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Vendredi 11 septembre 2009 5 11 /09 /Sep /2009 02:42


Le petit aéroport de Chetumal n’avait aucun vol direct qui se rendait au Honduras. J’étais déçu de trouver que le nombre de destination desservi par cet aéroport était très limité. Par contre je trouvai la représentante d’Air Mexicana très accommodante. Elle m’informa qu’il était possible de joindre San Pedro Sula au Honduras depuis la ville de Mexico. Cela pouvais sembler un détour mais si tout allait bien, nous serions à Copán pour la soirée. C’était vraiment notre meilleure option. J’inscris Rafaele et moi-même sur le premier vol matinal vers la capitale fédérale Mexicaine. Une fois rendu là-bas, nous prendrions la correspondance pour le Honduras.

           

Pendant le vol, Rafaele me confia qu’il était excité par le prospect de ce voyage. Il n’avais jamais vu les ruines de Copán auparavant. Il ne serait pas le guide cette fois-ci!

 

Nous arrivâmes en quelques heures à San Pedro Sula Honduras. Le passage à l’immigration fut une simple formalité. La ville de San Pedro Sula était vraiment métropolitaine et moderne, pleinement digne d’être la capitale économique du pays. Nous ne vîmes que brièvement son centre-ville alors qu’une navette nous amena au terminal municipal d’autobus depuis l’aéroport. Notre temps était parfait; nous arrivâmes à temps pour l’autobus menant à Copán. Ce fut un voyage mémorable alors que nous étions tassés pendant plus de 2 heures trente minutes sur les routes du Honduras avec un air conditionné défaillant. 

 

Ce fut un soulagement de nous trouver enfin à notre hôtel le Marina Copán. L'histoire de l'hôtel était elle-même intéressante: son nom faisait honneur à Doña Marina Welchez qui avait fait bâtir ce site en 1945 pour honorer la tradition familiale d'offrir gîte et accommodations aux explorateurs des ruines de Copán. Depuis, elle a continué à développer ce gîte avec tous les conforts et les services associés à un hôtel moderne de première classe.

 

La réception nous accueillit avec une grande courtoisie et affabilité. Nous étions chanceux; il y avait encore une chambre double disponible. Je la pris. Je trouvai notre chambre vaste, scrupuleusement propre et de première classe. Nous déposâmes nos bagages et m’empressai de vérifier le compas. Il réagissait montrant que nous étions proches de notre objectif. Satisfait, Rafaele suggéra une baignade pour se rafraîchir. Cela était parfait après notre petit voyage. Il n’était pas pudique ce Rafaele, il se dévêtit et changea devant moi.

 

— Tu viens? me demanda-t-il avec impatience.

           

Je me déshabillai à mon tour et enfilai mon speedo et l’accompagnai à la piscine. Elle était déserte en ce début de soirée. Rafaele couru et se jeta dans l’eau le premier. Je préférai descendre graduellement par l’escalier. Rafaele me trouva trop timide; il m’éclaboussa et m’arrosa. Je lui rendis la pareille. Je ne pouvais m’empêcher de sourire en voyant Rafaele jubiler comme un gamin espiègle. Il était vraiment dû pour des vacances. Nous passâmes moins d’une heure sans aucun souci avant de décider de se sécher et retourner nos chambres. Une courte douche éclair et nous étions prêt pour le souper.

 

Le restaurant affilié à l’hôtel, le Glifos, était par réputation un des meilleurs restaurants de Copán. Nous commençâmes avec leur Crema Campesina, un riche potage fermier au maïs. J’étais ensuite tenté par leur steak flambé mais j’optai pour un poulet traditionnel avec une sauce assaisonnée d’une variété d’herbes et épices mayas rehaussée de grains de sésame et de courge broyés. Un vrai délice! Je ne m’étais pas attendu à une gastronomie d’aussi grande richesse et qualité dans ce coin du monde perdu dans les jungles du Honduras.  Je déclinai le dessert malgré leur choix alléchant de gâteaux et de flancs. Rafaele ne pu résister à leur banane flambée au rhum. Tout avait été succulent et parfait. C’était agréable d’ainsi apprécier un repas après tout ce qui s’était passé la nuit dernière.

           

Nous croisâmes ensuite le bar achalandé de Jaguar Venado qui était adjacent à la piscine. Rafaele s’arrêta subitement. Il venait d’y voir quelque chose qui venait de capter son attention. Je me tournai vers ce qu’il regardait. Il fixait une femme assise à une table engagée dans une discussion avec ses voisins de table. Elle avait les cheveux foncés courts et bouclés, un visage de gamine avec un petit nez retroussé sous de grands yeux marron; je devinais un héritage italien. Je l’écoutai pendant qu’elle parlait: son accent était définitivement américain. Elle expliquait comment l’imagerie par satellite était pour révolutionner l'archéologie. Dans plusieurs locations les ruines sont envahies et couvertes par la jungle qui pouvait être dense au point de cacher des structures, les rendant invisibles aux yeux de l’homme à peine à quelques mètres de distance. En raison de leur construction calcaire, les monuments des ruines affectent la chimie des sols environnant en se détériorant. Ceci affecte la végétation environnante qui conséquemment est appauvrie, déficiente,  parfois même décolorée ou mourante. C’est quelque chose qui peut-être mis en évidence par  la vision des satellites dans le domaine des spectres infrarouges et visibles. D'innombrables structures archéologiques inconnues commençaient déjà, aux dires de Mercurio, à être répertoriées démontrant que la civilisation Mayas avait été beaucoup plus étendue et développée que ce qu'il avait été crû jusqu'ici.

 

Rafaele s’avança vers elle :   


 

La femme cessa sa conversation, dévisagea Rafaele un moment et se leva pour lui serrer la main avec enthousiasme.  Cette femme présenta Rafaele à ses compagnons:

           


           

Rafaele était embarrassé par le compliment. Il ne savait pas non plus comment me présenter aux autres. Je préférai ne rien inventer et dire la vérité. Je leur dit que j’étais un ingénieur géologue qui s’intéressait à des applications dans le domaine de l’archéologie.

 

Mercurio et les autres nous firent place à leur table alors qu’ils continuèrent à discuter entre eux des technologies navales, de la métallurgie, de la conception d'outil, du travail du bois et de l’ingénierie nécessaires pour construire des bateaux capable de naviguer en pleine mer des Caraïbes et de l’Atlantique. Ce qu’ils trouvaient le plus remarquable de ces mayas du Nord du Yucatan, était leur méthode de navigation sophistiquée pour les voyages en plein océan qui était basée sur leurs avancement des les mathématiques et l'astronomie.  Je regardai Rafaele qui était fort fier, parfaitement confortable dans son élément.

 

Ma voisine de siège, Véronique, était une étudiante française qui travaillait son doctorat en génétique appliqué à l’horticulture. Son sujet de thèse était le maïs qui n’était pas selon elle une plante native d’Amérique mais bien le résultat de cultures transgéniques effectuées par les mayas à partir de la téosinte, un frêle graminée sauvage natif du mexicaine. Ses analyses en biologie moléculaire confirmaient que la téosinte était l’ancêtre direct du maïs moderne. Elle effectuait des recherches en terrain concernant les techniques utilisés par les Mayas pour avoir ainsi réussi des modifications génétiques d’une espèce végétale par domestication. Je songeai qu’il s’agissait d’une autre chose à rajouter aux prodiges des Mayas. 

 

Le bar me semblait de plus en plus être un congrès d'archéologie enthousiaste qu'un havre de touristes. Pendant toutes ces conversations se servaient généreusement une excellente bière pas dispendieuse, appelée Salva Vida  (sauveur de vie), qui ne coûtait que 20 lempiras soit l’équivalent de 1,25 dollars canadien. La docteure Mercurio nous fit aussi connaître le Flor de Caña, un doux et savoureux rhum provenant du Nicaragua vendu à environ deux dollars le flacon.

 

À ces prix, il était difficile de résister et nous profitâmes tous de l'alcool de Copán alors que Pierre un archéologue français naturalisé américain nous parla des mayas Lacandon qu'ils avaient récemment visités et étudiés dans les jungles de l'état Chiapas près de la frontière commune entre le Mexique et le Guatemala. Il nous raconta que pendant longtemps ces mayas avaient été parmi les plus isolés et conservateurs de leur culture qu’ils avaient maintenu jalousement leurs religion et coutumes. Il nous dit avec une pointe de tristesse qu’il avait été témoin lors de sa dernière visite à quel point notre civilisation moderne avait fini par rattraper les Lacandons dans leur jungles isolées. Jusqu'au vingtième siècle les  mayas Lacandon avaient continué d'utiliser des arcs pour leur chasse traditionnelle avec des pointes de flèches fabriquées à partir d’éclats de bois durs trouvé dans la jungle; ces mêmes pointes de flèches étaient aujourd'hui vendues par les Lacandon comme souvenirs aux touristes.   Pierre avait eu le privilège de rencontrer un de leurs derniers Shaman, une  mémoire vivante de ce peuple. Il conclut en nous avertissant sévèrement que cette zone du Mexique était devenue très dangereuse en raison de la rébellion des Zapatistes.

 

Les Zapatistes? Je ne connaissais pas. Rafaele m'expliqua qu'avec sa ratification du NAFTA, l’accord de libre échange de l’Amérique  du Nord impliquant les États-Unis, le Mexique et le Canada,  de nombreux territoires abritant des communautés indigènes du Mexique avaient perdus leur statut protégé. Le gouvernement au lieu de  reconnaître le droit des indigènes sur leur territoire, les arrachaient encore de force de leur maison pour les relocaliser. Les Zapatistes sont des rebelles contre le gouvernement Mexicain et sa politique contre ses propres aborigènes. Cela m’attrista profondément que même en 2005, nous n’étions toujours pas mieux que ces conquistadores espagnols.

 

Mercurio nous expliqua qu’elle était ici afin d’aider à la supervision d’une tombe Maya tout récemment inhumée. Il s'agissait alors d'une extraordinaire découverte par soi car peu de tombes sont trouvés intactes avant le passage de pilleurs. Cela démontra à quel point le travail d'excavation et d'exploration des ruines de la région de Copán étaient loin d’être achevés. En fait, moins de 25% de l’ancienne métropole Maya avait été excavée; Copán réservait donc encore potentiellement encore de nombreuses surprises.

Une fois la chambre funéraire renforcée et quelques restaurations préliminaires terminées,  la tombe serait ré-enterrée d’ici quelques jours pour la protégée contre les pilleurs, sa location étant sans surveillance hors du domaine protégé des ruines de Copán. Elle nous invita à voir cette tombe avant qu’elle soit refermée. Rafaele accepta aussitôt avec joie. Tous autour de la table l'imitèrent. Pour ma part je songeai avec espoir que cette tombe pouvait être l’endroit que nous recherchions.

 

Ce n'était pas à Copán la première découverte du genre; Mercurio relata également la découverte d'une autre tombe royale, il y avait dix ans.  Ce tombeau était rempli par de splendides offrandes de jade et de céramique peinte.  Le tombeau, situé à mi-chemin entre l'Acropole de Copán et la ville moderne de Copán Ruinas, avait été  découvert par hasard pendant les travaux d'excavation, de drainage et reconstruction qu’avaient nécessité les dégâts causés par l'ouragan Mitch, qui avait frappé l'Amérique Centrale au mois d'octobre 1998.

 

Autant j'appréciais toutes ces conversations et essayais de mon mieux d’y porter toute mon attention dans le cas où  s'y trouveraient un indice sur ce que Rafaele et moi devions trouver ici, je combattais de plus en plus la fatigue qui me gagnais. J'appréhendais aussi demain une autre journée tout aussi éreintante alors que nous avions prévu de visiter la fameuse tombe en matinée. J'observai Rafaele qui avait de la difficulté à garder les yeux ouverts. Je consultai ma montre; une heure du matin approchait. Je m'excusai, me levai en souhaitant à tous une bonne nuit. Rafaele hésita un moment et se  dressa à son tour pour m'accompagner non sans difficulté. Sa démarche était chancelante et chaotique; Rafaele était ivre! Il se défendit bien d'admettre qu'il était saoul alors qu'il titubait dans l'escalier et que je supportais de crainte de le voir tomber.

Pendant que je le mettais Rafaele au lit, il me marmonna qu'il m'aimait bien et que j'étais en quelque sorte la seule famille qui lui restait. Il craignait  plus que tout de se retrouver seul, abandonné et oublié lorsque tout sera fini et que je n'aurai plus besoin de lui. L'alcool parlait. J'avais devant moi un petit garçon inquiet et effrayé.

Je lui assurai que je ne l'abandonnerais jamais et qu'il était mon frère de sang et ma seule famille.


Je lui promis:


Il sembla satisfait, laissa tomber sa tête sur son oreiller et s'endormi paisiblement en ronflant presque aussitôt.

 

Ce fut mon tour de me dévêtir et de prendre place dans le second lit mais je ne trouvai pas un sommeil tranquille.

 

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Par A. Saint
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