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Mercredi 30 décembre 2009 3 30 /12 /Déc /2009 03:07

Le retour du félin causa toute une commotion. Effrayés, Mercurio et Rafaele reculèrent jusqu'au fond de la pièce. Je leur indiquai de rester tranquille alors que je m'interposai devant le fauve qui était nerveux devant ces nouveaux intrus.

Je tentai de calmer la bête.

-           Ils sont avec moi, lui dis-je tout doucement, ce sont mes amis !

 

Je fis signe à Mercurio et Rafaele d'avancer. Je dû  insister avant qu'ils viennent craintivement.  Je devais paraître comme quelqu’un qui n’avait plus toute sa raison alors que j'expliquai au grand félin que mes amis ne voulaient aucun et qu’ils étaient de bonnes gens respectueuses.. J'étais certain que ce jaguar personnifiait une intelligence qui me comprenait. Je lui présentai Jillian et lui indiquai qu’elle pouvait, s'il le permettait, restaurer cet endroit à sa splendeur d’antan pour rappeler au reste du monde ce passé oublié.

Le fauve sembla acquiescer en tournant son attention vers Rafaele pour lequel il eut une réaction  imprévisible et singulière. Il le renifla longuement avec insistance avant de lui sauter dessus. Je paniquai un instant. Rafaele se trouva plaqué contre terre entre les pattes du jaguar qui abaissa son museau et commença à le lécher affectueusement. Tout en cajolant Rafaele, le félin ronronnait, il était heureux. Je pensai initialement que la raison était du fait que Rafaele était Maya. Je réalisai que c'était beaucoup plus que cela; sa réaction m'inspirait un sens de retrouvaille. Rafael avait passé une bonne partie de son existence dans la cité du bacab de l'est; il avait aussi libéré le premier artefact. Peut-être qu'une parti de l'essence du premier bacab avait touché Rafaele et que ce jaguar, cet avatar, avait reconnu "l'odeur" de son frère imprégnant Rafaele.

Je décidai de m'occuper de mon du "gros chat" pour laisser à Rafaele et Mercurio travailler tranquille et leur donner l'occasion de compléter leurs photographies et leurs notes. Jillian se montra sévère et scrupuleuse à ma suggestion de dégager le reste de la murale pour en révéler son contenu. Elle insista qu’une  telle excavation devait se faire de façon délicate avec de bons outils et une bonne technique. Elle expliqua que jusqu’ici, les fresques avaient été remarquablement préservées de toute dégradation en raison de la boue qui les couvraient et que la pièce qui les contenaient avait bien été scellée.  Nettoyer les murs leur enlèverait toute protection.  Je respectais son opinion, c’était le domaine de son expertise. Je me sentais maintenant vandale et maladroit d’avoir ainsi risqué de gâché une ouvre d’art aussi unique. Malgré cela, Mercurio n’y fit jamais d’allusion. Je profitai de l'occasion pour me rendre utile, pour casser et enfouir ce qui restait des billes d'acide à l'extérieur pour neutraliser le  ne risquent qu’elles représentaient.

 

J'aurais dû être parfaitement heureux, nous étions tous en vie et sauf, j'avais en poche le deuxième des artefacts et un sens à notre mission. Pourtant, j'avais le cœur lourd et je ne pouvais pas m'expliquer pourquoi. Je me rappelai douloureusement qu'ils avaient toujours Chibirias. Où était-elle? Lilith hier en me parlant de Chibirias m'avait parue désinvolte et  me laissa l'impression qu'elle l'avait vue tout récemment. Était-ce parce que Chibirias était prisonnière dans leur campement?  Il était  possible que les gens de Lilith gardent Chibirias auprès d'eux comme informatrice ou comme otage. Si j'avais raison, il s'offrait à moi l'opportunité de la secourir.

 

Je me trouvai une carte dans le sac de Rafaele. L'ensemble des coordonnés fixes que j'avais remarqué sur le localisateur de mes poursuivants correspondait à rien d’évident sur la carte. Il n’y passait aucune route ou sentier indiqué. Il était adjacent d’un lieu marqué comme étant « Palacios » sur la carte.

 

Je demandai à Mercurio si elle connaissait quelque chose de cet endroit. Elle me répondit que Palacios a déjà été un petit aéroport local mais qu'il avait été déserté lorsque l’ouragan Mitch avait frappé en 1998. L’endroit était essentiellement abandonné, personne au gouvernement ou dans l’aviation locale ne voulant assumer la réparation de l’aéroport et y maintenir ses opérations. Elle savait que depuis toutes les structures et édifices de l’aéroport avaient disparues alors qu’elles avaient été dérobées de leur métal et  de leurs matériaux. L’endroit était encore parfois utilisé par des avions légers. Il y avait d’ailleurs la rumeur que cet endroit servait de plateforme au trafic de drogue.

 

J'étais prêt à parier que l'endroit n'était pas aussi abandonné que cela. Je voulais y aller. Alan devait y être et cette fois, il ne me verrait pas venir.  L'après-midi achevait, si je partais maintenant je pourrais y être pour la nuit. J’interrompis les travaux de Mercurio et de Rafaele leur temps de leur faire part de mes plans.

 

-           Je désire aller à Palacios pour vérifier que ces gens sont bien là-bas élaborai-je. Peut-être en même temps nous en apprendrons plus sur qui sont ces gens et qu'est-ce qui se cache derrière eux!

 

Rafaele me regarda bizarrement. Je reconnaissais ce regard. C'était celui qui silencieusement m'accusait de folle témérité. Quand je parlai de mes soupçons concernant Chibirias, il sympathisa. Sans dire un  mot, il commença à ramasser ses choses. J'étais heureux qu'il ait décidé de m'accompagner.

 

Je n'avais que peu de doute qu'il s'agissait de la bonne chose à faire. Pour eux j'étais mort et qu'ils ne s’attendraient pas à une visite. Depuis mes premiers jours au Mexique, Lilith et les siens  m'avaient pourchassé et j'avais enfin l'occasion d'intervertir les rôles. Ils détenaient peut-être Chibirias là-bas. C'était ma chance de l'arracher de leurs griffes. Je devais prendre cette chance; une telle opportunité ne se représenterait probablement jamais.

 

-           Cela me semble une entreprise suicidaire.  Je ne suis pas certaine de ce que vous pourriez accomplir. J'ai vu ce dont ces gens sont capables; cela prendrait une armée entière pour les confronter! commenta sévèrement Jillian.

 

-           Nous sommes parvenus jusqu’à maintenant à les arrêter par nous même! répliquais-je convaincu.

 

Rafaele fronça des sourcils en enfilant son sac à dos. Il mentionna le nom d’Ah Hulneb. J’acquiesçai. C’est vrai, le Vigil nous avait aidés.

 

En nous voyant prêt à partir, Jillian intervint :

-           Quoi? Maintenant? Il ne reste que quelques heures de clarté. Il y a près de quinze kilomètres à marcher en pleine jungle pour atteindre cet endroit. Il serait plus facile de récupérer notre véhicule à Mirasol. J'aurais pensé que l'on aurais passé la nuit ici. Nous ne pouvons pas laisser ce trésor sans surveillance.

 

Elle n’avait pas tort. Il s’agissait d’une marche de trois ou même quatre heures. Je regardai Mercurio. Cela n’était pas son combat ; elle n’avait pas à venir avec nous.

 

-           Tu as bien raison; c'est pourquoi tu  devrais rester ici! suggérais-je à Jillian.

 

Son visage se crispa et devint sévère. Elle n'avait pas besoin de rien dire; je voyais bien son désaccord.

 

Rafaele insista à son tour:

-Jill, ces gens sont dangereux! Je ne veux pas que toi aussi tu deviennes leur cible. Je me sentirais mieux de te savoir ici !

 

- Écoutez, je suis flattée que vous soyez autant concernée par mon bien-être mais je ne vous ai pas accompagnée jusqu'ici pour être larguée au premier signe de danger potentiel. Je reste avec vous jusqu'au bout! Je pensais que vous me connaissiez mieux que cela nous reprocha-t-elle.

 

Nous l'avions vexée. Je tentai de me reprendre:

 

- Je connais ta valeur et ton courage; tu es en fait la personne la plus dévouée et brave que je connaisse. Tu t'es engagée complètement, tu nous as aidé même quand les choses étaient périlleuses ou défiait la rationalité. Rafaele et moi devons confronter ces gens afin d'honorer des promesses solennelles que nous avons faites. C'est notre devoir, nous devons en assumer les risques mais pas toi!

 

- Dans ce cas je choisis volontairement de partager ces risques! annonça-t-elle sèchement.

 

Elle restait intraitable. Je regardai Rafaele pour du support. Il n'osait rien dire.

- Je vais tout de suite aviser Maca de cette découverte pour qu'il envoie des gens ici afin de surveiller cette nouvelle découverte.

 

Je n’étais pas certain de l’avoir bien comprise. Je la regardais bouche bée lorsqu'elle sortit un téléphone satellite de son sac. Cette femme était sacrement bien équipée et prête à toute éventualité.

 

Réalisant mon étonnement, elle commenta:

- Tu penses qu'une fille sortirait sans son cellulaire?

 

Elle réussit à établir une connexion et à rejoindre son collègue archéologue.

 

 

À notre sortie le fauve se leva. Il nous attendait. Il était prêt à nous accompagner.

Je lui ordonnai de rester, je lui fis signe de ne pas nous suivre.

Le félin me foudroya d’un regard complètement insulté et méprisant.

-           Tu l’as vexé me souffla Rafaele. Rappelle-toi, ce n’est pas un chien !

 

Ce félin comprenait en effet mieux qu’un chien. Malgré le ridicule, je m’approchai pour lui expliquer que nous allions au repère de ces mauvais hommes et que je ne voulais pas qu’il soit la cible de leur fusils et qu’il soit blessé ou même tué. Le jaguar conserva son expression dure et décidée. Il était obstiné ce gros chat. Il s’imposa et pris les devant. Rafaele ne put s’empêcher de sourire alors que nous le suivions.

 

Après une longue marche, nous arrivâmes à la rivière. En longeant vers l’est nous trouvâmes un balsa, un radeau précaire de blanches et de bidons vides. Il reliait un sentier sur les deux rives opposées.  Je supposai qu’il était abandonné ou que son passeur avait fini sa journée de travail. Peut-être aussi qu’il nous avait-il vu venir qu’il avait fuit à la vue du jaguar. J'aurais pensé que le grand félin refuserait de se mouiller,  mais il ne se découragea pas et n'hésita pas à nous suivre. Qu’importe, nous avons pu facilement traverser à la rive nord sans trop s’écarter du chemin direct vers Palacios.

 

La brume épaisse du crépuscule commençait à descendre sur  la forêt montagneuse. Le ciel s’embrasait de rose et de pourpres. Le soir arrivait et nous étions encore loin d’être arrivés. Je commençais à comprendre que l'entité incarnée dans le jaguar n'avait pas encore accomplie toute sa tâche; je lui étais en fin de compte reconnaissant d'encore nous aider. La bête devint subitement nerveuse, même pour moi et Rafaele l'odeur de brulé devint vite évidente. Nous découvrîmes tout prêt quelques hectares de jungle brûlés tout récemment. Un peu plus loin, la terre était en voie d'être défrichée. Le félin exprima un dégoût évident; il contourna cette clairière artificielle. Plus loin, se trouvait un pauvre champ chétif de maïs. Je remarquai qu'il était bordé par des plants de tabac qui vagabondaient sans ordre dans le voisinage des plants de maïs entremêlés avec des liserons mauves.

 

L'horrible cri d'une femme déchira le silence. J'avais perdu de vu le jaguar; je réalisai tout à fait inquiet qu’il devait avoir été aperçu par une des occupantes des lieux.  Rafaele et moi nous précipitâmes vers l'endroit d’où émanait le cri. Nous arrivâmes dans un potager. Une jeune fille maya s'y trouvait, elle ne devait pas avoir plus que dix ans. Elle restait calme et fascinée devant la bête et tentait amicalement de lui parler. Ce n’était pas elle qui avait criée mais une femme adulte totalement hystérique qui paniquait aux larmes.

 

Je m'occupai du félin et l’éloignai. Jillian prit soin de la fillette. Rafaele avança vers la femme et tenta de la calmer. Trois hommes, un adulte flanqué par deux adolescents,  arrivèrent promptement. Ils avaient le canon de leurs carabines levés sur le jaguar. Ils regardèrent successivement le félin, Jillian, Rafaele et moi et semblaient complètement désemparés, en proie à un complet désarroi. Je tentai de calmer le jaguar énervé devant ces hommes armés pendant que Rafaele essaya de leur parler. Le dialecte qu’il utilisait  avait quelques consonances de la langue Maya du Yucatan mais était différent. L’homme le comprit ; il baissa son arme et indiqua aux autres de faire autant.

 

Je le regardais intrigué. Cet homme semblait sortir directement d’une stèle gravée à Copán  il y a mille ans! Jillian m’indiqua qu’il s’agissait de Mayas Chortis, les descendants des habitants de Copán. Ils parlaient le Chol et un peu d’espagnol.

 

Je les saluai respectueusement. Le jaguar dissipa son agressivité ne sentant plus de menace.L’homme nous invita à sa résidence toute proche,  un simple toit de palme hissé sur une série de larges poteaux. Un autre édifice tout à fait semblable semblait servir lui aussi de résidence mais également de grenier, poulailler et de  remise. Rafaele m’expliqua que ces mayas avaient choisis de ne pas vivre en tribus mais en cellules familiales dispersées. 

Précédé par deux jeunes filles, l’homme maya passe près de moi, et m’ignorait.  Dans son ample tunique blanche de coton sauvage tombant sur ses chevilles, son  allure se parait d’une majesté que n’avaient pas ses compagnes alors qu’elles étaient  habillées et coiffées de la même façon que lui et qu’elles portaient leur cheveux long flottant librement sur leurs épaules. Il s’approcha tranquillement du jaguar et lui accorda toute sa dévotion.  

Il offrit au félin une large calebasse remplit d’un brouet à base de pate de maïs dilué dans de l’eau. La bête renifla et accepta l’offrande et commença à vider le contenu du bol.

Le Maya était tout à fait emballé. Jillian me traduisit tout au fur et a mesure de son dialogue avec Rafaele pour qui il semblait particulièrement familier en raison de sa race. L’homme vénérait le jaguar qui était pour lui l’incarnation du dieu protecteur de la forêt. Selon lui, sa fille venait de faire la découverte de son animal totem, le « yonen » ou « nahuales », c'est-à-dire l’incarnation de l’esprit protecteur qui lui avait été donné à sa naissance. Il s’agissait de l’animal le plus puissant de la forêt; elle était donc bénie des dieux!

 

L’homme se présenta ensuite comme étant Kayun, c'est-à-dire « dieu chantant » et il se référait à nous comme étant des chuchkahaus, c'est-à-dire des sorciers, messager divin pour pouvoir marcher ainsi aux côtés le grand jaguar.  

 

Rafaele lui expliqua qui nous étions et ce que nous étions venus faire. Pendant ce temps deux  jeunes femmes, toute deux de  moins de 20 ans, nous regardaient intensément avec la petite fille.

Kayun mentionna que des hommes mauvais étaient effectivement venus par ici et qu’ils étaient repartis, il y avait moins d’une heure. Il avait crû sage de leur cacher les femmes.

Je voulu faire un compliment : je lui dis en espagnol que je comprenais pourquoi il dû les enlever du regard de ces hommes; ses filles étaient effectivement très belles. Il pouffa de rire. Il traduisit dans sa langue aux jeunes femmes qui rigolèrent ensuite. Jillian er Rafaele tout deux amusés, se retenaient pour ne pas rire. Kayun me précisa dans un espagnol sommaire qu’il ne s’agissait pas de ses filles, mais bien de deux de ses trois épouses. Je regardai ses femmes dont la somme de leur âge ne totalisait pas même la moitié de leur mari patriarche. Les femmes rougirent et sourirent lorsqu’elles croisèrent mon regard, me laissant comprendre que mon compliment avait été quand même apprécié.

 

À l’opposé de mon pas pesant et bruyant, la démarche feutrée et légère de Kayun s’accordait  parfaitement avec cette forêt qui venait  à nouveau de nous engloutir. J’admirais son aisance à se faufiler dans l’enchevêtrement des arbres, à détourner les obstacles. Même dans ce boisé obscur, il en reconnaissait toutes les allées et ses racoins, il en connaissait toutes les essences, Nous le suivons pas à pas.

 

Nous étions proches. Nous pouvions voir des lumières blanches incandescente perfuser au travers du rideau brumeux de la jungle obscure.

Nous remerciâmes et renvoyâmes Kaytun; il n'était pas question de lui faire assumer  encore plus de risques. Sous le couvert de la nuit, nous surveillons un petit agrégat de tentes de toile établie dans une petite clairière, bien dissimulés derrière les arbres et la végétation en périphérie de l'aéroport. L'activité y semblait fébrile. Derrière le campement nous pouvions distinguer la queue d'un avion cargo et un hélicoptère, tous deux noirs. Cet hélicoptère était identique à celui qui nous avait attaqué dans le sud du Yucatan; c'était peut-être le même. Il n'y avait aucun doute, il s'agissait bien du groupe d'Alan Morris et de ses pilleurs de ruines.

 

Nous n'apercevions aucune patrouille ou surveillance. Nous  en comprîmes la raison: ils étaient essentiellement tous occupés à plier bagage. Nous discutâmes silencieusement en faisant des signes de ce que nous étions pour faire. Nous décidâmes de rester ensemble et de contourner leur campement par le nord-est.

Nous pouvions constater qu'il ne restait rien de l'ancien aérodrome. Par contre la piste d'atterrissage était en bon état. Elle devait faire trois milles pieds et devait avoir été récemment défrichée et remise en bonne condition par le groupe de Morris. Nous avions une meilleure vue du camp et pouvions y distinguer ses occupants. Nous nous étions trompés dans notre première impression : le campement était sous haute surveillance, il y avait des hommes armés partout. S'infiltrer discrètement serait une mission pratiquement impossible. Je refusais obstinément d'abandonner, ainsi si proche du but. J'empruntai les jumelles de Mercurio et commençai à scruter leur positions et avenues à la recherche d'une faiblesse, d’un point d'entrée. Je réalisai enfin que même si je réussissais à pénétrer dans leur campement, je n'en étais pas plus avancé. Je n'avais aucun autre plan que d’improviser, ce qui était franchement stupide. Étais-je pour rechercher Chibirias dans chacune de ces tentes? Qu'étais-je pour faire après l'avoir retrouvée et libérée ? Comment étions-nous pour tous fuir? Je tentais désespérément de trouver des réponses à tout cela et je voyais bien que Rafaele et Jillian anticipaient mes décisions. Je ne savais que leur dire. Seul j'aurais été facilement téméraire mais avec eux, pas question de prendre de risques.

Nous sursautâmes au bruissement de feuilles tassés dans un arbre. Le jaguar se raidit, hissa en sortant ses crocs. Il relaxa, en réalisant tout comme nous, qu'un ara était responsable de ce boucan.  À ma surprise, après nous avoir dévisagés un moment, le perroquet s'envola et se posa sur mon épaule.

 

Non! Ce n'était pas possible  mais je connaissais cet oiseau!

 

Comme pour le confirmer, il croassa morose et sans entrain:

- Alex! Alex es mi hombre!

 

Mo’k’ak!

 

- Un autre ami à vous? commenta Mercurio à la fois surprise et intriguée.

 

- Ah Hulneb doit être ici lui aussi! déduit Rafaele en reconnaissant l'ara.

 

C'est ce que je pensais également. La présence de cet oiseau impliquait que le Vigil nous avait suivis à Copán. Où était-il? Qu'attendait-il pour se manifester? Nous pourrions bien utiliser son aide ici. En fait depuis notre arrivée, il y avait eu plusieurs autres occasions où l'intervention du Vigil aurait été bien appréciée.  Dans les dernières vingt-quatre heures, Rafaele et moi avions tout juste échappé à la mort.

Le Vigil avait promis de surveiller nos arrières; j'avais l'impression qu'il nous avait laissée tombé à la poursuite de son agenda bien à lui. Pourtant, je ne lui en voulais pas. S’il était ici, c'était pour les mêmes raisons que moi : Chibirias. Mais quelque chose n'allait pas dans tout cela. Je regardai Mo’k’ak qui me sembla particulièrement sans entrain et angoissé. Je commençai à sérieusement m'inquiéter. Je demandai à l'oiseau:

 

- Où est le Vigil? Où est Ah Hulneb?

 

L'oiseau jacassa quelque chose d'intelligible tout en hérissant ses plumes et battant des ailes. Il était agité et incohérent. Il était hystérique.

 

Je le pris doucement et le posai sur mon poignet et le flattant doucement pour le rassurer et le calmer.

 

-Nous allons l'aider! lui assurais-je.

 

Je lui redemandai:

- Où est Ah Hulneb? Montre-moi!

 

Mo’k’ak m'écouta attentivement son bec grand ouvert tout en hochant sa tête avec chacun des mots que je lui disais.

Il ouvrit ses ailes en criant:

- ¡Ah Hulneb es me hombre!

Il prit ensuite son envol. Je le surveillais alors qu'il survolait le campement et accomplit des cercles autour d'une grande tente hémisphérique blanche qui était adjacente à leur avion. Il atterrit sur la couverture de toile et sembla nous y attendre.

 

C'était donc là ! Je m'en voulais. J'aurais dû savoir.  Lilith m'avait bien dit à quel point le Vigil était pour eux de la plus grande importance. Lorsqu’ils ont abandonné leur poursuite, lorsqu’ils m’ont dit que vivant je n’étais plus d’aucun intérêt pour eux, j’aurais dû deviner ce qui ce tramait. Je n’aurais jamais du douter de Ah Hulneb, il nous aurait bien aidé si il en était capable. Il semblait que cette fois, c’était lui qui avait besoin de notre aide et je ne le laisserais pas tomber.
Par A. Saint
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