Partager l'article ! Partie 8.3: Je me rendis ensuite au sommet de la pyramide pour y admirer un autre panorama absolument saisissant?. Je tro ...
Je me rendis ensuite au sommet de la pyramide pour y admirer un autre panorama absolument saisissant?. Je trouvai Chichén Itzá et ses monuments s’imposant au-dessus de la plaine herbeuse et la jungle environnante dans toute leur gloire. Je revis encore ce même homme qui me talonnait depuis le début de la visite. Je ne cachai pas que je l’avais reconnu et le fixai du regard. Il était ainsi pris avec moi sur la plateforme restreinte du sommet de la pyramide, je pouvais donc l’approcher et le confronter. Je voulais savoir qui il était et pourquoi il m’espionnait. Je me dirigeai vers lui en me forçant un passage parmi les autres touristes, devant constamment m’excuser et tasser les gens devant moi. Lorsque j’atteignis enfin l’endroit où je l’avais vu, il n’était plus là. Je regardai autour sur la plateforme mais en vain. Ce n’est qu’en tournant mon regard vers le bas que je l’aperçu terminer sa descente et prendre fuite. Je criais comme un forcené pour attirer son attention et sans même y réfléchir me lançai en bas de la pyramide, en n’ayant en main qu’un câble pour me ralentir, mes pieds ne touchant qu’occasionnellement la surface de la pyramide. Je vis qu’il s’empressait de s’éloigner de moi lors ma descente. Je touchai le sol indemne sous les yeux éberlués des touristes et couru après lui.
Je le suivis sur un sacbe, un sentier pavé de pierres blanches à chaux, pour atteindre le Cenote sacré - le puit sacrificatoire.
Je l’avais perdu, tout comme j’avais perdu le Vigil d’Ishell à Cobá! Je crispai ma mâchoire et serrai les poings émis un juron. La course par cette chaleur avait été pénible. Je tremblais presque ne sachant comment canaliser ma frustration. Chose certaine, je raisonnai qu’un policier n’aurais pas agit ainsi. Je pris une profonde respiration et décidai de continuer ma visite surtout que le cenote sacré avait en particulier un lien bien établi avec Ishell. Je remarquai qu’ici c’était plus tranquille et que les touristes étaient moins nombreux, sans doute parce que ce puit est à l’écart du reste du complexe des ruines. Je contemplai le cenote sacré. Il est presque parfaitement circulaire avec un diamètre de 60 mètre. Ses eaux sombres, opaques de couleur jade étaient à de plus de vingt-deux mètres de profondeur.
Je savais que le cenote? était alimenté par un fleuve souterrain et qu’il a servit de lieu sacré où des rites du passage et les cérémonies ont été exécutées. Il était évident que pour les mayas, cette bouche béante était une source d’eau sacrée et avait une signification profonde. Ce cenote était exclusivement sacrificiel et cérémonial; il y avait un deuxième cenote à Chichen Itza, nommé Xtlotl, situé au centre de la ville qui approvisionnait ses habitants en eau. Le cenote sacré représentait pour eux Chaac, le dieu de la pluie. Il était aussi considéré comme une entrée sur l’au-delà, le Xibalba, le royaume sombre et souterrain des neuf enfers de la superstition Maya.
Je trouvai un écriteau écrit en espagnol qui condamnait Thompson pour avoir volé des trésors historiques lors de ses fouilles du cenote sacré ainsi que l’université de Harvard pour avoir refusé de restituer ces objets. Je comprenais la motivation de cette condamnation car effectivement la majeure partie des découvertes de Thompson avait effectivement été envoyée en cachette à l'université de Harvard, sans l'autorisation du gouvernement mexicain où elles sont encore aujourd’hui. Je pensai qu'il était dans ce cas difficile de condamner Ishell pour son incursion au musée Peabody, si sa motivation n'était pas personnelle mais plutôt la restitution d’un trésor national.
Je connaissais, depuis ma conversation avec Saul, la contribution d’Edward Thompson et des ses multiples efforts pour creuser le puit sacré afin de le dépouiller de ses trésors. Ces fouilles avaient produites des artéfacts en métal en or et le cuivre ainsi que quelques pierres précieuses. Thompson y trouva également divers articles incluant des boules de jade, des items en caoutchouc, des poteries, ainsi que des figurines en bois ou en cire, des miroirs et encens. Je supposais que Thompson avait peut-être expédié ces items pour les sauvegarder comme richesse et héritage de l’humanité à la garde du musée d’Archéologie et d’anthropologie de Peabody; pour lui il s’agissait d’artefacts Atlantes. Rien non plus ne suggérais dans sa biographie qu’il s’était personnellement enrichi avec les artefacts qu’il avait retiré du puit. Mais cela n’excusait pas son manque d’égard et de respect face au gouvernement Mexicain, surtout de la part d’un diplomate en fonction officielle.
Mon livre expliquait que l'on avait longtemps attribué au puit de Chichen Itza le sacrifice de vies humaines comme offrandes faites aux profondeurs du cenote. Cela était fondé sur ce que l'évêque Diego de Landa avait rapporté au seizième siècle: « Dans ces puits les Maya sont accoutumés de jeter des hommes vivants comme sacrifice aux dieux en période de la sécheresse; ils ont soutenu qu'ils ne sont pas morts, quoiqu'ils n'aient pas été revus. Ils ont également jeté beaucoup offrandes de pierres précieuses et de d’autres choses qu'ils ont valorisaient considérablement… ». Je compris alors pourquoi les récits de Diego de Landa avaient autant intéressé Thompson et qu'ils avaient été à l'origine de son obsession pour le puit de Chichen Itza.
Il y eu après Thompson d’autres fouilles effectuées au puit de Chichen Itza dont une excavation récente effectuée par le National Geographic. Ils avaient été confronté par une épaisse couche de sédiment à plus de 17 mètres de profondeur ainsi qu’un fort courant provenant de la rivière souterraine qui s’opposaient à l’exploration approfondie du cenote. Ces fouilles dans le cenote ont démontré que le sacrifice humain n’était pas commun. Les squelettes de cinquante humains en tout ont été trouvés vers la surface du cenote, des enfants pour la plupart, qui sont vraisemblablement tombés par accident dans le cenote et se sont noyés. Il a été établit également que des jeunes hommes ont volontairement sautés dans le cenote dans un rituel pour prouver leur virilité, où ils devaient surnager dans le cenote de l’aube jusqu’au soleil de midi après quoi on les sortait de l’eau. Quelqu’un qui survivait au cenote était bénit par les dieux et gagnait le plus grand des respects. Il a été rapporté que le roi de Chichén Itzá a lui-même effectué ce rituel de purification pour démontrer sa valeur à son peuple.
En général, il me semblait donc que les habitants de Chichén Itzá préféraient offrir des objets de pierres semi-précieuses, des objets en métal et d'argile au dieu du cenote plutôt que de jeunes vierges ou des cœurs extirpés de victimes sacrificatoires. Mon livre mentionnait que les offrandes étaient systématiquement cassées ou endommagées comme si il s’agissait d’un préliminaire de la cérémonie de sacrifice.
Je me rendis vers la plateforme de l'autel cérémoniel qui existe toujours en partie. Je m’étirai le plus proche possible que je pouvais du bord du puit en m’appuyant presque sur le câble délimitant le périmètre de sécurité. De mon point de vue, les eaux vertes du cenote me semblaient insondables et remplies de mystères. Je senti un objet pointu m’entailler légèrement le dos en même temps qu’une main forte et ferme se posa sur mon épaule.
- Ne vous tournez pas ! Agissez comme si tout était normal ! ordonna l’homme derrière moi. Compris ?
Je n’avais pas besoin de le voir, je savais qu’il devait s’agir de cet homme que j’avais poursuivi. Je n’avais pas entendu ou perçu son approche; il m’avait surpris complètement.
- Compris ??? insista l’homme en poussant légèrement sa lame qui incisa mon dos.
Je grimaçai sous la douleur.
- J’ai compris !
- Bien ! Laissez tomber votre sac.
J’obéis et déposai doucement mon sac sur le sol.
- Vous avez quelque chose qui ne vous appartient pas et qui vous a été donné. C’est tout ce que je veux. Vous pourrez alors continuer de vivre tranquillement et continuer vos vacances....
Je comprenais bien sa menace implicite mais n’avais nullement l’intention de me laisser intimider.
- Je n’ai aucune idée de quoi vous parlez !
- Ne soyez pas stupide !
Je ressenti sa lame insister encore plus pressante dans mon dos, mais je décidai de le défier quand même :
- Vous pouvez me fouiller je n’ai rien. Vous avez déjà cherché ma chambre et vous savez que je n’ai rien. Laissez moi tranquille! Je sais que vous ne risquerez rien ici avec tous ces gens autour.
- Vous voulez parier votre vie là-dessus? répliqua-t-il sèchement.
J’étais certain qu’il ne bluffait pas.
- Non, vous avez raison. Vous gagnez ! Je vais vous donner ce que j’ai.
Je descendis la main doucement dans ma poche et d’un geste vif, jeta la poignée de change que j’avais ramassé. Les pièces de monnaie rebondirent virevoltèrent dans toute les direction, créant la confusion que j’espérais. D’un geste vif, je me tassai vers la gauche et saisi son avant bras en étau entre ma poitrine et mon bras droit tout en saisissant de ma main gauche le poignet de sa main armée. Une femme cria et nous pointa aux autres, elle avait été témoin de toute la scène.
Je tordis le bras de mon agresseur le forçant à lâcher son poignard mais il me repoussa de toute ses force. Je perdis ma prise et mon équilibre et fut projeté par devant, au-delà du cordon de sécurité, dans le vide. Je tombai et fit ce qui me sembla une longue chute avant de frapper la surface du cenote avec le même impact que si il aurait s’agit d’un mur de pierre.
Je me retrouvai englouti profondément dans des eaux sombres. Je n’était pas seul : deux grands yeux luminescent et inhumain me fixaient depuis les bas-fonds. Comme un éclair, ces grands yeux fondirent sur moi. Je vis à son approche la bête monstrueuse foncer la gueule grande ouverte; il s’agissait d’un anaconda titanesque. J’étais paralysé par la terreur, je réagis à peine lorsque sa mâchoire se referma sur mes jambes et que le serpent m'entraîna encore plus profondément dans les eaux noires. Je commençais à manquer d’air. Je sortis enfin de mon état de choc et commençai à lutter et me débattre en vain contre le reptile; son étau était plus solide que l'acier. Entre deux battements de cœur, le monstre m'ingurgita jusqu'à la taille sans effort. Il me restait une chance, j'étais à portée de son museau et de ses yeux. Lorsque je croisai le regard de la bête, je me perdis dans son regard infini. J’abandonnai toute résistance et me retrouvai envahi par une étrange léthargie. Je ne pouvais plus résister alors que le colossal reptile finissait de m'avaler complètement. A l’intérieur l’obscurité la plus complète, dans des ténèbres où ni le temps et l’espace n’existaient. Je me sentais mis en bouillie par sa constriction, me sentait dissoudre et réduire en poussières d’atomes.
- Réveille-toi!
La voix me traversa comme un choc électrique.
- Réveille-toi! ordonna de nouveau la voix familière.
J’obéis et je me réveillai. J’étais subitement de nouveau suspendu dans l’eau, une eau sombre et froide. Le serpent m’avait apparemment régurgité. Je tentai instinctivement de retrouver la surface qui me semblait trop loin. Je commençais à être à bout de souffle, mes poumons étaient en feu. Je luttais contre la panique ainsi que le réflexe d’inspirer. Je perçai enfin la surface de l’eau et me retrouvai à l’air libre. Je venais de monter plus de 15 mètres. C’était sombre et je pouvais à peine distinguer de hautes et lisses parois rocheuses tout autour de moi. Quelque chose n’allait pas. Tout cela avait une sensation irréelle. Où était passé tout le monde ? Où était passé le soleil de l’après-midi ? Comment subitement pouvais-je passer de l'après-midi à la nuit le temps d'un simple plongeon? Je nageai sur place. C’était pourtant bien le puit du cenote de Chichen Itza. Je vis la lumière de torches qui se rapprochait venant par deux directions autour du puit. Ce n’est pas pour moi que l’on venait, mais pour un homme solitaire dans la nuit qui contemplait les eaux du puit depuis la plateforme cérémonielle. La lumière des torches me révéla qu’il s’agissait d’un homme simplement vêtu d’un pagne de coton. Il semblait à bout de souffle et absolument terrifié. Il regardait derrière et sur les côtés mais ne voyait aucune issue, il était entouré. Seul le cenote s’ouvrait devant lui. Il n’avait nul part d'autre où il pouvait aller. Ses poursuivants gardaient une certaine distance, bien armés de lances, masses et d'arcs bandés de flèches prêtes à être tirées. Ces hommes étaient des guerriers directement sortis des fresques de Chichen Itza. Un homme s’approcha doucement les mains ouvertes conciliant et souriant. Il portait robe blanche impeccable et des apparats brillants que je pouvais distinguer dans la distance. De longues plumes bleus vertes étaient piqué dans son couvre chef. Ils ne me voyaient pas, du moins pour eux je ne semblais pas exister. Je les entendais à peine, ils parlaient passionnément et ils avaient un intense argument dans un langage que je ne connaissais pas. L’homme à la robe parlait prétentieusement d’une voix ferme avec la gestuelle exagérée du discours de fanatique.
L’homme acculé au rebord du cenote refusait de l’écouter et répliqua par une phrase pleine de mépris :
- Itzamna hahil; Kukulkan tuus Quetzalcóatl!
Devant ses traqueurs il se redressa et la dignité avait remplacé sa frayeur. Il montra le plus grand des dégoûts et crachèrent dans leur direction.
Instantanément une flèche se décocha et le foudroya à la poitrine. L’homme noble leva la main indiquant silencieusement à ses hommes de retenir leur attaque.
L’homme était à genoux, il restait intraitable même dans la douleur alors qu’il serrait quelque chose contre son cœur. Il répéta en désespoir plusieurs fois le nom d’Itzamna. Il cria quelques obscènes profanations, une malédiction qui visiblement suscitèrent certaines appréhensions et craintes parmi les guerriers. Je vis ces hommes lourdement armés reculer et prendre leur distance.
Le noble maugréa quelque chose. Il hurla un ordre. Personne n’osait bouger. Il sorti un dague. Il saisit le bras d’un guerrier proche et lui ordonna sans équivoque de tirer. Sa lance transperça l’homme aux abord du puit part en part. Le guerrier avança et récupéra son arme d’un geste vif en l’arrachant de entrailles et du pied poussa le corps de l'homme dans le puit malgré les protestations du noble. L’homme exécuté brisa la surface de l’eau devant moi et coula à pic. Je plongeai à sa suite en tentant de le rattraper. Je voulais le ramener à la surface. Je réussis à le rejoindre dans sa descente. L’eau était alors étrange, maintenant à la fois claire et obscure. L’homme était encore vivant et m’aperçu, d’abord effrayé puis il se détendit en me dévisageant comme si il m’avais reconnu. Il montrait une grande quiétude; pensait-il que j’étais un ange de la mort ? Il avait fait sa paix. Je reconnu son médaillon de terre cuite; c’était celui d’Ishell! Il me regarda une dernière fois, je compris que je devais le laisser et moi remonter. Il avait fait son devoir et joué son rôle. Il me restait à accomplir le mien. Je me résolu à le laisser descendre dans l’obscurité insondable alors que je montai vers la lumière. J’émergeai enfin et je trouvai la clarté du jour et la foule des gens qui s’écriaient depuis les bords du cenote. J’étais de retour !
Les ambulanciers étaient sur place alors que l’on me hissait hors du puits. Avec cette mésaventure, j’étais devenu l’attraction numéro un de Chichen Itza. Je fus examiné. J’avais une légère commotion cérébrale ce qui expliqua que j’avais perdu connaissance dans l’eau. Ils nettoyèrent et pansèrent ma plaie dans le dos. Ils vérifièrent mes vaccinations. J'avais eu toutes mes injections l'année dernière incluant celui de la rage et du tétanos à la suite de l'attaque de cet ours sauvage.
Dès que les médics avaient terminé avec moi, des gestionnaires virent me voir. Ils désiraient avant tout de me voir signer une décharge légale où je n’imputait aucune responsabilité de ce qui était arrivé à au site archéologique de Chichen Itza et que je renonçais toute poursuites futures pour blessures, dommages, pertes ou vols. J’acquiesçai, je voulais vraiment éviter toute attention supplémentaire inutile sur moi. L’entretient avec la police et la sécurité fut bref. Ils ne me blâmaient de rien, au contraire j’étais la victime selon l’ensemble des témoins qu’ils avaient entendus. Ils voulaient que je fasse une courte déposition, relate les faits tels que je les connaissais et leur donne une description détaillée de cet homme qui avait tenté de me voler à la pointe de son arme. J’imaginai les gueules de Callas et de Morales lorsqu’ils seraient informés de cette nouvelle aventure. Les responsables du site m’offrirent généreusement ensuite de m’amener à l’hôpital ou de me reposer au Hacienda Chichen Resort, ce que je refusai. Tout ce que je voulais était de retourner à l’Allure. Ils retrouvèrent pour moi Ezequiel qui me ramena à l’autobus. Il était peiné et désolé de ce qu’il m’était arrivé. Du jamais vu!
Nous attendions le retour des autres. Il ne restait que 45 minutes en tout. J’hésitai, j’étais récalcitrant de lui parler de mon expérience mais je le fis quand même; j'avais tellement besoin d'en parler à quelqu'un et faire du sens de tout cela.
Je terrorisai complètement Ezequiel à la mention du serpent dans l’abîme et du reste de mon expérience. Par sa vive réaction, il m'était clair qu'il avait crû à des éléments de mon récit. Par après, il ne voulait nullement en discuter. Il insista sur le fait que le choc à ma tête m’avait fait voir des choses qui n'étaient pas là et que je devais me reposer. Il avait probablement raison. Pourtant n'avait-il pas parlé lui-même du grand mysticisme de Chichen Itza? N'avait-il pas raconté que l’écho des cris des guerriers s'entendait parfois au milieu de la nuit dans la cour de la balle?
Ezequiel cessa de me parler; il se tenait distant et évita de me regarder comme si j’étais devenu tabou pour lui. Son attitude bizarre me peina plus que tout le reste.
Nous ne rentrions pas immédiatement; notre excursion avait encore un goûter et la visite d'un autre cenote souterrain pour se rafraîchir. J'appréhendais ce délai comme un calvaire. J'avais déjà eu ma baignade de cenote et cette option ne m’intéressait pas du tout. D'ailleurs, je me sentais malade. Je me consolai en découvrant que Ik Kil avait des douches que j’utilisai pour me nettoyer et je profitai du soleil pour me sécher. J'allai ensuite au buffet déjà déserté par mon groupe. Je mangeai solitaire, distrait et complètement absorbé par mes pensées. La nourriture était excellente et me fît le plus grand bien.
Il me restait encore du temps à tuer.
En voyant tous ces gens descendre sous terre, ma curiosité prît le dessus et je m'engageai à mon tour dans l’abrupt escalier de pierre. La vue qui m'attendait en bas me stupéfia. À quelques trente mètres de profondeur je découvris une grande grotte circulaire de près de cent mètres de diamètre avec son toit voûté ouvert sur le ciel du Yucatán laissant entrer le soleil. Depuis là-haut un filet d'eau s'écoulait dans le bassin du cenote; la nuée montante de gouttelettes engendrée par cette chute diffractait les rayons de l'astre solaire dans un brillant petit arc-en-ciel suspendu, comme par magie, au milieu du cenote.
Une riche végétation drapait les pourtours du cenote, des racines telles de longues lianes s'abreuvaient depuis la surface dans les eaux du cenote. L'endroit était plein de gens venues profiter de cet endroit frais et rafraîchissant pour relaxer et nager dans les eaux bleues claires où j'apercevais les ombres mouvantes de nombreux poissons. Je reconnu des visiteurs de mon groupe. Les plus intrépides d'entre eux se lançaient depuis une plateforme surélevée et crevaient les eaux du cenote sous l'oeil attentif des surveillants.
Je commençais à regretter de ne pas m'être joint à eux. Je devais admettre que la beauté fantastique mirifique du cenote captivait tout mes sens faisant de Chichen Itza qu'un mauvais souvenir passé. Je commençais à dédramatiser mon expérience. L'important après tout est que j'étais toujours en vie et encore capable d'apprécier les beautés de ce monde comme ce cenote et comme mon Ishell qui me tardait de retrouver.
Je feignit de dormir tout au long du retour alors que je méditai sur mon expérience et sur ce que j'avais vu dans le cenote sacré de Chichen Itza. Je n'écartais pas qu'il pouvait s’agir d’un rêve éveillé ou d’un délire causé par ma commotion. Pourtant je me rappelais des moindres détails depuis la sensation de l'eau froide, la lumière du feu de leur torche et de leur voix. J’étais en particulier hanté par la vision de cet homme que j’avais vu assassiné et qui était mort devant moi. Rien de cela n'était explicable; je n'avais pu imaginer tout cela. À moins bien sûr que je perdais mon esprit et mon ancrage à la réalité. Je voulais tellement comprendre. Cette dernière pensée me rappela le conseil prodigué par Rachel suggérant que j'avais tendance à trop rationaliser et ignorer mes sentiments et instincts et cela s'appliquait judicieusement à la vision que je venais de vivre. J’avais le sentiment que quelque chose d'extraordinaire venait de se produire et je ne savais si c’était bien ou si c’était mal.
Je comprenais par contre que ce que j'avais vécu n'était pas une vision aléatoire; pour Ezequiel cela avait une signification ayant peut-être ses racines dans la superstition mais qui demeurait véritablement bouleversante pour lui autant, sinon plus, que pour moi qui l'avait vécu.
Une voix me revint à la mémoire :
" ... vous ferez face à des forces dont vous ignorez tout, et qui je vous promet, vous détruiront sûrement !". Telles avaient été les menaces proférées à mon égard par l'agresseur d'Ishell que j'avais stoppé net à Playa del Carmen. Lorsqu'il parlait de forces inconnues référait-il à ces phénomènes étranges auxquels j'étais confronté ?
Tout au long du retour, je repensai à ma vision qui m’avait semblé si réaliste, si réelle. Avais-je été témoin d’un évènement réel, était-ce ainsi que le médaillon s’était retrouvé dans le puit sacré ? J'avais touché cet homme dans la mort. Qui était-il? Un fidèle ou un prêtre d’Itzamna? L’autre homme en blanc devait être un prêtre de Kukulkan Quetzalcóatl, peut-être même un Toltèque d’après ce que j’avais vu. Il était très possible qu’il fût à la poursuite de cet homme pour le sacrifier ou l’exécuter comme profanateur. J’étais de plus en plus certain qu’il s’agissait de la bonne explication. Mon livre faisait référence à la coutume des Itzas de tuer leurs aînés qu’ils suspectaient de pratiquer la sorcellerie. Cela incluait vraisemblablement les shamans qui ne reconnaissaient pas en leur Quetzacoatl la divinité suprême.
Ishell: je n'en savais pas plus sur elle. Je ne comprenais pas comment elle avait su que le médaillon était originellement dans le puit de Chichen Itza. Pour le reste, il n’était pas difficile de deviner que cet objet ait pu se retrouver dans la collection de Thompson, ce dernier ayant essentiellement excavés tout ce qui avait de la valeur à Chichen Itza. J’avais remarqué aussi l’écriteau au puit sacré et de l'entrée qui indiquait également que les artefacts étaient en la possession de l’Université d’Harvard.
Ce qui m’amenait à d’autres questions: Pourquoi cet objet avait été ainsi caché? Était-ce pour l'empêcher de tomber entre de mauvaises mains ou pour qu'il soit à jamais oublié? En quoi était-il aussi important?
Cette expérience avait aussi éveillé en moi un sens d'urgence, une impression que le temps pressait.
"aulasaraijomavunga aKKunaKsoaKarniarpoK; je suis pressé; une grosse tempête s’en vient!" m'avait dit le Shaman inuit. C'était peut-être absurde, mais j'étais convaincu qu'il avait parlé de ce qui ce passait ici!
Peut-être que Saul amènera des réponses à cette question. J'avais tant hâte de le revoir, de tout lui raconter.
Malgré tout cela, restait en moi cette question anodine que je voulais ignorer, que je refoulais et qui revint également à mes pensées: Est-ce qu'une femme comme Ishell pouvait vraiment s'intéresser à un gars comme moi? Cet homme, ce Vigil, que j’avais entrevu à Playa del Carmen et à Cobá me semblait tellement parfait; le genre qu'aucune femme ne pouvait résister. Quelle était sa relation avec Ishell? Formaient-ils un couple ?
J’étais enfin de retour dans ma chambre d’hôtel. Personne ne m’avait laissé de message. J’enlevai mes vêtements desquels émanait une odeur de moisi. Je les mis de côté pour les laisser au service de buanderie. Je pris une bonne douche et attendis impatiemment. Le temps me semblait incroyablement lent. J'ouvris la télévision que j'abandonnai sur le canal de dessinsanimés de "Toon Network" où Duck Rodgers succédait à Scooby Doo. On frappa enfin à ma porte et je m'empressai d'ouvrir. J’éprouvai une profonde déception qui devait facilement se lire sur mon visage. Il ne s’agissait pas de Saul mais de Lilith Morris. Elle m’invitait à prendre un verre avec elle. Je m’excusai en lui disant simplement que je ne pouvais pas car j’avais déjà pris des engagements pour le reste de la soirée et que j’attendais quelqu’un de tout façon. Je vis que je l’avais froissée. De toute évidence Madame Morris n’était pas quelqu’un habitué à essuyer des refus. Elle s’imposait toujours dans le pas de ma porte. Elle proposa même de se joindre à mon ami et à moi ce que je déclinai poliment. Je lui promis, pour m’en débarrasser, qu’on se reprendrait demain.
Je n’étais pas confortable dans les quatre murs de ma chambre, je sortis sur mon balcon au plein air. Je m'écrasai dans le hamac et j'attendis. Il se faisait tard; je pouvais apercevoirl’Hacienda tranquille et le personnel qui commençait à quitter pour la nuit. J'étais angoissé. Était-il arrivé quelque chose à Saul?