Partager l'article ! Partie 10.3: Je me levai et quittai ma chambre décidé de retrouver Saul et l'avertir de tout ce qui se tramait. Au complexe hôtelier, tout ...
Je me levai et quittai ma chambre décidé de retrouver Saul et l'avertir de tout ce qui se tramait. Au complexe hôtelier, tout se passait comme d’habitude, pas une seule indication la tragédie qui venait d’être révélée. J'en fus d’abord offusqué, mais je réalisai que le monde continuait de tourner malgré tous ces drames et qu’il était bien qu'il en soit ainsi. Il n’y avait aucune raison d’instaurer la panique. Je ne trouvai Saul nul part. Je me faisais dire partout que je l’avais manqué par quelques minutes. Je déambulai vers l'amphithéâtre près du complexe sportif où plein de gens s'assemblaient et prenaient place sur les chaises pliables déguisées par de grand pardessus de tissus blancs ajustés.
Je vit Gabriel, l'animateur senior de l'Allure, en train de discuter avec d'autres vacanciers derrière les rangs serrés de siège, tout près d'un projecteur mobile et de la console du système de son.
En me voyant, son visage souriant tomba.
Il me dit, visiblement préoccupé à mon égard, dans un français impeccable :
- Mon Dieu, Monsieur, que vous est-il arrivé ?
- Je vais bien ! Un simple accident..., expliquai-je. Je ne voulais rien dire d’autre.
Changeant de sujet, je lui demandai :
- Auriez-vous vu Saul ?
D'un air amusé et espiègle Gabriel me répondit :
- Il sera ici dans quelques minutes, asseyez-vous en attendant.
Gabriel me laissa pour rejoindre l'avant-scène pour commencer son animation. En cinq langues différentes il annonça :
- Mesdames et Messieurs, bonsoir ! Bienvenue à ce fantastique spectacle de danse. Non moins spectaculaire, laissez-moi vous présenter tout d'abord l'équipe d'animation de l'Allure qui travaille pour vous.
Zac, Auguste, Maria, Cheryl paradèrent la scène en nous saluant tous. Je ne voyais pas Saul. Où diable était Saul ? Il n'avait même pas été présenté !
Je m’apprêtais à me lever lorsque les lumières se s'éteignirent.
Le projecteur s'alluma révélant deux serpents lovés. Deux marionnettes géantes de serpents à plumes soutenues par de nombreux danseurs se lovaient, dansaient dans un curieux bal. Un narrateur préenregistré racontait leur histoire, l’histoire du commencement, tel que reporté dans le Popol Vuh, le livre sacré des Mayas. Les grands serpents avec de magnifiques plumes bleu-vert qui flottaient sur la mer primordiale de brouillard étaient Gukumatz et Huracan.
Ces deux dieux dirent le mot «terre ». Comme pour obéir à leur ordre, les brumes causées par la neige carbonique se dispersèrent révélant la scène.
Nous pouvions ainsi apercevoir les musiciens accoutrés de tenues d'indigènes alors qu'ils jouaient tamtams, flûtes, un cor fait à partir d’un coquillage et un tronc d’arbre creux en percussion. Les serpents se retirèrent en arrière scène et s'immobilisèrent.
Dans un rythme chaotique des danseurs entrèrent et parcoururent la scène en pirouettant coiffé de la tête de différents animaux : le guépard, l'aigle, le perroquet, le cerf, le serpent. Leurs costumes étaient absolument magnifiques et leur corps soigneusement peints de couleurs vives.
La voix dans les haut-parleurs narra que les deux dieux créèrent ensuite les animaux et les oiseaux mais ces derniers n’avaient pas le don de la parole et ne pouvaient pas louanger leurs dieux créateurs comme ils le désiraient. Les dieux condamnèrent les animaux à vivre à l’état sauvage et aux plus faibles de servir de nourriture.
La musique changea et le danseur aigle étala ses ailes, il était à la chasse et tous les autres animaux tentaient de se cacher de lui. Il tourna par plusieurs fois sur la scène et confronta par plusieurs fois le serpent jusqu'à ce qu'il triomphe en gardant son pied sur le danseur serpent terrassé dans un grand cri de victoire.
Je m'avançai plus près, vers les sièges de devant, j'étais fasciné par le spectacle. Il invoquait pour moi une étrange sensation de déjà vu. D’autres danseurs firent ensuite irruption sur scène en représentant les premiers hommes. Un homme couvert d'argile fut le premier à se présenter. Il ne bougeais pas et n'avait aucune expression.
"Gukumatz et Huracan ont ensuite façonné pour la première fois des hommes avec de la boue, mais sous cette forme l'homme ne pouvait ni se déplacer ou parler. De plus, il se brisait sous le soleil ou était rapidement dissous dans l’eau. Huracan les détruisirent tous dans un déluge causé par sa pluie orageuse."
Dans une lumière stroboscopique et le fracas stimulant le tonnerre, le golem de terre d’écroula par terre et roula hors de la scène.
"Ils se réessayèrent de nouveau en créant des hommes avec le bois. Huracan tenta de les détruire car ils n’étaient que des mannequins en bois imparfaits, impassibles, sans émotions et ils ne faisaient aucune éloge aux dieux qui les avaient crées. Mais malgré ses efforts, Huracan ne pu les noyer tous puisque ces hommes de bois flottaient. Les survivants de bois retrouvés ont été alors transformés en singes par Gukumatz et condamnés à vivre à l’état sauvage."
Le danseur termina sa danse rigide et mécanique et se coiffa d'une tête simienne se dandinant de façon comique comme le ferais un singe avec quelques acrobaties et culbutes spectaculaires. Il fut chaleureusement applaudit.
Le narrateur continua son récit :
"Les dieux eurent du succès en créant des hommes à partir du maïs. Mais ces premiers hommes étaient trop parfaits, ils avaient une très longue vie, comprenaient toutes choses et leur vision était grande et perçante. Il voyait tout du plus petit au plus grand. Gukumatz et Huracan étaient craintifs que ces nouveaux êtres trop parfaits deviennent aussi puissants que les dieux eux-mêmes.
C’est pourquoi ensuite Gukumatz et Huracan réduisirent la vision de tout des hommes qui suivirent après et qu’ils les rendirent vulnérables aux maladies et leur donna un temps de vie plus limité. Il n’y a plus alors qu’un couple des premiers hommes véritables dans ce monde."
Les danseurs drapés de blancs éclatants entrèrent sur scènes dans une valse gracieuse qui donnait l'impression qu'ils étaient pour s'envoler. Ils perdirent leur robe blanche un à un révélant alors des hommes et femmes ordinaires qui ne pouvaient plus danser au rythme divin. Seul un couple resta en blanc. Il s’arrêtèrent de danser et contemplèrent les hommes et femmes qui les entouraient et qui les suppliaient. Ils regardèrent ces humains de façon presque parentale et leurs ouvrèrent les bras. Hommes et femmes se mirent à genoux devant eux.
"Gukumatz et Huracan avaient raison, la race des premiers hommes véritables, les hommes Xi, sont devenus des dieux eux-mêmes et les fondateurs des sept grands peuples de la Terre qui ont suivis les douze routes au travers des mers. "
Les serpents disparurent remplacé par le grand-père et la grand-mère originale, le dernier couple de danseurs en blanc, qui furent les ancêtres de tous les dieux. Je connaissais leurs noms : ils étaient Itzamna et Ixchel.
Je cru plusieurs fois apercevoir mon shaman du coin de l'oeil se tenant derrière moi mais dès que je retournais la tête, il disparaissait. Je savais qu'il ne pouvait être un simple fantasme. Il avait arrêté Lilith, il n'y avait aucun doute qu'il avait une réalité physique. Il m'avait de nouveau sauvé la vie, il me protégeait. L'idée de sa réalité m'était toujours aussi bizarre mais je devais admettre dans les circonstances actuelles le savoir avec moi me rassurait un peu.
La scène suivante nous amena dans le domaine des enfers, l’horrible Xibalba. Une jeune femme était venue voir un arbre avec un visage humain. En s’y approchant, le visage lui cracha dessus. Elle fuit à la surface de la terre et retrouva la grand-mère. La jeune femme accoucha de jumeaux, qui très vite grandirent. Ils étaient les héros Hunahpu et Xbalanque. Ils avaient respectivement leur corps peints en or et en argent et ils portaient la coiffe de plume du Quetzal. Quels ne furent pas ma surprise et mon soulagement de reconnaître Saul dans l'incarnation de Xbalanque. C'était donc ce qui avait amusé Gabriel auparavant lorsqu'il m'avait mentionné que je reverrais Saul dans quelques minutes. Ce dernier devait faire parti de ce spectacle depuis le début et je ne l'avais même pas remarqué. Connaissant Saul, son implication dans ce ballet le rendait plus qu'un simple divertissement; le folklore et les légendes mayas qu’ils présentaient devaient donc avoir une signification véritable pour les mayas.
Dans la chorégraphie qui se poursuivait, les jumeaux découvrirent par après le jeu de la balle mais ils jouaient avec tellement d’enthousiasme que tout comme leur père avant eux, ils dérangèrent et irritèrent les Seigneurs des enfers de Xibalba, représenté par des êtres noirs avec le crâne blanc et le squelette peint sur leur corps. Ils étaient neufs et portaient des couvre chefs de crâne humain, de hiboux, de chauve-souris, de jaguars noirs et de chien. Ils étaient absolument sombres et terrifiants et irrités proférant des menaces obscènes contre les deux jeunes joueurs de balle. Il faisait drôle de voir Saul jongler avec le ballon comme un professionnel. Il était définitivement meilleur en scène que sur le terrain de soccer !
Les démons sommèrent les jumeaux dans leur Royaume sous terre et les défièrent à un match de balle infernal. Les jumeaux acceptèrent leur défi. Il y eu un moment intense où Hunahpu perdit sa tête que son frère remplaça par une courge. Une tête de mannequin représentant la tête décapitée du jeune dieu servait alors de balle au grand plaisir des hideux seigneurs. Heureusement Xbalanque réussit à récupérer la tête de son frère et à la rattacher à son corps original. Ainsi les jumeaux avec leur habilité et ruse réussirent à duper les forces infernales du Noir, du Froid, des Jaguar, des chauves-souris et des rasoirs. Mais les Seigneurs des enfers étaient amers, malgré le fait que les jumeaux aient réussit toute leurs épreuves, ils détruisirent tout de même les deux frères en les piégeant dans un grand four de Feu. De leurs cendres, les jumeaux héroïques ressuscitèrent et retournèrent à la cour des Seigneurs des enfers, incognito, leur visage soigneusement dissimulé dans des cagoules, prétendant être des faiseurs de miracles pouvant même ramener les morts à la vie. Xbalanque tua Hunahpu devant eux et le ressuscita pour le prouver dans ce qui n’était que prestidigitation. Les Seigneurs de Xibalba se laissèrent berner et étant autrement immortels, ils avaient le désir morbide de faire par eux-mêmes l’expérience de la mort. Ils furent donc exécutés à leur demande par les jumeaux mais ces derniers ne les ramenèrent pas à la vie et furent laissé pour morts. Ayant ainsi vécu le mal, les frères champions émergèrent des enfers en ramenant la dépouille de leur père qui se réincarna en tant que dieu du maïs, Ils offrirent aux nouveaux hommes le cadeau du vrai soleil et de la lune qu’ils placèrent dans le ciel. Les deux danseurs représentant Hunahpu et Xbalanque nous montrèrent une sphère brillante de lumière jaune et blanche qui parcourent au bout de leur bras la scène d'est en ouest et avec le coucher du soleil, la scène redevint obscure.
L'histoire des hommes commençait avec une danse spectaculaire où les danseurs commémoraient le feu, un cadeau du dieu rouge sanglant Tohil. Ils se passaient entre eux une balle de feux qu’ils vénéraient. Ils firent ensuite une danse auteur d’une coupe de feu. Ils n’avaient vraiment pas peur de se brûler, les flammes étaient devenues leurs partenaires de dans cette danse lumineuse déchirant le rideau de la nuit. Même les femmes manipulaient les torches enflammées de façon absolument spectaculaire.
Ensuite un danseur à la tête de cerf parcourait la scène en terreur. Il était pourchassé par de voraces chasseurs mayas. La bête se tomba dans une embuscade entourée de toute part. Les chasseurs tirèrent leurs arcs, lancèrent leur lance. Le cerf blessé chercha à fuir. Il fut prit dans un filet et les chasseurs l’entourèrent et l’achevèrent.
Dans un dernier numéro, un groupe de danseurs pratiquait une danse rituelle et ils suppliaient les dieux pour de la pluie. Ils s’adressaient aux quatre colossaux baccabs qui se dressaient en rouge, jaune, noir et blanc aux quatre coins de la scène. Le dieu Chaac, à la peau bleue, au nez éléphantesque arriva comme un coup de vent subitement sur scène. A la joie des protagonistes, il déplia son voile de gris étincelant qui comme une grande cape le suivait alors qu’il courrait sur scène suivi par les nuages de pluie qui donnaient fertilité à la terre des hommes. Les danseurs s’écartèrent du centre de la scène révélant un homme vêtu de vert tout recroquevillé, le corps du père de Xbalanque et Hunahpu. Au passage de Chaac, cet homme se leva, doucement et gracieusement. Il était ressucité! Sa tête était coiffée d'épis et sa peau était jaune; il était maintenant Yum Kaax le dieux du Maïs. Il personnifiait la vie, la prospérité et l’abondance. Il était le cadeau ultime des dieux au peuple Maya. Les danseurs se prosternèrent devant lui alors que tous les autres artistes se présentèrent sur scène.
Nous nous levâmes debout dans une grande ovation et l’auditorium résonna longtemps sous le tonnerre de nos applaudissements. Le spectacle avait été grandiose et élevant. J’avais été ému par cette prestation; j’en avais oublié mes récents supplices. Gabriel fit son retour sur scène et présenta les musiciens et les danseurs s’éclipsèrent un a un. Gabriel annonça que les artistes étaient encore pour rester quelques temps, pour nous laisser l’occasion de prendre des photos pendant qu'ils étaient en costumes. Je retrouvai Saul dans son déguisement de Yum Kaax et lorsque les demandes des photographes se calmèrent, je le rejoignis. Spontanément, je le serrai contre moi.
-Que fait-tu ? demanda nerveusement Saul, évidemment embarrassé. Tout le monde peut nous voir ici !
Je me fichais éperdument des autres. Sa présence était quelque chose de réel et de tangible qui me soutenait. Je le relâchai presque à contrecoeur. Sa peinture argent s’était partout transférée sur mon corps. J’étais à bout de mes forces comme si tout ce qui m’avait éprouvé dans les dernières heures me rattrapait subitement.
Je vis Saul m’examiner; il était stupéfait. Il réalisait pour la premières fois que j’avais été blessé. Je lui expliquai :
- J’ai fait de mauvaises rencontres depuis ce matin. Ils m’on torturé pour me soutirer des informations; je ne leur ai rien dit. Il t’on menacé aussi. Ils ont tué deux clients de l’hôtel.
De la consternation et de l’horreur envahit le visage du jeune maya et il me serra à son tour dans mes bras pour me réconforter. Il me surprit complètement. Il n’y avait plus de gêne. Je sentais son inquiétude pour moi. Il me dit tout interloqué:
-J'avais entendu que la police était venue à l'hôtel à la suite d'un incident, mais rien d'aussi grave!
Il me souffla en m'examinant:
-Je suis désolé ! Je ne peux qu’imaginer ce que tu as souffert !
La place se désertait, il ne restait que lui et moi.
- Si tu vas assez bien, je vais te laisser quelques minutes, le temps de me débarrasser de tout cela.
Il indiqua son costume. Il était franchement désolé d'avoir à me quitter.
- Je te retrouve à ta chambre ?
- Oui, on se retrouve là-bas.
Il me laissa avec inquiétude.
Je marchai tranquillement le long de l'allée principale jusqu’au bar du Sugar Reef remplis de gens. Leur nombre me donna une illusion de sécurité, le temps que je collecte le courage de reprendre le chemin de ma chambre. Je regardai tout autour comme un paranoïaque. Chaque ombre me semblait menaçante; pourtant en rien la beauté des lieux avait vraiment diminuée. C'était mon cœur pesant et angoissé qui entachait mes perceptions. Mes pensées restaient fixées sur tout ce que ce j’avais subi depuis l'après-midi ainsi que sur la tragédie qui avait frappé si proche.
Saul vint finalement me joindre discrètement. J’étais déjà tout prêt à partir, mais il indiqua qu’il n’y avait aucune presse. Les ruines de Tulum ne seraient désertes qu’aux heures du matin. Il fallait patienter. J’en profitai pour lui raconter tout, y compris mon entrevue avec la police.
Pour sa part, il avait effectivement entendu parler d’un incident avec un couple de vacanciers de l’hôtel mais rien de précis. Il y avait eu pour tout le personnel de l’Allure une directive émise afin de ne pas discuter de rumeurs qui de toute façon ne pouvaient rien faire d'autre que d'inquiéter inutilement les gens.
Saul admit aussi qu’il connaissait bien les Mayas de la Croix parlante qui n’étaient qu’à quelques kilomètres au Sud de Tulum. Il m’assura qu’ils n’étaient pas les révolutionnaires que l’on m’avait décrits. Tant qu’à la prophétie, il la remit en contexte dans les nombreux mythes et légendes de ce peuple et des peurs de 2012. Il ne tentait pas de me décevoir; il m’était évident qu’il n’y croyait tout simplement pas.
Il demanda si j’avais toujours la force de retourner à Tulum avec lui. Je lui assurai que pour rien au monde je ne manquerais cette visite; j’avais souffert le martyr pour cela et Tulum promettait un élément de réponse à mes questions. Saul suggéra tant qu’à attendre, nous faisions mieux de dormir un peu. Il comprenait mes craintes. Il tenta de me rassurer en disant qu’il ferait le premier tour de garde pour une heure et qu’il veillerait sur moi; je pouvais être certain de dormir en toute sécurité.
aube !
