Partager l'article ! Partie 13.6: Je vis au loin, au rebord de la route, le taxi jaune. Je fis un dernier sprint et l’atteignit à bout de souffle. J’étais a ...
Je vis au loin, au rebord de la route, le taxi jaune. Je fis un dernier sprint et l’atteignit à bout de souffle. J’étais alarmé. Il était vide.
Les portières du véhicule avaient été laissées ouvertes. Le pare-brise était fracassé, il avait apparemment éclaté sous l’impact d’un projectile. Plusieurs pensées lugubres se chambardaient et bousculaient dans ma tête alors que j’examinai l’intérieur du véhicule. Il n’y avait pas de sang. Il ne s’agissait pas d’un accident. S’ils en avaient été capables, ils auraient pris le chemin du retour vers l’hôtel. Je les aurais alors croisés. Je craignais qu’il s’agisse du travail de Lilith et de son frère. Lilith reconnaîtrait Rafaele surement. J’étais terrifié à l’idée du jeune Maya dans ses griffes et des horreurs qu’elle pourrait lui faire. J’espérais encore que Rafaele et les autres avaient simplement eu à abandonner le taxi et trouver refuge que part.
Je scrutai tout autour aussi loin que je pouvais dans l’obscurité ; il n’y avait aucune trace d’eux. Je captai du coin de l'œil un flash jaune-orangée; une allumette avait été allumée près du site de la billetterie. Il y avait quelqu'un là-bas.
Je restai prudent et m’avançai lentement. Je sautai le tourniquet et me dirigeai vers la source de cette furtive lumière que j’avais aperçue. J’aperçu sous le porche de l’entrés des salles de bain le petit point rouge ardent d’un bout de cigarettes dont l’incandescence éclairait un long et maigre visage caucasien. Il n’y avait aucun doute ; il s’agissait bien d’un membre du groupe de Lilith. Je croyais même le reconnaître depuis notre confrontation à Tulum.
Je réalisai trop tard qu’il y avait un autre de ces salauds dissimulé dans l’ombre derrière moi. Il n’y n'y avait rien que je puisse faire sauf fuir droit devant, à pleine vitesse, sans vraiment y penser. Je tombai face à face avec un troisième de ces bandits. Ils m’avaient piégé! Alors que j’étais toujours dans mon élan, il planta d’un geste rapide le canon de son arme dans mon estomac et le souleva brutalement accrochant mon menton et coupant ma lèvre inférieure. J’en perdis le souffle et fut sonné. Celui de derrière m’avait rattrapé me frappa brutalement avec la crosse de son fusil. Lors du dur impact contre ma nuque, tout est devenu noir pendant quelques instants. Je titubai et m’affalai lourdement face contre terre. Je n’étais qu’étourdis mais hors d’état de combattre, surtout contre trois assaillants. Je feignis d’être complètement inconscient et inerte malgré les vicieux coups de pieds qu’ils m’administraient.
- We have another one! (Nous en avons un autre!)
L’un d’eux alluma une lampe de poche qu’il braqua sur moi.
- What do we have here? (Qu’avons nous ici?)
Je m’efforçai désespérément de maîtriser mes nerfs et contraindre mon corps à l’immobilité.
Ils me retournèrent et me saisirent par le devant mon imperméable et tirèrent sur mes pieds pour mieux m’examiner. Je me rendis compte qu’ils étaient penchés dur moi. J’avais un mal fou à garder mes paupières baissées et c’était au prix d’un intense effort de volonté que je parvenais à maintenir ma respiration à un rythme lent et régulier de rapprochant de celui du sommeil. C'était encore plus difficile à simuler avec la pluie intense qui me martelait le visage.
- It’s that damn Canadian! (C’est ce maudit Canadien!) s’exclama l’un d’eux.
Il en semblait ravi!
- I believe that you are right! (Je crois que tu as raison!) dit l’autre.
- Lilith and Alan will be very happy! (Lilith et Alan seront tres heureux!)
Cette troisième voix devait être celle du fumeur.
- Will he be out for long? questionna le fumeur. (Va-t-il être inconscient pour longtemps?)
Quelqu’un me saisit la tête sembla la regarder une minute avant de la rejeter.
- He should be out for a few more minutes at least. I was able to hit him good and hard. Nobody can just walk up after that after a hit like that! And if he wakes up I will just knock him out again, no trouble! (Il devrait être inconscient pour encore quelque minute, J’ai été capable de bien le frapper solidement, Personne ne peux de relever d’un tel coup! Et s’il se réveille, je l’assomme! Aucun problème).
Il n’avait aucune idée à quel point j’avais la tête dure celui là! J’avais bien réussi à les tromper; ils me croyaient bien assommé. Je me surprenais du focus et de la concentration dont j’étais capable dans les circonstances. Ils étaient trois et ils étaient armés; je n’avais pas d’autre choix que de continuer à faire le mort en continuant à rester tranquille. Le troisième commenta :
- I hope you did not damage this one like the other one you did. You cracked open his skull, remember? You put him in a coma! (J’espère que tu ne l’a pas endommagé comme l’autre. Tu lui as entrouvert le crâne, tu te rappelle? Tu l’as mis dans un coma.)
Cela m’inquiéta au plus haut point : de qui parlait-il? Avait-il blessé Rafaele?
L’un d’eux me prit les poignets alors que l’autre me souleva les pieds.
- Talk about “dead” weight! se plaignit l’un d’eux. (Tu parles d’un poids mort! )
Ils rirent tout les trois.
- Here is the rope! (Voilà la corde!)
Ils s’apprêtaient à me ligoter. Je devais faire quelque chose. Mais quoi?
Soudain ils se turent. Ils étaient subitement tendus. Je discernais le bruit d’une voiture qui s’en venait tranquillement. J’espérai qu’il s’agissait enfin des policiers. Pour moi, c’était le moment d’agir pendant qu’ils avaient leur attention détournée. Je saisis solidement les bras de celui qui me retenait les poignets et en même temps je libérai un pied que je portai directement dans l’entre-jambe de l’autre devant moi. Je sentis son scrotum s’aplatir. Il me lâcha immédiatement et s’agenouilla en lançant une plainte. En utilisant tout mon poids et mes forces, je réussis à entraîner le deuxième homme par terre. Il se défendit férocement en corps à corps. Je réussis à lui donner un coup de poing avec ma droite qui écrasa son nez. Son sang gicla et ruissela sur son visage. Je l’avais sonné ses attaques étaient devenus grossières et manquaient de force et de coordination. Je l’achevai d’un double crochet à la mâchoire et à la tempe. Une fois assuré qu'il était hors combat, je retournai au premier qui récupérait encore de ma précédente attaque à ses parties intimes.
Il fit l'erreur de chercher son arme plutôt que de me parer. J’étais sur lui avant même qu’il ait relevé la tête. D'une main je réussi tout juste à saisir son arme et en le contraignant à maintenir son canon pointé loin de moi. J'avais également fermé mon autre main libre en poing et je l'utilisai pour lui servir une série d'attaques vicieuses concentrée sur ses parties génitales que je savais vulnérables. Ce n'était peut-être pas une technique de combat raffinée ou honorable, mais dans ce combat inégal c'était ma meilleure chance de survie. Il lâcha son arme et pendant qu'il se crispait de douleur, je poussai sa tête vers le bas et il reçu mon genou en plein sur son visage. Ce fut suffisant pour l’envoyer au sol. Il ne se releva pas.
J'allai à son fusil pour confronter le dernier des hommes qui restait, le fumeur. Mais ce dernier m'avait déjà en joue avec son arme.
- You son of a bitch; you are dead! (Fils de pute! Tu est mort) me beugla-t-il.
Je ne doutais pas que cela était son intention. Je reculai et m’éloignai des fusils par terre. Il regarda ses deux complices que j’avais neutralisés et il semblait quelque peu au dépourvu. Il n’en était pas moins dangereux, c’était tout le contraire.
Je sursautai lorsqu’une autre voix gueula derrière moi.
- Put down your weapon now!
Je tournai légèrement la tête pour apercevoir un officier de la police avec le canon de son arme à feu braquée sur le fumeur.
- I will kill him if you do not back off! menaça à son tour le fumeur.
- Sir this is your last warning! I will not say again. Put your weapon down! ordonna de nouveau le policier.
Je voyais la rage bouillir dans son regard glacial alors que le policier lui criait son ultimatum. Il n'était pas pour obtempérer et capituler. Il était résolu à m'abattre même si cela signifiait sa perte. Il m'avait à bout portant de son arme. C’était la deuxième fois en quelques jours que je me retrouvais ainsi menacé devant le canon d’une arme. Au son de la détonation, je baissai mes paupières. Il y eu un deuxième coup de feu. J'ouvris les yeux. J'étais sauf!
Le fumeur s'écroula devant moi.
Le deuxième policier arriva et vint me joindre. Je compris qu’il était celui qui avait abattu le fumeur. Il avait du nous contourner pour prendre dans sa mire le fumeur à découvert pendant que son collègue nous tenait en respect. Je lui devais ma vie.
- Vous allez bien? me demanda-t-il.
Je me redressai.
- Oui, merci, merci beaucoup!
Ils m’informèrent qu’ils avaient parlé à Morales et la police fédérale Mexicaine et qu’il leur avait confirmé l’essentiel mes dires. Je n’aurais jamais cru me sentir reconnaissant envers Morales.
Les policiers s'assurèrent que le trio maléfique soit définitivement hors d'état de nuire. Ils étaient particulièrement impressionnés par leur arsenal.
Après avoir embarqué le dernier de leur prisonnier menotté, un des policier se figea et pointa sidéré des lueurs fantomatiques qui tels des feux follets hantaient les profondeurs du site archéologique.
Je leur confirmai qu’ils s’agissaient de d’autres du même groupe surement affairés à piller les ruines.
Le plus jeune d’entre eux exprima son appréhension :
- ¡Esto es demasiado grande! ¡Eso es demasiado para nosotros de manejar!
(C'est trop gros! C'est trop pour nous !)
Il suggéra qu’il serait peut-être mieux d’alerter les autorités et de rentrer au poste pour y livrer leurs prisonniers. Après tout ils étaient plus nombreux que nous et ils étaient bien armés.
Je leur fis part de mes inquiétudes concernant mes amis disparus. Ils ne pouvaient pas les abandonner. Je relatai aux policiers ce que j'avais entendu concernant un homme que ces bandits auraient blessé. J’argumentai qu’il aurait surement besoins de soins médicaux urgents.
Ils échangèrent un regard dur et résolu. Je constatai qu'ils s’agissaient bien d’hommes honorables et de devoir. L'un d'eux alla à la radio de leur auto-patrouille pour rapporter ce qui se passait ici et demander des renforts pendant que l'autre officier, j'appris que son nom était Raul, m'accompagnerais et m'aiderais à chercher mes amis.
Je songeai que si Rafaele et les autres avaient été capturés par le trio, ils devaient les avoir gardés tout près d'ici pour les avoir à l'œil.
Nous commençâmes par l'endroit où j'avais vu le fumeur. Il était devant l'accès à la salle de bain pour les hommes. La porte était barricadée et cadenassée. Chose curieuse, et Raul remarqua la même chose, la salle de bain des femmes avait son accès libre.
Nous tapâmes contre la porte et Raul cria simultanément:
- ¡Policía! Había alguien? (Police ! Il y a quelqu'un?)
- Sí! Necesitamos ayuda. Hubo un accidente aquí. (Oui! Nous avons besoin d'aide. Il y a un blessé ici.)
Je reconnu la voix de Mercurio. Cela ne me rassura pas; j'aurais aimé entendre la voix de Rafaele. Je craignais qu'il ne puisse pas parler, qu'il était la personne blessée.
- Rafaele ??? demandais-je au travers ce la porte.
Je n'eu aucune réponse.
J'aurais voulu l'appeler de nouveau, mais le policier me tassa.
- ¡Aléjese de la puerta! ¡Vamos a abrirlo! (Éloignez vous de la porte, nous allons l'ouvrir.)
Cela prit de nombreux efforts avant de venir à bout du cadenas obstiné. Nous défonçâmes ensuite la porte.
Le chauffeur de taxi fut le premier que j'aperçu : il était blême et éprouvé. Il expliqua :
- ¡Me amenazaron con matarnos! (Ils ont menacé de nous tuer!)
Je vis Mercurio agenouillé prés d'un corps étendu sur le plancher sa tête reposant dans une flaque de sang. Je m'avançai plein d'appréhension craignant le pire. L'uniforme gris m'indiqua qu'il ne s’agissait pas de Rafaele. Je déduis qu'il s'agissait du gardien du site.
Cela ne me donna aucun soulagement mais un étrange sentiment d'ambivalence. Rafaele n'était pas ici; où était-il? Il avait aussi cet homme devant moi qui était sérieusement blessé et peut-être mourant. Le policier avait de la difficulté à regarder l'homme étendu par terre; il était à la fois choqué et horrifié, il semblait indécis et pris au dépourvu. Dans la petite ville de cinq mille habitants de Copán, il était certain qu'il connaissait l'homme qui gisait sur le plancher blessé. Peut-être était-il un proche, un ami ou de la famille.
Je n'étais pas sans responsabilité pour ce qui était arrivé à cet homme; Lilith et les siens m'avaient suivi ici. Si ce n'eut été de moi, rien de cela ne serait arrivé ici. Je devais essayer de le soigner et de le sauver ne serait-ce que pour compenser en partie le mal que j'avais amené avec moi à Copán.
Je m'agenouillai et me penchai sur le blessé. Je croisai le regard lourd et préoccupé de Mercurio. Je remarquai qu’elle avait étendu son imperméable sur le corps pour lui faire une couverture. Pour elle aussi ce n'était pas un étranger; il devait lui avoir été présenté par Maca et elle avait peut-être travaillé avec cet homme dans le site archéologique. Tout ce que je savais de cet homme était qu'il était un jeune et marié d'après le jonc d'or cernant son annulaire.
Je l'examinai. Son pouls était faible; presqu’imperceptible. Je soulevai une de ses paupières: son le regard était vitreux et il n'y avait aucune réaction de la pupille. Je n'avais pas besoin de mon entraînement de premier intervenant pour déduire que son traumatisme crânien était grave. De plus, il faisait une hémorragie dont je ne pouvais trouver l'origine. Je craignais de voir sa vie s'éteindre entre mes mains, mes mains couvertes de son sang. Mon cœur se serra: je refusais d'abandonner.
Je passai délicatement mes mains à la surface de son crâne jusqu'à sa nuque. Je ne décelais aucune meurtrissure, enflure ou la source du saignement; cela m'était incompréhensible.
Je sursautai: il avait subitement ouvert yeux et regardait autour de lui. Il essaya de lever la tête.
- ¡Relax mi amigo; no se mueva! Usted tuvo un golpe muy malo a la cabeza! (Relaxe mon ami; ne bouges pas ! Tu as eu un très mauvais coup à la tête !)
Il était initialement confus et réalisa avec surprise et inquiétude que du sang l'entourait de toute part. À la vu de Raul et de Mercurio, il relaxa, affichant un grand soulagement.
Je lui demandai:
- ¿Cómo te llamas?(Quel est ton nom?)
- Mi nombre es Juan Pedro Chavez.
- ¿Cómo te sientes? (Comment te sens-tu ?)
Il hésita un moment et répondit amusé :
- ¡Muy bien!
Il semblait avoir complètement récupéré et n’avoir aucune séquelle de son coup. J’étais heureux de m’être complètement trompé lors de mon évaluation originelle de son état. J’expliquai au policier que Juan Pedro ne devait pas être déplacé tant qu’un médecin serait sur les lieux.
- Qu’avez-vous fait ? me questionna Mercurio. J’étais certain qu’il était presque mort !
- Rien, ses blessures étaient moins gravent qu’elles ne semblaient l’être !
Elle semblait très septique, mais je le questionnai à mon tour concernant ce qui était le plus important pour moi :
- Où est Rafaele? A-t-il réussit à fuir?
Son regard devint évasif, elle hésitait. Je lui redemandai avec insistance :
- Rafaele? Qu’est-il arrivé?
- Ils l’ont amené!
Ce qu’elle me dit m’ébranla fortement. C’était le scenario que j’avais tant redouté.
Pendant que Mercurio me parlait, mes yeux dérivaient dans le vide.
- Ils l’ont reconnu. Il l’on d’abord menacé et ensuite assuré qu’ils nous tueraient un à un devant lui si il ne collaborait pas. Il leur as dit que ce que vous cherchiez était à la tombe...
- Mais il n’y a rien au tombeau ! dis-je sans comprendre.
- Nous le savons, mais pas eux. Ils vous avaient épiés ce matin et ils l’ont donc cru. Ils l’ont donc amené avec eux pour qu’il leur trouve et leur donne ce que vous étiez venu chercher ici pendant qu’un autre groupe allait vous ramasser à hôtel. Ils l’ont averti que s’il leur avait menti, ils l’exécuteraient sans hésiter. Je suis désolée ; il n’y avait rien que nous pouvions faire !
Elle était bouleversée et même fragilisée par ce qui s’était passé. J’ai même eu l’impression qu’elle avait honte en quelque sorte alors qu’elle n’avait rien à se reprocher et je lui dis. Cela la rassura.
Je pensais aussi à quel point il avait été brave et rusé ce Rafaele. Il avait ainsi gagné du temps et sauvé les vies de Mercurio et des autres qui auraient été tués sans aucun doute dès que Lilith et les autres auraient accomplit leur sale besogne dans le site archéologique. Il n’était pas question de le laisser Rafaele se sacrifier. J’étais pour le sortir de là ; je me le jurais.
J’étais dans mon élan pour partir lorsque le policier s’interposa. J’étais submergé par l’émotion et avait de la difficulté à trouver mes mots.
- Il manque toujours une personne. Il est détenu par les autres, je sais où ils sont allé.
Le policier essaya de me raisonner :
- Je ne peux vous laisser partir. Ces gens sont dangereux, ils peuvent vous tuer. Vous mettre à votre tour en danger serait la dernière chose que votre ami voudrait.
Je lui affirmai :
- Si je n’essaye pas de le sauver, je pourrai difficilement vivre avec moi-même ; ma vie ne vaudra pas grand-chose. Vous ne pouvez rien faire pour m’arrêter.
- Je comprends. dit le policier, mais...
- Il n’y va pas seul, je serai avec lui annonça Mercurio. Elle s’était complètement ressaisie.
J’étais complètement en désaccord avec elle, je ne voulais pas qu’elle risque sa vie elle aussi.
Mercurio argumenta d’un ton ferme et catégorique que je ne lui connaissais pas :
- Nous perdons un précieux temps à nous obstiner. Je ne pouvais rien faire précédemment, maintenant je pourrais peut-être aider à sauver Rafaele.
Elle annonça déterminée qu’elle allait nous chercher des armes. Elle était toute une femme cette Mercurio.
Je vis le policier déchiré entre nous assister et ses obligations.
- Je dois rester ici, s’excusa-t-il, attendre les ordres. Je ne peux pas vous aider.
- Peut-être que vous nous aider en détournant leur attention quelques minutes. Cela nous aiderait à nous approcher d’eux ans être vus.
Le chauffeur de taxi compris et m’assura tout heureux de pouvoir aider :
- Distracción? ¡Usted recibirá una! ¡Voy a hacer una! (Distraction? Vous allez en avoir une! Je vais en faire une!)
Mercurio revint et me présenta un fusil. C’était une des armes de la police.
- Tu sais comment l’utiliser? me demanda-t-elle.
Je pris l’arme et lui signalai que oui. Je lui dis alors impatiemment :
- Allons-y!
Le tombeau était à moins d’un demi-kilomètre mais sous les averses et dans la nuit, l’endroit me sembla infiniment lointain. Nous les aperçûmes depuis l’acropole et nous approchèrent graduellement en nous dissimulant derrière les structures de pierres et rampant contre terre. J’entendis Alan dans la distance et le repérai. Il semblait donner des ordres à tout le monde et diriger les opérations. Ils étaient effectivement tous affairés aux alentours du tombeau. Je voyais qu’ils avaient déjà ouvert un tunnel et ils travaillaient à la hâte à creuser encore en utilisant des truelles et même une pelleteuse mécanique tout pataugeant dans la boue. Mercurio me fit remarquer que leur labeur était désordonné et grossier sans aucune technique et j’étais d’accord avec lui. Dans les conditions qui prévalaient sur le terrain ils travaillaient sans aucunes précautions. Etait-ce par inexpérience ou empressement ? Je remarquais la pluie se cumulait dans une petite rivière qui s’engouffrait dans le tunnel et de la glaise mêlée avec de l’eau qui dégoulinait à son entrée. Je ne voyais pas Rafaele nulle part. Il devait être à l’intérieur du tombeau en train de prospecter pour eux.
J’attendais toujours la distraction promise. Leur réaction déterminera ce que Mercurio et moi pourrions faire.
Nous entendîmes le cri des sirènes de la police, quelques coup de feu, non celui de fusées, des fusées éclairantes ! Soudainement, ces feux de Bengale éclairaient les ruines comme en plein jour accompagné par une voix beuglant dans les haut-parleurs qu’ils étaient de la police, qu’ils étaient entouré et de se rentre d’avancer les mains en l’air. Toute activité cessa, les gens sous les ordres d’Alan figèrent regardant les lumières dans le ciel ou les lueurs rouges, bleues et blanches à l’entrée du site.
Le policier ajouta que si ils résistaient qu’ils n’hésiteraient pas à tirer. Cela fut suivit par une série rapide de détonations comme celle que ferait une mitraillette.
- Des pétards me souffla Mercurio. Ils aiment les pyrotechniques à Copán !
La distraction était réussie au-delà de mes espérances. Je me levai, me maintenant à mi-couvert et répétai à voix forte ce qu’avait dit le policier. Je leur donnais ainsi l’impression qu’ils étaient bel et bien entourés.
Je vis Alan consterné alors que les siens détalèrent et l’abandonnèrent après une brève hésitation. Alan tira dans notre direction. Nous répliquâmes aussitôt. Il chercha refuge dans l’entrée du tunnel. Il y eu entre nous un échange de coup de feu et soudainement, sans prévenir, l’entrée de leur galerie et une partie du monticule tomba sur lui en se déferlant comme une monstrueuse vague visqueuse.
Je restai bouche bée devant l’horreur qui venait de se produire.
Mercurio me saisit et m’entraîna vers le monticule. Nous n’avions que peu de temps.
Nous creusâmes à la main le gravier et la terre ramollie. Je trouvai un bras. Mercurio m’aida. Nous tirâmes Alan Morris hors des restes de son tunnel effondré. Il était encore vivant.
Je lui demandai :
Combien d’autres ? Rafaele était à l’intérieur ?
Il me répondit impunément qu’il y était seul alors que nous avions vu plusieurs des siens y entrer et que Rafaele devais s’y trouver !
Non! soufflais-je bouleversé, horrifié, à la pensée de Rafaele et des autres enterrés vivants.
Je me lançai désespéré vers le monticule et ramassai une pelte abandonnée. Je m’obstinai à futilement à essayer de creuser une tranchée alors que chaque pelletée était remplacée au fur et à mesure par de l’eau et de la boue.
Mercurio m’arrêta. Elle tenta de me raisonner.
- Seul le tunnel d’accès s’est effondré. La chambre funéraire est renforcée et doit être intacte. Si Rafaele y était, il est encore vivant !
Cela me rassura ; il restait vraiment un espoir qu’ils ne soient pas mort.
Je réalisai qu’Alan n’était plus là. Il en avait profité pour fuir ! Que le diable l’emporte !
Des gens venaient vers nous, ils étaient plus d’une vingtaine. D’autres les suivaient; je reconnu Raul. C’étaient tous des gens de Copán.
Je les suppliai :
- ¡Necesitamos ayuda! El cerro se derrumbó con la gente adentro. ¡Ayúdenos a encontrarlos y desenterrarlos! (Nous avons besoin d'aide ! Le monticule s'est effondré avec des gens à l'intérieur. Aidez nous à les retrouver et à les déterrer!)
Mercurio avait étudié le monticule et monta un endroit à l’opposé du tunnel effondré.
Elle cria avec empressement :
- ¡Aquí! ¡Debemos profundizar aquí! (Ici! Il faut creuser ici !)
Tous se mirent au travail. En peu de temps un nouvel accès était creusé à la chambre funéraire. Je retenais mon souffle. J’aidai à tirer un homme hors du trou. Un autre homme en émergea. Il fut suivit par une femme. Nous dûmes la hisser, son corps était inerte. Je fus choqué de reconnaître Lilith. Rafaele fut le dernier à sortir. J’en étais profondément soulagé. Nous n’eûmes même pas le temps d’un échange. Il se préoccupa immédiatement de Lilith.
- La voûte lui est tombée dessus. Elle ne respire plus! expliqua Rafaele.
Tant mieux songeai-je, avec tout le mal que cette femme cruelle avait fait! Je pensai aussi à Alan, ce monstre qui avait ainsi abandonné sa sœur à la mort. Je ne voulais pas être comme lui. Je regardai avec honte Rafaele qui s’appliquait à la ranimer. J’allai l’assister. Après quelques efforts, son cœur recommença à battre ses poumons à inspirer et expirer de l’air. Rafaele et moi échangèrent un regard complice, heureux d’avoir réussit à sauvegarder une vie. Elle reprit rapidement conscience. Cette femme avait une constitution physique hors du commun. En me voyant, ces yeux se remplirent d’effroi.
- C’est pour me faire souffrir d’avantage, pour me voir consommé complètement rongée à l’os que tu ne m’as pas laissée mourir? Je t’ai sous-estimé, tu n’es pas mieux que moi!
- Je ne suis rien comme toi. Je ne t’ai rien fait.
- Et ça c’est quoi? répliqua-t-elle en retirant ses manches et enlevant ses gants.
Le temps d’un clignement de paupière, je vis cette affreuse couche de gale et pustules, cette phage qui la dévorait et qui commençait à ses poignets marqué par des empreintes de mains, mes mains, et qui s’étendait jusqu’à l’épaule léchant le bas de son cou. Je ne voulais pas cela. Je ne voulais pas causer un tel mal, même à Lilith. En regardant de nouveau, ce que j’avais pris pour de la nécrose et putréfaction n’était que de la pluie ruisselante sur sa peau dénudée. Il ne restait rien. Je doutais que cette gangrène avait vraiment existé même si pour Lilith cela avait été réel.
Elle regarda sa peau avec hystérie et ses mains absolument stupéfaite!
Rafaele sourcilla. Il ne comprenait rien de ce que Lilith disait.
- Les anciens ne pouvaient rien faire! Tu dois être vraiment celui qu’ils craignent, celui qui va amener la fin du monde. Avoir su, je t’aurais tué sans hésitation la première fois que je t’ai rencontré!
Elle fit sa remarque avec un grand sourire pervers et vicieux. Lilith était revenue à elle-même. Elle n’avait été déstabilisée qu’un instant. Et cette histoire de fin du monde d’où détenait-elle cela? Je l’avais entendu deux fois auparavant! Devais-je y croire? Certainement pas de la bouche de cette démone. Je ne me laissai pas perturber et l’interrogeai :
- Les anciens, tu veux dire les Dzolobs? Tu sers les Dzolobs?
La mention du nom des Dzolobs causa une révulsion marquée chez Rafaele.
Elle sourit :
- Je crois que cela est un nom qui peut leur être attribué comme bien d’autres.
Tu dois savoir qu’ils ne sont pas intéressés à aucun objet; ils ont déjà les anciennes connaissances. Leur but est de vous empêcher coûte que coûte de réussir car ils aiment ce monde tel qu'il est; ils en sont les maitres !
À ce moment, Raul vint pour elle. Je lui pausai une dernière question :
- Chibirias, est-elle encore vivante?
Elle haussa ses épaules.
- Sache que je ne t’ai jamais menti, je n’ai pas de raison pour te mentir de toute façon. Elle finit par me dire:
-Oui celle que tu as rencontrée à Playa del Carmen est encore vivante! finit-elle par me dire. Cette femme et ceux de sa race représentent la pire menace que notre monde ait connue n’as-tu pas encore compris? Ce sont eux les Dzolobs!!!
Le policier lui prit le bras. Elle me laissa avec un petit sourire malin et arrogant en me disant :
- Nous nous reverrons plus tard mon beau!
Le policier l’amena pour un examen médical avant qu’elle joigne les autres en détention.
J’imagine qu’elle ferait face à des charges d’enlèvement, de séquestration, en plus d’avoir profané une réserve nationale sous la protection de l’Unesco et d’avoir violé un monument national. Peut-être après qu’elle soit jugée ici, Lilith serait extradée au Mexique ou d’autres charges l’attendaient. Chose certaine, je ne la reverrais pas de sitôt! J’étais content de ne plus l’avoir dans ma vie.
D’autres policiers nous rejoignirent. Ils vérifièrent que Rafaele allait bien et lui demandèrent de raconter son histoire. J’entendis à quel point Alan et Lilith l’avait menacé et malmené. J’en avais le cœur meurtri.
Je me tournai vers Rafaele lorsqu’il avait complété sa déposition:
-Ça va toi?Comment aurais-je pu faire autrement? Je ne savais quoi répondre. Il continua :
- J’étais certain qu’ils étaient pour me tuer. Je pensais à toi. Je pensais à ce que tu ferais et c’est qu’est ce qui m’a donné du courage et permis de passer au travers!
Je voyais bien qu’il était plus ébranlé qu’il ne laissait paraître. J’ouvrai mes bras et le serrai. Il me serra fortement. Il étouffa un sanglot.
Je remerciai le chauffeur de Taxi, je remerciai les policiers. Ils nous donnèrent la permission de regagner l’hôtel. Mercurio resta derrière pour sécuriser le tombeau.
Bien entendu, couvert de boue, nous n’entrâmes pas au hall de réception de l’hôtel ainsi accoutrés. Nous nous débarrassâmes de nos vêtements sales qui furent ramassés par le portier. Ensuite, simplement couvert de la robe de chambre qu’il nous avait fournie, nous montâmes à notre chambre. Je pris un douche et m’écrasai dans mon lit en regardant le disque du compas. Ses reflets rouges dansaient au plafond. Les dires empoisonnés de Lilith préoccupèrent mon esprit. Il m’était évident que pour ceux qui se pensaient maître du monde et de l’ordre établi, Chibirias, Al Hulneb et leur peuple constituaient une grande menace. Pour ces Dzolobs, la fin du monde pouvait simplement signifier la fin de leur règne. Je passai ensuite à deux pensées me réjouissaient: Rafaele était sauf et Chibirias était encore vivante! Je lui avais fait la promesse de la retrouver, une promesse que je comptais bien réaliser. Je serrai le disque contre mon cœur et me laissai gagner par le sommeil.