon patron.
-Pourquoi moi? demandais-je quelque peu amusé par ce jeune homme nerveux et énergétique.
- Il va vous écouter vous, tenta t’il d’expliquer, ou du moins vous allez sûrement l’impressionner.
J’aurais préféré rechercher Ishell dans la ville immédiatement mais la détresse du jeune homme me semblait tellement sincère que j’étais prêt à l’aider. Un détour de quelques minutes, tout au plus. Il m’amena au petit bar, tout juste à droite de l’entrée.
Dago salua tout le monde et pris la place derrière le Bar. Il était vraiment sympathique. Je notai le drapeau arc en ciel et compris tout de suite le genre d'établissement où j’étais. Un homme dans la quarantaine, mince aux cheveux argent fit son apparition. Il avait un visage angulaire basané et un air sévère mais sa chemise bleu poudre et ses jeans blancs démesurément serrés n’avaient rien de macho.
Il faudrait jouer la carte de charme souriais-je. Je me dressai devant lui avant même qu’il puisse atteindre Dago. Je le dépassais d’une tête et m’adressai à lui en lui serrant la main :
-Je suis venu remercier ce jeune homme héroïque. Il est venu m’aider à la rescousse d’une femme qui a été attaquée.
Je voyais que je l’impressionnais physiquement en tout cas mais je détectais un scepticisme de sa part. Je lui remis la carte du policier.
-Vous pouvez vérifier.
-C’est pas nécessaire. Je vous crois mon ami. Vous n’êtes pas une de ses fréquentations habituelles répondit-il avec un sarcasme dirigé vers le jeune barman.
Il ajouta :
-Dago un verre pour le Monsieur. Que désirez vous?
-Vodka tonique serait parfait merci!
-Vous êtes de quel région? demanda t’il en m’offrant une cigarette que je déclinai. Il s’en alluma une et engagea la conversation. J’appris ainsi qu’il s’appelait Rodrigue, un espagnol originaire de Madrid. Il parlait même un peu le français. Je réalisai également qu’il était très tactile car il utilisait le prétexte de chacune de ses paroles pour me toucher quelque part. Au moins j’avais réussit à capter toute son attention et il avait oublié Dago.
Il m’apprit que le complexe s’étendait de la sixième jusque à la dixième rue et qu’on y trouvait un café, une discothèque, un grand restaurant et même un salon de tatouage. Il était même possible d’arranger des excursions de pêche ou de plongée au large de Cozumel. Sweetwater était un des rares établissements de la région de Riviera Maya dédiés « aux amis de Dorothée ». En fait Rodrigue expliqua que si j’avais demandé aux gens de la ville de m’orienter pour trouver cet endroit on m’aurais sûrement menti et donné de fausses direction. Devant mon air incrédule, il commenta en soufflant la fumée de sa cigarette :
-Ce n’est pas tout le monde qui nous aime, même au paradis!
Rodrigue fut demandé à l’arrière cuisine. Il écrasa sa cigarette et s’excusa. Je lui souris poliment de toutes mes dents en lui promettant de le revoir plus tard.
Dago me servit une nouvelle rasade d’alcool que j’avalai d’un trait.
-Merci, merci! répéta le jeune barman. Vous avez fait de lui l’homme le plus heureux du monde et quand il est heureux nous, nous sommes tous heureux!
Il me montra tout le personnel environnant, les cuisiniers et les serveurs.
Je comprenais comment Rodrigue pouvait être austère. J’avais décelé en lui un homme d’affaire avant tout et il avait vraiment le cœur dans son commerce. Je le vis du fond de complexe me saluer et me pointer du doigt en me montrant à d’autres clients et employés. Je ne me rappelais pas d’avoir été ainsi le centre d’attention de tout un bar, il fallait bien que je vienne à Playa del Carmen pour cela.
Mes pensées se dirigèrent vers Ishell. Qui était cette femme mystérieuse? Pourquoi me faisait-elle autant d’effet. D’où venait-elle? Elle évoquait par sa stature élancée, sa peau ambrée et ses cheveux d'ébène la noblesse des anciennes races méditerranéennes. De plus les traits gracieux de son visage semblaient parfaitement assignables aux indigènes du Yucatan, les mayas, si ce n’était de sa grandeur. Quels périls la guettaient et de quels dangers me prévenaient-elle? La menace de l'homme que j'avais capturé résonna dans mon esprit.
Je n’avait pas finit mon verre que déjà Dago m’en servait un autre que je bu avec la même avidité. Le choc du combat, la vision d’Ishell me revenait, j’en tremblotais. Ces gens qui la traquaient qui étaient-ils, d’où venaient-ils? Dans quoi je venais de m’embarquer?
-Quel combat! dit Dago admiratif. Vous vous êtes battu comme un vrai fauve!
-C’est la première fois que je me battais ainsi, lui révélais-je, du moins contre des hommes. Je me suis déjà battu contre un ours!
Il pensait que je blaguait et ne me prit pas aux sérieux. Devant son incrédulité, je lui montrai les cicatrices sur mon torse. Il en resta bouche bée.
Tout en ballottant le contenu de mon verre, je me demandais encore pour la centième fois d’où provenaient ces hommes que j’avais blessés. Sûrement qu’ils auraient besoin de soin médicaux. Ils seraient ainsi possibles de lesretrouver. Peut-être quelque chose à mentionner aux policiers bien que j'étais certain qu'ils y avaient déjà songé eux-mêmes.
Dago commençait la préparation d'un autre verre, mais je l’interrompis. Jusque là, l'alcool m'avait fait du bien et relaxé m'ayant lavé en quelque sorte de mes frayeurs et de ma nervosité. Je n'en voulais pas plus, désirant avant tout de partir à la recherche d'Ishell qui peut-être j'espérais, m’attendait quelque part. J'insistai pour régler ma note, saluai Dago avec la promesse de revenir. Pendant des heures, je déambulai en vain sur la plage et les rues éclairées de la ville en guettant tout les gens que je croisais. J'étais à l'affût de ma mystérieuse inconnue dans les différentes boutiques, bars, restaurants et lobbys d’hôtels. Je poursuivis mes recherches jusqu'à ce que la cinquième avenue soit abandonnée par ses marchands et touristes et que la ville elle-même, enfin tranquille, sembla s'endormir. Je me résignai donc à abandonner et hélai un taxi en lui demandant de me ramener à l'Allure. Le chauffeur était agréable et me demanda si j’avais bien fêté. Je lui répondis que je rentrais et que j’avais assez vu d’action aujourd’hui. Il me demanda d'où je venais. Je lui répondis Montréal au Canada.
Il me sourit dans son rétroviseur:
- Hiver là-bas! Neige, froid, pas comme ici!
Je lui répondis simplement par un hochement de tête et un sourire forcé. J'avais le coeur lourd et n'avais aucune envie de m'engager dans une conversation. Le ciel à ma droite s’illuminait à la lueur d’éclairs de chaleurs lointains. Nous arrivâmes enfin à l’hôtel. Je remerciai le chauffeur et le paya en lui laissant un généreux pourboire. Je rejoignis ma chambre pour découvrir, avec frustration, que ma clé magnétique ne fonctionnait plus. Je me rendis au bureau de réception où ma clé fut remplacée. L’air frais du large me réveilla. Tant qu’à être tout près, je me rendis à la plage. Tout y était calme et paisible. Je m’étendit sur une chaise longue et m’abandonnai au murmure répété des vagues.
Tu parles de vacances!
Le ciel était clair, je restai tout simplement assis à regarder les étoiles. La majestueuse Voie Lactée se dressait devant moi et traversait le ciel d'est en ouest. Un croissant de lune fantomatique s'élevait sur ma gauche. L'agencement des constellations sous les latitudes tropiques ne m'était pas familière. Je pris quelques infants pour m'orienter. Je trouvai au-dessus de ma tête le triangle d'été formé par Véga de la lyre, Deneb du cygne et Altair de la constellation de l'aigle. Un étoile brillante crevait la surface de l'océan: je reconnu Sirius du Grand Chien accompagnant le Orion, le chasseur céleste.
Le faisceau périodique du phare de Tulum balayait aussi l’horizon. Je méditais sur tout ce qui venait de se passer. Je repensai Ishell, j’avais honte d'une part de l’avoir ainsi abandonné mais de l'autre je craignais d'avoir futilement perdu mon temps. J'émis un profond soupir: Comment cette belle inconnue avait-elle pu me toucher aussi profondément? Je ne croyais pas aux coups de foudre mais notre baiser m’avait laissé l’impression étrange d’une communion intime et profonde. Mais qui était-elle, d’où venait-elle? Chose certaine, elle était entouré d’intrigues et de grands dangers. Il s’ajoutait à tout cela bien sûr cette pièce d’argile cuite qu’Ishell m’avait laissé. En quoi ce disque pouvait avoir de la valeur? Apporterait-ils des réponses à l’énigme de Ishell? Comment le savoir?
Un phénomène céleste attira alors mon attention. Une étoile apparut soudainement dans l'amas des pléiades du Taureau. Le brillant météore migra et descendit jusqu'à la ceinture d'Orion où il s'embrasa dans mille feu avant de disparaître. Je fis un voeux dans mon coeur: je souhaitai revoir Ishell.
Je remarquai une nébulosité croissante dans le ciel en direction sud et la brève et vive lueur d’éclairs au large. Je décidai de rentrer. Il ne restait plus personne autour de la hacienda et le bar était fermé depuis bien longtemps. Je regagnai ma chambre sans presse en respirant l’air humide imprégnée d’arômes tropicaux subtils et en faisant un dernier adieu au ciel noir transpercé par les mystères et le scintillement froid d’une infinité de soleils lointains.