Partager l'article ! Partie 10.4: J’essayai de dormir en vain. Je tentai sans succès de conjurer Chibirias, la dimension de Naum. Mais chaque fois je commençais ...
J’essayai de dormir en vain. Je tentai sans succès de conjurer Chibirias, la dimension de Naum. Mais chaque fois je commençais à relaxer et m’immerger dans le sommeil, je me réveillais en effroi mouillé par la sueur.
Saul s’endormit paisiblement à mes côtés. Je le laissai se reposer; je savais qu'il devait être épuisé. Je sursautai. Il y avait un autre présence dan la chambre, j’en était certain ! J'allumai ma lampe de chevet. Je trouvai le shaman assis par terre tout près.
Il me dit doucement :
-Ne craint rien, nul esprit mauvais ne peux pénétrer ici, cet endroit est protégé, je m'en suis occupé.
Je remarquai les symboles arcanes qui avaient été dessinés au plafond, tout autour du lit et devant la porte patio. Dans mon état de torpeur, j'étais incertain que si j'étais vraiment réveillé ou si je rêvais encore. Je frottai mes paupières. Je me redressai dans le lit. Curieusement, je n'avais plus aussi mal; en fait je me sentais plutôt bien.
- Je suis désolé de l'inconfort et des douleurs que tu as eu à subir, mais je suis ici maintenant pour t'aider.
Était-il en moi, résidait-il dans mon esprit ou était-il une entité spirituelle distincte? Il était bien plus que cela, il avait une réalité physique. Je ne doutais plus de son existence même si je n'étais pas encore certain de la nature de sa manifestation. Était-il un fantôme ? Mon séjour chez les Inuits m'avait montré que pour ce peuple superstitieux, les esprits et le monde spirituel étaient constamment omniprésents dans leur vie de tous les jours. Un Inuit n'aurait jamais douté de la réalité de ce spectre et moi qui n’étais pas Inuit, j'étais hanté par l'esprit d'un de leur shaman.
Cette explication était fantastique, irrationnelle mais expliquait mes expériences. Je préférais cette perspective qu'à la conclusion que je souffrais d'aliénation mentale. Pourquoi se manifestait-il maintenant après plus d'un an et ici à la Riviera Maya, si loin du lieu de sa mort ?
Le Shaman me regardait intensément, avec un demi-sourire amusé comme si il partageait mes pensées. Je n'étais pas effrayé de soutenir son regard, un regard profond et sans âge. J'y détectais de la bonté, beaucoup de bonté, une étincelle espiègle mais également une très grande solitude et une immense tristesse dans laquelle se noyaient de nombreux visages que je ne réussissais jamais à discerner clairement. Je sympathisais pleinement avec lui. Sa véritable nature m'éludait toujours mais je reconnaissais en lui une grande dévotion, fidélité et noblesse qui vibraient dans mon être.
Dans l'ensemble des cultures que je connaissais, un revenant était l'esprit d'un mort qui ne pouvait trouver de repos en raison d'une tâche primordiale restée inaccomplie de leur vivant. Je repensai à l'urgence et à la détresse du Shaman dans ses dernières heures : "Je suis pressé; une grosse tempête s’en vient" ; "Il est tard; je dois partir" et comment il m'avait supplier de l'aider et de l'amener avec lui. Sauf que je réalisais enfin qu'il ne parlait pas de m'accompagner avec son corps mais plutôt avec son esprit, son âme. Je poursuivit mon raisonnement : cette grande tempête que le Shaman avait mentionné pouvait avoir son origine ici chez les Mayas. Les paroles de la prophétie de Morales me donnaient de nouveau la chair de poule.
Le vieil Inuit se leva et me serra les mains.
- Tes yeux commencent à s’ouvrir ! Tu ne le savais pas mais tu as le vrai don du Shaman ! Tes mains sont celles d’un guérisseur me dit-il avec satisfaction. Pour toi, je serai à la fois ton « sak nil nahal », la conscience blanche de l’épanouissement, et ton « huay » puisque tu as perdu ces âmes avec ta première mort !
Ma première mort ? Cela devenait un peu trop mystique pour moi. Les noms de sak nil nahal et de huay n’étaient pas de consonance inuit; ils me semblaient mayas. Une question folle alors me passa à l’esprit :
- Est-tu Itzamna ?
Ma question le fit rire.
- Itzamna est le dernier des créateurs et le premier Shaman. Je suis, comme tu as vu, le chasseur d'étoile venu quérir le grand-père des origines jusqu'à son trône. J’ai quêté le Créateur jusqu’à l’Étoile Xaman Ek pour laquelle le firmament tourne tout autour mais il n’était pas là-bas. Je l'ai attendu longtemps avant qu'enfin j'entende son appel, maintenant que le temps de sa création s’achève ! Mais mon incarnation était devenue trop frêle et c'est toi qui es fort et valeureux qui m’as été amené pour m'aider. C'est à toi que reviennent mes tâches et mon destin.
Je fis la moue; une simple oui ou non aurais été apprécié comme réponse. Je lui dis ensuite :
- C’est donc toi qui est responsable de tout ce qui m’arrive ?
- Je ne fais que te montrer le chemin. Je suis le guide.
Mon esprit criait : pourquoi moi ? Quel droit lui permettait de s'affranchir ainsi de ma vie. Je n'avais rien demandé de cela. J'étais profondément offusqué.
Il compris le sens de mes pensées car il rétorqua d'un ton sévère :
-Tu étais mort de toute façon. Ainsi, tu es vivant maintenant et tu as trouvé des choses pour lesquelles il vaut la peine de vivre, non ?
Il évoqua en moi tout ce que j'ai vécu au courant de la dernière année, les personnes que j'avais rencontrées, en particulier Chibirias et l'amour que je ressentais pour elle et instantanément ma colère se dissipa. Je devais lui donner raison, pour Chibirias tout en valait la peine.
Le vieil homme rajouta malicieusement :
- Je t'ai demandé permission, sans te forcer dans aucun engagement et cela bien après que je t'ai ramené à la vie et tu a été d’accord !
J'admettais qu'il n'avait pas tort, j'avais accepté de l'aider de bonne foi. Je regrettais quand même de ne pas eu de choix car en même en étant parfaitement informé, j’aurais probablement décider volontairement d’aider le Shaman.
Il répondit encore directement à ma pensée :
- Moi, je n’avais plus le choix. Tu étais mon dernier espoir et les choses étaient trop graves pour risquer que tu ne me dises non !
Il sembla presque s’excuser sur ces propos.
Je me demandais si Chibirias et son artefact faisait parti des tâches dont il m’avait parlé.
Le vieil homme me sourit avec sa bouche édentée et il hocha la tête affirmativement.
Je me tournai vers Saul qui roupillait tout près, je voulais le réveiller et qu'il voit "mon" Shaman.
Le vieil homme me choqua en disant :
- Il ne peut pas me voir. Laisse lui du temps : son n’esprit n’est pas encore assez ouvert !
Je protestai :
- Il est valeureux, il comprendrait bien mieux ces choses que moi, il en a les connaissances. J'aimerais qu'il te voie ainsi que tout ce que je vois !
Le Shaman expliqua :
- Je reconnais sa grande valeur, mais il a encore plein de conceptions confuses sur ce que le monde devrait être. Il connaît bien les écrits sacrés de ses ancêtres dans sa tête mais ils ne sont pas dans son cœur où ils comptent vraiment. Il ne comprend pas encore que l'ancienne sagesse et ses implications ne sont pas l'apanage de quelques élus auto-proclamés mais de tous les hommes et êtres de ce monde. Avec le temps ses yeux s’ouvriront peut-être comme les tiens ...
- J’aurais tellement voulu partager avec lui; je me sens tellement seul dans tout cela !
Il me répondit à ma plainte avec compassion :
- Tu ne seras plus jamais seul. Je t'ai bien préparé.
Je lui posai timidement une autre question qui me tenait à cœur sans oser le regarder.
- Chibirias, la reverrais-je un jour ?
- Tout dépend de toi !
Sa voix était amusée. Je voulu lui demander plus encore mais il n’était plus là. Je ne connaissais même pas son véritable nom, mais j'étais décidé à ne plus renier son existence.
Saul se réveillait. Il se redressa dans le lit :
- Quelle heure est-il ?
- Près de quatre heures.
- Il est temps d’y aller ! annonça Saul. Nous n’aurons pas grand temps !
Il me demanda ensuite intrigué entre deux bâillements :
- Ais-je rêvé ? Ne parlais-tu pas avec quelqu’un ?
Je lui répondis le plus sérieusement du monde :
- J’avais une discussion avec mon sak nil nahal et mon huay...
Ma réponse laissa Saul perplexe, il connaissait bien ces termes. Ce n’est pas ce qui le laissa bouche bée. Il me regardait la bouche grande ouverte, les yeux grands ouverts; il était complètement ébahi.
- Tes blessures !
Saul me traîna devant le miroir de la salle de bain. Je vis comme lui que mes meurtrissures s’étaient estompées, mes blessures avaient guéries comme si elles dataient de plusieurs jours déjà. Saul complètement incrédule m’examina de prêt et me regardais pour une explication.
Je lui dis coquinement :
- Tu ne me croirais pas si je te le disais !
- Essaie-moi pour voir !
Il pointa les glyphes de protection que le Shaman avait apposés.
Je lui racontai tout mais je constatai assez vite qu’il était sceptique et qu'il me prenait peut-être pour un illuminé. J’en étais embarrassé, mais au moins Saul restait respectueux. Je ne lui en voulais pas, après tout j’en doutais encore moi-même.
Je coupai court :
- On y va ? dis-je en mettant le compas de Chibirias dans ma poche. Nous n’avions après tout que deux heures avant l’aube !
Nous parcourûmes le chemin vers Tulum en pleine nuit en enfourchant chacun une bicyclette de l’hôtel. La jeep de Saul n'était pas disponible avant demain et je préférais cette approche discrète de toute façon. Tout en me dirigeant vers les ruines, je songeai que l'idée d'une corrélation entre les peuples Inuits et Mayas n'était pas ridicule. Ils y avait de plus en plus d'évidences génétiques démontrant que ces deux peuples, tout comme la plupart des aborigènes des Amériques étaient les descendants d'une seule et même tribu de nomades ayant réussie à traverser, il y a environ 25000 ans, le détroit de Béring depuis le Cap Dejnev en Sibérie orientale jusqu'au cap du Prince-de-Galles en Alaska. D'ailleurs les Inuits tout comme les indigènes Mayas que j’avais vus jusqu'ici démontraient un fort héritage mongolien.
Nous approchâmes le site archéologique. Saul nous arrêta net après le bloc des concessionnaires. Quelque chose n’aillait pas. La barrière de l’INAH qui devait être normalement descendues pour fermer l’accès des ruines était levée. Saul suggéra nerveusement de prendre une route alternative dans le boisé voisin qui était parallèle au sentier menant au ruine. Il s’agissait d’un petit sentier d’interprétation de la nature. Saul avait eu de bons instincts. Nous découvrîmes qu'il y avait des gens postés sur la route à cette heure tardive dans la nuit. Ils étaient à l'affût et effectuaient lune surveillance de la route. L'un d'eux avait une arme automatique suspendue par une sangle depuis son épaule. À notre passage nous effrayâmes malencontreusement des oiseaux endormis qui nous trahirent par leurs cris. Nous nous croupîmes contre le sol immédiatement dissimulé par l'obscurité et la végétation. Un des hommes braqua le faisceau lumineux d’une torche électrique dans notre direction et il avançait vers nous. J'étais certain qu'il finirait sûrement par nous découvrir; il était qu’à quelques mètres de nous.
- Stop wasting time! It must be some of those damn monkeys again! (Arrête de perdre ton temps ! Cela doit être encore un autre de ces maudits singes !).
Le commentaire provenait de son compagnon de garde mais cela ne l’arrêta pas pour autant. Il était méticuleux et semblait déterminé à investiguer la source du bruit qu’il avait entendu. Il avançait résolument vers nous la main à sa ceinture où je devinais une arme à feu.
Son compagnon rajouta alors :
- Or it could be a snake; I read that they are common here in the swamp! (Ou il pourrait s'agir d'un serpent; j'ai lu qu'ils sont communs par ici dans les marécages!)
Instantanément l’homme recula prudemment. Son compagnon se moqua de lui et ricanait.
Saul et moi étions soulagé et profitions de l’occasion pour nous éloigner silencieusement de la route. Avec beaucoup de précautions, nous émergeâmes des boisés tout près de la muraille sud de Tulum.
Il était étrange d’avoir entendu ici de l’anglais et non de l’espagnol. Il était évident qu’ils n’étaient pas de la police fédérale ou d'une autre autorité Mexicaine. Ils me rappelaient le groupe d’hommes que j’avais confronté à Playa del Carmen, le groupe d'Alan et de Lilith Morris. J'avais peur; je savais ce dont ils étaient capables; il s'agissaient de véritables tueurs.
Je n'avais pas besoin de dire un seul mot à Saul; il avait lui aussi reconnu le danger. Il était intense, nerveux et surtout inquiet. Il avait raison et je craignais le pire; que Lilith et Alan étaient possiblement dans les parages.
Au delà de la muraille de pierre nous découvrîmes l'ancienne citée occupée, bourdonnant d'activité dans l'obscurité. Il ne faisait doute, ces gens étaient affairés à une fouille et prospection minutieuse des ruines de Tulum. D'après ce que je voyais, ils occupaient le site archéologique depuis déjà un bon bout de temps et n'avaient pas négligé aucune surface du terrain. Ils étaient parfaitement équipés et organisés.
Mon coeur se noua. À leur vue, j'éprouvai un grand désespoir. Une bonne partie de leur effort était concentré au Castillo et aux environs de sa structure. Les efforts et moyens que je voyais déployés me confirmaient l'importance de ce qu'ils recherchaient.
J'émis un juron. Nous arrivions trop tard, beaucoup trop tard ! Il était désolant d'ainsi nous voir usurper notre découverte si près du but. Je maudissais Lilith et son frère. J’étais frustré au point d'en trembler. Pire encore, si jamais ils trouvaient ici ce qu'ils cherchaient, ils n'auraient plus besoin de Chibirias. Elle ne leur survivrait pas. Cette pensée me glaça le sang.
Je me tournai vers Saul. J'étais tellement préoccupé que je l’avais presque oublié. Il avait les larmes aux yeux, le visage tourmenté. Il semblait médusé, complètement dépassé par ce qu'il voyait. Il brisa son mutisme en disant avec colère :
- Qui sont ces gens ? ILS NE PEUVENT FAIRE CELA !
Je mis la main devant la bouche du jeune Maya pour le taire. Il était prêt à bondir et à tenter de les arrêter tous à lui tout seul mais je l'empêchai de partir le retenant avec force.
J'essayai de le raisonner.
- Tu risques de te faire tuer ! lui soufflais-je en lui faisant remarquer trois hommes armés qui étaient affairés à proximité au Temple de la mer.
Saul ne se calma pas pour autant.
- Nous ne pouvons pas rester ici à rien faire ! protesta-t'il. Ils sont en train de profaner les lieux, tout piller et saccager !
Je sympathisais profondément avec sa détresse, mais à deux, que pouvions nous faire ? Qu'est ce que j'aurais donné alors pour un téléphone cellulaire.
Je suggérai nerveusement à Saul que nous devions retourner au stationnement et trouver un téléphone pour alerter la police. Il était d'accord avec moi mais retourner ensemble augmentait le risque d'être découvert avec toute la surveillance qu'ils exerçaient. Saul voulait y aller seul. Il argumenta qu'il connaissait le terrain mieux que quiconque et qu'il pourrait facilement se faufiler inaperçu.
Il tenta de me rassurer et me suggéra de me cacher en attendant son retour. Je n'avais vraiment pas de choix; je ne voyais aucune autre possibilité. À contrecoeur je le regardai partir.
Je retournai mon attention vers les ruines. Ils commençaient par endroit à ramasser leur équipement et à conclure leurs fouilles. Ils n'étaient plus que deux au Temple de la mer. J'espérais que cela ne signifiait pas pour autant qu'ils avaient trouvé ce qu'ils recherchaient mais qu'ils abandonnaient craignant d'être exposés par la lumière du matin qui se faisait proche.
Quelque chose se produisit vers la sortie principale qui perturba momentanément leurs activités. J'aperçus, dans la plus grande horreur, Saul brutalement escorté et malmené en direction du Castillo par trois hommes. Je paniquai. Il me fallait faire quelque chose. Il n'était pas question de fuir et de l'abandonner. Je cachai le compas sous une pierre ne voulant pas risquer sa perte si jamais j'étais capturé à mon tour et m'immisçai silencieusement en plein territoire occupé.
Je surpris complètement les deux hommes du temple de la mer. À la fin de ma course, je plaquai l'un d'eux brutalement. Il fut projeté sous l'impact jusque au bord de la falaise. Je le vis perdre pied et disparaître. Le deuxième alla à son arme plutôt que de prendre la défensive. Cela me laissait l'opportunité de l'attaquer. Au lieu de me relever, je pris ses jambes en ciseau entre les miennes et le déstabilisai. C'était une de prise de lutte que j'avais appris à l'université. Je me tournai subitement avec force et la rotation de mes hanches le fit basculer. Il tenta de se relever, mais il n'était pas assez rapide; j'étais déjà sur lui et l'écrasait de mon poids. Il tenta désespérément de m'enlever et de résister; il me rua de coups. J'étais immuable. Lorsque je fus en position, je lui administrai une série de crochets vicieux au visage qui lui firent perdre conscience. Je regardai tout autour; il n'y avait aucune réaction; personne n'avait rien remarqué. Je pris une profonde respiration. Je ramassai son arme et relevai. Je n'avais aucun autre plan que foncer dans le tas et improviser. Je savais que cela était téméraire, stupide et sûrement suicidaire, mais j'étais résolu à tenter l’impossible pour sauver Saul. J'entendis alors une plainte désespérée toute proche :
- Help me! Someone help me, please!
Je regardai par dessus le rebord de la falaise. L'homme que j'avais poussé était toujours là, suspendu à plus de douze mètres au dessus des récifs sur lesquels s'écrasaient violemment les vagues amenées pas l'océan. Il se tenait précairement à force de bras; il devait être blessé car il semblait incapable de se supporter sur ses jambes. Sans aide, il était certainement pour mourir.
Je n'y réfléchis même pas; je lâchai mon arme et lui tendis ma main. Il me regarda d'abord incrédule, hésita un moment et il la saisit fermement. Je raisonnai qu'ainsi j'aurais deux otages à échanger contre Saul. Alors que je m'apprêtais à hisser un homme, j'avais négligé l’autre qui était moins sonné que je ne l'avais supposé. Il était à genoux, le canon de son pistolet braqué sur moi. Il enleva la sûreté, il avait le doigt sur la gâchette. Je vis le mépris dans ses yeux; je savais qu'il était décidé de m'abattre même si cela entraînait la mort certaine de son compagnon.
Soudain, son visage se convulsa. Il laissa tomber son arme alors qu’il regarda abasourdi la pointe de métal qui venait de transpercer sa poitrine. Il s’écroula mort. Je vis alors mon ange gardien, le Vigil de Chibirias accourir. Il n’était pas seul. Tulum s’éclaira de la lumière de multiples phares qui venaient après lui.
Je dis au Vigil :
- Saul a besoin d’aide. Va ! Je m’occupe de celui-là et je te rejoins.
Il me regarda une fraction de seconde sans rien dire et repartit en direction du temple.
Je remontai l’homme et le traînai sur le sol. Sa cheville gauche et son genou étaient enflés, l'os du fémur causait une protubérance à sa cuisse menaçant de transpercer sa peau. Sans prévenir, je saisis sa jambe fracturée, tirai d'un coup sec et replaçai l’os. L'homme faillit s'évanouir sous la douleur. Je l’avisai en anglais de ne pas bouger et que j’étais pour revenir pour lui.
Je suivis la traînée sanglante de victimes laissée par le Vigil alors qu'un groupe de mayas arrivaient en renfort depuis tous les accès au site archéologique. Saul avait bien réussit à demander de l’aide. Ils étaient des paysans de tout âges, armés de machette, fourches, bêches et bâtons et autre arsenal de fortune. Ils émirent des cris de guerre exprimant leur profonde indignation d'ainsi voir leur terre ancestrale violée. Le groupe de pilleurs tira quelques coups de semonce pour les intimider et les faire reculer. C’était peine perdue, ils furent submergés par la vague humaine. Pour les autres c’était la débandade, ils abandonnaient le terrain et battaient en retraite, fuyant vers l’escalier menant à la plage. Dans tout ce chaos, je trouvai le Vigil se battant férocement contre trois hommes alors que deux autres retenaient toujours Saul et s'en servaient comme un bouclier humain pour se protéger. Je sautai sur l'un d'eux. Il lâcha prise et tomba. Il se releva pressé de fuir et non de m'affronter ou de combattre. Je le laissai partir. Je regardai Saul qui finissait de s'occuper de l'autre homme qui l'avait retenu. Il savait également se battre. Il était bien en contrôle de la situation et il n'était pas blessé.
J’entrevis brièvement Lilith qui avait les mains bandées par des pansements. Elle fût choquée de me voir mais ne pu rien faire alors qu’elle était entraînée par les autres vers les embarcations qui les attendaient sur la plage. Les mayas crièrent victoire en regardant les profanateurs quitter Tulum et prendre le chemin de l’océan. Je priais qu’ils soient repartis bredouilles.
Des lumières bleues et rouges stroboscopiques se présentèrent enfin. Un haut-parleur beugla qu’ils étaient de la police fédéral, de rester sur place et de déposer les armes. Les mayas, nullement impressionnés, se dispersèrent dans la nuit. Le Vigil aussi en avait profité pour disparaître.
Saul et moi gardâmes les mains en l’air, bien en évidence en attendant qu’ils viennent. Nous n’étions plus que quelques-uns sur le terrain, essentiellement des caucasiens, des pilleurs battus et blessés d’après ce que je pouvais voir. Cela n’avait pas été le carnage que j’avais imaginé et cela me soulagea. Je fixai l’océan et le ciel qui s’allumait. L’aube arrivait. Je remerciai Dieu et Itzamna que nous soyons encore en vie pour voir un autre matin. Les forces de l’Ordre s’occupèrent d’abord des blessés et des autres victimes avant de venir nous fouiller et nous escorter vers une patrouille. Quelle ne fût pas ma déception et mon malaise de nous retrouver devant nul autre que Morales. Il était ravi de me voir. Cela n'augurait rien de bon. Il me passerait les menottes sûrement et m'arrêterais cette fois.