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Samedi 14 janvier 2012 6 14 /01 /Jan /2012 21:32

Le bruit d’un tapement sur ma porte me réveilla brusquement :

-Toc! Toc!  Nous partons dans 10 minutes pour Cobá, êtes vous prêt Marc-Antoine?

Après quelques secondes, je reconnus enfin la voix de Ludovic. Je bondis hors de mon lit. La lumière du soleil envahissait ma chambre. J’étais désorienté, je regardai mon réveil qui affichait sept heures cinquante-deux. Comment avais-je pu dormir aussi tard?

- Hé Bé! Il y a quelqu’un? La voix s’impatientait.

Je répondis :

- Oui, Ludovic. J’arrive, donnez-moi cinq minutes!

- C’est correct, on se retrouve tous à l'hacienda, à tantôt!

- C’est ça. Dans quelques minutes! Merci!

Je pris une douche éclair, me lavai les dents et m’habillai. Je m'empressai de ramasser trois bouteilles d’eau dans le frigo, un écran solaire, mes pommades et récupérai le disque d’Ishell. Je filai ensuite au pas de course vers le bâtiment principal qui était tout juste à côté. J’arrivai juste à temps; ils s’apprêtaient à partir sans moi. Je n'étais pas le dernier retardataire, une femme me suivait et dès qu'elle pénétra, la porte se referma derrière elle et l’autobus pris aussitôt son départ.

Dominique m’accueillit m’embrassant sur les deux joues.

- Merci d’être venu! Et voilà pour toi!

Elle me donna une grande tasse de café. Son arôme à lui seul était le meilleur des bonjours que j'aurais pu souhaiter.

- Noir! Comme tu l'aimes! Ça va bien? demanda-t-elle.

 Je lui confirmai que oui.

- Puisque nous ne t’avons pas vu à l’hacienda pour déjeuner, nous avons pensé d’amener le déjeuner à toi! annonça Rachel en me tendant un sac de papier brun.

Je l’ouvris. Il contenait des muffins, croissants et des fruits.  J’embrassai Rachel à son tour.

- Tout cela est beaucoup trop, commentais-je. Il y en a au moins pour deux!

- Je ne crois pas. Nous t'avons déjà vu manger! railla Ludovic.

- Tu as changé de chambre? demanda Dominique. Il a été nécessaire de demander l'aide de la réception pour te retrouver.

- Des ennuis avec la porte de mon ancienne chambre, expliquai-je entre deux bouchées.

- Tu as retrouvée ta dame? questionna Rachel.

- Non, répondis-je tristement.

J'ajoutai tout bas que je ne savais plus où aller ou quoi faire.

Je songeai à tout ce que Callas et Morales m'avait révélé et une question me revint à l'esprit que je voulais poser à mes amis français depuis hier soir.

- Vous êtes allés à Chichen Itza déjà, au puits sacré?

- Oui bien sûr confirma Rachel. De l'ensemble des sites que nous avons vus, Chichen Itza était le plus développé pour les touristes ce qui en ternit sa magie quelque peu. Mais les ruines y sont fantastiques.

- Le  nom de Thompson, Edward Thompson vous dis quelque chose?

Rachel réfléchit un instant.

- Je ne suis pas certaine, mais je crois que son nom nous a été mentionné là-bas. Je pense qu'il est celui qui a découvert les ruines de Chichen Itza. Attendez! Je connais quelqu'un qui peut vous répondre plus précisément!

Elle se leva et partit vers le derrière de l’autobus.

Dominique fut éberluée à la vue de Rachel qui revenait escortée par ce beau jeune homme au short bleu marin et au gilet blanc, le même que j’avais vu au gymnase à mon premier matin à l'Allure.

 

- Rachel profiterait de la moindre excuse pour le voir! bougonna Dominique.

Rachel reprit son siège en invitant Saul à s'asseoir près de moi. Il me dévisagea tout comme à notre première rencontre d’un regard curieux.

- Marc-Antoine, laisse moi te présenter notre guide, Saul.

Je lui serrai la main et remarquai sa poigne forte et franche.

- Saul était notre guide lors de nos visites des ruines mayas de Chichen Îtza et de Tulum où il nous a enseigné des tonnes de trucs sur son peuple, expliqua Rachel.

- Oui, Saul est un expert sur l'histoire des mayas, compléta  Dominique. D'ailleurs il est en train d'écrire une dissertation universitaire sur le sujet?

Saul lui sourit et répondit affirmativement.

Rachel s'adressa au jeune maya:

- S’il vous plaît, notre ami Marc-Antoine avait une question concernant le monsieur Thompson que vous avez mentionné je crois lors de notre visite de Chichen Itza.

- Qu'aimeriez vous savoir, Monsieur? me demanda t’il aimablement.

- Qui était ce Edward Thompson? Qu'est-ce qu'il a fait exactement? Et pas de "monsieur" s'il vous plaît avec moi; juste Marc-Antoine.

- D’accord, comme tu le veux Marc-Antoine!

Saul me répondit avec une éloquence surprenante; il maîtrisait parfaitement l’anglais et parlais un excellent français.  J’appris aussi qu’il parlait cinq autres langues incluant l’espagnol et le maya du Yucatan et de Petén.

- Edward Herbert Thompson est considéré un des grands explorateurs du Yucatan du début du vingtième siècle. À partir de 1847 et pour près de 60 ans, la guerre des castes faisait rage au Yucatan rendant tout voyage sur ces terres dangereux et empêchant l’accès aux ruines mayas. Pendant cette guerre raciale, aucun blanc ne pouvait rentrer et encore moins sortir du Yucatan vivant! Cela n'arrêta pas Thompson qui réussit à gagner la confiance de mayas en apprenant leur langage et en adoptant leur mode de vie. Avec l'accalmie de la guerre et l'aide de ses guides mayas, Thompson inspiré par les écrits originaux des explorateurs John Lloyd Stephens et Frederick Catherwood auteurs et artistes du livre « Incidents of travel in Yucatan », fit la visite de nombreuses ruines mayas.  À cette époque, bien qu’il n’ait aucune formation en anthropologie, Thompson écrit un article dont le titre était "L’Atlantide n’est pas un mythe". Cet article n'avait aucune base scientifique; il relatait les croyances de Thompson sur la correspondance de la culture Maya à celle du continent légendaire de Socrate. Cet article attira l’attention du Vice président de « American Antiquarian Society » qui consacra Thompson investigateur scientifique des ruines de la péninsule du Yucatan ce qui l'amena en 1895, au poste de Consul américain au Yucatan.

Il récita cette biographie de Thompson comme un leçon bien apprise tout en dégageant une certaine intimité. Je n’étais d’ailleurs pas le seul à l’écouter. Tous mes amis français étaient également fascinés par ses propos qu’il continua :

- Thompson est notamment célèbre pour l’acquisition d’un terrain de cent miles carrés incluant les ruines de Chichen Itza pour la modique somme de soixante-quinze dollars américain en 1890. Il voulait initialement découper les ruines en morceaux et les expédier aux États-Unis mais devant la grandeur de la ville, trouva cela une entreprise impossible. Thompson est devenu fasciné par les récits des anciens des prêtres espagnols racontant que traditionnellement les mayas effectuaient des sacrifices de bijoux et d’or et même des sacrifices humains au cenote sacré de Chichen Itza.  Il partit donc à la chasse au trésor en fouillant le cenote sacré. Il y découvrit en 1904 des vases, ornements, outils, des figurines à l’effigie des dieux maya, des disques d’or, des pierres de jades et des restes de squelettes humains. Ses découvertes furent teintées par la controverse lorsque qu'il fut révélé que Thompson envoyait secrètement la majorité des artefacts qu’il avait excavés aux Etats-Unis en utilisant le courrier diplomatique comme couverture. De nos jours cela reste un sujet sensible car même si une partie des artefacts ont été restitués au Mexique, la majeure partie des découvertes de Thompson est restée aux Etats-Unis.

Sur ce dernier point le ton de Saul devint amer.

Je pensai alors qu'il ne s'agissait pas d'archéologie mais du pillage de ressources historiques tout à fait uniques. Je comprenais mieux l'attitude de Morales hier soir et la motivation du Mexique voulant jalousement conserver son patrimoine.

Je lui demandai dans un éclair de réalisation:

- Ces items, ne seraient-ils pas encore conservés en partie au musée Peabody de Boston?

- Oui confirma Saul intrigué. Comment le savez vous?

- Une amie à moi a visité le musée récemment et me l’avait mentionnée, mais je n’en connaissais pas le contexte avant que vous m’en ayez parlé, expliquai-je en disant essentiellement la vérité.

-J’ai eu moi-même le privilège de consulter une partie de leur collections sur l’Amérique Centrale lorsque j’ai fait une présentation sur le réseau maritime des mayas Itzas Chontals à l’université de Havard. Elle est très impressionnante en effet!

J'étais excité par le fait que je détenais enfin une première corrélation.  J'avais sérieusement considéré jusque là de terminer mon séjour au Yucatan et d'avorter mes vacances à la suite des derniers incidents. Mais plus maintenant, j'avais un début de piste que je suivrais jusqu'au bout. Je trouvais l'alternative d'abandonner et de vivre avec des regrets pire que la toile d'intrigues et de menaces auxquelles était entremêlée Ishell. Je devais aller à Chichen Itza. J'étais certain qu'Ishell y était allé et qu'elle pouvait encore s'y trouver.

 

-Votre amie s'intéresse à l’archéologie?

La question de Saul m'interrompit dans mes ruminations. Sans trop y penser, je répondis:

- Oui, Ishell semble très impliquée, d'après ce que je sais, dans le domaine des artefacts anciens.

- Ixchel? Il s’agit d’un beau nom commenta Saul. C’est le nom de la Dame de l'arc-en-ciel, la grande déesse de la lune et de la terre et de la mer pour les mayas. Vous le saviez?

Entendre ainsi le nom de Ishell monopolisa instantanément toute mon attention.

- Je savais bien que j'avais déjà entendu ce nom et qu'il était maya! s'exclama Rachel.

- Elle était aussi la déesse patronne des tisseuses et des femmes enceintes expliqua Saul. Il y a de nombreuses institutions, organisations de la région qui emprunte son nom. Pour une femme maya du Yucatan, ce nom est en quelque sorte analogue au prénom de Marie pour les chrétiens.

Ishell était donc le nom d'une déesse maya;  je comprenais mieux ce qu’elle signifiait en se présentant comme une fille de Ixchel. C'était une nouvelle chose que j’apprenais.

En réalisant mon grand intérêt, Saul continua:

- Cela me rappelle une légende nous confia Saul. Elle raconte que Ixchel avait pris comme amant le dieu soleil mais que son grand-père, un des dieux créateurs, la tua avec sa foudre dans un élan de rage tellement qu'il désapprouvait de leur relation. 

-Il me fait penser à ton père en caractère celui-là!

Ludovic interrompit sa blague de façon impromptue. Son visage se crispa subitement et contorsionna dans une grimace de douleur. Tout en rétractant sa jambe, j’entendis Dominique maugréer:

-Vraiment n'importe quoi!

Je vis alors le pauvre Ludovic se frotter un pied meurtri alors que Dominique le regardait avec agacement avant de retourner son attention vers Saul qui poursuivait son récit.

- Étant déesse et immortelle, Ixchel reprit vie et se réveilla cent quatre-vingt-trois jours plus tard pour accompagner le soleil dans son palais céleste. Malheureusement le soleil devint jaloux et possessif à son égard; il l'accusa même d'entretenir une relation avec son frère l'étoile du matin. Le soleil la chassa du ciel. Ixchel trouva refuge sur terre à l'île de Cozumel qui devint ainsi l'île sacrée dédiée à son adoration. Le dieu soleil descendit du ciel pour s'excuser et persuader Ixchel de revenir avec lui. Mais peu de temps après son retour, le soleil redevint vite jaloux. Exaspérée par le comportement du soleil, Ixchel l'abandonna dans la nuit. Depuis, elle se cache et essaye de demeurer invisible à l'astre du jour lorsque ce dernier est dans le ciel. Depuis son palais nocturne, Ixchel assiste et prend soin des femmes enceintes. Selon certains, les éclipses solaires surviennent lorsque le soleil retrouve la déesse lunaire dans le ciel et qu'ils se disputent.

La référence de Saul me remémora les paroles d'Ishell; n'avait-elle pas dit qu'elle venait de Cozumel? Dire que j’étais à cette île hier et que je n’avais rien vu de tout cela! Je m’étais trop pressé là-bas. Je m’en voulais d’avoir manqué cela.

Une autre question me vint à l’esprit, par rapport à la photo que l’on m’avait montré hier :

-  Vous savez ce qu’est le « dieu D »? demandais-je.

Saul me regarda un moment, la nature de mes questions ou mon grand intérêt semblait le surprendre. Il me répondit gracieusement :

- "D" comme docteur! Le grand guérisseur!

Devant mon incompréhension, il expliqua:

- Un truc mnémotechnique! Les archéologues avaient anciennement que peu d’information sur la mythologie des mayas qui possédaient une multitude de dieux et qui se compliquait par le fait qu’il est très commun de voir le même dieu représenté sous plusieurs et différents aspects.  Les représentation et glyphes divins qui étaient trouvés lors des recherches étaient donc identifiés par une lettre à défaut de connaître avec certitude le nom propre du dieu représenté. La lettre A est associé avec l’incarnation du dieu de la mort, le B avec le dieu de la pluie Chaac. La lettre D désigne le dieu Itzamna, le dieu fondateur de la culture Maya et le patron des dieux des anciens Mayas. Itzamna était un dieu bon, le premier shaman, un grand guérisseur et magicien, celui qui apprit à l'homme la culture du maïs et du cacao, l'écriture, les calendriers, la médecine et les sciences. La ville d'Izamal lui était sacrée. La déesse Ixchel, la déesse O,  était la femme d’Itzamna, vénérée et en même temps crainte par les anciens mayas. Elle était perçue en général comme une déesse bénéfique, bien qu'elle présentait deux aspects, tout comme la déesse babylonienne/sumérienne Ishtar. Par exemple elle aidait les femmes à mettre au monde leurs enfants mais elle portait aussi la cruche des eaux qui menaçait à tout temps d’engloutir le monde dans un nouveau déluge. Dans les Codex, la déesse se retrouve représentée par une jeune femme "Ix Chel" ou par une très vieille femme "Chak Chel" pour refléter la nature croissante et décroissante de l'astre lunaire.

-Codex?  questionnais-je.

D'un ton affable, Saul continua mon éducation:

-Les codex sont des archives mayas transcrites sur des parchemins d'écorce d'arbres aplatie. Ils sont tout ce qui ont survécu des anciennes traditions écrites mayas à l’exception des stèles qui subsistent encore dans les ruines. Les Codex restent le peu qui a pu être sauvé de l'obsession du clergé catholique d'éradiquer tout le passé de ce peuple, de les purger de leurs croyances païennes.  C'est le cas en particulier de l'évêque franciscain Diego de Landa qui décida de brûler tout les livres mayas qu'il pouvait trouver dans un grand feu public parce qu'ils contenaient selon lui rien d'autres que les mensonges et les écrits du diable.

Un de ces Codex qui a survécu est conservé à Paris, un autre à Madrid et à Dresde. Ironiquement un seul de ces écrits est resté au Mexique. Pourtant il s'agit bien de l'héritage appartenant aux indigènes d'ici qui sont leurs descendants et héritiers!

Je sentais de nouveau une certaine frustration dans les paroles de Saul.

Il reprit son souffle un bref moment et poursuivit ses explications:

-Les Codex concernent quelques rubriques et légendes mayas, des notes sur leur calendrier ou même sur des données astronomiques complexes. Mais cela reste peu pour témoigner de leur passé. C'est pourquoi il y reste autant de mystères sur le passé ce peuple.

J'admirais la prestance avec laquelle Saul nous parlait. Je lui admis:

- Je ne sais pratiquement rien des mayas, merci de m'en parler. J’ai appris beaucoup par ce que vous m’avez expliqué.

- Vous êtes bienvenue, je suis là pour cela!

Je sentis que Saul était gré de mon attention.

- Excusez-moi, je vous entendais parler. Vous êtes tous français? demanda un femme tout en s’approchant de nous.

Il s’agissait d’une belle femme aux cheveux châtains clair et aux yeux verts perçants qui s’accordait bien avec sa grâce féline.

- Oui nous le sommes tous, sauf Marc-Antoine ici qui est du Canada et Saul notre guide. Je lui serrai la main.

- Moi aussi je suis du Canada! s’exclama la femme. Ce qu’elle dit ne m’accrocha pas. Il y avait quelque chose de forcée et d’éhontée dans son attitude.

Saul se leva pour lui laisser son siège. Je trouvais la venue de cette femme inopportune car j'aurais aimé discuter encore un peu plus avec le jeune guide.

La femme se présenta comme étant Lilith Morris, elle était pharmacienne au Royal Victoria de Montréal. Nous nous présentâmes tous à notre tour. 

Très vite il s’engagea avec Ludovic et Dominique à une conversation passionnée sur la pharmacologie en comparant les pratiques de la pharmacie au Canada et en France.

 

-Et vous Marc-Antoine, vous n’êtes pas dans le domaine de la santé? questionna Madame Morris en tentant de m’impliquer dans leur conversation.

- Non je suis ingénieur, répondis-je distrait en regardant la route à l’extérieur.

Un panneau annonçait un centre d’apiculture tout près. Nous traversions peu de temps après le petit village tranquille de Cobá. J’y vis la pauvreté de simples résidences au toit de chaume côtoyant quelques résidences de types hacienda ainsi que des coqs et chiens errants sur un parterre. Je croisai les regards d’enfants blasés qui n’en étaient pas à leur premier bus de touristes et qui se mirent à courir à la suite de notre autobus en tendant les mains.  Nous atteignîmes rapidement le lac de Cobá. Je lu en lettres oranges “ Cobá Zona Arqueológica Patrimonio Cultural del pueblo de Quintana Roo Patrimonio cultural de la Nación INAH” sur un  panneau annonçant l’entrée du parc archéologique de Cobá. C'était la fin de notre petite odyssée de cinquante kilomètres.

Le stationnement du site était plein aux environs du quart de sa capacité. Saul nous souhaita la bienvenue à Cobá, dont le nom Maya signifiait «eau soufflée par le vent ».  Il nous avisa que nous avions quinze minutes avant de commencer notre visite des ruines pour nous délier les jambes. Il nous indiqua l'emplacement des salles de bain et nous rappela enfin de ne pas oublier notre eau, chapeau et insectifuge.

Nous sommes débarqués de notre transport, nous étions vingt-sept en tout en incluant notre guide. Dans le périmètre du stationnement se trouvait dan un bâtiment rustique  l'immanquable boutique de souvenirs affichant des tapisseries, ponchos, robes et chapeaux aux différents motifs et couleurs criardes.  Il y avait aussi un grand espace pour la location de bicyclettes à proximité de la jungle.

Je regardai le plan du site montrant le lac Cobá tout près à l'ouest aux abords du stationnement. Un long sentier principal y était illustré. Il se faufilait dans la jungle vers l’est jusqu’au groupe des ruines de Nohoch Mul. Ce sentier se connectait à deux autres sentiers de façon perpendiculaires provenant du sud.  Le premier de ces sentiers menait vers le groupe des ruines de Cobá; le deuxième sentier plus à l’est menait à un deuxième lac, Macanxoc et à son groupe de ruines. A l’est de ce lac, totalement au sud des ruines de Nohoch Mul se trouvaient trois autres petits lacs.

Une fois tous regroupés devant le sentier menant aux ruines de Cobá, Saul nous distribua nos billets qu'il suggéra de garder comme souvenir. Il nous avisa que le territoire de Cobá faisait plus de 70 kilomètres carrés et qu'en raison de ses nombreux sentiers dans la jungle, il y  était facile de s'égarer. Il nous fournit les précautions d’usage, de rester ensemble et de s’en tenir aux sentiers officiels. Il ne voulait pas perdre personne. Il nous avertit des dangers très peu probables, mais tout de même possible, de rencontrer des espèces animales dangereuses pour insister de nouveau sur la nécessité de ne pas s'aventurer et rester en groupe sur les chemins bien identifiés pour notre propre sécurité. Il nous demanda de faire particulièrement attention aux tarentules qui se cachaient dans des petits trous parmi les ruines ou les monticules et qui pouvaient attaquer rapidement si elles se sentaient menacées. Il me fit aussi frissonner par sa description des quelques variétés de serpents venimeux dont les espèces de crotales et vipères indigènes aux jungles du Yucatan. Je détestait les serpents autant, sinon plus, que les ours.

Alors que nous quittions l’aire de stationnement et pénétrions dans la forêt, je me sentis débarqué sur une planète inconnue, une planète verte au ciel émeraude et aux nuages feuillus.  Ce monde grouillait avec ses nombreux habitants dissimulés dans les ombrages changeants des sols et des arbres. Ils se manifestaient par leurs cris incessants qu'il s'agisse d'oiseaux, de singes ou de d'autres bestioles. J'étais assailli de toute part par les arômes musqués et épicés de la végétation riche et abondante qui poussait partout. La chaleur était intense, humide et inconfortable contrastant avec le bien-être de l’air conditionné de notre transport. Je n’étais pas préparé à cette expérience qui surchargeait tous mes sens. Un oiseau vint nous inspecter au passage, un bel oiseau émeraude à longue queue, avec une tête de geai et une coiffe bleue démarquée par une mince bande orange. Il était magnifique.

- Un motmot identifia Saul. Ils préfèrent habituellement les clairières plutôt que les forêts!

J'empruntai le sentier accompagné par mes deux amis français. La jungle verdoyante nous écrasait avec ses parfums, ses cris mystérieux, ses jeux d’ombres et de lumière. Un éclair de couleur lime, blanc, rouge, jaune et cyan déchira le rideau jade, il s’agissait de perroquets furtifs qui disparurent le temps d'un clin d'oeil. Aux abords du sentier, tout près, nous pouvions observer un toucan majestueux avec son long bec jaune et son plumage noir et blanc. Des papillons virevoltaient en ouvrant notre marche. Tout cela était féerique. Mais le bourdonnement strident, irritable et persistant des moustiques et l’ensemble des autres gens autour de moi brisaient le charme de cet exotisme naturel.

- N’est ce pas excitant, nous lança Dominique. Allons à la découverte des Mystérieuses cités d’Or!

Je connaissais la référence de Dominique à cette série animée qui avait, il y a si longtemps, meublé les samedis matin de ma jeunesse:

« ... À bord de ces navires des hommes avides de rêve, d’aventure et d’espace à la recherche de fortune. Qui n’a jamais rêvé de ces mondes souterrains, de ces mers lointaines peuplées de légendes ou d’une richesse soudaine qui se conquerrait au  détour d’un chemin de la cordillère des Andes? Qui n’a jamais souhaité voir le soleil souverain guider ses pas, au cœur du pays Inca vers la richesse et l’histoire des mystérieuse cités d’or? ».

Il n'y avait pas que les hommes qui pouvaient être avides d'aventures songeai-je tout en regardant Dominique qui jubilait comme une gamine.

- Moi je préfère Indiana Jones, cela n’est pas une aventure pour les enfants! dit Ludovic tout en ajustant son chapeau  style safari d’un air tout à fait macho.

Je m'adressai à Dominique.

-Mais les cités d’Or ce sont les incas pas les mayas.

Aussitôt Dominique rectifia mes dires :

-La série se terminait chez les Mayas. C’est ici que les a amené le Grand Condor et qu'ils trouvèrent leur cité d'or!

- Ne pense même pas d’argumenter avec elle, me souffla Ludovic. Tu peux être certain de ce qu'elle dit.  Elle écoute encore les épisodes de la série à chaque fin de semaine.

-Ne te plaint pas, c’est la raison pour laquelle nous avons choisi de venir ici et que nous avons profité de nos vacances pour visiter toutes les ruines que nous pouvions trouver.

- Une des raisons, admit Ludovic.

Je vis Rachel rire derrière nous et Emile hocher la tête. Lilith Morris nous regarda tous éberlué sans rien comprendre.

Saul attira notre attention. Il nous raconta que Cobá est un des sites les plus anciens du Yucatan et qu’il est un exemple du début de la période classique des Mayas. Sa fondation remontait à quelques siècles avant Jésus-Christ, bien avant l’avènement de l’empire romain.  Cobá avait connu son apogée au septième siècle et fut abandonnée dès le dixième siècle dans la période post-classique Maya. 

- Comme tous les autres Mayas souffla Rachel, ils sont tous disparus aussi mystérieusement!

Saul dû l’entendre car il la corrigea aussitôt :

- Les mayas n'ont absolument pas disparus bien qu’il soit vrai qu'ils n'existent plus comme entité culturelle ou politique dominante. Malgré l'intolérance et la cruauté du nouvel ordre religieux chrétien et les maladies amenées depuis le vieux continent à la fin du dix-septième siècle, les mayas ont subsisté. Ils sont estimés au nombre de six millions et restent vigoureux dans toute l'Amérique centrale au Yucatan, sud du Mexique, Belize, Guatemala, Honduras et Salvador en préservant encore certaines des traditions léguées par leur ancêtres.

Autrement, je n’existerais pas et je ne serais pas ici à vous en parler! plaisanta Saul faisant une référence directe et évidente à son héritage Maya.

Il reprit son discours en relatant que la cité de Cobá a été ensuite oubliée pendant des siècles jusqu’à ce qu’elle soit mentionnée en 1841 par l’explorateur John Lloyd Stephens. Les ruines étant éloignées de toute civilisation, Cobá ne fut que revisitée beaucoup plus tard  en 1929 par le Docteur Thomas Gann et ensuite par Eric Thompson en 1932. Les travaux d’excavations des ruines de Cobá commencèrent en 1970 stimulée par le développement touristique de Cancun qui y amena des routes modernes. Je souris à la vue de mes amis français fiers lorsque Saul mentionna que le site archéologique et la ville de Cobá devaient en grande partie leur développement moderne à l’établissement d’un centre affilié aux clubs Med à Cobá.

Saul nous informa ensuite que le territoire de Cobá contenait selon les estimés des archéologues environ 6500 structures dont une infime partie, dix pour-cent environ, avaient été  restaurée jusqu’ici. Il nous présenta des monticules et des collines couvertes d’une épaisse végétation et couronnés d’arbres dans la jungle proche comme étant des ruines en attente depuis des siècles d'être dégagées et révélées.

Quelqu’un questionna Saul sur le nombre d’habitants qu’avait abrité la ville de Cobá. Ce dernier me surpris en répondant que Cobá avait été une véritable métropole maya avec une population entre 50 000 et 100 000 personnes selon différents estimés.

Il enchaîna en nous soulignant que les ruines de Cobá étaient très intéressantes, non seulement par leurs deux pyramides et autres structures imposantes mais également par le fait que l’on y dénombrait trente-deux stèles sur son territoire dont vingt-trois avaient encore leurs gravures originales visibles.

Il parla également du réseau développé de des nombreux «sacbeob », dont le nom signifiait « voies blanches ». Il s’agissait de routes relevées d’une hauteur de un à deux mètres ayant entre trois à neuf mètres de largeur construites à partir de pierres et recouvertes de mortier blanc. Il nous appris que quarante de ces routes convergent à Cobá ce qui confirmait qu’il s’agissait autrefois d’une ville de première importance. Seize de ces routes étaient connectées à différentes villes ou autres centres de population. La plus longue de ses routes faisait près de 100 kilomètres et reliait Cobá à Yaxuma tout juste au sud-ouest de Chichen Itza. Un autre sacbeob se rendait jusqu'à Tulum.

Je pensai au plan d’urbanisme sophistiqué qu’un tel réseau de route demandait, ce que notre guide confirma en expliquant que la fabrication de ces routes avaient nécessité plus de main d’œuvre et de labeur que l’érection de la ville elle-même. La construction de ces chemins avait été essentiellement effectuée comme nos routes et trottoirs bétonnés d'aujourd'hui avec du ciment à pierre de chaux. Saul décrivit la découverte aux environs de Cobá d’un rouleau en pierre cylindrique de cinq tonnes qui était utilisé pour aplatir la route avant de la paver de la même façon que nos rouleaux compresseurs modernes.

Il nous intrigua en mentionnant que la fonction de ces routes n’était pas parfaitement connue. En effet les mayas de l’époque n’utilisaient pas la roue et il n’y avait pas de chevaux. Les archéologues supposaient donc que ces routes étaient utilisées pour les cortèges officiels et pèlerinages religieux. Saul nous proposa sa propre hypothèse encore plus simple et pratique: ces routes avaient été originellement conçues comme nos trottoirs pour permettre aux mayas de marcher sur de grandes distances en sécurité les pieds au sec, ce qui est très appréciable, surtout pour le transport des marchandises et du commerce, en considérant les dangers de la forêt et le fait que certaines zones restaient inondées pendant la saison des pluies. Je trouvais que l'interprétation de Saul avait beaucoup de sens considérant la hauteur de ces routes. C’était la première fois que j’entendais parler d’un réseau de routes pavées chez les mayas, mais quelque chose me disait que ce peuple me réservait encore plusieurs autres surprises.

Après une brève marche, nous nous retrouvâmes devant le terrain de boule. Il s’agissait d’un stade dont le terrain de jeu était délimité par deux murs parallèles inclinés de pierres lisse et deux espaces opposés pour les spectateurs. L’assemblage des pierres était stupéfiant dans ses détails. Sur chacun de murs inclinés se dressait un anneau essentiellement intact à leur pleine hauteur et mi-longueur.

Saul commenta qu’il s’agissait du plus grand terrain de deux à Cobá et que des cours de boule semblables sont ainsi trouvées dans de nombreuses villes de Maya du Yucatán mais qu'aucune n'est aussi vaste ou aussi bien construite que celle de Chichén Itzá. Une affirmation avec laquelle mes amis français qui avaient visité Chichen Itza étaient bien d’accord.

Le jeu balle, tel qu’expliqué par Saul, avait pour but de passer une boule en caoutchouc dur au travers de l’anneau de marquage sur les murs opposés du champ de boule.  Dans ce jeu, la balle de caoutchouc est jouée et passée entre les joueurs qui ne peuvent utiliser leurs mains. Les joueurs avaient leur corps couvert de multiples protections.  Tout cela évoquait pour moi la passion du sport, un mélange de soccer, de basket-ball et football. 

Saul montra une cartouche incorporée dans la structure de pierre qui contenait six colonnes de glyphes et indiquait des dates.

Il nous présenta ensuite un deuxième terrain de balle presque identique. Ludovic attira mon attention sur une tête de mort sculptée en plein centre de la façade du terrain de balle sous l’anneau. 

Était-ce pour rappeler aux gagnant ou aux perdants, comme le spéculait Ludovic, qu’ils seraient sacrifiés aux dieux après le match ?

Saul nous assura du contraire. Le squelette représentait un des seigneurs et habitants de Xibalbá, le lieu de l’effroi, le domaine de la mort, les enfers Mayas qui sont curieusement aussi associé au jeu de la balle.  Saul précisa que même si la balle était jouée pour le sport, le jeu revêtait aussi une profonde et ancienne croyance religieuse pour les mayas. Il raconta que dans les écrits de histoire de la Création, le Popol Vuh. Les jumeaux et héros divins Hunahpu et Ixblalanqué jouèrent à ce même jeu contre les seigneurs des enfers, les sinistres habitants de Xibalbá, dans le but de libérer leur père, Hun Hunahpu, le dieu du maïs. Ixblalanqué avait même été contraint  par les Seigneurs des enfers de jouer avec la tête décapitée de son frère selon les anciennes écritures mayas. Heureusement ce dernier réussit à remettre éventuellement la tête Hunahpu sur son corps et qu’ensemble ils vainquirent les hordes infernales. Saul montra l’image gravée d’un guépard décapité tenant sa tête entre ses mains. Il  nous expliqua que pour les mayas le guépard est un animal sacré vénéré comme le dieu de la forêt et qu’il était associé au soleil et aux autres divinités. La décapitation du guépard était symbolique, elle signifiait la représentation du dieu soleil Hunahpu.

La pyramide de Castillo de Cobá se trouvait devant moi. Il s'agissait d'une structure de pierre blanchâtre de calcaire à différents paliers superposés qui ressemblait plus au ziggurats légendaires de Babylone qu’au pyramide d’Égypte. J’estimai qu’elle faisait plus d'une trentaine de mètres de hauteur.

Saul nous montra ensuite les ruines de l’église ou « Iglesia » tel que nommée par les espagnols, une autre structure pyramidale entourée d'arbres. Une petite stèle effacée se trouvait protégée par un petit toit rudimentaire en chaume reposant directement sur le sol devant la structure de l’Iglesia.  Le sommet du temple, le deuxième plus élevé de Cobá présentait une vue fantastique du lac Macanxoc à l'est et du lac Cobá au sud-ouest.

Nous sommes ensuite allés visiter un passage à la base de la pyramide de l'église qui était remarquable par ses voûtes supportant le dessus du tunnel et ses murs de pierres. Saul nous souligna que ce motif de fausses voûtes que l'on pouvait observer était un élément commun pour les constructions mayas. Il nous précisa qu'en fait il s'agissait de "fausses" fausses voûtes selon le sens classique du terme. Il nous expliqua que pour les mayas les fausses voûtes n’étaient qu'un ornement purement esthétique et non pas structural alors qu'une "vraie" fausse voûte est la voûte en encorbellement où le poids des pierres assure la stabilité de l'ensemble. Il nous montra comment, autour d’une charpente de bois, les murs de pierres sont montés par paliers qui se rapprochent graduellement à partir d'une certaine hauteur jusqu’à fermer la voûte. L’échafaudage de bois était ensuite couvert de béton et de stuc comme finition ou le bois restait à découvert sculpté. Les poutres d’origine étaient conservées dans certains cas pour suspendre des tentures.

Saul nous fit découvrir, tout près, un impressionnant monolithe sculpté dans un cabanon au toit de chaume spécialement construit pour le protéger des intempéries. Il y avait affiché à côté un simple panneau blanc montrant un dessin de la stèle. La stèle faisait plus de deux mètres par un mètre et demi de large, très bien préservée. Sur la stèle était gravé un personnage central avec couvre-chef spectaculaire. Ce personnage qui me sembla être un guerrier, avait les bras et son corps représentés presque de face alors que son visage était complètement de profil. Il portait des brassards et serrait une massue ou un sceptre. Ses pieds étaient montrés avec leurs orteils pointant de chaque côté opposé. À droite de ce personnage principal se trouvait également illustré un captif qui à genoux, avait les mains dans le dos et les chevilles liées. Saul nous indiqua deux colonnes de glyphes dans le coin supérieur à gauche qui indiquaient que la stèle avait été érigée en l’an 684.

Il nous amena à une reconstitution colorée de la stèle sur un fond rouge du jaune, des tons de gris bleu, du vert. Je vis alors de nombreux détails qui m’avaient échappés, le personnage principal était debout sur un piédestal reposant sur le dos et épaules de deux esclaves accroupis. Il y avait deux prisonniers à genoux à sa gauche et à sa droite. Esclaves et prisonniers étaient individualisés se distinguaient par leur détails.  Le personnage central devait être un roi conquérant et autoritaire. Sa coiffe était un amalgame de deux têtes d’oiseaux, dont un au bec crochu évoquant un aigle alors que l’autre rappelait le profil d’un toucan, le tout surmonté d'une tête simienne. Sa coiffe se terminait effectivement par de longue plumes vertes, les plumes d’un quetzal d’après ce que je compris des explications de Saul, un oiseau des plus sacré pour les mayas. Le bâton qu’il portait était une aberration par ses deux têtes monstrueuses à chacun de ses embouts.  Deux têtes humaines réduites étaient accrochées à sa ceinture. Nous pouvions distinguer tous les détails de ses sandales protège pieds ainsi que de son habit couvrant sa tunique.

Notre arrêt suivant fut le temple du carrefour, une structure pyramidale arrondie de quatre étages dont l’entrée était un simple toit de chaume maintenu par des troncs d’arbres.

Nous pouvions également observer plusieurs autres ruines moins importantes dont certaines n'étaient que des amoncellements de pierres éparses.

En reprenant la route vers l'est nous entendîmes les cris des singes hurleurs, alarmés par notre passage sur leur territoire. J'admirais la richesse des plantes et arbres tropicaux, les grands arbres de bois dur, les fougères, les arbres de paume. Saul qui m’accompagnait m'indiqua les différentes variétés d’arbres dont l’arbre à coton, le Kapokier, qui était l’arbre national du Guatemala ainsi que les fromagers, de très grands arbres aux racines serpentines dissimulés parmi les lianes et les agaves.  Il m’apprit que le fromager se nommait ainsi en raison de son bois très tendre qui était aussi facile à couper que le fromage. Cet arbre à écorce grise était sacré pour les mayas. Il montra également  le Chechem, l’arbre dont la sève irritante et caustique était un poison et dont l’arbre Chacha était l’antidote naturel.  Plus loin, Saul nous montra un essaim d'abeilles sauvages. Sans aucune crainte il mit sa main dans la ruche. Nous étions horrifiés alors qu'il sourit malicieusement et nous expliqua que les abeilles indigènes du Mexique n'avaient pas de dard contrairement à leurs cousines importées d'Europe.

Nous surprîmes quelques mouvements dans des arbres proches. Nous y distinguâmes un groupe de petits singes araignées qui fuyaient et protestaient contre notre approche. Saul était visiblement satisfait de sa découverte de certains arbres dont les fruits ressemblaient à des kakis. Ces fruits qui jonchaient le sol étaient partiellement mangés, la majeure partie d’entre eux entamés par une seule petite bouchée. Saul les identifia ces arbres comme étant des sapotiers, aussi connu sous le nom de sapotilliers. Il montra ces arbres à tout le groupe. Il nous apprit alors que pour les mayas ces arbres avaient une grande importance. Ils produisaient bien sûr de succulents fruits mais ils étaient également appréciés pour leur sève de chiclé, la base de la gomme à mâcher, ainsi que pour son bois dur. Le bois de sapotier est un bois de qualité toujours résistant qui était utilisé dans toutes les constructions mayas, y compris les grands ouvrages de maçonnerie. Les charpentes originales des structures voûtées que nous avions vue étaient en bois de sapotiers. Des poutrelles de sapotier se trouvaient dans tous les vieux temples du Yucatan, retenant depuis plus d'un millénaire l’écartement des fausses voûtes des salles intérieures.

Saul nous assura que la présence des ces arbres à Cobá n'avait rien de naturel: les mayas parsemaient et entouraient leur cités sacrées d’arbres rares aux fruits savoureux. Après l’abandon des lieux, les espèces fruitières ont continuées à prospérer et à proliférer. Ce fait a permis la découverte des ruines d’anciennes cités mayas autrement invisibles, ensevelies par la jungle sauvage. Saul nous expliqua que les singes étant très friands du fruit des sapotiers: une concentration de singes dans la jungle pouvait donc indiquer la présence de sapotiers.  Si des sapotiers étaient effectivement trouvés en abondance, il y avait probablement des ruines mayas toute proches.

En prenant les devants sur le sentier nous croisâmes une borne indiquant tout près, à moins de 200 mètres, le groupe des ruines de Conjunta Pinturas. Elle indiquait aussi les directions du groupe de ruines Nohoch Mul et du groupe de Macanxoc équidistante à un kilomètre dans des directions différentes. Il y avait deux bicyclettes taxis qui nous offraient leurs services. Leurs conducteurs nous prévenaient, en tentant de nous persuader de les engager, que nous pouvions nous perdre si nous marchions ainsi dans la forêt. Ils n’insistèrent plus et abandonnèrent à la vue de Saul.

Ludovic commenta que pour quelqu'un comme lui qui apprécie la visite de ruines sans l'encombrement des foules et qui est vraiment intéressé par l'Histoire, Cobá était un emplacement merveilleux à voir. J'étais bien d'accord avec lui, Cobá était hantant par sa beauté sauvage, presque vierge.  Dominique attira notre attention sur une ligne énorme de fourmis absolument monstrueuses qui avec une précision militaire marchaient en rang serré à travers notre sentier pour ensuite se perdre dans la forêt.  Saul nous avertit de faire attention car la morsure de ces insectes était douloureuse. 

 

Trois représentation d'IxChel, comme la lune elle montre un visage jeune et une visage vieux.

Le bon vieux Itzamna.

Un Motmot.


La cour du jeu de balle Elles ne sont pas dangeureuses

Par A. Saint - Publié dans : récits
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