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Dimanche 5 février 2012 7 05 /02 /Fév /2012 17:20

J’ouvris le petit bocal qui nous servait de compas. Le disque de Chibirias y flottait librement, il n’était pas coincé. Je ne pouvais penser à rien qui aurait pu influencer et confondre le disque qui s’obstinait toujours à nous montrer la même direction vers le sud. Mais était-ce vrai, était-ce exactement la même direction qu’à Tulum? Je retrouvai ma boussole et sortis ma carte.  Je voulais de nouveau mesurer l’écart entre l’orientation du disque et le vrai sud géographique tout comme je l’avais fait à l’Allure.

Saul me regarda d’abord perplexe. Il sourit quand je lui confiai le compas de Chibirias et lui demandai de s’éloigner pour que je retrouve le nord magnétique.

Je pensais qu’il ne m’avait pas entendu lorsqu’il alla plutôt dans son sac à dos y récupéra un étui rectangulaire qu’il me tendit en me demandant malicieusement :

-Ne préférais-tu pas utiliser ceci?

J’ouvris l’étui de cuir qui contenait un petit appareil électronique. Saul comprenait très bien ce que j’essayais de faire et il m’avait fournit un Magellan! C’était pour moi quelque chose d’inespéré.

- C’est un G.P.S. expliqua moqueusement Saul. Tu sais ce que c’est? Je n’ai aucune idée de l’avancement technologique de ton pays des neiges!

- Un Global Positioning System. Je sais ce que c’est répliquais-je sèchement. J’en utilise un pour mon travail.

- Il m’a été prêté afin de baliser les nouvelles ruines que nous pourrions découvrir! expliqua Saul.

 

Le GPS utilisait des satellites en orbites pour déterminer exactement une  position géographique. Il n’était pas influencé par le magnétisme local. Je déduis qu’effectivement la proximité l’artefact de Chibirias ne l’affecterait pas.

Je lus notre position actuelle sur l’écran à cristaux liquides: 18° 31’ 36.81” Nord par 88° 27’ 55.39” Ouest.

J’étais absolument  ravi. J’orientai ma carte correctement et plaçai le compas de Chibirias et mesurai la déclinaison par rapport au vrai Sud. À première vue, la déclinaison avait diminué depuis Tulum par presque 67 %, les deux tiers! Je vérifiai fébrilement mes mesures.

Saul tu connais la position de Tulum?

Il emprunta le GPS et me montra les coordonnées déjà sauvegardées des ruines de Tulum : 20° 12’ 53.81” Nord par 88° 25’ 44” Ouest.

Il y avait un degré de longitude de différence entre ces deux positions .

- Nous allons encore plus vers l’ouest? devina Saul.

-Oui!  répliquais-je avec enthousiasme.

L’idée était simple : lorsque la déclinaison serait nulle et que le compas de Chibirias pointerait vers le vrai Sud géographique nous aurons la longitude du second artefact et il s’agira de simple trigonométrie pour calculer sa distance. Mais il fallait avant trouver cette longitude car mes mesures à l’Allure avec la boussole étaient grossières et peu fiable.

Je vis Saul bailler. Je lui offris de conduire. Il accepta volontiers. Je plaçai au siège de conducteur et me familiarisai avec les commandes de la jeep. Elle devait être antique. Le pommeau du bras de vitesse était complètement usé. Je fus tout de même surpris de trouver le bras de vitesse fluide et l’embrayage facile et démarrai.  Je souris. Finalement la mise au point dans le garage à Tulum avait bien valu l’investissement.

Alors que nous traversions la petite la petite municipalité de Jesus Gonzáles Ortega,  je me tournai vers Saul qui ronflait. Je réalisai que je devais avoir parlé tout seul depuis plusieurs minutes. Cela était compréhensible, Saul n’avait pratiquement pas dormit depuis deux nuits.

En silence, je passai le petit quadrillé de trois rues du village de Nachicocum avant d’approcher la village plus important de Francisco Villa tout juste avant ma destination, la ville de Nicolás Bravo. Je n’y arrêtai pas tout de suite.

J’attendis d’être de l’autre coté de la ville avant de  consulter le GPS.  Nous étions situés à une latitude 18° 27’ 30.94” Nord par longitude 88° 56’ 06.75” Ouest. Je vérifiai la déclinaison : elle était minime, presque nulle. J’étais presque au but. J’hésitai et décidai de ne pas réveiller Saul encore.

Je fis encore quelques kilomètres, tout au plus sept, jusqu’à une jonction allant vers le sud et repris mes mesures :

Latitude 18° 24’ 24.73” Nord par longitude 89° 00’ 02.78” Ouest. Il n’y avait pas de déclinaison, le compas de Chibirias indiquait alors le vrai sud.

Nous avions enfin trouvé !

Je réveillai doucement Saul et lui montrai le compas et la lecture du GPS. Je n'eus rien à lui expliquer. Il me sourit et s’étira en prenant une grande respiration avant de se mettre au travail.

A la lumière d’une lampe de poche, il s’affaira à localiser sur la carte les ruines Mayas répertoriées le long de la longitude que j’avais sauvegardée sur l'écran du GPS.  Je continuais à rouler encore une vingtaine de kilomètre vers l’ouest pour une dernière vérification. Tout comme j'avais espéré, l'inclination du compas s'était bel et bien inversée par rapport à ce qu'elle était auparavant. Cela confirmait notre déduction que le disque de Chibirias pointait bel et bien sur un endroit très précis au sud entre les longitudes 89.0'-89.01'. Vraiment, ce disque était fantastique !

J’estimais la distance entre Tulum et la longitude que nous avions trouvée.  En utilisant l'angle du compas que j'avais noté à Tulum et cette distance,  je calculai approximativement la position indiquée par le disque de Chibirias.

Je demandai à Saul s’il connaissait des structures mayas plein sud, à environ quatre cent kilomètres d'ici. C'était bien au-delà des frontières de Belize. Est-ce que cela confirmait la location de Copán ?

Il ne me répondit pas : quelque chose d'autre le préoccupait. Il attira mon attention vers la lueur blanchâtre qui était apparue à l'horizon derrière nous. Cette lumière se matérialisa en un chapelet de phare. Il s'agissait d'un convoi de plusieurs véhicules. J'en comptais huit. Ils étaient pressés et s'amenaient à toute vitesse.

 

Saul était nerveux. Cela n'était pas normal. Cette route aurait dû être déserte en pleine nuit. Il proposa de continuer et de sortir de l'autoroute à la première occasion, juste pour être prudent. J'étais bien d'accord avec lui et m'empressai de reprendre le chemin.

Je regardai dans le rétroviseur. Ils nous rattrapaient. Ils occupaient en bloc toute la largeur de l’autoroute. 

Bon sang ! À quelle vitesse allaient-ils ?

J'appuyai sur la pédale d'embrayage, poussai le bras de vitesse et gardai la pédale del'accélérateur à fond. Par précaution, j'éteignis nos phares et feux de position.  Je roulais aveugle à plein régime sur une route que je ne connaissais pas. Cela était suicidaire mais je craignais encore plus la menace qui se rapprochait derrière nous. J’étais certain qu’il s’agissait de Lilith, Alan et de leur gens qui nous avaient suivis depuis Tulum. Saul était aussi inquiet que moi. 

 - Ce sont des fourgons; ils sont noirs, je crois ! Chose certaine, ils ne sont ni de la police ou des militaires ! observa Saul nerveusement.

Il s'empressa d’ajouter :

- Plus vite, va plus vite ! Ils sont presque sur nous !

Il n'avait pas besoin de me le dire, j'étais aveuglé par la lumière proche de leurs phares réfléchie sur le miroir du rétroviseur. Cette bagnole me donnait tout ce qu'elle avait, je ne pouvais faire plus.

Il y eut une détonation : avais-je bien entendu ? Ils nous avaient tirés dessus?

Saul se pencha, se recroquevilla dans son siège. Il m’indiqua, Dieu merci, qu'il n'avait pas été touché mais que cela avait été proche.

Ils tirèrent un autre coup de feu et d’autres à répétition. La situation me sembla complètement irréelle. Je baissai aussitôt ma tête en m'efforçant de maintenir ma concentration sur la conduite.

Ils cessèrent de tirer lorsqu'un de leur véhicule tentait de me doubler. Je vis que leurs phares éclairaient une petite borne par terre sur l’autoroute qui s’amenait rapidement sur notre droite. J'avertis Saul de bien s'agripper alors que j'effectuai brutalement un virage de quatre vingt dix degrés et m'engageai sur un petit chemin de terre.  La fourgonnette qui nous talonnait appliqua soudainement ses freins en tentant de nous poursuivre ; le conducteur derrière lui ne réagit pas assez rapidement et l'emboutit violemment dans un fracas de métal broyé alors que le véhicule suivant dérapa afin d'éviter la collision. Nous les avions perdus pour quelques secondes. J’accélérai sur ce petit sentier de terre creusé sans la forêt. Je savais qu'ils n'abandonneraient pas pour autant mais je nous avais fait gagner un peu de temps.

Saul m'avertit que ce petit chemin ne figurait sur aucune carte et qu'il finissait probablement un cul-de-sac. Nous étions donc pris au piège ! Je regardai en arrière, ils ne venaient pas encore.

Saul me demanda de ralentir et de tourner à gauche pour quitter le chemin et m'enfoncer dans la forêt. Je ne pus aller très loin avant d’être arrêté par des arbres. Nous étions dans une petite clairière qui avait été récemment dégagé par des coupes d’arbres.  Je ne voyais aucune autre possibilité que d'abandonner la jeep en pleine jungle et fuir à pied.

Saul m'inquiéta en sortant une longue machette. Voulait-il les confronter ? Il bondit hors de la jeep et s'attaqua aussitôt au coupage et défrichage de la végétation autour de nous. Je compris ce qu'il faisait et je ramassai fébrilement les branches qu'il découpait et commençai à couvrir notre véhicule. Je vis le faisceau de phares se rapprocher. Nous étions à court de temps et nous empressâmes de nous cacher.

Un, deux, trois, quatre véhicules passèrent sur le sentier à toute vitesse sans nous voir. Nous relevâmes la tête et remarquâmes un cinquième fourgon s’amenant au loin. Il parcourait le chemin plus lentement et surveillait les abords du boisé. Il n'y avait que peu de chance qu'ils soient eux aussi bernés par notre camouflage improvisé.

Saul me pressa de regagner la jeep alors qu'il reprenait le siège du conducteur. Il démarra le moteur et me surprit en hurlant un cri, un grand cri de guerre comme j'avais entendu de la part des Mayas qui étaient venus libérer Tulum de Lilith et de ses gens. Nous surgîmes de jungle en Kamikazes et nous nous engageâmes à plein gaz sur le sentier face au véhicule qui patrouillait et nous bloquait le chemin. Deux des hommes qui l'occupaient s'empressèrent de sortir armes au poing, afin de ne confronter. Saul ne ralentit pas, il fonçait sur eux à pleine vitesse. Les hommes n’eurent que le temps de s'écarter de notre chemin. Au tout dernier moment, Saul dévia du face à face et les contourna en rasant le boisé et la végétation bordant le chemin. Nous écorchâmes au passage la portière entrouverte et la carrosserie de leur véhicule noir.  Nous étions très vite hors de leur atteinte.

Nous débouchâmes sur l’autoroute. Il s’y trouvait encore trois véhicules, incluant les deux qui avaient été accidentés. Leurs occupants étaient hors de leur fourgon sur la route. À notre vue, ils dégainèrent sans hésitation, déterminés à nous cribler de balles. J'entendis les projectiles frapper et pénétrer notre Jeep blindée mais cette dernière continua de rouler et nous permis de fuir sur la route.

Un monstre descendit du ciel devant nous, un monstre mécanique de métal noir. Un hélicoptère! Chose inusitée, il était presque complètement silencieux. Je pensai que ces gens devaient avoir des ressources incommensurables. Que pouvions-nous faire contre eux maintenant? Si seulement nous avions une arme!

Je regardai Saul qui n'hésita pas un instant. Je me retins du mieux que je pouvais alors qu’il effectua un dérapage contrôlé de 180 degrés. Il accéléra à plein gaz dans  la direction opposée. Cela nous ramenait en arrière vers les fourgonnettes. Ils nous attendraient sûrement de pied ferme cette fois ci. Par contre, j’espérais que les gens de l'hélicoptère hésiteraient à nous tirer dessus s’ils risquaient d’atteindre les leurs.

L’hélicoptère commença à nous suivre. Nous nous rapprochions des fourgonnettes.

Il n’y avait qu’une seule silhouette debout au milieu de la route. Cette personne avait le canon de son arme pointée sur nous, une artillerie lourde, une espèce de grande mitraillette.

Il tira.

Je fermai les yeux.

J’entendis les coups de feu saccadé mais ne ressentit rien. Je compris qu’il vidait son magasin d’arme sur l’hélicoptère derrière nous. L’engin aérien endommagé pris de l’altitude pour s’éloigner de la portée de l’arme. Saul alluma les phares et s’arrêta.

Je le reconnus enfin avec soulagement : Ah Hulneb, le Vigil !  Ici et maintenant ? Comment avait-il fait ?

Il nous signala de continuer et fuir. Mais pour Saul et moi,  il n’en était pas question de le laisser derrière et l’abandonner. Devant notre insistance, il finit par céder alors que les quatre véhicules qui nous avaient suivis sur le sentier s’en revenaient. Il jeta par terre son arme vide et inutile et embarqua en arrière. 

- Vous êtes beaucoup trop facile à tracer ! critiqua le Vigil en prenant place.

Son reproche me laissa une impression aussi cinglante qu'une insulte.

Je remarquai alors avec dépit les corps gisant dans une mare grandissante de sang qu’avait laissé le guerrier. Je voyais au moins quatre victimes !  Il les avait à lui seul massacré. J’étais écœuré.

Le Vigil savait ce que j’éprouvais et affirma durement:

- J’ai fait ce qui était à faire et dont vous étiez incapable! C’était eux ou vous !

Je ne savais quoi lui répondre. Il n’était peut-être pas si différent après tout que Lilith et de ses gens. Cette pensée me fit honte; elle était injuste. Je réalisai que n'était pas autant le Vigil ou ses actions qui me dérangeaient autant mais bien le fait qu'il ait raison. Cette quête dans laquelle je m'étais engagée n'était pas aussi noble et idyllique que je l'avais naïvement cru. Il ne s'agissait pas d'une grande aventure mais bien d'une guerre sans merci. La mort imprégnait intimement tout dans ce conflit et je devais me rendre à l'évidence que j'étais pour revoir encore plus de ses œuvres.

- Pas le temps de discuter ! pressa Saul en accélérant.

L’hélicoptère  ne tarda pas à charger alors que les camionnettes qui s’étaient engagés dans le sentier regagnaient la route.

-  Vos chances auraient été meilleures sans moi! clama le Vigil.

Je ne le croyais pas. Je le regardai directement depuis qu'il était embarqué et  lui répliquai:

- Tu es la raison pour laquelle Saul et moi sommes encore vivants!

Il fronça ses sourcils et détourna son regard vers nos poursuivants.

Je songeai que cet hélicoptère aurait pu à n'importe quel moment nous pulvériser depuis les airs mais il n'en faisait rien. Nos poursuivants n'osaient tirer. Pourtant, lorsque  Saul et moi étions seuls, ils ne s'étaient pas gênés pour tenter de nous abattre.  Pourquoi se retenaient-ils ainsi ? J’étais certain que la présence du Vigil en était responsable.

J’étais convaincu que Saul et moi n'avions que peu d'importance aux yeux de nous poursuivants ; ils désiraient uniquement le Vigil. En quoi était-il si important, si unique?

Ils gardaient Chibirias vivante parce qu’elle leurs était très spéciale. Son Vigil était de la même race. Ils le voulaient pour les mêmes raisons. Chibirias et  Ah Hulneb étaient plus que des êtres d’exception. Je croyais que Lilith m’avait dit la vérité sur au moins un point lors de ma torture: Chibirias et son Vigil n’étaient peut-être pas des êtres humains de cette Terre.

Je tournai la tête en arrière vers le Vigil qui surveillait les fourgons dont la distance s’amenuisait à chaque seconde. Ils n'avaient pas abandonné leur poursuite infernale.

Saul ne pouvait rien faire de plus. Le moteur surchauffait et commençait à avoir des ratés.

Je soupirai. Les gens qui nous chassaient n’étaient pas stupides, ils patientaient car ils savaient que notre véhicule finirait par défaillir d'un moment à l'autre.

- Nicolas Bravo n’est pas loin, lorsque nous l’atteindrons nous serons saufs ! encouragea Saul.

Ils avaient fini par manquer de patience : du ciel tomba une pluie de projectiles qui cassa le bitume tout juste devant nous. Saul freina brusquement et dérapa. Par inertie je fus projeté par l’avant et évitai tout juste de m’écraser contre le pare-brise ; c’est le Vigil qui m’a retenu.

L’hélicoptère redescendit en nous coupant la route et nous gardant en joue. Les fourgons de derrières nous avaient rattrapés. Il n’y avait nulle part où aller. Je priai pour un miracle. Je priai mon Shaman, Xaman Elk et Toh Pepem. 

L’occupant de l’hélicoptère beugla de sortir les bras en l’air. Le Vigil était comme une bête sauvage nerveuse prise au piège et prête à fuir. Je savais ce qu’il pensait, je le pris par le bras et lui ordonnai avec insistance:

-Tu reste avec nous ou nous sommes tous morts !

Je demandai à Saul d’obéir et de se placer auprès du Vigil.

Je vis une faible étoile au loin, vers l’est qui semblait bouger et devenait de plus en plus brillante. Elle me redonna espoir, l’espoir que  nous étions pour nous en sortir. Les gens de l’hélicoptère ne dirent rien pendant un long moment, un étrange silence. L’engin d’éleva et se tourna vers cette étoile dont l’intensité augmentait. L’hélicoptère hésita un moment, nous abandonna et pris son envol à toute vitesse dans la direction opposée. Les fourgons eux-aussi firent demi-tour.

Je pouvais maintenant distinguer des feux de position à la lumière. Il s’agissait d’un jet !

-L’armée ! clama Saul avec joie.

J’adorai aussi sur l'instant la défense nationale du Mexique ! Saul  m’avait mentionné que les militaires faisaient couramment de la surveillance et des patrouilles aux frontières du Mexique contre le trafic des stupéfiants et ces gens qui incluaient Lilith et Alan Morris,  avaient toute l’apparence de bandits. Mais je doutais que cela soit le cas. Je pensais plutôt que les forces de la défense nationale avaient probablement détecté par radar cet hélicoptère comme un objet volant  intrus sur leur territoire et qu’ils étaient venus investiguer.

Je jetai un regard avec satisfaction sur le ciel constellé d'étoiles et traversé par la fantomatique voie lactée. Je songeai qu’un des dieux là-haut devait nous aimer!

Le Vigil dit gravement:

-  Vous ne pouvez pas rester ici!

J'acquiesçai. Je demandai à Saul:

- Tu crois que ta bagnole peut encore nous ramener à Bacalar ou Chetumal?

Saul  reprit vie. D'une voix encore ébranlée mais infiniment soulagée, il me répondit:

-  Bagnole? Je vais te montrer! Tu vas voir!

Pendant que Saul essayait en vain redémarrer sa jeep, le Vigil me demanda:

-           Vous avez trouvé?

-           Nous avons pu déterminer la position du second artefact. Il est au sud, à une bonne distance d'ici.

-             Excellent! commenta le Vigil. 

J'interprétai ce qu'il venait de dire comme un compliment.

Le moteur de la jeep toussa, cracha faillit s'étouffer mais finalement rugit. Saul leva les bras et émit un grand cri de triomphe.

Le Vigil m'annonça ensuite:

-           Je n’irai pas avec vous!

Je ne lui dis rien,  je m'attendais à ce qu'il dise quelque chose de semblable.

Il ajouta:

-           Ne soyez pas inquiet, vous n'aurez jamais à guetter vos arrières avec moi car même si vous vous retournez et ne me voyez pas, vous pouvez être certain que je suis là à vous surveiller!

-           Je le sais! lui répondis-je cordialement. Et toi aussi tu peux compter sur nous!

Il changea de propos:

-           Je n'aime pas comment ils vous suivent à la trace; cela met votre mission en péril!

-           Crois-moi, je n'aime pas cela non plus. J'aimerais bien savoir comment ils font!

Je lui demandai :

-           Ah Hulneb,  que peux-tu me dire de plus sur cette mission? En quoi est-elle importante au point que Chibirias et toi soyez prêts à sacrifier vos vies?

-           Je crois que cette quête doit amener la réconciliation entre le passé et l’avenir et si je dois donner ma vie pour cela, je le ferai! Tu comprends?

N’avais-je pas entendu ces mots exacts la nuit dernière de la part de mon Shaman ou Toh Pepem?

- Que veux-tu dire par cela?  lui demandais-je.

-           Que le passé doit être pardonné et non oublié afin d’assurer un avenir où il sera possible de marcher sur une terre libre sous un ciel bleue, pouvoir  choisir qui aimer et honorer et enfin vivre en paix.

Cette réponse me surpris. Elle était chargée de beaucoup d’émotion et portait tant d’espoirs. Je réalisai pour la première fois à quel point  le Vigil était ... humain.

Je lui assurai avec conviction :

-           Nous allons réussir, je te le promets!

Saul était là, il l’avait entendu. Il attendit un moment avant d’annoncer :

-           La Jeep est prête!

Je pris Saul par l’épaule et l’accompagnai vers son véhicule

-           Allons-y !

Il regarda le Vigil laissé derrière.

-           Et lui? demanda Saul concerné.

-           Il garde nos arrières!

Saul secoua la tête exprimant son désaccord et incompréhension .

Je saluai le Vigil alors que nous reprenions la route.

Nous atteignîmes après quelques minutes la ville de Nicolas Bravo. En chemin, nous avons vu un second jet passer bruyamment à basse altitude. J’étais satisfait de voir  que le groupe qui nous avait agressé avait attiré l’attention des forces frontalières du Mexique.

Prés de la sortie de la ville, nous distinguâmes de nombreux gyrophares qui venaient dans notre direction. J’indiquai à Saul de se stationner sur le bord de la rue principale. Des lumières de porche s’allumèrent le long de la rue; la petite ville se réveillait;  des gens curieux observaient le cortège depuis leur balcon ou de leur porte entrouverte.  Les voitures de polices défilèrent près de nous sans même nous prêter attention. Je suggérai à Saul de repartir avant que soyons remarqués.

Je vis alors que Saul tremblotait; je compris que ses nerfs se relâchaient. Nous avions été après tout durement éprouvés. Pour ma part, je puisais dans une force tranquille que je ne me connaissais pas.  J'offris à Saul de reprendre la roue. Il en était soulagé.

Je lui demandai gentiment:

-           Où as-tu appris à conduire? Tes manœuvres étaient vraiment spectaculaires; elles      nous ont sauvé la vie!

-           Los Angeles! répondit Saul de façon distraite.

-           Je comprends!

-           Tu comprends quoi? finit-il par me demander.

Je lui répondis facétieusement:

-           Je comprends ton style de conduite maintenant! Ils conduisent tous comme des malades là-bas!

Saul ne tarda pas à me rétorquer:

-           Pas autant que ceux de Montréal d'après ce que j'ai vu!

Il se moquait de moi: cela me rassura, il était visiblement moins tendu.

Je lui demandai:

-           Ça va?

Il m'assura qu’oui.

Il me demanda sérieusement :

-           Est-ce moi ou cette quête risque d'être de plus en plus difficile et dangereuse?

Je lui admis :

-           C'est ce que je pense aussi!

-           Je comprends maintenant pourquoi personne des miens n’était volontaire pour t'accompagner! commenta Saul avec ironie.

J'étais inquiet; est-ce que cela voulais dire qu'il reconsidérait son engagement? Cela était compréhensible après tout ce que nous avions subi. Il ne fallait pas qu’il m'abandonne, je ne pouvais pas m'imaginer continuer sans lui.

Je regardai Saul concerné. Son visage sévère craqua et il se mit à rire. Il se moqua de moi:

-           Tu en fais toute une tête!

Je relâchai un soupir de soulagement. Au moins il allait mieux!

Il changea pour un ton plus sérieux.

-           Je voulais te dire que Copán corresponds probablement à l’endroit que pointe le disque!

Donc c’était bien Copán! Nous savions où aller, mais comment nous y rendre?

Cela ne se ferait pas en jeep en tout cas;  Saul me montra qu'il n'y avait pas de route directe pour Copán. Il fallait quitter le Yucatan, se rendre au centre-sud du Mexique, traverser le Guatemala avant d'atteindre la frontière du Honduras. 

Nous rejetâmes d’un commun accord ce long et dangereux périple.  Le temps était précieux pour nous; nous ne voulions pas perdre plusieurs jours sur la route. Chetumal avait un aéroport international et représentait peut-être la meilleure option. C'était à vérifier en tout cas. Nous y étions presque.

Saul insista de laisser sa jeep chez une de ses connaissances à Bacalar, pas loin du restaurant où nous avions soupé. Nous réveillâmes l’homme et sa famille. Ils étaient mayas eux aussi. Malgré notre dérangement nocturne, ils ne nous laissèrent jamais l’impression que nous les incommodions. Je soupçonnais le patriarche d'être dévoué à l'Ordre de la Croix Parlante. Les échanges étaient tous en Yucathèque et ils furent polis et courts, le temps qu'arrive le taxi devant nous mener à l'aéroport. 

NicolaBravo

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Par A. Saint - Publié dans : récits
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