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Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 20:02

7 Kan 2 Yax (05/10/2006-mercredi)

Un bruit étrange me réveilla. Un rire taquin.

J'entrouvris paresseusement mes paupières pour voir le jour commençait à peine.

Ce matin était arrivé trop vite!

Je me tournai la tête la couvrant avec un oreiller. Je ne restai ainsi que dix secondes avant de me coucher sur le ventre. Cela ne m'aidait nullement. Je me sentais épuisé mais aucune position ne me convenait, rien ne me permettait de relaxer et de me rendormir. Je me sentais encore nerveux, incapable de rester immobile.  Je me dressai dans mon lit, en me frottant les yeux, m'étirant et baillant devant le nouveau soleil.

Mon premier réflexe fut de vérifier que la pièce d’Ishell était toujours dans la poche de pantalon où je l’avais négligemment laissée. Je fut soulagé de la retrouver et la conservai désormais précieusement près de moi. A sa vue, j'avais un constant rappel qu’Ishell et les évènements d'hier avaient été bel et bien réel. J’examinai la pièce de plus près. Un simple disque de céramique, peut-être un médaillon. Les engravures sur une de ses faces montraient une espèce de tête de lézard dans le coin inférieur droit sous un soleil dans le coin supérieur gauche. Le style artistique ressemblait beaucoup à ce que j’avais vu de l’ancien art mexicain traditionnel. Il était couvert d’une couche épaisse de limon et sédiments calcaires ce qui me suggérait que cet item avait passé beaucoup de temps sous l’eau.   En voulant le nettoyer d’avantage, j’endommageai le disque ce qui me rendis extrêmement mal à l’aise. J’avais élargi accidentellement la cassure à la surface et observai qu’il y avait une autre surface sous l’épaisseur de terre cuite. En voulant examiner de plus près, le disque fragilisé se fragmenta en une multitude de morceaux révélant ainsi un disque métallique qui avait été dissimulé dans la terre cuite.  

Un mystère dans un mystère!

Il s’agissait d’une curieuse roue en métal mat. Son motif me suggérait des cercles concentriques séparés en quatre quadrants. Il faisait environ un peu moins de centimètres de diamètre, à peine plus grand qu’une pièce de 10 pesos. Ce disque était étonnamment dur et résistant malgré qu’il fût très mince et très léger. Il était partiellement couvert par des résidus incluant de l’argile, du limon et du vert de gris. L’eau avait sûrement perfusée depuis la surface de terre cuite jusqu’au disque de métal.  Il y avait apparemment des lignes et des symboles sur le disque mais rien que je ne pouvais discerner clairement.

De nouveau le bruit et une voix étrange dehors. Un cri, j’en étais certain. Je sursautai et cachai la pièce d’Ishell dans ma poche avant de m’avancer doucement vers ma porte que j’ouvris subitement pour me trouver face à face à un perroquet perché dans les petits arbres du carré de bosquet devant ma chambre. L’oiseau effrayé battit des ailes et criailla. Je tentai de le calmer en lui parlant doucement.  Il était magnifique avec sa coiffe rouge écarlate, son dégradé de plumes orange, jaune et blanche sur le ventre avec ses ailes et son dos bleu turquoise et cobalt.

- Tu t’appelles comment? demandais-je à l’oiseau. Je répétai de nouveau la question en espagnol :

- ¿Cómo ti llamado ti? ¿Ti ti llamado cómo?

Le perroquet me regarda sans comprendre puis croassa :

¿Ti ti llamado cómo?

- Je me nomme Marc-Antoine. Tu as un nom? Marco Antonio es mi nombre. ¿Cuál es tu nombre bonito pájaro? ¿Quién es -tú?

Je n’avais que le silence comme réponse alors que l’oiseau hochait bêtement sa tête. Je retournai dans ma chambre et lui amenai quelque grain de raisins que je lui offris. Il me les déroba de mes mains à la vitesse de l’éclair. J’avais sursauté derrière, sachant bien comment le bec d’un perroquet peut être tranchant.  L’oiseau ricana et répéta:

-¿Quién es -tú?

 Je perdais mon temps. Le perroquet se moquait de moi.

Je pris ma douche et me rasai. En regardant ma réflexion dans le miroir je remarquai que la couleur rouge de mon épiderme avait déjà commencée à recéder tout comme la sensation la sensation de feux ardents sur ma peau s'était enfin éteinte. J’étendis sur mon corps les pommades prescrites par Dominique. Je vis que le perroquet était toujours là convoitant sans doute d’autre nourriture de ma part.  Je décidai d'oublier l'oiseau; j'avais d'autres préoccupations beaucoup plus importantes. J’étais décidé à retourner à Playa del Carmen afin d'y rechercher Ishell; je commencerais par l'endroit où je l’aperçus pour la première fois. Avant de partir, je réalisai que j'avais vraiment besoin d'un bon déjeuner.

En sortant de ma chambre et en me dirigeant vers le Café, je remarquai que le ciel était partiellement couvert ce qui ne me déplaisait pas. Même sans soleil direct,  la journée s'annonçait déjà extrêmement chaude et humide avec une température avoisinant les trente-cinq Celsius.  Je pris note que j'aurai besoin de quelques bouteilles d'eau pour mon voyage.

Un portier m'ouvrit la porte la cafétéria et une hôtesse tout souriante vint à ma rencontre me demandant gentiment le numéro de ma chambre pour fin de vérification.   Elle m'assigna un serveur, un jeune homme au pantalon noir et à la chemise blanche soignée, pour me guider à ma table.  La salle à manger était essentiellement déserte à cette heure matinale. Je reconnu tout de même le quatuor de mes amis français assis à une table tout prêt de la station des omelettes. J'allai les saluer.

- Tiens! Tiens! Comme on se retrouve! me dit Ludovic chaleureusement.

- Oui! Le revoilà notre grand canadien perdu! ajouta Dominique visiblement heureuse de me revoir.

-Tiens, tiens, notre brebis égarée! commenta Rachel amusée. Elle me salua avec son "bien aimé", la tasse de café à la main et me convia d'un signe de me joindre à eux. J'appréciais de ne pas avoir à déjeuner seul.

Sans qu'on ne le lui demande, mon  serveur rajouta un couvert à leur table ainsi qu'une chaise à mon attention. Il m'offrit aussitôt du jus d'orange fraîchement pressé et du café. Avant de m'asseoir, je me ramassai rapidement un petit tas des crêpes accompagnées d’une montagne de fruits et de crème anglaise.

Dominique m’accueilli en m’embrassant sur les deux joues à la française.

- Ca va bien? demanda-t-elle.

Je lui confirmai que oui.

- Nous étions inquiets hier. J’ai entendu qu’un couple s’était fait attaquer par des brigands sur la plage....

-  Oui, où diable as-tu disparu hier Marc-Antoine? dit à son tour Ludovic.

J’hésitai sur ce que je pouvais leur révéler. Je commençai par lui répondre:

- Bien je vous ai perdu sur la cinquième avenue....

- Sans doute lorsque nous somme entré dans ce café-internet! clama Dominique.

- Qui était-ce? demanda Rachel du tac au tac, sans aucune gêne.

Je faillis m'étouffer avec mon jus d'orange.

- Bien quoi! insista Rachel, ce regard béant, cette expression à la fois d'extase et de douleur je la reconnais: vous êtes en amour jeune homme!

Je pensai que j’avais devant moi Rachel la thérapeute. Elle affichait un sourire félin, arrogant qui démontrait son assurance. Je n’osait rien dire, car elle avait raison, du moins partiellement. Sauf que je n'étais pas amoureux d'Ishell; troublé, oui, mais pas en amour, du moins je ne pensais pas. Pourtant, la simple évocation de son nom dans mon esprit me causait un pincement au cœur. Je regardai aux alentours, en évitant le franc regard de Rachel.

- Quoi? Tu as rencontré une nana? C’est pour cela que tu nous as faussé compagnie? coupa malicieusement Ludovic.  Qui est-elle, quel est son nom?

Je répondis :

-Ishell…

-C’est exotique comme nom…. Vous allez vous revoir? questionna Dominique sans cacher une curiosité presque enfantine.

- J’espère sincèrement que oui! Je lui ai laissé mon numéro de téléphone…

- Dans ce cas bonne chance! soupira Ludovic en s’écrasant au fond de son siège. 

Dominique se contenta de me faire une moue et des gestes signifiant d’oublier les commentaires pessimistes de son chum.

- Ishell, roucoula Rachel. C’est un nom Maya si je me souviens bien? 

Je ne savais pas quoi lui dire. Elle regarda en vain son mari pour une confirmation mais ce dernier ne leva que ses sourcils, incapable de lui répondre. Dominique et Ludovic haussèrent les épaules à leur tour.

- La demoiselle doit être native de la région? renchérit Rachel.

J’admis, complètement embarrassé, que je ne savais pas et qu’en fait je ne savais rien d’elle. Après une longue hésitation, je décidai de me confier à eux. J’avais besoin de parler à quelqu’un de mon aventure d’hier. Je leur annonçai :

- Le couple à la plage, c’était Ishell et moi!

Émile laissa tomber son journal et me regarda. Rachel abandonna son café et se redressa complètement attentive à chacun de mes mots. Dominique et Ludovic étaient eux aussi accrochés à mes moindres paroles. Je leur racontai l’histoire de l’agression à Playa del Carmen en omettant le détail de l’objet qu’elle m’avait confié.

- Hé bé! La chevalerie n’est pas encore complètement morte soupira Rachel à la fin de mon récit.

- Tout cela pour une femme souffla Ludovik. Si il y a quelque chose qu’un Français est capable de comprendre c’est bien cela!

- Cette femme tu dois l’aimer pour qu’elle t’aie laissée une telle impression! commenta Dominique.

- Vous croyez vraiment qu’elle est en danger? Que fait la police? demanda Rachel fascinée.

Émile interrompit sa bien-aimée :

- Je suis certain que les gendarmes locaux font tout ce qui leur est possible.

Il s’adressa à moi :

- Il faut garder le courage mon garçon!

Il y eut quelques minutes inconfortables de silence.

Pendant que je vidais mon assiette, Dominique prit la parole. Elle me sembla particulièrement gênée.

- Est-ce que quelqu’un aurait vu quelque chose d’inhabituel dans le ciel hier?

Ludovic détourna le regard comme si il était embarrassé pour ce qu’elle était pour dire.

Personne ne lui répondit. Elle raconta tout de même le phénomène dont elle avait été témoin :

- Il était approximativement minuit, au plus tard une heure du matin. Le ciel était parfaitement clair et sans nuages. Notre chambre a une vue directe sur l’océan et j’avais décidé de profiter de l’air frais du large avant d’aller au lit.  Je regardais les étoiles et j’ai trouvé un satellite que je pointai à Ludovic. Nous avons observé le satellite alors qu’il traversait le ciel en ligne droite. Nous étions face à l’océan vers l’est et le satellite se déplaçait du nord au sud. Après quelques secondes sa trajectoire est devenue erratique;  il ralentit et commença à bouger dans la direction inverse, à reculer rapidement, très rapidement. Cette chose avait tournée à cent quatre vingt degrés pour ensuite accélérer et disparaître. Cela m’a vraiment impressionnée.  J’en ai discuté avec Ludovic, nous nous sommes questionné mutuellement pour vérifier si nous avions vu la même chose...

- Nous sommes habitué à regarder le ciel la nuit mais n’avons jamais rien vu de semblable admit Ludovic. C'était plus brillant que Vénus à l'aurore! Il y avait une réflexion de l'objet visible à la surface de l'océan.

Je leur parlai du météore que j'avais aperçu. Ludovic et Dominique étaient certains que ce qu'ils avaient observé n'était pas une étoile filante ou d'un avion.

Rachel nous regarda tous avec un intérêt renouvelé et annonça :

- Je n’en suis pas surprise. Nous sommes après tout sur une terre ancienne empreinte de spiritualité et mystères. De nombreux Ovnis ont été et sont encore observés au Mexique. Par exemple, il a plusieurs années aux ruines d’Uxmal, une cinquantaine de personne avaient observé un disque à 150-200 mètres d’altitude, un disque qui faisait 25 à 30 mètres de diamètre. Il bougeait doucement dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. Il était jaune et orange lumineux sur ses bords et il avait ce qui ressemblait à des tubes néons incrustés qui changeaient constamment de couleur. Ces lumières se sont rétractées aux abords du disque alors qu’il tournait au dessus des gens. De son dessous bombé émanait une lumière rouge. Alors que le disque avançait, il  prit aussi de l’altitude. Un autre disque lumineux orangé apparut plus haut dans le ciel. Le disque s’éleva pour le rejoindre. Tous les deux prirent la direction de l’ouest avant que l’on les perde de vue. Plusieurs pensaient que cela faisait partie intégrale du spectacle de lumière des ruines. C’est quelque chose dont on parle encore là-bas même après tout ce temps; cela ne s'oublie jamais.

Elle prit la main de son bien-aimé.

- J’ai déjà entendu des témoignages d’Ovnis mais jamais avec autant de détails commentais-je.

- C’est parce que « on » n’exclue pas la personne qui parle, corrigea Émile. C’est notre deuxième visite au Mexique.

- Vous étiez là, vous avez donc vu ce disque ?

La question provenait de Dominique bouche bée.

- Et vous nous l’avez jamais dit reprocha Ludovic.

Rachel ajouta avec émotion:

Cela est la chose la plus impressionnante que nous ayons eu l’occasion de voir dans nos vie!

Elle se repris et ajouta:

- Tout récemment un objet volant non identifié métallique a été photographié stationnaire au-dessus des ruines de Tulum par des touristes. Donc je vous crois lorsque vous dites avoir vu quelque chose d’étrange par ici!

Je ne savais que penser de tout cela.  La Rivera Maya semblait abriter de nombreuses énigmes, incluant ma mystérieuse Ishell. En pensant à elle, je réalisai qu’il me fallait partir si je voulais atteindre Playa del Carmen assez tôt. Tous avaient fini de déjeuner et étaient prêt à quitter la table.

- Nous allons profiter du soleil aux abords de la piscine, tu te joins à nous? demanda Ludovic en tentant d’alléger l’atmosphère.

- Il n'en est pas question! interrompit Dominique. Pas de soleil pour lui aujourd’hui!

Elle se rapprocha de moi en m’examinant avec satisfaction.

- Je vois que les pommades que je t’ai prescrites t’on aidé, ton coup de soleil s’est bien résorbé. Mais il te faudra continuer de faire attention!

Effectivement mon épiderme avait prit un teint hâlé quoi qu’encore avec un ton cuivré.

- Je sais! Bien compris et merci beaucoup Dominique!

- Il n’y a pas de quoi, faut faire attention la prochaine fois!

- Ne soit pas inquiète, je n'irai pas m'exposer à l’astre du jour. Je pensais effectuer un aller-retour à Playa del Carmen...

-Et retrouver ta belle? questionna Ludovic.

Je lui confirmai que oui.

Il leva son pouce en signe d'approbation.

- Je ferais exactement la même chose à ta place.

- Si nous ne revoyons pas aujourd’hui, nous allons demain visiter les ruines de Cobá m'annonça Dominique. Viens avec nous!

- Je dois aller à un mariage demain, je ne crois pas pouvoir y aller.

-  A quelle heure demain?

- Quatre heures.

- L'expédition est le matin. Cobá est tout près. Tu serais de retour bien avant ton mariage insista Ludovic à son tour.

- S’il te plait!, me pria Dominique. Viens avec nous! Rappelle toi: nous repartons pour la France vendredi matin. C’est une dernière occasion d’être tous ensemble.

Je promis à Dominique d’essayer d’y aller.  Je l’embrassai  alors qu’elle était sur son départ.

Rachel ouvrit ses bras à son tour attendant mon embrasse. Alors que je baisai ses joues elle me dit, concernée:

- Mon mari a raison, tu as déjà fait tout ce qui était humainement  possible, tu ne peux rien faire d’autre que de patienter. Fait attention à toi!

Je lui sourit. Je m'était vraiment tromper sur son compte.

Ludovic me tapa sur l’épaule,  Émile me serra la main.

Je me retrouvai seul à table, mais curieusement je me sentais allégé de m’être ouvert et d’avoir partagé tout cela avec mes nouveaux amis.

Je passai rapidement par ma chambre. J’y ramassai des bouteilles d'eau, des collations ainsi qu'une sélection de disques compacts dont les plus récents albums de U2, Coldplay, Madonna ainsi que de d'autres artistes moins connus dont le disque du rocker Montréalais Jonas. Un cadeau que je voulais laisser au Sweetwater afin de renouveler un peu leur discographie stagnante des années quatre vingt dix. Je calai ma casquette et traversai le complexe hôtelier jusqu’au bord de l'autoroute à l'affût d'un taxi communautaire. En moins de cinq minutes d’attente, une camionnette blanche s'arrêta.

-Playa del Carmen por favor! dis-je au conducteur.

Il était typiquement mexicain avec ses cheveux et sa barbe sel et poivre qui contrastait avec sa peau brûlée. Je lui offris de l'argent qu'il refusa d'un simple geste signifiant "plus tard". Il me fit signe de pénétrer en m'indiquant une place libre sur la deuxième banquette en arrière. Je me retrouvai assis auprès d’une femme et de son tout jeune enfant, une fillette de moins d'un an, joufflue, mignonne comme tout. Ainsi drapée dans une couverture artisanale aux couleurs vives, elle semblait être une délicate poupée. Le bébé me regardait intensément avec ses grands yeux noirs écarquillés. Je lui fis quelques gestuelles et grimaces qui semblèrent l'intriguer d'abord et l'amuser par la suite. La mère tout à fait charmante était heureuse de voir son poupon ainsi distrait. Parmi les autres passagers, il y avait une autre jeune femme et quatre hommes qui étaient tous étaient habillés d’habits ou d'uniformes de différentes couleurs, mis à part l'homme qui accompagnait le conducteur.  Ce dernier était un jardinier ou cultivateur comme le témoignais sa salopette et ses mains usées. Ces gens furent déposés devant divers complexes de vacanciers alors que d'autres y attendaient  pour prendre leur place.

Nous arrivâmes à Playa del Carmen qui vraiment était radieuse et animée sous le soleil de l’avant-midi. Je visitai de nouveau la plage encombrée par les nombreux touristes et adorateurs du soleil. Je déambulai dans rues et avenues achalandées sans trouver Ishell. Je m'arrêtai au Blue Parrot pour m'entretenir avec la réceptionniste. Bien qu'elle était vaguement au courant de l'incident de la soirée d'hier, elle n'avait aucune information à me reporter. Tout en quittant l'hôtel, je contactai la police pour prendre des nouvelles. J’étais frustré par leur nonchalance et le fait que les évènements d’hier avaient été relégués à celui d’un incident mineur. Ils promirent tout de même de communiquer avec moi si ils apprenaient quoi que ce soit de neuf dans le dossier.

Je consultai un bottin téléphonique; Playa del Carmen n’avait pas d’hôpital. J’appelai tout ce qui était un service médical dans la ville incluant la Clinica Medica del Carmen, la Camara Hiperbarica, Playamed ainsi que tous les médecins en liste. Tous me donnèrent la même réponse: Il n’y avait rien eu de notable hier et personne n’avait vu de femme correspondant à la description d’Ishell.

Je songeai au conseil de Rachel, de relaxer et tout laisser tomber. J’étais déchiré par les sentiments d'urgence et d'importance dont Ishell m'avait imprégnés lors de notre rencontre. Ce que je craignais le plus, c'est que ces hommes crapuleux aient pu mettre la main sur elle. Je devenais de plus en plus effrayé d'imaginer tout ce dont de tels bandits seraient capables pour arriver à leurs fins. Surtout que je savais bien que Ishell n'était pas une femme du type à se laisser intimider et céder devant ces hommes. Il m'était clair qu'elle refuserait de collaborer avec eux, de leur donner ce qu'ils désiraient. Je refusai de considérer plus longtemps cette éventualité en songeant à l'horrible sort qu'ils pourraient faire subir à la jeune femme.

Je parcouru la ville en inspectant de nouveau désespérément les nombreux restaurants, magasins et salle de réception d’hôtels. Je ne trouvai aucune trace d'elle. Nul ne la connaissaient ou ne se souvenait de l’avoir vu. 

Depuis les quais, je contemplai l'océan en direction de l'île de Cozumel en me demandant si Ishell n'y avait pas trouvé refuge. Je savais que de nombreuses navettes assurent chaque jour une vingtaine de liaisons entre Cozumel et Playa del Carmen. Je trouvai le traversier qui se préparait à partir bientôt. Je m’empressai à m’acheter un billet aller-retour et rejoignit le bateau. La traversée de dix-neuf kilomètre sur la mer agitée nécessita quarante minutes pour joindre le quai de l’Île de Cozumel. 

L’île était entourée par une mer turquoise d’une beauté exceptionnelle dont les tons de bleus plus pâles cachaient le spectaculaire chapelet de récifs coralliens qui avait donné à Cozumel sa réputation de paradis pour les plongeurs. Je pouvais distinguer à notre approche quelques bateaux de croisière en escale, les plages blanches qui ceinturaient l’île ainsi que la dense végétation qui lui donnait une couleur émeraude.

Nous accostâmes dans la petite ville de San Miguel qui était l’unique centre de population de l’île. Le quai menait sur l’avenida Benito Juarez où une bannière entre deux poteaux de bois nous souhaitait, en anglais et en espagnol, la bienvenue d’un côté et un bon voyage de l’autre. La ville de San Miguel n’était pas ce que j’avais imaginé : elle était beaucoup plus vaste et importante avec ses parcs, marchés, musés et hôtels de luxe. Ses rues s'entrecroisent à angle droit, tout comme à Playa del Carmen, ce qui me permettait de m'y retrouver très facilement. Je remarquai le choix habituel de boutiques et de restaurants longeant l'avenida Rafael E. Melgar, une promenade au bord de mer. Je trouvai beaucoup d’activité au parc principal de la ville nommé la Plazza San Miguel. Je flânai dans la ville à la recherche Ishell. Je me rendis vite compte de la futilité de mon voyage. L'île s'étendait sur 48 kilomètres du nord au sud et 16 kilomètres d'ouest en est. La ville de San Miguel regroupait plus de 90 000 habitants, je ne pourrais jamais trouver Ishell même si je savais pour certain qu’elle était ici. C’était déjà la fin de l’après-midi Je me résignai à consulter tout de même, sans succès, la police locale et le centre médical.  Je raisonnai enfin que si Ishell était libre et voulais me contacter qu'elle pouvait le faire facilement en contactant elle-même les policiers. J'avais même le fol espoir qu'elle avait tenté de m’appeler et déjà laissé un message à l'Allure. J'étais maintenant pressé de rentrer. Je pourrais toujours revenir à Cozumel plus tard, il y avait d’après ce que j’avais entrevu de nombreuses ruines mayas et vestiges intéressants éparpillés sur l’île.

Véritable photos sans trucage; le photographe a remarqué le mystérieux objet des années après en classant ses photos de voyage.
Ferry to Cozumel par OneTigerFan
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Par A. Saint - Publié dans : récits
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