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Mercredi 30 décembre 2009 3 30 /12 /Déc /2009 02:52

Rafaele me réveilla gentiment. C’est curieux, dans la première vision que j'eu de lui, il était entouré d'une aura rouge. Je réalisai qu'il ne s'agissait que des feux splendides du soleil levant qui perfusaient par la fenêtre.  J'avais mal à la tête; extrêmement mal et pour cause: j'avais une bosse de la grosseur d'une prune à la nuque; un souvenir d'hier. Peut-être après tout je n'avais pas la tête aussi dure que je le pensais ! Je grimaçai en tâtant ma bosse.

Il me lança une enveloppe de cellophane transparente que je réussis tout juste à attraper.  C’était en fait un sac scellé sous vide qui contenait mes vêtements de la nuit précédente. Ils étaient impeccablement propres et pliés. En ouvrant le sac, un arôme frais de lavande se rependit dans la chambre.

 

-           Nous pouvons partir tout de suite après le petit déjeuner annonça Rafaele.

 

Quoi? Où?

Je réalisai que nous n'avions toujours pas repéré le second artefact et qu’il restait à trouver.

 

-           Je suis confiant que nous pourrons le localiser l'objet précisément avant la fin de la journée et évaluer les moyens nécessaires pour l’extirper, continua Rafaele tout   en finissant de charger son sac à dos.

 

Il avait raison. Il fallait bouger. Alan et les siens rodaient sans doute encore dans les parages. Je m'habillai.

 

J'étais inquiet. Je pensais toujours que j'avais été marqué. Je n'en avais pas encore parlé à Rafaele mais il me faudrait le faire à la première occasion. J'aimerais aussi lui mentionner mon rêve d’avant-hier avec ce personnage sur la pyramide; peut-être pourrait-il l'identifier ou en comprendre le symbolisme. Je réalisai que pour la première fois depuis que j'avais quitté Montréal, je ne me rappelais pas d'avoir rêvé la nuit précédente.

 

Je réalisai avec satisfaction que tout avait déjà été préparé et que Rafaele avait tout prévu.

Nous ramassâmes les sacs à dos et le reste du matériel nécessaire pour notre expédition et descendîmes.

Ce fut pour moi plus un agacement qu'une surprise que de trouver Jillian Mercurio au salon de l’hôtel. Elle était nerveuse.

A notre vue, elle se leva:

-           J'avais bien deviné que vous partiriez ce matin. J'aimerais vous accompagner et    vous aider dans vos recherches plaida-t-elle.  Je ne demande rien en retour; ce qui sera trouvé sera votre découverte, votre propriété! Je veux seulement y participer. J’ai l’impression que votre découverte sera quelque chose de très spécial.

 

Je ne dis rien. De son côté, Rafaele argumenta:

-           Elle a beaucoup d'expérience en terrain alors que je n'en ai que très peu, son  expertise pourrais nous être précieuse !

 

Je ne doutais nullement de la valeur de cette femme; elle me l'avait bien montrée hier. D'ailleurs, j'avais cru en elle au point de lui révéler notre secret hier soir. En fait, ce qui me préoccupait était fondamentalement sa sécurité et je lui fis part de mes inquiétudes :

 

-           Après hier, n'es-tu pas consciente du danger?

 

-           Oui et j'ai choisi d'en prendre le risque; j'en assume la responsabilité.  Je suis même prête à signer une décharge légale si vous le désirez !

 

Elle était déterminée et le désirait vraiment ! Je regardai Rafaele qui me dit :

-           Tu sais ce que j'en pense, je me conformerai bien sûr à ta décision!

 

Je tendis ma main à Mercurio et lui annonçai simplement : 

-           Vous êtes bienvenue de nous accompagner.

Nous nous serrâmes la main avec enthousiasme.

Je lui posai une question même si j’en connaissais déjà la réponse :

-           Tu as besoin de combien de temps pour te préparer?

-           Je suis prête maintenant!

-           Pas maintenant ; après le déjeuner ! nous supplia Rafaele.

-           Apres la bouffe! Je lui confirmai.

 

À la sortie de l’hôtel, je fus déçu de voir le ciel déjà voilé de gris. Une chaleur étouffante et insupportable annonçait une autre pluie prochaine. Le soleil matinal aura été éphémère.

Par contre j’ai été agréablement surpris de voir Mercurio s’amener dans sa Land Rover, un véhicule utilitaire tout terrain. Je pensai que cela pouvait effectivement nous faciliter les choses.  Nous parcourûmes la route principale, la Carretera Pavimentada Principal en direction de l’est.

Jillian nous fit remarquer l’autoroute menait à El Puente Ruinas , un autre site de ruines mayas. Il était plus petit que celui de Copán et développé tout récemment. Qui sait? C’était là-bas peut-être.

 

La route d’asphalte épousait le contour de la rivière et parcourrais les verdoyantes collines du Honduras. Les plantations de tabac se succédaient jusqu’à  la petite ville de Santa Rita. J’identifiai un séchoir de feuilles de tabac adjacent à une ferme.

 

Nous traversâmes l’agglomération de Santa-Maria, un village moderne avec ses rues et résidences. Il y avait un petit bâtiment bleu qui était un Pulpera, l’équivalent d’un dépanneur chez moi.  Nous nous y arrêtâmes pour quelques petites emplettes, incluant une bonne lotion pour éloigner les moustiques.   Nous traversâmes ensuite la petite agglomération  d’El Jaral, complète avec son Cinéma et aquaparc. Nous étions encore loin des jungles denses et sauvages. La route divergeait ensuite le Nord-est. Au loin nous apercevions le plus haut mont de la région, le Varada Cohete. C’était trop au nord selon le compas de Chibirias qui était presque exactement orienté vers l’est d’où nous étions. Je notai le vecteur sur la carte. Il y avait une route secondaire de terre qui descendait vers le sud-est  et qui traversait la rivière. Nous décidâmes d’y faire un bout de chemin et d’y faire le point.

 

Cette route se terminait à une agglomération baptisée Mirasol qui était reconnue selon le guide touristique de l’hôtel pour sa ferme organique. Nous nous arrêtâmes à mi-chemin.  Le compas pointait toujours l’est et la triangulation plaçait la location du second artefact près d’El Mirador sur la carte. Il correspondait à la longitude que nous avions originellement déterminée au Mexique.

 

C’est alors que je remarquai le nuage de poussière vers le nord, tel celui que ferait un véhicule lourd ou une série de véhicules sur le chemin de terre. J’avais encore une fois de plus un mauvais pressentiment.  Je ramassai les jumelles et regardai. Je reconnu les mêmes véhicules qu’à Nicolás Bravo. Ils m’avaient encore traqué ; il n’y avait pas de doute,  j’avais mis tout le monde en péril.

 

Je laissai le compas dans les mains de Rafaele et lui expliquai :

-           Écoutes, nous n’avons que peu de temps ; ils nous ont suivis. C’est moi qu’ils suivent à la trace. Nous allons nous séparer, je vais faire de mon mieux pour attirer leur attention. Vous en profiterez pour vous rendre à la ferme et  les perdre. Vous devez trouver le deuxième des bacabs. Je vous attendrai à l'hôtel.

 

-           Non pas question; tous ensemble ou pas du tout ! clama Rafaele fermement.

  

-           Pas cette fois !, répliquais-je durement. Allez, vous n'avez plus de temps !           

 

-           Non !, s'obstina Rafaele. Je vais avec toi !

 

-           Ça va bien aller lui assurais-je.

 

Je me tournai vers Mercurio et l’implorai :

-           Jillian, au nom du Ciel, allez-y maintenant !

 

Elle me compris bien et accéléra. Alors qu’ils s’éloignaient, je vis Rafaele se débattre  pour sauter hors du véhicule en marche.

Mercurio le retenais d’une main et conduisait de l’autre. Rafaele émit un cri déchirant.

Les autres véhicules se rapprochaient. Je me réfugiai dans le boisé à ma droite. Je blasphémai : j’avais fait un mauvais choix. J’avais la rivière dans mon dos.  

Les véhicules stoppèrent comme je m’en était attendu. Caché dans le feuillage, j’observai un homme qui pointa exactement dans ma direction comme si il me voyait. Je détestais avoir raison.

 

Sans hésiter je me lançai dans la rivière. Elle était peu profonde; c'était en fait un ruisseau gonflé par les dernières pluies. Son eau froide contrastait avec la température tropicale.

Lorsque j'atteignis la berge opposée, je regardai derrière. Ils étaient six à me poursuivre; le cours d’eau ne les avait pas découragés. Je me consolai en me disant que cela en faisait toujours six de moins à suivre Rafaele et Mercurio et augmentait leur chance de réussir. Le site du second des bacabs n'était pas loin et le compas les y amènerait directement.

 

Je fonçai devant à pleine vitesse. Le relief était irrégulier et la jungle était parfois si dense qu'elle formait un mur solide et infranchissable par endroit. Je montai une colline et restai à son sommet à l'affût des boisés environnants. De mon point de vue élevé, je vis un groupe noir de singes atèles aux membres grêles qui hurlaient en fuyant, enragés contre les envahisseurs de leur territoire. Leurs cris d’alarme m’indiquèrent que mes poursuivants me traquaient toujours et qu’ils étaient proches.

Je m'empressai de descendre sur le flanc opposé. Je tassai une série de lianes pendantes qui bloquaient mon chemin. Une des ses lianes d'un vert brillant presque fluorescent se détendit subitement et tenta de me mordre. J'échappai tout juste à la morsure du serpent qui hissa sa frustration.

 

Je reparti nerveux et angoissé en réalisant que la jungle pouvait représenter un danger tout aussi mortel que celui de mes poursuivants. Je m'arrêtai pour reprendre mon souffle quelques instants. Les avais-je perdus?  J'en doutais. Par contre j'étais certain d'une chose; je m'étais perdu. Je regardai tout autour de moi. La profusion végétale qui me cernait me n’engendrait que confusion. Comment pouvais-je discerner quoi que ce soit dans cette débauche de feuilles et de branche si imbriquées, si touffues qu’elles perdent toute identité propre pour ne former qu’un immense toit de verdure ? À quarante mètres au dessus de moi, le feuillage dément du tropique tresse une voûte si serrée que le sous-bois entier baignait dans la pénombre. Je ne pouvais voir le ciel, je n’avais aucun moyen de situer les points cardinaux. Tout était dans une semi-obscurité où l’on ne voyait rien de précis et je devais deviner mon chemin. L’écrasante forêt avait sapé toute mon  assurance ; j’avais perdu tous mes moyens. Il y avait des moustiques acharnés qui harcelaient sans cesse mon visage, mes mains et chaque centimètre de peau qu’ils pouvaient trouver dénudée. Avec les pluies abondantes d’hier, toute la région s’était transformée en un gigantesque marécage. A plusieurs endroits je devais patauger dans la boue et tous mes vêtements suintaient l’humidité.  La jungle était aussi une fournaise ou le corps ruisselait en permanence et la  sueur de mon front me coulait dans les yeux par vagues successives et les irritaient au point ou ma vue était  trouble. Pire encore, je n’avais rien avec moi ; je n’avais amené aucune eau ou provision avec moi. Je me raisonnai en me rappelant que la rivière au nord ou à l’ouest n’étaient  qu’à quelques kilomètres et que de là je trouverais facilement une route ou de l’aide.

 

Deux aras affolés et criards s’envolèrent dans la distance en étalant brièvement la splendeur de leur plumage colorés. Quelque chose leur avait fait peur. Je réalisai que la forêt frémissait comme sous une averse torrentielle. Je sentais la rumeur qui devint un grondement sourd  qui s’approchait et s’amplifiaient me laissant à peine le temps de me jeter de côté. La horde empressée fracassa le mur végétal et passa aveugle devant l’arbre ou je m’étais réfugié. J’avais honte d’avoir eu ainsi peur d’un petit groupe de pécaris.

 

Je regardai de nouveau l’épaisse couverture végétale couronnée d’arbres, des arbres démesurés qui se dressaient à chaque pas devant moi pour me bloquer le passage. Je remarquai que ces cochons sauvages implacables avaient tassé et écrasé toute végétation sur leur chemin. Cela me faisait un petit sentier que je pouvais suivre. Je décidai de prendre la direction d’où les pécaris venaient. Il y eu une série de coup de feu tout proche. Je regardai derrière et compris que les pécaris venaient de rencontrer mes poursuiveurs. Je me m’apprêtais à repartir à la course, lorsque j’aperçu cet oiseau magnifique qui avait la taille d’un perroquet avec une queue de quatre plumes de vert intense et de bleu ciel qui faisait près d’un mètre de longueur. Il était l’impériale majesté de cette  forêt. Son ventre était d’une splendide couleur écarlate brillante. Il était coiffé d’une couronne majestueuse de petites plumes ébouriffées de couleur cyan dégradant au vert émeraude.

 

Cette distraction me coûta cher. Je n’eus même pas à me retourner. Je savais qu’ils étaient derrière moi. Je levai les mains. J’abandonnai. Rien ne servait de fuir s’ils pouvaient effectivement me traquer en tout temps. J’espérais qu’après ma capture qu’ils m’amèneraient où ils détenaient Chibirias. C’était mon seul réconfort.

-           You gave us quite a chase! (Tu nous a donné toute une poursuite!) dit une voix.

-           A good hunt! (Une bonne chasse!) confirma un autre.

-            A shame that it is already time to put down the prey: I was just starting to have some fun! (Dommage qu’il soit déjà le temps d’abattre la proie: je commençais tout juste à m’amuser!) rajouta un autre!

Ils parlaient avec une satisfaction morbide et perverse, comme si la poursuite n’avait été qu’un sport; ils étaient les chasseurs et moi la bête qu’ils venaient de débusquer!

Je leur criai en en me retournant lentement:

- I have no weapons. I am defenseless; I surrender!  (Je n’ai aucune arme, Je suis sans défense; je me rends!)

 

Je vis qu’ils étaient trois, toutes  armes braquée sur moi.

Celui du centre avait un regard amusé et sadique lorsqu’il m’annonça :

-           Our orders are to kill and retrieve; nothing about bringing you alive! (Nos ordres sont de tuer et récupérer; rien au sujet de vous ramener vivant!)

 

 

-           Still, he will make a nice trophy ! commenta celui à sa droite. Sa voix tremblait d’excitation.

 

Je remarquai que quelque chose bougeais dans les hauteurs du Ceiba derrière eux; quelque chose de massif!

Je n’aurais même pas les avertir si j’aurais voulu. Un énorme éclair d’or foudroya celui du centre avant de bondir sur un deuxième homme, Je regardai pétrifié par l’horreur le jaguar lui broyer la gorge. Le troisième tira en vain sur la bête qui se rua sur lui. Adossé  au tronc d’un arbre, il fut déchiqueté sans merci par les griffes et crocs du puissant félin.

 

La bête rugit. Elle me regarda. Je restai figé. Je savais que même à la course, je ne pouvais échapper à la vitesse d’un jaguar. La bête restait silencieuse et me fixait toujours. Elle se tourna, recula de quelques mètres et se coucha et commença à se nettoyer avec sa langue du sang qui tachait sa fourrure.

Son comportement était singulier. Pourquoi avait-il tué? Surement pas pour de la nourriture car il semblait n’avoir aucun intérêt pour les corps qu’il avait réduit en bouillie sanguinolentes de chair humaine. Que devais-je faire? Fuir? Ces hommes possédaient des armes et surement d’autres choses pouvant me donner une chance de survie; par contre ce fauve pouvait terminer ma vie en un seul instant.

Par A. Saint
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