Partager l'article ! Partie 9.3: Je me réveillai en sursaut. Je m'étais assoupi. Je regardai ma montre. Elle indiquait cinq heures quarante. Saul dormais pai ...
Je me réveillai en sursaut. Je m'étais assoupi. Je regardai ma montre. Elle indiquait cinq heures quarante. Saul dormais paisiblement étendu sur mes genoux. Je commençai à bouger doucement mes membres ankylosés pour les réveiller.
Je secouai le jeune maya :
- Je crois que nous devrions tenter sortir et s'assurer que nous sommes sauf.
Saul approuva dans un grand bâillement. Je percevais qu'il s'étirait tout près de moi.
J'appréhendais de retourner dans l'eau froide, surtout que j'étais enfin complètement séché et que le contact avec le corps de Saul m’avait gardé au chaud.
- Je vais aller voir si tout est correct et revenir!, annonça Saul.
Son idée ne me plaisait pas. Je lui répliquai fermement :
- Ensemble, tous les deux ou pas du tout !
- D’accord ! répondit Saul quelque peu amusé. Il devait se rappeler d'avoir utilisé les mêmes mots lorsqu'il avait refusé que l'on sépare dans le temple.
Nous regagnâmes le petit tunnel à contre-courant pour nous retrouver à ciel découvert dans le cenote. Nous écoutions attentivement : pas un seul bruit, pas la seule évidence d'une occupation quelconque. Nous restâmes ainsi jusqu'à ce que le firmament noir prenne une teinte bleue foncée qui s'éclaircissait doucement minute par minute.
Les oiseaux chantaient, la jungle s'éveillait doucement avec l'aurore qui s'annonçait. C'était le signal que Saul semblait attendre. La nature en haut était en paix et nul intrus ne semblait la perturber.
J'aidai Saul à commencer son ascension. Il sortit prudemment la tête du puits et regarda tout autour et me signala que tout lui semblait correct. Je commençai mon escalade. Les surfaces calcaires étaient glissantes lorsqu’elles étaient mouillées mais les irrégularités de la façade offraient de nombreuses prises pour les mains et de support pour les pieds rendant la montée facile.
Il n’y avait évidence de personne, aucun corps; c’était tout comme si rien ne s’était passé. Je fus inquiet pour le Vigil. Je me rassurai en raisonnant qu'un guerrier aussi accomplis avait sûrement lui aussi échappé aux griffes de l'ennemi. Nous regagnâmes le temple. Tout y avait été profané. Je vis Saul aux larmes devant son couvre-chef de guépard qui avait été saccagé et réduit en pièce. Par contre, le jeune Maya retrouva son bâton cérémoniel intact ce qui le consola quelque peu. Nous ramassâmes tout ce qui traînait et regagnâmes le stationnement dans le clair-obscur.
C’était désespérant et attristant de voir la jeep vandalisée, ses pneus éventrés et son contenu répandu partout par terre. Saul était là, il avait les bras baissé et la gorge nouée. Je le sentais dévasté. Je devinais que cette Jeep et ces objets mayas devaient être en grande part ce qu’il possédait de plus précieux.
Je m’approchai de lui et mis mes mains sur ses épaules et tentai de le réconforter.
- Ce ne sont que des choses et les choses se remplacent!
Je sais que c’était une réplique stéréotypée, mais c’étaient les seules paroles auxquelles je pouvais penser.
Il étouffa un sanglot :
- C’est tout ce qui me restait de lui; mon seul héritage de lui!
- Dans ce cas, il faut tout réparer. Fais remorquer ta jeep à un garage, fait-la remettre complètement à neuf. Ne te préoccupe pas des dépenses, je les assumerai.
- Bien non, tu ne peux pas faire cela ! refusa Saul abasourdi.
- Mais oui je peux ! rétorquai-je gravement. Je suis responsable de tout ce qui est arrivé. Je comprendrais aussi que tu veuille abandonner!
Saul assura:
- Absolument pas. Je n’ai pas peur. Je pense que c’est mon devoir, je dois l’assumer. C’est quelque chose que Papah à chercher me dire lorsque je l’ai vu pour une dernière fois.
Il pausa un moment pour éclaircir sa gorge avant d’ajouter :
- Enfin, je veux aussi savoir où tout cela va nous amener.
- Nous ? Tu nous considères maintenant enfin associés ?
- C’est bien ce que je viens de dire.
Je lui serrai la main.
Je pensais qu’une bonne chose est donc venue de tout ce gâchis et quelque chose en moi disais que j’avais raison.
- Parfait dans ce cas laisse-moi m’occuper de ton véhicule. Nous retournerons à l’Allure et de là . . .
- Oh non ! Le jeune Maya blêmit presque. Quelque chose de nouveau le troublait.
- Quoi ? lui demandais-je préoccupé.
- L’ALLURE! Je travaille ce matin; je ne peux pas me présenter comme cela.
En effet, tout ce qu'il portait n'était qu'un pagne de coton.
J’étais amusé devant le comique de la situation. Après cette nuit, c'était maintenant tout ce qui le préoccupait; je ne le savais pas aussi fier. Je le rassurai:
- Mais non ce n’est rien ! Nous allons rentrer discrètement, tu prendra une douche et te changeras dans ma chambre.
- Discrètement ? répliqua Saul tout en s'exhibant.
Je devais admettre qu'il avait un point.
Je parcouru tout ce qui restait, il n'y avait rien pour aider notre situation.
J'enlevai mes sandales, retirai ma camisole que je tendis à Saul.
- Que fais-tu ? demanda Saul exaspéré et gêné.
- Tu as raison ! Tu ne peux te promener ainsi. Je t’habille ! En tant que touriste personne ne jettera un second coup d'oeil sur moi !
Je lui donnai mon short kaki.
Tout était ample sur Saul mais je devais admettre que cela lui allait quand même. Pour moi c'était tout comme si j'étais en costume de bain; du moins c'est je que j'essayais de me faire croire alors que je savais trop bien qu'un slip reste un slip.
Nous empruntâmes un taxi qui passait et à la suggestion de Saul avons fait une entrée discrète au complexe hôtelier en empruntant la plage. L'horizon est était illuminé, attendant que le soleil fasse son apparition. Fort heureusement, l’Allure était encore endormie et ma chambre était toute proche. Nous empressâmes de pénétrer à l'intérieur. J'invitai Rafale à prendre sa douche et d’utiliser sans gêne tout ce dont il avait besoin. Je le laissai à la salle de bain et en profitai pour commander un déjeuner copieux pour deux. Je ne savais pas pour Saul, mais moi j'avais très faim!
Je lui sélectionnai quelques vêtements propres dans mes affaires, des choses qui étaient trop juste pour moi de toute façon.
Saul m'avais confié le compas maya de Chibirias. C'était bon de retrouver l'artefact ancien de nouveau entre mes mains. J'admirais l'item qui demeurait plus mystérieux que jamais. Ce disque devais me guider vers une mystérieuse citée perdue, mais comment ? C'est vrai qu'il s'agissait d'un compas, mais un compas sans carte n'était pas très utile, à moins que la carte soit sur le disque. J'étais certain que la clé de l'énigme était dans ces écritures mayas. J'avais la malheureuse impression que Saul ne me disait pas tout ce qu'il savait et qu'il retenait des informations. Je lui faisais tout de même confiance; il me révèlera ses secrets en temps voulu.
J'eu l'idée d'improviser un compas fonctionnel en utilisant le petit pot de verre d'une des pommades de Dominique que je remplis d'eau. Le disque flotta, se réorienta et se stabilisa comme je l'avais vu faire auparavant. Sauf que je remarquai cette fois quelque chose de particulier, un détail qui m’avait échappé jusque là. Je sortis sur mon balcon pour vérifier.
L'astre du jour commençait à se pointer au-delà de l'horizon sur ma droite. Aucune des grandes flèches du disque flottant ne pointait vers lui. En fait, aucune des branches de ce compas ne pointait vers l'est. Un des symboles correspondant aux baccabs pointait exactement à une péninsule à quelque distance au sud de l'hôtel et je savais ce qui s’y trouvait.
Saul sortait de la salle de bain avec une serviette à la taille. Je remarquai pour la première fois la croix tatouée sur son bras gauche au niveau de la manche; une croix qui n'était ni chrétienne ou celtique, une croix Maya dans un style différent de celui du compas.
Je lui demandai :
- Tu fais ta visite guidée de Tulum ce matin ?
- Oui, à dix heures trente comme d'habitude. Pourquoi ?
Je lui montrai le soleil levé, le compas. Je lui montrai le bacab et pointai dans sa direction, tout droit sur les ruines de Tulum. Il compris immédiatement.
Les yeux de Saul s'écarquillèrent, incrédule. Il ne pouvait le cacher, cette révélation était pour lui fondamentale.
Le déjeuner arriva. Tout en brisant la croûte, Saul raconta avec enthousiasme que Tulum est un des sites les plus sacrée pour les mayas.
Les vraies origines, la nature et l'antiquité de Tulum demeurent enveloppées dans le mystère. La fondation originale de Tulum remontait à au moins trois cent ans avant Jésus Christ. Les mayas croyaient que Tulum a été relié à Cobá, Uxmal, Chichen Itza et avec d’autres cités Mayas par une route céleste appelée « san cuxan » c'est-à-dire « corde vivante ».
Aujourd'hui, en raison de la nature sacrée de l'emplacement au Mayas, il n'y a aucune nouvelle excavation permise sur le site bien qu'une découverte accidentelle y ait été faite il y avait quelques mois, l'été dernier.
Saul me confia que Papah y avait dédié toute sa vie. Comme d'autres Mayas qui sont de plus en plus rare il s'y adonnait à différentes cérémonies et prières. Je compris que Tulum était comme les autres sites Mayas que j'avais visités; il ne s'agissait pas d'une ville d'habitants mais d'un grand complexe religieux.
D'après ce que Saul racontait, Tulum semblait avoir été établie pour honorer le grand Dieu descendant et pour servir de centre de formation d'instruction à la croyance et au culte de ce Dieu. Il y avait des évidences pour suggérer que le Dieu descendant puisse être associé à, ou soit le Dieu Itzamna lui-même.
Par exemple, Saul cita un l'historien du XVIIème siècle nommé Lizana qui avait écrit : « le roi ou le faux Dieu Itzamna, a été représenté par les Indiens sous forme de main et ils disent que les malades et les morts lui ont été apportés et que Dieu les a guéris en les touchant avec sa main. ».
Saul avait eu la chance d’avoir vu par lui-même des fresques associées au culte divin dans le temple des inscriptions. Il lui était clair que si Dieu descendant est Itzamna, le complexe de temple a été employé pour instruire que ce dieu était le dieu de tous les dieux et de l'être suprême de la création.
Tulum est toujours resté au coeur du monde maya selon Saul. Tulum avait été le dernier avant-poste Maya du Yucatan. Les Mayas l'avaient cédé à contrecœur au gouvernement mexicain en 1935. La ville avait été aussi occupé par les dirigeants du rébellion maya de la guerre des Castes et du culte de la "Croix parlante" vers la fin du dix-neuvième et le début du vingtième siècle. Je me rappelais que Saul avait brièvement mentionné cette guerre lors de notre voyage à Cobá.
Il était encore trop tôt pour aller aux ruines de Tulum. Saul s'habilla et me laissa car il devait se rapporter à l'hôtel et commencer à réunir les gens intéressé à visiter les ruines. Je devais donc patienter. Nous avions convenus de nous retrouver à ma chambre ce soir, lorsque Saul aurait terminé son travail d'animateur.
