Partager l'article ! Partie 13.3: J’étais assis seul à ma table de restaurant, j’avais déjà fini de manger mon omelette. Toujours pas de Rafaele! S ...
J’étais assis seul à ma table de restaurant, j’avais déjà fini de manger mon omelette. Toujours pas de Rafaele! S’était-il rendormi? Je décidai de lui laisser encore un peu de temps pour me joindre.
Je me servi une autre tasse à partir du presse-café qui avait été laissé à ma table. Le liquide noir, délicieusement aromatique était absolument délectable. C’était sans exagération le meilleur café que j'ai bu de toute ma vie. Il était fait à partir de fèves locales cueillie dans la vallée de Copán et fraichement rôties.
Je vis Madame Mercurio s’amener, elle se cherchait une place pour déjeuner. Je lui signalai de se joindre à moi. Nous échangeâmes nos salutations matinales. Elle était heureuse de me voir. Elle affichait toujours son grand sourire. Aussitôt assis, une servante s’amena pour s’occuper d’elle en lui offrant café et jus d'orange. Elle commanda ce qu'elle appelait son habituel: 2 crêpes, deux œufs miroirs, tranche de jambon et tomate. Son assiette arriva rapidement. Elle la huma avec un grand plaisir gourmand en expliquant que ce qui lui manquait plus que tout dans ses expéditions archéologiques dans la jungle reculée était un bon petit déjeuner cuisiné.
- J’ai été surpris de voir Rafaele ici, me commenta t'elle en tartinant son pain grillé. Les Chontrons sont quand même loin d’ici! Il a étendu son sujet de thèse?
Elle était plutôt indiscrète cette Madame Mercurio! Peut-être essayait-elle simplement d'amorcer une conversation. Je détestais mentir, mais il me fallait bien lui répondre quelque chose. Je lui dis calmement:
Tout ce que j'avais dit était essentiellement vrai et j'espérais avoir satisfait sa curiosité.
- Je comprends; cela est très intéressant! poursuivit Mercurio entre deux bouchées. Lorsque vous aurez terminé et serez prêt à publier, je serais très intéressé à vous lire. J'ai de bons contacts au National Geographic.
Cela m'impressionna. Je la remerciai poliment.
- Quel sera votre prochain site après Copán? Je pourrais vous suggérer des sites qui vous intéressaient sûrement!
- Quand nous aurons terminé ici, nous planifions d'aller vers l'ouest.
Elle approuva et en profita pour me parler de son travail au Guatemala et des fantastiques cités oubliées qui s'y trouvaient. Je regardai Mercurio comme si c'était la première fois que je réalisais que c'était une femme et c'était une très belle femme. Elle semblait constamment pausée, toujours de bonne humeur, mais on devinait en elle une grande dynamique et passion. Il était évident qu'elle était en amour avec ce qu'elle faisait. Il fallait qu'elle soit forte, résolue pour ainsi travailler seule dans cette profession dominée traditionnellement par les hommes.
Elle me confia qu’elle avait cela dans le sang : ses parents étaient eux-mêmes explorateurs et historiens et ils l'avaient amenée partout, même sur les sites d'excavation. Les glyphes Mayas avaient été parmi les premiers dessins qu'elle avait faits avec ses pastels. Elle se rappelle intensément d'une visite à Elk Balam et de ces anges, ces guerriers Maya ailés, qui l'avaient complètement impressionnée.
En continuant à jaser avec elle, il me devint évident qu'il s'agissait d'une femme absolument brillante qui avait décidé de dédier sa vie aux anciens mayas. Elle me parlait constamment d’eux avec une fervente passion et un respect évident pour cette ancienne culture. J’appris également son prénom : Jillian.
Je la trouvais de plus en plus sympathique cette docteure Mercurio, mais je maintenais une certaine réserve; j'étais une fraude et cette femme était de plus associé avec l'Université de Harvard et le musée de Peabody ce qui me rappelait la provenance illégale de l’artefact de Chibirias.
Le visage de Jillian s'alluma alors qu’elle finissait son assiette.
- Vous êtes peut-être la meilleure personne pour répondre à une question qui à rapport à des excavations récentes !
Elle fouilla dans son sac à dos et en sortit plusieurs petits sac de plastique. Ils contenaient différents objets sculptés et fragment de pierres.
Je reconnu aussitôt, malgré les différentes couleurs, le minerai fin et très dur de la famille des pyroxènes, le jade jadéite. La couleur verte plus ou moins foncée de plusieurs de ces échantillons confirmait leur nature hors de tout doute.
Je regardai Mercurio dans les yeux, me testait-elle? J’étais intimidé par elle et voulais me valoriser et me rendre crédible.
Je lui relatai mes observations en lui expliquant qu'à son état pur le jade est blanc et que ce sont les sels qu'il contient dans sa structure cristalline qui lui confère une autre couleur. Les sels de chrome donnent une couleur verte. Je lui pointai un échantillon bleu-vert dont la couleur provenait des sels de cobalt qu'il contenait. J'ajoutai que le jade noir doit sa couleur à des sels de titane alors que le jade rose contient des sels de fer et de manganèse.
Je lui montrai qu’il existe deux types de jade. La première est un clinopyroxène sodique, un aluminosilicate naturel de sodium. Il correspondait à l'ensemble de ses échantillons sauf deux, taillés comme des perles, d'une couleur olive vitreuse et opaque. Il se distinguait des autres échantillons par sa structure cristalline. J’étais certain qu'il s'agissait du deuxième type de jade, la néphrite, une variété d'actinolite, un aluminosilicate de calcium.
Mercurio était excitée: je venais de confirmer ce qu'elle soupçonnait déjà depuis un certain temps. Un des échantillons prélevé dans des ruines mayas n'était non pas du jade d'Amérique mais de Chine!
J’admettais que sa découverte était absolument remarquable, car chose certaine on ne pouvait trouver de la néphrite en Amérique Centrale où la jadéite dominait complètement. Je voulu amener à Mercurio une importante précision, sans pour autant tuer son enthousiasme. Je lui confirmai qu’il est vrai que l'on trouve de la néphrite en Chine et que dans l'antiquité elle y était une pierre précieuse connue aussi sous le nom de la pierre Impériale. Mais, il est également possible de retrouver de la Néphrite en Russie, en Nouvelle-Zélande et au Canada qui en est le principal producteur mondial de ce minerai. Il était donc possible que ce Jade précieux ait été amené et conservé depuis le passage du détroit de Behring par les Amérindiens ou qu’il provienne d’échange avec des tribus du Nord de l’Amérique.
Seul un examen approfondi des impuretés du minerai ou un profil isotopique détaillé en comparaison avec des échantillons standards provenant de différentes régions permettrait de cerner la provenance de ce minerai. Mercurio était parfaitement d'accord et prit note des tests que je lui recommandais.
Elle m'informa que la jadéite fut grandement prisée par les civilisations précolombiennes.
J'appris que le jade
bleu-vert est appelé "jade des Olmèques", alors que le jade vert foncé est dit " jade des Mayas ". Le minerai provenait du Guatemala, des hautes terres du pays (Sierra de las Minas). Elle
connaissait bien une collègue archéologue au
Guatemala qui avec son mari avaient découvert d'anciens gisements de jade dans la région d'Antigua les rives du fleuve Motagua qui furent minés par les Mayas à l'époque précolombienne. Ils
exploitaient encore aujourd'hui leur découverte sous le couvert d'une société minière. Si j’étais intéressé à leur opération, Mercurio m'assura que cela pouvait être facilement arrangé. Je
répondis spontanément que cela m'intéressait effectivement beaucoup mais que j'avais du travail à compléter avant de pouvoir considérer y aller.
Rafaele arriva enfin. Il était de bonne humeur, son regard clair pétillant à l'opposé de celui que j'avais laissé dans notre chambre. Moi et Mercurio le regardâmes fascinés alors qu'il engloutît en quelques minutes la montagne de crêpes contenue dans son assiette. Il avala d'un trait sa tasse de café et s'essuya les lèvres avec sa serviette de table; il était prêt à partir.
Il en était presque temps; je reconnu les gens avec qui nous avions échangés la nuit précédente. Ils arrivaient tous, venus eux aussi pour visiter la tombe. Un autre homme, inconnu celui- là se joignit à nous. Il était un homme distingué dans la quarantaine, à la barbe courte et soignée, sa tête couverte par un chapeau de style safari et ses yeux dissimulés derrière des verres fumés,. Mercurio nous le présenta comme étant le docteur Maca qui avait découvert la tombe que nous allions visiter. Il nous salua tous humblement. Il était un archéologue et anthropologue de l’Université de Colgate de l’état de New York aux États-Unis.
Nous procédâmes ensuite vers le site des ruines. Il s'agissait d'une marche très agréable d’une quinzaine de minutes pendant laquelle notre groupe continua de bavarder. Je regardais le soleil qui demeurait timide incapable de percer la brume tombante des montagnes.
J’étais excité alors que nous nous approchions d’un vaste complexe de ruines blanchâtres formés de plusieurs plazzas, nombreux temples et structures construites sur différents niveaux. Nous étions également entourés par la vallée incroyablement verdoyante de Copán traversée par la Chamelecón Rio. Ses montagnes rondes densément boisées étaient parsemées ça et là par des plantations de cafés, d’ananas ou de larges champs dorés de tabac. Je me rappelais jusqu’à quel point j’avais grandement apprécié au petit déjeuner le café qui provenait de la plantation, ou finca, de la famille Welchez à quelques kilomètres de Copán. Il s’agissait de la même famille qui avaient fondé et exploitaient encore l’hôtel Marina.
Nous arrivâmes à environ 400 mètres à l'ouest de l'Acropole, le noyau cérémoniel de l’ancien Copán. À part d'un trou ouvert un petit monticule de terre, il n’y avait que peu à voir. Je jetai un coup d’œil discret sur le compas et fut déçu. Ce n'était pas ici: nous étions encore loin de l'endroit qu'il indiquait. J'observai Rafaele ravi de pénétrer dans la terre; je ne lui dis rien ne voulant pas lui gâcher son moment. Je regardai tout autour et réalisai que ce que pointait le disque de Chibirias était beaucoup plus loin que le site touristique des ruines, quelque part dans les jungles au-delà de la vallée de Copán.
Pendant ce temps, j'écoutais d'une oreille distraite le discours de Monsieur Maca qui nous relatait les éléments les plus remarquables de cette tombe d'un membre d'élite de l'empire antique Maya. Selon leur première estimation, la sépulture datait aux environs de 650 après Jésus Christ. Il nous apprit qu'il s’agissait du squelette d’un homme de 50 ans affligé par diverses maladies. Le squelette avait même des modifications dentaires, communes parmi le Maya antique.
La dépouille reposait droite dans son tombeau avec ses jambes entrecroisées, ce qui était peu commun. Son corps, lorsqu’il a été trouvé, était flanqué de coquillages, poterie, bateaux miniatures et ornements de jade.
La position du corps, la structure du tombeau, et plusieurs objets façonnés inattendus suggéraient que l'individu enterré a été un important dirigeant politique ou un membre du sacerdoce. Maca ajouta que l'individu enseveli a été trouvé avec un pectoral de jade pendu d'un collier des douzaines de perles de jade de diverses tailles et puisque le jade était un produit précieux, ces bijoux représentent donc un niveau de d’influence et de contrôles ressources économiques. Les symboles inscrits sur le pectoral de jade indiquaient un titre politique ou une affiliation sociale à des emplacements importants autour de la ville.
Maca admit que cette découverte avait été inattendue ainsi en dehors du centre cérémonieux de Copán alors que les tombeaux appartenant aux membres de la dynastie de la cour royale de Copán sont typiquement trouvées dans l'Acropole de Copán, c’est pourquoi les archéologues avaient typiquement focalisé leur recherche dans la zone centrale de l’ancienne ville de Copán pendant les dernières décennies.
« Nous commençons maintenant à penser, dit-il, plus largement à la grande ampleur de la ville et de ses banlieues, de la façon de protéger ce grand territoire contre le pillage et la croissance démographique moderne. Nous comprenons maintenant que la dynastie de Copán a manifesté sa puissance dan des secteurs jamais été exploré et peut-être même au-delà de la vallée de Copán. »
Je regardai de nouveau vers l’est ; il ne savait pas jusqu’à quel point il avait raison.
Il mentionna que les poteries trouvées, certaines représentant de navires, provenaient probablement du Salvador actuel. Maca nous a expliqué qu’il était ainsi peu probable que ceux-ci aient été faits dans Copán et qu'elles signifient une certaine sorte d'affiliation culturelle avec la région de leur provenance. Les coquillages ont été également retrouvée dans le tombeau et leur disposition semblaient indiquer une carte cosmologique et peut être une représentation des eaux originelles de la mythologie de la création de Maya. Maca nous a indiqué que les coquillages proviennent sûrement d’échanges commerciaux avec la côte. Cette découverte fournissait aux archéologues et anthropologues une idée plus précise de la société de Copán de la période Classique qui était culturellement beaucoup plus diverse que l’ont avait crû jusqu’ici. Maca conclut que la découverte leur fournissait un cadre archéologique peu commun les aidera à augmentent leur connaissance de la complexité sociopolitique et culturelle de la ville antique et du paysage funéraire et rituel de la vallée de Copán pendant le septième siècle (A.D.)
À ce moment Rafaele émergea du sous-sol absolument enchanté remerciant chaleureusement le docteur Maca pour ce moment privilégié. J’exprimai également ma gratitude. La visite était finie, le groupe commençait à se disperser.
Je pris Rafaele par le bras et lui dit à voix basse :
Ce n’est pas ici ! J’ai vérifié le compas. D’après ce que je peux estimer, cela pourrais être à dix ou tout au plus vingt kilomètres d’ici en direction de l’est.
Rafaele était songeur.
Tu es certain ? C’est bien loin d’ici; cela nous mènerait quelque part dans les montagnes.
Je bougeai affirmativement la tête.
Cela correspond à la longitude que nous avons originellement déterminée.
Tu as l'air déçu! commenta-t-il en me regardant.
Je lui admis:
Je suis juste un peu frustré: j'avais tellement espéré que cela serait plus facile cette fois!
Moi aussi !, admit Rafaele. Je me console en me disant que si cela serait facile, il y a longtemps que cela aurait été découvert par quelqu'un d'autre.
En effet! acquiesçai-je.
Cré Rafaele ! Il n’était pas du tout contrarié pour autant.
Je vais préparer tout ce qui est nécessaire pour l’expédition annonça-t-il tout à fait résolu. Tout fougueux, il s’apprêtait déjà à partir.
Je l’arrêtai et lui suggérai :
Il n’y a pas tant de presse, nous pourrions partir demain matin. Ne veux-tu pas en profiter pour visiter les autres ruines de Copán pendant que nous sommes ici ?
Il me regarda avec gratitude. Il n’avait pas besoin de me répondre.
Nous fûmes alors conscients de la présence de Mercurio tout près de nous. Combien de temps avait-elle été là ? Qu’avait-elle entendue ?
Elle nous regardait curieusement. Je pensais qu’elle était pour dire quelque chose mais elle ne nous dit rien alors que le docteur Maca vint la rejoindre pour discuter des travaux de remblayage.