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Lundi 29 juin 2009 1 29 /06 /2009 03:06

Ce n’était pas fini. Je vis les artefacts s’élever depuis les mains de Tunkuruchu Iki. La roue du Tzolkin, le calendrier sacrée que nous avions trouvé à Tulum, commença à tournoyer sur elle-même.

 

Une nouvelle voix s’éleva, puissante, enterrant toutes leurs discordes. C'était la voix d’une femme. Tel un ange noir elle sembla émerger du Ceiba. Chacune de ses paroles faisait vibrer tout mon être. Je la comprenais parfaitement, sans interprète, comme si elle s'adressait directement à moi :

- Dans le commencement, il existait le nombre 13, le symbole du temps et des cieux. Le temps de la gestation d’un homme est l'union des nombres 13 et 20, soit 260 comme les jours du Cholq'ij, aussi appelé Tzolkin, notre calendrier cyclique sacré. Le temps de la vie active de l'homme est de cinq cycles du soleil soit le temps que prennent le calendrier sacré et celui du temps solaire pour se retrouver, c'est-à-dire 52 ans. À cette période de 52 ans nous éteignons tous les feux et les flammes dans nos ménages et jetons tous nos ustensiles d'argile. Nous délaissons alors nos vielles vies et les remplaçons par des nouvelles en introduisant un nouveau feu, symbole d’une nouvelle vie, depuis un endroit central dans tous les villages et villes. La vie d’un soleil est de 13 baktuns. Le temps de vie de ce monde est de 5 soleils, 65 baktuns, soit près de 25 627 années solaires.

Vous êtes au quatrième soleil d’existence et à la fin de son dernier Baktun et un homme sage comprendra qu’il est en fait déjà à la fin du cinquième soleil.

 

Je contemplai cette femme, une Grande Dame de la noblesse. Elle semblait plus que centenaire mais dégageait une présence incroyable. Elle était assise de façon raide et distinguée contre le Ceiba et malgré son age avancé. Elle était grande et maigre au point d’en être quasi squelettique et portait une grande robe de coton noire aux manches exagérément longues et larges. Sa robe foncée contrastait avec son visage dur et sévère qui était délicatement poudré de blanc. Ses yeux vifs étaient relevés par un fard à paupière et ses joues et lèvres étaient savamment maquillées. Elle était adornée de plumes et de bijoux de jade délicats sans pour autant être exorbitants. Ses longs doigts effilés étaient parfaitement manucurés. Sa présence suggérait un haut degré de raffinement et d’autorité, je constatais à quel point elle était à la fois respectée et crainte par l’audience.

 

- N’est-elle pas magnifique ? me demanda le Shaman qui s’était pointé à mes côtés.

 

Elle se leva avec difficulté et marcha parmi les prêtres à la fois épouvantés et en adoration devant elle. Mon Shaman avait raison elle était une femme magnifique et magistrale! Je me levai, je voulais aller la joindre. Rafaele me pris par le bras et me pria de ne pas bouger. Je réalisai que cette impulsion n’était pas venue de moi mais bien de mon Shaman. Je ressentait de lui un tourment d’émotions intenses : amour, passion, joies, peines, désespoir, regrets, beaucoup de regrets.

 

Elle continua son discours tout à fait imperturbable. En l’observant, je compris qu’elle n’était pas réelle, juste une image, un autre fantôme d'un passé lointain.

 

- Dois-je vous rappeler que le calendrier est l’enseignement sacré d’Itzamna; il est un des plus grand héritage qu’il nous a laissé ? Vos pères ont accepté d’abandonner le rapport de notre calendrier au compte long; pourquoi ? Pour favoriser des échanges, le commerce, forger des influences politiques avec ces chiens de barbares qui se donnaient le nom de « grands artisans » et qui ne comprenaient pas les subtilités de notre compte long. C’est pourquoi ils avaient rejeté son utilisation. Après tout, ils saisissaient à peine les bases de nos mathématiques les plus fondamentales.  Il n’avait jamais été question auparavant de faire des compromis qui nous demandaient de trahir nos plus grands principes en tant que peuple mais nous l’avons fait. Nous nous sommes abaissé à leur niveau en oubliant que sans les enseignements originaux d’Itzamna nous n’étions pas mieux que ces chichimèques, ces chiens de barbares.

 

Notre date d’origine est essentielle; renier cette date va à l’encontre de nos coutumes, nos traditions, notre identité. C’est à l’encontre de ce que nous sommes; c’est renier nos origines et tout notre passé écrit.  Notre peuple en renonçant au compte long a vendu son âme ! Si vous avez des craintes face à la terminaison prochaine de notre monde et pensiez que d’arrêter le compte long évitera la catastrophe annoncée, détrompez vous. Il est ridicule de penser que l’on peux arrêter le cours du temps et du destin pas plus que le cours du soleil. Le calendrier ne causera pas le malheur prochain; il ne fait que l’annoncer. Il doit être retrouvé pour que vous puissiez comprendre votre passé, votre présent et votre avenir!»

 

- Elle est revenue pour moi ! Je ne serais jamais parti si j'avais su ! commenta aimablement mon vieil homme ému.

 

L’audience des Mayas resta silencieuse. La vieille femme les sermonna alors tous avec reproche :

« La fin de ce monde est proche et tout comme dans la dernière création, seul Itzamna et ses enfants peuvent recréer le monde et amener le cinquième soleil. Rappelez- vous qu'a la fin, tout s'écroulera, tous tomberont, qu'ils soient Mayas ou pas. Tous les hommes seront égaux au Dominion de Xibalba ! Seuls ceux de vertu et qui le mérite aux yeux d'Itzamna pourrons se relever dans le nouveau monde.»

 

Cette annonce de l'Armageddon prochain nous ébranla tous. Elle repris son dialogue de façon plus conciliante :

 

« Vous avez peut-être renié ou oublié Itzamna; sachez que vous avez tous le respect d’Itzamna malgré cela. Il a promis qu'il reviendrais et son temps approche maintenant que nous sommes si près de la fin !

Dans les temps qui viennent rappelez vous qu’Itzamna est le véritable protecteur de notre peuple. Méfiez vous de l'autre serpent à plume et de ses paroles douces et trompeuses car même si il promet la gloire et fortune, il ne peut que rendre décadence et pourriture. Il peut être vêtu de blanc mais son cœur est d'obsidienne. Il se terre dans la nuit noire et danse dans l’orage. Il attise la haine et la discorde et se nourrit des fruits amers de la guerre car il a faim du cœur des hommes et soif de leur sang.

 

Vous doutez peut-être qu’Itzamna ne soit aussi puissant que l’incarnation sombre du grand serpent à plumes avec ceux qui se cachent derrière lui, mais détrompez-vous car il n’a pas besoin de l’être ! Rappelez-vous que Itzamna a vécu comme nous, il était de notre peuple.  Il donne sa force dans le cœur de ceux qui lui sont restés fidèles et devant sa grande sagesse, les terreurs et les illusions du sombre serpent à plumes n’ont pas de pouvoir. »

 

Mon Shaman était anxieux et n’en pouvait plus, il se leva et spontanément s’élança dans le cenote. Il ne tomba pas. Il marcha dans les airs et il semblait rajeunir avec chacun de ses pas. De l’autre côté, il avait l’apparence d’un jeune homme s'étant à peine affranchit de l'adolescence avançant de façon à la fois désinvolte, maladroite et craintive vers elle. Il avait un tambour dans le dos, retenue à son épaule par une sangle. Toh Pepem changea aussi. Elle était devenu une toute jeune femme séduisante, d’une effarante beauté aux longs cheveux d’obsidienne. Je voyais en elle Chibirias, ses yeux, son visage. Il y avait un lien.  Le jeune homme au tambour s’approcha timidement et la femme lui échangea un sourire espiègle. Il posa doucement, timidement ses lèvres sur les siennes. Elle lui rendit son baiser, un baiser long et langoureux. Dans un éclair de lumière bleue, tout les deux disparurent. Les disques jonchaient le sol.

 

Il y eu un silence complet. Je n’entendais que le bruit des feuilles de la forêt gentiment agitées par le souffle d'un doux vent léger.

Rafaele était comme tout les autres mayas, complètement stupéfait par ce qu’il avait vu. Je lui serrai la main et lui indiquai que tout était pour être correct.

Beaucoup de temps passa avant que quelqu’un n'ose bouger ou parler.

Le silence fut brisé par le chaos de la confusion bruyante des religieux mayas.  J’imaginais que les "Novenas" procèdent habituellement de façon différente. Le discours de cette femme me fit comprendre que le temps perdu qu'avait mentionné Chibirias devait être en fait le compte long des mayas. Chose certaine, la nécessité et l’importance de la quête qui m’avait été confiée avait été professée de nouveau.

Je voulais me relever et indiquai à Rafaele de me suivre mais ce dernier insista que je reste tranquille et attende encore.

Je vis des prêtres hochant toujours la tête visiblement encore bouleversés de ce qu’ils avaient vu et entendus.

Rafaele interpréta pour moi ce qui se disait :

- Est-il possible que cet étranger soit vraiment l’émissaire de Yumil Kaan, "le Père du ciel" ? clama un prêtre. Cela expliquerait beaucoup ! »

- Cela n’explique rien. L’étranger n’a jamais été mentionné explicitement dans aucunes de nos visions répliqua sèchement Tunkuruchu Iki.

- Nous avons besoin de temps pour méditer et de réfléchir à tout cela ! dit un autre prêtre.

- Il n’y a rien à réfléchir. Nous n’avons rien appris que nous ne savions pas déjà ! dit sévèrement Tunkuruchu Iki.

 

- Mais vous avez tous vu et entendu la « Kiichpam Kolel », la Belle Grand-mère ! rappela un prêtre encore ébranlé.

 

- Oui, j’ai aussi entendu la « U Kolel Cab », la Grand-mère la Terre et elle n’était pas heureuse avec nous répliqua une jeune prêtre.

 

- Le jeune homme au tambour était-il Voltan ?  Dans ce cas nous avons vu aussi la jeune Ix Chel !

 

Tunkuruchu Iki s’adressa fermement, avec autorité, à l’ensemble des prêtres :

- Vous ne pouvez pas croire tous les délires de cet étranger ! Il a tout fait comme Hollywood, des trucages et des acteurs comme dans les films d’Hollywood, je vous le dis !

 

Il ne semblait ne pas avoir convaincu personne dans son dernier essai pour me discréditer. Tous avaient comme moi ressentis intimement tout ce qui c’était passé.

- Une chose est vraie, notre ère achève bientôt admit gravement le gardien de Muyil, Piero Hunkuk Tancah.

 

Un prêtre qui était resté silencieux jusque là commenta :

- Avant de pouvoir juger et de me faire une opinion de ce que j’ai vu ici en cette nuit, j’aimerais que cet homme ne soit plus un étranger. Nous ne lui avons même pas laissé l’occasion de se présenter à nous !

 

Il y eu des chuchotements dans le groupe des prêtres, quelques uns hochant la tête en approbation avec ce qui venait de se dire.

 

- Sa voix n'a pas de portée ici, il n’est pas de notre peuple ! rétorqua sèchement Tunkuruchu Iki.

 

Vraiment, il ne m'aimait pas du tout celui là !

 

 - C’est vrai que seule la croix a une voix ici, admit Piero, et elle l’a défendu !  De plus il est indéniable que la Grand-Mère est venue parce qu’il était ici !  Elle ne c'était jamais manifestée ainsi auparavant, vue et entendue par tous.

 

Piero et Tunkuruchu Iki parlaient d’égal à égal me laissant croire que le gardien de Muyil était aussi un Kan Ek', un cardinal du Culte de Croix. Maintenant que j'y avais pensé, je réalisai que leur accoutrement et ornements qui devaient désigner leur statut étaient comparables. Leur influence respective polarisait les autres prêtres en deux groupes distincts d'opinions irréconciliables.

 

Le prêtre qui voulait m'entendre s'adressa à moi :

- Toi ! Viens à nous ! Dis-nous qui tu es et ce que tu est venu faire ici ?

Je m'avançai vers eux avec Rafaele mes côtés qui traduisit mes paroles.

- Mon nom est Alexandre Michel, je suis né au Canada dans une ville appelée Trois-Rivières. Je ne suis qu'un homme et je n'ai aucune autre prétention me concernant. J'ai demandé à vous rencontrer pour vous informer de la quête qui m'avait été confiée et consulter votre sagesse concernant les choses étranges qui me sont arrivées.

Le prêtre me questionna :

- De quelles choses étranges parles-tu ? Tu es venu pour nous parler, alors parles sans crainte !

 

Je leur racontai ma première rencontre avec le Shaman, comment il m'avait ramené des portes de la mort. Je décris ensuite ma rencontre avec Chibirias et comment elle m'avait refilé le disque avant d'être enlevée.  Je mentionnai mon expérience à Chichen Itza et les visites nocturnes des Wayobs et des Dzolobs. Je leur parlai aussi de Lilith et de son frère, de notre nuit à Cobá, de celle de Tulum et enfin de ce que j'avais vécu dans le monde de Naum. Mon récit causa de nombreuses réactions et discussions.

Le prêtre se tourna vers Rafaele et lui demanda :

- Toi, jeune Kin Balam, tu le crois ?

Je vis le regard rassurant de Piero dirigé sur son neveu. Il me traduisit la réponse de Rafaele :

- Oui, je le crois !  J'ai par moi-même été témoin de certaines des choses qui vous a raconté. Je dois également admettre qu'il est celui qui a demandé à vous rencontrer bien que je le lui aie déconseillé.

- Je vois ! dit le prêtre gravement.

- Vous n'allez pas tout de même croire ces histoires pour épouvanter de jeunes enfants ! railla Tunkuruchu Iki agacé.

Le prêtre qui m’avait questionné s'approcha de moi. Il examina mes mains, mis les siennes sur les miennes.

 

- Pourquoi pas ? Il vient de l'extrême Nord, il a vécu tout juste en dessous du siège de Xaman Elk. Il a certainement été plus proche du dieu que nous !  De plus, je ne crois pas un homme capable d'inventer de telles histoires; cela ne lui profiterait en rien.

 

- Un grand sage comme vous ne peux croire en de telles balivernes.  Les dieux mayas appartiennent au peuple mayas ! siffla fanatiquement Tunkuruchu Iki.

 

- Les dieux n'appartiennent à personne, surtout pas aux hommes ! sermonna sévèrement le prêtre. C'est leur attribut divin de faire ce qu'ils veulent, et seul au Dieu suprême Hunnab Ku, ils sont tenus imputables. Ils favorisent, si tel est leur bon désir, ceux qui leur sont fidèles et leur font honneur.

 

- Nous ne pouvons pas prendre le risque de confier à un étranger ce qui pourr       ait être un précieux héritage de notre peuple s'offensaTunkuruchu Iki.

 

Piero lui demanda abruptement :

- De quel risque parles-tu ? Ce que cet homme désire ne diffère pas des autres étrangers qui recherchent et dégagent dans la forêt les anciennes cités de nos ancêtres et que nous laissons travailler en paix ! 

 

- Ce sont tes bons amis ! argumenta vicieusement Tunkuruchu Iki. Tu leur dois toute ta richesse !

 

- Ils connaissent notre passé souvent mieux que nous même ! contre-attaqua Piero.

 

J'observais depuis un moment Tunkuruchu Iki, je tentais de saisir l'homme derrière sa façade d'obstination. Il essayait désespérément de montrer qu'il était en contrôle. Il tentait ainsi de dissimuler la terreur que je devinais dans ses yeux.

Je demandai à Rafaele de traduire mes propos. Je m'adressai au vieux prêtre :

 

- De quoi as-tu peur Tunkuruchu Iki ? As-tu peur de moi ?

 

J'avais vu juste. Ma question foudroya le prêtre sur place. Son regard me fustigea. Je cru pendant un instant qu'il était pour me sauter dessus et tenter de me tuer.

Il me surpris en me répondant au contraire d'une voix douce et pausée :

- Je crois que certaines choses du passé sont mieux oubliées afin que les morts continuent de reposer en paix et qu’ils ne tourmentent pas les vivants ! Et oui, j’ai peur de celui qui amènera la fin de ce monde !

 

Ce qu'il dit me laissa bouche bée; cela résonnait avec les paroles du jeune guerrier de Cobá.

 

Sur ce, Tunkuruchu Iki me tourna le dos et nous quitta en entraînant d’autres prêtres avec lui. C'est curieux j'avais de la peine pour lui en le voyant aller. Il y avait eu une fatalité et de la douleur dans ses propos; j’étais convaincu qu’il savait quelque chose, un secret qu’il ramenait et désormais gardait avec lui.

 

Le prêtre qui m'avait été sympathique conclut :

- J’admets qu'il y a un risque à laisser aller cet homme mais je vois un plus grand risque encore si il nous a dit la vérité et que nous l'empêchons d'effectuer sa quête.

 

Le groupe de Cruzobs réagit fortement. Cela ne faisait pas l'unanimité. Le prêtre leva sa main avec autorité et les laissa se calmer avant de reprendre son discours :

 - Ceci ne sera pas que sa quête personnelle; c'est aussi la quête de notre peuple car les dieux nous ont aussi parlé. Il ne sera pas laissé seul car un de nous restera avec lui.

 

Son regard se posa sur Rafaele toujours concentré à me traduire ses mots et qui n’avait pas saisit le propos implicite du prêtre. Rafaele regardait sans comprendre autour de lui semblant attendre tout bonnement qu’un volontaire se manifeste. 

Piero lui souffla : Kin Balam!!!

-Quoi ? Moi ? s’exclama Rafaele incrédule.

Le prêtre dit oui en hochant la tête et lui dit gentiment :

- Oui, si tel est ton désir Kin Balam, fils de Papah et qu’aucun ne s’y oppose ! Il me semble que tu a été déjà été tout désigné par les dieux à cette tâche !

 

L’audience resta silencieuse.

Je regardai à mon tour Rafaele avec insistance en espérant qu'il finisse par répondre.

Le jeune maya finit par balbutier :

- Oui, je le veux ! He’le’ (Qu’il soit ainsi !)

-He’le’ dit le prêtre avec allégresse.

- He’le’ répétèrent plusieurs des prêtres.

Je compris qu’a cet instant solennel, Rafaele avait été confirmé dans le cercle restreint des initiés de la Croix.

Le prêtre nous rendit les artefacts en disant :

- Pa’tak tech ! (Ceci devrais rester avec vous !)  Xiik tech utsil! (Bonne chance !)

J'avais reconnu en cet homme son charisme, sa diplomatie, son sens de justice et les qualités d'un grand dirigeant; il inspirait le plus grand respect.

Je le saluai en disant :

- Dyos Bootik, Ahau Kan, Nohoch Tata!

J’espérais avoir dis quelque chose comme "Merci, que dieu te bénisses Seigneur Sage, Grand Père pontife !".

Le prêtre sourcilla semblant surpris de ma réplique, sourit à demi amusé et répondit simplement :

- Mixbaal ! De nada !

 

Il cria ensuite aux derniers prêtres :

- Kó’one’ex ! (Allons-y tous !)

L'audience des prêtres se dispersa ne laissant derrière eux que les gardiens et ceux chargés de prendre soin de la Sainte Croix.

Je restai derrière alors Piero et Rafaele firent leurs adieux respectifs. Je saluai Piero une dernière fois.

 

Nous retrouvâmes le village et la voiture. Je tremblais encore, j'avais le sanglot à la gorge. Rafaele lui semblait au contraire déborder d'énergie. Il était surexcité.

-Tu as tout entendu et vu la même chose que nous? L'arbre, la belle grand-mère?

- Oui! parvins-je à dire tout simplement.

Je devais admettre que cela avait été fantastique; un véritabe miracle mais j'étais complètement draîné de toute ma vitalité. Je ne voulais même plus penser à rien!

- Papah avait raison: les anciens dieux n'ont pas oublié les mayas. Il sont venus nous parler! s'exclama Rafaele toujours sous l'émotion.

 

Une question demeurait d      ans mon esprit.

-La dame en noir, qui était-elle? demandais-je.

 

- Nous l'appellons la belle grand-mère ou la grand-mère de la Terre.           Je crois personnellement qu'elle était une manifestation d'Ix Chel. C'est la première fois à ma connaissance qu'elle se manifeste ainsi!

 

- C'est drôle, j'avais un autre nom nom en tête, mais j'ai oublié maintenant!

 

Je laissai Rafaele conduire. Je me sentais alors en quelque sorte soulagé, subitement allégé mais en même temps extrêmement épuisé.

Je me calai dans mon siège. Encore une fois, une autre nuit était passée et le matin était tout proche.

 

- Merci d’être resté avec moi au travers de tout cela ! dis-je au jeune Maya tout simplement.

 

- Tu es pris avec moi que tu le veuille ou non ! plaisanta Rafaele.

 

Alors que nous nous approchions de nouveau de la localité de Felipe Carrillo Puerto, une idée me trotta dans la tête. Je pris une carte et localisai les communauté des Cruzobs. Le village que nous venions de quitter ne figurait même pas sur la carte. J'approximai sa position. Comme je l'avais supposé ce village perdu, Chan Santa Cruz et Tixcacal Guardia formaient une ligne interceptée par l'axe de l'alignement de Tulum et Chunyaxche formant un "T", une représentation de la croix des Mayas. Ce n'étais pas une coincidence, je comprenait maintennt pourquoi Rafaele nous avait amené explorer ce lieux avec le compas. Mis à part à Tulum, nous n'avions rien trouvé; pourquoi? Était-ce parce-que les autres artefacts avaient déja été récupérés? J'en doutais fortement car le compas indiquait toujour une direction précise vers le sud. Je considérai que la position des artefacts était intimement liée au baccabs, les fils d'Itzamna placés au quatre coin du monde. Les Cruzobs avaient été acculés et contraints dans une région sauvage, éloignée et restrainte du Yucatan par les conquérants espagnols et les        autorités mexicaines. Le monde Maya n'était pas pas limité qu'aux Cruzobs: il était beaucoup plus vaste. Les baccabs devaient donc être étendu sur un grand territoire. J'en discutai avec Rafaele; il avait eu déja la même intuition. Il    ajouta avec excitation qu'il croyait que les baccabs bornaient plus précisément le monde d'Itzamna.

 

Je ramenai l'attention de Rafaele sur la route lors qu'il dérivait sur la voie de service en construction.

Je sympathisait avec son enthousiasme. Ce qui c'était produit cette nuit était tout à fait extraordinaire. Il y avait tellement de chose que je ne comprenais pas de toute cette expérience. Qu’est ce que tout cela voulait tout dire ? J’avais une tonne de questions que j'aurais voulu poser à  Rafaele mais j’étais complètement naze et n’avait pas la force de lui demander.

 

Le soleil était bien élevé dans le ciel lorsque nous finîmes par retrouver le portail de l’Allure. Le gardien nous reconnus et nous laissa passer tout en nous saluant. Nous rendîmes les clés de la voiture au centre de location du lobby. Rafaele s'attaqua alors aussitôt à son boulot alors que je retournai à ma chambre en me traînant les pieds. Je croisai sur mon chemin les autres résidents de l'hôtel allant au buffet du petit déjeuner ou déambulant déjà vers la plage et les piscines.

Par pur automatisme, je retrouvai mon lit et m’écroulai sur le matelas tout habillé. Ma dernière pensée fut pour cette femme en noir. Qui était-elle? Quel rapport avait-elle avec cette quête et avec Chibirias ?

 

 

Fernando Castro Pacheco (Mérida, Yuc. 1918 - ). Mural en el Palacio de Gobieno, Mérida, Yucatán, México.
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/ab/Itzamna-Lawrie-Highsmith.jpeghttp://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/35/Estela_de_Madrid_%28Museo_de_Am%C3%A9rica%29_01.jpg
Un des fils d'Itzamna, un des quatre bacabs.

Mayan and Sacred tree par Bill Liao

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/47/Chan_Santa_Cruz_Maya.gif

 


Par A. Saint
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