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Mercredi 30 décembre 2009 3 30 /12 /Déc /2009 01:43

J’avais à peine descendu mes paupières que je me retrouvais propulsé dans cet univers prismatique aux vapeurs d’argent. Je ne rêvais pas, j’étais de retour dans cette dimension astrale du monde de Naum.

 

Je me réjouissais à l’idée d’avoir la possibilité de contacter Chibirias. Je cherchais sa présence. Comme réponse, j’entendis alors ses cris désespérés. Elle m’appelait à l’aide. Elle était en détresse. Sa voix venait de partout et de nulle part. Je cherchai frénétiquement tout autour de moi. Je me concentrai sur Chibirias et elle m’apparut enfin dans la distance. J’accouru vers elle. Je la serrai contre moi.

Je sentis alors que quelque chose n’allait pas. Elle avait la voix de Chibirias, elle avait son corps mais ce n’était pas elle!

Un piège et je m’étais jeté dedans comme un parfait con!  Je la repoussai. Elle ricanait monstrueusement. Je sentis quelque chose m’encercler les chevilles et monter le long de mes jambes. Je regardai et à ma stupeur vis deux serpents terrifiants qui grimpaient, lovés jusqu’à mes genoux.

Je ne paniquai pas, je ne fus effrayé qu’un moment. Je me concentrai et évoquai l’épée tout comme je l’avais fait auparavant et l'arme apparue dans mes mains. En deux coups vifs, j’avais tranché les reptiles et avais de nouveau mes jambes libres.

 


 

Je me tournai et vis la foudre tomber tout près. L’éclair commença à devenir plus sombre, plus opaque donnant l’impression d’être traversé par une pluie de lumière noire. Il se constitua en une ombre plus sombre. Informe,  d’abord tremblotante, elle se condensa et cessa de trembloter, pris forme une grande pyramide Maya typique.

Du sommet de cette pyramide un homme en descendait, il était titanesque.

Il n’étais qu’à quelques mètres de moi; je reculai et le gardai en respect avec mon épée.

Cela le fit rire, il s’avança jusqu’à ce que ses yeux d’un gris clair laiteux soient à la hauteur des miens. Je le reconnu. Il était le Consul de la sorcière que j’avais entrevu lors du massacre de Xochicalco. Il avait à la fois le visage d’un ange déchu, luciférien, impérieux, cruel et magnifique. Son regard prônait une grande puissance et une singulière arrogance. Il continua vers moi jusqu’au point de s’empaler lui-même sans aucune hésitation sur mon épée. Son visage souriait triomphalement, ne trahissant aucune douleur ou inconfort. Je retirai la lame et du même geste tenta de lui trancher la tête. Il arrêta la lame et la retint entre son pouce et son index. J’essayai de toute mes forces de bouger l’épée mais c’était en vain, elle ne bougeait pas d’un millimètre; elle était immuable. Il avait bien réussit à me démontrer que je pouvais rien contre lui.

Il me faisait peur maintenant.  Pourtant il n’avait rien fait pour m’attaquer et je ne doutais pas qu’il aurait pu facilement me détruire; qui était-il et que voulait-il?

 

Il me parla. Il ne montra aucune hostilité, sa voix était au contraire douce.

-           Je sais comment ton entreprise est sans espoir ! N’ait pas peur de moi! Je te fais peur?

-           Non lui répondis-je avec défi. Non, tu ne me fait pas peur!

-           Bien, je ne veux pas que tu aie peur de moi!

Au ton de ses paroles suaves j’étais étrangement calme je me sentis la proie d’une agréable léthargie tandis que je continuais à écouter son mélodieux murmure.

-           Tu as vu mes gens, mon peuple;  ils sont en décadence. Ils pourrissent. Ils ont régressé, ils sont tombés!

Son peuple? De qui parlait-il? Des Mayas? Qui diable était-il?

Je n’étais plus tout à fait sous son charme, j’étais en passe de recouvrir ma vivacité d’esprit.

Je lui demandai d’un ton accusateur :


L'homme nullement concerné repris  ses trompeuses inflexions suaves et rassurantes.

-           Non, je n’ai rien à voir avec cela et tu en as ma parole. Je n’ai rien à voir avec ces pitoyables ténébreux et ceux qui les servent. C’est toi, seulement toi, qui m’intéresse et je ne te veux aucun mal, au contraire!

 

Il m’avait rassuré. Je sentais qu’il me disait la vérité.

 

Il remonta son escalier en m'invitant à le suivre. Il continua avec ses paroles mielleuses:

 

- Si jadis, ils avaient entendu mon conseil, ils formeraient toujours un grand peuple, fort, plein de vitalité, maître du monde.  Et l’Antique  sagesse n’aurait pas périe;  elle aurait modelé un monde meilleur, meilleur que ce monde malade présentement.

 

Oui, il me parlait bien des Mayas ou des Aztèques. Comme pour me le confirmer, il ajouta :

 

-           Tu as vu ces gens, et je pense que tu les as jaugés. Je sais que tu les aimes.  Je les aurais conduits plus loin sur les chemins de la puissance et de la sagesse. Je les aurais placés sur les hauteurs, je les aurais amenés dominer toute les étoiles! Ils ne seraient pas ainsi conquis, déchus et dispersés aux limites de l’extinction!

 

Je réfléchissais. Il était quelque peu difficile de penser avec cette agréable sensation de paresse que j’éprouvais. Je cessai de réfléchir et me dis alors que oui, que tout ce qu’il avait dit jusque là était vrai. Je n’avais pas à me méfier de lui.

Il me souffla alors :


Le murmure se fit plus doux :


 

J’étais bien d’accord avec lui, j’étais un homme valeureux et diablement courageux!

 

Sa voix devenait un chant éthéré qui s’introduisait en douceur dans mes pensées.


 

Oui! J’étais bien celui qui pouvait tous les sauver, celui qui pouvait améliorer le monde. C’était ma destinée! J’étais prêt à tout faire pour cela.

 

Il pausa un moment avant de continuer:


 

Le murmure se tut.

Je songeai qu’en acceptant, je serais comme un dieu tout puissant! Je n’avais qu’à lui dire oui!

Je montai pas à pas l’escalier de la pyramide. Il m’attendait au sommet, son regard penché sur moi, et il me faisait des signes insistants et impatients, me demandant de le joindre.

Ce qu’il me demandait n’était pas grand-chose après tout. J’avais déjà vécu quelque chose comme cela avant. Le souvenir était très lointain; je cherchais à me rappeler. Le Shaman! Je me rappelais maintenant du Shaman!

Le charme fut rompu.

Je regardai cette chose en haut de la pyramide; elle n’était pas comme le Shaman, elle était au contraire pernicieuse. J’étais à mi-chemin dans l’escalier. Je m’empressai redescendre absolument terrifié.

 

Il me fixait sa tête reposant  sur ses mains. Je le voyais embarrassé et en colère. 

 

Il entama : 

-           Alex! Ne tourne pas le dos à mon peuple. Ils ont désespérément besoin de nous où ils ne survivront pas!

 

Il jouait la carte de la culpabilité et je devais admettre qu’il me connaissait bien car cela me fit hésiter un moment. Il semblait vraiment être concerné pour eux.

De son sommet, il intercéda :


 

Non! Non! Je me haïssais pour avoir éprouvé le désir de me donner à cette chose afin de lui permettre de fondre en moi.

Il insista :


C’était présomptueux de sa part. Pourquoi moi? Il n’avait qu’à en choisir un autre! Le Shaman m’avait déjà dit que j’étais spécial… était-cela qui attirais cette entité trônant sur cette pyramide?

Comme si il avait lu mes pensées, il dit :


Son ton devint menaçant :


 

Je ne voulais que fuir et quitter  cet endroit mais une pensée me retenait; je voulais m'assurer que Chibirias n'était vraiment pas ici. Cette entité me lisait bien. Elle me dit alors:


 

Hébété, je regardai autour de moi. Elles venaient de toutes les directions vers moi, des femmes d’une merveilleuse beauté, des nymphes aux peaux blanches et brunes, des bacchantes au sein opulents, de virginales et mince dryades. Elles tendaient vers moi des bras chargés de désirs, il y avait dans leurs yeux la promesse d’inimaginables délices. Elles vinrent, me touchèrent sensuellement  attisant le feu de mon sang pour m’amener jusqu’à la flamboyante extase du désir. Quelles femmes!  Celle à la couronne de tresse aurait pu être Hélène de Troie alors que sa sœur à la chevelure d’or était le portrait d’Aphrodite elle-même. Une flute chanta et sa musique ne fit qu’attiser le feu dans ses veines. Je me laissai noyer dans cette vague de passion, pourquoi aurais-je du résister? Elles me tiraient vers le haut de la pyramide avec leurs garanties de plaisir ardent et fébrile.

Une cinquième femme sortie du groupe. Elle avait une chevelure de nuit qui lui couvrait le visage, elle pleurait! Pourquoi pleurait-elle alors que toute les autres chantaient et étaient heureuses d'être avec moi? J’avais autrefois connu une fille dont les cheveux étaient tissé dans cette même brume de nuit-qui? Qu’importe qui elle était, il ne fallait pas qu’elle pleure!  Elle ne devait pas pleurer;  comment s’appelait-elle déjà?

Chibirias!

Une vague de honte et de pitié s’empara de tout mon être éteignant le feu fringant de ces enchanteresses.

-           Chibirias hurlais-je. Ne pleure pas! C’est toi que j’aime!

La musique de la flute se tût; le sortilège se dissipa. Je me rendis compte qu’au lieu de quatre magnifiques femmes, j’étais retenu par quatre homme ayant saisi et retenant mes poignets et mollets en m’entraînant dans l’escalier de la pyramide.

L’homme au sommet de se pencha vers moi frémissant d’impatience et murmura :

-           Prête-moi ton corps Alex, tout le monde t’appartiendra, si tu acceptes seulement de me prêter ton corps!

Je me débattais comme désespéré, je voulais fuir ce cauchemar.


L’homme se mit debout. La colère qui l’agitait et qui s’en exhalait me frappa comme un coup de poing. Il parla, son murmure était empreint de méchanceté et d’une froideur étudiée.

-           Ne sait-tu pas qui je suis? Dans ce cas je prendrai ton corps de force, je te le volerai et tu l’occuperas avec moi comme un esclave condamné. Les horreurs que je causerai en étant maître de ton corps; ce que tu verras te torturera tellement que tu m’imploreras de t’exterminer pour abréger ta folie et tes souffrances! Et alors je ne te ferai pas la grâce de te terminer, je te maintiendrai en vie tout aussi longtemps que ta torture m’amusera.

 

-           Il t’a dit non! Je sais que tu n’es pas habitué à ce que l’on ne cède pas à tes caprices ou tes menaces, mais cet homme t’a résisté, il a gagné, et ce, malgré tous tes efforts!

Je reconnus le Shaman. Il me regarda de façon rassurante avec affection.

-           Tu ose me défier, vieux grand-père! Cet homme  m’appartient,  je l’ai choisi et je le veux!

-           Désolé, mais cet homme s’appartient, insista le Shaman, et il a prouvé son mérite!

Le Shaman s'approcha et tout en me touchant, il m'ordonna tout simplement:

-           Réveille-toi!

 

Je me réveillai confus et désorienté, le cœur battant à tout rompre. J’étais tout en sueur et à bout de souffle. Ce cauchemar battait définitivement tout les autres! Est-ce que cela avait été simplement un mauvais rêve? J'avais l'impression de m'être vraiment battu pour la possession de mon âme et de mon esprit contre cette figure luciférienne. Qui était-il? Le pire, qui qu’il soit,  c'est qu'il  avait presque réussit à me séduire si ce n'eut été de . . . Chibirias. Son souvenir m'avait sauvé. N'y avait-il pas eu aussi mon vieux Shaman dans ce rêve? Tout commençait déjà à être floue et à devenir un vague souvenir. Je trouvai Rafaele blottit contre moi. Il avait quitté son lit au courant de la nuit pour me joindre  dans le mien. Je n'en pensai rien, dans son état au coucher cela m'était compréhensible. Le fait de ne pas être seul, sa présence, me confortait. Devais-je lui parler de mon expérience? Je décidai que cela ne serais pas pour l’instant; notre relation commençait tout juste à se développer et je ne voulais pas l’accaparer, surtout pas l’effrayer avec ces bizarreries qui me harcelaient encore.

 

Je me levai doucement en faisant attention de ne pas déranger Rafaele. Je me rendis à la fenêtre et tirai les rideaux. Notre chambre était au niveau supérieur de l'hôtel de trois étages et la fenêtre me donnait une vue spectaculaire de la ville, une mosaïque de tuile rouge de terre cuite imbriquées avec en arrière-plan de majestueuses montagnes verdoyantes dont les cimes crevaient le plafond de nuages ouateux. Il y avait apparence de pluie pour la journée. Je regardai le compas de Chibirias. Il indiquait plein Est ce qui n'était en accord avec le GPS nous positionnait à 14°50’ 21.53’’ Nord par 89°09’21.87’’ ouest, ce qui était  quelque peu éloigné de la longitude que nous avions déterminé de 89°01. Tout celai confirmait que nous étions dans le bon secteur. Les ruines de l'ancienne cité de Copán étaient justement vers l'est de notre hôtel.  Satisfait, je mis de côté le compas et le GPS. 

Je pris ma douche et m'habillai avant de secouer Rafaele pour le réveiller. Je dû insister avant qu'il daigna donner signe de vie et qu'il entrouvrit un œil.

 

Il bailla:

-           Quelle heure est-il?

-           Presque sept heures!

Je ramassai et plaçai dans mon sac à dos tout ce que je pensais nécessaire pour notre visite des ruines.

Voyant Rafaele toujours étendu immobile dans le lit, je n’eus aucune pitié.

D'une geste vif, je soulevai les draps. Il réagit lorsque je menaçai de lui soutirer également son oreiller.

 

-           Ça va j'ai compris! grommela Rafaele et s'étirant et se levant. Tel un zombie aveugle, il déambula lentement vers la salle de bain.

 

Je lui indiquai:

-           Je t'ai laissé de l'aspirine et de l'anti-nausée près du lavabo, tu vois?

 

-           Oui! me répondit Rafaele sur le ton d’un enfant exaspéré.

 

Il suggéra en sortant la tête de la salle de bain, brosse à dent encore dans la bouche:       

-           Tu peux descendre au restaurant, je t'y rejoins dans quelques minutes! Commande moi une grande tasse de café, s'il-te-plaît!

 

-           D'accord, je t'attendrai en bas!M15601941041310926815


 

Par A. Saint
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