Partager l'article ! Partie 10.5: Je n'avais pas compté sur Saul qui prit la parole le premier. - C’est moi qui vous ai appelé en urgence et qui a alert ...
Je n'avais pas compté sur Saul qui prit la parole le premier.
- C’est moi qui vous ai appelé en urgence et qui a alerté les autres aussi ! Nous avons arrêté ces vandales dans leur profanation mais plusieurs d’entre eux ont fuit !
- Et lui ? demanda Morales à en m’indiquant à Saul.
- Il est avec moi répondit-il fermement.
- Un touriste innocent je suppose ? bafoua Morales.
- Non un ami ! répondit-il en me regardant, et un frère par le sang ! Sans lui, ces gens auraient pillé Tulum impunément, assura Saul. Il a risqué sa vie pour me sauver !
- C’est donc toi que ce gringo protégeait lors de son interrogatoire !
Saul ne comprenais pas ce Morales insinuait. Je regardai l'officier dans les yeux et lui confirma que sa déduction était correcte.
Il sourcilla et baissa la tête.
- Je ne le vois pas, je ne l’ai pas vu ! Qu’il parte !
- J’ai besoin de lui ! protesta Saul. Nous devons faire un tour préliminaire pour constater les dégâts avant que les inspecteurs fédéraux arrivent.
- Tu me complique la vie Ahulane Kin Balam ! maugréa Morales. Pourrais-tu au moins me dire ce qui s’est passé ici ?
Ils continuèrent à discuter en langage Yucathèque. Je n’y comprenais rien mais il m’était curieux et évident que Saul commandait un certain respect de la part de Morales.
Un hélicoptère de la police passa bruyamment au-dessus de nos têtes et s’en alla vers l’océan. Je supposais qu'il s'en allait faire des recherches en mer pour localiser les fuyards.
Après un longue conversion animée avec Saul, Morales grommela en espagnol :
- Qu’est-ce ce que je vais faire avec tout cela ? Comment vais-je expliquer tout cela ?
Il ne s’attendait pas à une réponse de notre part. Morales soupira et nous amena à d’autres officiers et il nous présenta Saul et moi :
- Ambos hombres son expertos. Ellos están ahí para comprobar los daños sufridos por el sitio arqueológico. (Les deux hommes sont des experts. Ils sont là pour vérifier les dommages causés au site archéologique.)
Il ordonna à notre égard :
- ¡Deje que el libre acceso al sitio! (Laisser libre accès au site!)
Je regardai Morales avec gratitude. L’inspecteur me regarda différemment qu’il ne l’avait fait jusqu’ici: il me sembla songeur.
Saul nous entraîna au bâtiment de billetterie. Avec sa clé, il pénétra dans le petit bureau, ouvrit un classeur et sortit un document.
- C’est la liste des vérifications qui doivent être faite après un ouragan expliqua Saul. Cela devrait convenir à la situation !
Il ramassa un stylo et me passa une torche électrique tout en disant avec craintes et anticipation :
- Allons vérifier les dégâts causés par ces gens et ce qui les intéressaient autant à Tulum !
Saul commença son examen minutieux des ruines, prenant son temps ne négligeant aucun détail. En examinant l’intérieur du temple des fresques il expliqua qu’il avait succédé à Papah à l’entretien et la surveillance des ruines de Tulum. Il était ainsi affilié par son travail et à ses études à l’INAH. Il rajouta que ce n’est pas ce boulot qui lui permettait gagner sa vie mais bien son travail de moniteur à l’Allure en attendant qu’il finisse sa thèse et deviennent pleinement archéologue. C'était du moins son plan de vie actuel.
La présence de Saul en ces lieux était donc légitime. Cela m’expliqua en partie le respect de Morales à son égard mais je me doutais qu’il y avait plus encore d'histoire entre les deux.
Nous avions terminé l’inspection du temple du dieu descendant et nous dirigions vers le Grand Temple du complexe du Castillo. Saul faisait assidûment tout le travail; je lui servais essentiellement d'éclairagiste. Ils nous étaient de plus en plus évident que Lilith et ses gens n’avaient pas voulus laisser aucune trace de leur passage; si nous ne les avions pas surpris, personne n’aurait jamais su qu'ils étaient venus.
J’en profitai pour laisser Saul un instant et retourner à la cachette où j’avais laissé le compas. Je trouvai que la pierre avait été bougée, le compas n’était plus là. Mon cœur s’arrêta, je tombai à genoux et fouillai frénétiquement le sol. Sans que je l’aperçoive venir, le Vigil était soudainement là. Son regard était dur. Comme un reproche il ouvrit la main et me redonna le compas.
Je lui dis :
- Tu peux le garder ! Tu es plus capable que moi de garder cet objet, il te revient !
Il répliqua sévèrement :
- C’est toi qu’Elle a choisi ! Je respecte son choix; tu dois le respecter aussi.
- Dans ce cas, joins-toi à nous ! Nous avons besoin de toi; j’ai besoin de toi !
- J’ai bien vu cela souligna le Vigil, et par plusieurs fois !
Le ton du Vigil était neutre autrement je l’aurais soupçonné d’avoir été railleur et hautain à mon égard.
Il continua :
- Je ne me joindrai pas à vous. Il faut éviter d’attirer l’attention que notre plus grand nombre amènerait. Je dois être furtif face à des ennemis qui se tarent dans les ombres!
J’étais déçu de ce qu’il venait de me dire. Après avoir réfléchis un instant sur ses paroles, je lui adressai un commentaire :
- En d’autres mots, c’est moi, qui bien mis en évidence comme un appât, débusque tes ennemis alors que toi tu peux les abattre en douce en venant de l’arrière !
- La stratégie a bien fonctionné jusqu’ici ! confirma le Vigil.
Je ne savais qu’en penser. J’espérais que le Vigil était capable de sarcasme mais il était très sérieux en annonçant :
- Je compte trouver le lieu où ils se terrent et frapper ! Cette vermine doit être détruite une fois pour toute !
Je lui reprochai amèrement :
- Et Chibirias, ton Akna, dans tout cela ? Tu n’en parles pas. Tu l’as abandonnée ?
- Tu ne comprends pas ! Elle connaît mieux que quiconque les risques et les enjeux de ce qui viens !
J’étais furieux; je saisis le bras du Vigil et je le surpris par ma force. Je lui demandais avec indignation :
- Quoi ? Quels enjeux, qu’est ce qui plus important que sa vie ?
Il ne répondit pas. Je vociférai :
- Saches que je ne n’abandonnerai jamais Chibirias ! Ah Hulneb, je te le jures que je la retrouverai saine et sauve.
Il me fixa de ses yeux intenses tout en me parlant chaleureusement pour la première fois :
- Je te crois et si quelqu’un peux vraiment le faire, cela sera toi !
Il se retira de mon étreinte et ferma ma main sur le compas. Il s’en alla en me laissant sidéré. Je réalisai que le Vigil était humain après tout, moi qui en avais douté jusque là. Un appel de Saul me ramena à la réalité.
Je le rejoignis au temple de la série initiale. Saul était découragé, il me montra la structure vide. La stèle qui y avait été placée avait été enlevée. Je n’abandonnai pas pour autant. Je regardai le compas. Le symbole du bacab montrait la direction générale de l’océan légèrement décalée vers le sud. La grande stabilité du disque me laissait supposer que la stèle n’était pas loin.
Je suivis la direction indiquée par le compas ce qui m’amena vers l’escalier. Je descendis à la plage. Je trouvai la stèle couchée sur le sable, toujours prisonnière de différents attelages et câbles qui avaient été utilisés pour la descendre. Lilith et les siens avait été contraints d’abandonner l’artefact dans leur fuite. Saul se précipita vers l’artefact et se mis à genou. À son ravissement, le monument de pierre était intact.
Le disque du compas devenait fou à mon approche de la stèle; il oscillait et commençait à tournoyer. Je montrai cela à Saul. Il sortit le disque de son petit bocal de verre et regarda la stèle. Il me demanda de la lumière. Je braquai sur lui le faisceau de la lampe de poche. Le symbole du bacab sur le disque semblait le même que sur la stèle où Saul me montra le nom de Chaac suivit de celui du bacab "Hobnil, fils d’Itzamna, gardant l’est depuis son royaume de « Zama »". Saul mentionna que « Zama » signifiait aube et que c’était aussi l’ancien nom de la ville de Tulum.
Il plaça la pièce sur la stèle pour faire une meilleure comparaison des glyphes. Quelle ne fut pas sa surprise en voyant le disque se placer par lui-même sur le symbole correspondant de la stèle comme si il avait sa propre volonté. Il tenta de la reprendre l’artefact, mais celui sembla irrésistiblement accolé à la stèle. Saul me demanda de l’aider. Ce n’est qu’avec notre force combinée que nous pûmes bouger le disque quelque peu. Le disque ensuite bougea de plus en plus facilement. Je remarquai que la pierre tout autour prenait une consistance pâteuse qui devenait de plus en plus liquide. Nous réussîmes à extirper le disque mais quelque chose d’autre y était acollée. Un autre disque beaucoup plus grand. Le soleil se leva et un de ses premiers rayons frappa la stèle avec une couleur rouge irréelle. La pièce de Chibirias brilla comme une étoile de métal en fusion. J’avertis Saul de ne rien toucher. Avec le tissu de mon gilet en coton ouaté, je ramassai les deux disques et les trempèrent dans l’eau de l'océan. Je ne comprenais pas ce qui s’était passé exactement, mais pour ramollir et désintégrer la pierre de chaux ainsi, il ne pouvait s’agir que d’un fort acide concentré qui a du être libéré lors du contact du disque du compas avec la stèle. J’avais raison car le tissus de mon gilet était brûlé et troué et qu'il se désagrégeait rapidement.
J’étais fasciné à l’idée qu’un ancien Maya avait dissimulé ce second disque lorsque la stèle a été façonnée et que sa pierre était tendre. Il avait aussi une connaissance élémentaire de la chimie. J'imaginai que l'acide devait avoir été originellement prélevé d'un site volcanique. Le système de relâche de l'acide avait été des plus astucieux tout comme la technologie régissant ces disques. Par exemple, j'étais certain que c'était ce second disque qui avait fait réagir le compas; les deux disques s'étaient attirés initialement comme de puissants aimants. L’eau de la mer lava le nouveau disque et lui enleva un couche de poussière grise. S’agissait-il de magnétite? Cela expliquait pourquoi il n'y avait plus aucune attraction maintenant, aucune influence mutuelle, bien que le petit disque flottant semblait toujours magnétisé.
Je regardai le disque nettoyés : le disque de la stèle était d’une couleur couleur rouge intense. La pierre qui le constituait était très dure et apparemment dense. Il était plus épais et massif que le premier, complètement plat et édenté dans un motif rappelant un soleil stylisé. Il y avait la même croix que sur le plus petit disque de Chibirias mais ce dernier se distinguait par des chiffres mayas et de nouveaux symboles associés qui étaient équidistants tout autour de sa circonférence ; j'en comptai vingt en tout.
Saul était surtout concerné par la stèle que nous venions d’abîmer et qui à ce point se désagrégeais en morceau. Je comprenais que ce que nous venions de faire allait à l’encontre de toutes ses convictions profondes de protéger son ancien héritage mais j’étais certain que notre découverte en valait la peine; après tout ce disque avait suscité tant de convoitises. J’étais heureux de notre réussite mais Saul restait penaud. Je tentai de le consoler.
- Nous blâmerons ceux qui sont venus cette nuit de ce qui vient d’arriver. Cela sera approprié après tout ce qu'ils ont fait !
C'était opportuniste d'ainsi se disculper mais à mes yeux cela était parfaitement justifié.
Saul ne paraissait pas partager mon avis.
J'ajoutai avec enthousiasme :
- Cette stèle avait une utilité, une tâche qu’elle a bien accomplie : elle a gardé ceci pendant des centaines d’années !
Sur ce, je lui montrai le disque que je venais de nettoyer.
Saul le regarda et émit un rire nerveux. Il ne l’examina que quelques secondes et secoua la tête, désenchanté.
- Désolé, ce disque n’a rien de fantastique ou d’inconnu. Il correspond à une babiole que tu peux retrouver dans n’importe quel boutique de souvenir du Yucatan !
Je ne comprenais rien alors que pour lui c’était trivial, évident. J’ai dû insister pour qu’il m’explique.
Il me dit avec détachement :
- Ce disque représente les 20 jours sacrés du calendrier Maya. Il est la base de leur calendrier. Il n’a rien de mystérieux ou de magique; il est parfaitement connu.
Il me regarda intensément pendant un long moment puis m’expliqua en relâchant un peu de son amertume :
-Les mayas mesurent le temps à partir de plusieurs cycles tous interreliés pour marquer le mouvement du soleil, de la lune et de vénus. Leur calendrier rituel est appelé le Tzolkin, le cycle sacré : il est composé de 260 jours, le nombre de jour ou vénus est visible dans le ciel comme étoile du matin ou du soir. Le calendrier fonctionnait sur une base de chiffres allant de 1 à 13 qui étaient successivement associées avec un des 20 noms ou symboles solaire du Tzolkin que tu as en main. Les symboles du disque me semblent anciens mais je peux leur attribuer leur nom traditionnel. Il me montra le disque en pointant un a un les vingt symboles sur sa périphérie. Voilà Imix, représentant l’océan, le monde de l’eau où tout a été crée ; Ik, le vent, l’air ; Ak’Bal, la maison nocturne ; K’An, le bâtiment, labyrinthe ; Chicchan, le serpent ; Cimi : la mort ; Manik’ : la main ; Lamat : Vénus ; Muluc’ : l’eau ; Oc : le chien, Chuen; le singe homme de bois ; Eb ; la dent ; Ben ; le roseau ; Ix : le jaguar ; Men : l’aigle ; Cib : l’âme ; Kaban : la terre ; Etz’Nab ; le couteau, le silex ; Cauac: l’orage et Ahau : le Seigneur . Les vingt jours du Tzolkin forment un mois, nommé Haab. Le cycle du calendrier est composé de 18 mois qui sont Pop, Uo, Zip, Zotz’, Zec, Xul, YaxKin, Mol, Ch’en, Yax, Zac, Ceh, Mac, Kankin, Muan, Pax, Kayab, Cumku. À cela le calendrier Maya ajoute un mois néfaste de 5 jours nommé l’Uayeb.
Je calculai mentalement :
Vingt multiplié par dix-huit égale trois cent soixante plus cinq donne :
-Les 365 jours de l’année ! m’exprimais-je à voix haute sans m’en rendre compte.
Saul m’entendit et sourit de ma compréhension. Je me rappelai également qu’il avait auparavant mentionné que le Compte Long du calendrier Maya commencé depuis le 31 août 3114 avant Jésus Christ se terminait au solstice de décembre 2012.
Pour moi cela fut une révélation :
- C’est la fin du Quatrième Soleil ! dis-je avec insistance. Ne comprends-tu pas Saul ? Tout cela commence à prendre du sens ! Chibirias m’a parlé du temps perdu ! Ceci est important !
Il était distant.
- Je ne sais pas, je ne sais plus...Laisse-moi y repenser; tout cela est trop pour moi...
Sa réaction me pris complètement au dépourvu.
- Je comprends ! exprimais-je faiblement. Je mentais : je ne comprenais absolument pas rien du tout dans son attitude ! J'étais immensément déçu, tout mon ravissement rabroué.
Saul s’excusa. Il devait compléter et remettre son rapport le plus tôt possible afin que soit décidé si oui ou non le site archéologique ouvrait aujourd’hui. C'était avant tout sa première responsabilité.
Je lui demandai si on se revoyait plus tard au courant de la journée. Il me répondit sans entrain que nous nous reverrions sûrement, puisqu’il travaillait comme moniteur à l’Allure plus tard.
Ce n’était pas la réponse que j’attendais ou espérais.
Je quittai Tulum sous le regard de Morales pour retourner à l’Allure. Je ressentais la satisfaction d'un premier devoir accompli mais en même temps la réaction de Saul qui ne partageait pas mon ardeur m’avait quelque peu attristé.
L'important est qu'il m’avait laissé repartir avec les deux disques.
Je déjeunai seul dans ma chambre en contemplant les deux artefacts. J’étais certain que Saul avait tort d’être ainsi défaitiste et que j’étais sur la bonne voie. Si je savais quelque chose sur les anciens Mayas, c'est qu’ils vénéraient le temps au point d’en faire une obsession. Ce deuxième disque était certainement un véritable artefact et non une contrefaçon. Il était vieux d'au moins onze siècles d'après la date sur la stèle où il avait été dissimulé. La pierre était très dure et selon son poids très dense. Son grain était très fin, lisse et extrêmement serré, la pierre semblait onctueuse à la vue et au toucher et montrait des variations subtiles de ton d’un rouge sang à un rouge flamme.
La pierre restait froide au toucher et même si je la gardais longtemps dans mes mains. Elle était donc peu conductrice de chaleur. J’estimai qu’il devait s’agir de jadeite, une variété de jade rouge. C’étais une pierre rare, semi-précieuse mais pouvait difficilement être considéré par elle-même un trésor inestimable.
La technologie qui avait permis la découverte de ce disque était par elle-même extraordinaire; elle dépassait mes connaissance du magnétisme. La magnétite peut devenir un aimant naturel à la suite d’une décharge de la foudre mais en rien la magnétite pouvait expliquer à elle seule le puissant champ magnétique et sélectif du compas. Ce métal était quoi au juste? Il était crystalin noir comme de la magnétite naturelle mais il y avait éclat submétallique bleuté qui me mystifiait. Je ne connaissait aucun minerai qui pouvait avoir de telles caractéristiques. Quelles étaient ses propriétés électrique, magnétique et physique ? Ceci défiait toutes mes connaissances scientifiques. Ce matériel étaient rien de moins que révolutionnaires.
Comment Saul pouvait-il être ainsi désillusionné face à une telle découverte ? Qu'avait-il espéré d’autre; une révélation divine avec des trompettes célestes ? Je comprenais qu’il soit concerné par le danger, les possibles victimes et le potentiel destructeur associé à cette aventure; je l'étais aussi.
Peut-être que je me trompais complètement sur les sentiments de Saul. Je croyais que mon Shaman avait malheureusement eu raison à son égard. Il avait les connaissances mais le merveilleux ne touchait pas son cœur. Il devait en fait être embêté que notre quête ait produit une réelle découverte. Il avait jusque là du se sentir sécurisé alors qu’il ne s’agissait que d’une poursuite de gringos lunatiques avide d'El Dorado. Maintenant il devait avoir peur, toute cette histoire remettait trop de ses dogmes personnels en question, cela bousillait ses perceptions d’une réalité et d’un passé avec lequel il avait été confortable jusqu’à aujourd’hui. Je sympathisais pleinement, après tout j’avais eu moi-même ces dilemmes au point de considérer la folie et même encore je n’étais pas complètement certain de rien. Ce fut un long cheminement depuis ma rencontre initiale avec Chibirias, mais j’avais finalement accepté d’envisager toute les possibilités, même les plus fantastiques et un nouvel univers s'ouvrait à moi. Je ne pouvais rien pour lui, c’est quelque chose qu’il devait résoudre par lui-même. Chose certaine, il me fallait continuer dans cette quête, avec ou sans Saul.
Je rangeai le disque de pierre dans mon étui de disques compacts que je garderais avec moi désormais. Je plaçai le disque de Chibirias de nouveau dans le compas en prenant soin d’utiliser de l’huile minérale légère, en fait de l’huile pour bébé, au lieu de l’eau Je ne voulais pas risque d’emdommage ou de rouiller le compas bien qu’’il m’avait semblé bien résister jusqu’ici.
Le symbole du bacab suivant le glyphe d'Hobnil sur le compas indiquait le Sud; je savais d’instinct qu’il s’agissait de la direction vers laquelle il fallait continuer. Le Sud, mais où exactement ? À un, dix, cent ou à plus de mil kilomètres ? Je voulais vérifier un détail qui pourrait m'aider à déterminer où je devais aller chercher.
Je retrouvai Aaron à sa cabane sur la plage. Comme je m'en étais souvenu, il n'était pas qu'un centre de location; il vendait également au détail. Le choix était modeste, mais tout était de grande qualité avec les marques les plus connues. En me voyant arriver, il était prêt à me fournir de l'équipement de plongée, mais je lui demandai plutôt si il savait où je pouvais me trouver une boussole et une carte de la région. Il répondit qu'il pouvait me fournir tout cela, bien sûr ! Ma demande sembla l'intriguer quelque peu. Je lui expliquai que je me préparais une excursion au sud de Tulum.
Il fût heureux de me présenter d'abord une carte touristique de la région. Il commenta que la majorité des visiteurs de la Riviera Maya ne se rende jamais plus loin que Tulum ne sachant pas qu’il s'y trouve la plus grande partie de l’état de Quintana Roo ainsi que plusieurs des plus beaux sites du Yucatan. Aaron recommanda chaleureusement cette région relativement sous-développée qui était merveilleuse pour les amants de la nature et autres amateurs de ruines et d'aventures.
Il me suggéra de commencer mon voyage à Chetumal, la ville capitale de l'état de Quintana Roo à la frontière de Belize pour ses restaurants, ruines et son musée qui est un des plus important du Mexique dédié aux Mayas.
Aaron me mentionna qu'un autre bel endroit à visiter est le lac Bacalar (Laguna de los Siete Colores) à proximité de Chetumal. Le petit village de Bacalar est lui-même un fort espagnol ouvert pour les touristes qui surveillait la frontière mexicaine. Il me recommanda d’allez voir le lac lui-même qui est un endroit fantastique pour nager et faire du kayak en particulier près de sa rive sud à Rio Chaak. C’est un de ses endroits préférés : il disait que nager dans cette crique au courant rapide est fantastique avec ses eaux chaudes parfaitement claires et sa jungle dense tout autour.
Il me montra sur la carte une excellente petite route à prendre qui amène à l'océan depuis Cafetal, tout juste après le nord du lac Bacalar à Majahual. Cette route amenait sur la dernière bande de plage déserte de la côte est de la péninsule du Yucatan. De là, il est facile de louer les services d'un bateau et d'explorer Chinchorro Banks, un grand atoll et complexes de coraux au large. Toute cette région inexploitée était destinée à devenir le prochain grand développement touristique. Il y avait déjà de nombreux projets hôteliers en branle. Je songeai que ce développement effréné changera sans aucun doute le caractère paisible et tranquille de cette région côtière du Sud-est comme ce fut le cas de Playa del Carmen.
Aaron m'offrit ensuite une carte routière détaillée du Yucatan et une autre carte géologique répertoriant les grottes et cenotes de l'est de la péninsule. Ces deux dernières cartes m'intéressaient particulièrement avec leur quadrillé référentiel de longitudes et latitudes. Je les achetai toutes. La boussole était rudimentaire, incorporée dans une plaque de plastique pouvant servir également de règle et de loupe. Si les scouts pouvaient s'orienter avec ce bidule, je le pouvais me débrouiller aussi. Je devais admettre qu'après la complaisance et la facilité du GPS à mon travail, cela constituait un retour en arrière pour moi.
Je chargeai tout à ma carte de crédit et remerciai Aaron. Je marchai sur la plage en direction de Tulum jusqu'à une charmante petite résidence désertée è cette heure du jour. D'après ce que je voyais la résidence avait un magnifique jardin avec un patio et une mezzanine surélevée perchée sur quatre poteaux. La vue d’en haut devait être magnifique.
Je regardai ensemble la boussole et le compas.
Première constatation : tout comme je m'y attendais, le disque de Chibirias influençait considérablement le compas. Il a été nécessaire de l'éloigner le disque de Chibirias du compas par une grande distance avant que le ce dernier ne retrouve le Nord magnétique. Le disque de Tulum n'avait aucun effet.
Comme il fut observé pour Tulum, je constatai que le bacab du disque flottant de Chibirias n'indiquait pas exactement un point cardinal; il montrait une faible inclinaison par rapport à l'axe magnétique nord sud définit par le compas. Cela me réjouit : cette inclinaison vers Sud Sud Ouest était quantifiable ce qui me permettrait éventuellement de calculer ma prochaine destination.
Je me rendis ensuite au lobby de l'hôtel pour arranger la location d'une voiture. J'attendis jusqu’à midi et n'ayant toujours pas revu ou eu de nouvelles de Saul, je pris la route du Sud après mon dîner.