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Mercredi 30 décembre 2009 3 30 /12 /Déc /2009 02:25

Nous nous éloignâmes et commençâmes notre exploration des autres ruines du site archéologique. J’acquittai les frais d’entrée de 25 dollars américain à l’entrée du parc pour la totale, la visite incluant les anciens tunnels d’excavation ouvert au public et le musée de sculptures adjacent aux ruines.

Rafaele dit avec enthousiasme que Copán est avec Chichén Itzá et Tikal l'un des trois meilleurs sites mayas reconstitué en considérant son architecture, son art et sa grandeur. Ce n’était pas seulement son avis mais aussi celui de nombreux experts,  Il avait raison si l’on considérait les statistiques affichées : quelques 4509 structures et objets avaient été répertoriées à Copán dont 3450 avaient été retrouvées dans un territoire de 24 km ² autour du groupe principal. Cela me suggéra que l’endroit qu’indiquais le compas pouvait être en fin de compte dans les confins de la banlieue de l’ancienne métropole Maya.

Alors que nous examinions la maquette de la ville, Rafaele me fit  remarquer que la disposition générale de la ville est conforme à la pensée cosmologique maya du monde orienté selon les quatre points cardinaux entourant un axe central.  À Copán, le Groupe principal constitué d'une Grande Place et d'une Acropole, représente l'axe du monde. Il est entouré de secteurs d'habitations situés aux quatre points cardinaux et reliés au centre par des sacbes. Ce thème était persistant pour les mayas que ce soit dans la structure du cosmos ou de leur art et architecture. Toh Pepem et le vieux prêtre m’avait montré ce même arrangement et le compas de Chibirias lui-même était l’incarnation de ce principe.

Historiquement, les traces de peuplement les plus anciennes de la vallée de Copán indiquent que l'occupation de la vallée de Copán a commencé dès le douzième siècle avant Jésus Christ. Pour des raisons qui restent inexpliquées, elle a été en grande partie abandonnée de l’an -300 jusqu'aux environs de l’an 150 pour être ensuite repeuplée.

La ville de Copán a connu son apogée au septième après. J.-C et a été définitivement abandonnée aux environs du dixième siècle. Il semblerait que ce soit un problème environnemental qui ait provoqué la chute de Copán. En effet, à cause de la déforestation : on estime qu'à la fin du huitième siècle, il n'y avait plus un seul arbre debout dans les 30 km à la ronde. La forêt était consommée a un rythme effrénée pour répondre aux besoins de la population croissante et à la construction de nouveaux développements. La population fut conséquemment obligée de cultiver les versants abrupts de la vallée et, à cause de l'érosion du sol, de défricher toujours et encore plus la forêt tout autour. Cette spirale infernale de déboisement-érosion aurait entraîné un appauvrissement des terres agricoles et des inondations. La population aurait ainsi souffert de plus en plus du problème de la culture des terres ; en examinant les restes squelettiques datant des  huitième et neuvième siècles, les archéologues ont relevé des signes de malnutrition et constaté un accroissement de la mortalité infantile à Copán.

Cela était difficile à croire à la vue de la jungle qui avait envahit le site et le dominait de nos jours. La reconstitution de Copán avait nécessité un travail titanesque. Lorsque les premiers archéologues arrivèrent ici, ils ne trouvèrent que des monticules de terres couvert par de la végétation.  La jungle avait réclamée tout le territoire et ensevelie les anciens structures et temples. Pendant un siècle, les buissons ont été arrachés,  la végétation a été défrichée, la terre et la boue enlevées pour révéler les structures de cette ville perdue. Ils eurent à repousser et contenir le fleuve, assécher les marécages, une tâche absolument monumentale.

 

Sortant du couvert d'un grand Ceiba, nous sommes entrés dans la Grande Place de Copán célèbre pour les stèles et les autels qui la recouvrent. Sur le gazon se trouvaient des stèles absolument majestueuses et grandioses, certaines de trois à cinq mètres de hauteur et d’autres de deux à trois mètres environ. Ces chefs-d’œuvre étaient sculptés en haut relief extrêmement complexe. Ils étaient les portraits des plus grands souverains de l'histoire de la ville. Rafaele commenta qu’il était normal pour les Mayas d’ainsi aduler et craindre leur Rois car il n’était pas seulement le noble dirigeant de la ville, il était aussi l’intermédiaire avec les dieux et les forces surnaturelles du monde.  Il me fit aussi remarquer que les stèles sont orientées est-ouest de façon à être éclairées par le soleil levant et le soleil couchant.

Une stèle représentait le souverain vu de face, tenant dans ses bras une barre cérémonielle (appelée aussi barre-serpent). La tête était disproportionnée par rapport au corps et les jambes sont massives. Une autre incarnait le Dieu du Maïs pendant que celui-ci exécutait une danse cérémonielle. J’admirai une stèle qui représentait dramatiquement le dieu de la pluie Chac émergeant des mâchoires d’un monstre terrestre représentant l’entrée de Xibalba.

Je reconnu que les sculpteurs avaient utilisé à Cobá un matériel particulièrement tendre, le tuf volcanique, un amas de téphras, d’éjectas volcaniques, agglomérés ensemble par l'eau.  

Je remarquai que le site était pratiquement désert. Les touristes semblaient, pour la plupart, avoir été découragés par la bruine persistante. Non pas que cela me décevait; j'appréciais beaucoup au contraire l'intimité de notre visite. J’appréciais de me balader parmi ces paysages sylvestres révélant de magnifiques œuvres d’art anciennes au détour de chaque chemin. Pour moi ces structures n'étaient pas inertes mais bien vivante portant un vibrant témoignage de leur passé. Je pouvais facilement imaginer ressentir le résidu des multitudes de présences anciennes qui émanait de la pierre et entendre les échos de ce qui fût jadis dans cette ancienne ville.

Nous nous retrouvâmes au terrain de jeu de balle.  Il était bien préservé. Il était le deuxième plus grand terrain d'Amérique Centrale, après celui de Chichen Itza.  

Après avoir contemplé le terrain, j’admis à Rafaele que je ne voyais toujours pas comment il était possible de compter dans ces anneaux du jeu de balle sans utiliser ses mains ou ses pieds. Il m’expliqua qu’il s’agissait avant tout d’un travail d’équipe. Un joueur montait la balle et la passait à un autre joueur placé au niveau du but, tout près de l’anneau, qui défléchissait la balle en utilisant son corps dans l’ouverture pour compter. Rafaele me mima la scène. Son mouvement de hanche aurait pu être comique mais il était très sérieux. Il avait plusieurs fois joué à ce jeu. Il raconta que son tout premier véritable emploi au Yucatan avait été celui de figurant et ensuite d’artiste à Xcaret.  A chaque jour de la semaine, il avait évolué comme joueur maya lors de la proportion pre-hispánico et danseur dans les segments de la deuxième partie, México Mestizo de leur spectacle de soirée. Une autre chose que j’apprenais sur lui.  C’est ainsi qu’il avait accumulé assez d’économies pour s’inscrire à l’université. Il devint alors stagiaire volontaire pour aider à la modernisation du site archéologique de Tulum et plus tard devint moniteur à l’Allure qu’il avait sélectionné en raison de sa proximité du site archéologique. Tout un parcours de vie pour quelqu’un d’aussi jeune. Il l’avait effectué essentiellement en solitaire jusqu’à sa rencontre avec Papah qui transforma sa vie. Pour ma part, je ne pouvais que lui raconter qu’un cheminement de vie plutôt linéaire, études, carrière jusqu’à ma fatidique rencontre avec le Shaman. 

Nous montâmes ensuite à l’acropole, un ensemble de structures surélevées dominant le site. Son centre est occupé par une grande cour et différents temples; sa pyramide était la plus élevée de Copán. Rafaele mentionna que cette disposition architecturale était conforme à une autre des pensées religieuses maya: le temple-pyramide correspond à une montagne («witz'» en maya), tandis que la place est l'équivalent de l'océan sur lequel flotte la terre («naab» en maya).

Au sommet de la pyramide nous trouvâmes une vue fantasmagorique.  Au dessus de nos têtes l’épaisse couverture de nuages était si basse que nous aurions pu la toucher à bout de bras. En dessous nous apercevions la place centrale noyée dans l’épais couvert émeraude de la forêt.  C'était comme se retrouver coincé entre deux surfaces solides, perdu dans une autre dimension suspendue dans le temps. J’aimais imaginer qu’au dessus des nuages les dieux Mayas veillaient sur nous et qu’en dessous, sous le tapis de végétation, les fantômes des anciens Mayas hantaient toujours les lieux. Nous restâmes là-haut pendant de longues minutes à méditer. Pour ma part j’exprimais grâce pour cette vue magnifique et irréelle que je n’aurais jamais pu imaginer.

Un fois redescendu, je m’arrêtai stupéfait devant une tête sculptée jonchant le sol. Son front dominant était prononcé et entouré par un bandeau. Son visage était rond et ridé avec de grands yeux en amande, un grand nez écrasé, des joues bouffies. Il affichait un sourire aux dents manquantes. Il était l’image de mon Shaman. Rafaele remarqua ma fascination et en était intrigué. Je lui dis pourquoi. Il examina la tête de près.

La tête était identifiée comme étant celle d’un Pauahtun ou Pawahtun, un autre nom que celui des Bacabs pour les dieux cardinaux. J’en étais surpris; j’avais toujours imaginé les bacabs comme des dieux Atlas classiques. Cela n’était pas surprenant pour Rafael. Il raconta que dans des représentations anciennes qui ne sont pas limitées au Yucatan, les Bacabs sont souvent représentés par de vieux hommes portant le grand dragon céleste car ils symbolisaient aussi les ancêtres. Cette tête de vieillard pouvait donc effectivement représenter l’un d’eux. Les Pauahtuns avaient aussi parfois les attributs d’une conque, de la tortue, des toiles d'araignée, ou des abeilles. Il confirma également qu’il était vrai que souvent les bacabs étaient aussi représentés par de jeunes hommes pourvu d’une musculature impressionnante, portant une énorme charge sur leur dos, maintenue en place par un bandeau autour de la tête. Parfois cette charge était une stèle marquant une date car ils étaient associés aux premiers jours du nouvel an du calendrier. Pour cette raison, les bacabs étaient également interpellés comme devins car ils connaissaient ce que le nouveau cycle du calendrier amenait.

Il y avait le concept du cinquième bacab central, Thup, qui m’intriguait. Il supportait l’axe central du ciel et de la terre. Rafaele mentionna qu’il faisait aussi parti de certaines légendes. Il était reconnu comme étant le plus puissant et le plus craint de bacabs. Les anciens Lacandons dans leurs cérémonies n’oublient jamais d’inclure pour lui un sacrifice au centre de l’autel en plus de leurs offrandes à chacun des points cardinaux. 

Je me demandais si dans ce contexte, s’il ne serait pas possible d’interpréter que ce cinquième Bacab ne serait nul autre que Xaman Ek ou Itzamna lui-même. Rafaele souri en disant que cela était possible parce que dans panthéon maya le même dieu avait de multiples personnalités et aspects. Certaines divinités avaient plus d’un sexe, d’autres pouvaient être à la fois jeunes et âgées comme c’est le cas des bacabs. Chaque dieu associé à un corps céleste possédait dans le monde souterrain un visage différent qui se révélait chaque matin ou dans le cas du soleil chaque soir. Pour moi il restait donc possible que cette tête corresponde bien au cinquième bacab, l’incarnation du dieu de l’Étoile Polaire ou du Roi du Ciel et qu’ils étaient intimement interreliés avec mon Shaman. Je saluai en révérence la tête incorporelle une dernière fois avant de continuer la visite.

Nous admirâmes ensuite un autel, un bloc de pierre sculpté, de base carrée, de 1,50 m de côté. La partie supérieure de l’autel est couverte d’hiéroglyphes. Seize personnages assis les jambes croisées sont représentés quatre par quatre sur les côtés. Ils représentaient les seize souverains d'une même dynastie de Copán, celle du roi Yax Pasaj. Ils portaient tous, sauf une exception, une espèce de «turban», caractéristique de Copán. Le détail et la précision des ces représentations était absolument remarquable. Une des figures passaient les emblèmes traditionnels du pouvoir à la dernière, le roi Yax Pasaj. Rafaele me fit comprendre que cette œuvre d'une grande virtuosité démontrait un message au cœur de la pensée politico-religieuse des Mayas classiques: le souverain tire son pouvoir de ses ancêtres, avec qui il communique directement.

Tout juste à côté de l’autel, il y avait une crypte où les archéologues ont découvert les restes de quinze jaguars sacrifiés. Il était présumé qu’ils correspondaient aux quinze ancêtres représentés sur l’hôtel. Chez les Mayas le jaguar est fréquemment associé à la royauté ainsi qu'au soleil nocturne traversant les enfers sous-terrain dans lesquels il tombait chaque soir, pour réémerger victorieux chaque matin.

L’escalier hiéroglyphique constituait une des structures les plus célèbres de Cobá. Il s’agissait d’une structure absolument majestueuse, qui comporte le plus long texte maya connu avec ses 2200 glyphes, sculpté avec beaucoup de détails dans la pierre des contremarches. Malheureusement, sur les 63 marches originelles, seulement 15 avaient été retrouvées encore à leur place, et de celles-ci, cinq avaient été découvertes partiellement détruites. N’ayant pu résister aux ravages du temps, les autres glyphes étaient tombés ou effacés.  Ils avaient été replacés de façon arbitraire lors de la restauration de l'édifice en 1935. Conséquemment, il est impossible de déchiffrer le texte original dans son intégrité.  Par contre l’interprétation de la partie restée lisible montrait qu’il s’agissait, tout comme l’autel que nous avions vu précédemment, d’une chronique de la dynastie copanèque depuis son tout premier roi K’inich Yax K’uk’ Mo’.

Nous pénétrâmes ensuite dan le tunnel Rosalila. A la recherche des structures les plus anciennes, enterrées par les Mayas sous les bâtiments plus récents, les archéologues avaient creusés des tunnels dans la masse de l'Acropole. Il y avait plus de quatre kilomètres de tunnel accessibles. En pénétrant dans ce trou artificiel,  je craignais qu'un tel ouvrage soit également nécessaire pour trouver l’objet que pointait le compas de Chibirias. Conséquemment, cela pourrais prendre des semaines, des mois, ou même plus, pour trouver l'accès et déterrer l'artefact que nous recherchions. Je  pris mentalement note  d'amener une paire de bonnes pelles demain.

Par le tunnel que nous avions emprunté, nous avons vu  une partie de l'édifice Rosalila enterré sous  l'Acropole et qui devait son nom à sa couleur rose-lilas. Ce bâtiment à deux étages, décoré de masques en stuc était jugé comme étant un des plus remarquables - sinon le plus remarquable des bâtiments de Copán, notamment en raison de son état de conservation. Il avait été découvert en 1991 par l'archéologue hondurien Ricardo Agurcia. L’édifice datait de la période Classique moyenne. Une inscription hiéroglyphique nous apprend qu'il a été dédicacé par le dixième roi de Copán, Lune-Jaguar, en l’an 571. La Structure Rosalila est le dernier bâtiment stuqué à avoir été construit à Copán : signe avant-coureur des maux qui devaient affliger la cité au IXe siècle, la déforestation de la région était déjà tellement avancée que les Mayas ne disposent plus de bois à brûler en quantité suffisante pour réduire le calcaire en plâtre.

Le second tunnel, le tunnel des Jaguars, qui donne accès à la Tombe Galindo, du nom de son découvreur. Sous l'Acropole, il n'existe pas moins de cinq niveaux de tunnels, jusqu'à une profondeur de plus de 15 mètres.  Une autre structure souterraine à un niveau inférieur à celui du Temple Rosalila, et plus ancienne que cette dernière, avait été baptisée Margarita. Sa façade stuquée, partiellement conservée, est ornée de têtes entrelacées d'aras (k'uk en maya) et de quetzals (mo' en maya). Ces oiseaux étaient vénérés par les Mayas comme étant une grande source de pouvoir et une manifestation divine. On y avait découvert une crypte contenant des restes humains d’une femme d’une cinquantaine d’années couverts de cinabre, le minerai rouge du sulfure de mercure.  La dépouille était ornementée d'une grande quantité de jade. Il s’agissait de la femme d’un roi. Sous la structure Margarita, se trouvent encore deux structures plus anciennes: Yehnal et enfin Hunal, tout deux contemporaines des débuts de la dynastie copanèque. Dans cette structure typique de l'architecture de Teotihuacan, reposait la sépulture de Yax K'uk Mo', premier roi de Copan qui était venu d’ailleurs, de l’ancienne métropole impériale au cœur du Mexique.

De retour à l’air libre, nous nous dirigeâmes à l'ouest du Groupe Principal des  ruines  vers un petit groupe de structures appelé «Las Sepulturas». Les archéologues y ont dégagé un bâtiment qui a jeté une lumière nouvelle sur l'histoire de Copán: la Structure était connue sous le nom de «Maison des Bacabs» mais n’avait que peu de chose en relation avec eux. Il s'agissait du palais d'un lignage aristocratique, dont au moins deux représentants étaient des scribes. Le dernier, appelé Mac Chanaal, a laissé une inscription à la gloire non seulement du souverain de l'époque, Yax Pasaj, mais aussi célébrant - chose inhabituelle - ses propres ancêtres. Les archéologues y voient l'indication qu'à la fin du VIIIe siècle, le souverain de la ville n’était plus absolu, il devait partager le pouvoir avec l'aristocratie en place.

Une fine pluie tombait lorsque nous trouvâmes refuge au « Museo de Escultura Maya ». Il s’agit d’un grand édifice de deux étages qui contient plus de 3000 pièces partagées entre 59 expositions. Le musée abrite une reproduction grandeur nature de l'Édifice Rosalila qui est vraiment splendide. Nous restâmes un long moment à l’admirer. Dans le musée nous retrouvions aussi les originaux de plusieurs sculptures qui avaient été placées ici pour les protéger des intempéries. Il y avait l'Autel dynastique ainsi que plusieurs des stèles que nous avions déjà vues. Nous avions donc auparavant admiré des copies qui avaient été installées à l’emplacement des originaux.

Par A. Saint
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