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Dimanche 17 janvier 2010 7 17 /01 /Jan /2010 22:49

Je devais agir maintenant. Je regardai Jillian et lui demandai si elle possédait une arme.

Elle me montra son pistolet, une petite arme semi-automatique. C'était mieux que rien mais bien insignifiant dans les circonstances. J'aurai bien aimé autre chose, quelque chose d'un meilleur calibre. Je me rappelai d’avoir souhaité la même chose dans mon rêve avec les harpies. Je les avais finalement vaincus avec ma foi. Je fis une prière implorant l'aide de Xaman Elk, Itzamna ou de mon shaman, quel que soit son nom véritable.

 

Je remarquai que Jillian tremblotait. Elle étouffa un sanglota tout en fixant de son regard sur son revolver de métal chromé qu'elle serrait nerveusement dans ses mains.

- Je l'ai uniquement pour me défendre. Je ne m'en suis jamais servi ! admit-elle. Je ne me crois pas capable de tuer quelqu'un.

 

Je lui mis gentiment  mes mains sur ses épaules. Je tentai doucement de la rassurer:

- Il n'est pas question de tuer qui que ce soit. C'est pour son effet dissuasif que je désire une arme; je souhaite nous puissions nous en sortir sans avoir à tirer un  coup de feu.

 Je la soulageai du pistolet que je confiai à Rafaele. Il me confirma qu'il pouvait s'en occuper.

Je demandai à Jillian:

- Ça va ? Tu peux rester ici et surveiller le camp.

 

-  No way! Tous ensemble ou pas du tout! clama-t-elle en se redressant.

 

Je souris à la mention de ce qui était devenu notre cri de ralliement.

Jillian avait retrouvé tout son courage. Elle demanda avec détermination :

-Lets go! What's the plan?

 

Je fixai mon regard sur les yeux du fauve. Je savais qu'il nous avait suivis pour nous aider et je comptais bien sur lui.

 

Je leur exposai ma stratégie. Elle n'avait rien d'originale. Le jaguar ferait diversion pendant que nous pénétrerions furtivement dans leur campement. J'y voyais l'avantage que cela leur semblerait anodin et d'origine naturelle; ils ne soupçonneraient pas notre infraction par derrière.

 

Je me penchai sur le fauve et lui expliquai ce que j'espérais de lui.

Il m’écoutait attentivement et lorsque j'eu terminé, il leva la tête et rugit avant de se lever et disparaître.

- Tu crois qu'il t’a bien compris? me demanda craintivement Jillian.

Je lui répondis bonnement:

- Il m'a confirmé que oui!

Ma réponse ne la rassura pas. 

Elle murmura en hochant la tête:

-Ce n'est qu'un animal sauvage!

Rafaele l'avait aussi entendu. 

 

- Il est beaucoup plus que cela! corrigea-t-il.

 

Je réalisai qu'il avait enfin commencé lui aussi à croire.

Jillian restait perplexe mais nous suivie tout de même.

 

Tout en restant bien cachés dans les ombres nocturnes, nous nous rapprochâmes le plus possible de la tente indiquée par Mo’k’ak. Nous réalisâmes que cette tente se distinguait de tous les autres abris de simple toile par sa forme circulaire. On y entrait en empruntant un tunnel en annexe long de quatre ou cinq mètres. La tente était connectée à un bruyant compresseur d'air qui y était constamment en opération.

 

- Que faisons-nous maintenant? me souffla Jillian tout bas.

- Nous attendons! lui répondis-je.

- Nous attendons quoi?

Je n'osais lui répondre. J'en étais moi-même incertain. Je n'avais aucune assurance que mon plan de lunatique pouvait fonctionner. Mes doutes ne persistèrent qu'une minute. Nous entendîmes de l'autre côté du camp un long cri d'alarme suivi par un coup de feu, d'autres cris, horrifiés cette fois-ci, et d'autres coups de feu en rafale. Le jaguar était à l'œuvre!

 

Voilà ce que nous attendions! affirmais-je avec satisfaction.

Le  chaos engendré par le félin avait monopolisé l'attention des occupants du campement. Rafaele qui guettait la scène nous indiqua que les surveillants convergeaient effectivement de l'autre côté de leur camp. À découvert, nous nous empressâmes de nous rendre à la périphérie de leur installation pendant que le champ était libre. Nous avançâmes prudemment en nous faufilant entre les tentes.

 

À notre surprise, sans aucun avertissement, un patrouilleur se trouva devant nous. Il braqua instantanément son arme. J'entendis le déclic métallique du pistolet que Rafaele venait de charger. Son canon était pointé sur l’homme. Je pensais à ce moment que nous avions lamentablement échoué et étions pour tout perdre. Si nous survivions les prochaines minutes, nous serions surement faits prisonniers lorsque le camp en entier se retournerait contre nous. Je réalisai alors que cet homme n'avait ni crié l'alarme ou tiré sur nous alors qu’il en avait eu l’opportunité. Je le dévisageai et le reconnu. Sa jambe raide, supportée par une prothèse me rappela qui il était: l'homme de la falaise à Tulum.

Je fis baisser l'arme de Rafaele en gardant mon regard franc dans ses yeux de cet homme. Il resta sans expression et tourna la tête. Il regarda ailleurs et continua sa marche.

Ce fut un moment intense. Je calmai Rafaele encore crispé mais soulagé de ne pas avoir eu à tirer.

 

- Que c'est-il passé? Pourquoi ne nous a-t-il pas dénoncés? demanda Jillian tout bas.

 

- Continuons ! pressais-je encore surpris de cet acte de reconnaissance. Il y avait donc au moins une âme honorable dans ce camp.

 

Nous n'étions qu'à quelques mètres du dôme lorsque son accès s'ouvrit.

Je  reconnu Alan Morris qui en émergeait. S’il me voyait nous étions tous foutus !

Je ne pouvais pas non plus l'agresser sans risquer d'attirer l'attention de tous ses compères.

 

Un rugissement et un cri strident se firent entendre. Alan dégaina aussitôt et tourna son regard vers le sommet de la tente où un perroquet ricanait et sifflait. Il ramassa une pierre qu'il lança avec force et frustration sur l'oiseau. L'ara s'envola à temps et le projectile le manqua de justesse. Alan blasphéma une obscénité avant de retourner son attention sur l'autre moitié du camp qui était toujours agitée.

 

J'en devais toute une à Mo’k’ak: il nous avait donné le temps nécessaire pour nous retirer de la vue et du chemin d'Alan Morris. C’est avec précaution que j’entrai le premier dans la tente. Il n’y avait personne. Il s’agissait d’une salle d’habillage séparé du plus grand l’abri hémisphérique par un sas. Il y avait des espèces de scaphandre autonome comme ceux utilisé comme protection dans les zones de dangers biologiques. Jillian et Rafaele me suivirent. Tout comme moi, ils étaient intrigués par ce que tout cela pouvait signifier. Nous enfilâmes ces habits qui nous donnaient l’avantage d’être incognito. Je repris les devant suivi par Jillian alors que Rafaele garderait nos arrières. Je pénétrai dans le sas. L’atmosphère y était contrôlée, je ressentais un différentiel de pression. L’intérieur du dôme avait un éclairage tamisé. Deux personnes y étaient présentes affairées à refermer et préparer un grand caisson de trois mètres. D’après ce que je devinais, il s’agissait d’un homme et d’une femme. Je réalisai que tout le dôme était un laboratoire scientifique ou médical extrêmement sophistiqué. Il y avait différents équipement ultramodernes ;  je ne pouvais même imaginer la fonction de certains d’entre eux. Je reconnu des moniteurs physiologiques, une réserve de médicaments et de solutés, des bombonnes de gaz comprimés. Dans un coin se trouvait une table chirurgicale particulièrement lugubre et sinistre avec ses attaches. Je songeai qu’il s’agissait d’un joujou pour ce sadique d’Alan.

 

Il n’y avait aucune trace apparente du Vigil ou de Chibirias. Arrivais-je trop tard ?

 

- Did you find out what the commotion is about? You can tell Alan that it is ready for transport!

L’homme s’était adressé à moi.

Je lui répondis « Yes Sir! » après une certaine hésitation.

L’homme me regarda avec plus attention. Il me dévisagea de ses yeux gris acier et froid.  - What the hell?! Who are you? questionna l’homme de façon suspicieuse.

La femme cessa de sceller le caisson et m’observa à son tour.

 

L’homme chargea sans hésiter en brandissant un scalpel. La femme ramassait ce qui me sembla être un pistolet. D’un geste l’homme m’effleura avec sa lame, tranchant l’extérieur de ma protection. Rien ne ce produit malgré mon appréhension, bien que l’air me sembla subitement bien mince et difficile à respirer.

A ce moment Jillian entrait dans le dôme à son tour. Elle évalua rapidement la situation et se rua sur la femme en lui saisissant le pistolet alors qu’elle s’était dangereusement rapprochée de moi.

 

L’homme me flanqua un coup de jambe vicieux qui me projeta en arrière. Il m’en administra un autre et un autre en me repoussant entre la paroi du dôme et la table chirurgicale. Il plongea ensuite sur moi avec son scalpel. Je réussis tout juste à l’esquiver.

J’entrevis Jillian qui combattait l’autre femme dans un corps à corps.

 

L’homme réessaya de me redonner un autre coup de jambe. Je lui saisis le pied au vol et d’un élan le lançai derrière contre terre. Il se releva d’un bond et sauta sur moi. Je parvins à grand peine à arrêter la main qui tenait le couteau chirurgical. Il poussait dessus avec toutes ses forces et le poids de son corps.  J’étais en difficulté. L’air me manquait. Je n’avais pas la force de le retenir plus longtemps. J’étais sur le point de défaillir lorsque j’entendis un bruit strident comme celui d’un gaz comprimé subitement relâché. Mon agresseur s’écrasa aussitôt foudroyé, comme mort.

 

Je tassai son corps et trouvai Jillian soulagée de me voir. Elle avait l’étrange pistolet dans ses mains qu’elle contemplait avec satisfaction. L’autre femme gisait par terre tout aussi inerte que son associée.

 

- Ils sont morts ? demandais-je faiblement en reprenant difficilement mon souffle.

 

- Non,  ils respirent et ont un pouls! rassura Jillian. Je crois que je les ai injectés avec un calmant ou ce qu’ils auraient bien voulu utiliser sur toi! 

 

Elle me donna le pistolet. Je réalisai qu’il s’agissait effectivement d’une seringue hypodermique pneumatique. J’observai qu’il y restait quelques doses d’un liquide légèrement ambré; certainement une drogue surpuissante et terriblement efficace d’après ses effets.

 

- Merci! dis-je simplement Jillian. Je ne savais pas que tu savais ainsi te battre!

 

- Ceinture noire, troisième dan, une fille doit savoir se défendre!  m’annonça-t-elle absolument fière et ravie.

 

Elle continuait à me surprendre cette femme là!

 

Je me débarrassai de ma combinaison aussi encombrante qu’inutile mais indiquai à Jillian de la conserver.

 

- Allons voir ce trésor qu’ils préparaient pour le transport! suggéra-t-elle.

 

Je l’accompagnai non sans difficulté. L’air de cet environnement contrôlé me rappelait celui des sommets à de hautes altitudes. Il était pauvre en oxygène.

 

Nous commençâmes à forcer  le couvercle du caisson et fîmes par le glisser et le faire tomber par terre.  

 

A la vue de son contenue Jillian fût horrifiée. Le caisson contenait un homme inconscient, frigorifié, retenus par des armatures et des sangles en acier trempé cadenassés. Il avait des intraveineuses délivrant goutte à goutte différent différents solutés dans ses bras. Sa respiration était contrôlée artificiellement.

 

Il s’agissait d’Ah Hulneb. Que lui avaient-ils fait? Ils l’avaient neutralisé et apprêté pour l’expédition comme une vulgaire marchandise.  Je voulais le libérer. Il me fallait des clés! Je foulai frénétiquement  l’homme tout d’abord. Je trouvai son  portefeuille et différents documents que je ramassai, mais aucune clé.

 

Jillian trouva un trousseau sur la femme. Elle s’occupa de débarrer l’armature pendant que je m’occupais d’Ah Hulneb. Son corps et son crâne étaient couverts d’électrodes. Les moniteurs qui y étaient interreliés indiquaient qu’il était vivant, mais ses signes vitaux étaient faibles. Son pouls était filant et son activité cérébrales presque inexistante. Je n’étais pas médecin, mais d’après ce que je voyais il était dans un état comateux, un état induit probablement artificiellement.  Il fallait qu’il se réveille. Jamais nous ne pourrions fuir avec ce grand colosse s’il restait ainsi inconscient Je m’empressai à déconnecter des drogues intraveineuses et le déconnecter du système de respiration mécanique. Je fus rassuré de voir qu’il pouvait respirer par lui-même.

 

Le sas s’ouvrit. Rafaele entra avec empressement. Il nous annonça avec alarme que des gens venaient. Il faillait partir!

 

Nous ne pouvions pas quitter sans Ah Hulneb! Je refusais de le faire. C’est avec détermination que me penchai sur le corps inanimé du Vigil.

 

- Réveille-toi! Bon sang, Ah Hulneb, réveille-toi !

Je le giflai. Aucune réaction sur les moniteurs. Il ne réagissait ni à ma voix ou à mon toucher. 

 

Un homme ouvrit le sas et entra tout bonnement.  

-  Who the fuck are you? demanda-t-il avec surprise en voyant ce que nous faisions et les corps de ses comparses jonchant le sol. Selon toute évidence, nous n’avions pas encore été détectés.  

L’homme tenta de fuir et rebrousser chemin mais il se trouva confronté à Rafaele qui le gardait en joue avec son pistolet.  Il nous menaça :

- Others are coming! You are all mad if you believe you can get away with this!

 

Avant qu’il puisse ajouter une seule parole,  Jillian le neutralisa avec sa seringue automatique comme elle l’avait fait avec les autres.

 

J’étais désespéré. Un de mes rêves récent me revint. Le Shaman s’était approché de moi et il m’avait touché en m’ordonnant impérativement de me réveiller et il cela m’avait effectivement sortit de mon rêve et de mon sommeil. Est-ce qu’une telle chose pouvait fonctionner ici ? Chose certaine je ne pouvais réussir cela par moi-même sans aide.  

Je priai le Shaman et tentai de reproduire ce qu’il m’avait fait.

Au contact de mes mains sur la peau du vigil je ressentis comme une puissante décharge électrique. Les moniteurs physiologiques sursautèrent. Leurs signaux s’amplifièrent se rapprochant de nivaux plus normaux. Cela marchait !  Je recommençai. Ma voix se mêla à celle de mon Shaman alors que je lui ordonnai :

-           Réveille-toi!

 

Ah Hulneb sursauta. Il ouvrit les yeux et, il leva la tête et me regarda.

- Toi ? Il ne semblait pas comprendre. Il scruta intensément la pièce. Il vit les hommes en combinaisons jonchant le sol. Malgré son uniforme il pointa Rafaele et le nomma :

Toi ! Tu es le jeune Maya de  Tulum. Il se tourna vers Jillian.

- Elle, je ne la connaît pas !

 

Je l’aidai à se relever.

 

Nous devons partir pressa Rafaele inquiet en gardant son arme pointé vers le sas.

Je m’adressai à Mercurio :

- Jillian ! Nous avons besoin d’une sortie d’urgence !

 

Elle m’avait bien compris. Elle alla ramasser le scalpel.

 

- Attendez ! demanda le Vigil.

 

Il trouva près du caisson des boîtes soigneusement identifiée et scellée qu’il ouvra. Soulagé il  retrouva ses effet personnels qu’il récupéra avec empressement.

 

- Chibirias est ici? lui demandais-je.

 

- Non ! affirma Ah Hulneb. Ils la gardent ailleurs, elle est avec ceux qu’ils appellent les anciens !

Cela me désola quelque peu mais je réalisai que même si elle avait été dans le camp nous n’aurions pu rien faire pour elle. Je nous considérerais miraculés si nous réussissions à tous quitter cet endroit vivant.

Le vigil prit un tube métallique d’une vingtaine de centimètre qui à son toucher se déploya comme une longue lance.

Il commença à détruire différent appareils, échantillons et spécimens comme un dément. Nous le regardions sans comprendre.

 

- Il ne doit rien rester de cet endroit ! Ils ne doivent rien savoir sur moi ! expliqua le Vigil.

 

Je compris. Je lui regardai les bonbonnes de gaz. Il y avait différents  anesthétiques dont l’isofluorane ininflammable mais aussi des éthers et halo éthers et autre gaz inflammables juxtaposés à une bombonne d’oxygène et une autre de protoxyde d’azote. Je les indiquai au Vigil qui au passage du tranchant de sa lance coupa leur régulateur comme si cela aurait été du beurre.

 

Les gaz inflammables comprimés se vidaient dans  l’espace du dôme. Jillian trancha la toile derrière nous d’un trait et nous créa une sortie. Lorsque la pression atmosphérique finit de s’engouffrer et s’équilibra avec celle du dôme, le sas s’ouvrit de nouveau  révélant Alan Morris et ses hommes. 

Alan avait les yeux grand ouverts, tels deux petits éclairs verts vicieux, lorsqu’il me reconnu. Il  était évidemment furieux de me voir alors que derrière moi, le Vigil ainsi que Rafaele et Jillian, toujours en combinaison, traînaient dehors les deux hommes et la femme de son groupe. Avant qu’il ne puisse beugler une seule syllabe ou même faire un pas vers moi,  je le saluai d’une main et frottai une allumette de l’autre que je jetai devant moi. L’effet fut instantané. Une onde de feu se propagea dans le dôme et des flammes jaillirent de toute part. Il y eu une première explosion qui souffla le toit du dôme.

Par A. Saint
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