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Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 10:29

 

Sur le chemin du retour vers le stationnement, je tentai de rationaliser ma décision en me disant que qui ne risque rien, n’a rien. Le fait d’avoir partager mon secret me soulageait grandement et je ne pouvais penser à personne d’autre que Saul pour cela.  Mais ne plus avoir ce disque en ma possession me rendait mal à l’aise ; il me manquait terriblement. J’avais un doute qui subsistait, une anxiété, l’impression d’avoir trahi Ishell en agissant ainsi.

Une question persistait: cet homme inconnu avait-il intentionnellement gravé ce symbole comme une révélation ou un avertissement ?

Je m’arrêtai au cabanon touristique et y ramassai de la documentation sur les sites touristiques de la région et sur les mayas et regagnai l'autobus où le chauffeur me laissa aimablement rentrer. L'air frais, conditionné fut un véritable soulagement.

 

Je m'écrasai dans un siège et songeai à mon immersion chez les mayas. J'en avais appris tellement sur ce peuple dont j'ignorais tout hier. Tout ce que j'avais vu à Cobá et ce que Saul avait expliqué dépassait mon entendement. Je retenais de ma visite surtout les fantastiques accomplissements de ce peuple brillant. Certaines des avancements de leur science surpassaient par un millénaire les connaissances des autres civilisations de leur époque. J'avais vu notamment à quel point leur mathématique était très élaborée. Ils furent aussi la première civilisation à représenter et utiliser le zéro.  En tant qu'ingénieur, je reconnaissais la valeur et complexité de tels accomplissements.

 

Je savais aussi que les Mayas avaient leurs origines aux environ de 2600 avant Jésus Christ et qu’ils avaient connu leur âge d’or au troisième siècle après Jésus Christ. Ce que je ne comprenais pas c'était pourquoi une civilisation aussi illuminée s'éteignit subitement avant le onzième siècle laissant son peuple dispersé et désorganisé dans les régions les plus sauvages de l'Amérique central. Qu'importe la réponse à ce mystère, les Mayas avaient gagnés mon plus grand respect et mon admiration.

 

Je pensai à Ishell. Était-elle maya comme son nom le supposait? J'y repensai; en fait Ishell n’était même pas son nom. Elle avait dit qu’elle était "fille d’Ishell". Elle était donc tout comme Saul la fière héritière de ce peuple.

 

Le ciel était sombre et la pluie commença à tomber. En regardant la pluie coulisser sur les vitres, je m’interrogeai si Ishell pensait aussi à moi parfois. L’orage fut bref et le soleil revint rapidement et forma un spectaculaire double arc-en-ciel que j’interprétai comme un bon présage de la Dame. À la vue de ces couleurs vives et pures, ma tristesse s’effaça.

 

Étant encore seul, je décidai de profiter du temps qui me restait pour aller voir le lac de Cobá. Il était très petit en comparaison aux grandes étendues d’eau que j’étais habitué de voir dans les vastes territoires du Nord. Le lac était tout de même remarquable par ses eaux bleu clair, laiteuses et paisibles qui me semblaient particulièrement invitantes sous la radiation torride du soleil qui était revenu. Je changeai d'avis à la vue d'une affiche où était inscrit «crocodile visit 5 pesos»  à la fin d'un quai de bois. Je compris en regardant plus prêt que ce que j'avais prit pour un tronc d’arbre flottant était le reptile en attente de son prochain repas. Je m'empressai de retourner à mon autobus.

 

Les autres revinrent peu de temps après. Dominique et Rachel furent les premières à me joindre,  toute deux concernée par mon "état".

- Ca va? demanda Rachel.

- Saul nous a dit que tu avais eu un malaise compléta Dominique.

Je regardai le jeune guide qui me salua de façon complice.

J'improvisai la première chose qui vint à mon esprit:

- Ca va mieux! Une touche de turista, je suis arrivé juste à temps....

 - Cela explique pourquoi tu es parti comme si tu avais la mort à tes trousses, gloussa Ludovic.

- Mon pauvre, tu as probablement bu de la mauvaise eau ou mangé un fruit mal nettoyé. Tu veux de l’Imodium? offrit Dominique.

- J’en ai! dit Rachel. Elle parcouru son sac sortant  des tablettes de chocolat, de la crème antibiotique, des tablettes de Listerine, une bouteille de Pepto Bismal, du gel Aloe Vera, de l’hydrocortisone, du maquillage, des rouge à lèvres, une brosse à cheveux, du fard à paupières, du papier mouchoir, des pansements, des analgésiques, des suppléments de repas, de l’iode, de la gomme à mâcher, de l’insectifuge, un écran solaire, des cartons d’allumettes, des condoms, une brosse à dent, du dentifrice, un obscène objet phallique, du lubrifiant et enfin l’Imodium.

- Dire que j’ai déjà tout utilisé dans ce sac, sauf l’Imodium! dit-elle en me faisant un clin d’œil.

 

J’acceptai gracieusement l’anti-diarrhée même si je n'en avais pas besoin. Je jouerais le jeu en prenant note de trouver une meilleure excuse la prochaine fois.

Je pris siège dans l’autobus totalement à l’arrière tout près de la porte de la salle de bain pour garder les apparences. Cela n’empêcha pas mes amis français de me joindre.

 

Avant de retourner à l'Allure, nous fîmes une courte escale dans le village Maya voisin.

Saul nous avertit de mettre de côté nos valeurs occidentales car ces gens ne devaient aucunement être considéré comme faisant parti du tiers monde ou comme étant dans le besoin. Il comptait bien nous le prouver.

 

Nous débarquâmes dans le village et Saul nous amena devant la devanture d’une hutte.

Il s’adressa à nous.

-Vous allez penser peut-être que les enfants ici sont malheureux car ils n’ont aucun jouet. Détrompez vous!

 

Il nous montra un singe araignée docile et en laisse. Le petit singe affectueux était prêt à serrer tout le monde de ses longs bras difforme.

Notre groupe fut instantanément charmé par l'adorable bête.

Saul donna au petit singe une pomme que l’animal réjoui mangea par petites bouchées mastiquant avec un plaisir gourmand.

 

Il nous demanda:

- Si vous étiez un petit garçon ou une petite fille, que préféreriez vous comme jouet?  Un G.I. Joe, une Barbie ou un petit singe comme celui-ci?

 

L’argument de Saul était bien reçu. Je comprenais aussi que le singe soit en laisse car dans l’après-midi sous la chaleur, il pourrait s’aventurer au point d’eau le plus proche qui était le lac où j'avais vu les crocodiles attendre patiemment leur prochain dîner.

 

Nous trouvâmes ensuite face à face avec un autre curieuse bête: un fourmilier domestiqué dans un jardin qui servait à éliminer les insectes nuisibles dans les huttes et l'environ des résidences.

 

Saul fit la démonstration d’une petite fleur magenta qui une fois brûlée donnait une cendre bleue foncée, une source de colorant naturel pour les textiles mayas.

 

Nous effectuâmes la visite d’une résidence. Saul nous expliqua de ne pas être mal à l’aise. Nous n'y étions pas des intrus; nous étions au  contraire le bienvenue. Notre visite contribuait à l’ensemble des revenus nécessaires pour l'installation d’un système moderne de purification d’eau qui profitera à l'ensemble des habitants du village dont la famille qui habitait ici.

 

La dame de la maison était affairée à préparer une robe avec sa machine à coudre, une antiquité de fonde noir du temps de ma grand-mère. Elle nous accueillie gracieusement sans aucune réserve malgré notre invasion de son domicile. Sa maison était nôtre. Son mari, comme les autres hommes du village, était parti travailler dans les terres cultivées.

 

Le seul confort moderne que je remarquai dans sa hutte était un réfrigérateur que Saul nous montra vide excepté pour la glace de la section du congélateur. Cette glace, nous expliqua-t-il, était une des commodités les plus appréciée dans tout le village.

 

Un gigantesque hamac se trouvait de l’autre côté de la hutte et toute la famille y dormait ensemble. Saul commenta que par sa conception le hamac maya offrait un parfait support stable. Son tissu voilé offrait une protection se rabattait pour fournir une protection contre les moustique.

Saul nous rappela les  résidences modernes que nous  avions vues lorsque nous avions traversés des villages lors de notre route vers Cobá. Il nous dit que si nous avions visités ces maisons, nous les aurions trouvés vide, les familles mayas préférant habiter leur hutte traditionnelle. Lorsque l'ouragan Emily frappa la Riviera Maya, la tempête causa de nombreux dégâts et de sérieux dommages aux constructions modernes. Les huttes mayas s'en sortirent comparativement indemnes parce qu'elles étaient perméables aux vents.

 

Je comprenais ce que Saul tentais de démontrer; les Mayas d'ici vivaient selon leurs nécessités quotidiennes; leur style de vie était parfaitement adapté à leur environnement. J'aurais pu en dire autant de mes amis Inuits.

 

Les enfants mayas nous entourèrent au retour à notre autobus. Parfaitement disciplinés, ils attendaient les petits cadeaux que Saul leur avaient amenés: crayons, stylos, papiers de cartons et des livres, un ballon de soccer, une balle. Ils connaissaient tous bien Saul et étaient très familier avec lui comme si il était leur "grand frère". Je crû comprendre qu'ils l'appelaient "Ahulane" lorsqu'ils s’adressait à lui dans le langage maya.

Une fois les gâteries distribuées, les enfants à l’unisson nous dirent ensuite :

- Dyos bootik!

Saul nous traduisit ce que nous avions déjà deviné : Dyos bootik voulait dire merci! Nous répétâmes aux enfants amusés les mêmes mots.

Je regardai Saul satisfait et fier de ses gens.

Alors que nous rentrions dans l’autobus, Saul laissait aux soins des femmes du village des achats qu’il avait fait pour elles.

 

Sur le chemin ver Tulum, nous avons croisé des adolescents marchant nu pied sur la route. Ces enfants revenaient de l’école. Saul expliqua que les mayas ont tendance à avoir les pieds larges et que pour accommoder cette largeur ils doivent porter des souliers trop grand, mal ajusté, de pointures beaucoup trop longues qui étaient inconfortables ou même qui les blessaient. C’est pourquoi certains d'entre eux préféraient marcher nu pied. 

 

Nous retournâmes sur l’autoroute en direction de Tulum.

- Puis vous avez aimé votre visite? demandais-je à mes amis français.

- Super! me répondit Dominique. C’était la dernière ville Maya que nous visitions avant de rentrer en France et je suis bien contente que nous l’ayons vue. De toutes les ruines que nous avons vues, ce sont celles de Cobá qui avaient le plus leur beauté originale, qui avaient été les moins retouchées, remodelées par notre civilisation moderne. Il était vraiment facile de s’imaginer que nous étions d’intrépides explorateurs là-bas!

Ludovic approuva en levant le pouce.

Je parlai à mon tour:

- Pour moi c’était ma première visite chez les mayas et cela m’a laissé toute une impression, j'ai été émerveillé, je n’avais aucune idée de la grandeur de leur civilisation avant aujourd’hui.

- Un grand peuple en effet, rajouta Rachel, encore plus grands que tout ce que l’on nous a dit jusqu'ici.

Je m’adressai à elle intrigué:

- Que veux-tu dire Rachel ?

- Que tu n'as encore rien vu mon cher! me répondit Dominique en me prenant la main.

 

Ils me racontèrent leur visite des ruines de Sayil où se dresse un imposant palais de trois étages. Ils me parlèrent des magnifiques fresques de la cité de Labna, des majestueuse ruines d'Edzna et de la spectaculaire citée d’Uxmal. Ils me décrivirent toutes les merveilles qu’ils y avaient vues et à les entendre, ils me communiquèrent  leur enthousiasme me laissant rêver d’explorer ces citées par moi-même. Ils me décrivirent  les observatoires mayas qu'ils avaient visités et de la grande maîtrise de l’astronomie du peuple maya.  Leurs astronomes savaient prévoir exactement les éclipses solaires et lunaires, la course des planètes et la position de la voie lactée dans le ciel et cela de façon inégalée par aucune autre civilisation ancienne avec une précision comparable à notre science moderne. En particulier Rachel mentionna que la fin du calendrier Maya au solstice d’hiver de 2012 correspondait à une conjonction entre notre soleil et le plan équatorial de notre galaxie la Voie Lactée qui correspondait selon certains à la fin du monde aussi prédite par les aztèques et ainsi que par un ancien calendrier oracle chinois. Cette date était corroborée par le grand prophète Nostradamus lui-même!

 

- Cela doit être prévu par les mêmes qui avait annoncé le bug de l’an 2000! plaisanta Ludovic.

Les rires furent suivis par un bref silence dans lequel je ressentis chez mes amis français; il y avait une certaine nostalgie à la réalisation que leur aventure Maya s'achevait alors que la mienne commençait.

Nous parlâmes des légendes de l’Atlantide et des autres civilisations oubliées et des corrélations intéressantes entre les civilisations Mayas, Égyptienne, Sumérienne et Indiennes. Rachel discuta ensuite des dieux Mayas Itzamna et Kukulkan et de leur correspondance avec le dieu Inca Viracocha et le dieu aztèque Quetzalcoalt, ce qui suggérait une influence commune entre ces civilisations.  Dominique ajouta que beaucoup de spéculations existaient d'ailleurs sur ces dieux suggérant qu'ils s'agissaient d'extraterrestres selon certains, ou même d'une incarnation de Jésus Christ ou d’un ses apôtres selon d'autres, en raison de leur description commune d'homme blanc, au visage pâle et à la barbe ce qui les démarqueraient complètement des peuples indigènes locaux.

Rachel considérait que le peuple maya était non seulement avancé scientifiquement mais qu'ils étaient également de grand maîtres spirituels. Je lui parlai de mes expériences avec la spiritualité des Inuits ce qui suscita son plus grand intérêt.

 

Je remarquai aussi Mademoiselle Morris assise tout proche. Je la comprenais un peu, seule en vacance alors que c'est tellement plus agréable avec des amis.

 

Je m'adressai à elle:

- Puis, pensez vous que les Canadiens feront les séries cette année?

 

 

Nous arrivâmes à l’Allure dans la demie heure suivante ce qui me laissait tout juste quelques minutes pour me préparer pour le mariage de Ted et Judith. Saul invita tout le monde à se rafraîchir dans un cenote tout près mais je déclinais son offre. Je le saluai et remerciai pour la visite. Il était poli mais je le sentais distrait, quelque peu distant, visiblement préoccupé. Je fis de brefs et tristes adieux à mes amis qui retournaient en France demain.

  

Je m’arrêtai à la conciergerie pour me renseigner sur les excursions à Chichen Itza. Je pris les arrangements nécessaires afin de me joindre à la visite du lendemain. J'en profitai aussi pour organiser un petit déjeuner spécial.  Je me précipitai ensuite à ma chambre, pris une bonne douche fraîche et m’habillai formellement pour la cérémonie du mariage. Je devais admettre que cela était quelque peu pénible dans la canicule de porter une chemise, une cravate et un veston. De plus, le bref orage n’avait pas chassé l’humidité mais l’avait au contraire augmenté. Je voulais faire quand même bonne impression car j’escortais la sœur du marié. Je pressai le pas en direction de la chapelle du complexe hôtelier juste à temps pour retrouver Angela tout à fait élégante dans une splendide robe de satin gris perle. Je la complimentai sur son apparence et elle rougit. La prenant doucement pas le bras je l’escortai à l’intérieur de la chapelle où Ted attendait impatiemment. Il nous accueillit avec un sourire nerveux la gorge sèche. Je lui serrai la main. Il me présenta à ses parents, ainsi qu’à la famille de Judith. La chapelle était petite, simple et élégante. Son intérieur blanc me rappelait celui des vieilles églises catholiques coloniales de la Californie.  Elle ne possédait pas plus de douze bancs décorés de rubans de soie blancs et de fleurs en honneur de l’évènement. Le père religieux nous demanda de prendre nos places. Il était américain et d’après ce que je comprenais, un ami de la famille venu spécialement pour célébrer l’évènement. Il était assisté par le « Padre » habituel du complexe. La marche traditionnelle maritale entama son air. Nous nous levâmes et toutes les têtes se tournèrent vers l’entrée de la chapelle où une silhouette gracieuse voilée de dentelle blanche, délicatement drapée de satin blanc et ivoire, tout ornementée de perles attendait. Elle tenait un magnifique arrangement de roses blanches, et rouges. Escorté par un homme trop jeune pour être son père, Judith s’avança d’un pas solennel vers Ted et l’autel. L’homme plaça la main de Judith dans celle de Ted et retourna auprès de la mère de cette dernière qui lui serra la main, visiblement émue. On amena deux grandes chaises blanches que l’on plaça devant l’autel et tous furent invités à s’asseoir.  Le prêtre commença son sermon qui fut suivit par les déclarations touchantes de Ted et de Judith. Il y eu l’énoncé de vœux et l’échange des anneaux. Finalement, après une brève cérémonie religieuse, Ted et Judith furent enfin attitré mari et femme devant Dieu et les hommes. Ted leva en tremblotant le voile de sa mariée qu’il embrassa d’un baiser long, tendre et timide.  La cérémonie avait été tout simplement belle et poignante. Après la signature des registres, les nouveaux mariés sortirent de la chapelle suivit par tous leur invités.

 

Une tente avait été installée sur la plage pour la réception; le champagne y coulait à flot. Je profitai d’un instant tranquille pour féliciter Ted et embrassai Judith sur la joue. Elle me présenta son grand frère Glenn de Minneapolis qui l’avait donné en mariage. Je compris que son père était décédé il y a plusieurs années. Judith s’excusa pour effectuer sa dernière obligation de la journée : le traditionnel lancé du bouquet. Ce fut nul autre qu’Angela qui l’attrapa à la plus grande joie du marié, son frère.  Angela me souffla à l’oreille avec un sourire narquois qu’effectivement en fin de compte elle aurait besoin d’aller au Canada, ce qui nous fit rire de bon cœur.

 

Les nouveaux mariés s’installèrent à la table d’honneur, devant la beauté naturelle de la plage et de la mer. Le repas était servi, je m’installai à table avec Angela.  Nous étions placés auprès de trois de ses tantes ainsi que du mari de l’une d’elle. J’appris ainsi que le côté maternel d’Angela avait des racines cajuns. Je connaissais déjà  Jeanne et son mari Richard. J’adorai immédiatement sa tante Rosalynn, une femme dynamique de soixante ans. Elle parlait le vieux français avec les nuances que j’avais déjà entendu en Acadie. Elle habitait la Nouvelle-Orléans et espérais pouvoir bientôt réintégrer sa petite auberge « Le gîte du passant » quelle avait été contrainte d’abandonner en fuyant l’ouragan Katrina. Sa résidence avait été submergée par la crue des eaux résultant de la rupture des digues, mais elle n’était pas abattue. Au contraire, elle était déterminée de tout restaurer et rebâtir.

- C’est pour cela que je paye des assurances ! disait-elle en souriant. 

 

Nos discussions furent constamment interrompues par le tintamarre traditionnels des coutelleries frappant la table, intimant à chaque fois les nouveaux mariés de s’embrasser devant nous, remerciés ensuite par la clameur d'applaudissements.

Je fit le commentaire à la table que lorsque je me marierai, je m’assurerai que la coutellerie du souper est en plastique. Le souper était exceptionnel de première classe. Il se termina par la coupe du gâteau de noce et le service de thé, café et digestifs. Les tables de réceptions centrales furent ensuite déplacées pour laisser place à la danse qui s'ouvrit sur un succès et classique et romantique de Queen, « One year of Love ». J'accompagnai Angela dans cette valse lente, nos corps entrelacés, serré l'un contre l'autre, sa tête reposant sur mon épaule. Il y eu ainsi plusieurs danses classiques alors que s’enchaînaient Cha-cha-cha, Samba, Rumba entrecoupés par de la musique de danse contemporaine. Angela et moi étions heureux de découvrir que nous connaissions les mêmes pas de danse. Je n'étais pas mécontent de tous ces dimanches de cours de danse moderne que m'avaient imposé mes parents lorsque j’étais tout jeune. Nous avons ainsi dansé toute la soirée jusqu'aux grandes danses country western.

 

Le flash d’un éclair proche fut suivit quelques secondes plus tard par le bruit assourdissant du tonnerre. La foudre avait frappé à moins d’un kilomètre j’estimai.  En l’espace d’un instant le vent se leva, tourbillonnant et violent entraînant avec lui une pluie diluvienne qui frappa sans prévenir comme un mur d’eau. La tente n’offrait qu’un abri précaire. Je vis ces gens en chics toilettes de soirées qui couraient en cherchant un abri, se retrouvant entassé les uns contre les autres sous le toit du bar ou le refuge de la hacienda. Je plaignais les nouveaux mariés, leur réception était gâchée. Je tentai de les consoler en leur citant un proverbe qui rimait mariage pluvieux avec mariage heureux.

 

Après quelques minutes, la direction de l’hôtel nous annonça que la réception continuerait à la discothèque. Les mariés et leur groupe d’honneur furent escortés sous des parapluies. Moi, je ne bougeai pas en levant les bras au ciel et souhaitant bienvenu à cette tempête tropicale. Je me douchais sous la pluie chaude, je n’avais jamais vu autant d’eau tomber en si peu de temps. La foudre tomba alors très proche dans le fracas d’une explosion, tout juste interceptée par le paratonnerre de la chapelle. La panique s’installa chez certaine gens qui s’empressèrent de trouver un abri intérieur.  Je me retrouvais seul. J’enfonçai ma tête dans mes épaule et couru dans la tempête battante en tentant de rejoindre le plus proche abri.  Soudain je fus enveloppé par une lumière aveuglante rosée, un tintamarre éclatant et retentissant. Quelques minutes passèrent avant que je n’ose ouvrir les yeux, incrédule de me trouver indemne. Le vent et la pluie furieuse me fouettaient toujours mais j’étais vivant! L’éclair devait avoir frappé un poteau à seulement quelques mètres de distance. L’orage passa et ses éclairs étaient désormais lointains déchirant par sa lumière serpentine le ciel et la mer au large.

 

 

Je me trouvai à la discothèque complètement trempé et dégoulinant. Je trouvai Angela, qui n’était pas seule, mais en bonne compagnie. Sa nouvelle amie, Julia, était avec elle. Je ne fus donc pas mal à l’aise de m’excuser auprès d’elle et de la quitter ; en fait je me rendit compte que cette opportunité de passer le reste de la soirée avec Julia devait l’arranger. Je remerciai les mariés encore un fois et les quittai, pressé de me débarrasser de mes vêtement mouillés. De retour à ma chambre, je repensai à Ishell, aux Mayas, à Saul, au disque et au mystérieux associé d’Ishell que j’avais revu pour la deuxième fois. Au son de la pluie qui tambourinait toujours sur mon balcon, je me laissai choir et m’endormit aussitôt.

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