Partager l'article ! Partie 8.1: 9 Cimi 4 Yax Toute ma perception se limitait à une mosaïque d'images fades, difformes, discontinues et entrecoupé ...
9 Cimi 4 Yax
Toute ma perception se limitait à une mosaïque d'images fades, difformes, discontinues et entrecoupées. Le vieux shaman était là, je sentais sa présence comme une petite voix chuchotant dans mon esprit. Je me concentrai sur lui. Il m'apparut, tout drapée d'un blanc éclatant. Il se détacha de la noirceur qui m'encerclait et s'approcha pour me prendre la main avec tout le réconfort d'un parent calmant son enfant.
- ErKsiniarnaK, ne soit pas effrayé ! me répétait-il d’une voix réconfortante.
Il me disait que mon corps était une enveloppe vide car mon esprit était avec lui, que je ne ressentais aucune douleur et ne devais avoir aucune crainte. Ils ne pouvaient me faire aucun mal.
J'étais bien avec lui et heureux de l'avoir retrouvé. Mais, « ils » ? De qui parlait-il ? N’étais-je pas dans la tente aux Monts Torngat ? Je regardai vers le bas et vit mon corps étendu sur le lit. Je ressentis un grand vertige, c'était comme si en me voyant ainsi je perdit équilibre et tombai. Je n'étais plus avec Shaman et me retrouvai sur mon matelas, dans ma chambre de l’Allure, complètement à découvert et nu. Une étrange sensation parcourait mon corps, comme si j’étais traversé par un courant électrique. Je ne pouvais bouger, aucun muscle ne répondait à ma volonté. Une étrange lumière m’entourait. Je n’était pas seul, il y avait des gens autour de mon lit.
C’est alors que les perçus dans ma vision périphérique, tarés dans l’ombre, les monstres de la nuit, des créatures de cauchemar. Ils étaient des démons dont l'apparence me révulsait au plus profond de mon âme. Je voulais désespérément abaisser mes paupières et me fermer les yeux mais je ne pouvais pas, je n’avais aucun contrôle. Je ne pouvais crier ou même réagir. L’une de ces créatures se rapprocha et m'examina minutieusement à quelques centimètres de mon visage. Ils étaient petits, près d’un mètre, avec un corps mince et des membres exagérément longs. Leur peau tendue avait un teint cadavérique. Leur tête au menton triangulaire était disproportionnée par rapport au reste de leur corps. Il n’avaient qu’une fente en guise de bouche ainsi qu’un long nez mince et aplatit. C’étaient leurs yeux qui étaient le plus terrifiants : des yeux énormes, noirs, ovales. Ils rappelaient en quelque sorte celui des insectes ou de certains reptiles. J’avais l’impression en regardant leur tête, en particulier la structure du visage et de leur joue d’y voir quelque chose de presque humain. C'était cette portion d'humanité qui me rendait le plus inconfortable et qui m'effrayait le plus.
Qui étaient-ils ?
Les Wayobs, les serviteurs des Dzolobs !
La réponse venait du Shaman pour me laisser savoir qu'il ne m'avait pas abandonné. Il ne m'avait pas parlé, c'est plutôt comme si j'entendais ses pensées et curieusement dans l'absurdité de ma situation cela ne m'apparaissait en rien extraordinaire. Ce n'était qu'un rêve après tout. Certains avaient des rêves érotiques; moi je faisais des rêves bizarres.
La créature pointa sur moi un bâton de cristal noir, pas plus grand qu’un stylo, qui devint luminescent à son approche de mon visage et qui sembla causer une explosion de lumière violette au contact de mon front. Il n’y avait plus que cette lumière et j’y revécu, tel un film en boucle continue, ma rencontre avec Ishell, son baiser, la bagarre, l'inspection de son sac, encore et encore dans tous ses détails. Je sentais les scènes devenir de plus en plus intense au point d'en devenir insupportables. Tout s’arrêta lorsque le bâton fut retiré de mon front. La créature émit quelques grognements à peine perceptible et s’en alla suivie par les siens.
J’entendis alors des voix parfaitement humaines :
- Nous avons regardé partout et n’avons rien trouvé. Les senseurs n'ont rien détecté. Si au moins nous savions ce que nous cherchons.
- Elle lui a donné ou lui a révélé sa cachette, j’en suis certain ! Elle n’a pas pu parler à personne d’autre, je n’ai pas relâché ma surveillance un instant ! Fouillez encore !
- Que disent les Anciens ?
- Ils disent que cet homme ne semble absolument rien savoir. Mais leurs sondes ne sont pas infaillibles; il est possible de bloquer leur balayage mental avec concentration et discipline. Cela est improbable, son esprit n’a aucun entraînement. Mais il reste la possibilité, même minime, qu’il aurait une habilité naturelle à les bloquer. Il sera donc nécessaire de le soumettre à des traitements plus puissants et plus profonds mais ceux-ci endommageraient irrémédiablement son cerveau et risquent de nous faire perdre toute information utile. D'ici là, il faudra continuer à le suivre. Les autres pourraient tenter de le contacter. Elle l'a sûrement choisit pour une raison, bien qu'il ne pourrait être après tout qu'une diversion.
- Il ne se rappellera de rien ? demanda une voix particulièrement avide.
-Non, répondit l’autre. C’est le temps de partir pour nous aussi. Il n’y a rien ici !
-Je couvre vos arrières, allez-y.
Après quelques minutes, la personne revint, c’était une ombre vague, indistincte.
-Tu es tout à moi ! me souffla la Succubes à l’oreille.
Je me réveillai subitement en sursaut, tout en sueurs, au son de l'alarme de mon réveil. J’étais complètement désorienté en réalisant que je n’étais plus dans mon appartement à Montréal. Il était cinq heures trente. Mon cœur battait à se rompre. Je grelottais, j'avais froid. J'avais fait un rêve des plus bizarres et des plus effrayants, mais mes souvenirs s'effaçaient à mesure que je reprenais pleinement conscience. Je ne me sentais pas bien. J'avais la nausée. Je me sentais comme fiévreux. J’éprouvais une pénible migraine et sentais mes muscles lourds, engourdis. Je me redressai péniblement dans mon lit et prit de grande respiration. Je me précipitai aussitôt à la toilette et vomis de la bile.
Je me rafraîchis avec une serviette mouillée. J'allais un peu mieux et pris ma douche. C'est alors que je remarquai les ecchymoses sur mon corps sans comprendre. Sur mes tempes et mon front se trouvaient aussi de curieuses marques géométriques. Comment diable m’étais-je fait cela ? Je ne savais quoi en penser sur le moment, le souvenir de mon rêve était trop vague et trop évasif. Je finissais de me raser lorsque l’on cogna à ma porte.
- Señor, le petit déjeuner spécial que vous avez commandé ! annonça une voix courtoise.
J'avais oublié! Je m'empressai d'ouvrir la porte. Mon service au chambre était parfaitement à l’heure.
- ¡ Mucho Gracias ! lui dis-je en signant la note et en lui laissant son pourboire.
Je tassai le chariot, finit de m'habiller et de préparer mon sac à dos. Mes vêtements de la veille étaient encore trempés. J'étais prêt à partir, j’avais retrouvé mon entrain et la bonne humeur. Je fermai la porte derrière moi et poussai le chariot jusqu'au 1113 et frappai à la porte.
- Toc ! Toc ! Toc ! Il y a quelqu’un ?
Ludovic m'accueillit ne portant que des boxers.
- Putain de bordel, pourquoi fais-tu tout ce boucan ? maugréa-t-il à moitié endormie. Quelle heure est-il ?
- Onze heure quarante cinq !
- Quoi ?
- Cinq heures quarante cinq du matin heure locale, mais tu dois te réhabituer au fuseau horaire français !
- Je sautai dans le lit avec Dominique qui m’attaqua aussitôt avec un oreiller.
- Je me rend! lui dis-je dramatiquement. J’ai amené des gages de paix!
Je me levai et amenai le chariot.
- J'ai voulu casser une dernière fois la croûte avec vous tous ! Je vais chercher Rachel et Émile !
J’allai cognai au 1112 et trouvai Rachel déjà debout et Émile préparant déjà leur valises. Ils voulaient ainsi sauver du temps et pouvoir pleinement profiter une dernière fois de la plage avant d'être contraints de partir. Ils s'envolaient de Cancun à en début d’après-midi. Je les invitai à nous joindre.
Nous commençâmes par le champagne et jus d’orange. Je leur présentai ensuite tous leur favoris que j’avais observés au déjeuner. Pour Dominique son Muesli et œufs bénédictines, pour Ludovic son assiette de bacon, jambon, saucisses et œufs miroirs, pour Rachel sa salade de fruits et ses bagels fromages à la crème avec saumon fumé et pour Émile ses traditionnelle tartines à la confiture de framboises avec un double expresso allongé. Nous avons mangé, bavardé pour finir avec nos derniers adieux, accolades et embrassades.
Rachel me laissa sur ses mots qui me laissèrent perplexe :
- Marc-Antoine, si je peux me permettre, je te connais assez pour vous donner un conseil; libre à toi de faire ce que tu en veux. Cesse de vivre ici, fis-elle en pointant ma tête. Et vit un peu plus ici ! Elle pointa mon cœur. C'est là que la vie prend tout son merveilleux sens !
Elle me fit un clin d'œil et retourna avec Émile, son bien-aimé, dans leur chambre. J'abandonnai à mon tour Dominique et Ludovic. J’enfilai ma casquette, ramassait mon sac à dos remplit de bouteilles d’eau avec un tube de lotion solaire. Mon coeur était plein de tristesse mais Chichen Itza m’attendait.
J’attendis au lobby de l’hôtel. L’autobus de mon tour organisé arriva parfaitement tel que prévu. L’autobus était plein de touristes provenant des différents centres hôteliers au Nord de l’Allure. J’étais le dernier passager sur leur liste. Il ne restait qu’un siège disponible à côté du guide responsable du tour. Aussitôt que je fusse assis, le guide pris son micro et nous souhaita la bienvenue. En espagnol, il ne parlait qu’en espagnol ! Dans mon empressement de joindre la première visite de Chichen Itza, j’avais négligé de vérifier le langage du tour. Ce n’était pas grave. L’important est que je me rendais à destination et je comprenais quand même assez bien l’espagnol pour me débrouiller. Nous passâmes devant l’entrée du chemin menant aux ruines de Tulum et tournâmes à droite au carrefour sur le même chemin qui menait à Cobá pour joindre la route 180 à partir du village de Chemax pour nos nous rendre à Chichén Itzá.
Ezequiel, qui dirigeait notre excursion, était un descendant Maya. Il était petit (il faisait un peu plus qu’un mètre et demi; j’étais un géant en comparaison) et trapu à la chevelure grisonnante dans le début de sa quarantaine. Il nous demanda si nous étions excité à l’idée de visiter une des merveilles du monde. De multiples voix répondirent « ¡Si! » en cœur. Pour ma part je n’étais pas excité mais franchement nerveux. L’idée de trouver une trace d’Ishell et peut-être même la retrouver me rendais anxieux.
Le voyage à Chichen Itza était long; il prenait presque trois heures. J’avais négligé de m’amener de la lecture ou de la musique pour tuer le temps. La route était rurale et me charma en traversant plusieurs petits villages, notamment dans lesquels notre autobus devait ralentir, quasiment à l’arrêt, en raison de nombreux dos d’ânes installés pour contrôler la circulation. Nous eûmes ainsi une brève fenêtre sur la vie typique de ce coin du Mexique cachée derrières les nombreux kiosques d’artisanats et les présentions de souvenirs sur le rebord de la route.
J’entamai une conversation avec Ezequiel avec mon espagnol élémentaire alors qu’il était tranquille. Je lui parlai de mon grand intérêt pour les coutumes et culture de son peuple. J’avais peur de l’importuner. Mes questions étaient tellement naïves que je m’attendais qu’il roule ses yeux avec une expression tordue en pensant qu’il avait encore un de ces gringos obsédés! Il sympathisa avec moi et continua à me parler en anglais.
Je lui demandai de me parler des dieux Mayas. Il m’expliqua qu’ils étaient perçus avant tout par le peuple Mayas comme des incarnations des énergies cosmiques super naturelles et invisibles qui se manifestaient par les phénomènes naturels tels la pluie, la foudre ou dans les animaux. Le cosmos lui-même était un acte divin des dieux qui l’ont crée afin de préserver leur existence et prospérité en engendrant un être différent de tous les autres qu'ils avaient créés, un être conscient de son existence et du monde qui l’entourait, c'est-à-dire l'homme. Il m’appris que les Temples mayas étaient référés comme étant des « waybi », c'est-à-dire des dortoirs où les dieux normalement endormis étaient réveillés et se manifestaient. Un rituel mal fait, le manque de respect pour une divinité ou faire couler du sang qui n’était pas commis à un sacrifice pouvait mériter le châtiment des dieux tels qu’épidémies, famines, mort, guerres, feux, sécheresse, inondation.
Il m’avertit que les Mayas avaient d’innombrables dieux pour toutes les sortes de fonctionnalité associées avec l'existence et que le même dieu était associé à plusieurs aspects, noms et festivités ce qui confondait encore plus les choses. Il y avait des dieux dans le panthéon maya qui étaient particulièrement bien illustrés dans les codex et anciennes cités.
Il me parla brièvement par exemple du dieu solaire Kinich Ahau qui était à la fois craint et vénéré; de Chaac le dieu des pluies bienfaisant mais qui en colère causait les inondations ou au contraire la sécheresse en retenant ses faveurs; Ah Punch le dieu squelettique à la chair décomposée de la mort et de la maladie, Ixchel qui dans sa vieille incarnation s’appelle Ix Chak Chel et dans sa jeune incarnation de la lune est Ix Sak Un; de la sœur d'Ixchel, Ixtab, affiliée aux suicides qui étaient considérés comme une mort respectable par les mayas; Ek Chuah le dieu marchand et bien sûr du dieu souverain du ciel, Itzamna.
Malgré tous ces dieux, les mayas auraient eu le concept d’un dieu unique au pouvoir absolu, Hunab Ku. Ce dernier, occupé aux schèmes du Cosmos, avait délégué son fils Itzamna, le grand dragon céleste, dieu du ciel et du soleil, pour prendre soin de la terre et des hommes.
Cela m’amena à questionner sur la correspondance entre le serpent à plume, Kulkucan de Chichen Itza et Itzamna. Ezequiel me dit que la réponse n’était pas évidente.
Il est convenu que Kulkucan, Quetzalcóatl pour les aztèques, avait été amené par une autre culture chez les Mayas, par les Nahuatl de Teotihuacan et Toltèques qui ont eu un profond impact sur la civilisation des Mayas du Yucatan.
Il existe d'ailleurs plusieurs correspondances entre les dieux Mayas et Aztèques. Huitzilopochtli était leur dieu guerre et du soleil similairement à Kinich Ahau. Coatlicue la mère des dieux, Xochiquetzal la dame des fleurs, pourraient tout deux être considérées comme des aspects d’Ixchel. Tlaloc était le dieu de l'eau tout comme Chaac.
Tlahuizcalpantecuhtli est le dieu dont le nom en Nahuatl, le langage des Toltèques et Aztèques signifie « Seigneur de la maison de l’étoile de l’Aube », le dieu de la couleur rose de l’aurore et personnification de la planète Vénus. Il est une personnification de Quetzalcóatl dans un récit que Ezequiel me raconta.
Quetzalcóatl a été rendu ivre par des prêtres ennemis pour se retrouver déchu, vaincu et banni par son ennemi mortel Tezcatlipoca. Il a été forcé d’émigrer vers l'est où, après avoir fondé quelques villes, il se brûla sur un bûcher et se transforma en Vénus, étoile du matin. Son frère jumeau Xolotl qui voulais le suivre devint Vénus l’étoile du soir. Il y a correspondance entre cette histoire et le mythe d’Itzamna colonisant le Yucatan. L’histoire pourrait être une parabole sur la conquête des Mayas et du rejet par ses conquérants de l’ancien ordre religieux et social.
Il ajouta que Tezcatlipoca était une sombre divinité, la plus crainte de toutes les divinités aztèques. Dans l’ordre de pensée dualiste des mésoaméricains, Tezcatlipoca était à la fois le frère et le pire ennemi de Quetzalcóat. Il était le dieu noir, l’opposé, l’antithèse de Quetzalcóatl le blanc. Son nom signifie littéralement « Miroir fumant ». Tezcatlipoca possédait également différents épithètes charmant qui reflétait différents aspects de sa divinité : Titlacauan (« Nous sommes ses esclaves »), Ipalnemoani (« Celui par qui nous vivons »), Necocyaotl (« Ennemi des deux côtés »), Tloque Nahuaque (« Seigneur du proche et du lointain ») et Yohualli Ehecatl (« Nuit, Vent »), Ome acatl (« Deux roseaux »), Ilhuicahua Tlalticpaque (« Possesseur du ciel et de la terre »).
Pour Ezequiel, il était certain que Chichen Itza, surtout l’ancien Chichen Itza, avait été initialement consacré au dragon céleste d’Itzamna et que c’est plus tard que le serpent à plumes, Quetzalcóatl devint le patron divin absolu de la cité. Dans les dernières années de Chichen Itza, le serpent à plume ressemblait plus au terrible Tezcatlipoca en tempérament que le bénéfique Quetzalcóatl.
J'ai été sacrément impressionné avec Ezequiel. Il me rappelait Saul me confirmant que les Mayas étaient des gens remarquables. Il était non seulement un guide touristique, il était un archéologue et explorateur accompli empreint d’une grande spiritualité. Il avait effectués des excavations régions les plus sauvages du Guatemala, El Salvador et Nicaragua. Il était curieux et insatiable de connaissances et d'expériences profondes. Je l’intéressai à mon tour sur mon coin du monde. Il voulait tout savoir sur le Canada et mes expériences avec les Inuits.
Il me recommanda, si j’aimais ma bien ma visite de Chichen Itza, de visiter Elk Balam, une autre citée Maya récemment excavée et ouverte au public.
Il se leva: nous approchions déjà de Chichen Itza. Ezequiel annonça que nous avions quatre heures de visite par après nous allions nous rafraîchir au magnifique cenote de Ik Kil à cinq minutes des ruines. Nous étions tous excités à l’approche de l’entrée du site archéologique, même si tout ce que nous pouvions distinguer était un grand centre de visiteurs, une légion de vendeurs d’objets et d’artisanat divers, des boutiques de souvenirs et les salles de bain. Ce qui me frappa immédiatement était à quel point il y avait du monde partout. Chichen Itza avait l’atmosphère d’un parc d’attraction. En descendant de l’autobus, la chaleur intense et accablante du midi m'engloutie. Quel contraste! Heureusement qu’ils nous avaient offerts un choix de boissons froides ou une bouteille d’eau à la sortie du véhicule.
Il nous avisa de bien noter notre numéro d’autobus et son stationnement et de se retrouver ici dans un peu moins que quatre heures.
Nous fîmes un arrêt au guichet et aux salles de bain. Ezequiel nous distribua ensuite nos billets d’accès au site. Je décidai de visiter les ruines par moi-même non pas que le langage me dérangeait, mais j’étais venu ici chercher quelque chose de précis. Je ne savais pas quoi encore, mais je voulais être libre de le découvrir.
Après avoir bien noté mentalement le numéro de mon autobus et l’heure du retour, je désertai le tour officiel et profitai pour me promener dans le centre des visiteurs et trouvai plusieurs affichages instructifs ainsi qu’une maquette de la ville. Le centre des visiteurs était très affairé. Je m’arrêtai à un magasin appelé la Hutte Maya qui vendait de l’artisanat, des tissus, vêtements, bijoux et livres. Quelque chose attira vivement mon attention. Il s’agissait d’une petite médaille en terre cuite. Elle avait en son centre un maya assis. Il portait à force de ses deux bras un immense symbole sur son dos, retenu par une banderole autour de sa tête. Les détails étaient remarquables incluant son genoux fléchit relevé, l’autre reposant contre le sol, son collier et ses apparats au mollets et poignets, son front prononcé, son nez long et proéminents caractéristiques des mayas. Ce personnage était entouré de 19 autres symboles répartis dans un cercle. Ses glyphes avaient le même style que ceux que j’avais observés sur le disque d’Ishell. La vendeuse m’expliqua gracieusement que chacun des symboles représentait un jour maya. Le maya portait le glyphe du dernier et vingtième jour du cycle, nommé Ahau. La dame m’indiqua aussi que tout achats et donations commanditaient le programme de la Fondation Maya de conservation de la nature et des habitats d’oiseaux. J’achetai le disque et me procurai aussi un guide détaillé que je trouvai en français de Chichen Itza qui incluait plusieurs photos. Je découvris une publicité du Hacienda Chichen Resort qui montrait que le site archéologique abritait un hôtel spa de luxe, une réserve écologique et un paradis pour les adeptes ornithologie. J’avais un creux. Je me laissai tenter par les snack bars et m’empiffrai de tortillas, de salsa et guacamole fait sur place où étaient ajouté à la purée d’avocat tous les condiments que l’on pouvait désirer.
J’entamai mon livre. Je pouvais y lire une courte description de l'histoire de la ville. J’appris que Chichén Itzá est une ville antique dont le nom signifie "Dans la bouche des puits de l'Itzá" et qui fait sans doute références aux deux cenotes, ces puits naturels, qui alimentaient les habitants en eau et auxquels ont attribuait des origines divines. Cette citée qui fut le centre de la puissance politique, religieuse et militaire dans Yucatán et du sud-est Amérique Centrale du dixième au treizième siècle. La ville est divisée en deux principaux secteurs: Chichén Viejo (le vieux Chichén) et Chichén Nuevo (le nouveau Chichén) ce qui était reflété par leurs différents styles d’architecture.
Chichén Viejo fut fondé par les Mayas Itzas mené par Itzamna après la séparation d'Acalon au environs des l'années 435-455.
Je posai mon livre. L’implication de cette dernière phrase fut pour moi une révélation. Elle impliquait que Itzamna, le dieu suprême et fondateur des anciens Mayas, avait été un homme réel. Il n’était pas un abstrait concept métaphysique mais bien quelqu’un d’historique. D’ailleurs les Mayas effectuaient la déification des ancêtres. La glorification des héros était quelque chose de commun dans les anciennes villes. Je ne doutais pas que les dieux mayas aient été originellement des êtres humains remarquables montés au niveau de la divinité.
Je continuai mes lectures.
J’appris que l’ont retrouve à Chichén Viejo l’architecture classique des mayas caractérisée par beaucoup de représentations du dieu Chaac, le dieu Maya de pluie. Ce modèle d’architecture maya traditionnelle est nommé Puuc et se retrouve également à la ville d’Uxmal ainsi que dans les autres emplacements mayas de la péninsule du Yucatan.
Chichén Nuevo correspond à l’établissement et à la reconstruction de la ville par le peuple des Itzas aux environ de 900 après Jésus Christ. Il y avait évidence de la présence d’un chef toltèque appelé Topiltzin Ce Acatl Quetzalcóatl à Chichen Itza dès l’an 987. La présence toltèque provenant du centre du Mexique contribua à faire de Chichen Itza la ville la plus puissante et dynamique du Yucatan dont la sphère d’influence s’étendait depuis le centre du Mexique pour l’obsidienne jusqu’au sud de l’Amérique centrale pour le trafic de l’or. Le culte de la ville devint centré sur le dieu Kukulcán, connu par les Toltèques et les aztèques sous le nom de Quetzalcóatl. D’ailleurs les dirigeants de la ville s’attribuaient le nom du dieu le serpent à plume. La nouvelle Chichén témoigne d’ailleurs de la grande influence architecturale provenant des Toltèques et de leur antique capitale de Tula.
Il y avait évidence qu’une révolte des Mayas contre les dirigeants de Chichen Itza s’était produite en 1221. La ville ne fut pas abandonnée par après, mais continua son déclin définitif. Les Itzas régnèrent jusqu’au quatorzième siècle jusqu’à ce qu’ils cèdent à la ville rivale Mayapan. Chichén Itzá était considérée comme la dernière grande cité Maya et son histoire coïncidait avec le déclin de la civilisation des mayas des basses terres. Les Conquistadors espagnols découvrirent la ville au seizième siècle en 1531.
Un voyageur et écrivain Benjamin Norman redécouvrit la ville, suivit de John Lloyd Stephens dont je connaissais déjà une partie de l’histoire. Ce dernier passa 40 ans à Chichen Itza jusqu’à ce qu’il soit expulsé et banni par le gouvernement Mexicain. En 1924, un projet de l’institut Carnegie de Washington dirigé par Sylvanus Morley continua de façon plus supervisée la restauration de ruines. Je trouvai intéressant que même si les ruines et structures de Chichen Itza appartiennent au gouvernement fédéral du Mexique et qu’elles étaient maintenues et développées par l’Institut National d’Anthropologie et d’histoire (INAH) que les terrains eux-mêmes appartenaient au privé, à la famille Barbachano.
J’avais fini de manger et m’étirai en songeant à mes objectifs à Chichen Itza. Je savais que le disque d’Ishell était associé à Chichen Itza. Je voulais trouver et comprendre quelle était cette connexion. J’étais résolu à regarder la ville dans tous ses détails, dans l’idée que j’y trouverais peut-être un élément pouvant me permettre d’éclaircir le mystère d'Ishell et du disque que je lui avais récupéré. De plus Ishell avait été ici, j’en étais certain; qui sait elle y était peut-être encore! Il était donc le temps pour moi d’explorer la ville de Chichen Itza.
Je présentai mon billet et franchi le tourniquet. Je fus ébahi par la scène qui m’attendait à la fin du court sentier. Le site des ruines était immense dominé par la majestueuse pyramide centrale. J’avais l’impression que quatre heures pour visiter Chichen Itza ne serait pas assez que j’aurais aisément pu y passer plusieurs jours.
J’observai les nombreux groupes organisés de touristes. Je préférai faire ma propre visite en utilisant mon livre comme guide. Je voulais éviter les trop grands bains de foule et y aller à mon propre rythme.
Je me dirigeai dans la partie plus ancienne de Chichén Itzá qui était moins achalandée. Je me trouvai à un bâtiment nommé l’ossuaire ou le tombeau du Grand prêtre. Il s’agit d’une pyramide de neuf niveaux semblables à la grande pyramide de Kukulcán qui dominait toute la scène de Chichen Itza malgré sa distance. Il y avait quatre escaliers axiaux dont l’accès semblait défendu par de grands serpents menaçants avec leur gueule ouverte et tête triangulaire écaillées. Une cheminée de 14 mètre traverse la pyramide jusqu’à son sommet suggérant que la structure a servi de crématorium. La cheminée était alimentée en bois depuis une tranchée à la base de l’ossuaire. J’appris que ce bâtiment couvre une caverne profonde reliée par un puit central à la pyramide. Ce puit devait représenter pour les mayas l’entrée au monde des morts que l’on croyait sous terrain dans leur mythologie. Le puits est décoré de représentation du monde des enfers et des Cieux et on y avait trouvé à son intérieur plusieurs tombeaux incluant celui d'un haut prêtre ou d’un roi avec des offrandes de jade, coquillage, cristal de roche et cloches de cuivre.
Je découvris tout près un autre bâtiment appelé Chichanchob qui signifie les "petits trous". Le nom a été sans doute donné à cette structure en raison des petits trous sur la crête du toit. Le bâtiment était également connu sous le nom de "la Chambre rouge" en raison de la peinture de cette couleur qui pouvait être encore vue dans les fresques dans la chambre intérieure. Il restait dans cette même section de la ville les vestiges de la maison à trois portes du chevreuil reposant sur une grande plateforme trapézoïde et de la maison de la santé, formant avec la maison rouge une section nommée l’hôpital en raison de leur vocation médicale.
Il faisait très chaud. J’épongeai la sueur abondante qui s’accumulait sur mon front. Toute cette section du site archéologique de Chichen Itza était dégagé et déboisé, il y était impossible de se cacher du soleil ardent. Je continuai jusqu’à un large bâtiment de pierre curieusement nommé « la chambre des nonnes » ou le monastère. Il s’agissait d’un grand un complexe près de vingt mètres de hauteur. Je comprenais que lorsque les premiers explorateurs espagnols avaient visités les ruines, ils ont crû que les nombreuses chambres du temple ressemblaient aux chambrettes des soeurs religieuses dans un monastère et l’ont baptisée Las Monjas (Chambre des nonnes). Je lisais que les chercheurs croyaient que ce bâtiment était originellement un palais pour les grands Maîtres de Chichen Itza.
La chambre des nonnes avait aussi une annexe, un bâtiment ornementé de riches sculptures dont un souverain à l’image d’un dieu au dessus de la porte. Ce personnage avait une coiffure de plume séparée en deux au milieu de son crâne et était assis à « l’indienne » dans un motif rayonnant représentant possiblement le soleil. Tout l’ensemble du bâtiment de l’annexe suggérait dans la distance une tête stylisée dont l’entrée principale avec sa rangée de dents correspondait à la gueule.
Je passai ensuite à un vaste complexe des bâtiments, dont un appelé Eglesia « église » par les premiers visiteurs espagnols. Ce bâtiment de pierre n’avait qu’un étage avec un toit voûté. Il reposait sur une plateforme de 66 cm de hauteur. La porte faisait face à l’ouest, ce qui suggérait que ce bâtiment ait servi de tombe, l'ouest étant le lieu où mourait le soleil à chaque soir. Le bâtiment était exceptionnel avec ses fresques grecques et ses masques du dieu de la pluie soigneusement découpés à sa devanture. Des masques de Chaac se retrouvaient aussi à chacun des coins de l’édifice. À chacun des côtés de ces masques, je remarquai de petites représentations de crabe, d’escargot, d’armadille et de tortue qui soutiennent le ciel depuis la terre selon les croyances Mayas. Saul m'avait parlé de ces légendes qui confèrent à des arbres ou à des Jaguars divin, les Baccabs, ce rôle de supporter le ciel aux quatre points cardinaux tout comme ces petits animaux. Au-dessus de ces images se trouvait la représentation d’un serpent au corps sinueux qui suggérait le mouvement. Je restai plusieurs minutes à regarder ces sculptures dont le symbolisme évoquait le même que celui du disque d'Ishell d'après l'interprétation de Saul. Tout cela avait donc une signification ancrée dans les croyances mayas les plus anciennes manifestée ici à Chichen Itza.
Je retournai mon regard vers une la plus grande fresque de Chaac et réalisa à quel point les sculptures de ce dieu aux grand nez en trombe recourbé et pointu étaient plus soignées ou du moins en meilleur état. Chaac inspirait révérence et respect mais pas la terreur. Son visage de masque de Carnaval dégageait pour moi un air moqueur, malicieux et quasiment paternel. Je compris que le dieu de la pluie était un gardien bienfaisant des Mayas et qu’il devait se confondre avec Itzamna, le dieu suprême du ciel. Il était celui qui donnait l’eau et par ce fait était primordial pour une civilisation dépendante de l'agriculture pour son existence. Je me demandai un instant si ce n’était pas ce dieu Maya qui s’était amusé à me lancer la foudre ou à me protéger le soir précédent. Le regard profond du visage de Chaac ne me donna aucune réponse. Je restai longtemps à méditer de cet édifice.

