Mon coin créatif: histoires fantastiques
Je luttai contre l’ensemble de mes instincts et peurs. Je me rassurais que ce n’était qu’un chat, un gros minou après tout. Il ne m’attaquerait pas si je ne le provoquais pas. J’avançai doucement, sans aucun geste brusque. La bête me fixa de son regard, leva la tête et ses oreilles mais ne prit aucune posture agressive. Elle me laissa approcher.
J’arrivai au corps et m’agenouillai. Je ne touchai à aucune arme, je craignais de provoquer la bête. Je ramassai leurs sacs et c’est avec révulsion que je commençai à fouiller les carcasses. Je surveillais le jaguar. Il restait toujours aussi immobile et impassible que le Sphinx à quelques mètres de moi. Il était difficile de croire qu’il avait tué trois hommes en quelques secondes. Leur sac contenait munitions, provision et trousse de premiers soins. Je trouvai sur l’un d’eux un petit appareil électronique. Cela me rappela un GPS même si il était beaucoup petit et mince. Il n’y avait aucuns boutons ou contrôles visible sur son boitier. Il s’activa dès que je touchai à son écran. Je l’examinai. Il indiquait deux séries de coordonnée. J’appuyai sur une des séries de chiffre et l’écran devint vivant avec une carte géographique. Il faisait référence à un point au Nord-Ouest à environ 18 kilomètres aux coordonnées 15° 00’ 00’’ 89°00’ 00’’. C’était facile à retenir. Je devinai qu’il devait s’agir d’un lieu de rencontre ou peut-être même de leur campement. L’autre plus était évident : il était à une distance oscillant entre cinq et vingt-cinq centimètres. La trousse de premiers soins me donnait une idée. Je devais essayer de me débarrasser de ce mouchard et vite; mais ce n’était ni le temps ou l’endroit pour le faire. Pas avec cette bête meurtrière à proximité en tout cas. Je réalisai à ce moment que le jaguar n’était plus là. Je ne le voyais nulle part.
Je ramassai tout ce que je pouvais et continuai à marcher. Je trouvai éventuellement une petite crique. J’observai autour : il n’y a avait rien ou personne. Seul le murmure de l’eau coulant le long des rochers hantait cet endroit. Je sortis le localisateur et parcouru mon corps. Je localisai l’émetteur dans ma cavité abdominale à quelques millimètres ou tout au plus un centimètre sous la peau. Je parcouru la trousse de premier soin. J’y trouvai ce que je recherchais : une solution d’iode, des serviettes imbibées de chlorure de benzalkonium et des pansements. J’enfilai les gants de latex de la trousse. Je commençai par stériliser la surface de la peau à l’endroit que j’avais déterminé sur le ventre ainsi que la lame du couteau de chasse la plus effilée que j’avais pu trouver. J’essayai en vain de faire pénétrer la lame une fois à l’endroit où j’avais repéré le mouchard. Je n’avais pas le courage ou la détermination d’ainsi m’automutilé. Tout serait plus facile si j’avais quelqu’un avec moi, mais je devais le faire. Je ne devais pas être un trouillard. Je m’étendis par terre. Résolu, je pris la lame et la replaçai sur mon abdomen. Je pris de profondes respiration, fermai les yeux et d’un coup sec poussai sur la lame. Je sentis la peau se couper et le métal pénétrer dans la chair. Ce n’était pas aussi douloureux que je l’aurais pensé. Je retirai la lame. Je saignais profusément. D’un doigt je cherchai dans la cavité que j’avais creusée. Cela était particulièrement souffrant. Je me retenu pour ne pas hurler de douleur. Je ne sentais rien de particulier mais lorsque je retirai mon doigt, un petit carré sombre de moins de deux millimètres s’était accolé au gant. Le détecteur confirma que c’était bien le mouchard. J’examinai le mouchard de près. Il ne s’agissait pas d’électronique conventionnelle, le carré était flexible comme une mince feuille de plastique. Cette chose commença à bouger. Elle tentait de s’échapper pour retourner comme un parasite vers mon corps. Horrifié, je réussis tout juste à la le reprendre entre mes doigts et la lançai loin de moi dans l’eau courante de la crique. Cette chose flotta un instant et disparue. Ce mouchard avait dû constamment bouger dans mon corps changeant sans cesse de location ou d’organe. Sans le localisateur de mes poursuivants, personne n’aurais pu jamais le trouver.
Je fis couler l’iode directement dans la plaie béante que j’avais creusée dans mon abdomen en serrant les dents. C’était un véritable supplice. La brulure atroce de la teinture d’iode devint éventuellement moins vive. Le sang avait cessé de couler. J’appliquai les serviettes de biocide que je couvris d’un pansement. Je vérifiai de nouveau avec leur détecteur. Il n’y avait plus aucun repère proche détecté. J’avais donc réussi. Je me relevai péniblement en maintenant la pression sur les bandages de mon abdomen. Je ne voulais pas que cette blessure s’ouvre de nouveau.
Je tombai de nouveau face à face au jaguar. Il était à moins d’un demi-mètre. Toujours aussi calme. Il ne m’avait jamais vraiment abandonné. Qu’étais cette bête? Il n’était pas un jaguar ordinaire. Rafaele racontait que les dieux Mayas se manifestaient parfois par le jaguar; était-ce le cas? Je remarquai que ses yeux bleus attendaient quelque chose de moi. Le fauve avança son museau et renifla ma main et me fixa de façon intense. Je compris que venais de me faire un nouvel ami.
Il était temps d’y aller. Je pris aussi la précaution d’abandonner le localisateur même si cet appareil m’intriguait.
Je m’adressai au jaguar en utilisant un nom mentionné par Rafaele. Celui du second bacab au sud.
- Ne serais-tu pas Cuac par hasard ?
À la mention du nom, le félin dressa ses oreilles et se dressa d’un bond.
Il se tourna et me regarda. Il me donna l’impression qu’il m’attendait, qu’il voulait que je le suive. Je le suivis.
Nous parcourûmes la forêt pendant plusieurs kilomètres. Nous avons gravi des collines. Nous nous arrêtâmes sur le versant au sommet d’une montagne. Nous avions une vue panoramique des environs mais ce n’était pas pour le paysage qu’il m’avait amené ici. Il essaya d’attirer mon attention. Il cherchait à me montrer quelque chose mais je ne voyais rien, je ne le comprenais pas. Avec ses pattes, le félin commença à gratter la paroi de la montagne au travers de la végétation. J’examinai le mur. Sous les la végétation et les détritus cumulés depuis le temps, il avait une structure artificielle. Il s’agissait d’une paroi de pierre empilées et cimentées. Avec un peu de travail et en utilisant le couteau pour desceller les pierres et, je parvins à dégager l’entrée d’une grotte. J’avais fait trop d’efforts du sang recommença à couler de ma plaie à l’abdomen. J’y mis la main et appliquai de la pression afin de contrer le saignement.
Le jaguar entra et je passai après lui. Dans le tunnel, l’air était vicié, il n’avait surement pas été respiré depuis des centaines d’années. Il s’ouvrit sur un plus grand espace, parfaitement carré. J’allumai une lampe de poche. Il ne s'agissait pas d'une grotte mais d'un temple. Ce qui m'avait paru comme étant le sommet de cette montagne devait être en fait un monument dissimulé, une pyramide peut-être. Chose curieuse, les murs étaient uniformément couverts de terre. Je pouvais observer çà et là des couleurs vives qui perfusaient par des craques et des écaillements. Je pris un mouchoir et délicatement commençai à enlever cette gale sèche qui tombait dans un nuage de fines poussières. Peu à peu, je révélai ainsi la magnifique fresque cachée derrière.
Il y avait ce grand serpent noir et d’un blanc brillant : il était long sinueux. Il avait deux têtes. Il était seul, unique, sans contexte, rien d’autre ne l’accompagnait. Deux magnifiques serpents à plume dominaient la fresque suivante, tout deux sur un fond bleu de deux teintes différentes séparées par une simple ligne horizontale: ils étaient les dieux Gukumatz et Huracane flottant dans l'air et l'eau primordiale. Il regardait leur création, des montagnes et forêts et les animaux sur le dos d’un autre reptile, une espèce de tortue ou un autre dragon. Je nettoyai au hasard et trouvai une représentation de la saga des jumeaux héroïques depuis la chute du prétentieux Vukub-Cakix au sommet de l’arbre de la vie jusqu'à leurs épreuves dans l’enfer de Xibalba. L’image suivante montrait leur père, le dieu du Maïs, ressuscité.
Je trouvai une autre peinture lugubre, un maya pagayait dans des eaux agitées par un Tsunami et un volcan, une guerre rageait dans le ciel et des figures y tombaient vers la terre. Le soleil lui-même et la lune semblait pleurer.
Cette image était suivie par une autre où cinq arbres étaient disposés dans un carré. Les quatre arbres en coins étaient accompagnés par des guerriers aux attributs de la tortue, du jaguar, du hibou et de l’aigle avec des couleurs rouge, jaune, noir et blanc. Ils offraient chacun des sacrifices tout en gardant leur arme sur le monstre sous l’arbre principal marquant l’entrée de Xibalba. Des démons débordaient de sa gueule mais ils étaient réprimés par les bacabs. Au sommet de l’arbre de la vie qui était central à la fresque, il y avait un autre personnage. Il avait percé son pénis et en rependait son sang et où son essence vitale tombait, la vie renaissait, incluant les hommes et les femmes qui levaient les mains au ciel en reconnaissance.
J’identifiai et nommai les bacabs Kan, Cauac, Ik et Muluc et Thup.
Je pointai Cauac, l’homme-jaguar vêtu de jaune.
- C’est toi?
Le jaguar émit un rugissement qui me sembla approbatif. Je m’apprêtais à voir d’autres fresques mais le félin s’interposa et émit un grognement bizarre. Il me regardait et fixait ensuite les bacabs. Il semblait insister. Je n’étais pas pour le contrarier. J’examinai la peinture murale en détail. Elle était vraiment un chef-d’œuvre et avait été peinte par un grand maître avec ses lignes fines, couleur fluides et merveilleux rendu des moindres détails. L’œuvre avait toute la splendeur et mérite de la voûte de la chapelle Sixtine peint par Michel-Ange. Je remarquai des lignes d’égouttement seulement sous le bacab jaune, comme si cette partie avait été peinte par un autre artiste qui n’avait pu maîtriser parfaitement son débit de peinture. La couleur même n’avait pas exactement le même ton et texture que celle du reste de la fresque. Je regardai le félin. Il me fixait attentivement. Je cognai la surface. Il semblait y avoir une différence. Je vérifiai avec le manche de mon couteau. La surface en dessous du bacab sonnait creuse.
Je poussai la lame contre la paroi. Je me sentais inconfortable, j'étais un blasphémateur commettant le pire des sacrilèges mais avais-je le choix? Après y avoir appliqué une certaine force, la lame pénétra. Je fis tourner la lame et la paroi de plâtre se brisa. La bête me regardait toujours aussi calmement.
Je défrichai ainsi un petit trou dans la paroi, révélant une cavité de moins trois centimètres de profondeur. Lorsque je retirai ma lame, une petite bille cristalline s'échappa du trou. Elle tomba sur le plancher et sous l'impact sa coquille se brisa et éclata. Son liquide se rependit et réagit avec effervescence au contact du plancher. Il émanait de la réaction des vapeurs montantes avec une odeur irritante de soufre et de chlore.
De l'acide! C'était tout comme pour la stèle de Tulum. Était-ce la cachette du second artefact? Je n'aurais jamais osé espérer le trouver sans compas. Je regardai le félin et compris qu’en fait c'était bien le deuxième artefact qui m'avait trouvé. Tout fébrile, j’élargis avec précaution le trou en récupérant les billes d'acide dans mon chapeau et les transférai délicatement dans mon mouchoir. Le volume de la cavité avait été complètement rempli par ces sphères aux coquilles fragiles mais résistante à l'acide qu'elles contenaient. Si j'avais eu le compas de Chibirias, il aurait attiré le disque avec assez de force contre la paroi qu'il aurait écrasé les billes. L'acide relâché aurait à son tour dissous la paroi calcaire pour ainsi révéler l'artefact. C’était vraiment ingénieux! Au fond de la cavité se trouvait un disque de la couleur jaune de l'or pur. J'avais le goût d'émettre un cri de joie et de serrer mon gros chat mais j'étais de nouveau seul et n'y avait personne avec qui partager mon triomphe.
J'examinai mon trésor. Tout comme à Tulum le disque était denté et son diamètre partagé en vingt sections associés à des glyphes.
J’entendis du bruit dehors. Je me cachai dans un coin sombre le couteau sorti. Je comptais bien aussi utiliser les sphères que j'avais récupérées; elles feraient de redoutables projectiles.