Partager l'article ! Partie 12.1: Je me réveillai dans mon lit tout surpris. Comment m’étais-je retrouvé ici? J’entrevis entre mes paupières entreouvertes ...
Je me réveillai dans mon lit tout surpris. Comment m’étais-je retrouvé ici? J’entrevis entre mes paupières entreouvertes les chiffres luminescents de mon réveil qui indiquait douze trente. Je laissai ma tête s’enfoncer dans mon oreillé tout douillet et me retournai prêt à fermer mes yeux pour retrouver le sommeil. Je changeai d’idée et me forçai à me lever de mon lit. Je me rendit à mon pupître et ramassai du papier et un stylo et notai tout ce dont je pouvais me rappeler de mes rêves. Il y avait encore été question de la destruction du monde et de recréation. Je savais qu’il s’agissait de thèmes intimement imbriqués dans la mythologie Maya mais devais-je comprendre tout cela dans son sens littéral? Je savais maintenant que Toh Pepem était la gardienne originelle du médaillon qui dissimulait le disque de Chibirias. Elle l’avait léguée à son petit-fils ce qui signifiait que sa lignée avait gardé ce secret pendant des générations. J’avais un pincement au cœur en repensant à Dzacab qui avait payé de sa vie la sauvegarde du médaillon au puits sacré de Chichen Itza. Je réalisai que mon Shaman, le Guetteur d’Étoiles était donc aussi de sa descendance.
Mon estomac criait famine. Je décidai de ne plus rabrouer toutes ces questions jusqu’à ce que j’aie l’occasion d’en discuter avec Saul.
Je dînai et décidai de passer le reste de l'après-midi tranquille à la plage en attendant la soirée. L'astre du jour miroitait sur l’océan. Le balancement du bruit des vagues et la chaude étreinte du soleil me réconfortait. Je te tentai de me reposer, mon esprit constamment préoccupé par des milliers de questions restées sans réponse depuis hier. Mes pensées me ramenaient toujours et encore à Chibirias. Où était-elle? Comment allait-elle? Je pensais toujours et encore à elle jusqu’à l’obsession.
- Salut toi!
Saul me sortit de mes réflexions. Il m’étonna en s’assoyant et en s’étendant sur la chaise longue à côté de moi. Il émit un long soupir et se laissa relaxer.
Quelque chose n’allait pas. Je le regardai perplexe. Ne risquait-il pas de s’attirer l’attention de ses superviseurs et de causer des problèmes à son emploi?
Il m’annonça nonchalamment:
- Je suis prêt à y aller dès que tu l’es!
Tu as déjà fini de travailler? demandais-je surpris.
- Oui!
Il ajouta ensuite tout bas :
- En quelque sorte...
Je n’aimais pas du tout le ton de ce qu’il venait de dire.
- Que veux-tu dire par « en quelque sorte »?
- Je ne travaille plus ici! admit-il enfin. À la suite de la cérémonie de la Croix Parlante, je me suis engagé devant mes pairs. J’y ai bien songé : ce n’est pas quelque chose que je puisse faire à temps partiel; je dois m’y dédier complètement. C’est un devoir!
Je comprenais bien et j’étais d’accord avec lui sur le principe. La quête que m’avait confiée Chibirias ne serait pas résolue en y consacrant quelques heures perdues par nuit. Nos ennemis, incluant Lilith et son frère, y travaillaient sans doute sans relâche à plein temps. Je trouvais injuste par contre que Saul ait à sacrifier son emploi pour cela.
Devinant sans doute ce qui me tracassait, ce dernier tenta de me rassurer avec complaisance :
- Rassure-toi, je n’ai pas démissionné; j’ai juste pris une sabbatique! Ils étaient déjà prévenus qu’il me serait peut-être nécessaire de suspendre mon emploi pendant un certain temps pour me concentrer sur ma thèse. Cela m’avait été accordé comme une de mes conditions lors de mon embauche.
Je trouvais cela accommodant de la part des administrateurs de l’Allure et je devais admettre que cela me convenais bien. Mais je comptais bien en retour compenser Saul pour ses pertes de revenus.
Je lui demandai alors tout préoccupé :
Tu es certain de cela?
Il me fit signe affirmativement et ajouta après un moment :
- Oui, plus que tout! Quel est notre plan?
Je lui montrai le compas de Chibirias et lui annonçai:
- Le Sud, nous allons vers le sud!
Saul sourit et hocha la tête. Il était parfaitement en accord avec moi.
- Tu veux partir quand?
- Maintenant? lui répondis-je. Je ramasse mes affaires et je suis prêt!
- Prend tout ton temps! dit Saul en se calant dans son siège et regardant la mer. Je le laissai savourer le moment.
J’attendais patiemment sur l’autoroute adjacente à l’hôtel accompagné de mes valises. J’avais libéré ma chambre et régler ma note. J’étais vraiment triste de quitter l’Allure. Cet endroit avait été plus qu'un simple hôtel pour moi; je m'y étais vraiment senti chez moi. J’y avais connu une nouvelle vie, lavé de mon ancienne par ce baptême de feu m'ayant empreint d’émotions extrêmes.
Deux petits transports communautaires passèrent; je leur signalai poliment de ne pas s’arrêter et de continuer à chaque fois. La chaleur était torride sous la radiance du soleil de l’après midi: je sentais la sueur ruisseler sur tout le corps. Je vis enfin Saul s’amener.
Je déposai mes bagages en arrière et pris place dans la jeep. Je regardai le grillage et l’arche de fer forgé dont le tracé intérieur se lisait Allure. Je saluai une dernière fois le gardien du portail alors que Saul reparti et accéléra vers la ville de Tulum. J'appréciai le courant d'air en route dans la décapotable; il était rafraîchissant.
Nous traversâmes de nouveau le village de Felipe Carrillo Puerro. La vue des rues et bâtiments de cette petite ville me laissa une impression étrange à la suite des évènements de la nuit dernière. Cela me rappela parler à Saul de mes rêves, question de voir s’il pouvait faire du sens de tout cela.
Le nom de Toh Pepem n’évoqua d’abord rien pour lui. Je voulus lui décrire mes rêves où elle était impliquée. Je sortis les notes que j'avais griffonnées à mon réveil; j'avais beau m'efforcer de me relire mais essentiellement je ne pouvais faire aucun sens de mes gribouillis. Je m’efforçai à raconter à Saul tous les détails que j'avais encore en mémoire.
Il tourna la tête vers moi et me dévisagea avec ses sourcils levés, front plissés.
Il commenta :
- J'aimerais bien avoir des rêves comme les tiens!
Selon lui Toh Pepem, Papillon d’Obsidienne ou Papillon griffu, devait correspondre à la déesse aztèque Itzpapalotl. Cette terrible déesse était une démone des étoiles qui pouvait apparaître sous la forme d’une belle et séduisante femme ou celle d’un ange noir terrifiant avec une tête squelettique et des ailes de papillons ou parfois d’aigle aux extrémités affutés avec des lames d’obsidiennes. Elle était aussi une magicienne accomplie capable se rendre invisible et de se montrer dans les rêves des hommes tout comme elle l'avait fait avec moi. Pouvait-elle être considérée également comme celle qu’il avait reconnue comme étant la Belle Grand-Mère hier soir?
Saul souligna que la déesse aztèque avait plusieurs rapprochements avec la mythologie maya. Par exemple, elle était reine du domaine de Tamoanchan, le Paradis terrestre où dépendant de la mythologie, Itzamna ou Quetzalcóatl avait recréé la race humaine à partir de restes humains osseux retrouvés à Mictlan ou Xibalba. La terre avait été ainsi repeuplée après le grand cataclysme. Le mot Tamoanchan lui-même ne venait pas de la langue de Nahuatl
23 même si les Aztèques utilisaient ce nom qui a en fait ses racines dans l'étymologie maya et qui pourrait être traduit comme "endroit du ciel brumeux ".
Sous Itzpapalotl, Tamoanchan était le paradis terrestre réservé aux femmes mortes dans l'accouchement et aux enfants mort-nés. Itzpapalotl était ainsi la divinité patronne des sages-femmes et était associée à d'autres déités femelles telles que Tlaltecuhtli, Coatlicue, Citlalinicue et Cihuacoatl qui ont été adorées par les femmes de parturiente. C’était également un des attribus de la déesse Ixchel et de la Belle Grand-Mère de la Terre.
Saul me parla ensuite des Tzitzimimeh qui étaient les déités femelles qui étaient tombées du ciel. Elles étaient associées à la beauté et la fertilité. Elles avaient un double rôle dans la religion aztèque : elles étaient les protectrices du féminin et de la progéniture de l'humanité même si elles étaient également puissantes et dangereuses, particulièrement en quelques périodes d'instabilité cosmique.
Les Tzitzimimeh étaient intimement associées aux étoiles, particulièrement aux étoiles qui peuvent être vues autour du soleil pendant une éclipse solaire. Ceci a été interprété comme étant les Tzitzimimeh attaquant le soleil et qui profitait de l’obscurité en plein jour pour descendre sur terre et dévorer des êtres humains. Les Tzitzimimeh étaient également craintes pendant les cinq jours malheureux appelés Nemontemi qui marquent une période instable du compte aztèque de l'année ainsi que pendant la cérémonie de renouvellement par le feu, qui tout comme pour les mayas, marquait le commencement d'un nouveau cycle du calendrier.
J’écoutais Saul d’une oreille distraite. Je ne pouvais pas m’empêcher de revenir à cette pensée : est-ce que ma Chibirias était une Tzitzimimeh ? Était-elle humaine ou une créature immortelle ? Je savais bien que je fabulais, mais cela expliquait l’implication de Itzpapalotl et le lien que j’avais senti en la voyant.
Une chose dont Saul était certain d’après mes descriptions était de l'identité ville que j’avais vue. Il avait d'abord reconnu par ma description du puits de lumière qui était utilisé comme observatoire solaire. Cette ville avait bel et bien existée et portait le nom de Xochicalco. Ses ruines se trouvaient dans la partie ouest de l’état central Mexicain de Morelos. Ce qui est intéressant de cette ville était qu’elle contenait un amalgame d’influences culturelles incluant l’ancienne citée de Teotihuacan, les Mayas ainsi que Matlatzinca de la vallée de Toluca. La ville a été occupée à partir de 200 ans avant Jésus Christ et a été subitement abandonnée et détruite au dixième siècle.
Selon certaines interprétations de légendes aztèques, la déesse Coatlicue aurait donné naissance aux dieux Quetzalcóatl et Xolotl dans cette ville. Leur père était Mixcoatl, le fils d’Itzpapalotl. La fille de Coatlicue, Coyolxauhqui, a voulu à tout prix empêcher cette naissance et avait assemblé une armée de quatre cents de ses frères pour attaquer et décapiter leur mère. L'instant où elle avait été tuée, le dieu Huitzilopochtli qui connaissait les plans de sa sœur, est soudainement apparu prêt au combat. Il a tué à lui seul un grand nombre des quatre cents barbares, y compris Coyolxauhqui, dont il coupa la tête et la lança dans le ciel pour qu’elle devienne la lune. Dans une variation sur cette légende, Huitzilopochtli lui-même est l'enfant conçu qui nait juste à temps, pleinement développé et armé pour sauver sa mère à temps. Une histoire de famille qui me semblait compliquée et sanglante et qui correspondait bien avec des éléments de mon rêve.
Nous discutâmes des noms que j'avais entendus rapporté avec celui des Bacabs. Saul était d'accord avec moi, il s'agissait de localités. Tulum, alias Zama, pouvait être considérée comme la cité dédiée à Hobnil Kan.
Saccimi Mulac était associé à K’una Xaman. Saul me demanda si je n’avais pas entendu plutôt K’una h’men. Le premier signifiait « Temple du Nord », le deuxième « Temple du Guérisseur ». Je n’étais plus certain de la prononciation de ces mots qui à mon oreille étaient parfaitement semblable. Par contre les mots liés àa Hozanek, Ohk’in peten, signifiait « l’île du crépuscule » et cela laissa Saul songeur bien qu’il ne soit certain de rien.
Cantzicnal Cuac avait été mentionné avec les mots de Xuk Nohol que Saul traduisait littéralement comme « Coin du sud ». Je pensais que cela ne voudrais également rien dire mais Saul connaissais une ville qui anciennement se nommait Xukpi, une combinaison des mots "coin" et "paquet" qui pourrait correspondre à l’endroit mentionné par Toh Pepem. Les ruines de cette ville étaient mieux connues sous le nom de Copán et étaient localisées dans la jungle de Hondurienne.
Un autre pays! Je n’avais pas vraiment imaginé que cette quête nous amèenerais à quitter le Mexique. Avant de partir pour une contrée lointaine basée uniquement sur une consonance qui était partiellement semblable à un nom mentionné dans un rêve, nous préférâmes continuer notre exploration au Mexique ne serait-ce que pour éliminer toute autre possibilité.
Nous étions d’accord que le calendrier long était aussi un indice important. Le dernier monde maya s’est terminé le jour correspondant au compte long de
12.19.19.17.19. Une autre journée correspondant à 12.19.19.17.19 se produira la veille de l’équinoxe de décembre 2012, suivit par le commencement d’un nouveau b'ak'tun, soit la date de 13.0.0.0.0, le 21décembre 2012. Cela se produirait dans sept ans à peine et semblait intimement impliqué avec notre quête.
Tout au long du chemin, nous surveillâmes notre compas. Nous arrivâmes à Bacalar. Tout penaud, nous constations que le disque de Chibirias n’avait aucunement changé d’orientation.
Nous étions fatigués et affamés et le crépuscule s’amenait. Saul nous conduisit à un des restaurants qu’il connaissait bien, nommé Orizaba. Il s’agissait d’un humble bâtiment au toit de chaume sur la septième avenue de Bacalar annexée à la maison du propriétaire. Ses tables et chaises étaient des fournitures de patio moulé de résine synthétique blanche ou de couleur rouge-orangé. Saul m’y promit de la nourriture authentique. Sa cuisine bruyante et grouillante d’activité était ouverte à la vue de tous. Autour de nous, les clients étaient des locaux venant de finir leur journée de travail.
Une femme vint nous accueillir à notre table.
- ? Que es preparada? lui demanda Saul.
Elle énuméra les plats qu’elle avait préparés.
Saul choisi une cochinita pibil, un plat Maya typique. J’optai pour du poulet à la sauce chilamole.
Je lui demandai également:
- ¡Y dos cervezas por favor, Señora!
En attendant le plat principal, elle nous laissa avec nos bières un panier de tortillas avec un choix de salsa rouge et verte. Saul m’avertit que la salsa verte était très piquante. J’ignorai son avertissement et essayai quand même.
C'était fort, très, très fort ! Ma bouche était en feu. Je m'efforçai par fierté ne pas montrer aucun inconfort. J'avalai une gorgée de bière froide. Cela ne me procurait aucun soulagement, la brulure subsistait tout aussi intense. Je sentais ma langue et mon palais marqué au fer rouge. J'en pleurais et calai le reste de ma bière d'un trait devant Saul qui s’esclaffait et se moquait de moi.
Tout en essuyant mes larmes, je regardai Saul avec défi. Il cessa de rire. Il prit une croustille de maïs qu'il trempa dans la salsa verte et qu'il me montra avec une petite insolence avant qu'il l'amène à sa bouche. Il avala et afficha un sourire forcé. Il semblait impassible. Je ne le lâchai pas des yeux. Je remarquai la sueur cumulant sur son front et son regard qui s'embuait. Il céda et avala toute sa bière presque en s'étouffant.
La serveuse arriva ce moment et déposa nos plats.
J’ajoutai avec empressement:
- ¡Señorita, dos otras cervezas, muy frías, por favor!
Elle m’avait compris et souri:
- ¡La verde es muy, muy piquante!
- ¡Si! je répondit avec une voix encore étranglée et rauque.
Elle nous regarda avec sympathie et revint avec deux petits verres de lait crémeux.
- ¡Esto ayudará! (Ceci va aider!)
Je la remerciai.
Dès ma première gorgée de lait, je sentis la douleur s'atténuer et commencer à s'effacer.
La redoutable salsa verte avait donc son antidote!
Je pu ainsi apprécier mon plat, une simple poitrine de poulet dans une riche sauce de cacao, poivres et épices. Saul mangeait du porc mariné dans une sauce d’« axiote » et d’orange amère qui avait été emballé dans une feuille de plantain et cuite au four.
Tout en mangeant j’en profitai pour mettre quelque chose au clair avec Saul : je finançais toute notre expédition. J'avais d'ailleurs contacté mon ami de longue date et comptable personnel, Yves, afin d'encaisser une partie de mes épargnes retraite. Je l’avais également averti que je refilerais mes dépenses à ma petite compagnie privée de consultant GEODES (GEOlogical Development Exploration and Survey) pour laquelle j’avais une carte de crédit corporative. Comme elle n’était pas associée à mon nom, je raisonnai que mes transaction financières seraient plus diffile à tracer.
Saul et moi discutâmes de ce que nous devions faire. Nous étions presque aux limites du Yucatan et du Mexique. Devions-nous traverser la frontière de Belize? Saul confirma qu’en plus de Copán, il se trouvait de nombreuses ruines mayas en Amérique Centrale dispersée dans les vastes territoires sauvages du Nicaragua, San Salvador et Honduras. Combien d’entre elle avait pu porter en partie le nom de Xuk ? Je craignais que le « coin du Sud » puisse tout aussi bien être au Cap Horn à l'extrémité de l'Amérique du Sud ou en Antarctique. Je désirais quelque chose de tangible. Je soupirai; tout reposait sur le compas de Chibirias. Quelque chose nous échappait peut-être. Il fallait y repenser mais ce n’était pas le bon endroit pour cela.
Je réglai la note de 250 pesos avant de regagner la jeep avec Saul. Nous traversâmes le reste de la ville jusqu’à la bifurcation de l’autoroute qui allait vers Chetumal et son aéroport ou vers l’ouest via la route 186. Nous ne pouvions plus continuer vers le sud. Nous étions au bout du chemin; il fallait prendre une décision.
