Partager l'article ! Partie 7.2: Notre groupe, à la suite de Saul, trouva un petit terrain dégagé en pleine forêt où siégeait une petite pyramide. Je tro ...
Notre groupe, à la suite de Saul, trouva un petit terrain dégagé en pleine forêt où siégeait une petite pyramide. Je trouvai l’ensemble fantastique par ses colonnes de blocs de pierres empilés et ses ruines. Dans les restes d’un bâtiment effondré, un seul mur se dressait encore. Il était possible d’y voir encore les détails du travail de plâtrage de stuc. On parcouru le chemin défini par les rangs de colonnes pour monter vers le temple surplombant la pyramide. Ce temple se distinguait des autres structures que j’avais vues par sa grande ouverture divisée en deux entrées par une large colonne. Le temple contenait les traces visibles de la peinture rouge originale d’une grande fresque que Saul nous mis en évidence. C’est en raison de ce qui reste des muraux trouvés à l'intérieur du temple que l’ensemble des ruines portait le nom espagnol de Conjunto Las Pinturas ce qui voulait dire le regroupement des peintures.
Nous avions ensuite une pause alors que l'heure du midi approchait. Un pique-nique copieux préparé par l’hôtel nous fut livré depuis l’autobus par des bicyclettes. Il y avait un grand choix de boissons froides, sandwiches, crudités, fromages, salades, fruits et de desserts très appréciée dans la chaleur torride. Profitant de ce répit, je profitai de l’occasion pour m’approcher de Saul alors qu’il était seul et se désaltérait. Je voulais lui poser une question qui me trottait dans la tête depuis un certain temps et qui était reliée à la pièce qui m'avait été léguée par Ishell :
- Nous n’avons vu aucune évidence de métal ou d’utilisation de métaux nul part. Est-ce que les mayas connaissaient bien la métallurgie?
Ma question le surpris quelque peu. Il répondit:
- Les procédés avancés de la purification du métal ont été développés par les mayas mais curieusement les métaux n'étaient que peu utilisés. On n'a jamais trouvé par exemple ce que l’on considérerait des outils métalliques usuels dans nos fouilles archéologiques. Les métaux tels que l'or, l'argent, fer et le cuivre étaient utilisés à des fins ornementales ou comme monnaie d'échange seulement, une pratique remontant aux cinquième siècle.
- Minute! coupa Ludovic qui s’était joint à nous. Les Mayas ont pu construire les citées de pierre que nous avons vus sans outils de métal ? Comment ont-ils réussi un tel prodige?
Plusieurs gens du groupe, incluant Dominique et Rachel se joignirent à nos discussions tout aussi curieuses de la réponse à cette question. Je remarquai aussi Lilith Morris également attentive à tout ce qui se disait.
Saul nous expliqua:
- Les mayas utilisaient d'autres outils que le métal pour accomplir le travail tout simplement. Par exemple l'obsidienne par son utilisation et sa versatilité a été surnommée le métal des mayas. Les mayas d’ici avaient aussi d'autres pierres dures à leur disposition tels que le silex, la balsamite et bien entendu le bois qu'ils avaient en abondance.
Je connaissais bien l’obsidienne, cette roche vitreuse volcanique qui résultait du refroidissement rapide d'une lave riche en silice, mais cette dernière ne pouvait pas provenir de la région du Yucatan. J'en déduis donc que les mayas devaient aller chercher l'obsidienne à l’ouest au-delà du Yucatan, aux Hautes Terres mexicaines ou au Guatemala, les régions les plus proches qui abritaient des formations volcaniques.
J’ajoutai à la discussion:
- Je crois aussi que la région d'ici abrite une grande richesse géologique, les pierres calcaires et d’après ce que j’ai vu ici, les mayas savaient très bien les exploiter.
Saul apprécia de mon intervention et me regarda avec un respect renouvelé:
- Effectivement, les mayas savaient extraire la chaux plusieurs siècles avant notre ère en brûlant la pierre dans des fours spécialement construits à cette fin. La poudre de chaux ainsi obtenue était la matière première du béton, stuc et plâtre à la base de la maçonnerie de leur cités. Mais la chaux avait un grand prix; le bois nécessaire pour alimenter les fours causa la destruction des forêts environnantes entraînant l'appauvrissement des sols et la destruction de leur agriculture rurale. C'est une des raisons pour lesquels les mayas ont été contraints d'abandonner leurs cités.
Je songeai qu'il était ironique que la splendeur des cités Mayas les aient rendues ainsi stériles.
-Je comprend, argumenta mon ami français, mais comment pouvaient-ils travailler la pierre à une si grande échelle et avec autant de minutie avec des outils aussi primitifs?
J'entendis Rachel suggérer une intervention extraterrestre.
Sa répartir m'amusa car je connaissais déjà une partie de la réponse à sa question et elle n'impliquait aucun petit bonhomme vert.
Je montrai à Ludovic un bloc de pierre tout proche:
- Cette pierre calcaire est ordinairement appelée pierre à savon à cause de sa consistance molle et grasse. Elle a la particularité d’être tendre lorsque elle est enterrée et de durcir peu à peu au contact de l’air.
- Exactement! poursuivit Saul. Il était donc possible aux anciens mayas de creuser facilement de véritables tranchées dans cette pierre fraîchement déterrée avec de simples ciseaux de basaltes pour délimiter par exemple le pourtour d’une future stèle dans le sol. Les mayas décollaient ensuite la stèle en creusant horizontalement sous la pierre. Lorsque le bloc était dégagé, il était halé avec l’aide de cordage d’agave ou de lianes. On y glissait des rondins en dessous ce qui permettait de transporter la stèle depuis les carrières à son lieu d’utilisation. La pierre était alors travaillée grossièrement et polie au sable et à l’eau. Les stèles devaient toujours être sculptées sur les lieux de leur exhibition finale. Les artistes mayas utilisaient des ciseaux de basalte, des maillets de bois et petits marteaux cylindriques de pierres pour graver la stèle.
- Tout un travail! s'exclama Ludovic en donnant ses remerciements pour ces explications.
J'étais bien d'accord avec Ludovic. Un travail laborieux, mais faisable. Ceci élucidait en partie le mystère des techniques de construction maya mais en rien ne diminuait mon admiration. Au contraire, ces explications augmentaient mon appréciation de leur travail et de leur génie.
J’aidai Saul a rempaqueter les restes du pique-nique qui furent réexpédié à l’autobus. Saul nous avertit que nous avions encore dix kilomètres à parcourir en après-midi et invita tout ceux qui le désiraient à louer une bicyclette ou à prendre les services d’un taxi qui attendaient tout près. Mes amis français et moi-même déclinâmes cette option.
Nous avons donc continué à pied dans la jungle jusqu’au groupe de ruines de Macanxoc. Nous pouvions y contempler une collection de stèles entourées par de nombreux monticules en attente d’être excavés ainsi que de bâtiments couverts par les arbres et la végétation tropicale. Les stèles étaient superbes même si elles avaient été abîmées et usées par le temps. Leurs gravures étaient peut-être à peine évidentes et parfois effacées, mais les scènes qui y étaient sculptées étaient pittoresques. Il y avait le portrait d’un guerrier de stature colossale, musclé et inspirant une grande force physique. Son torse était montré de face et il portait ce qui me semblait être une grande arme de guerre en forme de croix. Une autre stèle à sa gauche représentait un maya au couvre chef stylisé habillé d’une robe tunique somptueuse et élaborée. Il suggérait une grande sophistication, propre au rangde noble ou grand prêtre. Je remarquai que alors le guerrier regardait vers la gauche alors que l’autre regardait dans la direction opposée à droite, est-ce que cela pouvait avoir une signification? Les visages montrés de profil étaient typiquement mayas. Je pensai que les nez mayas que j’avais vus jusqu’ici illustrés sur les gravures et les dessins étaient des exagérations tout comme la musculature développée proéminente de leur corps. C’est alors que je remarquai, comme pour la première fois, les mêmes traits et silhouette chez Saul. Par son profil racé, souligné par un long nez droit, ses cheveux ébène, ses yeux profonds et ses lèvres charnues, il était l’incarnation même d’un maya. J’avais devant moi un vrai maya vivant avec la même extraordinaire silhouette que sur ces stèles. Je fixai Saul pendant quelques minutes avant de réaliser que je pourrais ainsi le rendre mal à l’aise. Je me forçai de regarder ailleurs en retournant mon attention de nouveau aux stèles qui m'émerveillait par leurs détails et leur réalisme résultant du respect des artistes des proportions du corps.
Après un autre parcours d'environ d’un kilomètres dans la forêt tropicale, nous étions en vue d’un autre périmètre de ruines dominé par la grande pyramide de Nonoch Mul. Saul en profita pour nous nous donner une brève leçon sur le langage maya en nous expliquant que le nom « Noh » signifiait « grand » et « och » était un terme superlatif renforçant le mot Noh, équivalant en français aux mots « très » ou « le plus ». « Nohoch » se traduisait donc « la très grande » ou « la plus grande ». « Mul » ou « Muul » signifiait montagne ou colline, plus spécifiquement pour décrire une structure artificielle comme une pyramide. Le nom Nonoch Mul signifiait donc "la très grande pyramide" ou « la plus grande pyramide » ce qui était bien vrai puisque la pyramide de Nohoch Mul faisait 42 mètres de hauteur et 120 marches ce qui faisait d’elle la plus grande structure de Cobá et du Yucatan surpassant même la pyramide del Castillo de Chichen Itza. Saul nous raconta que ce lieu avait été le témoin du mariage historique d’une reine maya et d’un haut prêtre de la cité de Tikal. Il invita par la suite tous les braves à escalader la pyramide pour y admirer la vue la plus spectaculaire de Cobá et de la jungle environnante. Je remarquai que la surface des pas de marche était effrité et que de nombreuses pierres de cette pyramide étaient en morceaux. Cette pyramide, ravagée par le temps, était définitivement en moins bon état que la pyramide précédente et pour de bonne raison, Saul nous expliqua que les archéologues du début du siècle, pensant que ces structures étaient similaires aux pyramides égyptiennes, dynamitaient les ruines mayas comme celles-ci à la recherche de tombeaux de rois et de richesse. Saul nous invita à faire l’ascension de la pyramide. Je retrouvai Ludovic qui me défia à la monter et à arriver avant lui au sommet. J’entamai l'escalade à la course mais Ludovic, tenant un câble, montait comme un enragé sans aucune difficulté. Je n'étais pas aussi téméraire; je trouvais la montée traîtresse en en raison de sa façade raide et de ses paliers de pierre usées et brisés par les siècles. Les pas d'escaliers étaient hauts et distancés comme si ils avaient été conçus pour des géants. J’utilisais souvent mes mains pour m’aider dans mon ascension. Ludovic atteignit le premier le sommet où la pyramide supportait un cabanon. Nous tendîmes ensuite tout deux la main pour accueillir Dominique et l'aider à gravir les dernières marches. Je complimentai Ludovic sur son escalade; il admit que je n’avais eu aucune chance de remporter son défi car l’escalade était une passion pour lui; il était champion médaillé depuis son adolescence. Lilith Morris arriva à son tour; je lui tendis la main. Je remarquai qu’elle ne semblait nullement incommodée comme si elle avait fait cela toute sa vie. Elle ne cacha pas sa fierté.
Saul nous joignit peu de temps après au sommet.
Notre guide attira notre attention sur deux découpages de pierres dans habitacle du temple. Il nous montra également l'image du « Dieu Descendant » mise à l'honneur de l'entrée du temple au dessus de la porte. Il souligna que ce même dieu était retrouvé et représenté de la même façon aux ruines de Tulum. Je regardai la sculpture dans la pierre qui montrait un homme ailé qui me rappelait un ange qui descendait du ciel. Cette figure était interprété comme étant celle du "dieu des abeilles". Saul avait mentionné qu’il y avait encore plusieurs apiculteurs dans la région ce qui démontrait l'importance de cette culture traditionnelle pour les mayas.
Aux abords du temple, je contemplai le panorama et je devais donner raison à Saul; la vue était absolument incomparable. L'horizon était vert à perte de vue, jusqu'au point de voir la forêt empiéter sur le ciel lointain. Je percevais à travers de la jungle environnante la réflexion tamisée du soleil provenant des lacs miroitants tout prêt. Seul le sommet du temple de l’Église perçait le tapis ouateux d’arbres à l’ouest. Il m’était facile de comprendre que les mayas avaient construits de telles pyramides pour se rapprocher des cieux et de leurs dieux. Dominique commenta que cette pyramide n’était peut-être pas aussi bien restaurée que ne l’était Chichén Itza mais qu’en rien elle n’était moins spectaculaire. L’ensemble du ciel à l’ouest, vers les terres au-delà du lac me préoccupa. Il était gris et terne, on aurait dit un horizon de plomb. Des nuages, des cumulo-nimbus avec leur profil caractéristique se formaient et la hauteur de leur colonne promettait un violent orage plus tard. La plateforme était top petite avec tous ces gens tout autour. Il y avait cette Lilith qui ne me lâchait pas d'une semelle. C'était dommage pour elle, mais l'intérêt n'était pas réciproque; une autre femme monopolisait toute mes pensées et mon coeur. Je décidai qu'il était le temps de redescendre.
Tout en regardant vers le bas, je craignais de perdre l’équilibre. La descente était moins évidente que la montée, la façade étant abrupte, longue et dangereuse. Il ne faillait vraiment pas être prône aux vertiges et je devais admettre que j’appréhendais moi-même de descendre. C’est alors que j’entendis un jeune garçon pleurnicher. Il ne faisait pas parti de notre groupe et il ne semblait pas être avec personne ici au sommet. Il était figé par la peur sur le bord de la pyramide. Il sanglotait :
- ¡No desciendo! ¡Tengo miedo de morir! (Je ne descends pas! J'ai peur de mourir!).
Je devinais que le garçon, intrépide comme plusieurs de son âge, avait monté la pyramide mais avait sous-estimé l’effort que prenait la descente. Je m’approchai de lui.
- ¡Hola! ¿Dónde son tus padres? (Allo! Où sont tes parents?)
Il me répondit :
- ¡En parte baja!
Ce qui voulais dire en bas. Je regardai et pouvais apercevoir à la base de la pyramide, deux adultes inquiets gesticulant et tentant d’encourager le jeune homme. Ils me semblaient minuscules d’où je me tenais. Je vis Saul s’approcher mais il gardait ses distances en m’observant et me laissant faire.
Je dis au jeune garçon :
- Sea mí, desciendo. Estaré justo detrás ti. ¡Descienda con mi!
J’espérais que je disais correctement « Suis moi, je descends. Je serai tout juste derrière toi. Descends avec moi! ».
Mon espagnol était loin, il datait de mes cours de langues secondes au CEGEP.
Le jeune hésitait. Je tentai de l’encourager :
- ¡No tienen miedo! ¡Soy justo detrás ti! ¡No puede caer! Voy a retenerte. Hasta puede basarse en mí. (N’ai pas peur! Je suis juste derrière toi! Tu ne peux pas tomber! Je vais te retenir. Tu peux même t’appuyer sur moi.)
Je m’assis en enfourchant le câble de descente, les pieds sur la première marche.
Le jeune homme était toujours dominé par ses craintes.
¿Y si ti liberó y tumba? (Et si toi tu lâche et tombe?)
Je lui affirmai :
- ¡No puedo liberarme, no liberaré: es ti que repartos el valor de descenderme!
(Je ne peux pas lâcher, je ne lâcherai pas : c'est toi qui me donnes le courage de descendre!)
Il s’installa enfin tout juste devant moi. Je lui donnai mes derniers conseils :
- No observa detrás ti, observa exactamente ante ti, hacia arriba. Soy detrás ti, no esté impaciente. Hay suavemente, una marcha a la vez.
Je voulais lui dire de ne pas regarder derrière lui, de regarder juste devant vers le haut et que je restais derrière lui, de ne pas être inquiet. Que nous y allions doucement, une marche à la fois en gardant le câble dans nos mains.
Nous descendîmes ainsi avec soin la pyramide et atteignîmes sans problèmes les dernières marches à quelques mètres du sol. Je lui dis :
- ¡Ve cómo es muy valiente! (Tu vois comment tu es très brave!).
Je garçon me m’affirma alors comme si de rien n’était :
- ¡Soy correcto. Voy bien ahora. Muchas gracias Señor! (Je suis correct. Je vais bien maintenant. Merci beaucoup Monsieur!).
Ses parents l’accueillirent aussitôt et le prirent dans leur bras. Ils n’avaient pas besoin de dire merci. Tout était dans leur regard.
Je retournai auprès de Rachel et son mari qui avaient choisi de ne pas monter et de rester au sol. Ils me félicitèrent pour ce que j’avais fait. C’est alors que je reconnu un homme à la camisole et aux cheveux noirs : il était l’homme que j’avais entrevu au Sweetwater. Il était à la limite du terrain boisé par la jungle. J’étais absolument certain qu’il s’agissait de lui. Il devait sans doute m'épier, me suivre tel que l'avait supposé l'inspecteur Callas. Je voulais savoir qui il était; si il savait où était Ishell. Il me fallait le confronter. Il pouvait me fournir de l’information. Il se défila en réalisant que je l’avais aperçu. Je couru après lui, il détala avec la vitesse d’un guépard. Il s'engagea dans le premier petit sentier s'ouvrant à lui vers l'est où je le poursuivis. Je n’étais qu’à une seconde de le rattraper lorsque je le perdis soudainement de vue en arrivant aux abords du lac Macanxoc. Je ne trouvai aucune trace de lui sur la berge du lac désert; il n'y avait aucune empreinte récente sur le sable de sa plage. Je parcouru les sentiers avoisinants en le recherchant mais en vain. Il avait été furtif comme une ombre, il s’était simplement volatilisé. Je me laissé choir à genou un moment tentant de récupérer mes reprendre mon souffle et mes esprits.
C’est alors que je vis le serpent se dresser et hissant contre moi. J’avais faillit écraser le reptile sans y porter aucune attention et il n’en était évidemment pas content. Il était vert gris avec de grandes taches noires en forme de carreau sur ses écailles. Il avait une tête triangulaire et légèrement aplatie et sa queue vibrait et fouettait le sol et l’air avec rage. Son sifflement était particulièrement fort et strident. Je ne pouvais reculer, j’avais le dos acculé à un arbre et juste tenter de me relever irritait le reptile encore plus. Il brandissait alors sa tête vers moi de façon menaçante, sa gueule prête à frapper. J’étais certain que j’avais un crotale devant moi.
- Redressez vous doucement et ignorez-le!
La voix de Saul se voulait rassurante. J’obéis et m’esquivai doucement. Le serpent était furieux mais il finit par abandonner et reprit son chemin en ondulant.
- Ça va? me demanda Saul visiblement inquiet.
Je lui signala que oui avec ma tête.
- Ce n’était qu’un « gopher snake » ou un « brown tree snake » d'après ce que j'ai vu, inoffensif, comme la couleuvre. Il chasse les œufs, rongeurs et les bêtes beaucoup plus petites que vous.
Alors que je me remettais de ma frayeur, il m’accrocha le bras :
- Qu’est ce qui s’est passé? Vous pensiez que mes consignes de sécurité ne s’appliquaient pas à vous?
Voulant minimiser l’incident je répondit :
- Ne vous inquiétez pas pour moi. Je suis habitué à la nature sauvage. J’ai fait les recoins les plus reculés et traîtres du Canada...
- Mais pas la jungle de la péninsule du Yucatan! répliqua durement Saul. Quelqu'un de raisonnable et d'expérience ne serait justement pas en train de courir comme un fou à travers d’une forêt tropicale dont il ne connaît absolument rien! Ce serpent aurait pu être venimeux!!!
Son ton était plein de courroux et de reproches.
Il ajouta sur un ton sec et impératif :
- Je vous pensais mieux que cela! J’ai délaissé les autres pour vous retrouver. Venez, ils nous attendent!
Je restai silencieux, honteux. Savoir que j’avais ainsi déçu Saul me peinait amèrement. J'aurais voulu lui expliquer mais j'étais incapable de trouver les mots justes ou de formuler une excuse. Je m’arrêtai subitement.
- Quoi encore? demanda Saul exaspéré.
Des marques avaient été fraîchement incisées dans un arbre, un fromager, à l’endroit exact où mon inconnu avait disparu. Il s’agissait d’un carré dont le tracé des côtés dépassait légèrement les angles droits en formant un « X » à chacune de ses pointes. Une croix était centrée dans le carré dont chacune des branches étaient bissectrices aux angles. Ce symbole me rappelait immanquablement le motif de la surface du disque de Ishell. J’avais vu aussi le symbole de la croix représenté de façon proéminente sur le staff de la stèle du Roi de la place de l’église.
Saul avait vu aussi ce symbole et resta figé sur place.
- Vous connaissez ce symbole? lui demandais-je.
- Vous avez fait cela? me reprocha t’il sèchement.
- Non, je crois que l’homme que je poursuivais a fait cela.
- Quel homme???
- Cela veux dire quelque chose? demandais-je sans répondre.
Saul était perplexe.
- Oui et non, difficile à dire sans connaître le contexte.
Je ne le croyais pas.
- N’est-ce pas un symbole maya aussi que vous connaîtriez? insistai-je. J’ai vraiment besoin de savoir, c’est très important pour moi. Je vous promets de tout vous expliquer après.
Saul me regarda comme si il dévisageait un dément. Il hocha la tête.
- Ces explications sont mieux d’être bonnes! Le carré pourrait symboliser la terre dont les quatre coins représentent les quatre points cardinaux. Chacun des pointes pourraient aussi représenter les dieux gardiens connus sous les noms de baccabs ou pawatuns. Ils étaient les fils d’Itzamna et d’Ixchel dont je vous ai parlé. Ces dieux supportaient le ciel et la terre. Chacun d'entre eux était assigné à un des quatre points cardinaux et au centre de la terre. La croix centrale représenterait le Wakahchan, c'est-à-dire le Ciel relevé, l’Arbre de vie, le pilier de la voûte céleste au centre du monde. Mais ce que ce symbole fait ici je n’en ai aucune idée.
J’avais l’impression très nette que ce symbole signifiait pour lui quelque chose de plus intime et personnel pour lui.
Je lui dis simplement :
- C’est un message qui m’était adressé !
Saul hocha la tête; il devait me penser fou.
Je retirai le disque de métal de ma poche. C’était un acte de foi. Si quelqu’un pouvais m’aider c’était bien ce Saul. Il pourrait m’aider à élucider le mystère de ce disque; il semblait tout connaître des mayas. Il était après tout lui-même maya.
Il regarda la pièce et me demanda :
-Qu’est-ce que c’est ?
Il regarda rapidement le disque.
- Dites-moi qu’il s’agit d’une supercherie ! Où vous êtes procuré cela ? Une boutique de souvenirs ? questionna t’il impatiemment. Si vous avez payé quoi que ce soit pour cela vous vous êtes fait escroqué !
Puis en examinant les symboles sur le disque avec attention, il y vit quelque chose qui le bouleversa. C’est alors qu’il m’accusa avec une colère âpre qui me surprit:
-Si vous avez trouvé cela sur un de nos sites archéologiques et aviez pensé que cela ferait un beau souvenir….
-Non pas du tout lui assurai-je, tout à fait outré. Je garde cet item pour une femme, une femme qui me l’a confié et qui depuis a disparue. J’ai raison de croire que sa vie peut dépendre de ce disque. Il s’agit de cette Ishell que je vous ai mentionné auparavant.
Saul ne m’écoutait à moitié alors qu’il examinait cet item de plus prêt. Il avait un drôle d’expression. Je m’adressai de nouveau à lui :
- Dites-moi ce dont vous en pensez?
Il me regarda intensément pendant un long moment puis me répondit en relâchant un peu de sa méfiance:
- Le style des gravures sur ce disque sont très anciens, du début de l’époque classique ou peut-être même avant, je dirais. Une chose est certaine, le symbole entaillé dans l’arbre et les symboles de ce disque son bel et bien inter reliés. Il y a justement ici une représentation de l’arbre de vie et du nom des quatre baccabs gravés sur le disque. Ces baccabs correspondent aux quatre grands glyphes illustrés dans chacun des coins de cette gravure. Le cinquième symbole central semble représenter "Thup", le cinquième des baccabs. Il y a aussi plusieurs glyphes que je ne peux interpréter sans une loupe et un peu de recherche.
Tout en pointant le centre du disque je lui demandai :
- Cette croix représente un arbre ?
Saul me confirma que oui.
Je lui repris le disque à sa plus grande déception. J’ai presque eu à lui arracher des mains. Je le rassurai :
- J’ai quelque chose d’autre à te montrer.
Je retirai le couvercle d’un de mes pots de pommade et le remplit d’eau. Je plaçai le disque à sa surface. Il oscilla un peu et se plaça selon les quatre points cardinaux.
Le jeune maya devint hystérique et surexcité.
- Si ce disque est vrai, il s’agit d’une découverte archéologique majeure.
- Est-ce que cela à beaucoup de valeur ?
La question embêta et déçu Saul.
- Pour un collectionneur peut-être. Mais il faut que tu comprennes qu’il ne s’agit pas d’une découverte originale. Il a déjà été découvert que les Olmèques, un peuple précurseur aux mayas, connaissait et utilisaient déjà la boussole. Il a été trouvé à San Lorenzo à Veracruz en 1975, un objet Olmèque façonné de magnétite qui était parfaitement opérationnel comme boussole et qui était équipé d’une marque de visée. Les analyses de radiocarbone montrent que cet objet datait de plus de mille ans avant Jésus Christ. Il a été suggéré que les Olmèques utilisait la boussole pour déterminer l’orientation de leur monument et sépultures et, j’en suis personnellement convaincu, pour la navigation. La magnétite était comme le jade, un matériel particulièrement prisé par les élites Olmèques.
Ce qui venait de me dire me surpris énormément. Les boussoles utilisées ici en Amérique avant même les chinois?
Je continuai:
- Je ne dis pas cela pour mon profit à moi. Est-ce que ce disque justifierait que l’on commette des crimes, de graves crimes pour le posséder ?
- Vous devez comprendre que la pauvreté règne par ici et quelques dollars peuvent être une fortune pour certains...
- Non je ne parle pas de gens d’ici. Laissez moi vous expliquer.
Je lui racontai tout, depuis l’incident de Playa del Carmen et de la façon dont je me retrouvai en possession de ce disque. Je lui parlai des révélations de la police sur les gens qui m’avaient attaqués et sur la visite d’Ishell au musée de Peabody en dehors de ses heures normales. Je lui mentionnai l’effraction dans ma chambre ainsi que cet individu que j’avais aperçu par deux fois maintenant.
Saul m’écouta avec le plus grand intérêt, absolument captivé.
- Oui, je comprends mieux maintenant. Bien de gens semblent désirer ce disque! commenta Saul. Mais pourquoi m’en parler à moi et non à la police ?
Je lui répondis spontanément :
- Parce que tu es la personne, en fait la seule personne experte sur ce sujet que je connaisse. Parce je crois aussi que le temps presse et que je peux te faire confiance. Je sens que tu es quelqu’un d’intègre et que je ne peux rien faire d’autre par moi-même. De plus, si il s’agit bien d’un item maya ancien, il appartient de droit aux descendants des mayas comme toi.
Mon commentaire le toucha. Il me demanda:
- Si vous le permettez je vais conserver ce disque pour l’étudier. Je pourrai vous en dire plus avec certitude et vérifier son authenticité. Demain soir, je vous retrouve dans votre chambre ?
- Cela serait bien correct avec moi. Mais je dois t’avertir que de prendre ce disque pourrais te mettre en grand danger.
- Ne craint rien pour moi. Il faut retourner maintenant!
Alors que le sentier bifurquait, je lui suggérai de retourner au groupe alors que je me rendrais au stationnement et les attendrais. Je ne voulais pas que l’on nous voie ensemble question de ne pas prendre de risque inutile avec ce mystérieux homme dans les environs. Je ne voulais surtout pas que cet inconnu devine que je n'avais plus le disque et qu'il prenne Saul comme cible.
Un grondement lointain roula dans l’air.
- Tu n’auras pas à nous attendre trop longtemps! sourit Saul qui avait aussi entendu le tonnerre lointain.