Partager l'article ! Partie 10.2: J'étais heureux de retrouver ma chambre et malgré l’appel de son lit douillet, je décidai plutôt d'aller ...
J'étais heureux de retrouver ma chambre et malgré l’appel de son lit douillet, je décidai plutôt d'aller au gymnase avant de dîner ce qui me fit le plus grand bien. Tout en mangeant, je repensai aux évènements des derniers jours.
Je n'avais pas eu de retour d'appel de mon inspecteur. Il y avait tout de même une chose que je pouvais faire : de ma chambre j'effectuai un appel à Playa del Carmen. Je ne fus nullement surpris d'apprendre que Dago ne s'était pas présenté au Sweetwater depuis les deux derniers jours. Enrique, le propriétaire, était absolument furieux. Je sympathisais; moi aussi je n'étais pas très content à l'égard de son barman. J'appris en même temps que la police était passée et qu'elle recherchait également Dago. Savoir que l'inspecteur Callas avait réagit à la suite de mon appel me rassura quelque peu. Il n'avait pas encore retrouvé le jeune barman c'est pourquoi il ne m'avait pas encore recontacté.
Je soupirai :
- Dago, dans quel pétrin t'es tu fourré ?
Je devais l'admettre, je m'inquiétai pour ce jeune rogue; je ne croyais toujours pas qu'il était originellement mêlé à toute cette histoire et qu'il s'était malencontreusement associé à des gens dangereux qu’à la suite des circonstances de notre première rencontre.
Je changeai la carte mémoire de ma caméra digitale qui était pleine et rangeai le tout. Je décidai de ressortir dehors.
Je me rendis dans l'océan et me laissai entraîner par les vagues. J'étais distrait. Je songeai Angela que n'avais pas revue depuis le mariage et qui, je le craignais, était partie sans que je lui dise au revoir. J'eu une pensée pour mes amis Français et un sourire à l'idée des histoires que pourrais leur raconter. C'était curieux, malgré la résolution imminente du mystère de l'artefact de Chibirias, j'avais quand même le coeur lourd.
Chibirias, ma Ishell, je craignais constamment pour son sort.
Je retournai sur la plage et trouvai une chaise longue inoccupée où je m'étendis en gardant une main dans le sable blanc et mes yeux sur la mer bleue éclaircie par endroit par des coraux distants brisant parfois les eaux. J’étais épuisé après tout ce que j'avais subit la nuit dernière. Je m'endormis presque jusqu'à ce que un grand frisson me parcouru. J'ouvrai les yeux. Le paysage avait subitement changé : ma main se trouvait dans de la neige blanche et devant moi se trouvait une autre mer bleue limpide éclaircie par endroit par des glaces brisant les eaux.
- naluayonerpâingminik pionerksaq, pidguyoqnerksaq, erksituittoqnerksaq katshunggaitoqnerksaq; igvit pitsiapoq (toi-même prouver être meilleur, plus fort, plus brave, plus courageux; tu fait le bien).
Je me tournai et aperçu le Shaman inuit. Il me regardait d'un air bienveillant et fier. Ses yeux sans âges pétillaient. Il était entouré de chiens à traîneau magnifiques. Il flattait affectueusement la crinière d'un splendide samoyède.
Que faisait-il ici ? Comme pour me répondre il me dit :
- IllaginiarKingâ? (Vas-tu m’amener avec toi ?)
Je me rappelais vivement de cette scène; je lui avais alors promis :
- ahaîla! (Oui, certainement !)
Il avait également dit alors une autre chose bizarre :
- mânêgannerniarpunga, tâmanngát; aulaKattigêniarpagit!
(Je reste ici pour toujours; je vais aller avec toi !)
Il était mort dans le grand Nord et je le sentais ici avec moi. Est-ce que c'était ce qu'il avait voulu me dire ?
Le visage du vieil homme s'illumina de son sourire édenté comme pour confirmer ma pensée.
Je lui demandai :
-Es-tu réel ou le fruit de mon imagination ?
La question le fit rire. Il prit mes mains. Son contact me sembla bien réelle.
J'aurais dû être complètement congelé mais je ne ressentais par le froid.
- Qui es-tu vraiment? lui demandais-je.
Il me répondit:
- Je suis Kaxtik Ek', le chercheur d'étoiles. Il y a de cela longtemps j'ai fui la maison de mon père et grand-père lorsqu'elle fut envahie par les Nahuas. Je les ai vu subjuguer mon peuple, piller nos biens, nos terres et nos traditions. Ils ont massacrés nos guerriers et sacrifiés les derniers qui pouvaient se tenir debout à leur dieux sanglants. Ils ont chassés nos dieux et tué sans pitié tout ceux qui osaient comme mon frère encore implorer leur noms.
Ses yeux étaient embuées et je le sentait profondément triste. Dans un éclair de compréhension je fis la connexion et compris enfin qui il était: le jeune garçon qui avait été témoin du massacre de Dzacab au puits sacré! Mais cela ne faisait aucun sens: les évènements dont j'avais été témoin, si ils avaient été réels, dataient de plus d'un millénaire!
Un autre chose me laissa tout autant perplexe. Avais-je bien entendu ? Le Shaman, ne venait-il pas tout juste de me parler en français ?
- Ne soit pas si surpris, c'est ton langage maternel et je suis en toi tout comme tu fais parti de moi. Je sais tout de toi et toi avec le temps tu appendras tout de moi !
La scène tout autour de nous changea.
Descieux froids et noirs étaient alors embrasés par des aurores boréales dont les lumières fantomatiques miroitaient sur les collines enneigées et la grande étendue glacée devant nous. Les bandes incandescentes et colorées qui surgissaient du Nord se tordaient et dilataient au dessus de nos têtes s'étendant au-delà de l'horizon de l'ouest. Je reconnu les versants à pic et l'étendue gelée parfaitement circulaire: nous avions été transportés à Pingualuit.
- La brillance chatoyante de Gulla! Regarde, c'est comme si les treize cieux s'ouvraient à nous! clama le vieil homme émerveillé.
Le vieil homme continua son histoire:
Je suis parti dans la direction du Xam-aan, à la recherche de la lointaine patrie d'origine rejoindre les âmes des ancêtres. Je suis venu quêter l'aide des anciens dieux qui ont abandonné mon peuple. Le voyage jusqu'ici fut long et périlleux. Il m'a coûté toute ma jeunesse. J'ai traversé les territoires des Nahuas, parcouru déserts, marécages et contrées inconnues. J'ai confronté les ténébreux et j'ai combattu le grand Serpent du déluge et des orages dont les craintes me confirmèrent que j'étais sur le bon chemin.
J'ai rencontré bien des peuples que j'entendais bien mais que je ne comprenais pas. Je leur expliquais à chaque fois que je venais de loin au Sud, Nobol, d'au-delà des boisés et des déserts bien loin des territoires des tribus qu'ils connaissaient.
Malgré toutes nos différences, j'ai découvert que nous avions toujours beaucoup en commun et à partager. Ils m'enseignèrent les ressources de la nature locale et la collecte des racines précieuses qui leur servait de la médecine. Moi qui était initialement l'étranger, le sorcier, il m'appelaient après un temps, leur frère. Pour les remercier, je leur donnais mon don le plus précieux en mémoire de mon peuple, l'héritage de Yum Kaax car ils ne connaissaient pas le maïs.
Les lumières nordiques se résorbaient et se faisaient plus discrètes; leur feux maintenant uniquement vert émeraude cédaient leur place aux étoiles qu'elles avaient drapées.
Le regard fixé sur le firmament, le vieillard commenta:
-J'aime bien le gens de ce peuple vivant sur les glaces commenta le vieux Shaman. Pour eux les étoiles ne brille pas dans le ciel seulement pour éclairer ou le guide du voyageur errant. Les étoiles sont des êtres vivants, qui errent dans le ciel dans leur trajectoire orchestrée par le grand Créateur. Parfois, dans les nuits les plus sombres, les Winik ti'Yeeb, (gens sur la glace) prétendent que leurs ancêtres morts sortent pour danser et que les étoiles sont des lumières autour de la piste de danse.
Il pointa la constellation du Taureau:
-Pour eux, il s'agit de Nanuk, l'ourse, attaqué par une meute de chiens de chasse acharnée.
J'avais déjà entendu cette légende. L'amas des étoiles Pléiades personnifiait la meute de chiens esquimaux.
-Pour moi, je ne vois pas de de chiens mais bien Tzab-Ek, la queue du serpent; en fait tout ceci est le reste du serpent interpréta le Shaman en me montrant les cieux étoilés. Tu vois?
Je lui confirmai que oui. La gueule du serpent était dans le Sagittaire, son centre dans Orion et sa queue entre les Gémeaux et le Taureau. il s'agissait du tracé de la Voie Lactée, l'Arbre de Vie céleste.
Il indiqua ensuite la Grande Ourse.
Ici, ils voient un caribou géant et près du caribou des Winik ti'Yeeb, ils considèrent ces trois étoiles comme des marches taillées dans la neige; ils appellent cela l'escalier de la Terre vers le ciel. Pour mon peuple, ces étoiles sont tout aussi importantes. nous les nommons Ak'Ek, le dos de la Tortue de la création. Et tout près de ces étoiles se trouve l'urne renversée (petite ourse) de laquelle s'écoule l'eau vierge.
Pourquoi m'avait-il amené ici?
Je n'eut rien à dire, le vieillard avait deviné ma pensée. Il m'expliqua:
Je suis ici à la fin de mon voyage: c’est ici que se trouvait les signes que je recherchais depuis longtemps.. Ce lac profond a été creusé par une étoile et ses eaux qui proviennent du ciel sont vierges. Nous somme tout près du pivot céleste de Xam-aan Ek et je sais que d'ici, le dieu roi suprême du Ciel doit m'entendre.
Il dit ensuite à voix basse avec le sourire nostalgique:
- En fait, c'est cette nuit qu'il m'avait entendu et qu'il était descendu. C'était la fin de mon histoire et le début d'une plus grande encore.
Je le fixai sans comprendre alors que le Shaman fixait le ciel. Je regardai dans la même direction et aperçu une étoile brillante venir au zénith. L'astre accroissait en intensité, il était resplendissant et devenait éblouissant. Il semblait venir vers nous. Il éclairait le paysage tout autour comme le soleil. Tout devint qu'une lueur aveuglante, une lumière chaude qui consumait tout. C'était électrisant, je sentait une énergie fourmiller sur ma peau. Je sentais qu'il y avait une intelligence ou conscience étrangère qui imprégnait cette étoile. Je vis le Shaman sembler être absorbé et disparaître dans la lumière. J'avais soudainement peur; Je ne voulais pas suivre. Je cachai mes les yeux devant la radiance.
Je me réveillai en sursaut, grelottant avec la chair de poule malgré la plage échauffée par le soleil mexicain de l'après-midi.
Je serais rentré directement à ma chambre si je n'avais été aussi bouleversé. J’étais effrayé à l'idée de dormir et de me perdre encore dans mes rêves et délires. Cette vision m’avait dérangé. Je devais être en train de sombrer dans la folie. Que devais-je penser du shaman : qu’est ce que cela voulais dire qu’il était avec moi ? J'imaginai que peut-être j'étais encore en train d’agoniser dans cette tente aux Monts Torngat et que tout ceci était le rêve. Toutes ces histoires, le monde de Naum, un compas magnétique qui n’en est pas un, une ville Maya perdue, le nouveau soleil, la fin du monde, c’était trop. Je n’étais qu’un gars ordinaire et tout ceci était trop extraordinaire. Ma santé mentale et ma perception de la réalité semblait de plus en plus ébranlée, j’étais en train de me perdre et m’oublier dans tout cela.
Je songeai au Spa, un bain tourbillon, peut-être un massage me relaxerait sûrement. Je pris le chemin en regardant dehors avec un regard neuf. La végétation, les fleurs, les oiseaux tropicaux, les iguanes ci-là, la chaude caresse du soleil, le vent salé de l’océan. Si tout ceci était un rêve, j’avais une sacrée imagination. Si c’était cela vivre, je n’avais jamais vraiment vécu auparavant.
Depuis le vestiaire je trouvai le sauna sec. L'endroit était complètement désert ce qui était compréhensible en ce début d'après-midi magnifique dehors. Cela faisait en quelque sorte bien mon affaire. J'avais encore froid et j'étais incapable de me réchauffer. J'étais complètement seul et m'étendit sur le banc de bois le plus élevé et fermai les yeux relaxé. Je me reposais enfin. La porte du sauna s'ouvrit brièvement. J'étais trop paresseux pour ouvrir un oeil et regarder la personne qui venait d'entrer.
Je sentis un doigt effronté passer entre pectoraux, descendre et glisser le long de mes abdominaux. Je saisis la main avant qu’elle ne descende plus bas; il s’agissait de la main d’une femme.
Je me redressai.
- Lilith ! Tu ne peux être ici ! C’est le vestiaire des hommes !
Elle me mit son index sur la bouche pour me faire taire et laissa tomber sa serviette et m’embrassa.
La porte du sauna s’ouvrit de nouveau. Je fus tout d’abord hébété. Nous étions prit en flagrant délit ! Je me retournai vers le nouvel arrivant.
Je fus choqué de reconnaître cet homme que j’aurais souhaité ne jamais revoir de ma vie. Il était celui que j’avais capturé à Playa del Carmen et que j’avais remis à la police à la suite de l’attaque contre Chibirias. Il avait été expulsé du Mexique d’après les dires de Callas et il était ici ? Je pensai à Lilith, elle était en danger ! Je senti trop tard la serviette tordue se resserrer autour de ma gorge. Lilith était celle qui m’étranglait. L’homme me retenait le bras, sa main m’empêchait de hurler pour de l’aide. Je ne pouvais résister. La serviette se nouait de plus en plus serrée, je sentais que ma tête était pour exploser, ma vision devenait de plus en plus trouble et limitée. Je ne voyais plus que ce grand air de satisfaction chez l’homme. J’entendais un bourdonnement dans mes oreilles, les sons devinrent distordus pour devenir des échos de plus en plus lointains jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien.
Il me sembla émerger d’un long tunnel sombre lorsque je repris conscience à la senteur fétide de la sueur dégouttant des aisselles rasées et des seins de Lilith. L’homme me tenait debout derrière moi en me tenant solidement et me tordant les bras. J’étais encore complètement désorienté. Je me sentais faible, drogué; je n’avais pas de force je ne pouvais résister. Chacun des muscles me semblaient lourds, épuisés. Mon propre corps me trahissait, il refusait de répondre à ma volonté et restait inerte malgré mes efforts.
Les lèvres de Lilith se déformèrent dans ce qui devait être un sourire de satisfaction. J’avais un mal de tête comme si mon crâne avait été ouvert. La chaleur du sauna m'accablait.
Je pouvais difficilement garder conscience. Je fermai les yeux.
Sa main me gifla immédiatement avec force, projetant ma tête à l’arrière et sur le côté. J’ouvris mes yeux et je vis de nouveau son sourire sadique.
- Il est impoli de s’endormir au milieu d’une conversation ! Tu dois rester réveiller pour nous parler.
Je fermai de nouveau mes yeux en essayant d’éclaircir mes esprits et sa main me frappa de nouveau lourdement au visage.
- Alors mon beau tu vas rester éveillé ou tu vas gâcher tout mon plaisir !
Je fixai mon regard sur elle. Ce n’était donc pas un rêve. Son attaque traîtresse m’avait pris par surprise. Je ne pouvais toujours pas bouger. Je vis une seringue vide reposant sur le banc en arrière d’elle. Elle m’avait effectivement injecté quelque chose.
Je me sentis de nouveau défaillir, j’avais de la difficulté à garder mes yeux ouverts.
Elle leva de nouveau sa main et recommença de nouveau me rosser répétitivement le visage.
Elle me fendit la lèvre. Elle goûta à mon sang et me le recracha au visage.
Elle me caressa ensuite tout le corps de façon presque sensuelle.
- Mmmmm! Tu es bon au toucher. Tant de beaux muscles puissants. Je pense avec plaisir à toutes les choses douloureuses que je compte faire subir à ce corps sexy.
Elle ria de façon sadique :
- Je vais adorer te faire souffrir !
Elle força sa lèvre sur les miennes. Alors qu’elle m’embrassait elle me m’administra un coup de genoux vicieux directement dans mes parties génitales. J’en eu le souffle coupé. La douleur fut intense et atroce; j’aurais agonisé écrasé sur le plancher si cet homme ne m’avait pas retenu solidement.
- Ceci est pour m’avoir rejeté ! Ne suis-je pas la femme parfaite ? Comment as-tu pu refuser ce corps ?
Elle exposa tous ses charmes comme une prostituée essayant d’allécher un client depuis son coin de trottoir.
- Ce n’est pas tant le corps mais l’esprit qui me révulse !
Je fus surpris d’avoir eu la force d’avoir fait ce commentaire de façon aussi spontanée.
Lilith frappa de nouveau sans relâche.
Je gémissais de douleur.
- Bien ! Maintenant tu chantes ma chanson. Tu peux crier et pleurer autant que tu veux mais mon frère s’est assuré que nul ne nous dérangerait pendant notre entretient.
- Tu sais ce que je pense ? ragea Lilith, je pense que tu aimes plutôt les jeunes hommes. Les beaux jeunes hommes comme notre guide Maya. Quel est son nom déjà ? Saul !
Elle observait ma réaction de près. Je ne trahis aucune émotion.
- Tu sais mon frère ici, lui au moins est un vrai homme !
L’homme parla pour la première fois avec une arrogance tortionnaire :
- Tu sais que j’ai passé des heures et des heures à baiser cette putain que nous avons ramassée à Playa del Carmen. Au début elle ne voulait pas mais maintenant elle est insatiable et en veux toujours plus de moi !
Sur ce il poussa son pelvis contre mon postérieur de façon répété.
Ceci me fit sortir de mes gonds. Je résistai contre son emprise. Je réalisais que l'effet de la drogue qu’ils m’avaient injecté s'effaçait doucement. Je me suis dis que si seulement je pouvais gagner du temps, j’aurais peut-être une chance.
- Bon ! Nous avons enfin une réaction !
Lilith était ravie. Elle força mon visage entre ses mains :
- La situation est très simple : tu nous remets ce que cette femme t’a donné. Tu nous dit tout ce qu’elle t’a dis et ce que tu sais sur sa mission et tu survis ainsi que cette femme. Tu as ma promesse !
Je réalisai qu’ils ne savaient donc rien ! Cela me redonna des forces. Qui étaient donc ces gens ?
Je détournai mon regard sans souffler un mot.
Lilith me força à la regarder dans ses yeux vicieux.
– Écoutes-moi, elle n’en vaut pas la peine. Elle t’utilise. Tu es humain comme moi. Cette chose n’a rien d’humain sauf l’apparence !
Je rétorquai :
- Elle est plus humaine que toi. Cela j’en suis certain !
Dégouttée, Lilith lâcha ma tête en la rejetant cruellement en arrière.
- Imbécile ! commenta-t-elle avec dédain.
Elle ajouta de façon enjouée.
- C’est mieux ainsi; cela aurait été trop facile. Tu penses que tu es brave ? Voyons comment de supplices que tu peux prendre avant que je te brise.
Elle révéla différent instrument de torture, des aiguilles, des couteaux et lames de toutes sortes, des fils métalliques, un pistolet électrique et d’autres objets aussi obscènes que menaçants dont je ne pouvais imaginer l’utilisation.
Elle dit en prenant un couteau :
- Tu sais ce que j’aimerais faire ? Te peler la peau pendant tu es vivant ! Révéler tout ces muscles; toute cette viande parfaite. Tu dois être délicieux !
La lame affilée parcourue mon cou et descendis sur mon torse en ne brisant que la surface de la peau et laissant un tracé sanglant.
-Je commencerais par cette partie ! ajouta-t-elle malicieusement en menaçant de m’émasculer avec son couteau.
Elle se lécha les lèvres.
Je m’efforçai de ne pas montrer aucune peur mais une partie de moi ne doutait pas qu’elle le désirait véritablement.
Elle blasphéma frustrée :
- Merde ! Avec toute la dose que nous t'avons donné tu aurais dû spontanément tout nous confesser et nous implorer à genoux. Tu devrais être incapable de résister.
Elle fit une moue avant de continuer.
- Peut-être as tu simplement besoin d'un peu plus de persuasion. . .
Elle me commença à me donner des coups l’abdomen, ses poings fermés me frappant avec force de façon méthodique tout en m’étudiant.
Elle martela mon torse avec l’expertise et le contrôle d’un boxer. Ses genoux commencèrent à frapper violemment de façon sporadique mes cuisses et mes testicules.
Je ne pouvais lui offrir aucune résistance.
Elle me frappa subitement dans l’estomac avec toutes ses forces. J’en perdis mon souffle. Mon corps entier se convulsa pendant que je cherchais à y inspirer de l’air. Elle continua encore et encore. Elle recula m'accordant un instant de répit et recommença son attaque avec rage. Il m'était évident qu'elle avait beaucoup d’expérience et qu'elle dérivait un grand plaisir de ce qu'elle faisait. Elle savait comment assaillir jusqu’à mes organes internes avec ses coups bien précis causant le maximum de douleur. Sa force aussi était incroyable.
Elle avait été entraînée à torturer. Qui était cette Lilith ? Pour qui travaillait-elle ?
Elle continua à me tabasser avec une pluie de coup. Elle me battait au point que j’avais le goût de vomir sur le plancher, au point que je me sentais m’écrouler morceau par morceau. Je ne pouvais plus penser à rien, il n'y avait que douleur et souffrance qui surchargeaient mon cerveau. Elle continua ainsi à me battre jusqu’à ce que le monde tout autour de moi se réduise à une spirale obscure. Dans cette obscurité j’entendis son rire moqueur.
Elle ne me laissa pas m'évanouir.
Je vis son contentement pendant qu'elle me crachait de nouveau avec mépris à mon visage.
- Prêt à parler ou en veux-tu encore plus ?
Je ne dis rien. Non pas que j’étais stoïque mais plutôt faible et sans force.
Elle recommença encore plus déterminée. Elle relâcha une rafale de coups à mon aine et abdomen. Je savais que je ne résisterais pas encore longtemps à son mauvais traitement. J’étais à peine conscient. Perdre connaissance me soutirerais de ces souffrances et me donnerais un répit. Mais elle me forcerait d’être de nouveau conscient et tout recommencerais. Il n’y avait aucune issue. C’était le traitement qu’ils avaient aussi fait subir à Chibirias. Chibirias, ma Ishell...
- Quoi ? Il pleure maintenant ! Je t'ai fait mal ? se moqua Lilith.
Effectivement des larmes me coulaient sur les joues. Je me rappelais alors du rêve où j'avais vu Chibirias pour la dernière fois et de ces harpies qui la torturaient, des harpies comme cette Lilith ! Je réalisai que je les avais battues avec mon esprit.
Je fermai mes yeux et accueillis l'obscurité. En m'humiliant verbalement, Lilith m’avait donné un bref moment de sursis; mon esprit devint plus clair et plus focalisé. Cette torture n’était rien par rapport à ce que cet ours m’avait fait souffrir. J'essayai de me détendre et je cessai de gaspiller mon énergie à résister. Je fermai mon esprit à toutes les sensations de mon corps, j'invoquai la puissance de volonté afin de m’amener dans un état de détachement ou mon corps absorbait l'impact de chaque coup. J'imaginai que ma chair était une éponge indestructible et mes nerfs étaient bloqués, incapables de recevoir ou de transmettre de la douleur. Cela fonctionna et pendant quelques minutes, tout au plus, je ne sentis rien. J'étais calme. Je profitais de l’effet des endorphines qui étaient relâchées dans mon corps meurtri.
Je fus alors violemment entraîné par l’arrière.
- Tu perds ton temps ! Il faut une approche plus directe ! interrompit le frère de Lilith.
Je regardai Lilith qui n’était pas d’accord. Était-ce une lueur d'admiration réticente à mon égard que j’entrevis dans ses yeux verts d'agate ?
Son frère me força la tête vers le bassin de pierre qui réchauffait le sauna.
Il me donna son ultimatum :
- Je n’ai pas la patience de ma sœur. Tu parles immédiatement ou je détruis ton beau visage. Il sera tellement brûlé et abîmé que personne ne le reconnaîtra !
Il n’attendit pas plus qu'une seconde. Il mis toute sa force et sa pesanteur sur moi mais je ne cédai pas. Mais puisqu’il poussait ma tête, il ne retenait mes bras que par une seule main, il me donnait l’opportunité pour laquelle j’avais prié.
- Alan, non ! protesta Lilith.
J’étais si près des pierres que j’en ressentais leur radiance et mon visage cuisait.
Mes bras couverts de sueur étaient glissants et lorsque je forçai subitement sans prévenir, l’homme perdit sa prise sur moi. Je fléchit aussitôt et me laissai choir par terre sans prévenir évitant tout juste de m’écorcher sur le poêle. Puisque que le frère de Lilith reposait sur moi de tout son poids, il tomba dans le bassin de pierres brûlantes les mains premières. Il se releva dans cette odeur écoeurante de charogne grillée fuyant le sauna en hurlant de douleur et en gardant élevées ses mains brûlées.
Je n’étais pas sauf pour autant. Lilith se jeta sur moi me repassant sa serviette autour du cou. Elle serrait le garrot de toutes ses forces. Elle tentait aussi de joindre son couteau tout près. Elle voulait me tuer. J'étais trop faible; je me sentais déjà défaillir et perdre conscience. J’aperçu le Shaman, il était avec moi.
Je lui dis :
- IkajortauneKadlariaKarpunga! (J’ai besoin d’aide désespérément).
C’est ce le signal qu’il attendait. Il s’avança sur Lilith et il mit ses mains sur les siennes. L’effet fut immédiat. Elle lâcha prise dans un hurlement horrible, inhumain. Elle m’abandonna. Je remarquai à son passage ses mains marquées au rouge : je pouvais y distinguer le contour de doigts profondément marqué dans sa chair.
Le shaman avait disparu. Il m'avait sauvé la vie encore une fois.
J’étais de nouveau seul, étendu sur le plancher incapable de bouger.
Les sorties de Lilith et de son frère avaient été remarquées. Quelqu’un de l'hôtel arriva dans les minutes qui suivirent finalement attiré par tout le vacarme. Ils me trouvèrent au seuil de l'inconscience et firent un appel d’urgence.
Ils me sortirent du sauna et me donnèrent de l’eau à boire. J’étais complètement déshydraté.
Le médecin de l'Allure m’examina soigneusement sur les lieux. Il me trouva très fortuné. J’avais plusieurs ecchymoses et meurtrissures, mon cou était écorché, mais je n’avais aucune côte de brisée ou apparemment d’hémorragies internes. Des ambulanciers attendaient. Le médecin recommanda d'aller à une clinique de Playa del Carmen ou à l'hôpital de Cancun pour plus de sûreté. Je rejetai sa suggestion; je n'en sentais pas le besoin. Le médecin me demanda dans ce cas de rester particulièrement prudent pour les prochains jours et d'être attentif à tout symptômes inhabituels. Si il y avait quoi que ce soit qui n'allait pas, il insista que je le contacte immédiatement sans hésiter. Je lui promis que j'étais pour suivre ses ordonnances. Je ne devais pas être beau à voir. J'avais de plus dû admettre que j’avais été ainsi battu par une femme.
La police avait été avisée de l'agression. La sécurité de l’hôtel me demanda qui m’avait fait cela.
Je leur répondis Lilith Morris et son frère Alan.
Ils consultèrent le registre de l’hôtel. Personne de ce nom n’était inscrit à l’Allure.
J’insistai; elle devait s’être inscrit sous un autre nom. Je ne me rappelais pas du numéro de sa chambre mais je pouvais les y amener.
La sécurité de l’hôtel me demanda de le faire si j’en avais la force.
Nous marchâmes jusqu’à la chambre 2223. Il y avait toujours le carton de "ne pas déranger" qui y était affiché.
La sécurité mentionna que la chambre était enregistrée à un Richard Verrazzano et sa femme Jeanne. Je connaissais ces noms. J’avais soupé avec eux au Casanova Lundi et les avais revu au mariage de Ted et de Judith. Il devait y avoir erreur !
Ils me demandèrent de reculer. Le balcon de la chambre avait déjà été sécurisé et surveillé par un autre garde de sécurité.
Ils déverrouillèrent la porte et deux hommes entrèrent prudemment. Il y eu cette odeur, une puanteur qu’aucun parfum ne réussissait à masquer, une odeur de putréfaction avancée, une odeur de mort que je sentais même d’où j’étais. Il y eu un cri d’horreur. Un des jeunes hommes de la sécurité sortit en courant. Il vomit et blême comme un drap balbutia :
-¡Mi Dios! ¡Hay dos muertes aquí! ¡Este horrible! ¡En el baño! Hay toda esta sangre. ¡Este horrible! ¡Una verdadera matanza! (Il y a deux morts ici! C'est horrible ! Dans le bain ! Il y a tout ce sang. C'est horrible ! Un vrai carnage !).
Il était dans un état de choc, tout tremblant. Il ne réussissait pas à se calmer.
Ce qu’il avait dit m’horrifia. Je refusais d'y croire; cela ne se pouvait pas ! Tout changea pour moi, devenant encore plus sombre et macabre. Des vacances de rêves étaient subitement devenues le pires des cauchemars, mon paradis de l'Allure était irrémédiablement perdu.
Ils rappelèrent avec urgence l’autre homme qui était resté dans la chambre :
¡Abandone el lugar! ¡No afecta a nada ¡La policía llega! (Ne touchez à rien quittez les lieux, la police arrive).
Ils fermèrent la porte et dispersèrent les curieux tout autour, sauf moi. Ils m’escortèrent à ma chambre. Je restai étendu sur mon lit jusqu’à ce que les policiers viennent pour moi.
Ils frappèrent à ma porte et entrèrent. Callas, Morales ainsi que quatre autres policiers pénétrèrent. Deux d'entre eux m'impressionnèrent habillés comme des soldats en guerre avec leur veste de Kevlar pare-balle noire, fatigue militaire et le fait qu'ils étaient armés jusqu’aux dents. Il m’était pénible de me lever de mon lit. Je n’avais pas de côtes brisées mais elles étaient peut- être fêlées. J’avais l’impression d’être passé au travers d’un compacteur et d’un tordeur. J’avais peine à me déplacer et à respirer.
Ils avaient tous un air très sombre mais je devais être visiblement en mauvais état car j'eu l'impression que leur visage s’éclaircit avec un peu de sympathie.
Je fis ma déposition. Tout ce que je disais était enregistré et soigneusement noté. Je me concentrais pour ne rien oublier.
Je leur racontai de nouveau mon histoire depuis ma brève et unique réelle rencontre avec Chibirias sur la plage de Playa del Carmen, l'attaque de ces bandits, les menaces profanées par Alan Morris lors de son arrestation, l'infraction de ma chambre. J'insistai sur le fait que Chibirias n'avait eu le temps de me dire ou de me donner quoi que ce soit et que d'ailleurs j'avais été fouillé par la police ce soir là et qu'ils n'avait rien trouvé sur moi. Callas confirma tout ce que j'avais dit.
Je leur répétai tout ce que Dago m'avait mentionné lors de sa visite. Je leur racontai tout ce que je savais sur Lilith ainsi que les détails de nos rencontres. J'admis que j'avais de mon côté tenté de résoudre sans succès le mystère de mon inconnue de Playa del Carmen en la recherchant partout et posant beaucoup de questions ce qui avait sans doute attiré de l'attention sur moi. Je leur décrivis ma torture. Je leur soulignai que Lilith y avait confirmé qu'ils avaient kidnappé et détenaient encore Chibirias et que son frère Alan avait tenté de me provoquer en affirmant qu'il l'avait violée à répétition. Je vis ces hommes consternés et perplexes à la mention d'Alan Morris qui pourtant avait été supposément expulsé du Mexique.
Ils m'avisèrent de me méfier de tout ce que mes bourreaux m'avaient dis; il pouvait s'agir d'une tentative de me manipuler sans aucune part de vérité.
Je subis par après leur interrogatoire et contre-interrogatoire sans aucune réserve. Ils ne me ménagèrent pas.
Ils me demandèrent une description de Lilith. J’avais mieux que cela : je partis chercher ma caméra. Elle avait disparue ! Frénétiquement je fouillai ma valise. Je retrouvai la carte mémoire que j'avais rangé et que je leur montrai de façon triomphale. Lilith ou son frère ne l'avait pas trouvée. Un policier quitta ma chambre pour quêter une caméra.
Il revint rapidement avec le photographe de leur unité d’homicide qui venait tout juste de terminer son travail à la scène du crime. Il mit la cartouche dans sa caméra et au travers de mes photos des ruines de Tulum, je leur montrai les photos de Lilith au Castillo. Dans un gros plan, on distinguait clairement son visage. Callas la reconnue, il l’avait déjà vue. Elle avait fait parti du groupe qui avait libéré Alan Morris de prison. Elle s’était présenté comme étant une avocate et une conseillère juridique. Ils n’eurent même pas à le demander, je leur donnai toutes mes photos.
Ils laissèrent échapper que les deux victimes retrouvées avaient eu la gorge tranchée net comme seul un professionnel pouvait le faire. Je commentai qu’effectivement Lilith et son frère étaient effectivement des experts en torture. Nul ne savait qui ils pouvaient être : des mercenaires impitoyables ou des membres d’un cartel criminel ? Cette histoire devenait de plus en plus intrigante et dangereuse.
Je décidai de les aider de mon mieux et de leur en révéler plus. Je leur confiai mon impression en ce que cette affaire, comme Morales l’avait supposé depuis le début, concernait non pas la drogue mais un artefact maya que cette femme que j’ai vue à la plage de Playa del Carmen avait eu supposément en sa possession. Je déduisais qu'il s'agissait du même objet qui avait été volé au musée de Peabody et dont les inspecteurs Callas et Morales m’avait montré la photo. Je menti à moitié en ajoutant que cet artefact, d’après les questions que Lilith m'avait posé sous la torture, avait un rapport avec Itzamna et un trésor Maya oublié. Je leur jurai n'en avoir rien dit à Lilith. J'affirmai, avant même que l'on me pause la question, que je n'avais aucune idée concernant le lieu où se trouvait cet objet car je ne voulais pas compromettre Saul. Je n'avais pas dit toute la vérité mais je les avais informé de tout ce que je pouvais leur révéler.
L’inspecteur Morales du Fédéral sembla apprécier ma franchise. La situation le consternait grandement car cette histoire pourrait déstabiliser toute la région et c’était peut-être exactement ce que ces gens recherchaient. Il expliqua qu’il y avait encore des indigènes tout près d’ici qui avaient maintenu l’esprit de la rébellion maya du début du vingtième siècle qui étaient toujours hostiles et prêts à un soulèvement et à une nouvelle confrontation avec le gouvernement Mexicain. Ils accusaient ce même gouvernement qui pourtant heureux d’exploiter pour des raisons touristiques les ruines Mayas, d'écraser les droits du peuple qui les avaient pourtant construites. Le culte de la croix parlante était encore pratiqué par plusieurs et l’idée d’un ancien trésor d’Itzamna refaisant surface pourrais être interprété comme un signe que le temps était venu au Mayas de réclamer tout leur héritage, surtout en ces temps qui les rapprochaient de la fin de leur calendrier. Morales relata que les Mayas des villages de la croix parlante de Quintana Roo lui avait parlé en particulier de la prophétie d’une grande guerre qui impliquera les dieux eux-mêmes. Un Armageddon lorsque à la fin de cette création où un nouveau Roi et Magicien se réveillera à Chichen Itza pour être confronté à des milliers d’êtres d’une création passée et que le serpent à plume pétrifié reviendra à la vie pour infliger des ravages et amener destruction sur les créatures de cette création. Cela me donna un nouveau frisson. Cette prophétie résonnait en moi. Tout ce qui m’était arrivé de plus bizarre avait commencé à Chichen Itza.
Je compris très bien ce que l’inspecteur disait. Gustavo Morales ne m’était plus autant antipathique.
Ils m'offrirent un support psychologique ce que je déclinai en assurant que je n'allais pas trop mal malgré les évènements. Ils insistèrent car j'étais encore selon eu sous l'effet du choc; il me laissèrent le numéro et les coordonnés d'un psychologue si jamais j'en ressentais le besoin.
La majorité des détectives finirent par me quitter suivi par Callas qui me salua poliment à sa sortie.
Morales resta avec moi.
- Vous serez soulagé d'apprendre que vous n'êtes pas considéré officiellement un suspect dans ces deux meurtres mais que vous avez été jugé un témoin important. Je vous rappelle donc que vous devez nous aviser de tous vos déplacements.
Je lui répondis machinalement :
- Bien sûr !
En remettant son chapeau il me dit aigrement :
- Un conseil en partant : vous faites un très mauvais menteur.
- J'ai dit la vérité ! rétorquais-je défensivement.
- Mais pas toute la vérité ! reprocha l'inspecteur. Je ne peux vous forcer à cracher vos précieux secrets mais j'espère qu'ils valent les deux vies qui ont été perdues ici. Retenir volontairement de l'information dans une telle situation est une offense criminelle passible de prison.
Je me laissai choir subitement empreint d’une crise d’angoisse. Morales avait raison dans ses propos dévastateurs car si ce n'eut été de moi jamais cette maudite Lilith et son frère ne serait venu ici. Je me rendais compte que deux personnes, deux innocents, étaient morts à cause de moi.
Morales savait que son accusation m'avait bouleversé. Il ajouta :
- Je crois que vous essayez de protéger une ou plusieurs vies, peut-être celle de cette femme que vous avez rencontré. Mais est-ce que ces vies valent plus que ces deux vies perdues ce soir, plus que celles des autres qui mourront aussi ? Vous savez comme moi que cette affaire ne peut qu'empirer.
J'étais silencieux, je ne savais que dire, quoi répliquer, car effectivement j'étais rongé par la culpabilité.
Il me relança froidement et bêtement :
- Vous devriez rentrer chez vous dans votre pays avant qu'à votre tour quelqu'un vous retrouve la gorge tranchée !
Si il avait tenté de me faire peur, il avait lamentablement échoué. Je le regardai avec rage; ce Gustavo Morales m’était de nouveau antipathique.
- Je n'ai pas peur de la mort Monsieur Morales ! Sachez que bien avant cet après-midi, je l'avais déjà vue droit dans les yeux ! Des gens comme Lilith et son frère tuent sans scrupule et discrimination tous ceux qui ont le malheur d'être sur le chemin menant à leur objectif. Ils seront encore plus à craindre si jamais ils atteignent leur but. Par un concours de circonstances, je me retrouve sur leur chemin leur barrant la route. Les arrêter est votre job cher inspecteur ! Mon devoir est de faire tout ce qui est en mon pouvoir afin de les empêcher de réussir et de retrouver cette femme. Vous savez qu’autrement beaucoup d'autres vies seront perdues dans le chaos et la destruction qui suivrait. Ceci est TOUTE la vérité, Monsieur Morales !
Ma voix était calme, forte et convaincue. Je ne me serais jamais cru capable d'une telle répartie dans de telles circonstances. À m'écouter, je m'étais rassuré moi-même jusqu'à ce que j'aie réalisé l'engagement que je venais implicitement de prendre.
Sur ce, Morales haussa les épaules et prit enfin la porte sans dire un autre mot. Je m'étendit sur mon lit et restai sans bouger pendant de longues minutes avant d'émettre un long sanglot. Un psy aurait été effectivement une bonne idée; ma solitude me semblait lourde à assumer. Je songeai qu'avec mes hallucinations, il m’aurait sûrement prescrit un internement dans un asile. J'éprouvais un grand besoin de parler à quelqu'un; ces morts me hantaient toujours. Je les connaissais à peine mais je savais que Jeanne et Richard avaient été de bonnes gens.
Je pensai à Saul qui devait venir me revoir à la fin de son quart travail. Je compris aussi que le jeune Maya devait lui aussi connaître la prophétie mentionnée par Morales; sa réaction au sujet de ma chute dans le pluie sacrée de Chichen Itza et de ma vision là-bas semblai l'indiquer. J’étais soudainement de nouveau angoissé : Lilith avait mentionné Saul lors de mon interrogation et je craignais qu'elle s'en prenne à lui maintenant. Je savais qu'il était quelque part dans le complexe hôtelier et que tant qu’il serait en public ni Lilith ou son frère ne tenterait de l'approcher alors qu’ils étaient activement recherchés par la police.
Je regardai mon réveil qui indiquait 8 heures 40. Il était déjà si tard ?


